Erdogan veut faire taire toute critique à l’encontre du gouvernement turc sur le sol français

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LYON – L’association Amitiés Kurdes de Lyon et Rhône-Alpes dénonce les tentatives du pouvoir turc de faire taire les voix critiques s’élevant contre l’Etat turc ici en France.
 
Cette dénonciation intervient alors qu’on découvre que le consulat turc de Lyon a contacté le ministère de l’intérieur pour faire annuler une réunion publique qui avait été organisée par les Amitiés Kurdes de Lyon en février 2019 à Villeurbanne. Lors de la réunion, les intervenant avaient évoqué le massacre des civils kurdes par les forces spéciales turques à Cizre en 2016.
 
Voici le communiqué des Amitiés Kurdes de Lyon et Rhône-Alpes :
 
« Erdogan veut faire taire toute critique à l’encontre du gouvernement turc dans la population française et chez les ressortissants turcs. Il qualifie l’association « Amitiés Kurdes de Lyon et Rhône Alpes » de ramification du PKK (considérée comme organisation terroriste par l’Europe) établie à Lyon.
 
Vous trouverez en pièce jointe un courrier du Consulat turc de Lyon porté à l’accusation de « propagande pour une organisation terroriste » contre Tuna Altinel, chercheur en mathématiques exerçant à Lyon et aujourd’hui toujours retenu en Turquie.
 
Amitiés Kurdes de Lyon et Rhône-Alpes est une association qui a pour but de comprendre et défendre les revendications du peuple kurde et de les faire connaitre à l’opinion publique, soutenir et défendre les droits de l’homme et militer pour la paix dans cette région du Moyen Orient.
 
Le 21 février 2019, nous avons organisé une réunion publique à Villeurbanne dans le Rhône pour commémorer les crimes de guerre commis par l’armée turque et ses forces spéciales en 2016 (plus de deux cents morts civils retrouvés calcinés dans les caves de certains immeubles) à Cizre, ville du Kurdistan de Turquie.. Cette réunion publique s’est déroulée au Palais du Travail de Villeurbanne, salle qui nous avait été accordée par la mairie : il s’agissait donc d’une réunion publique déclarée, tout à fait légale, organisée par une association loi 1901 tout à fait légale elle aussi.
 
Lors de cette réunion, Monsieur Tuna Altinel, membre de notre association, citoyen turc enseignant en mathématiques à l’Université Lyon 1 depuis plus de vingt ans, a servi d’interprète franco-turc. Il était par ailleurs signataire de l’appel « Les Universitaires pour la paix » initié par les universitaires de Turquie et demandant un retour à la paix dans le sud-est de la Turquie dont la population est à majorité kurde.
 
M. Altinel a été arrêté en Turquie alors qu’il revenait voir sa famille en février 2019 et son passeport lui a été confisqué. Il a été mis en prison (sans jugement) pour trois mois au motif de sa présence active à la réunion du 21 février à Villeurbanne qui signifiait sa « participation à une organisation terroriste »… Lors d’un premier procès, il a été acquitté pour sa signature de l’appel. Mais il est toujours poursuivi, suite à sa participation à notre réunion publique de Villeurbanne, pour « propagande en faveur d’une organisation terroriste » (nouvelle qualification d’une première accusation de « participation à une organisation terroriste » formulée lors de son procès le 19 novembre 2019).
 
A l’occasion de ce procès, Tuna Altinel a eu accès au document dont vous trouverez ci jointe la copie. Il nous a autorisé à en faire un usage public. Ce document sensé être à charge pour M. Altinel n’est pas sans nous poser de nombreuses questions, parmi lesquelles :
 
– Qu’est ce qui permet au Consulat général de Turquie à Lyon de qualifier notre association de « ramification du PKK » (« ramification du PKK établies à Lyon, notamment celle désignée Amitiés Kurdes Lyon et Rhône-Alpes ») ?
 
– Qu’est ce qui autorise le Consulat général de Turquie à Lyon à demander à la préfecture du Rhône l’interdiction d’une réunion publique organisée légalement dans une salle attribuée légalement par la mairie de Villeurbanne à une association légalement reconnue ?
 
– Qu’est ce qui autorise le Consulat de Turquie à Lyon (repris par la « Direction générale de la police nationale » turque) à mettre implicitement en cause la mairie de Villeurbanne pour avoir attribué une salle à notre association pour organiser cette réunion ?
 
– Qu’est ce qui autorise la police turque à faire état de documents extraits des réseaux sociaux en France ?
 
Il nous parait (et peut être en conviendrez-vous avec nous) que ces questions méritent réflexion et interrogent sur l’Etat de la démocratie en Turquie. Nous pensons également que ces pratiques (qui mettent en cause, en France, le droit pour une association légale de faire connaitre un point de vue sur la politique du gouvernement turc qui ne soit pas conforme à ce que ce gouvernement pense de lui-même) doivent être connues du grand public français et dénoncées pour ce qu’elles sont : une volonté de faire taire toute critique à l’encontre du gouvernement turc dans la population française et chez les ressortissants turcs. Et peut-être enfin faudrait-il s’interroger sur les pratiques, en France, des services spéciaux turcs qui manifestement mènent avec application et impunément dans notre pays une œuvre de surveillance et d’intimidation des ressortissants jugés comme s’opposant au pouvoir turc et des associations qui leur déplaisent.
 
Nous vous souhaitons bonne réception de notre lettre et de ce document, avec l’espoir que vous leur donnerez, en les rendant éventuellement publics, la meilleure suite possible et que vous exigerez avec nous que les autorités françaises protègent la liberté d’opinion et d’expression que ce soit pour les citoyens français ou étrangers. »
 
Thierry Lamberthod, président des Amitiés Kurdes de Lyon et Rhône-Alpes

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