25 novembre, hommage aux femmes qui ont donné leur vie dans la lutte pour une vie libre et sans violence

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Le 25 novembre 1960, les trois sœurs Mirabel furent assassinées en République Dominicaine pour avoir combattu la dictature de Trujillo et son gouvernement fasciste. Trois femmes, qui ont suivi leurs convictions avec bravoure et altruisme, pour se battre pour ce en quoi elles croyaient. Pendant que leurs maris et camarades étaient emprisonnés, les trois sœurs ont été brutalement tuées par le gouvernement Trujillo. Le gouvernement cherchait à réprimer leur lutte, mais le peuple de la République dominicaine était indigné et a intensifié la rébellion contre la dictature de Trujillo. Cela a conduit à son assassinat six mois plus tard et le gouvernement fut renversé.
 
« Nous ne pouvons pas laisser nos enfants grandir dans ce régime corrompu et tyrannique. Nous devons nous battre contre elle, et je suis prête à tout abandonner, même ma vie si nécessaire », a dit Patria, l’une des sœurs Mirabel. « Peut-être que ce que nous avons de plus proche, c’est la mort, mais cette idée ne me fait pas peur. Nous continuerons à nous battre pour ce qui est juste. » (Maria Teresa). La dictature, la répression et la violence ne les ont pas empêchés de lutter pour la justice dans leur pays. En l’honneur des trois sœurs et de leur lutte, le jour de leur assassinat, le 25 novembre, a été proclamé Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.
 
Aujourd’hui, en novembre 2019, les forces fascistes et patriarcales tuent et menacent à nouveau les femmes, nos amies, nos sœurs et nos camarades. Les femmes, qui sont à la recherche de la liberté et de la justice, défendant l’espoir d’une société libre.
 
Le 12 octobre 2019, la coprésidente du parti l’Avenir de la Syrie, Hevrîn Xalef [Havrin Khalaf], a été assassinée dans une embuscade. En tant que femme kurde et politicienne, elle s’est battue pour la liberté des femmes et la reconnaissance de l’auto-administration de la Syrie du Nord et de l’Est. Elle a joué un rôle important en partageant la perspective de l’autonomie démocratique et du confédéralisme démocratique en Syrie et, éventuellement, dans tout le Moyen-Orient.
Deux jours plus tard, le 14 octobre, Dayika Aqîde, une mère de Gir kelege, a été tuée quand leur convoi qui dirigeait vers Serê Kaniye a été ciblé par l’armée turque. Elle se rendait à Serê Kaniye pour défendre ses terres, comme bouclier humain. Elle est l’une des nombreuses femmes et mères qui ont construit la révolution du Rojava dès le début, travaillant avec d’autres femmes dans le cadre de l’assemblée des femmes pour la justice.
 
Une semaine plus tard, le 21 octobre, la combattante des YPJ Amara Renas [Aziza Jalal] a été tuée à Sere Kaniye. Son corps a été mutilé par les forces d’occupation, tout comme celui de Barin Kobane, qui avait été tuée pendant l’occupation d’Afrin en février 2018.
 
Ce meurtre rappelle aussi l’assassinat de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez le 9 janvier 2013 à Paris. L’assassinat politique stratégique des femmes, qui ont été à l’avant-garde dans la lutte pour la paix et la justice.
 
Ces cas ne sont que quelques exemples récents où le patriarcat montre son visage le plus abject, où la violence éclate, où tout le système patriarcal devient visible, condensé dans l’attaque d’une certaine femme, dans un certain lieu, dans une certaine configuration historique.
 
Si nous regardons autour de nous, il n’y a aucun endroit, aucun pays où les femmes ne seraient pas confrontées à la violence patriarcale. Dans le monde entier, une femme sur trois a été battue par des hommes et jusqu’à 70 % des femmes subissent des violences physiques ou sexuelles de la part d’hommes au cours de leur vie. Chaque jour, des femmes sont tuées à cause de la violence patriarcale. Les formes de violence varient selon l’histoire, la culture et les conditions de vie. Elle est toujours enracinée dans la même mentalité et le même système. Tout au long de l’histoire du patriarcat, la mentalité de domination s’est exprimée dans les politiques de guerre, d’occupation et de colonisation. Un territoire a été saisi pour découvrir, posséder, contrôler et éteindre. Cette logique se vit dans les détails de la vie quotidienne, mais aussi à plus grande échelle géopolitique. L’invasion de Shengal [Sinjar] par DAECH en août 2014 est un exemple extrême de la logique de domination masculine qui a abouti au meurtre, au viol et à l’enlèvement de milliers de femmes yézidies.
 
La colonisation a toujours cherché à étendre et à assujettir les territoires et les terres de la population autochtone sur tous les continents. La richesse des puissances impériales et coloniales s’est construite par le pillage et l’exploitation des ressources naturelles sur les terres des peuples.
 
Il existe un parallèle entre l’occupation de la terre et l’occupation du corps, de l’esprit et du travail des femmes. Les femmes peuvent être considérées comme la première colonie de l’histoire. Notre corps, notre force, notre travail et notre créativité ont trop souvent servi le système patriarcal.
 
Aujourd’hui et avec les tentatives d’occupation turques, ces politiques se poursuivent. Le pouvoir impérial et capitaliste ne semble jamais en avoir assez, jusqu’à ce que le dernier morceau de terre devienne rentable.
 
C’est la même logique et la même mentalité qui poussent l’occupation turque, la raison pour laquelle aujourd’hui des milliers de personnes dans le nord et l’est de la Syrie sont tuées et contraintes de quitter leurs maisons.
 
Les terres et les gens ont été divisés par les frontières des États qui ont été tracées pour servir et protéger les intérêts du pouvoir. Chaque État-nation a mis en œuvre des politiques d’assimilation violentes, anéantissant la diversité et effaçant les racines et les cultures des peuples. À la suite de ces politiques de division, différents groupes et nations sont devenus antagonistes les uns vis-à-vis des autres, les liens sociaux se sont affaiblis, et la haine et les guerres s’en sont suivies.
 
Afin de lutter contre cette fragmentation et de développer une société vivante fondée sur des valeurs démocratiques, la diversité et l’unité de ces différents groupes et nations doivent être préservées.
 
Mais partout où il y a de la violence, il y a de la résistance. La volonté des femmes de résister et la capacité d’organiser et de créer une vie libre est plus ancienne que le patriarcat. Partout dans le monde, les femmes créent des alliances et appellent à une lutte commune et à des alternatives qui respectent la diversité.
 
Les femmes appellent à la paix dans le monde et veulent un monde où elles et leurs enfants pourront vivre en paix sans menaces quotidiennes et sans pression constante. Un monde où la guerre, la mentalité et la pratique de la violence patriarcale n’ont pas leur place, créant une alternative qui permette aux femmes de développer leur culture, de vivre librement selon leurs valeurs et d’apporter l’égalité aux peuples.
 
Message du Conseil de JINWAR, village des femmes libres
 
 

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