Les femmes kurdes « bruyantes » de Strasbourg demandent des explications

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STRASBOURG – Le 8 mars dernier, lors de la marche de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, l’association de femmes kurdes Zin de Strasbourg avait été évincée de la marche pour l’égalité hommes/femmes – à laquelle elles avaient été invitées – par Mme Geisler Bernadette, chargée de mission de la mairie, au motif « qu’elles seraient bruyantes et prendraient trop de place ».
 
Cette attitude scandaleuse d’une responsable municipale a indigné de nombreuses personnes et d’associations strasbourgeoises, dont « La nouvelle lune » féministe qui a envoyé ce communiqué condamnant l’action de Bernadette Geisler :
 
« Nous, association La nouvelle lune, en tant que membre de la mission droits des femmes et égalité de genre de la ville de Strasbourg et co-organisatrice de la marche du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, sommes profondément choquées et condamnons la tentative d’exclusion du cortège des femmes de l’association Zin pour les femmes.
 
La mission droits des femmes et égalité de genre de la ville de Strasbourg est composée de plusieurs associations féministes de Strasbourg qui s’engagent par un travail collectif pour la promotion des droits des femmes et l’égalité entre les femmes et les hommes.Ce travail est encadré par des membres de la mairie : Mme Bey Françoise, élue socialiste, Mme Geisler Bernadette, chargée de mission et Mme Bahl Nathalie, son assistante.
 
Cette marche du 8 mars 2019 s’intitulait « Donnons aux femmes la place qu’elles méritent ».
 
Cette marche, nous, associations de la mission droits des femmes et égalité de genre, nous la voulions sororales, avec une mise en valeur de nos sœurs qui se sont battues et qui se battent encore pour les droits des femmes.
 
A ce titre, l’association Zin pour les femmes avait toute sa place dans le cortège. De cette association, elles étaient une quinzaine à tenir des pancartes avec un portrait d’une militante féministe kurde qui est en ce moment en grève de la faim.
 
Il est inacceptable et inexcusable que Mme Geisler leur ai dit : « Allez, prenez vos photos et partez derrière parce qu’on vous voit trop ! », « dégagez ! » Jugées par cette dernière trop bruyantes et prenant trop de place.
 
« Donnons aux femmes la place qu’elles méritent »
De quelle place parle-t-on? De quelles femmes parle-t-on? Certaines seraient donc plus méritantes que d’autres ?
 
Ce 8 mars 2019 donc, Mme Geisler a décidé d’exclure les femmes de l’association Zin pour les femmes, de son propre chef, sans concertation avec les associations co-organisatrices. Il nous a suffisamment été répété, à nous associations féministes participantes, que ce travail était collectif, quand bien même les décisions prises par la chargée de mission étaient le plus souvent autoritaires et parfaitement assumées, quand bien même elles étaient en désaccord avec nos valeurs.
 
Nous demandons à ce que des explications soient données, tant au collectif Zin pour les femmes qu’aux associations co-organisatrices.
 
Si l’association Zin pour les femmes l’estime nécessaire, des explications et des excuses doivent être présentées. Encore une fois, rejeter des femmes d’un cortège féministe sans d’autres raisons que la place qu’elles prennent ou le bruit qu’elles font, n’est pas acceptable.
 
De nombreuses féministes de par le monde ont dénoncé la tentation, toujours présente, de silencier les femmes qui font trop de bruit. Si la mission droits des femmes et égalité de genre souhaite poursuivre son oeuvre avec l’appui des associations, il serait bon qu’elle accepte les voix de chaque femme. A ce titre, il nous semblerait intéressant que cette association, si elle le souhaite, puisse rejoindre la mission afin d’y apporter la leur.
 
Ayant toujours eu des rapports cordiaux avec les membres de la mairie de Strasbourg, nous ne doutons pas qu’une solution afin de réparer ce préjudice soit rapidement trouvée.
 
Bien cordialement

La nouvelle lune« 

Photo : Des femmes kurdes de l’association Zin portant les portraits de Leyla Guven le 8 mars lors de la marche pour l’égalité

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