IRAN. Une enseignante condamnée à 15 ans de prison
TURQUIE. La police attaque un rassemblement funéraire à Şirnak
Le deuil collectif est interdit
La police a bloqué l’accès au funérarium. Des agents ont érigé une barrière à quelques dizaines de mètres du bâtiment, sont arrivés en véhicules et ont annoncé qu’ils arrêteraient toute personne présente si le rassemblement ne se dispersait pas. Le commandant a interdit les visites de groupe, invoquant une prétendue interdiction des « rassemblements de deuil collectifs », et n’a autorisé l’entrée que par groupes de cinq – une condition qui a suscité une vive opposition. Les participants ont alors entamé un sit-in.
Une rencontre avec le gouverneur de la province, Birol Ekici, n’a abouti à aucune solution. Au contraire, ce dernier a menacé d’interdire l’ouverture de lieux de recueillement à l’avenir si de tels rassemblements venaient à se reproduire. Ironie du sort, selon la famille du combattant tombé au combat, la cérémonie commémorative avait été autorisée par le ministère de l’Intérieur. Pourtant, l’administration provinciale a agi unilatéralement et a empêché sa tenue. Dans une note adressée au ministère, le gouverneur aurait notamment qualifié le rassemblement de « foule incontrôlable ».
La situation reste tendue.
Lorsqu’un groupe a tenté de forcer le cordon de police en scandant « Şehîd namirin » (« Les martyrs sont immortels »), la police est intervenue. Plusieurs personnes, dont des femmes âgées, ont été agressées physiquement. Un participant, Sadık Külter, a été arrêté. Un petit groupe a néanmoins réussi à atteindre le funérarium. Par solidarité, certains endeuillés ont ensuite quitté le bâtiment pour rejoindre la manifestation qui se poursuivait devant le cordon de police. La situation sur place reste tendue et le secteur demeure bouclé.
MEBYA-DER : Violation des droits fondamentaux
Du point de vue des organisations kurdes, les actions des autorités turques s’inscrivent dans une série de mesures répressives contre la société civile kurde. Des observateurs sur place affirment que les hommages publics rendus aux combattants tombés au combat sont systématiquement empêchés. L’association MEBYA-DER, qui soutient les personnes ayant perdu des proches dans la lutte de libération kurde et qui a organisé l’événement, dénonce une violation délibérée des droits culturels et familiaux fondamentaux. (ANF)
Un Kurde champion d’Europe de Jiu-Jitsu No-Gi
LYON. La culture kurde à l’honneur le 29 novembre 2025
TURQUIE. 383 femmes tuées en 10 mois : l’impunité encourage les hommes
TURQUIE. Un musicien kurde arrêté à Istanbul
IRAN. 170 journalistes arrêtés depuis le soulèvement « Femme, Vie, Liberté »
L’organisation Voix des prisonniers kurdes et iraniens a publié un rapport détaillant les arrestations et les condamnations à mort prononcées par les autorités iraniennes contre des journalistes au cours des trois dernières années, à l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes.
Selon le rapport, les arrestations de journalistes ont fortement augmenté après le mouvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, avec 170 journalistes, dont 24 femmes, détenus pour avoir couvert des manifestations ou publié des informations sur des violations de l’État.
Les tribunaux iraniens ont prononcé des peines totalisant jusqu’à 60 ans de prison contre 21 journalistes, tandis que 41 autres ont été jugés sans garanties légales ni accès à un avocat de la défense, a déclaré l’organisation.
L’organisation Voix des prisonniers kurdes et iraniens a appelé la communauté internationale et les organismes de défense des droits de l’homme à faire pression sur Téhéran pour qu’il mette fin aux détentions arbitraires et garantisse la liberté et l’indépendance de la presse.
Le 2 novembre marque la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes, une journée qui rappelle que la persécution et l’emprisonnement des journalistes violent non seulement leurs droits, mais constituent également une atteinte à la liberté d’expression et au droit du public à l’information. (ANHA)
La Turquie exhorte l’Irak à participer à la guerre contre la guérilla kurde
SYRIE. Neuf journalistes tués en un an
La Commission d’enquête sur les crimes commis contre les journalistes, composée de l’Union des médias libres et de l’Organisation des droits de l’homme en Syrie, ainsi que d’un groupe de militants des droits de l’homme et de journalistes indépendants, a tenu une conférence de presse lundi au parc Al-Qira’a (La Lecture) à Qamishlo. Cette conférence, à laquelle ont assisté de nombreux journalistes et professionnels des médias, s’est tenue à l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes.
Sur l’estrade où la déclaration a été faite, on a accroché les images des journalistes Cihan Bilkin et Nazim Bastan, tués par un drone turc le 19 décembre 2024 alors qu’ils couvraient les attaques turques ciblant le barrage de Tichrine ; celle d’Akid Roj, tué également par un drone turc le 15 février 2025 alors qu’il couvrait la veillée civile au barrage de Tichrine ; et d’Issam Abdullah, tué le 20 novembre 2022 lors d’une frappe aérienne turque sur le village de Taql Baqal, près de Derik (région de Jazira).
Lors de la conférence, Benyad Jaziri, conseiller de la coprésidence de l’Union des médias libres, a fait une déclaration publique décrivant l’état du journalisme en Syrie et les violations et crimes commis contre les journalistes, et il a appelé à un renforcement de leur protection juridique.
Le communiqué déclare qu’« En cette Journée internationale, le 2 novembre, instituée pour la première fois par l’Assemblée générale des Nations Unies le 18 décembre 2013, pour attirer l’attention sur le niveau élevé d’impunité dont bénéficient les auteurs de crimes commis contre les journalistes, en particulier lors de conflits armés. »
Le communiqué soulignait que les journalistes sont souvent devenus la cible de parties en conflit, qui cherchent à obscurcir la vérité et à dissimuler les violations graves et généralisées commises lors de la couverture d’événements.
« En cette Journée internationale, nous nous tenons aux côtés des journalistes du monde entier, nous saluons leur courage à découvrir la vérité, nous réaffirmons notre engagement envers la liberté de la presse et nous condamnons fermement l’impunité persistante dont bénéficient les auteurs de crimes commis contre eux. »
Il a fait référence aux données de l’UNESCO sur les assassinats de journalistes, qui indiquent qu’entre 2006 et 2024, plus de 1 700 journalistes ont été tués dans le monde, avec un taux d’impunité alarmant de 86 % pour ces crimes. Ce taux élevé a des répercussions négatives sur les principes et les valeurs de la justice. Il entraîne également la perte des droits des victimes et l’occultation des faits, restreint la liberté d’expression et nuit aux sociétés en dissimulant de graves violations des droits humains, la corruption et la criminalité. De plus, il entrave le travail journalistique visant à documenter les faits et à étayer la justice par des preuves.
La déclaration a mis en lumière la situation en Syrie, expliquant que cette journée survient alors que le monde est témoin d’une des plus grandes crises, infligeant des souffrances à l’ensemble du peuple syrien à travers un conflit sanglant impliquant de nombreuses puissances. Ce conflit a conduit à la destruction des ressources du pays dans une guerre d’usure qui l’a épuisé et défiguré. Il a également été noté que cette guerre a cherché à saper la paix civile dans un climat de chaos et de discours de haine sectaires et ethniques qui menacent de déchirer le tissu national et l’intégrité territoriale de la Syrie, dans une crise qui dure depuis 14 ans, marquée par l’impunité pour les crimes commis et la persistance du chaos et des effusions de sang.
Le communiqué souligne que les risques encourus par les journalistes en Syrie sont amplifiés par leur travail dans un contexte extrêmement complexe et contradictoire, marqué par un conflit armé, des violations continues et des menaces répétées de la part de multiples acteurs, malgré les changements politiques survenus dans le pays l’année dernière. Le travail journalistique demeure en effet extrêmement périlleux. Nombre de journalistes syriens ont perdu la vie pour avoir rapporté la vérité, tandis que d’autres sont toujours menacés par des campagnes de diffamation et des menaces constantes qui ont poussé certains à quitter le pays et à demander l’asile.
Le communiqué révèle une escalade documentée des violations commises en 2025, notamment des meurtres, des arrestations, des détentions arbitraires, des agressions directes, des suspensions de travail et des entraves au travail journalistique. Il souligne que ces violations ont été perpétrées en l’absence manifeste de cadre juridique pour la protection des journalistes, et sous l’autorité de multiples entités exerçant un contrôle.
Le communiqué soulignait la fragilité croissante de la situation des médias, citant le rapport de 2025 de l’Union des médias libres recensant les violations les plus graves commises contre les journalistes et les professionnels des médias dans différentes régions de Syrie. Ces violations incluaient des assassinats, des attaques ciblées et des actes d’intimidation visant à empêcher la documentation des faits.
Le communiqué ajoute : « Six journalistes syriens ont été tués alors qu’ils couvraient des événements dans le pays, ainsi que deux journalistes travaillant pour les agences de presse Hawar et ANF, dont le véhicule a été directement visé par un drone alors qu’ils revenaient de la couverture des attaques contre le barrage de Tichrine. Le journaliste Shervan Sido a également perdu la vie alors qu’il couvrait les mêmes événements, suite à des bombardements turcs directs. »
Le communiqué indique que neuf journalistes ont été pris pour cible alors qu’ils couvraient les attaques menées par l’occupation turque et ses mercenaires contre le barrage de Tishreen, et ont subi des blessures de gravité variable. Six cas d’agressions et d’intimidations contre des journalistes dans plusieurs régions syriennes ont également été recensés, visant à les empêcher d’exercer leur métier et ayant entraîné diverses blessures. Le communiqué fait également état de tirs à balles réelles visant quatre journalistes qui couvraient des événements à Soueïda, perpétrés par des groupes armés ; aucun blessé n’a cependant été signalé.
Le communiqué documente également des cas d’arrestations arbitraires de journalistes, dont sept recensées dans des zones contrôlées par le gouvernement intérimaire. Il souligne par ailleurs la censure stricte exercée sur les médias et l’empêchement de la couverture de nombreux événements, six cas ayant été enregistrés en Syrie. Le communiqué fait état de quatre autres cas lors d’incidents distincts survenus dans tout le pays, notamment les attaques visant la côte syrienne et Soueïda, ainsi que l’incitation à la haine relayée par les médias lors des attaques contre les quartiers de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh à Alep. Enfin, le communiqué met en lumière l’existence de réseaux médiatiques organisés qui diffusent des discours de haine parmi les Syriens sur les réseaux sociaux, de manière incendiaire et caractérisée par une discrimination sectaire, ethnique et religieuse manifeste.
Dans un communiqué, la Commission d’enquête sur les crimes commis contre les journalistes, créée en 2024 dans les régions du nord et de l’est de la Syrie, a pour mission de surveiller et d’enquêter sur les violations commises contre les journalistes en Syrie et d’exiger que les responsables soient traduits en justice. Face aux difficultés rencontrées par les journalistes lors de la couverture de l’actualité, en cette Journée mondiale de la liberté de la presse, nous réaffirmons notre engagement à défendre cette liberté, malgré les menaces sécuritaires qui entravent le travail journalistique professionnel et l’absence de garanties juridiques dans les procès relatifs aux crimes commis contre les journalistes à travers le monde. Nous réitérons et réaffirmons les revendications suivantes :
Mobiliser une volonté politique globale pour assurer la mise en œuvre effective des résolutions de l’ONU et garantir la sécurité des journalistes.
Il est essentiel de mettre en place un mécanisme indépendant de surveillance et de signalement des crimes et violations graves commis contre les journalistes dans les zones de conflit armé. Ce mécanisme devrait permettre d’enquêter et de traduire les auteurs en justice dans tous les domaines, sans restriction ni condition préalable. Il devrait également soutenir les professionnels du secteur afin de garantir un environnement médiatique libre et sûr, renforçant ainsi le rôle du journalisme dans la construction de la justice et la réconciliation.
Soulignant l’impératif de respecter le rôle des journalistes et des reporters dans les zones de conflit armé.
Soutenir et réformer les mécanismes, les organes et les tribunaux internationaux en plaidant pour l’adoption d’un instrument international juridiquement contraignant pour la protection des journalistes.
Nous exhortons les gouvernements et les institutions nationales à œuvrer pour un meilleur respect des règles du droit international humanitaire.
Enquêter sur toutes les violations graves commises contre les journalistes syriens et traduire tous les auteurs en justice par le biais de mécanismes judiciaires nationaux et internationaux transparents.
Lancer une campagne mondiale durable pour sensibiliser l’opinion publique à la protection des journalistes pendant les conflits armés, obtenir des comptes et mettre fin à l’impunité.
Renforcer le respect de la déontologie professionnelle et lutter contre les discours de haine et le sectarisme dans les médias syriens afin de préserver l’impartialité du travail journalistique.
La déclaration concluait en soulignant que la protection des journalistes est un objectif fondamental et une pierre angulaire de l’édification d’une société libre, juste et éclairée. Elle notait également que la commission d’enquête sur les crimes commis contre les journalistes, composée de l’Union des médias libres, de l’Organisation des droits de l’homme en Syrie et d’un groupe de militants des droits de l’homme et de journalistes indépendants, a élaboré sept rapports qui seront soumis aux instances internationales chargées de la protection des droits des journalistes. (ANHA)