De Dersim à Halabja, du Rojava au Rojhilat, les Kurdes face aux génocides

0
KURDISTAN — Le 16 mars 1988, à 11 h 35, l’armée irakienne de Saddam Hussein, sur ordre direct d’Ali Hassan al-Majid (« Ali le Chimique »), bombardait la ville kurde d’Halabja avec un mélange létal de gaz neurotoxiques (sarin, tabun), vésicants (moutarde) et hémostatiques. En quelques minutes, plus de 5 000 civils périssaient dans d’atroces souffrances ; des familles entières gisent aujourd’hui dans des tombes anonymes marquées par des inscriptions glaçantes : « une tombe pour cinq personnes » ou « ici repose une famille entière ». Les États-Unis et plusieurs pays occidentaux avaient fourni à Bagdad les précurseurs chimiques, dans le cadre de leur soutien à Saddam Hussein durant la guerre Iran-Irak (1980-1988).

Cette atrocité s’inscrit dans une longue chaîne de violences étatiques contre les Kurdes, remontant au massacre de Dersim* (depuis, rebaptisée « Tunceli » par le régime turc) en 1937-1938, où l’armée turque, sous Atatürk, réprima une rébellion kurde alevie par des bombardements aériens, des gaz toxiques achetés à l’Allemagne Nazie et des massacres de masse : entre 13 000 et 70 000 morts selon les estimations, villages rasés, déportations forcées et assimilation brutale. De Dersim à Halabja, en passant par les campagnes Anfal (1988) qui firent jusqu’à 182 000 victimes kurdes en Irak, les États occupants ont systématiquement visé l’effacement ethnique et culturel du peuple kurde.

38 ans après Halabja, en ce 16 mars 2026, les Kurdes du Rojava commémorent ce « Mars noir » tout en affrontant de nouvelles menaces d’effacement. Entre janvier et février 2026, des attaques brutales dans le nord et l’est de la Syrie – meurtres, enlèvements, mutilations (femmes jetées de balcons, cœurs et yeux arrachés) – ont ciblé les civils kurdes, notamment à Alep (quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafieh), où près de 4 000 personnes restent portées disparues selon des sources comme le Mouvement des femmes kurdes Kongra Star. Ces violences, menées par des factions affiliées à la Turquie et certains groupes arabes, poursuivent une stratégie de division ethno-confessionnelle et d’extermination qui évoque les manipulations internationales d’hier.

La différence essentielle avec 1988 : le peuple kurde est aujourd’hui plus uni et résiste collectivement. Pourtant, les complots persistent, alimentés par des puissances qui arment et instrumentalisent des acteurs régionaux pour ensuite les abandonner – comme elles l’ont fait avec Saddam Hussein et « Ali le Chimique », exécutés après avoir servi leurs intérêts géopolitiques.

De Dersim à Halabja hier, et du Rojava et au Rojhilat (partie orientale de Kurdistan occupée par l’Iran) menacé aujourd’hui, l’histoire kurde reste marquée par une répétition tragique : génocides, déni et ingérences étrangères. A quand la justice pour les victimes, reconnaissance des génocides, et fin de l’impunité ?

*Le massacre de Dersim

Entre 1937 et 1938, lors de la répression brutale de la rébellion de Dersim (aujourd’hui Tunceli), l’État turc, sous Mustafa Kemal Atatürk et İsmet İnönü, a employé des armes chimiques contre les civils kurdes alevis. Des documents d’archives turcs et allemands, révélés notamment par l’historien Taner Akçam en 2023, confirment qu’un décret secret de 1937 a autorisé l’achat de 20 tonnes de gaz moutarde (yperite) et d’autres agents toxiques (comme le chloracétophénone) auprès de l’Allemagne nazie, accompagnés de 24 avions bimoteurs Heinkel pour des bombardements et pulvérisations aériennes. Ces gaz ont été utilisés pour asphyxier des civils kurdes et arméniens cachés dans les grottes et montagnes de Dersim, comme l’ont témoigné d’anciens ministres turcs (İhsan Sabri Çağlayangil) et des survivants : l’armée turque a empoisonné des familles entières piégées dans des grottes des environs.

Cette opération, qualifiée de génocide par de nombreux historiens et militants kurdes, a fait entre 13 000 et 70 000 morts (selon les sources officielles ou orales), avec des villages rasés, des forêts incendiées et une dépopulation massive. Parmi les atrocités les plus glaçantes : des déportations forcées de milliers de personnes vers l’Anatolie centrale, et l’arrachage systématique de fillette kurdes à leurs familles pour les placer dans des orphelinats ou les « offrir » en adoption à des officiers et familles turques, dans le but d’assimiler et d’effacer leur identité kurde et alevie – un phénomène connu sous le nom des « Filles disparues de Dersim ».

Cette violence s’inscrit dans une continuité tragique contre les Kurdes : de Dersim (1937-38) à Halabja (1988), en passant par les campagnes Anfal, les États occupants ont utilisé des armes chimiques (souvent avec complicité étrangère) pour réprimer et exterminer. Atatürk et İnönü ont commandé ces gaz nazis pour « résoudre définitivement » le « problème de Dersim », tout comme Saddam utilisera plus tard des armes occidentales à Halabja. Ces actes restent un génocide nié par Ankara, mais gravé dans la mémoire kurde comme un avertissement : l’assimilation forcée et les armes chimiques font partie d’une politique d’effacement ethnique qui perdure.

Une rescapée du massacre d’Halabja : « J’avais cinq ans quand mon enfance fut volée »

0
KURDISTAN – A l’occasion du 38e anniversaire du gazage des Kurdes d’Halabja par l’État irakien, nous partageons avec vous le témoignage d’une rescapée d’Halabja qui avait cinq ans à l’époque. « J’avais cinq ans quand mon enfance fut volée
Il y a trente-huit ans, le ciel d’Halabja s’est rempli de bombes et de produits chimiques toxiques. Ce jour-là, mon enfance — comme celle de milliers d’autres — a été volée.
 
J’avais cinq ans. C’est à cet âge que j’ai commencé à apprendre à vivre avec la douleur, la perte et les traumatismes — des expériences qui resteraient gravées dans mon cœur comme faisant partie de mon enfance.
 
Je me souviens très clairement d’une nuit. Nous étions dans une pièce sombre quand ma mère a été emmenée. Elle était vêtue de noir. Je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait, mais je me souviens avoir regardé ma petite sœur. Elle était terrifiée par chaque bruit et chaque visage inconnu dans cette pièce. Mon petit frère était encore un nourrisson.
 
Ce que j’ai ressenti à ce moment-là n’était pas vraiment de la peur ou du chagrin. C’était autre chose : un étrange sentiment de responsabilité. Je me souviens avoir pensé à la façon dont je m’occuperais d’eux si ma mère ne revenait pas. Ce n’est que bien des années plus tard que j’ai compris que j’avais grandi ce soir-là.
 
Quelques jours auparavant, nous avions traversé les montagnes kurdes à pied pour survivre. C’était le printemps. Parfois, le vent portait l’odeur de l’herbe et des fleurs. Mais mêlée à ces effluves, une autre odeur s’y mêlait : celle des produits chimiques, de la fumée et de la mort. Mon seul objectif était de continuer à marcher et de rester en vie.
 
Je me souviens des cris d’une femme qui accouchait à l’arrière d’un tracteur, tandis que des bombes tombaient au loin. Je me souviens d’avoir appris à détourner le regard lorsque nous croisions des corps au sol – hommes, femmes et enfants – car les regarder trop longtemps nous empêchait d’avancer. Je me souviens d’un petit enfant assis près du corps sans vie de sa mère. Je me demande encore ce qu’il est devenu.
 
Je me souviens des pleurs des enfants près des corps de leurs mères. Je me souviens des cris des femmes lorsqu’elles ont réalisé que leurs enfants avaient disparu. Je me souviens d’avoir eu froid, faim, soif et d’être terrifiée – mais il n’y avait pas d’autre choix que de survivre.
 
J’avais une paire de bottes marron qui n’ont tenu que deux jours avant d’être fichues. Après ça, j’ai marché jusqu’à avoir les pieds engourdis, en essayant de ne pas me laisser distancer par ma mère. Aujourd’hui encore, ma mère déteste les bottes marron.
 
On nous a dit de garder des linges humides sur notre bouche et notre nez pour ne pas inhaler les produits chimiques. Je me souviens avoir dit à ma mère de couvrir aussi la bouche et le nez de mon petit frère. Il n’était qu’un bébé, et les bébés sont fragiles.
 
Une fois arrivés en sécurité à la frontière, on m’a donné à manger : du riz rouge kurde. Mais son goût était étrange, métallique et amer. Mon corps l’a rejeté. Je m’en souviens encore aujourd’hui.
 
Les médecins m’ont dit que j’allais bien. Mais je savais que ce n’était pas le cas. Certaines blessures sont invisibles.
 
Trente-huit ans ont passé. Mais l’enfant qui a parcouru ces montagnes vit toujours en moi.
 
Et quand je vois les enfants des guerres d’aujourd’hui — effrayés, déplacés, pleurant leurs mères — quelque chose en moi se brise à nouveau.
 
Parce que je reconnais leur peur.
 
Car autrefois, cet enfant, c’était moi. »
 
 
 
Photo d’archive
 

Colonisation interne : Comment Perses et Azéris partagent le pouvoir pour étouffer le Rojhelat

0
IRAN / ROJHILAT – L’Iran colonial, qu’il s’agisse de l’époque du Shah (dynastie Pahlavi, 1925-1979) ou de la République islamique actuelle, repose historiquement sur une alliance dominante entre l’élite persane (fars) et azérie (turcophone), qui marginalise systématiquement les autres groupes ethniques, dont les Kurdes.

Sous les Pahlavi, cette alliance s’est traduite par une politique de centralisation forcée et de persanisation agressive : interdiction des langues non-persanes (y compris le kurde) dans l’éducation, l’administration et les médias, changement de toponymes kurdes, répression des revendications culturelles et politiques, et militarisation permanente du Kurdistan iranien (Rojhelat). Les Azéris, deuxième plus grande ethnie (environ 20-25 % de la population), ont souvent occupé des postes clés dans l’armée, l’économie et la bureaucratie, partageant avec les Perses un intérêt commun à préserver l’unité nationale centralisée contre toute forme d’autonomie ou de fédéralisme ethnique. Des figures azéries influentes (y compris dans le clergé chiite post-1979, comme l’actuel Guide suprême Khamenei d’origine azérie) renforcent cette coalition au pouvoir, qui voit chez les Kurdes une menace potentielle pour l’Iran colonial.

Quant à l’Azerbaïdjan iranien (région historique d’Azarbayjan), il n’a jamais été exclusivement « azéri » au sens moderne : au Moyen Âge, cette zone (notamment autour de Tabriz) fut contrôlée par la dynastie des Rawadides (ou Ravvadides, env. 955-1071). Tabriz en fut la capitale, et elle domina une large partie de l’Azerbaïdjan historique et des régions arméniennes adjacentes. Cette période illustre que l’espace azéri-kurde a été partagé et influencé par des dynamiques kurdes bien avant l’arrivée massive des tribus turques oghouzes (à partir du XIe siècle avec les Seldjoukides), et que la région fut un territoire kurde important avant sa turquisation progressive.

Aujourd’hui comme hier, cette alliance azéro-persane au cœur du pouvoir iranien refuse toute reconnaissance des droits kurdes (autonomie culturelle, linguistique, politique ou fédérale), préférant maintenir une assimilation forcée : répression des partis kurdes (KDPI, Komala, PJAK…), exécutions, militarisation, discrimination économique et culturelle. Les Kurdes, sunnites majoritairement dans un État chiite, restent perçus comme une « menace existentielle » à l’unité nationale, et non comme des partenaires égaux. Cette politique coloniale et assimilatrice explique pourquoi Téhéran ne soutiendra jamais les aspirations kurdes — ni en Iran, ni ailleurs en Rojava ou au Kurdistan irakien — et continue d’exploiter les divisions ethniques pour consolider son emprise.

SYRIE. Une « police féminine » voilée pendant que les héroïnes YPJ sont rejetées

0
SYRIE / ROJAVA – Pendant que le régime islamiste de Damas, dirigé par les anciens djihadistes de HTS (Hay’at Tahrir al-Sham), impose son obscurantisme, une nouvelle humiliation est infligée aux femmes syriennes : la création d’unités de policières* féminines, entièrement voilées, chargées surtout de surveiller et de punir les autres femmes.
Sur cette photo, la seule femme qui ne porte pas le voile n’est pas policière

Ces policières en niqab ou hijab intégral, formées dans l’esprit même des brigades al-Khansa de Daech, font rougir de plaisir les adeptes de l’État islamique. Daech n’aurait pas rêvé mieux : un régime qui prétend « moderniser » la Syrie mais recrée exactement le même outil de terreur patriarcale que l’organisation qu’il prétend avoir vaincue. Forcer des milliers de femmes à Damas et Alep à se voiler sous peine de sanctions, déployer des « policières féminines » made in HTS… c’est la victoire posthume de l’idéologie takfiri.

Et pendant ce temps, que fait Damas face aux véritables combattantes de la liberté ? Il refuse catégoriquement d’intégrer les unités féminines YPJ (Unités de Protection des Femmes) dans les nouvelles forces armées nationales syriennes.

Les YPJ, ces femmes kurdes qui ont brisé les chaînes du patriarcat, qui ont libéré Kobané, Raqqa et des milliers de femmes yazidies des griffes de Daech, qui ont prouvé au monde entier qu’une femme peut tenir une kalachnikov, commander une unité et diriger une société égalitaire… ces mêmes YPJ sont jugées « incompatibles » avec l’armée de Damas.

Pourquoi ? Parce que HTS n’a jamais accepté de femmes dans ses rangs. Parce que pour ces islamistes, une femme en uniforme, tête découverte, égalitaire et révolutionnaire est une insulte à leur conception médiévale de la « féminité ». Parce que intégrer les YPJ signifierait accepter le modèle du Rojava : co-présidence, égalité réelle, laïcité et lutte contre l’obscurantisme.

Le message est clair et terrifiant :

  • Des policières voilées pour contrôler les femmes → acceptées.

  • Des combattantes libres, laïques et victorieuses de Daech → rejetées.

C’est plus qu’une injustice. C’est une trahison de la révolution syrienne. C’est une déclaration de guerre contre le progrès des femmes. C’est la preuve que le nouveau régime de Damas n’est pas un « gouvernement de transition » mais un régime islamiste qui veut effacer le seul modèle féministe et démocratique qui a réellement existé en Syrie depuis 2012.

Les YPJ ont déjà annoncé qu’elles ne rendraient pas les armes et qu’elles ne se soumettraient pas à un système qui les considère comme une menace existentielle. Elles ont raison.

À l’heure où l’on célèbre partout « la chute de la dictature », il faut avoir le courage de le dire : le régime de Damas n’a pas libéré les Syriennes. Il les a remises sous voile et sous surveillance. Et il a choisi d’exclure celles qui les avaient réellement libérées.

*Les principales tâches de ces policières féminines sont :

  • Appliquer les règles de genre et de modestie : inspection des femmes (fouilles corporelles, contrôle du voile), surveillance dans les espaces publics/segregués, application des restrictions de mobilité et de mixité (ex. : séparation hommes-femmes dans les transports, hôpitaux, lieux de travail comme à l’hôpital Al-Muwasat à Damas).
  • Renforcer le contrôle social patriarcal : elles interviennent dans les cas impliquant des femmes (violences domestiques, plaintes féminines, mais souvent pour imposer la « conformité » plutôt que pour protéger).
  • Compléter la police générale : elles participent aussi à des tâches policières classiques (sécurité routière, maintien de l’ordre dans les quartiers féminins, gestion des foules lors d’événements), mais toujours dans un cadre genré et sous influence islamiste.

ROJAVA – Un village kurde pillé et ravagé par les gangs pro-turcs

0

SYRIE / ROJAVA — Sept ans après avoir été forcés de fuir par l’offensive turque de 2019 sur Serêkaniyê (Ras al-Aïn), des habitants kurdes originaires des environs ont enfin pu retourner dans leur village de Khirbet al-Dibs, situé dans la campagne ouest de Tel Tamer, grâce à la réouverture récente de l’autoroute internationale M4.

Ce retour, espéré comme un premier pas vers la reconstruction et la reprise d’une vie normale, s’est transformé en cauchemar. Sur place, les habitants ont découvert un village systématiquement saccagé et pillé :

  • De nombreuses maisons ont été partiellement ou totalement détruites.

  • Portes, fenêtres, installations électriques et sanitaires ont été arrachées et emportées.

  • Dans plusieurs cas, ce sont les toits entiers (tôles, charpentes) qui ont été volés.

  • Les biens mobiliers du quotidien — meubles, appareils, ustensiles, vêtements — ont disparu.

Ce pillage organisé et cette destruction méthodique portent la marque des mercenaires affiliés à la Turquie (Armée Nationale Syrienne – ANS / SNA), qui ont occupé la zone pendant des années. Avant de se retirer — dans le cadre des accords récents entre l’Administration Autonome et le gouvernement transitoire de Damas —, ces groupes ont vidé les habitations de tout ce qui pouvait être revendu ou réutilisé, condamnant les familles de retour à une précarité extrême.

Privés des éléments les plus élémentaires pour se loger, se chauffer ou se nourrir décemment, ces habitants se retrouvent aujourd’hui face à un double drame : celui de l’exil forcé de 2019, et celui de la spoliation systématique orchestrée par les forces pro-turques.

Cette situation n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans un schéma répété depuis 2018 dans de nombreuses zones kurdes occupées par la Turquie et ses proxies : expulsion, pillage, destruction ciblée des biens civils et tentative d’altération démographique.

Les habitants de Khirbet al-Dibs, comme des milliers d’autres déplacés de Serêkaniyê, demandent justice, réparation et le retour sécurisé et digne dans leurs foyers — sans pillage ni menace continue.

Le pillage de Khirbet al-Dibs n’est pas seulement un crime matériel : c’est une continuation de la guerre contre l’existence kurde au Rojava.

IRAN. Cinq autres civils tués par les frappes aériennes

0
IRAN / ROJHILAT – Cinq civils, dont trois Kurdes, deux femmes et deux enfants âgés de 2 et 15 ans, ont été tués lors de frappes aériennes menées par des avions de guerre américains et israéliens ciblant des installations militaires et de sécurité iraniennes dans les villes de Téhéran, Bukan et Ravansar. Selon les informations reçues par l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, Soma Salimi, une Kurde originaire de Bukan, a été tuée lors du bombardement de la place Resalat à Téhéran par des avions de combat américains et israéliens, le lundi 9 mars 2026. Sept jours après l’incident, son corps n’a toujours pas été retrouvé sous les décombres de sa maison. Salimi était titulaire d’une licence en psychologie générale et d’un master en psychologie de l’enfant exceptionnel. Elle a également travaillé comme éducatrice auprès d’enfants autistes au Centre culturel Afarinesh. Dans un autre incident, Abra Zherfi, âgé de deux ans, et sa mère Faezeh Reyhani ont été tués lors de récents raids aériens menés par des avions de guerre américains et israéliens dans le quartier de Moniriyeh à Téhéran. Le samedi 14 mars 2026, Kian Moradi, un garçon kurde de 15 ans originaire de Ravansar, est décédé des suites de ses blessures reçues lors des frappes aériennes menées le 1er mars contre des centres de sécurité et militaires de la République islamique d’Iran dans la ville. Il est décédé après 13 jours d’hospitalisation en raison de la gravité de ses blessures. Dans un autre cas, un civil kurde identifié comme Qarni (Siavash) Sharifipour, du village de Hajiabad à Bukan, a été tué lors du bombardement de la base militaire de Qarehmusalian sur la route Bukan-Miandoab.

PJAK. Le mouvement kurde prêt à défendre le Rojhilat face aux tensions

0

IRAK / KURDISTAN – Dans une interview à Stêrk TV, Amir Karimi, coprésident du Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), a affirmé que son mouvement est solidement ancré dans la société kurde de Rojhilat (Kurdistan d’Iran) et prêt à défendre la population face aux attaques américano-israéliennes contre l’Iran.

Il a rendu hommage à Salih Muslim (PYD), figure emblématique du mouvement kurde du Rojava récemment décédé, et insisté sur la nécessité d’une autodéfense collective et d’une auto-organisation sociale plutôt que sur une dépendance aux forces extérieures.

Karimi a démenti les rumeurs de transferts de troupes kurdes du Sud vers l’Est, affirmant que le PJAK (Partiya Jiyana Azad a Kurdistanê) dispose déjà de forces opérationnelles en Iran, en contact étroit avec la population, et que ces informations relèvent de la propagande. Il a également nié tout contact ou négociation avec les États-Unis, y compris avec Donald Trump, et souligné l’absence de stratégie claire américaine envers les Kurdes.

Concernant l’alliance récente de six partis kurdes à Rojhilat, Karimi l’a qualifiée d’historique et purement politique (non militaire), visant une position commune, un débat démocratique des divergences et une coopération élargie, y compris avec la société civile. Des discussions sur une coopération militaire conjointe sont en cours, mais les forces armées doivent rester sous contrôle sociétal, non partisan.

Il a appelé à une unité nationale kurde dans les quatre parties du Kurdistan, soulignant que la fragmentation a trop nui par le passé et que les Kurdes peuvent servir de modèle démocratique pour l’Iran entier.

Karimi a mis en garde contre la menace de Daech dans la région, la crise économique, les discriminations médicales et les attaques de l’État iranien, plaidant pour l’entraide, l’autogestion et la vigilance. Il a conclu que la liberté ne viendra pas de l’extérieur mais de la force propre de la société kurde, via l’organisation des jeunes et des femmes, sans viser un pouvoir parallèle mais une véritable autogestion populaire.

Massacre d’Halabja : un génocide à l’odeur de pomme

0
IRAK / KURDISTAN – Il y a 38 ans, le 16 mars 1988, la ville kurde d’Halabja, au Kurdistan d’Irak, fut bombardée à l’arme chimique par le régime baasiste de Saddam Hussein. Cette attaque, la plus massive contre des civils de l’histoire moderne, tua environ 5 000 personnes – en majorité des femmes et des enfants – et en blessa près de 10 000 autres. Reconnu comme génocide par le tribunal pénal irakien en 2010, ce crime reste gravé dans la mémoire kurde.

Ce jour-là, des avions irakiens larguèrent un cocktail mortel de gaz moutarde, sarin, tabun et VX sur une population d’environ 40 000 à 70 000 habitants. Une odeur nauséabonde de pomme pourrie envahit la ville. Les victimes, croyant à un bombardement ordinaire, sortirent de chez elles ou ouvrirent leurs fenêtres – et s’effondrèrent asphyxiées, sans sang ni blessures visibles, figées dans leurs gestes quotidiens.

Les rues devinrent des charniers silencieux : corps entassés devant les maisons, dans les écoles, les mosquées, les marchés. Parmi les images les plus poignantes : celle d’Omar Khawar serrant son nourrisson contre lui, ou de familles entières mortes ensemble. Les survivants fuirent vers l’Iran, des dizaines de milliers déplacés de force.

L’opération, supervisée par Ali Hassan al-Majid (« Ali le Chimique »), cousin de Saddam, s’inscrivait dans la campagne Anfal – un génocide systématique contre les Kurdes (plus de 180 000 victimes au total). Halabja n’était pas un accident de guerre : c’était une punition collective pour le contrôle de la ville par les peshmergas.

Ali le Chimique fut condamné à mort et pendu en 2010 pour ce crime (entre autres), sans jamais exprimer de remords. Saddam Hussein le suivit en 2006. La corde de la pendaison d’Ali fut remise aux autorités d’Halabja en 2012 – symbole dérisoire face à la douleur persistante.

Aujourd’hui encore, les survivants souffrent de cancers, de maladies respiratoires chroniques, de malformations congénitales et de traumatismes profonds. Le mois de mars reste pour les Kurdes un temps de deuil : Halabja, Anfal, Shengal, Afrin, Sere Kaniyê, Kobanê… autant de noms qui rappellent la même mentalité génocidaire des États occupants visant l’effacement du peuple kurde.

Halabja n’est pas une page tournée. C’est un cri éternel contre l’impunité et l’oubli. Plus jamais Halabja.

Qui a tué Masoud Mesjudi ? Monarchistes ou agents du régime iranien ? Le choc et la stupeur au sein de la diaspora iranienne

0

Le 14 mars 2026, la police canadienne (IHIT – Integrated Homicide Investigation Team) a annoncé l’arrestation et la mise en accusation pour meurtre au premier degré de deux personnes dans la mort de Masood Masjoody (également orthographié Masoud Mesjudi ou Masjoudi), mathématicien canado-iranien de 45 ans, ancien enseignant à l’université Simon Fraser (SFU) et critique virulent du régime islamique iranien. Son corps a été retrouvé le 6 mars à Mission, en Colombie-Britannique, après sa disparition signalée le 2 février. Les suspects, Mehdi Ahmadzadeh Razavi (48 ans, Maple Ridge) et Arezou Soltani (45 ans, North Vancouver), sont des militants monarchistes connus, membres ou proches de la Canadian Iranian Wakuppers Foundation (CIWF), un groupe soutenant Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran.

Les sources policières et judiciaires décrivent un « incident ciblé » lié à des querelles internes à l’opposition iranienne. Masjoody avait intenté plusieurs poursuites civiles, dont une contre Reza Pahlavi lui-même pour diffamation, et dénonçait publiquement des menaces de la part de partisans monarchistes. Les deux suspects entretenaient avec lui des conflits politiques et judiciaires directs. Des médias canadiens comme The Bureau, theBreaker.news et NanaimoNewsNOW confirment que les accusés étaient des activistes pro-Pahlavi, opposés au profil républicain et anti-monarchiste de la victime.

Pourtant, les premières réactions de la diaspora avaient immédiatement pointé vers Téhéran. Masjoody était un opposant farouche aux Gardiens de la Révolution (IRGC), qu’il accusait d’infiltrer le Canada. Il documentait des réseaux d’agents iraniens et avait alerté sur des menaces contre les dissidents. Des activistes iranio-canadiens, dont Nazanin Afshin-Jam, avaient déclaré qu’il était « sous menace depuis des mois » pour avoir exposé des affiliés présumés de l’IRGC. Le Guardian et Iran International rapportaient dès le 6 mars des craintes de « répression transnationale » orchestrée par le régime, dans un contexte où l’Iran est accusé de cibler ses opposants à l’étranger (plus de 120 tentatives d’assassinat ou enlèvements depuis 1979 selon divers rapports).

Le revirement est brutal : les deux suspects ne sont pas des agents officiels du régime, mais des monarchistes. Pire, Masjoody avait lui-même accusé publiquement Arezou Soltani d’avoir un oncle colonel dans l’IRGC (Alireza Soltani, commandant dans la zone de Maku) et un père ancien membre des comités révolutionnaires iraniens. Les suspects, de leur côté, avaient contre-attaqué en affirmant que la victime avait des liens familiaux avec les Moudjahidine du peuple (MEK). Cette guerre d’accusations mutuelles de « liens avec le régime » révèle les fractures profondes au sein de l’opposition en exil.

La peur et la stupeur de la diaspora iranienne

Cet assassinat a plongé la communauté iranienne au Canada – l’une des plus importantes en Occident – dans un mélange de peur et de stupeur. Des figures comme Nazanin Afshin-Jam ou des élus conservateurs (Melissa Lantsman, Pierre Paul-Hus) dénoncent depuis des années la présence massive d’agents iraniens et de réseaux d’influence du régime en Occident. Le Canada est régulièrement cité comme un terrain de jeu privilégié pour la répression transnationale : harcèlements, menaces contre les familles restées en Iran, infiltration via des associations culturelles ou des trafics de drogue. Des rapports officiels et médiatiques (The Bureau, National Post) estiment à plusieurs centaines le nombre d’individus liés à l’IRGC sur le sol canadien. Le gouvernement Trudeau est accusé d’inertie, avec seulement une poignée d’expulsions ces dernières années.

La stupeur vient précisément du fait que le meurtre n’a (pour l’instant) pas été attribué directement à Téhéran, mais à des querelles internes entre opposants. Pour beaucoup, cela prouve l’ampleur de l’infiltration : certains monarchistes seraient « utilisés » ou infiltrés par le régime comme leurre politique, selon des analyses persanes et des médias d’opposition (NCR-Iran). Le régime exploiterait les divisions (républicains vs monarchistes) pour discréditer l’ensemble de l’opposition. Sur les réseaux (X/Twitter), les débats font rage : certains parlent d’« agents IRGC se faisant passer pour monarchistes », d’autres d’une campagne de désinformation pour discréditer Reza Pahlavi, d’autres encore accusent les monarchistes d’avoir leur propre « SAVAK » (référence à la police secrète du Shah) – un réseau de renseignement et d’intimidation parallèle qui agirait parfois de concert avec des éléments du régime.

La diaspora, déjà traumatisée par la répression en Iran (massacres de manifestants, exécutions), voit dans ce drame la confirmation de ses pires craintes : même en Occident, la sécurité n’existe pas. Les opposants s’entre-tuent ou sont manipulés, pendant que les vrais agents du régime opèrent en toute impunité. Des appels se multiplient pour une enquête élargie sur les réseaux IRGC au Canada, au-delà du simple meurtre.

En conclusion, les faits judiciaires pointent vers deux monarchistes radicaux pour ce meurtre. Mais le contexte – accusations croisées de liens avec l’IRGC, historique de menaces contre Masjoody pour ses enquêtes sur les agents iraniens, et divisions exacerbées – alimente un climat de paranoïa justifiée. La diaspora iranienne, unie dans la dénonciation de la présence massive d’agents du régime en Occident, est aujourd’hui stupéfaite par ces fractures internes. Elle exige vérité et protection : car derrière les querelles de personnes se cache peut-être une stratégie plus insidieuse du régime pour semer le chaos parmi ses ennemis. L’affaire Masoud Mesjudi n’est pas seulement un homicide ; elle est le symptôme d’une peur profonde qui traverse toute l’opposition iranienne en exil.

Halabja : Un massacre qui pourrait se reproduire

0
KURDISTAN – Le 16 mars 1988 demeure l’un des jours les plus sombres de l’histoire kurde moderne. Ce jour-là, le nom d’Halabja (Helebce) fut à jamais associé à la mort et au silence du monde. À cette époque, le régime baasiste irakien de Saddam Hussein était engagé dans une guerre longue et épuisante contre l’Iran, un conflit qui s’éternisait bien au-delà des prévisions de Bagdad et qui, peu à peu, se retournait contre l’Irak.

Lorsque Saddam Hussein a lancé la guerre, il pensait pouvoir vaincre rapidement le gouvernement iranien nouvellement établi. L’une de ses principales préoccupations était la propagation de la révolution islamique iranienne en Irak. L’Irak comptait une majorité chiite, tandis que le pouvoir politique était détenu par une minorité sunnite au sein du régime baasiste. Bagdad craignait que l’influence de la révolution chiite iranienne n’incite la population chiite irakienne à se soulever contre le gouvernement. Saddam recherchait donc une victoire rapide pour contrer cette influence et consolider son pouvoir.

Mais à mesure que la guerre se prolongeait et que les capacités militaires de l’Iran se renforçaient, les forces irakiennes furent contraintes de se replier dans plusieurs zones. Sous la pression croissante, Saddam choisit une voie empruntée par de nombreux dictateurs en temps de crise : la vengeance contre des civils sans défense.

La ville kurde d’Halabja, dans la province de Souleimaniye, a été victime de cette décision. Le régime irakien a utilisé des armes chimiques contre une ville peuplée de civils. Cette attaque visait non seulement à intimider les forces iraniennes, mais aussi à semer la terreur parmi les groupes politiques kurdes du Kurdistan irakien, notamment l’Union patriotique du Kurdistan.

Au petit matin du 16 mars, quelques jours avant Newroz, le Nouvel An kurde, la mort s’est abattue sur Halabja. Les habitants s’apprêtaient à accueillir le printemps lorsque l’odeur de pommes a envahi les rues, signe annonciateur d’une attaque chimique mortelle. En quelques minutes, des milliers de personnes ont péri. Plus de 5 000 civils ont été tués, et beaucoup d’autres ont souffert de séquelles à long terme. Halabja est devenue l’un des exemples les plus choquants de l’utilisation d’armes de destruction massive contre des civils.

Cette tragédie n’était pas seulement un crime ; elle est aussi devenue le symbole du silence du monde. Malgré l’ampleur du désastre, la communauté internationale n’a pas réagi avec la gravité qu’exigeait ce crime. Ce silence demeure depuis lors l’une des plus sombres taches sur la conscience du monde.

Pour le peuple kurde, Halabja fut une douloureuse leçon historique : dans les moments décisifs, les puissances régionales et mondiales peuvent faire passer leurs intérêts politiques avant la vie d’un peuple. Au cours des années suivantes – de la guerre du Golfe en 1991 aux événements en Syrie et au Rojava – l’expérience kurde a souvent démontré avec quelle facilité leur sort peut être négligé dans les calculs des États puissants.

C’est pourquoi beaucoup estiment qu’au Moyen-Orient actuel, sur fond de tensions régionales croissantes – notamment face à la confrontation de plus en plus vive entre l’Iran et Israël – le risque de tragédies similaires ne doit pas être négligé. L’histoire a montré que des gouvernements sous pression peuvent recourir à une répression féroce pour semer la terreur ou adresser un message à leurs ennemis. Dans ce contexte, on craint que le Kurdistan iranien (Rojhelat) ne redevienne un foyer de tensions, exposant les civils kurdes à des risques de violence et de répression. Parallèlement, les puissances mondiales ne font pas nécessairement de la sécurité ou des intérêts du peuple kurde une priorité.

Se souvenir d’Halabja, ce n’est donc pas seulement commémorer une tragédie passée ; c’est aussi un avertissement pour le présent et l’avenir. Une nation qui a subi une telle catastrophe ne peut se permettre d’ignorer le risque qu’elle se reproduise.

Dans ce contexte, le Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) a déclaré dans un communiqué marquant l’anniversaire de la tragédie :

« Le 16 mars marque le génocide perpétré contre le peuple kurde à Halabja en 1988, lorsque le régime baasiste irakien a tué près de cinq mille civils à l’aide d’armes chimiques. Le PJAK condamne ce crime contre l’humanité, honore la mémoire des victimes et souligne que le peuple kurde n’oubliera jamais cette tragédie. »

Halabja rappelle au monde que le silence face à l’injustice peut engendrer sa répétition. C’est pourquoi la conscience historique et la vigilance politique demeurent essentielles pour éviter que des tragédies comme celle d’Halabja ne se reproduisent. (Rojhilat Info)