La première Cour Pénale de Kırıkkale a ordonné l’abandon du procès de l’affaire Vartinis, au motif du délai de prescription.
Le tribunal a décidé de classer le dossier pour cause de prescription, arguant que deux mois s’étaient écoulés depuis le délai de prescription. La seule survivante du massacre, Aysel Öğüt qui a perdu son mari et ses enfants, a exprimé sa douleur et sa demande de justice, déclarant avoir été témoin du meurtre de sa famille. L’avocat Kadir Karaçelik a souligné la nécessité de juger Bülent Karaoğlu, critiquant la carence des investigations dans cette affaire. D’autres, comme l’avocat Fuat Özgül, ont accusé l’État de protéger les coupables.
Le 2 octobre 1993, un officier turc a perdu la vie dans un affrontement qui a eu lieu dans la zone rurale de la ville de Vartinis (Altınova) dans le district de Têlî (Korkut) de Mûş. Après le conflit, les militaires venus récupérer le corps de l’officier ont ouvert tiré en l’air et déclaré aux villageois « Nous viendrons brûler votre village ce soir ». Le lendemain, c’est-à-dire le 3 octobre 1993, les militaires sont revenus dans le village et y ont mis le feu, prétendant que les villageois aidaient la guérilla kurde (PKK).
À la suite de l’incendie de leur maison, le couple Nasır et Eşref Öğüt ont perdu la vie avec leurs 7 enfants, dont l’aîné avait 12 ans et le plus jeune n’avait que 3 ans. Aysel Öğüt, la seule survivante du massacre, a ensuite déposé une plainte pénale concernant le massacre.
Mais l’acte d’accusation initial accusait le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), malgré les preuves d’une implication militaire. Après avoir traîné pendant une décennie, l’affaire a été rouverte en 2003, mais bloquée en raison de querelles juridiques sur la compétence.
Finalement, en 2011, les procureurs ont inculpé quatre soldats, dont le capitaine de gendarmerie Bulent Karaoglu, alors commandant du district. Cependant, l’affaire a été rapidement transférée de Mus à Kirikkale, prétendument pour des raisons de sécurité.
Trois accusés ayant été acquittés, Karaoglu reste le seul accusé. Malgré un mandat d’arrêt, il n’a toujours pas été arrêté. Sans son arrestation, l’affaire ne pourra pas avancer et risque d’expirer en octobre 2023.
Les avocats de la famille Ogut dénoncent l’absence de progrès et déclarent que le fait de ne pas demander des comptes à quiconque aggrave l’injustice. Ils accusent les autorités d’indifférence et d’inaction alors qu’un tueur est en liberté. Retour sur le massacre de Vartinis

« Le 9 janvier 2013, un premier attentat terroriste a frappé les Kurdes en plein coeur de Paris. Il a coûté la vie à trois militantes kurdes: Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez.
Presque10 ans plus tard, le 23 décembre 2022, trois autres militants kurdes ont perdu la vie dans un deuxième attentat terroriste, toujours à Paris.
L’enquête sur le triple assassinat du 9 janvier 2013 a mis en évidence de nombreux indices – corroborés par des documents diffusés sur internet – démontrant que l’assassin, Ömer Güney, arrêté peu après les faits, avait opéré sous les ordres des services secrets turcs (MIT).
L’instruction de la première affaire a cependant été entravée par le « secret-défense », les autorités françaises refusant de déclassifier les informations détenues par le service de renseignement intérieur (DGSI).
Concernant la deuxième affaire, le caractère terroriste n’a pas été retenu jusqu’à présent, alors même que les propos de l’assassin William Malet démontrent clairement les motivations terroristes de son acte qui ciblait délibérément notre association en tant que représentation du peuple kurde.
Malgré nos craintes et nos inquiétudes sur le profil terroriste de William Malet, à ce stade, les enquêteurs n’ont toujours pas interrogé les différents services de renseignements français sur les liens potentiels de l’assassin avec des services étrangers.
Face à cette situation, nous réitérons notre appel à la justice et à la transparence. Nous exigeons que les investigations sur ces attaques terroristes soient menées avec diligence, intégrité et à l’abri de toute influence politique. Nous demandons enfin de nouveau que le parquet anti-terroriste se saisisse dans le cadre de la deuxième affaire.
Il est impératif que les autorités françaises prennent des mesures concrètes pour qu’aucun aspect ne soit négligé dans ces affaires, y compris les liens potentiels avec des pays étrangers et les implications des services de renseignement.
Nous demandons également la levée du « secret défense » et la publication des documents détenus par les services de renseignement relativement à ces affaires.
En outre, nous appelons à une coopération internationale accrue pour élucider particulièrement le profil très suspect de William Malet.
Pour dénoncer ces deux attentats et l’impunité persistante, et afin d’exiger justice et transparence, nous appelons à deux grandes manifestations:
La première manifestation aura lieu le 23 décembre 2023, date anniversaire du second attentat terroriste.
La seconde, une manifestation à l’échelle européenne, aura lieu le 6 janvier 2024, en hommage aux victimes du premier attentat de 2013 et pour protester contre le manque de transparence dans l’enquête. »