Le mythe de l’hétérogénéité kurde comme obstacle à l’État
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L’ampleur du drame : Baniyas et Jableh en deuil
Selon les données de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), le bilan des attaques est particulièrement lourd. À Baniyas, le quartier d’Al-Qusour a payé le prix fort avec plus de 400 victimes, dont une grande partie a été surprise dans son sommeil. Dans la campagne de Jableh, le village d’Al-Sanawbar pleure la perte de 317 civils, parmi lesquels figuraient des médecins, des enseignants, ainsi que de nombreux femmes et enfants.
Un recueillement entre douleur et souvenir
Dans les cimetières, l’image d’enfants déposant des fleurs sur les tombes de leurs proches témoignait de l’ampleur du traumatisme. Les familles ont évoqué avec effroi les jours sombres qui ont suivi les tueries, rappelant que certains corps étaient restés exposés de longs jours avant de pouvoir être inhumés. Dès la veille au soir, des veillées aux chandelles ont transformé les nécropoles de Baniyas et des localités environnantes en lieux de mémoire collective.
Contexte et bilan international
Ces événements tragiques s’étaient déroulés entre le 6 et le 10 mars 2025. À l’époque, des factions liées au gouvernement intérimaire syrien et des groupes soutenus par la Turquie avaient lancé des opérations militaires visant, selon leurs termes, les « vestiges de l’ancien régime ».
Le bilan global, documenté par l’Organisation internationale de surveillance des crimes contre l’humanité dans un rapport du 29 mai 2025, est glaçant :
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62 massacres à caractère confessionnel recensés en seulement trois jours.
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1 676 victimes civiles, incluant une proportion tragique de femmes et d’enfants.
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- une intégration progressive et phasée des FDS dans l’armée syrienne (création de brigades spécifiques, transfert de lourds armements) ;
- la remise au pouvoir central des frontières, des champs pétroliers, des postes-frontières et des prisons abritant des djihadistes de l’État islamique ;
- des avancées sur les droits kurdes : reconnaissance du kurde comme langue nationale (décret n°13 du 16 janvier 2026), octroi de la citoyenneté aux apatrides, enseignement du kurde dans les écoles, reconnaissance de Newruz (nouvel-an kurde) comme fête nationale.
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Un incident emblématique des persécutions en cours
Avant de se retirer des villages entourant Kobanê, des factions affiliées au gouvernement intérimaire syrien, dirigé par Ahmed al-Charaa, ont arrêté trois jeunes hommes de la famille Barkal dans le village de Jakhr, situé au sud-est de Kobanê. Les détenus, identifiés comme Ismail Muhammad Haj Barkal (né en 1971), Salman Mustafa Haj Barkal (né en 1981) et Saleh Muhammad Haj Barkal (né en 1988), ont été emmenés vers une destination inconnue à 17 heures locales. Selon des sources locales bien informées, une entité se présentant comme la Direction générale de la sécurité est responsable de ces arrestations, qui ont eu lieu dans un village au sud de l’autoroute internationale M4.
À ce jour, leur sort reste inconnu, alimentant l’angoisse des familles et des communautés locales qui exigent leur libération immédiate.
Cet enlèvement n’est pas isolé. Des témoignages rapportent que des mères kurdes reçoivent des appels menaçants de soldats affiliés à Damas, affirmant avoir exécuté leurs fils et jeté leurs corps aux chiens, comme dans un cas récent où une femme a été contactée via le téléphone de son enfant capturé.
Ces actes s’ajoutent à une vague de saisies de biens, d’arrestations arbitraires et d’exactions documentées contre les Kurdes, particulièrement dans les zones autrefois autonomes comme Afrîn, occupée par des forces pro-turques.
Les menaces globales pesant sur les Kurdes au Rojava et en Syrie
Le Rojava, région autonome kurde du nord-est syrien établie pendant la guerre civile, fait face à une offensive multiforme qui menace son existence même. Depuis janvier 2026, le gouvernement de transition syrien a lancé une campagne militaire qui a abouti à la reprise des provinces de Raqqa et Deir ez-Zor, forçant les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, à se replier vers des bastions comme Kobanê et Hassaké.
Cet accord du 30 janvier 2026, imposé sous la pression, acte la fin du rêve d’autonomie kurde en intégrant les FDS à l’armée syrienne et en restaurant l’autorité centrale de Damas sur le Nord-Est, y compris sur les ressources pétrolières vitales.
Les menaces sont multiples :
Offensives militaires et sièges : Kobanê, symbole de la résistance kurde contre l’État islamique (EI), est assiégée par des gangs affiliés à Damas et à la Turquie, privant les civils d’eau potable, de nourriture, de médicaments et transformant les écoles en abris pour réfugiés.
Des centaines de milliers de Kurdes ont été déplacés, blessés ou tués lors d’attaques ciblant civils et infrastructures.
Soutien turc et nettoyage ethnique : La Turquie, percevant l’autonomie kurde au Rojava comme une menace existentielle, soutient , voire dirige, ces opérations pour affaiblir les Kurdes. Des rapports indiquent un risque de génocide, avec des exactions par des milices pro-turques, incluant la libération potentielle de milliers de djihadistes détenus par les Kurdes.
Abandon international : Les Kurdes, autrefois alliés des Occidentaux contre l’EI, sont lâchés par les États-Unis, la France et d’autres, qui priorisent la stabilité régionale au détriment des minorités. Cet abandon ravive les craintes de massacres, similaires à ceux contre les Alaouites et Druzes en 2025.
Violences sectaires et humanitaires : En Syrie en général, les Kurdes font face à une répression accrue, avec des arrestations massives et des disparitions forcées. Des familles manifestent pour la libération d’otages capturés en janvier et février 2026, soulignant une crise humanitaire où des milliers sont en danger de mort imminente.
Ces événements marquent une défaite majeure pour le mouvement kurde, qui a sacrifié des milliers de vies contre l’EI, seulement pour voir son projet pluraliste et féministe écrasé par un régime soutenu par des puissances régionales et internationales.
Face à ces menaces, des appels internationaux et locaux se multiplient pour défendre le Rojava et protéger les Kurdes. Des manifestations de familles kurdes exigent la libération des otages, tandis que des observateurs avertissent d’un risque de violence sectaire effroyable si la transition syrienne ne garantit pas les droits de tous les peuples qui ne sont pas arabe et sunnites (hormis les mercenaires djihadistes ramenés d’autres régions du monde). KURDISTAN. L’Iran a ciblé un hôtel à Erbil
- les infrastructures énergétiques (champs pétroliers et gaziers),
- les bases des forces américaines stationnées dans la région,
- ou encore certaines factions kurdes.