AccueilMoyen-OrientIrak12e anniversaire du génocide yézidi

12e anniversaire du génocide yézidi

IRAK / SHENGAL – Les Kurdes yézidis, présents en Mésopotamie depuis des millénaires, ont survécu à 74 génocides au cours de leur histoire. Le 3 août 2014, ils ont subi le 74e Ferman (décret d’extermination) perpétré par l’État islamique (Daech).

Ce jour-là, alors que les combattants de Daech approchaient de Sinjar (Shengal), les forces peshmergas et Asayish du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani, qui contrôlaient la région, ont abandonné la ville sans combattre. Cette retraite a ouvert la voie à un massacre systématique : des milliers de Yézidis ont été tués, et des milliers d’autres, principalement des femmes et des enfants, ont été enlevés et réduits en esclavage.

Le chronique d’un génocide annoncé 

Peu avant l’offensive, les forces du PDK avaient désarmé la population yézidie et arrêté plusieurs guérilleros kurdes venus en renfort. Selon des témoignages, environ 11 000 Peshmergas, membres des forces de sécurité du PDK et policiers irakiens étaient déployés dans la zone. Ils ont fui dès les premiers combats, sans tirer un coup de feu.

L’État islamique a alors attaqué l’ensemble de la population yézidie de Sinjar, estimée à 400 000 personnes. Près de 10 000 Yézidis ont été tués ou enlevés. La moitié des exécutés étaient des enfants. Sur le mont Sinjar, où des dizaines de milliers de civils s’étaient réfugiés, 93 % des morts dues à la soif, à la faim ou aux blessures étaient des enfants.

Environ 6 400 personnes ont été enlevées. Des garçons de sept ans ont été envoyés dans des camps d’entraînement de Daech, tandis que des fillettes de neuf ans ont été réduites à l’esclavage sexuel. Aujourd’hui, plus de 2 700 Yézidis restent portés disparus, dont près de 1 300 étaient mineurs au moment de leur enlèvement. Plus de 3 500 ont été secourus à ce jour.

74 Fermans : une histoire de persécutions

Les Yézidis, adeptes d’une des plus anciennes religions de Mésopotamie, ont été régulièrement massacrés, souvent au nom de l’islam. La plupart de ces génocides ont été ordonnés par des autorités ottomanes ou des gouverneurs locaux entre le XIIIe et le XIXe siècle. Parmi les plus notables :

1246 : Massacre de Lalesh par Bedreddin Lulu.

XVIe siècle : Massacres à Shexan sur fatwa du cheikhülislam Ebu Siud Efendi sous Soliman le Magnifique.

1638, 1715, 1752, 1809, 1824 : Multiples massacres à Sinjar ordonnés par des pachas de Mossoul ou de Bagdad.

1892 : Campagne d’islamisation forcée sous le sultan Abdulhamid II.

Le 74e Ferman (massacre) de 2014 est le plus récent, commis par Daech avec, selon de nombreux Yézidis, la complicité passive du PDK.

La situation à Sinjar avant 2014

Après la chute du régime baasiste en 2003, Sinjar est devenue une « zone contestée » selon l’article 140 de la Constitution irakienne. Le PDK y a imposé son contrôle exclusif, promouvant le système traditionnel de castes et maintaining une forte emprise sur la communauté. Les Yézidis vivaient principalement dans des villages au pied du mont Sinjar, déplacés de force des hauteurs en 1975 par le régime de Saddam Hussein.

Des commandants des Unités de résistance de Shengal (YBŞ) et du Mouvement de libération des femmes yézidies (TAJÊ) ont témoigné d’une société où les femmes subissaient une pression extrême et où la population était maintenue dans un état de dépendance et de désorganisation.

Un traumatisme toujours ouvert

Douze ans après le génocide, des milliers de familles yézidies attendent toujours le retour des leurs. Pour beaucoup, la douleur est double : celle des crimes de Daech et celle de la trahison perçue des forces qui étaient censées les protéger.