TURQUIE / KURDISTAN – Six photographies originales, prises immédiatement après l’exécution de Seyit Rıza et de ses compagnons, meneurs de la révolte de la province kurde-alévie de Dersim en 1937-1938, ont été retrouvées. Ces images inédites ont été mises au jour par l’historien Sedat Ulugana, professeur à l’Université libre de Berlin.

Selon le témoignage d’İhsan Sabri Çağlayangil, présent lors des exécutions, ces photographies avaient été détruites sur ordre direct de Mustafa Kemal Atatürk. « Lors de l’exécution, un policier surnommé “Mustafa le Hongrois” a photographié Seyit Rıza pendu à l’échafaud. Ces clichés ont été remis à un proche du ministre de l’Intérieur Şükrü Kaya, qui les a montrés à Atatürk pendant son petit-déjeuner. À leur vue, Atatürk se serait emporté : (…) Ces photos vont soulever tous les Kurdes !” Il a alors ordonné que les photos et leurs négatifs soient immédiatement brûlés. »
Pourtant, tous les négatifs n’ont pas disparu. Sedat Ulugana explique que certains ont survécu, comme l’atteste le témoignage de Hıfzı Veldet Velidedeoğlu, juriste et rédacteur de la Constitution de 1961, qui affirme avoir vu ces photographies d’exécution à la « Maison du peuple de Tunceli » à Dersim au début des années 1940.
Historique des clichés
Jusqu’à aujourd’hui, l’exécution de Seyit Rıza, de son fils et des autres chefs de la résistance de Dersim, pendus le 15 novembre 1937 sur la place du Blé à Elazığ, n’était connue qu’à travers des récits écrits, des photos d’audience et des témoignages oraux. Aucune image directe de la pendaison n’avait été rendue publique.
Les six photographies découvertes par Ulugana, tirées au format carte postale photographique (RPPC), offrent un témoignage visuel rare et saisissant. On y voit des potences rudimentaires faites de trois poteaux de bois, des corps vêtus de chemises blanches suspendus, des rangs de gendarmes et de soldats en uniforme, ainsi qu’une foule de civils en arrière-plan. Les images montrent que les exécutions ont eu lieu en plusieurs endroits de la place, devant à la fois des bâtiments administratifs et des échoppes du marché aux blés.
Ces documents constituent un apport historique majeur, apportant une nouvelle lumière sur l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire contemporaine de la Turquie.