AccueilKurdistanRojavaUne ONG saisit l'ONU pour les crimes ciblant les Kurdes à Afrin

Une ONG saisit l’ONU pour les crimes ciblant les Kurdes à Afrin

SYRIE / ROJAVA – L’organisation syrienne de défense des droits humains, Syriens pour la vérité et la justice (Syrians for Truth and Justice, STJ) a soumis une plainte officielle aux Rapporteurs spéciaux des Nations Unies (ONU) concernant les détentions arbitraires systématiques, la torture, les disparitions forcées et la discrimination ethnique visant les Kurdes dans le canton d’Afrin.

Syrians for Truth and Justice (STJ) attire l’attention de l’ONU sur le schéma systématique et persistant de violations graves des droits humains commis à l’encontre de la population kurde d’Afrin et de ses environs, dans le nord-ouest de la Syrie. Depuis la prise de contrôle de la région par les forces turques et les factions armées syriennes qu’elles soutiennent en mars 2018, ces violations — détentions arbitraires, torture, disparitions forcées, extorsion financière et discrimination ethnique — se poursuivent de manière continue, y compris en 2024 et 2025, après la chute du régime d’Assad et la mise en place du gouvernement de transition syrien.

Cette plainte s’appuie sur 41 témoignages directs recueillis au second semestre 2025, ainsi que sur des documents, rapports et sources ouvertes provenant d’organes des Nations Unies et d’organisations internationales de défense des droits humains. Ces éléments démontrent que les exactions ne constituent pas des incidents isolés, mais s’inscrivent dans une politique récurrente et structurée, dont les méthodes évoluent tout en conservant la même logique répressive.

Les témoignages recueillis révèlent un cycle cohérent et interdépendant d’abus : arrestations arbitraires, souvent fondées sur une présomption d’affiliation aux YPG, aux FDS ou à l’ancienne Administration autonome, suivies de transferts vers des centres de détention officiels ou clandestins, de séances de torture ou de traitements inhumains, d’extorsion financière en échange d’une libération, et, dans de nombreux cas, de disparitions forcées. Ces violations s’accompagnent fréquemment d’insultes ethniques et de rhétorique discriminatoire.

La particulière gravité de la situation tient à sa persistance bien après la transition politique à Damas. Les pratiques répressives n’ont pas été démantelées, mais semblent s’être réintégrées au sein des nouvelles structures de pouvoir. Cette continuité s’inscrit dans un climat général d’impunité, marqué par le maintien de centres de détention non officiels et la disparition prolongée de plusieurs victimes.

Des rapports antérieurs de la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie (COI-Syrie) publiés en 2018, 2020 et 2022 avaient déjà documenté ces mêmes violations à Afrin, attestant que les acteurs concernés en avaient connaissance depuis plusieurs années.

La plainte ne porte pas uniquement sur des violations historiques, mais sur des abus graves et toujours en cours, dont les conséquences humanitaires et juridiques perdurent aujourd’hui. Elle intervient dans un contexte où le décret présidentiel n° 20 de 2025, qui crée la Commission nationale pour la justice transitionnelle, se limite aux crimes commis par l’ancien régime d’Assad, laissant craindre une large impunité pour les violations commises par d’autres acteurs.

Face à cette situation, le STJ exhorte l’intervention urgente de l’ONU pour mettre fin aux violations en cours, protéger les victimes et leurs familles, garantir un minimum de responsabilité et prévenir de nouvelles exactions.