SYRIE / ROJAVA – Les retours progressifs des Kurdes déplacés vers Afrin se poursuivent, mais restent limités et incertains en raison de l’insécurité chronique, des saisies de biens et des obstacles posés par les groupes mercenaires soutenus par la Turquie.
Occupée en 2018 par l’armée turque et ses factions alliées, puis suivie par Serêkaniyê et Girê Spî en 2019, la région a connu une importante modification démographique. Des milliers de familles kurdes ont été chassées vers les camps de Shahba, Alep et d’autres zones du Rojava, tandis que des familles issues de Homs, Ghouta, Deir ez-Zor, Daraa et d’autres régions syriennes étaient installées à leur place.
Depuis l’occupation, les maisons, oliveraies et terres agricoles kurdes ont été systématiquement confisquées, transformant la région en zone de pillage. L’enseignement en kurde a été interdit, les noms de lieux turquisés et l’identité kurde largement effacée. Arrestations arbitraires, violences contre les femmes, enlèvements, demandes de rançon et corruption sont devenus quotidiens selon les organisations de défense des droits humains.
L’accord du 29 janvier 2026 entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le Gouvernement intérimaire syrien, notamment son article 14, avait suscité l’espoir d’un retour sécurisé des déplacés et de la fin de l’occupation. Près de trois mois plus tard, les retours restent cependant partiels et difficiles.
À Afrin, plusieurs convois ont été organisés : environ 400 personnes le 9 mars, 200 le 4 avril, et au moins 800 familles le 14 avril. Au total, plus de 1 400 familles sont rentrées, tandis que près de 5 000 attendent encore leur tour. Pourtant, seule une minorité (environ 500 à 600 familles) a pu regagner son domicile réel, les autres se heurtant au refus des familles de mercenaires d’évacuer les maisons.
Ces groupes exigent souvent entre 3 000 et 10 000 dollars pour libérer les propriétés. Ibrahim Shexo, de l’Organisation des droits de l’homme d’Afrin, explique : « Les mercenaires refusent de partir et réclament de l’argent. Damas exerce une autorité formelle, mais n’a pas les moyens de les contraindre. Les familles qui rentrent, déjà appauvries par des années de déplacement, sont incapables de payer ces sommes. »
Les incidents de pillage, vols et tortures se multiplient. « Lorsqu’un habitant s’absente pour travailler, sa maison est attaquée. Les auteurs de ces crimes ne sont jamais poursuivis », alerte Ibrahim Shexo.
La situation est similaire à Serêkaniyê et Girê Spî, où les menaces, les saisies de biens et les pillages persistent. À Serêkaniyê, des contacts sont en cours avec le gouverneur de Hesekê pour organiser les retours en trois phases, conditionnés par l’amélioration de la sécurité et le déminage des zones.
Malgré l’espoir suscité par l’accord du 29 janvier, le retour des déplacés d’Afrin reste lent, précaire et marqué par de nombreux obstacles.