AccueilMoyen-OrientTurquieL’OTAN renforce son flanc sud : création d’un corps multinational en Turquie

L’OTAN renforce son flanc sud : création d’un corps multinational en Turquie

À la demande d’Ankara, l’OTAN s’apprête à établir à Adana un nouveau corps multinational (MNC-TUR), un quartier général militaire regroupant des troupes de plusieurs pays alliés. Ce projet s’inscrit dans le plan de défense régionale Sud de l’Alliance, couvrant la Méditerranée, le Caucase du Sud, la mer Noire et l’Afrique du Nord.

La Turquie héberge déjà des infrastructures clés de l’OTAN, dont la base aérienne d’İncirlik à Adana, la base radar de Kürecik et le commandement terrestre à Izmir. Deuxième armée la plus importante de l’Alliance après les États-Unis, elle figure parmi ses principaux contributeurs.

Peu de détails ont filtré sur la taille exacte de ce futur corps.

Mehmet Ali Tuğtan, professeur de relations internationales à l’université Bilgi, y voit une continuité de la coopération turco-occidentale depuis la Guerre froide :

« L’OTAN cherche à devenir une force plus robuste, plus apte au combat et surtout plus dissuasive. C’est ce qu’elle tente d’atteindre. »

Selon lui, cette initiative réaffirme l’importance stratégique de la Turquie et s’inscrit dans un effort plus large pour porter les dépenses de défense des alliés à 5 % du PIB d’ici 2035. Elle vise principalement à contrer l’influence russe depuis la guerre en Ukraine, même si le projet est en préparation depuis 2023, bien avant les tensions avec l’Iran.

Aydın Sezer, analyste en relations internationales, estime que le choix d’Adana (plutôt qu’une ville de la mer Noire) montre que la mesure n’est pas directement anti-russe. Les deux experts s’accordent : le MNC-TUR ne menace pas la Convention de Montreux et ne devrait pas perturber les relations pragmatiques entre Ankara et Moscou (S-400, centrale d’Akkuyu…).

Sur le plan intérieur, le projet n’a pas créé de crise majeure entre l’AKP et le CHP, même si l’opposition de gauche critique le manque de transparence. L’information n’a émergé publiquement qu’après la découverte d’un profil LinkedIn d’un employé du ministère de la Défense.

Cette décision renforce le rôle de la Turquie au sein de l’OTAN et contredit les discours présentant Ankara comme « le nouvel Iran ».