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Assassinat d’un opposant iranien aux Pays-Bas : le régime de Téhéran poursuit sa campagne d’éliminations à l’étranger

Mohi Shafii, ingénieur en informatique de 36 ans et opposant déclaré au régime iranien, a été assassiné hier aux Pays-Bas. Abattu par balles, il avait reçu des menaces de mort répétées de la part des agents et nervis de la République islamique, précisément en raison de ses activités sur les réseaux sociaux où il dénonçait sans relâche la dictature théocratique de Téhéran. Ancien policier, il s’était exilé et poursuivait son combat depuis l’Europe. Son meurtre s’inscrit dans une sinistre continuité : celle des assassinats ciblés orchestrés par le régime iranien contre ses opposants, où qu’ils se trouvent.

Ce nouveau crime rappelle avec force deux autres affaires qui ont marqué l’histoire de la répression extraterritoriale iranienne.

D’abord, l’assassinat des opposants kurdes à Vienne en 1989. Le 13 juillet de cette année-là, dans un appartement de la capitale autrichienne, le leader kurde iranien Abdul Rahman Ghassemlou, secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI), ainsi que deux de ses compagnons, Fadhil Rassoul et Abdollah Ghaderi-Azar, ont été abattus à bout portant pendant des négociations de paix avec une délégation officielle iranienne. L’enquête autrichienne et les témoignages ultérieurs ont clairement désigné les services de sécurité iraniens comme les auteurs de ce triple meurtre. Ghassemlou, figure emblématique de la résistance kurde contre le régime de Khomeiny, avait été piégé lors de pourparlers censés être sécurisés. Cet assassinat, qualifié de « crime d’État » par de nombreux observateurs, a révélé au grand jour la stratégie de Téhéran : éliminer physiquement ses ennemis politiques même en plein cœur de l’Europe.

Plus récemment, le cas de Masoud Mesjudi (également orthographié Masood Masjoody ou Masjoudi) a secoué la diaspora iranienne. Ce mathématicien et universitaire canado-iranien de 45 ans, ancien enseignant à l’université Simon Fraser en Colombie-Britannique, a été retrouvé mort en mars 2026 après avoir disparu début février. Critique virulent du régime islamique et de ses relais à l’étranger, il avait publiquement accusé certains de ses adversaires d’être liés aux Gardiens de la révolution (IRGC). Deux suspects d’origine iranienne ont été après-arrêtés et inculpés de meurtre au premier degré. L’enquête canadienne, toujours en cours, met en lumière les tensions internes de l’opposition, mais aussi les soupçons persistants de manipulations ou de collaborations avec le régime. Masoud Mesjudi, comme tant d’autres, payait de sa vie son engagement contre la dictature.

Ces trois affaires – Vienne 1989, le Canada en 2026 et maintenant les Pays-Bas – ne sont pas des incidents isolés. Elles illustrent une politique d’État documentée depuis des décennies : le régime iranien n’hésite pas à déployer ses agents, ses proxys ou ses sympathisants pour traquer et éliminer journalistes, activistes, ingénieurs ou simples citoyens qui osent le défier depuis l’exil. Des rapports d’Amnesty International, de la justice européenne et de services de renseignement occidentaux ont régulièrement établi ce modus operandi : menaces sur les réseaux sociaux, filatures, empoisonnements, fusillades ou attentats à la voiture piégée.

Mohi Shafii n’était ni un chef militaire ni un leader politique de premier plan. C’était un ingénieur ordinaire qui utilisait sa voix sur internet pour dire la vérité. Son assassinat hier aux Pays-Bas prouve que personne n’est à l’abri : ni en Autriche, ni au Canada, ni aux Pays-Bas. Face à cette machine de mort transnationale, les démocraties européennes et nord-américaines doivent passer de la condamnation verbale à des mesures concrètes : expulsions d’agents iraniens, renforcement de la protection des exilés, et poursuites judiciaires sans concession contre les commanditaires à Téhéran.

Le sang de Mohi Shafii, comme celui de Ghassemlou et de Masoud Mesjudi, appelle à la vigilance et à la mémoire. Tant que le régime des mollahs continuera à exporter sa terreur, aucun opposant iranien ne sera en sécurité. Il est temps que l’Europe et le monde libre disent : « Ça suffit. »