SYRIE / ROJAVA – Ce matin des centaines de Kurdes chassés du canton d’Afrin par l’invasion turque de mars 2018 sont revenus sur leurs terres.
Huit ans après leur expulsion, un premier groupe de personnes déplacées d’Afrin est rentré chez lui. Un convoi d’environ 400 familles est arrivé dans la région tôt ce matin. Le groupe était parti de la ville d’Hassaké la veille. Ce retour s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le Gouvernement fédéral de transition syrien.
Les quelque 400 familles, soit plusieurs milliers de personnes, avaient été déplacées de leurs foyers début 2018 lors de la guerre d’agression turco-djihadiste contre Afrin. Le convoi était composé de centaines de véhicules privés appartenant aux personnes rapatriées, ainsi que de bus fournis par le Conseil des personnes déplacées d’Afrin et de Shahba et la Défense civile syrienne.
Ce premier convoi massif, organisé par le Conseil des personnes déplacées d’Afrin-Shahba, marque une étape symbolique et politique majeure. Depuis huit ans, des dizaines de milliers de Kurdes survivent dans des camps de fortune à Shahba, refusant l’exil définitif après avoir été expulsés de leurs maisons par l’armée turque et ses supplétifs djihadistes.
L’accueil du convoi s’est transformé en manifestation de dignité. Une foule a accueilli les revenants aux cris de slogans et chants patriotiques, brandissant fièrement les drapeaux du Kurdistan. Ce geste constitue un acte de défi direct, non seulement envers les milices occupantes, mais aussi face au régime de Damas qui continue de nier l’identité et les droits fondamentaux du peuple kurde.
L’ombre des gangs de la Turquie et du nettoyage ethnique
Malgré l’émotion des retrouvailles avec la terre ancestrale, ce retour s’effectue dans un climat de terreur. Depuis l’occupation turco-djihadiste de mars 2018, le canton d’Afrin est le théâtre d’une politique d’assimilation forcée, arrestations, meurtre et spoliation systématique des biens appartenant aux Kurdes.
Ce retour massif pose la question de la protection internationale. En l’absence de garanties, ces personnes s’apprêtent à vivre sous un régime d’occupation qui, depuis 2018, poursuit l’objectif inavoué d’effacer toute présence kurde de ce canton historique.