SYRIE / ROJAVA – Dans le sillage de l’offensive militaire lancée par le gouvernement syrien de transition en janvier 2026 contre les régions autonomes du Rojava (Nord-Est syrien), des milliers de familles kurdes vivent un calvaire silencieux. Depuis les attaques menées par les forces gouvernementales, alliées à l’Armée nationale syrienne (ANS/SNA) et à des groupes affiliés à Hayat Tahrir al-Sham (HTS), dans les zones de Deir Hafer, Maskana, Raqqa, Tabqa et les quartiers kurdes d’Alep (Cheikh Maqsoud et Achrafieh), des centaines (voire des milliers selon certaines sources) de civils et de combattants kurdes ont disparu.
Beaucoup de familles ignorent encore si leurs proches – fils, filles, frères, sœurs – ont été tués lors des combats, exécutés sommairement, ou capturés et transférés dans les prisons contrôlées par Damas, l’ANS ou HTS. Les communications sont coupées, les corps non restitués, et les demandes d’information systématiquement ignorées ou réprimées.
En ce début mars 2026, la colère et le désespoir ont poussé des centaines de personnes à descendre dans les rues de Kobanê, Qamishlo, Hesekê (Hassaké) et Amûda. Brandissant des photos de disparus, scandant des slogans pour la dignité et la justice, les manifestants exigent la libération immédiate des prisonniers kurdes détenus dans les geôles d’Alep, Raqqa et ailleurs.
Les témoignages recueillis font état de tortures systématiques : humiliations, passages à tabac, privations, interrogatoires violents par les services de renseignement turcs (MIT) et leurs proxies. Des prisonniers kurdes auraient été soumis aux pires formes de mauvais traitements dans les centres de détention de l’ANS et de HTS, en violation flagrante des conventions de Genève.
Ces protestations interviennent dans un contexte de silence assourdissant international. Malgré les accords de cessez-le-feu fragiles signés en janvier (puis rompus), aucune enquête indépendante n’a été autorisée sur le sort des disparus. Les Nations Unies, les organisations humanitaires et les puissances occidentales restent largement muettes face à cette crise humanitaire qui touche des milliers de familles.
Les principales revendications des manifestants sont claires et urgentes :
- La libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers civils et combattants kurdes détenus arbitrairement ;
- L’application effective des conventions internationales sur les droits humains et les prisonniers de guerre ;
- L’ouverture d’enquêtes indépendantes par des commissions internationales (ONU, Croix-Rouge) sur les conditions de détention, les tortures et les exécutions extrajudiciaires ;
- L’élucidation du sort des disparus et la restitution des corps aux familles pour des funérailles dignes.
Ces familles ne demandent pas la charité, mais la justice. Elles rappellent que le Rojava a payé un prix immense pour vaincre Daech et protéger des millions de civils – y compris arabes, assyriens et turkmènes – contre le terrorisme. Aujourd’hui, ce sont elles qui sont abandonnées.
Le silence complice face à ces disparitions forcées et ces tortures risque de transformer la « nouvelle Syrie » en un nouveau cauchemar pour les Kurdes et toutes les minorités. Il est temps que la communauté internationale impose des garanties concrètes : visites sans entrave aux prisons, listes exhaustives des détenus, et sanctions contre les responsables de violations graves.
Les voix de Kobanê, Qamishlo, Hassaké et Amûda ne s’éteindront pas tant que leurs proches ne seront pas libérés ou honorés. La lutte pour la vérité et la dignité continue.