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SYRIE. Les Kurdes en colère face à l’inertie de Damas

SYRIE / ROJAVA – Le paysage politique et sécuritaire du Nord et de l’Est de la Syrie traverse une crise de confiance sans précédent. Ce qui devait être un cadre de résolution, l’accord du 29 janvier, apparaît aujourd’hui comme une manœuvre de reddition et de soumission des Kurdes syriens. Loin d’être appliqué, ce traité a été vidé de sa substance, ses clauses ayant été reniées par une stratégie de tromperie délibérée de la part de Damas.

Une trahison militaire et institutionnelle

Le démantèlement de l’entité politico-militaire kurde a débuté par la trahison des combattants retirés du front, dont la sécurité n’a jamais été garantie malgré les engagements pris. Ce désarmement moral a été suivi d’un chantage politique exercé via le dossier sensible des prisonniers kurdes.

Sur le plan de la gouvernance, l’intégration promise s’est révélée n’être qu’une illusion de pouvoir. Les chefs des Forces démocratiques syriennes (FDS) n’occupent que des postes subalternes de « vice-ministres » ou de « vice-commandants », dénués de toute autorité réelle pour nommer ou muter le personnel. La réalité administrative reste implacable : la majorité des directions de la sécurité demeurent rattachées aux autorités centrales de Damas.

L’érosion des capacités de défense et l’oppression culturelle

La souveraineté effective de Damas se rétablit au détriment de la sécurité des Kurdes. Les brigades kurdes ont vu leurs effectifs fondre à seulement 1 400 individus par unité. Cette dispersion forcée sur des positions isolées rend toute intervention d’urgence impossible, laissant la région vulnérable.

À cet affaiblissement militaire s’ajoute une agression culturelle continue. Le discours de haine persiste et l’essence du décret 13 — censé protéger l’existence culturelle kurde — est bafouée au quotidien. Les exemples de cette hostilité systémique abondent :

  • L’attaque terroriste contre les civils d’Alep lors de la fête du nouvel-an kurde Newroz.

  • La traque des familles kurdes à Aïn Issa, Raqqa et Alep.

  • Attaques publique contre les symboles kurdes à Qamishli.

Ces actes criminels, commis dans une absence totale de conséquences pour leurs auteurs, confirment que Damas n’accorde au camp kurde que le strict minimum pour légitimer son opération de reprise en main face à la communauté internationale.

L’appareil judiciaire du Rojava: une ligne rouge stratégique

Le récent conflit concernant le transfert de l’appareil judiciaire du Rojava à Damas marque un tournant. Alors que l’accord prévoyait une intégration des services, Damas tente d’imposer ses propres affidés, dont certains sont d’anciens miliciens du régime d’Assad. Cette volonté d’annexer le pouvoir judiciaire est désormais perçue comme une ligne rouge franchie par le pouvoir central.

En réponse, les signaux d’escalade se multiplient. Damas retarde volontairement l’ouverture du poste-frontière de Nusaybin (reliant le Rojava au Kurdistan du Nord sous l’occupation turque) et tergiverse sur la libération des prisonniers kurdes, bien que les prisons de Hassake et d’Abou Kamal aient déjà été remises à Damas.

Menace de siège et point de non-retour

Plus inquiétant encore, des plans de déploiement de forces de Damas entre Semalka (poste frontalier reliant le Rojava au Kurdistan d’Irak) et d’autres zones kurdes suggèrent une volonté d’assiéger la population kurde. Les milices tribales, agissant sous les ordres du régime, se préparent à couper la route vitale reliant Semalka, menaçant d’asphyxier la région jusqu’à ce que les FDS soient totalement neutralisées.

Face à ces trahisons répétées, la colère populaire kurde s’intensifie. Le silence de la direction politique et militaire kurde face à cet effacement programmé accélère l’érosion de sa popularité. Cette exaspération, privée de leadership protecteur, alimente désormais la détermination d’un peuple qui refuse de voir l’histoire se répéter. Une certitude demeure : les aiguilles de l’horloge ne reviendront pas à la situation d’avant 2011. Le sacrifice et l’identité kurdes ne peuvent plus être sacrifiés sur l’autel de fausses promesses diplomatiques.

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