IRAN / ROJHILAT – Alors qu’il y a une campagne de désinformation sans précédent concernant le rôle que les Kurdes vont jouer dans la guerre Iran vs Etats-Unis et Israël, la chercheuse Rojîn Mûkrîyan nous explique pourquoi les États-Unis et Israël pourraient avoir intérêt à ouvrir un front militaire à Rojhelat (Kurdistan de l’Est dans le nord-ouest de l’Iran) et les risques et avantages que cela impliquerait.
Voici l’analyse de Rojîn Mûkrîyan :
Quelques réflexions sur les raisons pour lesquelles les États-Unis et Israël pourraient vouloir ouvrir une ligne de front au Rojhelat (nord-ouest de l’Iran), région à majorité kurde :
Premièrement, les Kurdes sont mieux organisés, disposent de capacités militaires et font preuve d’une forte volonté de combattre le régime depuis sa mise en place. Mais ce n’est pas tout.
En ouvrant une ligne de front au Rojhelat, Israël et les États-Unis pourraient y gagner beaucoup.
Avant tout, ils pourraient utiliser la menace d’une intervention militaire kurde pour faire pression davantage sur la République islamique d’Iran et l’amener à négocier avec les États-Unis.
Ensuite, l’ouverture d’une ligne de front au Rojhelat pourrait circonscrire le conflit aux frontières iraniennes. Si la République islamique d’Iran devait faire face à des forces kurdes à l’intérieur de son territoire, elle serait contrainte de consacrer du temps et des ressources à les combattre. De ce fait, moins de missiles et de drones franchiraient la frontière, ce qui pourrait réduire la pression sur Israël et les pays du Golfe.
Et enfin, renverser le régime, s’il refuse finalement de se soumettre, exigerait des forces terrestres, et non pas seulement la supériorité aérienne. Dans ce contexte, les Kurdes pourraient se révéler particulièrement indispensables aux États-Unis et à Israël.
L’éventualité d’une implication des forces kurdes pourrait avoir de graves conséquences pour les Kurdes et les autres populations du Rojhelat. Le régime pourrait aisément lancer des missiles et des drones sans discernement et en toute impunité. Des milices chiites pourraient également appeler au djihad chiite et se mobiliser contre les Kurdes.
Il ne s’agit pas d’un argument contre l’action ou l’engagement. Au contraire, l’engagement et l’action kurdes doivent être réfléchis, plus prudents et opportuns.
Je suis certaine que les partis politiques kurdes feraient preuve de prudence dans leurs calculs politiques et ne mettraient pas en danger la vie des civils sans certaines garanties politiques.