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KURDISTAN. Le documentaire « Bîra Sûrê » met en lumière la mémoire détruite de Sur

TURQUIE / KURDISTAN – Le journaliste kurde, Azad Altay a réalisé un documentaire sur la mémoire du quartier historique de Sur, à Diyarbakir, rasé par l’armée turque entre 2015 et 2016. Azad a dédié son documentaire à la mémoire des civils tués pendant la destruction de Sur et dont les corps ont disparus au milieux des ruines de la ville. L’État turc a empêché qu’ils aient une tombe sur laquelle les familles peuvent recueillir.
 
Le nouveau documentaire du journaliste Azad Altay, Bîra Sûrê (Mémoire de Sur), explore le traumatisme durable et les politiques d’effacement de la mémoire qui ont suivi les couvre-feux et les destructions qui ont duré des années dans le quartier historique de Sur à Diyarbakır (Amed).
 
Capture d’écran du documentaire « Bîra Sûrê » , dédié à la mémoire de ceux qui n’ont même pas une tombe (ji bo bîranîna kesên bêgor)
Entre 2015 et 2016, Sur a connu le couvre-feu le plus long au monde. Le 2 décembre 2015, six quartiers ont été bouclés par des barricades en fer. L’accès a été interdit jusqu’à fin 2022, date à laquelle un processus de « reconstruction » mené par l’État turc a débuté.
 
À l’époque, le Premier ministre de l’époque, Ahmet Davutoğlu, avait promis de transformer Sur en « Tolède », mais le résultat ne fut pas un renouveau culturel, mais des destructions et des déplacements massifs de population. Des dizaines de structures historiques, dont des églises, des mosquées, des bains et des bâtiments classés au patrimoine culturel, furent démolies.
 
Selon un rapport de 2019 de l’Union des chambres des ingénieurs et architectes turcs (TMMOB), 3 569 structures ont été détruites, dont 334 officiellement enregistrées. Les militants estiment que le nombre réel est bien plus élevé.
 
UN VOYAGE À TRAVERS L’EFFACEMENT ET LA RÉSISTANCE
 
Le documentaire révèle comment des bâtiments uniformes, aux allures de prison, ont été érigés à la place de demeures historiques. Des structures grises et clôturées dominent désormais des quartiers autrefois animés. Des zones commerciales ont été cédées à des investisseurs privés, et des campagnes promotionnelles ont mis en scène des mannequins venus de l’extérieur de la région, transformant les rues en vitrines mises en scène, détachées de leurs racines.
 
Bîra Sûrê emmène le spectateur dans un voyage depuis les ruelles pavées de la vieille ville jusqu’aux quartiers « nouveaux » stériles et surveillés. Il documente non seulement les destructions physiques, mais aussi les pertes culturelles et sociales : l’effacement de la mémoire, la réduction au silence des voix et le démantèlement de la vie communale.
 
Les murs qui entourent les vestiges de l’« ancien » sont présentés comme plus que de simples cloisons architecturales : ils symbolisent un avenir imposé qui nie le passé. Les témoignages des habitants déplacés, le silence des rues désormais peuplées d’« étrangers » et l’atmosphère inquiétante de l’ordre imposé invitent à une profonde réflexion.
 
UNE ŒUVRE COLLECTIVE DE MÉMOIRE
 
Réalisé par Azad Altay, rédacteur en chef de l’Agence Mezopotamya (MA), Bîra Sûrê a été produit avec le soutien de MA, de l’Association des journalistes Dicle-Fırat, de PEL Production et du cinéaste Veysi Altay. Le tournage a débuté mi-2021, avec la participation de plusieurs journalistes.
Bîra Sûrê, n’est pas seulement un documentaire : c’est l’histoire d’un effacement en cours et d’une mémoire qui continue de résister. (MA)