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IRAN. Les pasdarans tuent un photographe kurde de renom

IRAN / ROJHILAT – Pendant plus de vingt ans, Mehdi Tavakoli a utilisé son appareil photo pour documenter la vie, la culture et les souffrances du peuple kurde. Photographe renommé, il a immortalisé les réfugiés fuyant l’État islamique (Daech), formé des centaines de jeunes talents, organisé des événements culturels majeurs et payé au prix fort son engagement militant. Le 26 juillet 2026, à l’âge de 37 ans, sa vie a été brutalement interrompue par les balles des forces de sécurité iraniennes.

Accompagné de sa mère, Maryam Aslani, et de sa sœur, Somayeh, Mehdi Tavakoli circulait dimanche soir près du village de Bayandereh, sur la route reliant Baneh à Marivan, dans la province du Kurdistan iranien. Les forces de sécurité ont ouvert le feu à plusieurs reprises sur leur véhicule, tuant les trois membres de la famille. Depuis la révolution de 1979, les autorités iraniennes considèrent tout militantisme kurde à travers le seul prisme sécuritaire. Militants écologistes, avocats, enseignants, journalistes et activistes civiques vivent sous la menace permanente d’intimidations, d’arrestations et de détentions orchestrées par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et le ministère du Renseignement.

Un photographe au service de son peuple

Né en 1989 à Sanandaj — l’année même où Ali Khamenei accédait au pouvoir suprême —, Mehdi Tavakkoli découvre la photographie à 14 ans. Après une licence en graphisme à l’université de Hamadan et un master en photographie à Rasht, il retourne dans sa ville natale. Il y enseigne la photographie dans les écoles, les universités et au sein de la Société iranienne du cinéma pour la jeunesse, formant ainsi une nouvelle génération de photographes kurdes.

Directeur de la Maison des photographes du Kurdistan, fondateur de la galerie d’art « Chaw », organisateur d’expositions et membre du jury du Festival de la photographie du Kurdistan 2026 à Souleimaniye, Tavakoli a laissé une empreinte profonde. Il a participé à une vingtaine d’expositions collectives et présenté huit expositions individuelles à Téhéran, Sanandaj, Urmia, Souleimaniye, Saqqez, Hamadan et Toronto.

Un engagement humaniste et culturel

En 2014, alors que Daech avançait en Irak et en Syrie, il passe trois mois dans les camps de réfugiés de Kobané et Sinjar. Bouleversé par les souffrances des familles kurdes déplacées, il cessera toute activité photographique pendant trois ans. Au-delà de l’art, Tavakoli s’est engagé concrètement aux côtés de sa communauté. Après le séisme dévastateur de Kermanshah en 2017, il a passé deux mois dans les zones sinistrées pour distribuer l’aide humanitaire collectée grâce à des dons privés. Il participait également à l’organisation des fêtes de Newroz à Sanandaj, malgré la répression croissante qui vise les célébrations kurdes.

Son militantisme lui a valu de multiples arrestations, notamment en 2016, 2019, 2020 et lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, déclenché par la mort de Zhina (Mahsa) Amini. Il a passé trois mois en prison.

Un meurtre sans explication

Selon une source proche de la famille ayant témoigné sous couvert d’anonymat auprès de Rudaw English, les autorités exercent depuis le drame d’intenses pressions pour présenter les faits comme un simple accident de la route. Or, les blessures par balle constatées lors de la toilette rituelle des corps contredisent cette version. Aucune explication officielle n’a été fournie par les autorités iraniennes.

La famille a été menacée de ne faire aucune déclaration publique. Mehdi Tavakoli lui-même avait été interrogé pendant plus de cinq heures par les services de renseignement une semaine seulement avant sa mort.

Un héritage vivant

Pour ses amis et anciens élèves, l’héritage de Mehdi Tavakoli dépasse largement ses propres photographies. En 2023, il avait fondé la Maison des photographes du Kurdistan, créant des antennes dans toute la province et fédérant plus de 300 photographes à travers ateliers, expositions et événements. « Nous étions convaincus que nous devions tout faire pour la nouvelle génération, en l’initiant à l’art et à la photographie afin qu’elle s’adonne à des activités créatives et se tienne éloignée des mauvaises influences, notamment la drogue », confiait-il. Un ami d’enfance résume son ambition : « Mehdi était persuadé que, par l’art, nous devions apprendre aux gens à aimer leur patrie et à promouvoir le Kurdistan sur la scène internationale. »

Ses obsèques ont eu lieu au cimetière Beheshti Mohammadi de Sanandaj, où reposent déjà de nombreuses victimes du mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Une semaine après les faits, les autorités iraniennes n’ont toujours fourni aucune explication sur ce triple meurtre.

Mehdi Tavakoli restera comme un homme qui a cru en la puissance de l’image pour préserver l’identité kurde, témoigner des injustices et offrir à une jeunesse opprimée espoir, dignité et voix. (Rudaw)