AccueilMoyen-OrientIranUne nouvelle offensive kurde en Iran ?

Une nouvelle offensive kurde en Iran ?

IRAN / ROJHILAT – Depuis quatre jours, de violents affrontements opposent les forces de sécurité iraniennes aux groupes d’opposition kurdes dans plusieurs zones frontalières, faisant des victimes des deux côtés. La question qui se pose est de savoir si ces incidents marquent le début d’une nouvelle offensive militaire kurde.

Selon l’organisation Hengaw, deux affrontements armés ont éclatet dans la soirée du mercredi 1er juillet 2026 à Piranshahr et Sardasht, entre un parti d’opposition kurde et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Les informations restent limitées concernant l’affrontement de Sardasht. La branche armée du Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK) a affirmé ne pas y être impliquée.

« Le PDKI confirme que six Peshmergas, et non cinq, du Parti démocratique du Kurdistan iranien ont été tués lors d’un affrontement avec les forces du CGRI près de Piranshahr, au Kurdistan iranien. Selon nos informations, ils étaient en mission politique et organisationnelle lorsqu’ils ont été pris en embuscade par une importante force du Corps des gardiens de la révolution, lourdement équipée », a déclaré Hejar Berenji, représentant du PDKI aux États-Unis, à Khayrion.

Ce dernier a insisté sur le fait que ces affrontements ne constituent pas une réponse aux récentes négociations entre les États-Unis et l’Iran. « La lutte kurde pour la liberté, la démocratie et les droits nationaux existait bien avant ces pourparlers. Nous assistons à la poursuite de la répression systématique menée par la République islamique contre les Kurdes, tant à l’intérieur du pays que par des attaques répétées contre des camps de civils kurdes au Kurdistan irakien. »

« Le PDKI ne recherche pas le chaos. Nous aspirons à un Iran démocratique, laïque, pluraliste et fédéral. Mais les communautés kurdes ont aussi le droit de se défendre face à la répression et aux attaques des Gardiens de la révolution. »

Par ailleurs, un jeune Kurde de 19 ans, Siavash Alak, a été mortellement poignardé lors d’une attaque menée par un groupe affilié à la milice pro-gouvernementale Basij dans la ville de Mahabad. Ce meurtre a provoqué une vive indignation, des manifestations nocturnes et une grève générale dans la ville, où la situation reste très tendue et la militarisation se poursuit.

Ces affrontements interviennent environ deux semaines après la signature, le 17 juin, d’un mémorandum d’entente (MoU) en 14 points entre l’Iran et les États-Unis, visant à mettre fin aux hostilités après 40 jours d’attaques aériennes américaines et israéliennes contre l’Iran (du 28 février au 8 avril). Durant cette période, de nombreux rapports avaient évoqué un possible soutien américain et israélien à une offensive kurde transfrontalière, qui ne s’est finalement pas concrétisée.

Les premiers heurts ont débuté après que l’Iran a lancé trois drones suicides contre le PJAK le 25 juin à Baneh, provoquant une annonce de riposte de la branche armée du mouvement. Depuis, la situation s’est nettement dégradée.

Selon un rapport publié le 30 juin par Hengaw, les affrontements dans plusieurs villes ont fait au moins sept morts : trois militaires iraniens et quatre guérilleros du PJAK. La branche armée du PJAK a confirmé la mort de quatre de ses combattants le 27 juin près de Mahabad. Dans un communiqué, elle a réaffirmé n’avoir lancé aucune attaque contre le régime iranien ces derniers mois et avoir maintenu une position de neutralité, y compris lorsque l’Iran était affaibli durant les 40 jours de guerre. Par ailleurs, deux figures importantes du Bassidj, groupe kurde pro-CGRI, ont été abattues lundi soir à Paveh, dans la province de Kermanshah.

Le porte-parole du PJAK, Rivar Abdanan, a accusé le 30 juin les Gardiens de la révolution d’être à l’origine des affrontements à Mahabad et Paveh.

« Toute attaque contre le peuple kurde et les forces du PJAK, ainsi que l’exercice du droit à la légitime défense par les Unités de défense du Kurdistan oriental (YRK) et les forces populaires locales, sont considérés comme entièrement légitimes et justifiés », a-t-il déclaré.

Au total, dix combattants kurdes ont été tués en quatre jours dans ces affrontements depuis le 27 juin.

Durant les quarante jours de guerre, les factions kurdes iraniennes ont subi des centaines d’attaques de drones et de missiles au Kurdistan irakien, avant et après le cessez-le-feu du 8 avril. Ces frappes se poursuivent et ont déjà coûté la vie à neuf de leurs membres. Comme indiqué précédemment, les camps du PJAK n’ont pas été ciblés par ces attaques.

Lire la suite : Pourquoi le PJAK a largement échappé aux attaques iraniennes au Kurdistan irakien

Face à l’intensification des affrontements en Iran, il est peu probable que ces attaques de drones cessent. L’Iran a par ailleurs assassiné un membre du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) dans un hôtel d’Erbil le 27 juin.

Jeudi 2 juillet, la République islamique a de nouveau frappé des positions du PDKI sur les hauteurs de Balisan, au Kurdistan irakien. La veille, des drones iraniens avaient déjà ciblé le camp de Degala du PDKI près de Koya, ainsi qu’une base du PAK en périphérie d’Erbil.

Reste à savoir si ces affrontements armés signalent le début d’une nouvelle offensive kurde.

« J’ai du mal à considérer ces récents affrontements comme le début d’une offensive soutenue », nuance Shamal Bishir, ancien membre du PJAK. « Le nombre élevé de pertes parmi les forces kurdes est frappant. Il souligne leurs limites opérationnelles et soulève des doutes sur leur capacité à mener une campagne militaire prolongée. »

Les responsables du PJAK ont eux-mêmes insisté sur le caractère défensif de leurs opérations.

Aso Saleh, analyste politique kurde proche du PDKI, abonde dans ce sens : ces événements ne présagent pas d’une nouvelle offensive militaire. La résistance armée et civile à l’intérieur du pays reste, selon lui, les deux piliers fondamentaux des partis d’opposition kurdes iraniens.

« Comme nous l’avons répété tout au long de ces 40 jours de guerre, ce n’était pas notre guerre. De même, ce cessez-le-feu et tout accord de paix potentiel ne nous concernent pas directement. »

« Notre parti représente un mouvement au Kurdistan iranien qui existe indépendamment de toute guerre ou paix impliquant le régime. Cela dit, tout conflit qui affaiblit le régime peut créer des opportunités pour notre cause. »

« Que ce soit par notre réseau clandestin, nos unités peshmergas urbaines ou nos forces déployées à travers le Kurdistan, nous avons toujours maintenu une présence dans les villes et villages. Dans certains cas, la militarisation accrue de la région ou le renforcement de notre présence ont pu entraîner des affrontements. Il ne faut cependant pas y voir le début d’une nouvelle phase militaire », a-t-il conclu.

Version original de l’article de Wladimir van Wilgenburg à lire ici « A New Kurdish Offensive in Iran?«