JOURNALISME. Le 22 avril 1898, avec la parution du journal Kurdistan au Caire, Mikdad Bedirxan n’a pas seulement fondé un périodique ; il a instauré une tradition de journalisme d’investigation et d’opinion en exil. Cette naissance marque le début d’une presse qui, depuis 128 ans, se bat pour documenter ce que les régimes en place tentent d’effacer.
Une presse née de l’exigence de vérité
Le journalisme kurde est indissociable de la lutte contre la censure. Dès ses débuts, le journal Kurdistan a exercé une fonction de veille politique radicale, dénonçant les manœuvres du sultan Abdülhamid II et alertant sur les périls imminents pour les populations de la région. Cette éthique journalistique, basée sur le refus du silence, a forcé la rédaction à une errance permanente entre Le Caire, Genève et Londres pour maintenir son indépendance.
Un métier au prix du sang
Aujourd’hui, exercer le métier de journaliste pour la presse kurde reste l’une des professions les plus périlleuses au monde. Le bilan est lourd :
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Assassinats ciblés de reporters sur le terrain.
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Emprisonnements arbitraires massifs, particulièrement en Turquie et en Iran.
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Fermetures forcées d’agences de presse, de chaînes de télévision et de journaux par décrets étatiques.
Les journalistes kurdes ne se contentent pas de rapporter les faits ; ils subissent les conséquences directes de leur engagement pour le droit à l’information. Dans le Kurdistan du Nord, les années 1990 ont gravé dans l’histoire de la profession une liste de martyrs qui ont payé de leur vie la simple volonté de témoigner.
L’actualité d’une profession assiégée
En 2026, la situation demeure critique. L’appareil sécuritaire turc continue d’utiliser des lois d’exception pour neutraliser les voix dissidentes, en Syrie, nous sommes toujours sans nouvelles des journalistes Maria Michelmann et Ahmet Polad kidnappés à Raqqa par des gangs de Damas en janvier dernier, tandis qu’en Iran, à l’ombre de la guerre, le journalisme indépendant reste criminalisé. Ce 128e anniversaire n’est donc pas une simple commémoration, mais un rappel de la nécessité d’une presse libre capable de dénoncer les persécutions systématiques subies par le peuple kurde, envers et contre tous les obstacles politiques.