Au Kurdistan colonisé, l’art oral kurde est également visé

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ROJAVA – Comme l’on a vu récemment avec l’emprisonnement de l’activiste Zara Mohammadi en Iran pour avoir enseigné la langue kurde aux enfants, au Kurdistan, tout ce qui a rapport à la kurdicité est visé par les États occupants turc, perse, arabe qui s’en prennent à l’art oral kurde ancestral également afin d’anéantir le peuple kurde.
 
Dans le reportage suivant, la journaliste Sorgul Şêxo a interviewé Semira Şukeri qui  rappelle que l’art oral kurde fut menacé de disparition à l’époque du régime baasiste. Elle a également rappelé que les femmes étaient empêchées par la société patriarcale de devenir des bardes (degbêjs). Très peu d’entre elles, dont la légendaire Ayşe Şan, ont pu réalisé leurs rêves. Pour cela, elles ont dû payer un lourd tribu. Aujourd’hui, de nouvelle générations de femmes bardes ont pris le flambeau laissé par Ayşe Şan et ses pairs et font changer les mentalités conservatrices.
 
La dengbêjî (épopées ou chants d’amour racontés par des bardes qui se déplaçaient de village en village) est une culture importante pour le peuple kurde. Le peuple kurde a dû préserver sa culture orale à travers l’histoire car il était constamment opprimé. C’est pourquoi, le peuple kurde n’a pas beaucoup de sources écrites sur son histoire. Ce que le peuple kurde a affronté dans le passé a été atteint aujourd’hui grâce à sa tradition narrative orale et aux chants de dengbêj (bardes, au pluriel, dengbêjan).
 
Un chant peut changer un destin. Pour cette raison, les mères kurdes écoutent les chants de dengbêjan telles que Eyşe Şan et Cane pour se souvenir du bon vieux temps. Semira Şukeri vivant dans le district de Tall Tamr, à Hassaké, est l’une de ces mères.
 
Le régime syrien n’autorisait pas les femmes dengbêjs à chanter
 
Semira Şukeri rêvait d’être dengbêj quand elle était enfant mais elle ne pouvait pas réaliser son rêve en raison de la mentalité patriarcale de la société. Elle est montée sur scène à deux reprises quand elle était jeune, « mais j’ai subi la pression du régime syrien. La mentalité patriarcale et le régime syrien n’autorisaient pas les femmes dengbêjs à chanter des chansons. Mais nous n’avons jamais abandonné et nous avons même rejoint une troupe de théâtre. »
 
De nombreuses dengbêjs femmes furent victimes de la mentalité patriarcale
 
Semira Şukeri adore les chansons d’Ayşe Şan, une dengbêj kurde. « De nombreuses femmes artistes sont devenues victimes de la mentalité patriarcale de la société. Ayşe Şan était l’une de ces femmes. Il existe de nombreux dengbêjs kurdes inconnus tels que Ayşe Şan, Xelil Xemgin, Zozan et Cane. Lorsque le Mouvement de libération kurde s’est développé, les artistes ont commencé à exprimer leurs sentiments et à chanter leurs chansons devant les masses. Malgré tous les obstacles, ils ont eu la possibilité de le faire librement. Les artistes kurdes gardent les souvenirs kurdes vivants. Les Kurdes deviennent plus conscients grâce à l’art kurde », a-t-elle déclaré.
 
Ils ont écouté la radio ensemble
 
Autrefois, les Kurdes se rassemblaient autour d’une radio pour écouter les chansons chantées par les dengbêjs. « Je ne peux dire à quel point ces jours étaient bons. Nous avons écouté les chansons très attentivement. Nous essayions de terminer nos travaux plus tôt pour écouter les chansons. Beaucoup de mères et de pères ont pleuré en écoutant les chansons. J’ai toujours écouté les dengbêjs. » (Via l’agence féminine JINHA)
 
Qu’est-ce que la Dengbejî ?

La culture dengbej (conte raconté par des bardes qui l’apprenaient par coeur en écoutant les vieux bardes et les racontaient à leur tour en se déplaçant dans tout le Kurdistan) occupe une place importante dans l’histoire kurde. Les dengbêjs, qui ont voulu protéger leur culture et leur langue tout au long de l’histoire, ont apporté cet art jusqu’à aujourd’hui.

Dengbêj est un mot composé, deng signifie « voix » et « bêj » signifie « dire ». Il définit une personne qui permet de dire le mot harmonieusement. Les Dengbêj parcourent le pays et gagnent leur vie en chantant des histoires épiques et des contes. Les dengbêjs sont en quelque sorte des historiens et sont les plus grands représentants de la culture orale.

Dans les sociétés kurdes, les dengbêjs parlent de leur langue, leur histoire, leur douleur, leur désir, leur joie, leur amour… Şakiro, Evdalê Zeynikê, Kerepatê Xeco et Eyşe Şan sont parmi les plus grands dengbejs kurdes qui ont protégé et transmis la culture kurde avec dignité.

Les dengbejs qui apprennent par cœur des milliers de légendes, d’histoires et de chants de deuil, d’amour… sont une grande source de littérature, servant de référence pour les traditions orales kurdes.

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