« 9 jours à Raqqa », ou la revanche des femmes sur DAECH

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PARIS – Aujourd’hui sera projeté dans les salles de cinéma le documentaire « 9 jours à Raqqa » qui suit Leïla Mustapha, Maire kurde de Raqqa depuis avril 2017. Sachant que Raqqa avait été la capitale syrienne auto-proclamée du groupe terroriste État Islamique (EI/DAECH), on ne peut qu’admirer le courage de cette jeune femme kurde d’une trentaine d’années à vouloir co-diriger la ville avec son homologue arabe. En effet, DAECH (et les autres groupes islamistes présents en Syrie) avait mené une guerre sanglante aux Kurdes/yézidis – qu’il qualifiait d’adorateurs du diable, tout en réduisant en esclavage sexuel les femmes et les fillettes kurdes/yézidies – aux minorités religieuses et aux femmes.
 
En 2014, Leïla et sa famille, comme tous les Kurdes de Raqqa, avaient fui la ville avec l’arrivée de l’EI. Aujourd’hui, elle est retournée à Raqqa détruite à 80% qu’elle reconstruit sans l’aide promise par la communauté internationale… Outre sa volonté de vivre dans une Syrie tolérante et féministe, avec son diplôme d’ingénieur en génie civil, Leïla Mustapha a toutes les qualités pour faire renaitre de ses cendres la ville martyre de Raqqa. 
 
Née à Raqqa le 12 septembre 1988, la jeune Leïla est déjà surnommée « Maire courage de Raqqa » que la journaliste Marine de Tilly a fait connaitre auprès du public français avec son livre « La Femme, la vie, la liberté » (éditions Stock, 2020). Aujourd’hui, Leïla Mustapha retrouve le public français à travers le documentaire du cinéaste Xavier de Lauzanne « 9 jours à Raqqa » qui sort dans les salles de cinéma en France. Une trilogie sur la vie après Daech qui commence par les femmes d’exception… 
 
« Mélange d’autorité compétente et de douceur, Leila Mustapha va montrer, au fil de ces 9 jours, à ses hôtes, accompagnés d’une jeune interprète, tout ce qui fait concrètement l’essentiel de sa vie : la reconstruction de Raqqa, détruite à 80% et criblée de milliers de mines, de ses infrastructures (électricité, assainissement des eaux etc.). Ils assistent avec elle à des visites de contrôle des chantiers de la ville : la centrale électrique, l’université, une école, un hôpital, le centre culturel d’une mosquée où a lieu un cours de peinture hors du temps ; ils voient des familles se promener à nouveau sur le rond-point al-Naïm, où Daech exposait les têtes de ses victimes. Leila évoque les problèmes de trafics en tous genres qui apparaissent et qu’il faut traiter. Puis leur itinéraire passera par l‘impressionnant cimetière de Kobané, la visite du camp d’Aïn-Issa (qu’elle a contribué à créer fin 2015) où vivent encore 13000 déplacés, puis d’une unité des forces démocratiques syriennes commandées par une jeune femme kurde. On prend là encore la mesure de l’importance des femmes dans la société syrienne : la libération de Raqqa, dit Leila, s’est faite grâce aux femmes, qui sont plus de 10 000 à présent à travailler dans l’administration ; ce modèle social, qui ne se trouve toutefois que dans le nord et l’est de la Syrie, s’est imposé en réaction à l’oppression qu’elles avaient subie pendant le khalifat. Du reste la devise de Leila Mustapha, qui est également le titre du livre qu’elle vient de co-écrire avec Marine de Tilly, c’est : « La femme, la vie, la liberté ». » écrit le Ligue des droits de l’Homme qui apporte son soutien au documentaire « 9 jours à Raqqa ».
 
Pour celles et ceux qui n’en pouvaient plus des clichés sur les amazones kurdes véhiculés à travers les images des combattantes kurdes présentées à la sauce occidentale, voici un documentaire qui montre que le courage ne réside pas uniquement dans le fait de prendre les armes et aller au front, elle réside également dans le fait d’être résiliant et de construire un monde juste et tolérant où des femmes et des hommes, ainsi que les minorités ethniques et religieuses vivraient en harmonie, sans craindre les uns les autres…
 

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