Les Kurdes privés du droit à la vie alors que leur cœur continue de battre

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KURDISTAN. « Toutes les manipulations, les meurtres, les occupations des États qui veulent anéantir les Kurdes, les privent d’un avenir sûr et digne de manière très profonde. Ils arrivent même à monter les Kurdes les uns contre les autres, alors qu’un peuple kurde uni serait si incroyablement fort. Les Kurdes sont privés de leur droit à la vie, même si leur cœur continue de battre. » 
 
Alors qu’un combat entre le PDK et le PKK au profit de la Turquie se profile dans la région kurde d’Irak, la journaliste Fréderike Geerdink exprime sa tristesse de voir le peuple kurde subir une énième guerre fratricide complotée par leurs ennemis: 
 
Ce fut un week-end intense, la tristesse ne quittant pas mon visage alors que je suivais et enquêtais sur la mort de cinq combattants peshmergas samedi matin. Outre la tragédie de la mort de ces cinq hommes en elle-même, les réactions et surtout les émotions qui ont été extrêmement fortes m’ont affectée.
 
Dimanche soir, je me suis sentie extrêmement triste, et je pense pouvoir expliquer pourquoi, et je me demande si d’autres personnes ressentent la même chose.
 
Personne ne doit douter des faits qui se sont produits. C’est la première nouvelle qui est tombée tôt le matin, à savoir que des peshmergas avaient été tués dans une frappe aérienne. J’ai tweeté cyniquement que le PDK dirait probablement que l’attaque était la faute du PKK, simplement parce qu’il était présent dans les montagnes. La réalité était encore plus absurde que ce que j’aurais pu inventer : il ne s’agissait plus d’une frappe aérienne, mais d’une attaque à la roquette tirée à l’épaule ou au missile lancé sur un trépied.
 
Angle horizontal
 
Ce n’était évidemment pas le cas, et vous n’avez pas besoin de tant d’informations pour tirer cette conclusion. Je vais faire court, car je veux vous emmener vers ma tristesse. Regardez le véhicule après l’attaque : est-ce qu’il ressemble à un engin tiré depuis un trépied ou une épaule, qui aurait frappé dans un angle horizontal ? Pas pour moi. Lundi, le commandant peshmerga Qadi Zoranî a ajouté sa voix au chœur, affirmant qu’il s’agissait d’une frappe venant d’en haut. Il a rapidement supprimé sa publication sur Facebook, mais elle a été vue et rapportée. Il ne s’agit pas d’une nouvelle information, mais d’une confirmation de ce que nous savions déjà, provenant d’une source qui a intérêt à dissimuler la vérité, ce qui rend son témoignage encore plus convaincante.
 
Les Barzani aux côtés d’Erdogan et consorts 
 
Mais la vérité est-elle importante ? Bien sûr que oui, mais les prises de position absurdes qui me sont parvenues ce week-end m’ont vraiment fait décrocher la mâchoire.
 
La plus scandaleuse est que le PKK et la Turquie travaillent ensemble pour détruire la région du Kurdistan en Irak. Comme s’il n’y avait pas d’innombrables photos disponibles des Barzani en compagnie d’Erdoğan et le ministre des Affaires étrangères Çavuşoğlu, et zéro de représentants de l’État turc avec les coprésidents du PKK, Cemil Bayık et Bese Hozat.
 
Le PDK coopère ouvertement et volontairement avec la Turquie, mais c’est le PKK et la Turquie qui complotent contre la région du Kurdistan ? Comment ces récits entrent-ils dans le cerveau des Kurdes ? C’est de la propagande, bien sûr, mais j’ai vu beaucoup de haine profonde pour le PKK également. C’est possible, sûrement, et ce n’est pas nouveau, mais comment pouvez-vous être plus en colère contre vos compatriotes kurdes du PKK que contre la Turquie, un État qui massacre les Kurdes depuis plusieurs décennies et qui détruit vos terres ?
 
Pourquoi ne pas être profondément indigné lorsque la Turquie lance une offensive, tue des civils, occupe de plus en plus de territoires et maintient vos faibles dirigeants dans un étau économique et politique ? J’ai moi-même fait des reportages dans les régions frontalières et je sais que les gens sont désespérés et beaucoup disent que la Turquie et le PKK ne devraient pas se battre sur leurs terres mais en Turquie. Mais où le PKK est-il censé aller ? Ils sont chez eux au Kurdistan.
 
Et c’est une autre chose que je trouve douloureuse : comment les frontières des occupants du Kurdistan sont apparemment devenues si intériorisées. Il n’y a qu’un seul Kurdistan, et il est divisé en quatre parties, mais les frontières ne sont pas celles des Kurdes. Le Kurdistan appartient à tous les Kurdes, ainsi qu’aux autres communautés qui y vivent et s’y sentent chez elles. Comment pouvez-vous dire que le PKK n’a pas sa place dans les montagnes du Kurdistan ?
 
Il est important d’écouter ces villageois, dont la vie est menacée chaque jour et qui risquent d’être déplacés – et de nombreux villages ont déjà été déplacés – mais ce que les dirigeants de la région du Kurdistan pourraient faire et ne font jamais, c’est exhorter la Turquie à résoudre la question kurde par le dialogue et les négociations. Ne serait-ce pas s’immiscer dans les affaires intérieures de la Turquie ? Non, ce ne serait pas le cas, ce serait un véritable intérêt pour les affaires kurdes.
 
Sécurité et dignité
 
Je réfléchissais à ce qui me rendait si lourde, si triste, lorsque j’ai vu un tweet sur l’incendie qui a ravagé le camp de réfugiés yézidis de Sharya. Il était de Murad Ismael qui disait que les Yézidis étaient privés d’un avenir sûr et digne.
 
Peut-être que c’est ça. Peut-être que ça compte aussi pour les Kurdes. Toutes les manipulations, les meurtres, les occupations des États qui veulent anéantir les Kurdes, les privent d’un avenir sûr et digne de manière très profonde. Ils arrivent même à monter les Kurdes les uns contre les autres, alors qu’un peuple kurde uni serait si incroyablement fort. Les Kurdes sont privés de leur droit à la vie, même si leur cœur continue de battre.
 

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