Les Kurdes accusent la France de complicité dans le meurtre de 3 militantes kurdes à Paris en 2013

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PARIS – Le 9 janvier 2013, les militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez ont été assassinées à Paris. Assez vite, des preuves d’une implication directe des services secrets turcs (MIT) ont été fuitées dans les médias et l’assassin présumé, Omer Guney arrêté. Malgré cela, la justice française a trainé l’affaire et l’assassin est mort en prison avant le procès. Ce qui a nécessité une deuxième plainte des familles des victimes au motif que le tueur était mort mais pas les commanditaires, à savoir le MIT turc.
 
8 ans après ce triple assassinat politique, la journaliste Laure Marchand est revenue sur cette affaire alors que l’ancien ambassadeur turc à Paris, Ismail Hakki Musa a quitté ses fonctions la veille et qu’il fut remplacé par Ali Onaner, qui faisait partie de la promotion du président de la République, Emmanuel Macron, à l’ENA en 2002-2004. En effet, Ismail Hakki Musa est accusé par la justice belge d’être impliqué dans le massacre de Paris car à l’époque, en 2013, il était directeur adjoint du MIT.

« Un document de la justice belge (…) apporte un éclairage détaillé sur l’espionnage et les actions des cellules turques contre des opposants kurdes exilés et questionne le rôle que pourrait avoir joué Ismail Hakki Musa. Il relance également les forts soupçons sur l’implication des services d’Ankara dans l’assassinat de trois militantes kurdes près de la gare du Nord à Paris, en 2013. » (A lire ici l’article de Laure Marchand)
 
Aujourd’hui, le Conseil Démocratique Kurde en France (CDK-F) a publié un communiqué, dans lequel, il demande si « les renseignements français sont-ils impliqués dans l’assassinat des trois femmes kurdes ? »
 
Voici le communiqué du CDK-F:
 
 
« Plus de 8 ans se sont écoulés depuis l’assassinat à Paris de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez.
 
8 ans de silence honteux des autorités françaises qui se sont servies de l’assassinat des trois femmes comme une « opportunité » pour développer leurs relations avec la Turquie.
 
La diplomatie française a toujours fait preuve de lâcheté dans cette affaire, s’efforçant d’étouffer ce crime d’Etat commis en plein Paris.
 
Malgré l’accumulation au cours de ces 8 dernières années des preuves accablantes pointant la responsabilité des services secrets turcs (MIT), les autorités françaises ont veillé minutieusement à garder le secret défense dans ce dossier.
 
Au vu de la gravité du crime et de l’ampleur des indices désignant la Turquie d’une part, et du niveau fortement dégradé des relations entre Paris et Ankara d’autre part, le refus de la France de déclassifier les renseignements concernant l’affaire nous interroge fortement sur sa volonté réelle.
 
Comment se fait-il que la DGSE qui avait fiché le meurtrier, Ömer Güney, avant le 9 janvier 2013, n’ait pas été capable de prévenir les assassinats ?
 
Pourquoi Ismail Hakki Musa, qui était ambassadeur turc en poste à Paris jusqu’à il y a quelques jours, n’a jamais été inquiété par les autorités françaises, alors qu’il était numéro deux du MIT au moment de l’assassinat des trois femmes kurdes ?
 
La DGSI aurait-elle suggéré à l’ambassadeur turc de quitter la France pour ne pas faire l’objet d’une éventuelle arrestation suite aux révélations qui allaient paraître dans le Journal du Dimanche le 14 mars ?
 
Quelle est la relation de Zekeriya Celikbilek – un ancien militaire turc de nationalité française impliqué dans une tentative d’assassinat contre des dirigeants du mouvement kurde en Belgique – avec Ismail Hakki Musa et avec le MIT ?
 
Quelle est l’implication de Zekeriya Celikbilek dans l’assassinat des trois militantes kurdes ? Est-il le « légionnaire » cité dans une note de mission du MIT ordonnant l’assassinat de Sakine Cansiz ?
 
Comment expliquer que la tentative d’assassinat en Belgique contre des dirigeants kurdes en juin 2017 n’ait pas été déjouée par les renseignements français, mais par les services belges, alors que le commando de l’opération, Zekeriya Celikbilek, était connu de la DGSI et de la DGSE ?
 
Toutes ces questions et bien d’autres tourmentent la communauté kurde de France !
 
Le refus de la France de dévoiler les informations en possession de la DGSI et de la DGSE et ses tentatives d’étouffer l’affaire nous interrogent sérieusement sur le rôle que les services français auraient pu jouer dans le triple assassinat.
 
Sachant que le juge d’instruction en charge du dossier des assassinats a demandé la levée du secret défense, persister dans ce refus serait un déni de la justice et de l’État de droit !. Ce serait maintenir l’impunité de ces crimes et ternir l’histoire de la France d’une tâche noire.
 
C’est pourquoi, pour effacer les doutes grandissants suscités par le silence de la France au sein de la communauté kurde de l’hexagone et du peuple kurde dans son entier, nous demandons à l’État français de lever, sans tarder, le secret défense. »
 
Conseil Démocratique Kurde en France

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