Résistance de l’Université du Bosphore. A quand la convergence des luttes en Turquie ?

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TURQUIE / BAKUR – Depuis un mois, les étudiants de l’Université du Bosphore (Bogaziçi) sont mobilisés contre le nouveau recteur Melih Bulu nommé par Recep Tayip Erdogan. La mobilisation réprimée par le pouvoir a reçu le soutien de presque toute la société turque, y compris celui des associations et partis politiques kurdes. En cela, le mouvement Bogaziçi nous rappelle celui du mouvement protestataire de Gezi, à Istanbul / Taksim, en 2013.
 
Des organisations et partis politiques de gauche, des syndicats, des associations de LGBT+, le mouvement kurde… tous s’étaient unis derrière le mouvement Gezi qui avait été provoqué quand la mairie avait voulu couper les arbres du parc Takim pour y construire un centre commercial.
 
Comme les protestataires de Gezi il y a 7 ans, ceux soutenant les étudiants de l’Université de Bosphore viennent d’horizons divers englobant tous les segments du pays. On y trouve des partis politiques, des universitaires, des organisations de gauche et des syndicalistes, les partis et organisations kurdes, des associations de défense des LGBT+ et une myriade d’autres organisations représentant la diversité de la société qui va au-delà d’une nation turco-sunnite … 
 
Ce nouveau élan de solidarité qui défit le régime d’Erdogan à travers la Turquie crée l’enthousiasme dans un pays gagné par la pauvreté, l’autocratie et la violence. Le journaliste Fehim Tastekin fait partie de ceux qui voient dans le mouvement de protestation de Boğaziçi un sursaut de révolte prometteuse. Dans son article « Les «vandales». Sur la lutte des étudiants de l’université de Boğaziçi », Tastekin écrit que:

« Voir des êtres humains qui ne se soumettent pas inquiète le pouvoir turc. Les jeunes de l’université, avec leur intelligence, leur conscience, leur volonté non atrophiée, savent dire non. Ils montrent comment des gens de différentes ethnies, religions, croyances, tempéraments, genres, peuvent lutter et vivre harmonieusement. Voilà la raison de la colère du pouvoir. »
 
Seul bémol, pourquoi on ne voit pas ces « jeunes de l’université, avec leur intelligence, leur conscience, leur volonté non atrophiée [qui] montrent comment des gens de différentes ethnies, religions, croyances, tempéraments, genres, peuvent lutter et vivre harmonieusement », dans les régions kurdes où le pouvoir turc nomme des administrateurs aux mairies, associations … kurdes dont les dirigeants élus sont jetés en prison?
 
2 après le mouvement Gezi, dès juin 2015, quand le parti « kurde », HDP est entré au parlement turc, causant sa première défaite à Erdogan qui perdait la majorité parlementaire, il a déclaré la guerre au HDP et aux régions kurdes coupables d’un tel crime de lèse-majesté. Entre 2015 et 2016, plusieurs villes kurdes (Cizre, Sur, Silopi, Nusaybin…) ont été détruites par l’armée turque, plus de 1 500 civils kurdes tués et des centaines de milliers d’autres chassés de leurs villes…
 
A cette époque, pendant que les Kurdes subissaient des massacres, la jeunesse turque, comme le reste de la société turque, jouait les trois singes qui n’ont rien dit, vu et entendu. Pour eux, l’État « mettait de l’ordre » dans l’ « Est du pays » [pour pas dire le Kurdistan du Nord] attaquée par des « séparatistes/terroristes kurdes ».

Aujourd’hui, alors que des milliers de députés, maires, militantes, féministes, journalistes, médecins, enseignants, artistes ou simples citoyens kurdes croupissent dans les prisons turques, la nature du Kurdistan « turc » détruite, on n’entend pas l’indignation de la « société turque » devant un tel génocide ethnique, linguistique, culturelle et écologique visant les millions de Kurdes de Turquie.

Tant que la société turque ne reconnaitra pas le statut de colonisé du peuple kurde, et tant qu’il n’y aura pas de convergence de luttes et une conscience politique en Turquie, tout mouvement de contestation est voué à l’échec, comme on l’a vu à Gezi. La société turque a beaucoup à apprendre du mouvement de libération kurde qui a plus de 40 ans d’expérience en la matière, malgré la violence étatique implacable qu’elle subit. Si la société turque veut en finir avec le dictateur Erdogan, elle doit accepter que le peuple kurde a le droit à son auto-détermination et le soutenir. Sinon, on ne voit pas pourquoi elle mérite autre chose que l’enfer Erdogan.

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