AccueilKurdistanBakurAppel à la solidarité avec le HDP, le cauchemar du président Erdogan

Appel à la solidarité avec le HDP, le cauchemar du président Erdogan

TURQUIE / BAKUR – Le gouvernement turc poursuit un génocide politique dans les régions kurdes, où 81% des municipalités du Parti démocratique des peuples (HDP) ont été mises sous tutelle et des milliers de responsables politiques et associatifs kurdes ont été emprisonnés depuis les élections municipales de mars 2019.
 
Dix-sept nouvelles arrestations, dont celle du co-maire de Kars et d’anciens députés et membres du Conseil exécutif du HDP par le régime turc le 25 septembre dernier ont eu lieu dans un atmosphère anti-kurde ravivé de nouveau par la coalition AKP-MHP islamo-fasciste.
 
Le HDP a publié un communiqué concernant les dernières arrestations visant ses membres et appelé à la solidarité contre les attaques du régime turc pour les liquider :
 
« Comme nous en avons déjà informé l’opinion publique internationale, le procureur général d’Ankara a émis, le 25 septembre dernier, des mandats d’arrêt à l’encontre de 82 personnes, dont de nombreux représentants du HDP. En conséquence, la police a arrêté vingt politiciens du HDP en raison de leur rôle dans les manifestations survenues en Turquie, en 2014, contre le siège de Kobanê par l’EI. Le 2 octobre, après une garde à vue prolongée de huit jours, les anciens députés M. Sırrı Süreyya Önder et M. Altan Tan, ainsi que l’ancienne membre du Conseil exécutif central (CEC), Mme Gülfer Akkaya, ont été libérés sous contrôle judiciaire, tandis que les 17 autres membres du HDP et du DBP (Parti démocratique des Régions) ont été placés en détention. Il s’agit de M. Ayhan Bilgen, co-maire de la municipalité de Kars ; Mme Emine Beyza Üstün, M. Nazmi Gür et Mme Ayla Akat Ata, anciens Députés ; Mme Emine Ayna, ancienne coprésidente du Parti pour la Paix et la Démocratie (BDP) ; Alp Altinors, membre actuel du CEC ; Bircan Yorulmaz, Berfin Özgü Köse, Dilek Yağ, Can Memiş, Günay Kubilay, Bülent Parmaksız, Pervin Oduncu, İsmail Şengün, Cihan Erdal, Zeki Çelik et Ali Ürküt, anciens membres du CEC.
 
Le principal fait sur lequel la cour s’est fondée pour justifier ces détentions est un tweet posté au nom du conseil exécutif central du HDP (daté du 6 octobre 2014), qui invitait les gens à protester en solidarité avec la population de Kobanê contre le siège de l’EI et l’embargo de la Turquie sur Kobanê. Au cours des manifestations, 43 à 53 personnes ont été tuées ; la grande majorité d’entre elles étaient des membres ou des sympathisants du HDP ; elles ont été assassinées par des tirs de la police turque. Le président Erdoğan a accusé les dirigeants du HDP d’inciter à la violence en appelant à manifester. Cette accusation est une tentative de fausser la réalité. Il est vrai que le HDP a appelé les gens à protester contre le siège de Kobanê par l’EI. Mais il était de la responsabilité du gouvernement et du ministère de l’intérieur de protéger, à la fois les manifestants, et leur droit de manifester pacifiquement. Au lieu de cela, la police a tué des dizaines de personnes par balles, à commencer par le meurtre d’un jeune manifestant kurde à Varto, dans la province de Muş, le 7 octobre 2014. Pendant les manifestations, le ministre de l’intérieur Efkan Ala lui-même a déclaré au député du HDP Sirri Sureyya Onder qu’il « ne pouvait pas contrôler les éléments indisciplinés au sein de la police ». En outre, les députés du HDP ont jusqu’à présent déposé plusieurs propositions visant à mettre en place une commission parlementaire chargée d’enquêter sur les manifestations, de révéler la vérité et d’aider à identifier les provocateurs et les instigateurs de la violence. Mais toutes ces propositions ont été rejetées par l’alliance AKP-MHP au pouvoir. À notre connaissance, aucun policier turc n’a été poursuivi pour ces meurtres. Comble de l’infamie, le gouvernement utilise aujourd’hui, c’est-à-dire six ans après les manifestations, des procureurs et des juges fantoches pour faire porter le chapeau au HDP et le punir pour ces meurtres.
 
Entre-temps, 7 des 21 politiciens du HDP arrêtés à Kars le 1er octobre ont été suspendus le même jour de leurs fonctions d’administrateurs locaux, au motif qu’ils faisaient l’objet d’une enquête pour « appartenance à une organisation terroriste ». Les politiciens locaux du HDP destitués sont la co-maire de Kars, Mme Şevin Alaca, la maire adjointe, Mme Muazzez Çağrı Tekinci, les membres du conseil régional, Mme Halil Kan et Mme Suat Bayhan, et les membres du conseil municipal, M. Kaya Naki, M. Fahrettin Kaya et M. Ömer Albayrak.
 
Comme nous l’avons souligné dans notre note du 1er octobre, ces arrestations et suspensions à Kars sont intervenues juste après la déclaration du co-maire Ayhan Bilgen le 30 septembre. Bilgen a annoncé par l’intermédiaire de ses avocats que, même si aucun administrateur n’était nommé avant la fin de sa garde à vue, il démissionnerait de son poste de maire de Kars. Une telle démission aurait pu empêcher la nomination d’un administrateur par le ministère de l’intérieur et permettre au conseil municipal d’élire un de ses membres comme nouveau maire. Le ministère a anéanti cette possibilité en plaçant M. Ayhan Bilgen en détention, en arrêtant et destituant la co-maire Mme Sevin Alaca et d’autres membres du conseil municipal, et en désignant le gouverneur de Kars comme « administrateur » pour remplacer M. Ayhan Bilgen. Nous n’avons vraiment pas de mots pour décrire cette ignominie : c’est l’état actuel de la démocratie, des droits humains et de l’État de droit en Turquie.
 
Le gouvernement turc a jusqu’à présent nommé 48 administrateurs en lieu et place des maires du HDP élus le 31 mars 2019. En outre, 6 maires qui avaient remporté les élections de 2019 se sont vu refuser leur mandat sous prétexte qu’ils avaient antérieurement été démis de leurs fonctions par des décrets-lois pris sous le régime d’état d’urgence. Jusqu’à présent, 36 co-maires du HDP élus en 2019 ont été emprisonnés. Parmi eux, 16 sont toujours derrière les barreaux. Les poursuites contre les personnes libérées sont toujours en cours. Sur la base de nos expériences précédentes et de l’état actuel du système judiciaire turc, nous craignons que tous ces maires ne soient condamnés à des peines de prison. En outre, plus de 20 des plus de 80 maires kurdes arrêtés lors de la précédente mandature (2014-2019) sont toujours en prison.
 
Cette dernière vague d’arrestations n’est pas seulement une attaque contre la direction du HDP, les maires et les municipalités ; c’est simultanément une attaque contre la résistance même et la victoire de la population de Kobanê contre l’EI en 2014. Le gouvernement turc a fait de son mieux pour criminaliser la résistance de Kobanê, nuire à sa réputation internationale et cibler ceux qui ont manifesté leur solidarité avec Kobanê, en premier lieu le HDP. De plus, si les États-Unis et la Russie donnaient leur feu vert, la Turquie n’hésiterait pas une seconde à attaquer Kobanê et à accomplir la tâche que l’EI n’a pas pu accomplir en 2014.
 
En exprimant nos remerciements pour la solidarité internationale avec le HDP tout au long de la semaine dernière, nous voudrions une fois de plus demander à la communauté internationale, et à tous nos amis et camarades, de maintenir leur confiance et leur solidarité avec le HDP et l’esprit de Kobanê – les deux cauchemars du président Erdoğan et de ses alliés racistes. »
 
Feleknas Uca et Hişyar Özsoy
Les deux porte-paroles du HDP pour les affaires étrangères
2 octobre 2020