THÉÂTRE. « Happy Dreams, une histoire kurde », en attendant l’Olympia

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PARIS – « On s’est toujours émerveillé devant ces enfants qui ont su triompher d’épreuves immenses et se faire une vie d’hommes, malgré tout. » écrivait le neuropsychiatre Boris Cyrulnik en couverture de son livre « Un merveilleux malheur ». Dans ce livre, Cyrulnik parle de la résilience, la capacité psychologique d’un être humain à avancer, à « réussir » dans la vie, malgré des événements douloureux qu’il a pu rencontrer par le passé.

Crédit photos : Aude Legrand et Firat Berti

Quand on voit le spectacle d’Aram Taştekin, « Happy Dreams, une histoire kurde », on ne peut s’empêcher de penser à la résilience si chère à Cyrulnik. En effet, « Happy Dreams, une histoire kurde » ne raconte rien de drôle : C’est l’histoire d’un enfant kurde au milieu d’un génocide ethnique, culturel, physique… Et pourtant, cette histoire vécue nous fait rire, car ce jeune comédien a le don de trouver des mots qui défient la douleur, la rage, le désespoir… – qui l’ont rongé pendant des années – et qui lui donnent la force d’avancer dans la vie avec un sourire moqueur aux lèvres.

Malgré son sujet plutôt lourd, « Happy Dreams, une histoire kurde » est assez drôle et nous fait rire grâce aux anecdotes – parfois drôles, souvent absurdes – qu’Aram nous raconte. Par exemple, l’obsession d’être un « vrai » Kurde (même pour sa mère à la colère terrible qui est une arménienne « auto-assimilée »), l’histoire ubuesque de trois bouteilles de coca, le petit garçon qui doit dire aux soldats turcs qu’il ne parle pas le turc, mais en turc, le spectacle « Un Kurde sur Mars » de sa troupe de théâtre qui fait un tabac à cause de son titre que l’armée turque considère comme un message subliminal faisant la propagande de la guérilla kurde…
(Lors du spectacle, on peut aussi entendre Aram chanter, en kurde et en turc, accompagné par le musicien Neşet Kutas qui joue de la tembûr et des percussions.)
Aram Tastekin et Neşet Kutas
 
Dans « Une histoire kurde », Aram Tastekin nous emmène dans son village montagneux de Xarabguryan, au fin fond du Kurdistan, où un gamin de 6 ans découvre que sa langue maternelle est interdite, qu’être Kurde l’est également. Il voit un de ses cousins rejoindre le PKK. Il apprend que, bien qu’il s’appelle Aram, il est « Ikram » pour l’Etat turc, que même la montagne de son village a deux « prénoms », un en kurde, l’autre en turc… Aram assiste à l’incendie de son village par les soldats turcs qui vident le village.

Aram doit s’adapter à sa nouvelle vie citadine à Diyarbakir (Amed). Un fois ado, il part en cachette à Antalya où il travaille comme animateur pour enfants de touristes dans le grand hôtel « Happy Dreams ». Un voyage qui se termine quand Aram rencontre la troupe de théâtre kurde d’Amed… Et le tout, dans un bon français, après seulement deux ans d’apprentissage de cette langue qui lui était inconnue jusqu’alors.

 

« La résilience, c’est la vie ! »

Il y a un slogan kurde très connu qui dit « Berxwedan jiyan e » (La résistance, c’est la vie). Pour Aram, la vie, c’est surtout la résilience, car sans la résilience, tout ce qu’on lui a fait subir aurait pu le plonger dans une rage parfois auto-destructrice. C’est pourquoi, quand Aram a déclaré après son spectacle qu’il avait pendant longtemps pleuré sur ce qui lui était arrivé, mais que maintenant, il préférait en rire, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce qu’avait écrit Cyrulnik et j’ai cru entendre Aram dire « La résilience, c’est la vie ! ».

 

Quelques dates pour voir « Happy Dreams, une histoire kurde »

Allez voir Aram au Kibélé – Café – théâtre les 13 mars et 3 avril, à 20 heures, en attendant de le voir dans des salles encore plus grandes car l’humour et la résilience d’Aram sont si grands qu’ils ne peuvent se contenir à l’intérieur de la salle de Kibele pendant longtemps.

 

« Happy Dreams, une histoire kurde » a été écrite par Elie Guillou à partir du récit d’Aram Tastekin. Guillou est assisté par Noémie Régnaut dans la mise en scène du spectacle.

 

 

Acteur : Aram Tastekin
Ecriture et mise en scène : Elie Guillou
Musique : Neşet Kutas
Assistante pour la mise en scène : Noémie Regnaut
Avec le soutien de l’Atelier des Artistes en Exil et de la SACD
Entrée à prix libre 
Kibélé – Café théâtre
12 rue de l’Echiquier
75010 Paris

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