Depuis la prison, Selahattin Demirtas commémore le massacre de Roboski

0
1208
TURQUIE / BAKUR – Le politicien kurde emprisonné, Selahattin Demirtas a rendu hommage aux 34 civils tués lors d’un massacre commis par des avions de combat turcs il y a six ans à Roboski, près de à la frontière du Kurdistan d’Irak.
 
Dans une lettre publiée par son parti (Parti démocratique des peuples – HDP), Demirtas a déclaré que le seul crime des victimes, dont 17 étaient des adolescents, était de commercer entre deux parties de leur patrie divisées par la frontière turco-irakienne.
 
Dans les dernières heures du 28 décembre 2011, l’armée de l’air turque a bombardé un groupe de 40 personnes, tous civils, qui passaient en contrebande des marchandises, dont du diesel et des cigarettes sur des mules en provenance de la région du Kurdistan vers leurs villages de Roboski et Becuh du côté nord de la frontière traversant un terrain montagneux enneigé.
 
Le message de Demirtas a été lu à un public, parmi eux des proches des victimes, lors d’une commémoration du HDP à Istanbul pour le sixième anniversaire du massacre.
 
« J’ai regardé les corps des enfants assassinés, enveloppés dans des couvertures et sentant l’essence dans les couloirs et les chambres de l’hôpital. Dans l’une des chambres, je suis resté seul avec eux pendant plusieurs minutes. J’ai presque pu entendre les enfants me parler », e déclaré Demirtas, se souvenant de sa visite dans le quartier Uludere de Sirnak le lendemain du massacre.
 
«Ils nous ont tués, m’ont-ils dit. Et tu es en retard. Nous étions pauvres. Et notre seul crime était de gagner notre vie en traversant une frontière qui divise notre patrie. Notre pays est brisé, et nous aussi, ont-ils dit », a écrit Demirtas.
 
Le gouvernement d’Ankara a maintenu sa ligne selon laquelle les responsables de l’armée qui avaient donné l’ordre de frapper des passeurs civils les ont confondus avec les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
 
Demirtas a déclaré qu’il avait promis de traduire les responsables devant la justice, ajoutant que la raison pour laquelle il était en prison depuis 3 ans était son engagement à respecter cette promesse en ne se prosternant pas devant l’administration du président Recep Tayyip Erdogan.
 
Erdogan, alors Premier ministre, et son gouvernement ne se sont jamais excusés auprès des familles des victimes de Roboski et n’ont tenu aucun responsable militaire ou civil coupable du massacre.
 
Toutes les enquêtes judiciaires et parlementaires sur le massacre n’ont jusqu’à présent pas abouti à des poursuites et à la condamnation des responsables.
 
Parallèlement, mercredi, le gouverneur de Sirnak, nommé par Ankara, a interdit les commémorations publiques prévues dans le village de Roboski à l’occasion du sixième anniversaire des meurtres, citant la loi sur l’état d’urgence dans tout le pays.
 
Les proches des victimes ont été avertis que cette année, une seule personne de chaque famille pouvait visiter le cimetière du village où leurs proches ont été enterrés, tandis que les enfants de l’école primaire locale ont été informés qu’ils ne pouvaient manquer aucun cours le jours de commémoration.
 
Cependant, sous la pression du public, le gouvernorat a ensuite retiré son interdiction, a déclaré Veli Encu sur Twitter, un activiste de Roboski et parent de plusieurs des victimes de la même famille.
 

REPONDRE AU COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire !
Veuillez entrer votre nom ici