TURQUIE : Les nouvelles élections à Istanbul et les spéculations sur le vote kurde

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TURQUIE – Le 6 mai, le Conseil électoral suprême turc (YSK) a décidé d’annuler les élections municipales d’Istanbul du 31 mars qui avaient été remportées par l’opposition CHP.
 
L’YSK a pris sa décision suites aux recours extraordinaires déposés par l’AKP (le parti au pouvoir dont Erdogan est le président) pour de nouvelles élections locales à Istanbul et dans son district de Büyükçekmece (et par le MHP pour le district de Maltepe). L’YSK a annoncé que les nouvelles élections auraient lieu le 23 juin prochain.
 
Maintenant, tous les regards sont tournés de nouveau vers l’électorat kurde d’Istanbul qui avait voté en masse pour le candidat de l’opposition, Ekrem Imamoglu, le 31 mars dernier.
 
Depuis l’annonce d’YSK, les spéculations vont bon train quand à savoir si cette fois-ci les électeurs kurdes à Istanbul voteront pour le parti d’Erogan.
 
Pourquoi de telles spéculations ? Tout simplement, le pouvoir turc a laissé les avocats d’Abdullah Ocalan, le dirigeant kurde emprisonné sur l’île prison d’Imrali, de le rencontrer de nouveau le 2 mai, après 8 ans d’interdiction absolue.
 
Le dirigeant historique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Ocalan est emprisonné depuis 1999 sur l’île prison d’Imrali. Les autorités turques l’ont soumis à un isolement carcéral aggravé avec l’interdiction de rencontrer ses avocats depuis juillet 2011 et ses proches depuis 2016.
 
Une grève de la faim initiée en novembre 2018 par la députée kurde d’HDP, Leyla Guven dans la prison d’Amed – pour briser l’isolement imposé à Abdullah Öcalan et le retour aux pourparlers de paix entre le gouvernement turc et le PKK pour la résolution pacifique de la question kurde – a fait tache d’huile en Turquie avec plus de 7 000 prisonniers politiques qui ont rejoint l’action. D’autres militants et responsables kurdes ont également rejoint la grève de la faim dans de nombreux pays du monde.
 

Quel rapport entre Ocalan et les élections à venir à Istanbul ?

Le YSK a annoncé sa décision quelques heures après l’annonce des avocats d’Ocalan qui ont tenu une conférence de presse annonçant leur rencontre avec leur client qui aurait eu lieu le 2 mai dernier…

 
Cette coïncidence est certes troublante, mais penser que le gouvernement turc d’AKP peut obtenir le vote des millions de Kurdes par l’autorisation d’une simple visite à Ocalan c’est prendre les Kurdes pour des idiots sans conscience politique.
 
Les Kurdes luttent depuis des décennies pour obtenir leurs droits élémentaires dans une Turquie qui nie même leur existence et qui pense les dompter à coup de massacres.
 
Le parti politique de gauche, HDP (Le Parti démocratique des peuples) – déclaré « parti pro-kurde » à cause de ses membres majoritairement kurdes et sa lutte pour défendre les droits des Kurdes, mais pas exclusivement, a rallié le soutien des millions de Kurdes depuis sa création en 2013.
 
Dès les élections législative de 2015, le HDP a prouvé qu’il était le parti clé dans le paysage politique turc. A l’époque, avec ces dizaines de députés, il avait fait perdre la majorité parlementaire au parti d’Erdogan. Depuis, l’AKP mène une guerre sans merci à HDP et à ses électeurs kurdes. Les arrestations en masse des responsables d’HDP, la destruction des localités kurdes de Cizre, Sur, Nusaybin, Sirnak, Silopi… entre 2015 et 2016 sont étroitement liés aux défaites électorales d’AKP dans les urnes.
 
Lors des élections municipales du 31 mars, le HDP n’a pas présenté de candidats dans les grandes villes de la Turquie a fin de faire barrage à l’alliance d’AKP – MHP. Ainsi, l’électorat d’HDP a fait perdre plusieurs grandes villes turques, dont Istanbul, Ankara, Izmir, Antalya… à l’AKP en votant pour les candidats présentés par le parti de l’opposition CHP.
 
Pourquoi les Kurdes ne voteront pas pour l’AKP ?
 

L’Etat turc refuse toujours de reconnaître les droits élémentaires des Kurdes, des milliers de leurs représentants – dont Selahattin Demirtas – croupissent dans les prisons turques depuis plus de 2 ans. Leurs représentants qui ne sont pas en prison sont pourchassés partout où ils se trouvent.

Les demandes des grévistes de la faim ne sont toujours pas acceptées.

La Turquie menace toujours d’envahir d’autres régions kurdes en Syrie et que le canton d’Afrin reste sous l’occupation de la Turquie et des ses mercenaires islamistes. Dans ces conditions, il est impossible que les Kurdes votent pour l’AKP qui est leur bourreau actuel.

 
Ceux qui avancent ce genre d’inepties sont les nationalistes turcs qui se nourrissent de la haine et du sang des Kurdes depuis la création de la Turquie en 1923…
 
 
 
 
 
 

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