Ataturk, un « saint » laïque, si différent d’Erdogan ?

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Régulièrement, nous voyons des personnes bien attentionnées comparer Erdoğan à Atatürk pour dire, ô combien ce dernier était un grand homme qui était le père de la Turquie moderne qu’Erdoğan veut reislamiser.

Nous sommes désolées de vous contredire mais cet Atatürk n’était pas un saint … « laïque » qui avait modernisé la Turquie, mais un sanguinaire qui a le sang des millions de Kurdes, Alévis, Grecs, Arméniens, Assyriens… sur les mains. Un criminel qui avait voulu détruire tous les peuples, langues, religions présents en Anatolie au profit d’un État-nation dont la devise est « Un drapeau, une race, une langue, un État, une religion… ». En ce sens, on peut même dire que, sans Atatürk, Erdoğan n’aurait pas était le dirigeant autoritaire qu’il est. D’ailleurs, comment prétendre qu’un pays peut être laïque alors même qu’il a une religion officielle ? L’islam sunnite dans le cas de la Turquie d’Atatürk.

C’est l’héritage presque centenaire d’Atatürk qui a préparé un terrain favorable aux aspirations liberticides de son successeur actuel. En effet, tout au long de son existence, le pouvoir turc s’est appuyé sur la répression, la destruction et la négation de tous ceux qui n’avaient pas la « chance » d’être des « Turcs » sunnites blancs.

Ce livre  « Ataturk dans l’imagination nazie » (en anglais) de Stefan Ihrig peut vous permettre de vous défaire de la mythologie entourant Atatürk. En effet, il explique comment Hitler s’était inspiré d’Atatürk, en plus de Mussolini.

Voici le texte de présentation du livre :

« Au début de sa carrière, Adolf Hitler s’est inspiré de Benito Mussolini, son collègue du fascisme, ce fait est largement connu. Mais un modèle tout aussi important pour Hitler et les Nazis a été presque entièrement négligé : Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne. La présentation convaincante de Stefan Ihrig de cette histoire incalculable promet de réécrire notre compréhension des racines de l’idéologie et de la stratégie nazies.

Hitler s’intéressait profondément aux affaires turques après 1919. Il a non seulement admiré, mais a également cherché à imiter la construction radicale d’Atatürk d’une nouvelle nation à partir des cendres de la défaite de la Première Guerre mondiale. Hitler et les Nazis l’ont observé attentivement car Atatürk a défié les puissances occidentales à saisir le gouvernement, et ils ont modelé le putsch de Munich dans une large mesure sur la rébellion d’Atatürk à Ankara. Hitler a plus tard remarqué que dans les suites politiques de la Grande Guerre, Atatürk était son maître, lui et Mussolini ses étudiants.

Ce n’était pas une fascination sans raison. Alors que les Nazis luttaient dans les années 1920, Atatürk est resté l’étoile d’Hitler dans l’obscurité, son inspiration pour refaire l’Allemagne selon des lignes nationalistes, laïques, totalitaires et ethniquement exclusives. Il n’a pas non plus échappé à l’opinion d’Hitler à quel point les gouvernements turcs sans pitié avaient traité avec les minorités arméniennes et grecques, que les nazis influents comparaient directement aux Juifs allemands. La Nouvelle Turquie, ou du moins les aspects que les nazis ont choisis de voir, est devenue un modèle pour les plans et les rêves d’Hitler dans les années précédant l’invasion de la Pologne. »

 

Images via Wikipédia

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