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SYRIE. Femmes d’Achrafieh et de Cheikh Maqsoud : Nous avons le droit de circuler librement

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SYRIE – Les femmes des quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh à Alep ont appelé le gouvernement de transition à supprimer les points de contrôle installés autour de leurs quartiers, à permettre aux civils de circuler librement, à ne pas les harceler ni violer leur vie privée en fouillant leurs sacs et leurs téléphones, et à respecter les accords de cessez-le-feu. Elles ont déclaré : « Nous avons le droit de circuler librement. »

Ignorant les tensions sécuritaires actuelles dans les quartiers d’Achrafieh et de Sheikh Maqsoud à Alep, les femmes des deux zones ont manifesté contre les mesures prises par les forces du gouvernement de transition dès qu’elles ont multiplié les points de contrôle en plus des points de contrôle conjoints déjà établis, intensifiant encore davantage les difficultés des habitants et restreignant leur mobilité quotidienne.

Les femmes ont exhorté le gouvernement à respecter les accords de cessez-le-feu et à lever le siège imposé, soulignant que vivre en paix et dans la dignité est un droit naturel pour tous les citoyens syriens. Avin Muhammad a exigé « l’ouverture de tous les points de passage autour des quartiers de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh, sans exception, et la liberté de passage des piétons et des véhicules. »

Elle a souligné : « Nous avons le droit de nous promener dans les quartiers d’Alep et de Syrie. Nous sommes les maîtres de ce pays, et non les [membres étrangers des gangs djihadistes]. »

Se souvenant des années où l’ancien régime Baas assiégeait les deux quartiers, Avin a poursuivi : « Notre détermination était inébranlable. Aujourd’hui, malgré l’accord signé pour modifier la situation syrienne et annoncer un cessez-le-feu, le gouvernement de transition continue de violer ses engagements. »

Elle a observé que le comportement du gouvernement de transition est le même que celui du régime précédent, affirmant : « Il installe de nouveaux points de contrôle, confisque les téléphones des piétons et kidnappe des jeunes hommes au motif qu’ils possèdent des symboles ou des images kurdes, sans le moindre prétexte judiciaire. »

Avin a conclu ses déclarations en évoquant les rêves des habitants de coexister pacifiquement et en harmonie, sans aucun obstacle ni entrave, en déclarant : « Nous voulons une vie normale où nous pouvons facilement répondre à nos besoins, tout comme chaque citoyen a le droit de vivre librement sur sa terre. »

De son côté, Amina Qanbar a rapporté que le gouvernement de transition ne respecte ni les accords ni les engagements qu’il a pris, et a ajouté : « Il a ouvert de nouveaux points de contrôle en plus des points de contrôle communs, et n’a ouvert que trois routes, bien qu’il ait été convenu que les deux quartiers seraient ouverts à toutes leurs entrées et retrouveraient une vie normale. »

Elle a souligné que les peuples appartiennent à leur planète et a déclaré : « Nous aspirons à la paix, pas au sang et à la guerre. »

Amnia Mohammed a exprimé son rejet total du blocus de leur région et a déclaré : « Nous avons survécu pendant des décennies avec le régime oppressif du Baas, et le gouvernement de transition n’a pas le droit de répéter ces erreurs. »

Elle a réaffirmé : « Nous n’avons pas besoin d’une nouvelle escalade militaire. Nous voulons que le bruit des tirs s’éteigne et que la voix de la paix soit entendue. » (ANHA)

SYRIE. Des jeunes Kurdes raflés par des gangs islamistes

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SYRIE / ROJAVA – Plusieurs jeunes Kurdes ont été battus et kidnappés par des membres des forces gouvernementales de transition en Syrie alors qu’ils se dirigeaient vers les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Ashrafiyeh. Des kidnappings similaires sont signalés à Shehba où deux adolescentes kurdes ont été kidnappées ce matin.

 

Un groupe armé a enlevé deux adolescentes kurdes dans la zone rurale de Shehba ce matin. Il s’agit de Helin Hüseyin Aluş, 15 ans, et Riyan Iydan Kadro, 13 ans. Cet incident survient dans un contexte de recrudescence des délits criminels et à motivation sectaire, notamment de cas croissants d’enlèvements visant des femmes et des jeunes filles, dans les zones sous contrôle turc, où l’absence de loi, de responsabilité et d’un système judiciaire efficace a aggravé l’état actuel de chaos et d’insécurité.

À Tel Aran, au sud d’Alep, les gangs islamistes ont kidnappé six civils. Une mère kurde du village de Tel Aran, dans la campagne d’Alep, a déclaré qu’elle s’immolerait devant le commissariat de police contrôlé par des gangs de la Turquie si son fils kidnappé depuis 10 jours, n’était pas libéré.

Kidnappings à Alep

Aujourd’hui, des membres des forces gouvernementales de transition syriennes ont agressé de nombreux jeunes Kurdes dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafiyeh, tandis que plusieurs autres ont été kidnappés, selon la documentation de l’agence ANHA.

Selon des sources bien informées, les auteurs de ces attaques et violations à proximité des deux quartiers appartiennent aux divisions dites 60e, 72e et 76e, affiliées au ministère de la Défense du gouvernement syrien de transition.

L’un des enlèvements a eu lieu lundi près du parc agricole, situé à côté de la direction de l’agriculture dans la ville d’Alep, après un passage à tabac violent de plusieurs jeunes hommes à coups de crosse d’arme.

L’un des groupes qui ont kidnappé deux jeunes hommes et en ont agressé un autre a été vu au volant d’une camionnette blanche, dont les membres portaient des masques, des cagoules et des vêtements noirs.

Selon les informations obtenues par le correspondant de l’ANHA, plus de sept jeunes hommes ont été kidnappés lundi dans divers endroits.

Le gouvernement de transition syrien continue d’empêcher l’approvisionnement en carburant des quartiers de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh, malgré un accord récent sur l’ouverture de trois routes menant à ces deux quartiers. Cette situation a entraîné une réduction de l’alimentation électrique et un risque de coupure totale, selon la Municipalité populaire.

TURQUIE. Mort d’un journaliste agressé sauvagement

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TURQUIE – Le journaliste et documentariste Hakan Tosun est mort des suites d’un coup reçu à la tête. L’ONG kurde de Journalisme, DFG a exhorté les autorités à faire la lumière sur l’agression de Tosun. DFG a écrit : « Un journaliste a été frappé en pleine rue et a subi une mort cérébrale. Les représentants de l’État qui devraient être tenus responsables gardent le silence. Nous exigeons que l’agression contre Tosun soit révélée au plus vite et que les responsables soient traduits en justice. Qu’est-il arrivé à Hakan Tosun ? » 

Hakan Tosun, retrouvé inconscient sur le bord de la route après avoir été frappé à la tête à la suite d’une attaque le vendredi 10 octobre à Esenyurt, Istanbul, sa famille n’a pas pu être contactée car il a été amené à l’hôpital inconscient sans aucun document d’identification sur lui.

Hakan Tosun, qui a souffert d’une hémorragie cérébrale et qui serait dans un état grave, serait sous traitement en soins intensifs à l’hôpital de Başakşehir Çam et Sakura City.

La famille de Tosun a publié une déclaration aujourd’hui devant l’hôpital, demandant une résolution immédiate et transparente de l’incident et la traduction en justice des responsables. L’avocat Hakan Bozyurt, qui a fait une déclaration dans la soirée, a déclaré : « Nous avons appris oralement que deux personnes figurant dans le dossier ont été appréhendées et arrêtées. »

 

Qui est Hakan Tosun ?

L’écologiste et journaliste, Hakan Tosun est né à Istanbul en 1975. Au début des années 1990, il a intégré le monde des médias comme consultant technique, avec l’émergence des radios privées. À partir de 1998, il a travaillé à Izmir pour différentes chaînes de télévision comme technicien de montage. Depuis 2009, il se consacre principalement à la production de documentaires indépendants sur l’environnement, le développement urbain et les mouvements sociaux.

 

Les œuvres les plus connues de Tosun incluent  Çatılara Doğru  (« Jusqu’aux toits »),  Tekel İşçileri  (« Travailleurs de Tekel »),  Büyük Anadolu Yürüyüşü  (« La grande marche anatolienne »),  Dönüşüm  (« Gentrification ») et  Validebağ Direnişi  (« La Résistance de Validebağ »). Tosun est co-fondateur de la société « Documentary Film Production Nature and Urban Activism » et y travaille en tant que réalisateur.

SYRIE. Une délégation kurde discute avec le régime syrien à Damas

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SYRIE / ROJAVA – Des hauts cadres kurdes du Rojava sont en discussion à Damas avec des responsables du gouvernement de transition syrien sur des dossiers militaires et sécuritaires.

Selon les correspondants de l’ANHA, la délégation est arrivée à Damas hier soir pour rencontrer des responsables militaires et sécuritaires des ministères de la Défense et de l’Intérieur du gouvernement de transition.

Les deux parties doivent tenir aujourd’hui des discussions sur des questions militaires et de sécurité.

La délégation du nord et de l’est de la Syrie comprend Suzdar Haji, membre du commandement général des Forces démocratiques syriennes (FDS) ; Siban Hemo, membre du commandement général des FDS ; le porte-parole des FDS, Abgar Dawood ; et le commandant des FDS, Shaker Arab.

Étaient également présents les dirigeants des Forces de sécurité intérieure de l’administration autonome du nord et de l’est de la Syrie : le général de division Dler Hussein Temu, le général de division Ali Khadr al-Hasan, le général de division Mustafa Mahmoud Deli, le général de division Aho Aylio Lahdo et Arin Mustafa, coprésident de l’Autorité intérieure de l’administration autonome du nord et de l’est de la Syrie.

Auparavant, le commandant général des FDS, Mazloum Abdi avait déclaré dans une interview à Ronahi TV qu’une délégation militaire et sécuritaire se rendrait bientôt à Damas.

Cette visite s’inscrit dans le cadre des consultations sécuritaires et militaires en cours avec le gouvernement intérimaire, et dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord du 10 mars, qui vise à renforcer la coordination sur le terrain et à consolider la stabilité dans tout le pays.

Hier, une réunion sécuritaire et militaire distincte a eu lieu entre des responsables du gouvernement de transition et les autorités turques. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, le ministre de la Défense, Yashar Guler, et le chef des renseignements, Ibrahim Kalin, ont rencontré à Ankara le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani, le ministre de la Défense, Murhaf Abu Qasra, et le chef des renseignements généraux, Hussein al-Salama. (ANHA)

« Les FDS serviront de modèle à la future armée nationale syrienne »

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SYRIE / ROJAVA – Rohlat Afrin, commandante des Unités de protection des femmes (en kurde : Yekîneyên Parastina Jin, YPJ) a déclaré dimanche que les Forces démocratiques syriennes (FDS), dans toutes ses composantes, représentent un modèle avancé pour la future armée syrienne – capable de défendre le pays et de préserver son unité.

 

Afrin a réaffirmé l’engagement continu des YPJ et des FDS à défendre la population et les régions du nord-est de la Syrie « dans toute leur diversité sociale et ethnique ».

Elle a souligné que « l’expérience des FDS représente un modèle démocratique et inclusif sur lequel la future armée nationale syrienne peut être construite ».

Ses remarques ont été faites lors d’un discours prononcé dans la ville de Raqqa, dans le nord de la Syrie, à l’occasion du sixième anniversaire de l’assassinat d’Hevrin Khalaf, l’ancien secrétaire général du parti de la future Syrie.

Un festival commémoratif a été organisé à Raqqa pour marquer l’anniversaire de l’assassinat de la femme politique kurde Havrin Khalaf, auquel ont participé des dirigeants politiques et militaires, ainsi que des représentants de partis du nord-est de la Syrie.

Hevrin Khalaf a été assassinée le 12 octobre 2019, alors qu’elle se rendait de Hassaké à Raqqa, par des militants d’Ahrar al-Sharqiya, une faction soutenue par la Turquie et dirigée par Ahmad al-Hayes, connu sous le nom de « Abu Hatem Shaqra ». (North Press Agency)

IRAK. Neuf volleyeuses kurdes poursuivies pour avoir brandi le drapeau du Kurdistan

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IRAK / KURDISTAN – Neuf volleyeuses kurdes font face à des menaces disciplinaires de la part de la Fédération irakienne de volley-ball pour avoir hissé le drapeau du Kurdistan après avoir remporté la médaille de bronze aux Championnats d’Asie de l’Ouest. La fédération avait omis de hisser le drapeau sur les affichages officiels, suscitant les critiques de la communauté sportive kurde.

La tension a éclaté au sein de la communauté du volley-ball irakien après que neuf athlètes kurdes ont été menacées de mesures disciplinaires par la Fédération irakienne de volley-ball pour avoir hissé le drapeau du Kurdistan après leur victoire pour la médaille de bronze au Championnat féminin de volley-ball d’Asie de l’Ouest.

L’incident s’est produit après que l’équipe féminine irakienne de volley-ball, composée de plusieurs joueuses kurdes, a remporté la troisième place du tournoi continental. L’équipe était montée sur le podium après avoir battu la Jordanie, après avoir affronté la forte concurrence de l’Arabie saoudite et du Qatar, avant de s’incliner face au Liban et à la Jordanie en demi-finale.

Selon les informations obtenues par Kurdistan24, immédiatement après la finale, les athlètes kurdes, submergées par l’émotion et la fierté, ont brandi le drapeau du Kurdistan en signe de célébration. Cet acte a provoqué la colère d’Habib Lawandi, président de la Fédération irakienne de volley-ball, qui se serait emporté et aurait menacé de punir les neuf joueuses kurdes impliquées dans ce geste.

Les athlètes kurdes Dishni Qasim, Kajin Jalal, Bahra Hamid, Diya Walid, Helin Omar, Hamisha Wshyar et Priva Rizgar, ainsi que deux de leurs coéquipières, ont représenté l’équipe nationale irakienne lors du tournoi régional. Elles ont joué un rôle clé dans l’obtention de la médaille de bronze, l’une des meilleures performances irakiennes de ces dernières années.

Des sources ont confirmé que le président de la fédération avait exigé des « mesures disciplinaires » contre les joueuses, qualifiant le fait de hisser le drapeau du Kurdistan de « violation du code de conduite de l’équipe ». Les observateurs sportifs kurdes, quant à eux, considèrent cette célébration comme une expression spontanée de fierté et d’identité, soulignant que les joueuses avaient dédié leur victoire à « toutes les femmes et à tous les athlètes du Kurdistan ».

Pour ajouter à la controverse, les comptes officiels de la Fédération irakienne de volley-ball ont publié des photos de l’équipe brandissant le drapeau national irakien, mais ont volontairement omis toute image montrant le drapeau du Kurdistan hissé par les athlètes kurdes. Les publications de la fédération ont souligné la performance de l’équipe, qui a décroché la troisième place, mais n’ont fait aucune mention du lever symbolique du drapeau, devenu viral parmi les supporters kurdes en ligne.

L’équipe féminine irakienne de volley-ball s’était rendue en Arabie saoudite et au Qatar pour participer au Championnat d’Asie de l’Ouest, où elle a finalement remporté la médaille de bronze après une série de matchs intenses. Leur performance a été saluée par les supporters de tout l’Irak, même si la réaction de la fédération a désormais éclipsé ce qui aurait dû être un moment d’unité et de fierté.

Cette controverse s’inscrit dans un contexte plus large de réussite sportive kurde . Le 30 août 2025, le Premier ministre de la région du Kurdistan, Masrour Barzani, a félicité les athlètes et les entraîneurs du club Sanharib de Duhok, d’Akad d’Ankawa et de Qaraqush/Bakhdida, qui ont respectivement remporté la première, la deuxième et la troisième place du championnat national irakien de volley-ball.

Dans une déclaration sur son compte officiel X, le Premier ministre Barzani a salué le dévouement et le talent des athlètes, soulignant le soutien du gouvernement régional du Kurdistan au développement du sport et au talent des athlètes dans toute la région. « Félicitations chaleureuses aux dirigeants, entraîneurs et joueurs du club Sanharib de Duhok, d’Akad d’Ankawa et de Qaraqush/Bakhdida pour leurs première, deuxième et troisième places aux championnats nationaux irakiens de volley-ball », a-t-il déclaré, réaffirmant le soutien indéfectible de son gouvernement aux institutions sportives du Kurdistan.

Le volley-ball est devenu l’un des sports les plus populaires auprès des jeunes Kurdes, alliant esprit d’équipe, agilité et stratégie. Les compétitions nationales ont permis aux athlètes kurdes de rivaliser avec des joueurs de tout l’Irak, élevant ainsi le niveau général de ce sport et renforçant la visibilité des clubs régionaux.

Pour beaucoup au Kurdistan, hisser le drapeau kurde sur la scène internationale, notamment par les athlètes féminines, est porteur d’une profonde charge émotionnelle. Il symbolise la résilience, l’identité et la fierté, transcendant les frontières du sport.

Des athlètes comme Perzha Rizgar, qui a mené le club de volley-ball féminin de Sanhareeb au titre à Duhok, ont incarné cet esprit. Après le triomphe de son équipe, elle a déclaré avec assurance : « Nous sommes les aigles des montagnes ; nous ne jouons pas seulement la finale, nous la gagnons. »

L’Observer note que la controverse actuelle a relancé le débat sur la représentation et le respect des athlètes kurdes qui concourent sous le drapeau irakien, tout en restant profondément attachés à leur héritage kurde. Des commentateurs sportifs et des responsables civiques de la région du Kurdistan ont appelé la Fédération irakienne de volley-ball à respecter l’expression culturelle et à s’abstenir de toute mesure punitive.

Pour l’instant, les neuf volleyeuses kurdes qui ont contribué à hisser l’Irak à la troisième place du Championnat d’Asie de l’Ouest incarnent une double fierté : ellles représentent à la fois leur pays et leur patrie. Leur moment de célébration, marqué par le déploiement du drapeau du Kurdistan, a uni les Kurdes dans la solidarité et l’admiration, tout en révélant des tensions persistantes au sein des institutions sportives irakiennes. (Kurdistan24)

TURQUIE. Une femme sur huit a déjà été victime de violence physique

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TURQUIE / KURDISTAN – Une femme sur huit a déjà subi des violences physiques, d’après une étude récente menée à travers la Turquie, y compris les régions kurdes du pays. 

En Turquie, une femme sur huit a subi des violences physiques à un moment donné de sa vie, selon une étude nationale sur la violence à l’égard des femmes, financée par le gouvernement et publiée mardi.

L’« Enquête turque sur la violence à l’égard des femmes » (Türkiye Kadına Yönelik Şiddet Araştırması), menée pour le compte du ministère de la Famille et des Services sociaux, a interrogé 18 275 femmes âgées de 15 à 59 ans à travers le pays entre novembre 2024 et janvier 2025.

La recherche a été menée par l’Institut statistique turc (TurkStat) en coopération avec l’Université de Marmara.

L’étude visait à évaluer la prévalence, les facteurs de risque et les perceptions sociales de la violence à l’égard des femmes, couvrant les formes de violence physique, sexuelle, psychologique, économique et numérique ainsi que le harcèlement.

Selon les résultats, 12,8 % des femmes ont déclaré avoir subi des violences physiques au cours de leur vie, tandis que 28,2 % ont déclaré avoir été soumises à des violences psychologiques et 18,3 % à des violences économiques.

L’enquête définit la violence psychologique comme un abus émotionnel tel que des menaces, des humiliations ou un comportement de contrôle, et la violence économique comme une restriction de l’accès des femmes au travail, à l’argent ou à d’autres ressources financières.

La violence était plus répandue chez les femmes âgées de 35 à 44 ans, 14,7 % d’entre elles déclarant avoir été exposées à la violence physique au cours de leur vie.

Les femmes divorcées ont signalé les taux de violence les plus élevés : 62,1 % ont déclaré avoir subi des violences psychologiques, 42,5 % des violences économiques et 41,5 % des violences physiques. Parmi les femmes mariées, 26,4 % ont subi des violences psychologiques, 19,9 % des violences économiques et 11,6 % des violences physiques. Les femmes n’ayant jamais été mariées ont été les plus exposées à la violence numérique (14,2 %) et au harcèlement (13,4 %).

L’étude a révélé que 62,3 % des cas de violence numérique et 39,6 % des incidents de harcèlement étaient commis par des inconnus. Les partenaires ou anciens partenaires ont été identifiés comme auteurs dans 15,7 % des cas de violence numérique et 32,1 % des cas de harcèlement.

Les femmes sans éducation formelle étaient les plus susceptibles d’être victimes de violence économique (31,8 %), tandis que les diplômées universitaires étaient les moins susceptibles (8,9 %). Parmi les femmes employées, celles du secteur privé étaient les plus exposées : 34 % ont déclaré avoir subi des violences psychologiques et 21,1 % des violences économiques, contre 31,9 % et 10,6 % parmi les travailleuses du secteur public.

La violence physique était la plus répandue dans la région de l’Anatolie, dans le nord-est de la Turquie, où 25,9 % des femmes ont déclaré en avoir été victimes, contre 8,8 % dans le sud-est de l’Anatolie, le taux le plus bas enregistré.

Au cours des 12 mois précédant l’enquête, 11,6 % des femmes ont déclaré avoir subi des violences psychologiques, 3,7 % des violences numériques, 3,2 % des violences économiques et 2,6 % des violences physiques. Les femmes vivant dans les grandes villes étaient légèrement plus susceptibles de signaler des violences récentes, 12,2 % d’entre elles déclarant avoir subi des violences psychologiques au cours de l’année écoulée.

L’enquête a révélé que les femmes de 15 à 24 ans étaient les plus touchées par toutes les formes de violence au cours de l’année écoulée. La violence numérique était la plus répandue dans ce groupe, avec 7,3 %, contre 4,1 % chez les 25-34 ans et 3,2 % chez les 35-44 ans.

La violence numérique fait référence à l’utilisation de la technologie, des plateformes numériques ou des outils de communication électronique pour harceler, menacer, contrôler ou abuser de quelqu’un.

Parmi les femmes ayant subi des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire, 21,7 % ont cité les difficultés de contrôle de la colère de leur homme comme principale raison, suivies de l’éducation (13,3 %) et des difficultés financières (13,0 %). La tendance à imputer ces violences à des problèmes financiers ou familiaux augmentait avec l’âge, tandis que la jalousie était plus fréquemment citée par les femmes plus jeunes.

L’étude a révélé que 47,7 % des femmes victimes de violences conjugales n’en ont parlé à personne. Celles qui l’ont fait se sont le plus souvent confiées à une femme de leur famille (31,8 %) ou à une amie (10,2 %).

Des données distinctes de la Fédération des associations de femmes de Turquie (TKDF) montrent que ce problème continue de faire des victimes. Selon la TKDF, 290 femmes ont été tuées par des hommes au cours des neuf premiers mois de cette année, tandis que la mort de 71 femmes a été déclarée suspecte. La plupart des femmes ont été abattues, et la majorité d’entre elles ont été tuées à leur domicile. Entre le 1er janvier et le 30 septembre, la fédération a signalé que 108 femmes ont été tuées par des membres de leur famille et 41 par des hommes dont elles cherchaient à divorcer. Parmi les victimes, 125 étaient mariées et 45 % avaient entre 19 et 35 ans.

De nombreux critiques affirment que la principale raison de cette situation est la politique du gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP), qui protège les hommes violents et abusifs en leur accordant l’impunité.

Les tribunaux turcs ont été à plusieurs reprises critiqués en raison de leur tendance à prononcer des peines clémentes à l’encontre des délinquants, affirmant que le crime était simplement « motivé par la passion » ou en interprétant le silence des victimes comme un consentement.

Dans une démarche qui a suscité l’indignation nationale et internationale, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a utilisé un décret présidentiel pour retirer le pays d’un traité international en mars 2021 qui oblige les gouvernements à adopter une législation pour poursuivre les auteurs de violences domestiques et d’abus similaires ainsi que de viols conjugaux et de mutilations génitales féminines.

La Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, plus connue sous le nom de Convention d’Istanbul, est un accord international visant à protéger les droits des femmes et à prévenir la violence domestique dans les sociétés et a été ouverte à la signature des États membres du Conseil de l’Europe en 2011. La Turquie a été partie à la convention jusqu’en 2021.

Les alliés d’Erdoğan ont également appelé à de nouveaux reculs, demandant l’abrogation d’une loi nationale qui stipule des mécanismes de protection pour les femmes qui ont subi ou risquent de subir des violences. (Stockholm Center for Freedom) 

ROJAVA. Les Kurdes allument le feu du Newroz contre l’invisibilisation de leur fête

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SYRIE / ROJAVA – Les habitants d’Amuda ont allumé le feu du Newroz (nouvel-an kurde) pour réaffirmer leur rejet des politiques de marginalisation et d’exclusion pratiquées par le gouvernement de transition ciblant les communautés locales.

Un groupe de militantes d’Amuda a organisé aujourd’hui un événement symbolique sur la Place des Femmes Libres en allumant la flamme du Newroz. Cet événement faisait suite au décret n° 188 du gouvernement de transition syrien, qui omettait d’inclure les fêtes de diverses communautés syriennes – telles que le Newroz, le Mercredi Rouge, l’Akitu et les fêtes arméniennes – parmi les jours fériés officiels du pays.

Des représentants d’organisations de la société civile et de partis politiques ont pris part à l’événement, exprimant leur rejet de la politique actuelle de marginalisation et d’exclusion.

La célébration a également été marquée par des danses traditionnelles kurdes exécutées sur des chants révolutionnaires. ANHA)

ROJAVA. Un festival de la paix dédié à Havrin Khalaf

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SYRIE / ROJAVA – Six ans après l’assassinat de la femme politique kurde Havrin Khalaf, le Parti de l’Avenir de la Syrie a organisé un festival de la paix à Raqqa. Des représentants de l’administration autonome et de la société civile ont rendu hommage à son héritage de dialogue et d’égalité.

Le Parti de la Syrie du futur a commémoré dimanche à Raqqa le sixième anniversaire de la mort de son ancienne présidente, Hevrîn Xelef, avec un festival culturel et commémoratif intitulé « Hevrîn pour la paix ». Des représentants de l’Administration autonome démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (DAANES), des Forces démocratiques syriennes (FDS) et d’organisations de la société civile, politiques et féministes étaient présents.

Le festival a débuté par une minute de silence en hommage aux victimes du nord et de l’est de la Syrie. Dans un discours de bienvenue, Hevrîn Xelef a été honorée comme « symbole de la lutte pour la paix, l’égalité et une Syrie démocratique ».

Plusieurs discours ont été prononcés au cours du festival, notamment par Suad Mustafa, la mère d’Hevrîn Xelef, la coprésidente du Parti de l’Avenir de la Syrie, Kawthar Doko, Layla Qaraman du Conseil démocratique syrien (MSD), et des représentants des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), du Conseil des femmes syriennes et du Conseil des familles des martyrs.

Dans son discours, Kawthar Doko a souligné que l’engagement de Xelef en faveur d’un État syrien pluraliste et pacifique continue de guider le travail du parti. « Elle croyait en une Syrie pour tous, libérée de l’extrémisme, du sexisme et des divisions ethniques », a déclaré Doko.

« Notre objectif est de garantir la liberté »

Rohilat Efrîn, membre du commandement général des FDS et commandant des YPJ, a également pris la parole lors du festival et a déclaré : « Nous avons pris la responsabilité de protéger toutes les institutions civiles et militaires ainsi que la population du nord et de l’est de la Syrie. Notre objectif est de garantir la liberté. Nous y sommes parvenus grâce aux sacrifices des combattants, et en particulier à la lutte de la martyre Hevrîn Xelef. »

« Elle a choisi la voie de la lutte pour son peuple »

La mère d’Hevrîn Xelef, Sûad Mistefa, a également exprimé sa fierté pour sa fille : « Les FDS reconstruiront la Syrie. Nous ne laisserons pas le sang d’Hevrîn couler en vain. Nous ne serons pas ce que la Turquie veut que nous soyons : un seul drapeau, une seule identité, une seule langue, une seule culture. Nous voulons une Syrie démocratique qui embrasse toutes ses composantes. »

Sûad Mistefa a déclaré que sa fille voulait apprendre, enseigner aux autres et aider son peuple, et a donc choisi la voie de la lutte pour son peuple.

Prix ​​de la paix et poésie à la conclusion

Dans le cadre du festival, le parti a décerné le nouveau « Prix de la paix Hevrîn Xelef » au cheikh Murshid Mashuq El Xeznewî, érudit religieux kurde, qui a rendu des services exceptionnels à la réconciliation et à l’établissement de structures pacifiques dans la région.

« Nous ne marchanderons pas la vie de notre peuple »

Cheikh Murşid Maşuq El Xeznewî a adressé un message audio au festival, soulignant que la lutte n’est pas terminée et qu’elle se poursuit avec détermination.

El Xeznewî a déclaré : « L’esprit de la martyre Hevrîn Xelef est devenu un symbole de paix. Le sang des martyrs ne sera pas versé en vain. La résistance se poursuivra jusqu’à l’aube de la liberté dans une Syrie libre et démocratique. »

El Xeznewi a déclaré que la famille de la martyre Hevrîn participe à ce combat et a conclu : « Nous respecterons les règles. Nous ne négocierons pas la vie de notre peuple. Nous résisterons jusqu’à obtenir la paix pour l’âme d’Hevrîn, la victoire de notre révolution et notre avenir. »

À la fin de la cérémonie, le poète Thamer al-Shammari a récité deux poèmes ; l’un en l’honneur d’Hevrîn Xelef, l’autre un plaidoyer poétique pour une « Syrie florissante et diversifiée malgré tous les défis ».

Un phare d’espoir pour une Syrie diversifiée et démocratique

Hevrîn Xelef était la première secrétaire générale du Parti de l’Avenir de la Syrie. Le 12 octobre 2019, quelques jours après le début de l’invasion turque de Serêkaniyê et Girê Spî, elle a été attaquée et exécutée sur une autoroute près de Qamishlo par des mercenaires de la milice djihadiste « Ahrar al-Shariya ». Les mercenaires ont violé et mutilé le corps d’Havrin avant de l’abattre. Des organisations de défense des droits humains, dont les Nations unies, ont parlé d’une exécution ciblée.

Selon le rapport d’autopsie, le corps de cette femme, alors âgée de 34 ans, présentait, entre autres blessures, des blessures par balle et des fractures aux jambes, au visage et au crâne. Son cuir chevelu était partiellement détaché, car elle avait été traînée par les cheveux. Outre Xelef, sept autres civils ont été tués lors de l’attaque, dont son chauffeur. Le chef de milice responsable des meurtres, Ahmad Ihsan Fayyad Al-Hayes, alias « Abu Hatem Shaqra », est aujourd’hui commandant de la 86e division de la prétendue armée du gouvernement syrien de transition autoproclamé, dirigé par Ahmed al-Sharaa, chef du HTS. (ANF)

TURQUIE. Un journaliste battu est entre la vie et la mort

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TURQUIE – Le journaliste et documentariste Hakan Tosun, porté disparu depuis le 10 octobre, se trouve entre la vie et la mort après avoir été frappé à la tête, signale l’agence kurde ANF.

Le journaliste et documentariste Hakan Tosun, porté disparu depuis plusieurs jours, a été retrouvé grièvement blessé au bord d’une route à Istanbul. Selon les premières constatations, il aurait été sauvagement battu. Tokan a subi une hémorragie cérébrale et est soigné aux soins intensifs d’un hôpital du district de Başakşehir. Son état est jugé critique.

Bien que l’on ne sache pas encore qui est derrière l’attaque, la police a lancé une enquête.

Tosun a été vu pour la dernière fois tard dans la soirée du 10 octobre. Depuis, on est sans nouvelles de lui. Ses proches ont alors signalé sa disparition.

Hakan Tosun est né à Istanbul en 1975. Au début des années 1990, il a intégré le monde des médias comme consultant technique, avec l’émergence des radios privées. À partir de 1998, il a travaillé à Izmir pour différentes chaînes de télévision comme technicien de montage. Depuis 2009, il se consacre principalement à la production de documentaires indépendants sur l’environnement, le développement urbain et les mouvements sociaux.

Les œuvres les plus connues de Tosun incluent  Çatılara Doğru  (« Jusqu’aux toits »),  Tekel İşçileri  (« Travailleurs de Tekel »),  Büyük Anadolu Yürüyüşü  (« La grande marche anatolienne »),  Dönüşüm  (« Gentrification ») et  Validebağ Direnişi  (« La Résistance de Validebağ »). Tosun est co-fondateur de la société « Documentary Film Production Nature and Urban Activism » et y travaille en tant que réalisateur.

ROJAVA. Les gangs de la Turquie kidnappent un couple kurde d’Afrin et volent leurs biens

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SYRIE / ROJAVA – Samedi soir, des mercenaires sous commandement de la Turquie ont kidnappé un couple kurde à Afrin après avoir attaqué leur maison et volé leurs or et une somme importante d’argent.

Dans le cadre d’une série de violations quotidiennes contre la population autochtone d’Afrin occupée, des groupes de mercenaires affiliés à l’armée d’occupation turque ont enlevé le citoyen Sabri Majeed Naasan et son épouse Zainab, du village de Rotanli, dans le district de Mobata, canton d’Afrin. Les mercenaires ont perquisitionné leur domicile et volé des bijoux en or ainsi qu’une somme d’argent.

Cette violation survient dans un contexte d’escalade des vols et des enlèvements dans la ville occupée, reflétant la politique continue de répression et d’intimidation contre les résidents restants.

Il convient de mentionner que l’armée d’occupation turque et ses mercenaires ont occupé la ville d’Afrin en janvier 2018, entraînant le déplacement de plus de 400 000 de ses habitants autochtones et la commission de milliers de violations et de crimes contre ceux qui sont restés, notamment des enlèvements, des pillages et des changements démographiques forcés. (ANHA) 

« Le voile est un prétexte, on veut le pain et on veut la chute du régime »

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PARIS – Militante iranienne réfugiée en France, Assareh Assa accordé une interview à l’Organisation Communiste Libertaire sur la révolution « Jin, jiyan, azadî » déclenchée par le meurtre barbare de la jeune Kurde Jina Mahsa Amini. Nous le partageons avec vous.

« Le voile est un prétexte, on veut le pain et on veut la chute du régime »

Nous avons rencontré Assareh Assa, camarade iranienne exilée en France, pour un entretien qui revient sur le soulèvement iranien de 2022, après l’assassinat de Mahsa Jina Amini. Nous abordons ici le succès de ce mouvement d’un point de vue de la liberté des femmes, ses impasses sur les questions sociales, sa répression et le nationalisme en Iran. Dans une suite de cet entretien, Assareh nous parlera de la guerre Israël-Iran, de la situation des classes laborieuses en Iran, et de la nature « fasciste » du régime.

Peux-tu revenir sur le soulèvement « Femme, vie, liberté », avec le recul que l’on a maintenant ?


Nous avons récemment célébré le troisième anniversaire de l’assassinat de Jina Amini, une jeune Kurde arrêtée à Téhéran par la police des mœurs parce qu’elle n’était pas correctement habillée, selon le régime. Elle a reçu un coup à la tête lors de son arrestation, ce qui lui a coûté la vie quelques jours plus tard, le 16 septembre 2022. Lors de ses funérailles, les habitants de Saqqez, sa ville natale, se sont réunis sur sa tombe et ont écrit cette phrase : « Jina, tu ne mourras pas, ton nom est notre mot de passe. » Je voudrais m’arrêter sur cette phrase qui s’est avérée juste. Le nom de Jina est rapidement devenu un fil qui a relié tous ceux qui souhaitaient renverser le régime actuel en Iran. Des manifestations d’une grande ampleur ont traversé tout le pays ; nous avons vu des scènes magnifiques de solidarité, de courage et de rage dans tous les coins du pays. Cependant, je tiens à ajouter que le nom de Jina a également donné lieu à l’apparition d’une division antagoniste profonde au sein de la société iranienne. Jina est en effet le nom non officiel de la jeune fille, victime de la misogynie structurelle de l’État iranien, mais c’est un nom kurde. C’est pourquoi il est important de savoir comment on désigne cette phase du mouvement en Iran : « soulèvement de Jina » ou « soulèvement de Mahsa » ? Cette appellation n’est pas neutre et révèle avant tout l’appartenance politique. Les courants réactionnaires ont préféré « Mahsa » ; dans ce simple « choix de mot », il y a pourtant une vérité qui, avec la répression de l’État, est une des raisons de l’échec de ce soulèvement.

En évoquant l’échec de ce soulèvement, tu veux dire qu’il n’a rien obtenu ?


Non, le soulèvement « Femme, vie, liberté » a changé le visage des villes, surtout des grandes villes d’Iran. En ce qui concerne l’apparence des femmes dans la société, il y a indéniablement un avant et un après ce soulèvement ; aujourd’hui, les femmes peuvent relativement s’habiller « librement », malgré l’État.

C’est comparable à avant 79 ?


En effet, sous le régime du Shah, le port du voile n’était pas obligatoire. Pour autant, il est faux de croire que toutes les femmes jouissaient d’une liberté individuelle à l’époque du Shah. Avant la révolution, les femmes des classes supérieures, qu’il s’agisse de la petite bourgeoisie ou de la bourgeoisie, sortaient sans voile, contrairement aux ouvrières et aux sous-prolétaires. Il n’y avait certes pas de police des mœurs, mais dans les petites villes et les villages, les rapports traditionnels étaient beaucoup plus ancrés. Ce sont les membres masculins, mais aussi féminins de la famille, qui empêchaient une fille de s’habiller comme elle le souhaitait, même à l’intérieur de la maison. J’aimerais également ajouter que le père du Shah, considéré par certains comme le « père de l’Iran moderne », a justement violenté les femmes pour qu’elles n’apparaissent pas avec le voile dans la société. La République islamique brutalise les femmes dans le sens inverse.

En tout cas, après le soulèvement de Jina, le régime a déployé beaucoup d’efforts pour empêcher les femmes de sortir sans voile. Il a notamment tué une jeune fille à Téhéran pour avoir refusé de porter le voile. Il a également approuvé une loi restreignant de manière spectaculaire les droits des femmes, mais il n’a pas pu l’appliquer jusqu’à présent, car ses efforts n’ont pas suffi face à la résistance et à la détermination des femmes. Mais il faut insister : il s’agit d’une liberté relative. Les femmes des classes favorisées jouissent beaucoup plus de cette liberté individuelle. Parfois, nous voyons sur les réseaux sociaux des scènes qu’il est difficile de croire qu’elles se produisent en Iran. Mais notre étonnement s’atténue lorsque l’on comprend qu’il s’agit d’une fête de la jeunesse des classes aisées. La classe ouvrière observe de loin le plaisir de cette liberté individuelle. Il faut surtout ajouter à cela que la vie d’une femme coûte encore deux fois moins cher que celle d’un homme, que l’avortement est interdit et que, en poursuivant sa politique nataliste, le régime rend de plus en plus difficile l’accès des femmes aux moyens de contraception. Certes, le régime a reculé devant le désir des femmes de vouloir apparaître « librement » dans la société, mais cette liberté individuelle est accompagnée d’une amertume. Si l’on se rappelle que les gens criaient très tôt dans les rues que « le voile est un prétexte, nous voulons la chute du régime », cette amertume prend tout son sens. Si l’on considère la question du voile, celle des femmes, celle de la liberté politique et celle du pain comme les quatre piliers du soulèvement de Jina, alors seule la liberté individuelle, dans une échelle restreinte, a été acquise. Dans ce sens, si l’on ne perd pas de vue qu’il s’agissait d’un soulèvement radical visant l’ensemble de l’État théocratique, il me semble qu’il n’est pas injuste de dire que le soulèvement a échoué. Ce qui est important, c’est de comprendre les raisons de cet échec.

Tu as évoqué la répression du régime, mais aussi la question de l’appellation du soulèvement.


Oui. Sans aucun doute, la répression sanglante et sans merci subie par le soulèvement constitue une raison importante de son échec : des milliers de manifestants ont été blessés et tués, des milliers d’autres arrêtés et torturés ; des centaines ont été condamnées à mort, dont dix ont été exécutées, la dernière il y a quelques semaines, à l’approche de l’anniversaire de ce mouvement. Ce qui est très important à noter, c’est que ces personnes sont issues de la classe ouvrière. Soit elles sont ouvrières, soit elles ont de la famille ouvrière. Autrement dit, le régime peut se permettre de tuer les opposants qui n’ont pas le soutien de la petite bourgeoisie ou de la bourgeoisie, et qui n’ont pas de voix dans la société.

La répression ne s’arrête pas aux militants directement liés à ce mouvement, mais s’étend de plus en plus à toutes sortes d’opposants. Pour n’en citer qu’un exemple, le régime a condamné une ouvrière militante, Charifeh Mohammadi, à la peine de mort. Ceci est, il faut le dire, quasi inédit. Le régime avait déjà exécuté des milliers de femmes communistes et de moudjahidines pendant la décennie noire, ainsi que quelques femmes peshmergas kurdes. (Aujourd’hui, deux femmes kurdes ont été condamnées à mort et une autre à la perpétuité). Mais le fait qu’il s’acharne sur une simple ouvrière pour ses activités au sein du mouvement ouvrier montre qu’il entend donner une bonne leçon à cette classe dangereuse. À cela, il faut aussi ajouter que, dans le but de faire régner la peur sur la société, le régime a accéléré les exécutions de prisonniers non politiques durant ces trois dernières années. On compte plus de 3 000 individus exécutés, soit trois par jour. C’est pourquoi, en réaction à cet aspect de la répression, un mouvement de résistance s’est formé à l’intérieur des prisons iraniennes. Des centaines de milliers de prisonnières et de prisonniers font grève de la faim tous les mardis pour sensibiliser le reste de la population aux exécutions sans frein. Mais, à ma connaissance, cette résistance n’a pas encore trouvé d’écho dans l’ensemble de la société iranienne. En un mot, l’intensité de la répression policière a fortement affaibli le mouvement dans son ensemble. Cependant, je pense qu’il serait erroné de considérer la répression comme la seule raison de l’échec de cette phase du mouvement. Je vais même plus loin en disant que ce qui a rassuré le régime de l’efficacité de ces répressions constitue la raison fondamentale pour laquelle le soulèvement de Jina a fait autant de victimes sans parvenir à son objectif, à savoir le renversement du régime.

J’essaye de m’expliquer par l’aspect symbolique du prénom de Jina. Ce nom symbolise une forte appartenance identitaire à une région d’Iran, le Kurdistan, qui est, depuis la naissance de la République islamique, un enjeu du nationalisme iranien. En effet, en optant pour « Mahsa » plutôt que « Jina », les éléments les plus nationalistes ont immédiatement montré leur intolérance envers le mouvement du peuple kurde. Qu’on approuve ou désapprouve le but de ce mouvement, à savoir l’établissement d’un État-nation kurde, c’est une question à part, mais on ne peut et ne doit en aucun cas l’ignorer, comme le font même certains éléments de la gauche iranienne. Le refus d’utiliser le nom de Jina symbolise avant tout l’envie des nationalistes iraniens de nier l’existence d’un tel mouvement au Kurdistan. Le régime a appuyé sur ce nationalisme, ou plutôt sur la tendance pan-iraniste, pour freiner le mouvement et écarter le danger de sa chute. Ce qui a freiné le radicalisme de ce mouvement, c’est sans doute la crainte des nationalistes iraniens de ce qu’ils appellent les « séparatistes » kurdes, arabes, baloutches et autres. Par exemple, lorsque des prisonniers kurdes, arrêtés pour leurs activités politiques, ont été exécutés au cours même du mouvement « Femme, vie, liberté », peu de gens au centre du pays s’en sont inquiétés. Je voudrais simplement mettre en lumière une maladie incurable au sein de la société iranienne. Pour diverses raisons, une bonne partie des Iraniens éprouve un fort sentiment nationaliste qui a toujours aidé la République islamique dans ses moments les plus difficiles ; le dernier exemple en date est l’attaque d’Israël contre l’Iran.

J’aimerais que tu reviennes sur ce dernier point, mais avant, peux-tu développer un peu plus ? En quoi le nationalisme a-t-il contribué à l’échec du soulèvement ?


En effet, si une solidarité inattendue et surprenante entre les diverses ethnies a été observée au début du mouvement, celui-ci s’est divisé sur la question de l’intégrité territoriale. Cette division s’est cristallisée lorsque le fils du Shah, profitant de la situation, s’est proclamé le candidat le plus apte à gouverner le pays après la chute du régime. Lui et son entourage ont lancé une campagne intitulée « Je délègue au prince », sous-entendant que le peuple délègue son vote au prince. Bien que cette campagne ait été un scandale politique pour le camp royaliste et n’ait débouché sur rien, elle a été assez néfaste pour briser la solidarité enthousiaste entre les ethnies et orienter la lutte politique des éléments les plus radicaux contre le courant royaliste. Cela n’a évidemment été que bénéfique pour le régime, qui en a profité pleinement. C’est pourquoi, selon moi, il existe des hypothèses assez solides selon lesquelles le régime lui-même a renforcé le courant royaliste. Il est fort intrigant de constater que ceux qui entourent actuellement le fils du Shah, alors très isolé et même inexistant sur la scène politique iranienne il y a quelques années, sont d’anciens réformateurs du régime qui collaboraient étroitement avec les dirigeants de la République islamique ! Le fils du Shah a maintes fois déclaré qu’il comptait conserver la force de répression actuelle, les éléments militaires, les gardiens de la révolution, etc., une fois arrivé au trône.

Symboles du Shah et de la République islamique à la poubelle

La République islamique d’Iran veut toujours une opposition corrompue. Il y a quelques décennies, ce sont les Moudjahidin qui remplissaient ce rôle. Aujourd’hui, il préfère que l’opposition se cristallise autour des fils du Shah, non seulement parce que c’est beaucoup plus facile de repérer et de réprimer les opposants, mais aussi parce qu’il sait qu’il y a un profond dissensus entre les royalistes et les éléments plus à gauche de la société, ou tout simplement ceux qui n’ont pas oublié la corruption du régime royal. Mais il sait également que tant qu’il peut s’appuyer sur le nationalisme iranien, il peut retarder sa chute. C’est la raison pour laquelle il me semble que les forces royalistes sont ses meilleurs alliés.

Peut-on donc considérer le nationalisme prôné par le courant royaliste comme l’une des raisons de l’échec du soulèvement de Jina ?


Je dirais oui et non. Si le nationalisme a joué un rôle désastreux ces dernières années, il ne faut pas pour autant croire qu’il a été introduit dans le mouvement par les royalistes. Il faut abandonner l’approche dualiste selon laquelle une idée « pénètre » une « masse » et, lorsqu’elle « s’empare » de cette dernière, celle-ci devient active. Autrement dit, les idées ne sont pas fabriquées par une poignée d’intellectuels ou de politiciens, puis imposées aux masses. Malheureusement, beaucoup de gens pensent que c’est à cause des royalistes que le soulèvement de Jina a été réprimé dans le sang. Certes, il y a une part de vérité dans cette affirmation, mais une vérité superficielle : le rôle des forces royalistes a certainement conduit à l’échec du soulèvement. Pourtant, les royalistes ne pourraient pas jouer un tel rôle si leur point de vue n’était pas déjà présent dans la société, s’ils n’y avaient pas déjà une base populaire, ou si les conditions n’étaient pas réunies pour qu’ils aient une telle possibilité. Certains camarades refusent encore d’admettre cette vérité.

Il existe en effet une base solide dans la société qui permet à cette force réactionnaire d’exister et d’agir. Il me semble qu’on peut expliquer schématiquement cette base par trois points : le politique et l’idéologique, l’économique.

Ces dernières années, le royalisme a été promu politiquement par une campagne médiatique pro-israélienne qui avançait l’idée que l’Iran vivait son âge d’or sous le régime du Shah et que le pays se modernisait à toute vitesse sous la direction de la dynastie Pahlavi. Grâce à cette campagne, les royalistes ont pu se présenter comme un élément progressiste, grâce à la République islamique. Ceci peut paraître paradoxal, et pourtant c’est vrai ! En effet, en éliminant férocement les éléments les plus radicaux de la société, à savoir les communistes, la République islamique a pu se considérer comme le seul narrateur de l’histoire de la révolution ; en éliminant une partie des acteurs de la révolution de 1979, elle a pu censurer l’histoire de la révolution contre le Shah et la raconter selon ses propres intérêts. Selon ce récit, ce ne sont pas la misère de la classe ouvrière, l’entassement des sous-prolétaires dans les bidonvilles en marge de Téhéran, la lutte des classes ou l’absence de liberté politique qui ont poussé les Iraniens à s’insurger contre le régime dictatorial du Shah, mais l’envie de faire face au monde occidental et d’instaurer un ordre religieux dans la société. Les jeunes générations, qui n’ont connu que ce récit tout en vivant la misère engendrée par un régime théocratique, se demandent alors : ne s’agissait-il pas plutôt d’une pure folie ? Cette interrogation a été reprise par les royalistes qui en ont fait leur propre mythe : à l’époque du Shah, tout allait pour le mieux, tout était harmonieux et fonctionnel ; c’est la folie d’un peuple bien nourri qui a tout gâché ! C’est pourquoi j’insiste sur le fait que c’est même la République islamique qui a donné une seconde chance au royalisme. Grâce à son récit falsifié de la révolution de 1979, il a rendu possible la revendication du trône par le fils du Shah, du moins aux yeux d’une partie de la société. Certains sont pourtant mieux informés et ne négligent pas la corruption de la cour et la misère des classes démunies, mais ils commettent l’erreur courante de la logique formelle et jugent ainsi : l’époque du Shah, bien qu’elle fût sombre, était meilleure que l’époque du régime des ayatollahs. Comme s’il s’agissait de deux phénomènes distincts, sans lien ni continuité.

Sur le plan économique, les Iraniens, surtout la classe moyenne qui ne cesse de se réduire, trouvent une issue à leur situation déplorable, en grande partie causée par la stratégie géopolitique du régime, dans le fait de renouer des relations économiques avec l’Occident, ou, pour le dire simplement, dans le fait de devenir un pays « normal ». Mais par « pays normal », on entend un pays où le capitalisme fonctionne « normalement ». Il n’est pas question ici de rappeler que le capitalisme n’a jamais été « normal » dans son développement. En tout cas, ce rêve d’une économie capitaliste « normale » est vendu par les libéraux. Les experts proches du courant royaliste séparent une partie de l’histoire du capitalisme en Iran, la modernisation, et l’associent à la dynastie des Pahlavi, comme si c’était grâce à la bienveillance et au patriotisme du Shah et de son père que l’Iran avait connu un développement économique important. Il est bien évidemment beaucoup plus compliqué d’expliquer la modernisation de l’Iran en fonction des rapports mondiaux du capital dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale que de l’expliquer par la chance que les Iraniens ont eue d’avoir un roi bienveillant ! La question suivante s’impose alors automatiquement : est-il possible de mettre en œuvre les mêmes politiques économiques et de réaliser les mêmes projets qu’il y a plus de 50 ans ? Une partie de la société, en se référant à la vie des classes aisées sous le régime du Shah, pense que la catastrophe économique qu’ils vivent actuellement prendra fin si le fils du Shah arrive au pouvoir.

Idéologiquement, les valeurs incarnées par le royalisme, comme le racisme ou les rapports archaïques entre hommes et femmes, sont encore bien présentes chez une partie de la population iranienne. Il n’est donc pas étonnant que le royalisme, après une longue période d’hibernation, se réveille et exige le pouvoir.

Ce ne sont pas les royalistes ou les éléments réactionnaires en général qui manipulent le mouvement ; le fait qu’ils aient une marge de manœuvre assez importante sur la scène politique démontre avant tout qu’il y a une demande d’une partie de la société. Pour ma part, je pense qu’il est très dangereux pour ceux et celles qui militent, de près ou de loin, contre la République islamique, d’ignorer les éléments de la population qui favorisent l’existence d’un courant politique réactionnaire tel que le royalisme.

Penses-tu que le royalisme est de retour en Iran ?


Pas vraiment. En effet, la société iranienne est hétérogène : non seulement il existe des revendications nationales chez diverses ethnies qui s’opposent au nationalisme iranien, mais on ignore également quelle est la répartition du royalisme dans les différentes classes sociales, ce qui rend difficile d’évaluer sa puissance. D’après mes observations, je peux seulement dire que l’idée d’avoir un roi ne dérange pas une partie de la population iranienne. Si j’insiste sur ce point, ce n’est pas pour donner plus de poids aux éléments favorables au royalisme, qui sont peu nombreux dans la société, mais simplement pour souligner leur existence. Cela permet de mettre en lumière ce qui bloque la révolution : le nationalisme. Cela permet également de montrer que les royalistes et les partisans de la République islamique s’allient pour empêcher tout processus révolutionnaire.

En outre, je m’abstiens en effet de faire des prédictions. Ce qui est clair, c’est que la situation politique du régime est très instable : beaucoup attendent la deuxième phase de l’attaque d’Israël, tandis que la banqueroute économique du régime laisse présager un prochain soulèvement populaire. Les royalistes comptent sur Israël pour porter le coup fatal à la République islamique, tout en souhaitant un soulèvement populaire en leur faveur. Pourtant, leur appel à descendre dans la rue lorsque l’armée israélienne bombardait les villes iraniennes est resté absolument sans suite.

De plus, je pense que la situation géopolitique de l’Iran est assez importante pour que les puissances mondiales ne restent pas indifférentes à son sort et à la forme et à la structure politiques qu’il prendra après la chute éventuelle du régime actuel. En vérité, les forces royalistes veulent faire croire que le royalisme est une alternative déjà existante, mais jusqu’à présent, le fils du Shah n’a pas été pris au sérieux par les dirigeants des pays occidentaux. Son meilleur allié pour le moment est Israël. Récemment, le fils du Shah s’est rendu en Israël pour préparer l’après-chute du régime. Cette initiative a suscité de nombreuses critiques, même au sein du camp royaliste, qui contestent, au nom de leur nationalisme, l’idée d’entretenir des relations avec un pays étranger ayant offensé leur propre pays.

Propos recueillis par zyg, septembre 2025