KURDISTAN. Commémorations d’Ayse San

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TURQUIE / KURDISTAN – Depuis hier, Ayşe Şan, une des figures importantes de la musique kurde, est commémorée à l’occasion du 29e anniversaire de sa mort.

 
Hier soir, la municipalité métropolitaine de Diyarbakir (Amed), en collaboration avec Ma Music, l’Association pour la culture, l’art et la littérature féminines (KASED), le Conservatoire Aram Tigran et l’Association culturelle et artistique Dicle, a commémoré Ayşe Şan (disparue le 18 décembre 1996) à l’occasion du 29e anniversaire de sa disparition. De nombreuses personnes ont assisté à la cérémonie qui s’est tenue à la salle culturelle Ali Emiri. 
 
Lors de la commémoration, qui a rassemblé une foule nombreuse, une pièce de théâtre mise en scène par Berfin Zenderlioğlu, retraçant la vie artistique d’Ayşe Şan, ses années d’exil et son héritage pour la musique kurde, a été jouée. La pièce a été longuement applaudie par le public. La commémoration s’est conclue par la remise de fleurs à l’actrice par Serra Burcak, co-maire de la municipalité métropolitaine d’Amed.
Commémorée sur sa tombe
 

Aujourd’hui, la dengbêj kurde légendaire, Eyşe Şan a été également commémorée sur sa tombe à Amed en présence de nombreuses femmes, militantes féministes et des proches d’Ayse San.

La municipalité métropolitaine d’Amed, l’association Ma Music, L’association féminine des arts et de la littérature (KASED), le conservatoire Aram Tîgran et l’association culturelle et artistique Dicle ont commémoré l’artiste kurde Ayşe Şan sur sa tombe.
Lors de la cérémonie commémorative au bord de sa tombe, Zeynep Yaş, cheffe du département de la Culture et des Affaires sociales de la municipalité métropolitaine d’Amed, a déclaré : « On souhaitait depuis des années qu’Ayşe Şan soit commémorée ici ; c’était son souhait et celui de tous. » 
Murat Kersen, le fils d’Ayşe Şan, prit ensuite la parole : « Après 29 ans, nous avons ramené ma mère dans son pays natal. C’était un peu tard, mais les circonstances l’exigeaient. Je confie ma mère à son peuple ; c’est ce qu’elle aurait souhaité. Je suis très heureux ; que ma mère repose en paix. »
 
La femme politique Yüksel Avşar, qui a déclaré que le dernier souhait d’Ayşe Şan avait été exaucé en ramenant sa dépouille à Amed, a dit : « J’en suis très heureuse. Pendant quatre ans et demi, j’ai œuvré pour que le corps d’Ayşe Şan soit rapatrié dans sa ville natale. Puisse ce retour ici être un symbole de paix, de liberté et de fraternité dans les quatre régions du Kurdistan. »
Evin Dulek, membre du groupe Ma Music, a déclaré : « Ayşe Şan est l’une des figures emblématiques qui ont marqué l’histoire. Elle est entrée dans la légende comme une artiste immortelle. Nous nous efforçons de perpétuer son héritage. »
Ayse San

Ayşe Şan (Eyşe Şan), reine de la musique kurde ayant subi la double oppression (le patriarcat et le colonialisme) en tant que femme et kurde, nous a quitté le 18 décembre 1996 à l’âge de 58 ans.
 
Née à Diyarbakır (Amed), Eyşe  est considérée comme l’une des plus grands chanteurs de la musique kurde contemporaine.
 
Le père d’Eyşe était un dengbêj (conteur kurde traditionnel). Eyşe commence à chanter à soirées de chant traditionnels, puis, à partir de 1958, malgré l’opposition de sa famille, a se produire en public.
 
Après une tentative infructueuse de mariage, qui lui avait été imposé, elle s’est installée à Antep (Dilok), où elle a commencé à enregistrer des chansons turques pour la radio locale, chanter en kurde étant alors interdit. Puis, elle est partie à Istanbul, où elle enregistre son premier album en langue kurde en 1963. La première chanson qui contribue à sa notoriété est Ez Xezalım [Je suis une gazelle]. En 1972, suite à des tracas administratifs, elle s’est installée en Allemagne. Une de ses chansons les plus connues, Qederê [Oh le destin], est écrite après la mort de sa fille de 18 mois.
 
En 1979, elle s’est rendue au Kurdistan irakien, où elle a rencontré de nombreux musiciens et chanteurs kurdes telles que Mihemed Arif Cizîrî, Îsa Berwarî, et Tahsin Taha. Le morceau d’Arif Cizîrî, Eysana Elî, lui est dédiée. À partir de années 1980, elle s’est installée à Izmir. Dans les années 1990, elle écrit en réaction à l’oppression des Kurdes des chansons telles que Werin pêsmerge [Venez les combattants kurdes]. Elle a écrit également des chansons sur la condition des femmes telles que Derdê hewîyê [Chagrin de polygamie] ou encore Hey wax dayê [Ô mère]. tout sa vie, elle a dû faire face à la double oppression (le patriarcat et le colonialisme).
 
Ayse San est décédée d’un cancer à Izmir le 18 décembre 1996, laissant derrière elle un précieux et magnifique héritage artistique pour les générations futures. Elle avait exprimé comme dernière volonté d’être enterrée à Amed. Ce souhait a été exaucé cet été, 29 ans après sa mort.

TURQUIE. Un boxeur menacé de mort à cause du mot « Kurdistan »

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TURQUIE – Récemment, lors d’une compétition de boxe à Ankara, un camarade d’un boxeur victorieux du Rojhilat a crié « Shîri Kurdistan » (Lion du Kurdistan) sur le ring au moment des remises des médailles. Le speaker turc l’a immédiatement menacé de mort. Lors d’un événement de combat organisé à Ankara, Zanko Samadi, un Kurde de Rojhilat (Kurdistan oriental), a vaincu son adversaire Nazir Gafuri. Lorsqu’un proche de Samedi a crié « Shîri Kurdistan » (Lion du Kurdistan), le présentateur Tarık Sayın l’a coupé en lui disant: « Chut ! Chut ! Chut ! Qu’on n’entende pas ce que tu as dit. Nous allons t’arracher la cervelle et t’enterrer ici. On te donnera bientôt un linceul, sache-le. Vas-y dégages maintenant. »   Les camarades de Samadi ne comprenaient pas ce qui se passait. On peut également entendre des proches de Samadi se faire insulter dans la vidéo de l’événement.

MONTPELIER. Marche vérité et justice pour les martyrs kurdes de Paris

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MONTPELIER – Ce samedi 20 décembre, les Kurdes de Montpelier et leurs ami·es manifesteront* pour demander vérité et justice pour les militant·es kurdes assassiné·es à Paris en 2013 et 2022. RDV Le samedi 20 Décembre 2025, à 15h / Départ : Jardin du Peyrou * La manifestation honorera la mémoire de Sakine Cansız, cofondatrice du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), de Fidan Doğan, représentante du KNK (Congrès national du Kurdistan) à Paris, et de Leyla Şaylemez, membre du Mouvement de la jeunesse kurde, assassinés à Paris le 9 janvier 2013, ainsi que d’Evîn Goyî, membre du conseil exécutif du KCK (Union des communautés du Kurdistan), de l’artiste kurde Mir Perwer et de l’activiste Abdurrahman Kızıl, assassinés devant le siège du Conseil Démocratique Kurde en France (CDK-F) et du centre culturel kurde Ahmet Kaya à Paris le 23 décembre 2022.

SYRIE. La Turquie accusée de saboter l’accord du 10 mars

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SYRIE / ROJAVA – La Turquie œuvre à saboter l’accord du 10 mars conclu entre les autorités arabo-kurdes du Rojava et Damas, rappelle l’écrivaine syrienne Mays Kraydi citée par l’agence ANHA.
L’écrivaine politique syrienne Mays Kraydi
Une écrivaine syrienne estime que l’ingérence croissante de la Turquie dans les affaires syriennes vise à étendre son influence et à entraver tout dialogue interne en Syrie. Elle considère que la position de la Turquie concernant l’Accord du 10 mars s’inscrit dans une stratégie plus large visant à priver l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie et les Forces démocratiques syriennes (FDS) de leur statut spécial, tout en instrumentalisant le gouvernement de transition pour servir ses intérêts régionaux. L’écrivaine politique syrienne Mays Kraydi a évoqué l’évolution de la scène politique syrienne après la chute du régime baasiste et le rôle croissant de la Turquie dans l’ingérence directe dans les négociations entre les parties syriennes, notamment sur les dossiers politiques et sécuritaires sensibles. Elle a soutenu que la Turquie poursuit la mise en œuvre de son projet expansionniste en Syrie, s’appuyant sur son occupation des villes et des régions syriennes, et cherchant à étendre son influence vers d’autres zones, atteignant la côte en raison de son importance stratégique et économique, notamment en ce qui concerne les ports et les voies énergétiques. Kraydi a expliqué que la Turquie suit une politique de procrastination et exploite les accords principalement pour gagner du temps, dans le cadre d’un mécanisme visant à réhabiliter le gouvernement de transition en Syrie, en prélude à un projet plus vaste qui s’inscrit dans un contexte de changements régionaux et internationaux. Elle a souligné que la Turquie fait obstacle à toute voie qui limite ses politiques expansionnistes ou freine son influence. Elle a fait remarquer que la Turquie considère la Syrie comme un champ d’influence régionale et cherche, par son intermédiaire, à assurer une position avancée à son projet d’islam politique, soulignant que les politiques d’Ankara découlent du programme du Parti de la justice et du développement plutôt que des intérêts des Syriens. Kraydi a souligné que la Turquie s’emploie à démanteler progressivement les structures politiques et militaires des composantes syriennes et cherche à vider de sa substance tout projet national d’envergure. Elle a déclaré : « Les Forces démocratiques syriennes figurent parmi les principales cibles de ce plan, car Ankara ne reconnaît l’existence d’aucune composante syrienne indépendante et instrumentalise les factions affiliées à Hayat Tahrir al-Sham pour mettre en œuvre son agenda. » Elle a souligné que s’opposer au projet turc exige la cristallisation d’une position nationale syrienne qui protège la diversité des composantes et rejette l’instrumentalisation des accords internationaux pour imposer des modèles de gouvernance unilatéraux servant des intérêts extérieurs. Elle a affirmé que l’adhésion au principe de partenariat et de fédéralisme politique constitue une garantie fondamentale de stabilité. Kraydi a indiqué que le gouvernement de transition, tant sur le plan idéologique que pratique, constitue un outil entre les mains d’Ankara pour mettre en œuvre ses plans en Syrie, dans le cadre de ses efforts pour combler tout vide régional potentiel et faire revivre son projet ottoman sous une nouvelle forme. Concernant les déclarations répétées et la gestion par les responsables turcs de l’accord du 10 mars, et les pressions exercées pour intégrer les Forces démocratiques syriennes aux forces du gouvernement de transition, elle a confirmé que leur essence est « le désarmement des Forces démocratiques syriennes en faveur de Hayat Tahrir al-Sham ». Depuis le 10 mars dernier, l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) s’efforce de mettre en œuvre l’accord conclu entre les Forces démocratiques syriennes et le gouvernement de transition. Cependant, les négociations entre les deux parties sont au point mort, et de nombreuses dispositions de l’accord restent suspendues.  Les observateurs estiment que cela est dû, d’une part, à la procrastination et à l’esquive du gouvernement de transition, et d’autre part, à des ingérences extérieures. (ANHA)

TURQUIE. Une avocate kurde condamnée à six ans de prison

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TURQUIE / KURDISTAN – Un tribunal turc a condamné mercredi l’avocate kurde et défenseure des droits humains Suna Bilgin à plus de six ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste » a rapporté l’agence de presse Mezopotamya (MA).
 
Le 1er tribunal pénal de Tunceli a reconnu Bilgin coupable d’appartenance à une organisation terroriste, faisant référence au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
 
Pour sa défense, Bilgin a plaidé qu’elle avait été jugée pendant près de dix ans pour sa participation à des manifestations et événements publics pacifiques en faveur des droits humains, et a affirmé que les témoignages à charge étaient inexacts. Ses avocats ont insisté sur le caractère non violent et fondé sur les droits de l’homme de ses activités, ajoutant qu’il était inacceptable de la condamner comme membre du PKK sur la base d’un seul témoignage.
 
Fondé à la fin des années 1970 par Abdullah Öcalan, le PKK mène une insurrection armée contre l’État turc depuis 1984. (…) Öcalan purge une peine de prison à perpétuité en Turquie depuis 1999.
 
En mai, le PKK a annoncé qu’il déposerait les armes afin de mener une lutte démocratique pour défendre les droits de la minorité kurde, conformément à l’appel d’Öcalan. Le Parlement turc a créé en août une commission parlementaire spéciale chargée de superviser les efforts de paix.
 
Bilgin a été arrêtée le 7 novembre à Istanbul à son retour de Suisse, où elle résidait depuis une précédente condamnation en avril 2018, assortie d’une peine de prison équivalente, pour sa participation à des manifestations en sa qualité de secrétaire de la section de Dersim (Tunceli) de l’Association des droits de l’homme (İHD). Ces manifestations protestaient contre le massacre d’Uludere/Roboski en 2011, au cours duquel 34 villageois avaient été tués lors d’un bombardement aérien turc, et contre le meurtre de trois femmes kurdes à Paris en 2013.
 
Avant 2018, Bilgin était l’une des avocats d’Öcalan.
 
L’utilisation par la Turquie des lois antiterroristes contre les défenseurs des droits de l’homme, les avocats et les figures de l’opposition a suscité des critiques soutenues de la part d’organismes internationaux, notamment les Nations Unies, l’ Union européenne et le Conseil de l’Europe, qui ont tous exhorté Ankara à mettre fin aux violations des normes internationales relatives aux droits huamins et à rétablir les principales garanties juridiques. (Stockholm Center for Freedom)

SYRIE. Les gangs de la Turquie enseignent l’idéologie de l’EI aux enfants

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SYRIE / ROJAVA – Le site kurde LEKOLIN* signale que les mercenaires sous commandement de la Turquie occupant Manbij inculquent aux enfants l’idéologie du groupe terroriste EI au sein des écoles coraniques ouvertes dans la région.
Voici ce qu’écrit LEKOLIN sur ces « fameuses » écoles islamiques :
 
Des enfants en Syrie sont endoctrinés à l’idéologie de l’État islamique
 
Suite à la prise de Manbij par les groupes de l’Armée nationale syrienne (ANS) affiliés à l’État turc, le gouvernement intérimaire de Damas a nommé Haşim Ebu Cabir, un ancien dirigeant du Front al-Nosra, à la tête de la région de Manbij. Dès sa prise de fonctions, Ebu Cabir a ouvert des écoles où était dispensé un enseignement religieux.
 
Il a été établi que l’idéologie de l’EI est enseignée dans ces écoles, qui sont censées dispenser un enseignement religieux islamique. De nombreux enseignants nommés par Ebu Cabir sont placés sous sa supervision personnelle.
 
L’une de ces écoles est l’école Gazi el-Azza, située dans la ville d’Abu Qelqel, dans la campagne de Manbij. Selon les informations recueillies, plus de 100 enfants âgés de 7 à 16 ans y sont endoctrinés selon l’idéologie de l’État islamique.
 
Les enseignants sont personnellement sélectionnés par Ebu Cabir au sein du ministère de la Charia affilié au gouvernement de Damas.
 
Un autre établissement où l’idéologie de l’EI est activement enseignée est l’école El-İman, située rue Alep, en plein centre de Manbij. Il semblerait que des filles y soient également scolarisées. Leur enseignement est assuré par des femmes ayant elles-mêmes reçu une éducation conforme à l’idéologie de l’EI à Raqqa.
Qui est Hashim Abu Jaber ?
 
Hashim al-Sheikh Abu Jaber est né en 1968 dans le district de Maskanah, dans le gouvernorat d’Alep. Il a étudié le génie mécanique à Alep, mené des recherches scientifiques et s’est également engagé activement dans la promotion de l’islam radical. Il a combattu les forces américaines entrées en Irak le 20 mars 2003, dans le cadre de l’« Opération Liberté irakienne ». En 2005, à son retour, il a été arrêté par plusieurs services de sécurité syriens, puis transféré à la prison de Sednaya, où il a été condamné à huit ans de prison.
 
Immédiatement après sa libération, il a rejoint l’Armée syrienne libre et fondé la brigade Musab ibn Umair dans la ville de Maskanah. Abou Jaber a brièvement occupé le poste de chef général nominal de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) en 2017, avant de céder le commandement à Julani la même année et de se consacrer par la suite principalement à un rôle consultatif au sein du conseil de la Choura.
  *LEKOLIN – Centre d’études stratégiques du Kurdistan

SYRIE. Une Kurde torturée et tuée à Afrin

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SYRIE / ROJAVA – Dans le canton kurde d’Afrin contrôlé par des gangs de la Turquie, une jeune femme nommée Şêrîn Nûrî Oso a été torturée et assassinée.

Dans le village d’Ashkan, dans le district de Cindirês à Afrin, contrôlé par des forces paramilitaires soutenues par la Turquie, Şêrîn Nûrî Oso, âgée de 19 ans, a été torturée puis abattue par sa belle famille. Şêrîn Nûrî Oso était mariée depuis 3 ans.

Depuis l’invasion d’Afrin en mars 2018, les mercenaires sous commandement turc y ont commis d’innombrables crimes de guerre et crimes contre l’humanité, dont une bonne partie a été documenté par les organisations internationales, malgré cela, la Turquie jouie de l’impunité totale.

TURQUIE. La fille de Taybet Inan : « L’État ne reconnaît jamais les massacres qu’il commet »

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TURQUIE / KURDISTAN – Şaristan Algan, la fille de Taybet İnan, assassinée par l’armée turque devant sa maison à Silopi et dont le corps est resté dans la rue pendant 7 jours, devenant un symbole de la brutalité infligée au peuple kurde, a déclaré : « Nous n’oublierons pas, même 100 ans après, pas seulement 10. »  Dix ans se sont écoulés depuis l’instauration du couvre-feu militaire imposé dans le district de Silopi, à Şırnak, le 14 décembre 2015. Ce couvre-feu a duré 38 jours durant lesquels les forces turques ont exécuté de nombreux civils kurdes, dont des femmes et des enfants. Depuis, aucun des soldats et policiers impliqués dans les meurtres n’a été poursuivi. Taybet İnan, âgée de 57 ans, a perdu la vie pendant le couvre-feu à Silopi. Le 19 décembre 2015, elle a été assassinée devant son domicile par des policiers des forces spéciales, qui l’ont abattue de dix balles. Ses proches n’ont pas été autorisés à récupérer son corps pendant sept jours. Son beau-frère, Yusuf İnan, qui a tenté de lui porter secours, a également été tué par balle dans la cour de leur maison. De même, le mari de Taybet İnan, Halit İnan, fut blessé par balle par la police alors qu’il tentait de récupérer le corps. Le fait que le corps de Taybet İnan soit resté dans la rue pendant des jours devint un symbole de la brutalité infligée aux habitants de la ville à cette époque, un symbole de la barbarie perpétrée contre toute une population. Seuls ses deux fils et son frère furent autorisés à assister à ses funérailles. Suite à l’incident, une enquête a été ouverte par le parquet de Silopi. Cependant, aucune avancée n’a été constatée. La famille İnan a saisi la Cour constitutionnelle turque (AYM) le 1er janvier 2021, invoquant des violations du « droit à la vie », du « droit à un procès équitable », de l’« interdiction de la torture et des mauvais traitements », de l’« obligation de mener une enquête effective » et du « principe de respect de la vie privée ». Le 24 septembre 2025, l’AYM a rejeté la requête concernant les violations du « droit à la vie », du « droit à un procès équitable », de l’« interdiction de la torture et des mauvais traitements » et de l’« obligation de mener une enquête effective » au motif de la « prescription ». Les avocats de la famille poursuivent leurs préparatifs en vue d’un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Ce recours devrait être déposé le 19 décembre, date anniversaire du meurtre de Taybet İnan. Dix ans après sa mort, Taybet İnan (Taybet Ana, ou Mère Taybet) n’a pas été oubliée. Chaque année, un hommage lui est rendu sur le lieu de son assassinat et sur sa tombe. Cette année, un nouvel hommage lui sera rendu demain, le 19 décembre, à 13 heures, au même endroit. Le calvaire de Taybet İnan est le reflet des souffrances endurées par le peuple kurde durant les cinquante années de conflit. En novembre 1993, dix enfants, dont Botan (4 ans) et Esmer (10 ans), les enfants de Taybet İnan, ainsi que trois neveux, dont l’aîné avait 11 ans, périrent dans l’explosion d’une mine au cœur de Silopi. Taybet İnan ramassa de ses propres mains les membres mutilés de ses enfants assassinés. Après le massacre, le père, Halit İnan, qui s’était rendu au commissariat pour s’enquérir du sort de ses enfants, fut arrêté et emprisonné pendant quatre ans. Les dépouilles des enfants tués furent enterrées dans une fosse commune, et aucune enquête ne fut menée. Les responsables de la sécurité de l’époque affirmèrent que sept des enfants, dont l’aîné avait 11 ans, étaient morts lors de la préparation d’une opération à leur encontre. Taybet İnan a changé le nom de sa fille, née trois mois avant le massacre et initialement prénommée Sozdar, en Hezne (par chagrin). Hezne İnan, confrontée à l’oppression et au déni de son identité kurde, s’est réfugiée dans les montagnes en 2008, rejoignant le mouvement de libération kurde et reprenant le nom de Sozdar. Hezne İnan (Sozdar Şerger) figurait parmi les 177 personnes brûlées vives dans les « sous-sols de la torture » ​​lors du couvre-feu instauré à Cizîr (Cizre) le 14 décembre 2015, qui a fait 288 victimes. La fille de Taybet İnan, Şaristan Algan (41 ans), a raconté à l’agence Mezopotamya (MA) ce qu’elle a vécu au cours des 10 dernières années. Sharistan Algan, qui a déclaré avoir grandi dans la souffrance, a dit : « J’ai 41 ans et nous n’avons jamais connu un seul jour de répit. Nous avons toujours grandi dans la souffrance. Ma mère a enduré les pires souffrances. Elle me disait toujours : « Si je te racontais la douleur que j’ai vécue, tu n’aurais plus un seul cheveu. Aucun livre ne suffirait à tout te dire. » Ma mère se voyait toujours jeune, elle refusait de vieillir. Elle était toujours en quête de quelque chose. Elle était très altruiste et dévouée à son combat. Elle ne se voyait pas seulement comme notre mère. Elle disait : « Je suis la mère de tous les enfants qui luttent. » Si les mains des jeunes qu’elle appelait ses enfants avaient été coupées pendant les couvre-feux, elle n’y aurait pas laissé sa vie, mais sa conscience l’en empêchait. »  Se souvenant que sa mère avait perdu deux enfants dans l’explosion d’une mine en 1993, qui avait coûté la vie à sept enfants, Şaristan Algan a déclaré : « Deux des sept enfants étaient ceux de ma mère, trois étaient ses neveux et nièces, et les deux autres étaient les enfants du voisin. Aujourd’hui, les sept enfants reposent dans la même fosse commune. Ma mère a recueilli leurs dépouilles mutilées de ses propres mains. Bien que l’État nie toute implication, nous savons que c’est lui qui a perpétré ce massacre. L’une des filles de ma mère (Hezne İnan) a elle aussi rejoint la lutte contre l’oppression. Elle a péri brûlée vive dans le sous-sol. Ma mère avait fait une promesse à sa fille et à ses amis, et elle l’a tenue jusqu’à son dernier souffle. Nous aussi, nous perpétuons la promesse de notre mère. Nous poursuivrons son combat jusqu’au bout. »  En réaction au rejet par la Cour constitutionnelle de la requête de la famille concernant le meurtre de Taybet İnan, Şaristan Algan a déclaré : « L’État ne reconnaît jamais les massacres qu’il commet. Nous irons jusqu’au bout dans cette affaire. Nous irons partout où cela sera nécessaire jusqu’à ce que les assassins soient retrouvés. » Évoquant le processus de paix et de société démocratique initié par le leader du peuple kurde Abdullah Öcalan, Şaristan Algan a poursuivi : « Nous avons toujours aspiré à la paix et nous continuerons de la réclamer. L’État n’a pas pu et ne peut pas éliminer le peuple kurde par le massacre. Aujourd’hui, la table des négociations est ouverte. Il est tenu d’écouter les revendications des Kurdes. Les Kurdes ont payé un lourd tribut et ne renonceront pas à leur combat. Il n’y a d’autre issue que la paix. Nous remercions tout le peuple kurde qui n’a pas oublié ma mère. Même si cent ans s’écoulent, et non seulement dix, nous n’oublierons pas et nous ne laisserons pas son souvenir tomber dans l’oubli. Les Kurdes doivent être unis partout. Si nous ne sommes pas unis, nous périrons un à un. » (Mezopotamya)

TURQUIE. Torture d’un otage originaire du Rojava

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TURQUIE / KURDISTAN – Des images montrant le moment où l’otage originaire de Manbij, Omer Cuma Salih a été battu par des gardiens ont été diffusées par l’agence kurde Mezopotamya. On y voit des ecchymoses et un gonflement sur le visage de Salıh après l’incident qui a eu lieu en juillet dernier. Un rapport d’expert avait conclut à des « mauvais traitements ».
 
Des images ont fait surface montrant la torture du détenu Omer Cuma Salıh, originaire de Manbij, dans le nord-est de la Syrie, par des gardiens lors d’une fouille effectuée le 7 juillet à la prison n° 2 d’Elazığ. La vidéo de 14 minutes et 6 secondes, filmée pendant une fouille menée par les gardiens sous prétexte de chercher un message qui serait envoyé via un ballon jeté dans la cour de la prison, montre le chef des gardiens entrer dans la cellule et proférer des menaces : « Quand je trouverai (la boussole), tu ne pourras pas ranger [cette cellule] pendant un mois, et je vous ferai tous expulser. » La vidéo montre également les gardiens participant à la fouille saccager la cellule, donnant des coups de pied et jetant des affaires, endommageant les lits, cassant une table et dispersant des médicaments. Malgré les réponses des détenus affirmant qu’il n’y avait pas de boussole lorsqu’on leur demande « Où est la boussole [message] ? », on entend les gardiens insister sur le sujet, prétendant que la boussole venait d’arriver.
 
Les images montrent des gardiens emmenant Salih sur la mezzanine de sa cellule afin d’éviter que la torture ne soit filmée. On entend le chef des gardiens le frapper, ainsi que les cris de Salih : « Ne me frappez pas ! » Pour empêcher l’enregistrement des cris et des souffrances, le chef des gardiens serre Salih dans ses bras, et l’équipe de tournage semble tenter de détourner la caméra des prisonniers. Si le visage de Salih ne présente aucune trace de blessure au début de la vidéo, il apparaît tuméfié et meurtri à la fin. Les images montrent également le chef des gardiens frapper Salih à la poitrine en quittant la cellule, ce qui incite l’équipe de tournage à détourner la caméra.
 
Le rapport d’expertise demandé par le parquet d’Elazığ concernant l’incident indique également que Salih a subi des mauvais traitements. Ce rapport, établi le 28 juillet, précise : « Lors de la fouille, un gardien de prison a crié : ‘Ne mens pas !’ ; le chef a déclaré : ‘Donne-moi la boussole, sinon tu n’auras pas fini de ranger cet endroit en un mois (…)’ »
Le rapport indique qu’à 5 minutes et 38 secondes de l’enregistrement, alors que la caméra filmait à l’étage, Omer Cuma Salıh, qui se trouvait au rez-de-chaussée, a prononcé des paroles inintelligibles, du type : « Oh, ne me frappez pas ! » Le rapport note qu’à 9 minutes et 30 secondes de l’enregistrement, alors que la caméra filmait au rez-de-chaussée, on a entendu Omer Cuma Salıh, qui se trouvait à l’étage (mezzanine), crier de douleur. Il précise ensuite que ses paroles suivantes étaient inaudibles et semblaient lui couvrir la bouche. À ce moment-là, le responsable aurait dit « Chut ! », et certains agents pénitentiaires au rez-de-chaussée ont regardé vers l’étage. Le rapport conclut : « Il a été établi que, bien que la caméra ait filmé le rez-de-chaussée et non l’étage, les sons entendus suggèrent qu’Omer Cuma Salıh a subi des mauvais traitements. »
 
 
Dans sa déposition au parquet d’Elazığ le 16 décembre, Salih a expliqué que le jour de l’incident, lui et trois autres détenus s’étaient rendus dans la zone de promenade lorsqu’un ballon est arrivé d’une provenance inconnue. Il a déclaré que des gardiens étaient venus les voir et leur avaient dit qu’un message avait été envoyé avec le ballon ; ils voulaient savoir de quoi il s’agissait et le leur remettre. Salih a affirmé : « Je leur ai dit que le ballon était arrivé d’une manière inconnue, qu’il ne contenait aucun message, qu’il était au sol et qu’ils devaient l’examiner. Quinze gardiens sont alors venus dans ma cellule et l’ont fouillée minutieusement. »
 
Dans sa déposition, Salih a déclaré avoir été conduit à la mezzanine du quartier, qu’il a décrit comme un dortoir, par le surveillant-chef. Il a raconté que ce dernier, accompagné de six ou sept autres gardiens, l’avait frappé à la jambe avec un manche à balai, l’avait giflé à deux ou trois reprises et lui avait serré la mâchoire. Il a précisé que du sang coulait de sa bouche, tant la mâchoire avait été serrée violemment. Salih a affirmé que les autres ne l’avaient pas frappé, mais qu’ils l’avaient maintenu pendant les coups. Il a ajouté : « Le surveillant-chef est alors descendu et nous a menacés : “Si vous en parlez à qui que ce soit, et que vos camarades l’apprennent, nous reviendrons.” »
Dans sa déclaration, Salih s’est plaint du chef des gardiens qui l’a torturé.

TURQUIE. Mort d’un otage kurde malade

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TURQUIE / KURDISTAN – Sezai Aksu, un prisonnier kurde de 42 ans atteint d’un cancer est décédé quelques temps après avoir été hospitalisé à Van des suites de l’aggravation de son état. La famille d’Aksu a récupéré le corps qui sera inhumé au cimetière de Bajerge, dans le district de Gever, à Colemêrg (Hakkari).