« Les Kurdes résistent, comme leur langue »

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«La cause kurde ne se limite pas au combat armé. Elle est aussi politique, culturelle et sociale.» Ihsan Kurt rend compte d’une conférence sur la question kurde organisée samedi dernier à Lausanne.
A l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, célébrée chaque 21 février sous l’égide de l’Unesco, une conférence consacrée à la question kurde s’est tenue à Lausanne. Intitulée «Les Kurdes: langue, culture, identité: une histoire de la résistance», la rencontre a proposé un déplacement salutaire du regard: dépasser les grilles d’analyse strictement militaires et géopolitiques pour interroger la profondeur culturelle, sociale et historique d’un combat trop souvent réduit aux images de guerre. En ouverture, une citation du poète mexicain Octavio Paz « Chaque langue est une vision du monde » a servi de fil conducteur aux échanges. Car évoquer la langue kurde ne consiste pas seulement à parler d’un idiome minoritaire du Moyen-Orient. C’est convoquer un univers symbolique, une mémoire collective, des chants, des récits et des blessures transmis de génération en génération. L’écrivain et romancier Mehmed Uzun, figure majeure de la littérature kurde contemporaine, résumait cette dimension existentielle par une formule rappelée lors de la soirée: «Ecrire en kurde est pour moi un acte d’existence.» Exilé pendant vingt-huit ans en Suède, il faisait de la langue non seulement un outil littéraire, mais un acte de résistance. Pour un peuple estimé à plus de 40 millions de personnes, réparties entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie, et fort d’une diaspora de plusieurs millions d’individus en Europe, la question linguistique demeure indissociable de celle de la reconnaissance politique. Le linguiste Salih Akin, professeur à l’Université de Rouen, a dressé un état des lieux précis de la situation du kurde dans ces différents Etats. Il a rappelé les politiques d’assimilation qui ont longtemps visé la langue, en particulier en Turquie où, malgré certaines évolutions, l’enseignement public en kurde reste extrêmement limité après des décennies d’interdiction. Dans ce contexte, parler sa langue, l’enseigner, la publier ou la normaliser relève à la fois d’un acte culturel et d’un geste politique. Kendal Nezan, directeur de l’Institut kurde de Paris, a illustré cette dynamique par la présentation du plus important dictionnaire français-kurde, fort de 85 000 entrées, publié sous sa direction. Au-delà de l’outil lexicographique, c’est la preuve d’une langue structurée, riche et capable de se projeter dans la modernité.  
La seconde partie de la conférence a élargi la perspective en inscrivant ces enjeux dans une profondeur historique. L’historien Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’EHESS, a retracé l’histoire des Kurdes de l’Antiquité à nos jours, soulignant la singularité d’un peuple sans Etat-nation constitué. Comprendre la question kurde contemporaine suppose, selon lui, de prendre en compte les grandes transformations idéologiques et politiques du Moyen-Orient aux XXe et XXIe siècles, marquées par les nationalismes arabes, les courants islamistes sunnites et les logiques de répression étatique. Impossible également d’ignorer la situation des Kurdes de Syrie et l’expérience du Rojava, dans le nord-est syrien. Depuis 2013, cette administration autonome a été en première ligne face à l’organisation Etat islamique, avant de se retrouver fragilisée par les recompositions régionales et les désengagements occidentaux. Elle tente néanmoins d’articuler autonomie locale, pluralisme ethnique et démocratie participative, dans un environnement marqué par les pressions du pouvoir central syrien, les offensives de groupes djihadistes proches d’Ankara et les rivalités régionales. Les débats ont également évoqué les soutiens extérieurs à certaines forces hostiles à cette expérience, ainsi que les priorités stratégiques des puissances occidentales, davantage centrées sur l’équilibre régional et la confrontation avec l’Iran que sur la consolidation d’alternatives démocratiques locales. Pour autant, les intervenants ont insisté sur un point central: la cause kurde ne se limite pas au combat armé. Elle est aussi politique, culturelle et sociale. Dès les années 1950, le leader kurde irakien Mustafa Barzani formulait une revendication qui conserve aujourd’hui toute son actualité: «L’autonomie pour le Kurdistan, la démocratie pour l’Irak.» Si la région autonome du Kurdistan irakien dispose désormais d’institutions propres, elle reste soumise à de fortes pressions, entre Bagdad, Ankara et Téhéran. Au terme de la soirée, en replaçant la langue au cœur de la réflexion, la conférence a rappelé que la question kurde dépasse les enjeux territoriaux. Défendre une langue, c’est affirmer une vision du monde et revendiquer une place dans l’histoire. La résistance kurde, dans toutes ses dimensions, porte ainsi une exigence plus large: celle de la pluralité et de la démocratie dans une région longtemps marquée par les violences et les régimes autoritaires.
Ihsan Kurt est président d’AFKIV (Association pour la promotion du Fonds kurde Ismet Chérif Vanly), www.vanly.ch

Le fils de l’ancien Chah d’Iran dévoile sa haine des Kurdes

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IRAN / ROJHILAT – Récemment, Reza Pahlavi, fils du dernier Chah d’Iran qui est exilé en Occident, a déversé sa haine contre les Kurdes d’Iran après que ces derniers aient formé une alliance pour défendre les droits des Kurdes. Certains Kurdes lui sont reconnaissants d’avoir dévoilé sa kurdophobie avant même qu’il ait mis les pieds en Iran. L’un d’eux écrit : Honnêtement, nous devrions être reconnaissants qu’il ait clarifié sa position avant que les événements en Iran ne se produisent ; nous pouvons maintenant nous positionner en conséquence. Ce qu’a fait Reza, c’est tenter de se forger une position d’homme fort, signalant qu’il ne permettrait pas à des acteurs non étatiques d’exister en Iran, dans le but de rallier des sentiments nationalistes à travers le pays et sa diaspora. Ce qui suit généralement est une déclaration soulignant son amour pour le peuple kurde et affirmant qu’il fait partie intégrante de l’Iran. C’est la même stratégie que celle utilisée par Jolani (Sharaa) en Syrie. Dans les deux cas, cela s’est retourné contre eux de façon spectaculaire, même s’ils n’y croient pas eux-mêmes, car ils sont entourés de personnes qui les glorifient au lieu de leur apporter les critiques nécessaires. (Scharo Maroof)

SYRIE. A quoi jouent les USA avec les Kurdes ?

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SYRIE / ROJAVA – L’envoyé spécial des Etats-Unis au Moyen-Orient, Tom Barracks tente de ramener les Kurdes du Rojava dans les efforts de la coalition en tant que principale force militaire combattant l’État islamique, mais sous le nom du gouvernement syrien.
 
En substance, Barrack demande aux Kurdes de Syrie de continuer à sacrifier leurs soldats pour sauver le gouvernement syrien et les intérêts américains en Syrie de la résurgence imminente de l’État islamique, même si ce dernier ne fera que déstabiliser la région en menant des activités terroristes.
 
Les opérations antiterroristes relèvent de la responsabilité du gouvernement centralisé de Damas. Le gouvernement syrien a clairement déclaré être capable de mener à bien la mission visant à vaincre Daech ; par conséquent, je pense que les forces militaires kurdes ne devraient pas s’y impliquer. (via Scharo Maroof)

Déclaration finale de la conférence « La Turquie et les Kurdes »

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EUROPE – La conférence de l’EUTCC intitulée « Dialogue entre la Turquie et les Kurdes : paix, réconciliation et démocratie » appelle, dans sa déclaration finale, à « la liberté d’Abdullah Öcalan afin qu’il puisse pleinement assumer son rôle de chef de file dans ce processus ». Une conférence intitulée « Dialogue entre la Turquie et les Kurdes : paix, réconciliation et démocratie », organisée par la Commission civique UE-Turquie (EUTCC) et l’eurodéputée Evin Incir, s’est tenue mercredi. L’EUTCC a ensuite publié sa déclaration finale au Parlement européen. Parmi les intervenants figuraient, outre Evin Incir, le Dr Dersim Dağdeviren, membre du conseil d’administration de l’EUTCC, les eurodéputés Andreas Schieder, Leoluca Orlando, Per Clausen et Thijs Reuten, l’eurodéputé démocrate Mithat Sancar et le chercheur Ayhan Işık. Le processus de dialogue en cours entre la Turquie et le Kurdistan du Nord, ainsi que la situation instable au Rojava, ont été des sujets de débat. La déclaration finale de la conférence sur les Kurdes et la Turquie est la suivante : « La Commission civique UE-Turquie (EUTCC) a organisé une table ronde le 25 février 2026 au Parlement européen à Bruxelles, animée par le député européen Evin Incir, de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen. » Cette table ronde, intitulée « Dialogue entre la Turquie et les Kurdes : paix, réconciliation et démocratie », s’est tenue à un moment historique, alors que des mesures importantes étaient prises en vue d’une solution politique à la question kurde en Turquie, suite à l’appel à la paix et à une société démocratique lancé par Abdullah Öcalan le 27 février 2025. L’évolution de la situation en Syrie, et notamment les attaques des forces du Gouvernement fédéral de transition syrien contre le Rojava, revêtent également une importance cruciale dans ce contexte. Exigences claires des participants à la conférence Un processus régional pacifique et démocratique n’est possible qu’avec un large soutien. Par conséquent, nous exigeons • l’introduction immédiate de mesures juridiques et politiques pour faire avancer le processus • la libération d’Abdullah Öcalan afin qu’il puisse pleinement assumer son rôle de chef de file dans ce processus Nous appelons l’Union européenne et ses institutions, ainsi que le Conseil de l’Europe. • exercer une pression sur le gouvernement de transition syrien dans l’intérêt d’une Syrie pluraliste, afin que le statut du Rojava soit garanti et que le siège de Kobanê soit immédiatement levé. • d’assurer la mise en œuvre immédiate des décisions de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Abdullah Öcalan • utiliser tous les mécanismes pour renforcer le processus de résolution politique de la question kurde et, partant, la démocratisation de la Turquie et du Moyen-Orient • retirer le Parti des travailleurs du Kurdistan de la liste des organisations terroristes afin d’envoyer des signaux positifs en faveur du processus de dialogue. »
(ANF)

Des crimes de guerre ont été commis au Rojava

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SYRIE / ROJAVA – La délégation d’avocats affiliée à l’organisation MAF-DAT, qui a mené cette semaine une enquête sur les crimes de guerre commis contre le peuple kurde au Rojava, a publié une déclaration officielle. Dans cette déclaration, la délégation a souligné : « Les responsables de ces crimes doivent être tenus responsables devant les tribunaux internationaux. » Le 22 février, une délégation d’avocats affiliés à MAF-DAT, en provenance de plusieurs pays européens, est arrivée au Kurdistan du Rojava afin de documenter les violations commises pendant la guerre. La délégation a visité plusieurs institutions de défense des droits humains et institutions politiques et a rencontré des blessés de guerre ainsi que des témoins des événements. Après avoir terminé leurs investigations, ils ont tenu aujourd’hui une conférence de presse dans la ville d’Amuda, au cours de laquelle ils ont publié une déclaration publique. Lors de la conférence, Ögmundur Jónasson, membre de la délégation et ancien ministre de la Justice islandais, a déclaré : « Le peuple du Rojava lance un appel à la justice internationale. J’aborderai deux points, le premier concernant la situation politique. Chacun sait que Kobani est assiégée, et lorsque Kobani est assiégée, c’est le monde entier qui est assiégé, car Kobani et le Rojava incarnent la résistance. Kobani résiste pour les droits humains et la démocratie. » Il a poursuivi : « Nous sommes venus au Rojava pour rencontrer des représentants de l’Administration autonome et examiner la situation juridique sur place. Nous avons également rencontré de nombreux médecins et professionnels de divers domaines, ainsi que des avocats, et de nombreux témoins des événements. » L’avocate Rengin Ergül a également rendu hommage au combat du peuple du Rojava et a déclaré : « Dans le cadre de notre mission de terrain indépendante dans les régions du nord et de l’est de la Syrie, nous avons rencontré des victimes de guerre, des personnes déplacées, des civils blessés, des professionnels de la santé et des représentants des institutions compétentes. Ce travail est mené de manière indépendante et conformément aux normes du droit international, en tant que mission d’établissement des faits. » Elle a ajouté : « Aujourd’hui, j’aimerais partager notre évaluation selon cinq axes principaux. » Justice et droits Ergül a expliqué qu’ils partageraient leur rapport indépendant avec les mécanismes internationaux de défense des droits de l’homme et les organismes et institutions compétents. 1. Les crimes relevant du Statut de Rome Les documents recueillis nécessitent une évaluation approfondie, non seulement au regard du droit international des droits de l’homme, mais aussi au regard du droit pénal international. Les attaques contre des civils, l’usage indiscriminé de la force, la destruction d’infrastructures civiles et les violations des institutions de santé peuvent être qualifiés de crimes de guerre ou, lorsque les conditions sont réunies, de crimes contre l’humanité en vertu du Statut de Rome. L’évaluation juridique finale est sans aucun doute un processus long et complexe, mais notre mission est de documenter avec précision et objectivité, conformément aux normes internationales, les preuves indiquant ce niveau de violations. 2. Le silence de la communauté internationale Ce qui est le plus fortement ressenti sur le terrain, ce n’est pas seulement la destruction matérielle, mais aussi le silence de la communauté internationale. Les normes relatives aux droits de l’homme sont claires et contraignantes : la protection des civils, l’interdiction de la torture et la prévention des déplacements forcés sont autant de règles internationales générales. Toutefois, l’absence d’un mécanisme international efficace et durable pour enquêter sur les violations engendre un sentiment d’injustice chez les victimes. Le silence encourage l’impunité et renforce le sentiment d’un manque de responsabilité. 3. Manipulation des médias Nos observations sur le terrain indiquent que l’information en situation de conflit peut être largement exploitée pour manipuler l’opinion publique. Dissimuler la présence civile, brouiller la distinction entre cibles militaires et civiles, et parfois même accuser les victimes elles-mêmes sont des pratiques fréquentes. Par conséquent, la documentation indépendante doit être objective et précise, et s’appuyer sur de multiples témoignages, des dossiers médicaux et des preuves matérielles. Une évaluation exhaustive des témoignages est essentielle. 4. Impunité antérieure et responsabilisation des auteurs de ces actes Dans la mémoire collective de la communauté locale, il y a non seulement des violations actuelles, mais aussi de graves crimes passés pour lesquels justice n’a pas été rendue et dont les auteurs n’ont pas été tenus responsables. Si la justice n’est pas effectivement rendue dans les affaires de crimes graves, cela risque d’ancrer une culture de violations systématiques. En droit international, l’impunité ouvre la voie à de nouvelles infractions. Notre travail n’a pas pour but la vengeance, mais l’établissement d’une responsabilité légale fondée sur l’état de droit. La justice peut tarder, mais une documentation systématique est indispensable. 5. Un message selon lequel le peuple kurde n’est pas seul La dimension humanitaire de cette visite réside dans le fait que chaque victime rencontrée ne souhaite pas seulement raconter son histoire, mais aussi être entendue. La douleur et la souffrance du peuple kurde et de tous les civils de la région ne sauraient être ignorées. Les droits humains, sans discrimination fondée sur l’identité, appartiennent à tous. Nous sommes ici non seulement pour documenter les violations, mais aussi pour révéler la vérité : Dans le cadre de notre mandat, ces souffrances sont documentées. Ces témoignages sont en cours d’enregistrement. Ces dossiers ne seront pas clos. (ANHA)

Le double jeu de la Turquie dans le processus de paix et les pourparlers de Genève

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KURDISTAN – Les mouvements militaires turcs se poursuivent en territoire kurde d’Irak, soulevant des interrogations quant au sérieux des négociations et aux limites d’une solution politique. Parallèlement, l’attention se porte sur Genève, où se déroule le troisième cycle de négociations nucléaires indirectes entre Washington et Téhéran, dans un contexte de rhétorique de plus en plus tendue des États-Unis sous la présidence de Donald Trump et d’insistance de l’Iran sur ses droits nucléaires, conformément aux réglementations de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Les médias arabes ont évoqué ce matin la présence turque en territoire irakien dans le contexte du lancement du processus de paix et des efforts déployés pour construire une société démocratique, ainsi que du troisième cycle de négociations nucléaires indirectes entre Washington et Téhéran à Genève. Turquie et Parti des travailleurs du Kurdistan : la paix dans les discours, la machine militaire sur le terrain Le journal londonien Al-Arab a consacré un article à ce qu’il décrit comme la politique à deux vitesses de la Turquie, où le discours politique lié au processus de paix avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) progresse, tandis que les opérations militaires turques se poursuivent dans le sud du Kurdistan. Le journal a noté qu’Ankara, malgré les progrès du dialogue, continue d’étendre son emprise militaire en construisant de nouvelles routes et bases et en reliant ses positions dans les zones de Zap, Avashin et Metina par des réseaux logistiques étendus, ce qui témoigne des préparatifs d’une présence à long terme. Il a cité un rapport de l’« Équipe communautaire de consolidation de la paix » faisant état de la reprise des frappes aériennes après des mois de calme relatif et de l’extension d’une zone tampon destinée à sécuriser les mouvements militaires à l’écart des routes publiques. D’après le rapport, des centaines de villages ont été touchés par les opérations militaires, entraînant des déplacements de population totaux ou partiels, tandis que seuls quelques cas de retour ont été recensés. Ceci témoigne de la fragilité du cessez-le-feu et de la poursuite du renforcement militaire de part et d’autre. Genève à la croisée des chemins entre paix et guerre… et Trump met les missiles iraniens sur la table. Concernant le dossier iranien, le journal An-Nahar a considéré le troisième cycle de négociations de Genève comme une étape cruciale dans les négociations indirectes entre le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et les envoyés américains, dans un contexte de rhétorique de plus en plus tendue du président américain Donald Trump. Les médias ont indiqué que Trump avait durci ses exigences, abordant à la fois les programmes nucléaire et balistique iraniens, tout en laissant la porte ouverte à une solution diplomatique si Téhéran fournissait des garanties claires qu’il ne cherchait pas à se doter de l’arme nucléaire. L’Iran, quant à lui, affirme son droit à l’enrichissement pacifique d’uranium en vertu des règles de l’Agence internationale de l’énergie atomique et rejette toute ingérence dans son programme balistique, qu’il considère comme un élément fondamental de dissuasion. De son côté, The Independent Arabia s’est concentré sur l’équation guerre ou capitulation, suggérant qu’une frappe militaire ne provoquerait pas nécessairement la chute du régime iranien, mais pourrait accélérer son effondrement interne. Le journal a noté que les dirigeants iraniens évaluent les risques d’une confrontation militaire face au coût de concessions substantielles susceptibles d’ébranler les fondements du système. (ANHA) 

SYRIE. Les partis kurdes doivent défendre ensemble leur peuple​

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SYRIE / ROJAVA – Le secrétaire du Parti kurde de gauche en Syrie a souligné que les partis kurdes doivent œuvrer dans le respect de la position du peuple kurde, des blessés et des martyrs. Il a déclaré : « Œuvrons pour que les droits du peuple kurde soient inscrits dans la Constitution et pour la construction d’une Syrie démocratique. »

Le secrétaire du Parti de gauche kurde en Syrie, Mohammad Musa, s’est entretenu avec l’agence ANHA au sujet de la situation au Rojava, et plus particulièrement de l’unité kurde.

Au début de son intervention, Mohammed Moussa a expliqué que les attaques perpétrées contre le peuple kurde dans la région étaient des attaques génocidaires, ayant causé de nombreuses pertes parmi les Kurdes. Il a insisté sur les droits des Kurdes et a cité les propos de Shibani : « Les Kurdes qui sont venus à nous n’ont pas proposé la décentralisation. »

 

Moussa a ajouté : « Que tout le monde sache que les Kurdes ont tenu leur conférence à Qamishli en avril de l’année dernière et ont exigé une Syrie décentralisée. »

Mousa a évoqué les partis qui ont tenu des réunions avec le gouvernement intérimaire syrien et qui n’ont pas agi conformément au document issu de la conférence « Unité des rangs et des positions kurdes », et a déclaré : « Pourquoi chaque parti n’agit-il pas conformément au document ? » Les Forces démocratiques syriennes sont une force militaire et mènent leurs réunions dans une perspective militaire.

Quant au discours politique du Conseil national kurde (ENKS), il est très éloigné du document en vigueur. Or, jusqu’à présent, le gouvernement intérimaire n’a ni autorisé la délégation kurde à se réunir, ni reconnu sa présence. Se conformer à ce document est une nécessité urgente. Malheureusement, une nouvelle situation se présente aujourd’hui, où les vieux différends entre partis politiques refont surface.

Moussa a souligné que le moment n’est pas venu d’attiser ces conflits et que cette affaire est loin de servir les intérêts du peuple kurde. Il a fait remarquer que raviver les problèmes comporte des risques et a déclaré : « Notre besoin est de surmonter les différends passés et de travailler ensemble dans le respect mutuel, en nous appuyant sur la position du peuple kurde, les blessés et le sang de nos martyrs. » C’est cette position de notre peuple qui a permis de faire évoluer l’opinion publique.

Mousa a expliqué que, en tant que mouvement politique kurde, ils devaient mettre de côté leurs désaccords afin de définir leur position nationale. Il a insisté sur la nécessité de « former un groupe, fondé sur le document du 26 avril – issu de la Conférence pour l’unité kurde –, pour obtenir la reconnaissance des droits du peuple kurde dans la Constitution et construire une Syrie démocratique et politiquement décentralisée. Ils doivent établir une instance de référence kurde syrienne. »

Mohammed Mousa a conclu en affirmant que leur cause est nationale, démocratique et humanitaire : « Nous disons qu’il y a deux éléments indissociables ; notre proposition stratégique est une Syrie décentralisée, et nous défendons les droits du peuple kurde et de toutes ses composantes. » Sur le plan tactique, bien que nous ne croyions pas qu’al-Julani et son gouvernement aient la capacité de construire un État civil, ils ont instauré un État unilatéral, et leur projet est celui des puissances régionales, à commencer par la Turquie, puis approuvé par les États-Unis et l’Europe. Des pays arabes comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar l’ont également soutenu. Mais nous resterons fermes dans nos revendications. (ANHA)

SYRIE. Échanges de prisonniers entre Druzes et Damas

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SYRIE – Aujourd’hui, Damas et la Garde nationale de Soueïda procèdent à un échange de prisonniers 7 mois après les attaques des gangs de Damas ciblant les Druzes de Soueïda alors que les Kurdes réclament en vain le retour de leur otages détenus par Damas. 
 
Cet échange prévoit la libération de 61 détenus en échange de 25 prisonniers, suite aux accords conclus après l’escalade militaire et sécuritaire observée dans le gouvernorat en juillet de l’année dernière.
 

Parallèlement, à Soueïda, dans le sud de la Syrie, un échange de prisonniers et de détenus a lieu entre les forces du gouvernement intérimaire syrien et les forces de la « Garde nationale » formées à partir des habitants de Soueïda, sous la supervision du Comité international de la Croix-Rouge, suite à des accords relatifs aux événements sécuritaires qui ont touché Soueïda et sa campagne en juillet de l’année dernière.

Selon des sources locales, la passation de pouvoir a lieu à la résidence temporaire du gouverneur dans la ville d’Al-Surah Al-Sughra, au nord de Sweida.

L’échange prévoit la libération de 61 détenus de Soueïda, détenus par les forces du gouvernement intérimaire syrien, en échange de la libération de 25 prisonniers détenus par les forces de la Garde nationale.

En juillet dernier, Sweida a connu une escalade militaire et sécuritaire importante, marquée par des affrontements entre factions du gouvernement intérimaire syrien et les forces de la Garde nationale, découlant de tensions sécuritaires et d’arrestations réciproques.

Cette escalade a entraîné des morts et des blessés, et a imposé un état de tension sécuritaire et d’instabilité dans la région pendant plusieurs semaines, suivi d’appels de la population de Soueïda en faveur d’une intervention internationale et du droit à l’autodétermination. (ANHA)

ROJAVA. Les Kurdes veulent le retour de leurs otages

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SYRIE / ROJAVA – Hier, la douleur et la colère ont envahi les rues de Qamisho, où des centaines de familles kurdes réclamaient des réponses sur le sort de leurs proches disparus le mois dernier, victimes de factions armées proches de Damas.
 
Ces manifestations surviennent alors que l’on craint de plus en plus que près de 2 000 personnes – civils et combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) – soient portées disparues.
 
Un responsable des FDS, s’exprimant sous couvert d’anonymat auprès de Rudaw, a déclaré que l’ampleur des disparitions était bien plus importante qu’on ne le pensait initialement.
 
Nombre de disparus seraient des combattants des FDS qui se seraient rendus lors d’intenses affrontements. Les autorités kurdes ont accusé à plusieurs reprises Damas de violer les accords de cessez-le-feu censés garantir un retrait sûr et ordonné des troupes.
 
« Les États-Unis, qui aujourd’hui manquent à leurs obligations de garant, ont pourtant été témoins de l’accord signé avec notre camarade Rohilat à Deir Hafer, qui stipulait un retrait sous 48 heures », a déclaré Yousif Kute, porte-parole des familles des personnes disparues.
 
Cet accord aurait été conclu à Deir Hafer, l’une des premières zones à tomber sous le contrôle de Damas après le repli des forces kurdes vers l’est de l’Euphrate.
 
Rohilat Afrin, commandante en chef des Unités de protection des femmes (YPJ), était signataire de cet accord. Les YPJ, branche féminine des Unités de protection du peuple (YPJ), ont joué un rôle central dans la lutte menée depuis dix ans contre l’État islamique (Daech).
 
« Mais le gouvernement de Damas a violé cet accord », a ajouté Kute. « La veille du départ prévu de nos enfants, ils étaient encerclés. »
 
Ces disparitions ont fait suite à de violents affrontements début janvier aux alentours d’Alep, après l’échec des négociations visant à intégrer les combattants kurdes aux institutions syriennes. Ces violences ont fait des milliers de morts et de déplacés, marquant la plus grave escalade depuis que Damas a intensifié ses efforts pour reprendre le contrôle du pays après la destitution de Bachar el-Assad en décembre 2024. Dans les semaines qui ont suivi, les factions soutenues par Damas ont progressé vers l’est, s’emparant de villes stratégiques et de champs pétroliers et gaziers, et avançant vers Raqqa et Hassaké. Un cessez-le-feu négocié fin janvier a permis aux forces kurdes de se retirer et a ouvert la voie au déploiement des forces gouvernementales syriennes. Pour les familles de Qamichli, cependant, ces manœuvres politiques n’apportent que peu de réconfort. Lors de la manifestation de mercredi, des mères serraient contre elles des photos de leurs fils, la voix brisée par l’émotion, implorant une intervention internationale. « Pour l’amour de Dieu, ils sont aux mains de l’ennemi. Nous mourons cent fois par jour. Venez à notre secours ! », s’est écriée une mère. « Je vous en prie, ramenez-nous nos jeunes hommes. Nous sommes morts, nous sommes morts, et personne ne connaît notre sort. » Parmi eux se trouvait Halima Nabi, qui a déclaré avoir entendu la voix de son fils pour la dernière fois le 17 janvier. Il était en poste à Deir Hafer. « Il y est resté deux jours », a-t-elle dit d’une voix tremblante. « Le troisième jour, il a disparu. » Mme Nabi a lancé un appel direct au président Massoud Barzani, l’exhortant à user de son influence pour faire éclater la vérité. (Rudaw) 

« La démocratisation de l’Iran passe par la décentralisation »

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IRAN / ROJHILAT – « La plupart des partis politiques kurdes en Iran – et dans l’ensemble de la région – défendent les droits nationaux kurdes par le biais de la décentralisation politique. Quelle que soit sa forme institutionnelle, ils insistent sur le fait que la décentralisation ne se résume pas à l’autodétermination kurde. Elle concerne la démocratie elle-même. » L’Iran traverse une crise sans précédent depuis plus d’un demi-siècle. Soumise à d’immenses pressions internes et externes, la République islamique n’a jamais été aussi fragile. Les débats sur la démocratisation de l’Iran, au-delà de la théocratie actuelle, ne sont donc plus de simples questions académiques ou spéculatives ; ils sont devenus des enjeux politiques et pratiques urgents. Pour les Kurdes, la question de la démocratie est indissociable de leur question nationale non résolue. La plupart des partis politiques kurdes en Iran – et dans l’ensemble de la région – défendent les droits nationaux kurdes par le biais de la décentralisation politique. Quelle que soit sa forme institutionnelle, ils insistent sur le fait que la décentralisation ne se résume pas à l’autodétermination kurde. Elle concerne la démocratie elle-même. Pour comprendre cette affirmation, il nous faut examiner de plus près ce que signifie la démocratie, en général et dans un pays comme l’Iran. La démocratie ( demos, peuple, et kratos, pouvoir) signifie littéralement « pouvoir du peuple ». Mais qui est ce « peuple » ? Dans de nombreux débats sur l’Iran, le « peuple » est perçu comme un corps unique et unifié de citoyens. Selon cette conception, la démocratie se résume à des élections libres où la majorité décide. Cette conception présuppose pourtant que « le peuple » existe déjà en tant que communauté politique cohérente et égalitaire. En réalité, le « peuple » moderne – le sujet collectif de souveraineté que nous appelons « nation » – a été créé par un processus largement vertical impliquant violence systématique, exclusion politique et hiérarchie culturelle. Dans une grande partie du monde, des langues et des cultures diverses ont été contraintes de se fonder sur une identité nationale unique. Au cours de ce processus, une langue et une culture sont généralement devenues centrales et dominantes, tandis que les autres ont été subordonnées et marginalisées. Ce développement est étroitement lié à l’essor inégal et combiné du capitalisme. Ce dernier a émergé de la dissolution des anciennes formes de communauté fondées sur des relations de dépendance personnelle. Il a engendré des sociétés modernes d’individus formellement libres, dont l’indépendance repose en réalité sur la dépendance aux échanges marchands. Conjugué au déclin de la religion et des autorités ecclésiastiques, ce processus a produit à la fois une aliénation individuelle et une désorientation collective. La nation est apparue comme une réponse à cette situation. En tant que communauté abstraite ou « imaginée », elle offrait aux individus atomisés de la modernité capitaliste une identité partagée et un sentiment d’appartenance. Elle promettait l’égalité, la dignité et un destin commun. Cependant, comme l’a si justement démontré Benedict Anderson, toutes les communautés plus vastes que les villages primordiaux fondés sur le contact direct sont des constructions mentales. Ce qui distingue la nation des formes antérieures de communauté, ce n’est pas son caractère imaginaire ou abstrait, mais son lien étroit avec l’État souverain, lui-même historiquement fondé sur le capitalisme. En séparant les producteurs directs des moyens de production, le capitalisme dissocie l’État de l’économie. Ceci permet, à son tour, une égalité politique formelle entre des citoyens économiquement inégaux – une caractéristique qui sous-tend les relations horizontales au sein de la communauté, relations essentielles à la nation. Mais le capitalisme n’a pas émergé partout simultanément ni de la même manière. Dans sa forme classique, il est né en Angleterre, d’où il s’est répandu dans le reste du monde. Surtout, l’expansion mondiale du capitalisme a été façonnée par la géopolitique – la fragmentation du monde en de multiples États interagissant. En Grande-Bretagne, l’État souverain moderne s’est développé parallèlement à la transformation capitaliste, puisant sa force dans le colonialisme et l’empire, qu’il a également alimentés. Ailleurs, le nationalisme a souvent précédé le plein développement du capitalisme. Les États et empires précapitalistes ont coexisté avec la Grande-Bretagne capitaliste et se sont retrouvés soumis à sa suprématie géopolitique, ancrée dans le capitalisme industriel. En réaction, leurs élites ont imité sélectivement le modèle britannique. Elles ont reproduit l’État souverain centralisé britannique sans pour autant transformer au préalable leurs rapports sociaux féodaux en rapports capitalistes, car cela aurait sapé leurs propres fondements sociaux. La France révolutionnaire est emblématique de cette dynamique et est devenue un modèle pour de nombreuses autres sociétés « tardives », notamment les empires allemand, ottoman et qajar.

Face à la pression impériale européenne croissante, les élites iraniennes ont cherché à préserver à la fois leurs privilèges et l’indépendance formelle de l’État en construisant un État moderne et centralisé, sur le modèle de leurs ennemis européens.

Dans de tels cas, le nationalisme a façonné la nation sur le plan politique avant même que le capitalisme n’ait pleinement remodelé la société sur le plan économique. Faute des effets intégrateurs d’une division du travail capitaliste aboutie, l’identité nationale s’est donc construite autour d’une langue ou d’une ethnie unique, choisie parmi plusieurs préexistantes. Dans les sociétés multiculturelles – c’est-à-dire la plupart des sociétés –, cela a entraîné la marginalisation des peuples dont la langue et la culture différaient de celles qui sous-tendaient l’État-nation naissant. Ces groupes minoritaires ont souvent développé leurs propres mouvements nationalistes en réaction. L’Iran a suivi cette voie. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’autorité politique en Iran était remarquablement décentralisée. Sous les Qajars, comme dans de nombreux empires prémodernes, le pouvoir s’organisait autour de structures dynastiques et régionales plutôt que autour d’une identité nationale unifiée ou d’un État centralisé. Différents peuples et régions bénéficiaient de degrés d’autonomie variables. Les principautés kurdes, telles qu’Ardalan, atteignirent une quasi-indépendance en exploitant stratégiquement les opportunités offertes par les rivalités géopolitiques ottomanes-safavides (puis qajars). À partir de la fin du XIXe siècle, et plus particulièrement pendant et après la Révolution constitutionnelle de 1905-1911, une nouvelle vision de l’Iran émergea. Face à la pression impériale européenne croissante, les élites iraniennes cherchèrent à préserver leurs privilèges et l’indépendance formelle de l’État en construisant un État moderne et centralisé, sur le modèle de leurs adversaires européens. Ce faisant, la langue et la culture persanes devinrent le cœur idéologique de l’identité nationale iranienne naissante. Sous la monarchie Pahlavi en particulier, l’État promut et institutionnalisa une conception unitaire de la nation, centrée sur la langue persane et l’islam chiite duodécimain. Cela marqua une transformation profonde. Les peuples qui jouissaient auparavant d’une large autonomie, les Kurdes en étant un exemple emblématique, furent intégrés de force à un État centralisé qui définissait formellement l’identité nationale en termes exclusivement persans. Ils furent réorganisés en « minorités ethniques » (ou « qowms ») apatrides au sein de leurs territoires ancestraux. Après sa consolidation en tant qu’État-nation unitaire, l’Iran entra dans une période d’industrialisation rapide et de développement capitaliste. Mais cette transformation économique ne s’est pas opérée ex nihilo. Elle s’est déroulée dans un cadre politique qui privilégiait déjà une culture au détriment des autres. De ce fait, des hiérarchies de classes se sont développées parallèlement aux hiérarchies ethnoculturelles et de genre, avec lesquelles elles se sont intimement mêlées. Cela contribue à expliquer les inégalités régionales persistantes en Iran. Les provinces majoritairement peuplées de communautés non persanes ont souvent subi la répression politique, la marginalisation économique et l’exploitation environnementale. Le concept bien connu d’inégalités « centre-périphérie » rend compte en partie de cette réalité, mais pas entièrement. Ce que nous observons n’est pas simplement un déséquilibre du développement économique capitaliste, mais l’héritage durable d’un projet de construction nationale hiérarchique qui a placé une identité collective au cœur de l’État et les autres à sa périphérie. Les populations marginalisées ne pouvaient accéder à l’État et participer à la vie politique qu’au prix d’un renoncement préalable à leur langue et à leur culture. Ainsi, pour nombre de non-Persans, la participation à la vie politique nationale a exigé un renoncement à soi, une aliénation et une humiliation. Dans ces conditions, un projet démocratique axé uniquement sur les droits individuels de citoyenneté s’avère insuffisant. La citoyenneté confère certes des droits formels égaux aux individus, mais elle ne résout pas automatiquement les inégalités vécues par les communautés en tant que telles.

Pour les Kurdes, les Baloutches, les Arabes et d’autres, la question nationale restait irrésolue. Sans la reconnaissance de leurs droits collectifs, les appels à la démocratie paraissaient incomplets.

Cette limite est apparue au grand jour lors du Mouvement vert de 2009. Les manifestations, déclenchées par des élections présidentielles contestées, étaient centrées sur des revendications d’équité électorale et de libertés civiles. Il s’agissait là d’objectifs importants et légitimes. Pourtant, le mouvement a largement appréhendé la démocratie en termes libéraux – élections libres, État de droit et droits civiques – sans aborder véritablement les droits des minorités, les inégalités régionales ou les hiérarchies structurelles plus profondes. La participation a été la plus forte à Téhéran et dans les autres grandes villes du centre du pays. Dans de nombreuses régions non persanes, l’enthousiasme était plus modéré. Pour les Kurdes, les Baloutches, les Arabes et d’autres, la question nationale restait irrésolue. Sans la reconnaissance de leurs droits collectifs, les appels à la démocratie paraissaient incomplets. Le mouvement Jin, Jiyan, Azadi (« Femme, Vie, Liberté ») de 2022-2023 a révélé une dynamique différente. Déclenchées par le meurtre de Jina (Mahsa) Amini, une femme kurde, les manifestations se sont rapidement propagées à travers le pays. Le Kurdistan et le Baloutchistan ont été en première ligne et ont subi une répression particulièrement brutale. Le mouvement a trouvé un large écho car son slogan dénonçait de multiples formes d’inégalités violentes, intimement liées : l’oppression des femmes, la précarité économique et la répression politique. Pour autant, les différences régionales d’intensité révélaient un problème plus profond. Pour de nombreux Kurdes et Baloutches, la démocratisation doit impérativement inclure la reconnaissance de leur droit à l’autodétermination. Sans cela, toute réforme politique libérale risque de perpétuer la même hiérarchie nationale sous une nouvelle direction. Ceci nous ramène à la signification de « le peuple », qui, comme nous l’avons vu, désigne « la nation ». Dans un pays comme l’Iran, la « nation » ne constitue pas une entité unique et culturellement homogène. Elle est composée de multiples nations. Kurdes, Persans, Turcs azerbaïdjanais, Arabes, Baloutches et autres possèdent des langues, des histoires et des expériences politiques distinctes. Leur sentiment d’appartenance nationale et leur identité nationale se sont développés en réaction à l’État-nation unitaire iranien moderne, et dans un processus de résistance à celui-ci. Un Iran démocratique se doit de refléter cette pluralité nationale dans sa structure constitutionnelle. La décentralisation offre une voie possible. Sa forme concrète peut aller du confédéralisme ou du fédéralisme à une forte autonomie régionale ou au municipalisme au sein d’un État internationalement reconnu. L’essentiel est que les droits collectifs complètent les droits individuels. Cependant, la décentralisation présuppose, et devrait présupposer, la multiplicité des nations. Un État décentralisé viable et pérenne devrait reposer sur le droit à l’autodétermination des nations – ou des peuples – auxquels le pouvoir étatique centralisé est dévolu. Lorsque les communautés savent que leur langue, leur culture et leur autonomie politique sont constitutionnellement protégées, la motivation à l’indépendance (en tant que forme d’exercice du droit à l’autodétermination nationale) diminue souvent, comme le suggèrent les cas de l’Écosse et du Québec. Ce qui apparaît du centre comme un « nationalisme centrifuge » peut, dans un contexte d’égalité, se transformer en un engagement en faveur de la coexistence démocratique.

Une transformation démocratique doit donc commencer par une reconnaissance simple mais profonde : l’Iran est multinational.

Les opposants à la décentralisation affirment souvent qu’il s’agit d’un euphémisme pour désigner le démembrement du pays. Mais cette crainte occulte une vérité plus profonde : une démocratie fondée sur le déni de la diversité est intrinsèquement instable. Supprimer la question nationale ne la fait pas disparaître ; cela ne fait que reporter son règlement. Le véritable choix ne se situe pas entre l’unité et la fragmentation. Il s’agit d’opposer un État-nation rigide et centralisé, qui reproduit les inégalités et la coercition, à une démocratie multinationale et décentralisée, qui tire sa force de la reconnaissance de la réalité socio-historique. Une transformation démocratique doit donc commencer par une reconnaissance simple mais profonde : l’Iran est multinational. La structure institutionnelle précise d’un Iran démocratique et multinational – fédérale, confédérale ou autre – doit être déterminée par la délibération démocratique. Le principe fondamental est la reconnaissance mutuelle et l’égalité politique entre les nationalités iraniennes. Aucun groupe ne doit dominer du seul fait de son poids démographique. Aucune communauté ne doit être contrainte de renier son identité pour être acceptée. Un Iran décentralisé et multinational n’affaiblirait pas le pays. Il le renforcerait en fondant l’unité politique sur le consentement plutôt que sur la coercition. L’esprit de Jin, Jiyan, Azadi nous guide vers un tel avenir. Il appelle à la dignité, à l’égalité et à la liberté, non seulement pour les individus, mais aussi pour les communautés. La réalisation de cette vision exige de repenser la démocratie elle-même. En d’autres termes, la démocratisation de l’Iran exige une décentralisation – non pas comme une concession à un groupe, mais comme le fondement d’un ordre politique véritablement pluraliste et durable. Par Kamran Metin Article (en anglais) à lire sur le site The Amargi « Democratising Iran Requires Decentralisation »