Le Rojava comme catalyseur : le nouveau rôle du peuple kurde

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TURQUIE / KURDISTAN – Suite aux attaques contre le Rojava, une nouvelle dynamique est apparue dans le processus d’unification kurde. Yüksel Genç, coordinatrice du centre d’études SAMER, analyse comment les menaces se transforment en pouvoir politique et comment le mouvement kurde rayonne au-delà des frontières nationales. Les attaques perpétrées au Rojava début janvier marquent un tournant politique pour Yüksel Genç, coordinatrice du Centre d’études sociopolitiques de terrain (SAMER), basé à Amed (Diyarbakır en turc), au nord du Kurdistan. Dans un entretien accordé à ANF, le sociologue analyse le rôle de l’unité nationale au Kurdistan, née en réaction à la menace et dont l’impact s’est fait sentir bien au-delà du Rojava. « Depuis le 6 janvier, nous vivons une nouvelle phase. L’occupation des quartiers kurdes d’Alep a été un moment décisif. Dès lors, la population, forte de sa conscience nationale, s’est affirmée comme un acteur politique à part entière : elle n’est plus seulement réactive, mais capable d’influencer le cours des événements. » Acteur social issu du bas Pour Genç, l’importance de ce moment réside dans l’évolution du rôle de la population : un sujet politique fragmenté est devenu une force structurante. Les Kurdes exigent d’être impliqués dans tous les processus qui les concernent, dans chacune des quatre régions : « Que ce soit au Rojava, au Başûr, au Rojhilat ou au Bakur, partout c’est évident : lorsque l’existence ou les acquis de la population kurde sont menacés, la résistance s’organise. Et cette résistance est de plus en plus unifiée politiquement. »
Yüksel Genç, coordinatrice du Centre SAMER, est une ancienne combattante du PKK. Elle faisait partie du premier groupe pacifiste à rentrer en Turquie depuis le Kurdistan du Sud, le 1er octobre 1999, à l’appel d’Abdullah Öcalan, afin de contribuer à la résolution du conflit armé. Elle a été condamnée à cinq ans de prison pour cela.
Selon Genç, la résistance face à la tentative d’élimination du Rojava a modifié le cadre des négociations au niveau international : la population kurde a démontré qu’elle était capable d’empêcher un effondrement imminent grâce à sa propre pression politique. L’unité nationale face au risque Cette nouvelle forme d’action collective ne résulte pas d’une planification stratégique, mais plutôt d’une réaction à une menace existentielle. « La formation de l’unité kurde est née de l’expérience du risque et de la nécessité d’assurer sa propre existence », souligne Genç. Ce processus diffère fondamentalement de la construction nationale classique, qui se concentre sur la formation d’États-nations. L’unité kurde ne s’ancre pas dans l’État, mais se développe en dehors des centres de pouvoir institutionnels, à travers la pratique sociale et une histoire partagée. Non pas une construction nationale impulsée par l’État, mais par l’histoire et la société : un autre type de construction nationale. Genç précise : la conception kurde de l’unité contredit la logique de la construction nationale centrée sur l’État, qui prévaut depuis la Révolution française. Le mouvement kurde ne poursuit pas un projet étatique homogénéisant, mais plutôt une pratique politique diverse et partagée, qui s’étend au-delà des frontières : « La construction nationale kurde repose sur deux impulsions : la protection contre l’anéantissement et la préservation des acquis collectifs. » C’est là aussi que réside son potentiel en tant que modèle alternatif à l’imbrication traditionnelle de l’État et de la nation. La construction transnationale des nations : un cas particulier à l’échelle mondiale Une autre caractéristique du processus kurde est sa dispersion mondiale : « Alors que d’autres nations se concentrent sur un territoire géographique, la construction nationale kurde se déroule de manière décentralisée, répartie sur plusieurs États, mais unie par une expérience et une pratique politique partagées. » Selon Genç, cela fait du processus d’unification kurde un sujet d’étude particulier pour la théorie politique, et simultanément un indicateur des formes sociales futures du XXIe siècle. Autoritarismes mondiaux, contre-mouvements locaux Les régimes autoritaires de notre époque – de la Chine à la Russie, de la Turquie aux démocraties occidentales – se caractérisent par la concentration du pouvoir et l’aliénation. Le mouvement kurde constitue une réaction précoce et visible à cette tendance mondiale : « L’impuissance et la frustration croissent partout dans le monde. Au sein de cette aliénation globale, une nouvelle énergie sociale émerge, et le mouvement kurde en est l’une des premières manifestations. » Ce processus n’est pas planifié, mais réactif, et c’est là que réside sa force. Rojava comme écran de projection pour la peur collective La situation au Rojava a déclenché des réactions non seulement politiques, mais aussi émotionnelles et collectives : « Le sentiment général était : si le Rojava tombe, tout s’effondre. » De là est née la prise de conscience que la défense du Rojava représente simultanément un bouclier protecteur pour l’ensemble du mouvement kurde : de l’autonomie du Başûr (Kurdistan du Sud) à l’éveil politique au Rojhilat. Crise de confiance envers la Turquie Genç a déclaré que la population tient de plus en plus la Turquie responsable de l’escalade, et non plus seulement la Syrie, les États-Unis ou la Russie : « Il y a un sentiment de rupture émotionnelle, et l’espoir d’un dialogue est profondément anéanti. Il ne reste que la méfiance. » Le processus de paix en Turquie n’est plus perçu comme une véritable opportunité, mais comme un processus stratégiquement contrôlé et dénué de substance. Nouvelles exigences en matière de dialogue politique Si un processus politique est encore possible, ce ne sera que s’il produit des résultats concrets : la reconnaissance des droits, la participation institutionnelle et des garanties d’autonomie. « Des mesures visibles sont nécessaires. Autrement, le processus sera perçu non comme une solution, mais comme une illusion. » Selon Genç, le processus politique ne se limite plus au seul contexte turc. La population se considère comme faisant partie d’un mouvement kurde plus vaste, poursuivant le même objectif dans les quatre régions du Kurdistan par des moyens différents : « Pour de nombreux Kurdes, la Turquie n’est qu’une étape d’un processus plus large qui concerne les droits, la dignité et le statut dans les quatre régions du Kurdistan. » Une nouvelle phase de la réalité politique Ce qui se développe au Rojava et au-delà, c’est un profond bouleversement politique : une minorité menacée est devenue une entité politique transnationale et sûre d’elle, dont l’influence, mais aussi les responsabilités, ne cessent de croître. « L’unité qui a émergé n’est pas parfaite, mais elle est bien réelle. Et elle transforme le paysage politique. » (ANF)

ROJAVA. A Kobanê assiégé, près de 2 000 cas d’intoxication

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SYRIE / ROJAVA. Dans la ville kurde de Kobanê, les autorités sanitaires ont dénombré près de 2 000 personnes souffrant d’intoxication à cause de l’embargo imposé par Damas et de la propagation des maladies, dans un contexte de pénurie de médicaments.

Les autorités sanitaires de Kobani ont annoncé une rupture totale des stocks de médicaments en raison des fortes pluies et du siège imposé à la ville depuis plus de 25 jours. Cette situation a interrompu la livraison des médicaments et des fournitures médicales essentielles.

Cette annonce a été faite dans un communiqué officiel publié devant l’hôpital de Kobani et lu par Ahmed Mahmoud, coprésident du Conseil de la santé du canton de l’Euphrate.

Le communiqué souligne que la ville souffre d’une grave crise sanitaire en raison de la pénurie de produits de première nécessité et du manque d’accès aux médicaments pour diverses maladies.

Le communiqué rappelle que si une aide partielle est arrivée de la part d’habitants du Kurdistan du Nord et de certaines organisations humanitaires, dont la Medical Relief Society et la Croix-Rouge, elle est insuffisante pour répondre aux besoins de la ville, notamment compte tenu du nombre croissant d’arrivées et de personnes déplacées, et de la propagation généralisée des maladies.

Le communiqué souligne la pénurie extrême de médicaments, notamment ceux destinés aux maladies chroniques comme le diabète, les maladies cardiaques et l’hypertension. On constate également une pénurie totale de médicaments contre l’hépatite et de produits chirurgicaux, ce qui oblige les patients atteints de cancer à se faire soigner dans des hôpitaux spécialisés situés hors de la ville.

Le communiqué ajoute : « Les hôpitaux ont également enregistré l’admission d’environ 2 000 personnes pour des cas d’intoxication dus aux pénuries d’eau et à l’interruption de l’approvisionnement en eau de puits, le nombre de cas parmi les personnes déplacées étant en augmentation. »

L’autorité sanitaire a confirmé dans son communiqué que certains équipements de tests médicaux ont également été endommagés en raison de la détérioration du matériel et de coupures de courant, comme par exemple l’incendie d’équipements à l’intérieur d’une conserverie à la suite d’une coupure de courant.

En conclusion, l’Autorité a appelé à la levée immédiate du siège de Kobani et à la reprise urgente de l’entrée de tous les médicaments et fournitures médicales afin d’éviter que la catastrophe humanitaire ne s’aggrave. (ANHA) 

   

Des similitudes terrifiantes : l’Allemagne de l’époque de la République de Weimar et les nationalistes arabes d’aujourd’hui

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MOYEN ORIENT / KURDISTAN – L’hystérie collective à laquelle nous assistons dans les médias et le monde arabe [et turc], dirigée contre les Kurdes, n’est ni passagère ni superficielle. Elle s’inscrit dans une longue histoire au Moyen-Orient, une véritable industrie de la haine et de l’animosité fabriquées de toutes pièces envers « l’autre ». Ceux qui n’ont pas saisi la dimension psychologique du nationalisme arabe auront du mal à comprendre les origines de cette hystérie. Quiconque étudie attentivement l’histoire du XXe siècle constatera des parallèles frappants entre la situation des Kurdes d’aujourd’hui et celle des Juifs dans les années précédant la Seconde Guerre mondiale. Ces parallèles sont un avertissement, et les dangers de cette nouvelle attaque doivent être pris au sérieux. Avant le début de l’extermination des Juifs, l’Allemagne traversait une terrible défaite historique, que je qualifierais, en termes freudiens, de traumatisme narcissique. Les Allemands avaient perdu la Première Guerre mondiale, en sortaient accablés par un fardeau économique écrasant et étaient contraints de faire face aux pertes et aux dommages qui en découlaient. Pour certains, notamment ceux élevés dans le mythe de l’appartenance à une race supérieure, cette défaite et cet effondrement social étaient inexplicables. Un sentiment d’effondrement, conjugué au désir de se relever, agissait comme deux forces implacables au sein de la psyché de la société allemande. Ces deux forces étaient profondément ancrées avant même l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Le thème de la défaite occupait une place importante dans la littérature allemande de l’époque, et il transparaît clairement dans l’œuvre d’écrivains associés à l’idéologie nazie. Chez Hans Kolbenheyer, Hanns Johst et d’autres, l’Allemagne est dépeinte à maintes reprises comme sombrant dans le chaos. Le communisme, le libéralisme et la démocratie y sont présentés comme des forces ayant affaibli l’esprit allemand ; la nation est montrée comme menacée d’extinction ; et les intellectuels sont tenus pour principaux responsables de la catastrophe. Pourtant, cette souffrance n’était pas l’apanage des seuls écrivains nazis. Elle se manifeste également chez d’importants auteurs extérieurs à ce cercle, notamment dans le célèbre roman d’Ernst Jünger, Orages d’acier, que certains considèrent comme une œuvre préfigurant l’esprit militariste nazi. Plus frappant encore, on la perçoit dans les premiers écrits de Thomas Mann, qui deviendra par la suite l’un des plus farouches opposants d’Hitler. Ce sentiment de défaite n’était pas seulement une réaction aux pertes militaires et au déclin économique ; il reflétait aussi une crainte psychologique profonde : celle de voir l’identité allemande se perdre ou perdre tout son sens. Dans Réflexions d’un homme apolitique , Thomas Mann met en lumière cette préoccupation pour la « perte » et la « défaite » qui, selon lui, pesait lourdement sur l’âme allemande. Écrit pendant la Première Guerre mondiale et publié peu après la défaite de l’Allemagne en 1918, l’ouvrage porte l’empreinte de l’époque, marquée par l’effondrement de la fierté nationale. Mann écrit d’un point de vue conservateur, exprimant la crainte que la culture allemande, fruit de l’esprit allemand, ne soit submergée par la logique rationnelle et froide du progrès et de la science. Ce qui importe le plus dans ce livre, c’est la distinction que Mann établit entre « culture » et « civilisation ». Il présente la culture comme une dimension spirituelle, psychologique et profondément intérieure de l’identité, liée à l’appartenance à la nation allemande et enracinée dans celle-ci. À l’inverse, la civilisation est dépeinte comme universelle, façonnée par la science et le développement plus large de l’Occident. Pour Mann, la civilisation représente la rationalité et un ordre superficiel ; contrairement à la culture, elle ne jaillit pas des profondeurs de l’esprit national. Le jeune Mann, par conséquent, percevait la civilisation comme une force capable d’anéantir la culture allemande, ce qui contribua à son profond sentiment de défaite.

La propension à trouver un ennemi, l’indifférence envers autrui, l’érosion de la moralité politique et l’attrait croissant pour le meurtre et la violence ne restent pas longtemps marginaux.

L’époque précédant la montée du nazisme fut marquée par un profond sentiment de défaite, de destruction et une peur intense de perdre son identité. De grands romanciers allemands de cette période, tels qu’Alfred Döblin, Erich Kästner et Kurt Tucholsky, ont dépeint une société qui basculait rapidement vers le militarisme et la violence. L’un des signes les plus inquiétants de cette phase d’effondrement est l’émergence d’un type humain « faible », en quête d’une force capable de lui redonner autonomie et sens à son existence. Se sentant menacé, cet individu cherche un ennemi désigné, un bouc émissaire, une explication qui puisse absorber chaque perte et chaque humiliation. Un retour sur la littérature allemande de l’époque révèle la rapidité avec laquelle de telles pulsions peuvent se cristalliser en un climat moral dominant. La volonté de trouver un ennemi, l’indifférence envers autrui, l’érosion de la morale politique et l’attrait croissant pour le meurtre et la violence ne restent pas longtemps marginaux. Ils se répandent, se normalisent et finissent par façonner les croyances et les pratiques. À y regarder de plus près, le monde arabe du Moyen-Orient traverse actuellement une situation étonnamment similaire à celle de l’Allemagne avant la montée du nazisme. Ces vingt-cinq dernières années, de la chute de Bagdad à la destruction de Gaza, le nationalisme religieux arabe a subi une série de revers dévastateurs. Après le 11 septembre et la chute de Saddam Hussein, cette vague nationaliste a connu un net recul. L’émergence de Daech a constitué l’une des tentatives les plus extrêmes des nationalistes religieux arabes pour renverser la situation et reconquérir leur pouvoir. Dans sa quête brutale de renaissance de l’Oumma islamique et arabe (terme arabe signifiant « communauté » ou « nation »), Daech a commis des crimes abominables en toute impunité. La sauvagerie de l’État islamique reflétait une peur viscérale d’anéantissement chez les nationalistes religieux arabes. Son effondrement, et la fin du prétendu califat islamique aux mains des forces kurdes, ont infligé une blessure psychologique et narcissique encore plus profonde à cet imaginaire politique. Après la chute de l’État islamique, cette crise s’est intensifiée, poussant nombre d’entre eux à réagir par une nouvelle vague de mobilisation. L’attaque du Hamas en Israël le 7 octobre et les événements qui ont suivi constituaient une tentative d’enregistrer une victoire et d’échapper à cette rupture psychologique. Mais alors que Gaza était confrontée à une nouvelle catastrophe politique et humanitaire, le sentiment d’effondrement et de désespoir s’est à nouveau accentué dans la psyché des nationalistes et fascistes arabes.

Dans ce climat d’effondrement, un type particulier de personne, craintive et soumise, émerge, quelqu’un dont les circonstances le prédisposent à devenir un combattant fasciste, déchaînant des instincts guerriers pour échapper aux sentiments de perte et de désintégration.

Si l’on considère cette série de profondes défaites historiques, on observe également un ensemble d’événements parallèles qui ont érodé la confiance des nationalistes arabes. De graves crises économiques ont plongé de larges pans de ces sociétés dans la pauvreté. L’arène politique de pays comme la Syrie, l’Irak et le Liban est si profondément fracturée qu’une restauration semble impossible. Nombreux sont ceux qui ont perdu foi en l’avenir et ne voient aucune perspective d’avenir. Conjuguées, ces conditions défavorables constituent le terreau d’un climat politique et psychologique dangereux. Dans ce climat d’effondrement, un type particulier d’individu, craintif et soumis, émerge, dont les circonstances le prédisposent à devenir un combattant fasciste, libérant des instincts guerriers pour échapper à un sentiment de perte et de désintégration. Si l’on compare cette situation avec l’Allemagne d’avant le nazisme, le schéma se précise. Sous la République de Weimar, un sentiment de déclin et d’effondrement engendrait un caractère craintif et affaibli. L’individu était convaincu que l’Allemagne se désagrégeait, que la culture allemande disparaissait et que le citoyen allemand était humilié. Pourtant, loin de rester passif, il cherchait un ennemi à blâmer pour sa défaite, un ennemi facile à briser, et, par cette victoire illusoire, il pouvait assouvir sa soif d’agression. À cette époque, les Juifs étaient opportunément désignés comme l’ennemi, servant ainsi de justification à la catastrophe qui s’annonçait. L’antisémitisme atteignit son apogée durant la République de Weimar. Dans ce contexte, des auteurs comme Dietrich Eckart émergèrent, façonnant le climat idéologique qui influença Adolf Hitler. Eckart propagea la croyance en un complot mondial menaçant la nation allemande, désignant les Juifs et les bolcheviks comme ses principaux instigateurs. Il contribua à exacerber la haine d’Hitler envers les Juifs. Bien qu’Eckart soit mort relativement jeune, son influence contribua à ancrer la vision antijuive du monde d’Hitler et à le relier aux réseaux antisémites.

…le Kurde est perçu comme un substitut de « l’ennemi sioniste », devenant l’objet d’une rage et d’un ressentiment déplacés.

Aujourd’hui, les nationalistes arabes vaincus, à l’instar des nazis dans un autre contexte historique, cherchent des cibles plus faciles sur lesquelles rejeter la faute. Dans ce récit, les Kurdes deviennent l’ennemi « ancien-nouveau » des Arabes. Les défaites répétées subies par les Arabes et les musulmans face à l’État israélien ont découragé la confrontation directe, qui n’a fait qu’accroître leur humiliation sans leur apporter de soulagement, les poussant ainsi à rechercher un ennemi qu’ils perçoivent comme plus faible. Le nationaliste blessé a besoin d’une cible plus facile à attaquer et à vaincre, pour se forger une victoire illusoire. À ce stade, le Kurde est imaginé comme un substitut à « l’ennemi sioniste », devenant l’objet d’une rage et d’un ressentiment déplacés. La représentation des Kurdes dans les médias arabes officiels et au sein des cercles nationalistes arabes rappelle les schémas qui apparaissaient dans les représentations nazies des Juifs avant leur extermination. Les Juifs étaient accusés de « perturber l’économie », de « servir des puissances étrangères », d’« exister en dehors du corps national » et de « véhiculer des idées hostiles à l’esprit national ». Si l’on compare ces accusations avec celles portées aujourd’hui contre les Kurdes dans les médias arabes, la structure est étonnamment similaire, malgré un vocabulaire plus contemporain. On entend dire que les Kurdes sont responsables des difficultés économiques, qu’ils sont des instruments des États-Unis et d’Israël, qu’ils ne sont musulmans que de nom, et qu’ils sont féministes, marxistes ou athées, sapant ainsi l’unité nationale et promouvant le séparatisme. Cette ressemblance ne saurait être considérée comme une simple coïncidence. Le fascisme arabe cherche une victoire illusoire pour masquer une défaite historique. Dans les années 1980, suite à des événements tels que les accords de Camp David et la guerre du Liban, le nationalisme arabe connut une rupture similaire. À cette époque, Saddam Hussein tenta de compenser cette blessure narcissique au sein de la psyché arabe en attaquant l’Iran. Face à son échec, son régime retourna sa violence contre ses propres populations, massacrant des dizaines de milliers de Kurdes et ciblant un ennemi plus faible et plus vulnérable sur lequel déverser sa haine. Nous vivons aujourd’hui une période historique comparable. Les nationalistes arabes, pris au piège du chaos, de la faiblesse de leurs dirigeants et de leur frustration, ont besoin d’un nouveau symbole, d’une nouvelle victime. Pour beaucoup, Ahmed al-Sharaa est devenu ce symbole, et les Kurdes sont désignés comme des proies. Ils croient qu’en éliminant cet « ennemi », ils pourront échapper au marasme de leur défaite historique. Comprendre les mécanismes psychologiques qui ont permis aux nazis de commettre l’Holocauste est essentiel pour éviter qu’une catastrophe similaire ne soit perpétrée contre les Kurdes par des nationalistes extrémistes. Par Bakhtiar Ali, célèbre écrivain kurde basé en Allemagne Article d’origine à lire sur le site The Amargi « Terrifying Similarities: Germany in the Era of the Weimar Republic and Arab Nationalists Today »  

KURDISTAN. La Turquie construit une nouvelle route militaire dans la région kurde d’Irak

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KURDISTAN – L’armée d’occupation turque construit une nouvelle route en explosant des falaises de la vallée de Rashava, près d’Amedi, dans la province kurde de Duhok, pour construire une nouvelle route militaire. Cette action a été qualifiée de grave menace pour la sécurité et la souveraineté du Kurdistan du Sud et de l’Irak. Les forces d’occupation turques ont détruit des rochers de montagne dans la « vallée de Rashava », située dans les limites du sous-district de Deraluk, dans la province de Duhok, en utilisant des explosifs afin d’établir une nouvelle route militaire dans le sud du Kurdistan. L’agence de presse Roj a indiqué que l’armée turque avait utilisé du TNT pour faire sauter des parties des rochers de la montagne dans ces zones, et que la route en cours de construction à travers la vallée de Rashava mesure environ 15 kilomètres de long. Des sources ont ajouté que l’État occupant turc continue de détruire quotidiennement la nature dans la région, malgré le cessez-le-feu en vigueur et le soi-disant pourparlers de paix avec le PKK. Les sources estiment que la construction de routes pavées et en béton au cœur des montagnes indique l’intention des forces turques de rester longtemps et d’établir ce que l’on appelle une « zone de sécurité » à l’intérieur des territoires du Kurdistan du Sud et de l’Irak — un plan qualifié de dangereux tant sur le plan de la sécurité que sur celui de la souveraineté. Auparavant, l’État occupant turc avait construit deux autres routes militaires dans les zones d’Avashin à Deraluk et de Bari Sile dans le district d’Amedi. En ouvrant la route de la vallée de Rashava, Ankara vise à relier toute la région, alors même qu’aucune position officielle n’a encore été prise par les autorités régionales ou le gouvernement irakien. (ANHA) 

FRANCE. Un avocat met en garde contre la banalisation de l’idéologie djihadiste

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LYON — Le 10 septembre 2025, un réfugié chrétien d’Irak a été tué alors qu’il était en direct sur TikTok. Le parquet français qualifie ce meurtre d’« assassinat en lien avec une entreprise terroriste ». Le suspect arrêté nie tout mobile terroriste ; l’avocat de la famille de Sarnaya – qui défend également les victimes kurdes d’assassinats politiques à Paris – met en garde contre la banalisation de l’idéologie djihadiste en France et en Europe. Le 10 septembre 2025, Ashur Sarnaya, un réfugié chaldéen-syriaque-assyrien d’Irak, en fauteuil roulant, a été tué alors qu’il diffusait une vidéo en direct sur TikTok. Le parquet français qualifie ce meurtre d’« assassinat en lien avec une entreprise terroriste ». Il est la première victime chaldéenne-syriaque-assyrienne du terrorisme islamiste en France. L’auteur présumé de l’assassinat, Sabri B., est un Algérien de 28 ans. Il est actuellement détenu par les autorités françaises. Le Figaro a interviewé David Andic, l’avocat de la sœur de Sarnaya, avec qui cette dernière partageait un logement, ainsi que le Conseil de Coordination des Assyro-Chaldéens de France. Maître Andic soutient que sa cliente et lui-même considèrent ce meurtre comme s’inscrivant dans une tendance à la hausse des attaques djihadistes sur le sol français et européen. Il a déclaré : « Ce drame ne doit pas être considéré comme un simple fait divers, que l’on réalise ce qu’il dit de notre époque et de ce qui se banalise. J’entends ici la montée des actes djihadistes sur le territoire français et européen ». Prenons l’exemple de l’utilisation et de la diffusion de matériel de propagande terroriste ou djihadiste. Andic affirme que les terroristes djihadistes en Europe copient les méthodes utilisées au Moyen-Orient. « Le meurtre d’Ashur Sarnaya est d’autant plus macabre que l’assaillant ne s’est pas filmé, mais a profité de la diffusion en direct de sa victime pour retransmettre son crime en direct. » La France, et l’Europe, doivent prendre conscience de l’idéologie djihadiste, a-t-il averti. Andic a ensuite remis en question la politique étrangère française concernant la Syrie : Sabri B. aurait eu des contacts avec des terroristes en Syrie. « Il convient de se demander si recevoir au palais de l’Élysée l’ancien chef de Hayat Tahrir al-Sham, l’organisation terroriste avec laquelle l’assassin de Samuel Paty était en contact, n’est pas la pire des réponses », a-t-il déclaré. « Ne sommes-nous pas en train de banaliser ces meurtres en normalisant nos relations avec des groupes terroristes islamistes coupables d’atrocités ? »

Mobile terroriste ?

Parallèlement, les autorités françaises s’efforcent de prouver ses motivations terroristes et l’appartenance de Sabri B. à une organisation terroriste. Sabri B., quant à lui, change constamment de version et nie catégoriquement toute motivation djihadiste. Mais les autorités françaises rassemblent davantage de preuves. Sabri B. a été arrêté en Italie le 2 octobre 2025 et trouvé en possession de faux papiers d’identité. Un de ses compagnons a déclaré à la police que Sabri B. avait des positions très radicales sur les questions religieuses. « En effet, à plusieurs reprises, il m’a repris, ainsi que d’autres personnes présentes dans la maison… lorsque nous proférions des grossièretés, lorsque nous fumions ou buvions de l’alcool. Il priait souvent et parlait peu », a-t-il déclaré à la police. D’autres témoins confirment ces propos. Ils décrivent Sabri B. comme un homme ayant une interprétation stricte de l’islam. Sabri B., quant à lui, se décrit comme un homme très éloigné des principes religieux. Le 14 janvier, il a déclaré au juge d’instruction être un grand consommateur d’alcool et de haschisch. Un homme sous l’emprise de substances, incapable de maîtriser ses actes. « Je regrette ce que j’ai fait et j’en suis profondément triste. Cette personne ne méritait pas ça. Elle ne méritait pas ce qui lui est arrivé. Je ne le voulais pas, je ne l’ai pas fait exprès, je n’étais pas dans mon état normal, j’étais sous le choc. Surtout parce qu’il était handicapé et en fauteuil roulant. Je l’ai tué involontairement et cela me rend très triste. »  Ashur Sarnaya, âgé de 45 ans au moment de son assassinat devant son domicile, avait fui l’Irak en 2014 avec sa sœur après avoir été menacé par des groupes djihadistes. À Lyon, il tentait de se reconstruire une vie, utilisant les réseaux sociaux pour exprimer sa foi chrétienne et dénoncer la persécution islamiste. D’après les éléments actuels, il semble que le terrorisme et l’idéologie islamiste l’aient suivi jusqu’à Lyon. (Syriac Press)

Appels à la mobilisation pour faire voter le « Save the Kurds Act »

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SYRIE / ROJAVA – Un militant kurde signale que « depuis hier, les lobbys qataris, saoudiens et turcs ont déployé des efforts considérables pour bloquer la loi de protection des Kurdes, et des sommes importantes auraient été dépensées à cette fin par des individus à Washington et même en Europe », appelant les Kurdes et leurs amis à se mobiliser pour faire entendre la voix des habitants du Rojava. « Grâce à notre détermination, nous vaincrons les faibles d’esprit, leur argent et leur terreur. Non aux djihadistes, non à Al-Qaïda et non à l’EI ».

« La loi protégeant les Kurdes est la priorité absolue »

 
De son côté, écrivain et chercheur kurde originaire de Qamishlo, Serbest Nebi appelle tous les Kurdes à se mobiliser pour que la loi « Save the Kurds Act » (Loi pour sauver les Kurdes) soit votée par le sénat américain. Il déclare :
 
« Que tous les Kurdes, où qu’ils soient, sachent que la loi « Protection des Kurdes » est actuellement examinée de près au Parlement européen et au Congrès américain, et bénéficie d’un large soutien politique et populaire. Cette option est la seule et véritable voie pour internationaliser la question kurde au Kurdistan occidental, ce que la Turquie et ses divers agents refusent catégoriquement, car l’adoption de cette loi interdirait toute ingérence turque, directe ou indirecte, dans les affaires kurdes.
 
C’est pourquoi les lobbies turc, saoudien et qatari déploient des efforts considérables, recourant à la corruption, pour empêcher son adoption. Par ailleurs, certains s’emploient secrètement et avec ruse à dissimuler les crimes génocidaires commis ce mois-ci par les groupes terroristes d’al-Jolani [al-Sharaa] contre des civils et des combattants kurdes, et tentent de tromper l’opinion publique internationale à leur sujet, sur ordre direct de la Turquie et de ses alliés. Il est urgent de révéler ces crimes au grand jour et de dévoiler les agissements du régime terroriste soutenu par la Turquie. Dès lors, tous les efforts et toutes les activités doivent se concentrer sur la revendication centrale : l’adoption de la loi « Save the Kurds Act ».
 
Ce n’est qu’à cette condition que les Kurdes du Kurdistan de l’Ouest [Rojava] pourront recouvrer leur autonomie et leur pouvoir de décision national, et c’est la seule voie possible. La loi protégeant les Kurdes est la priorité absolue, et tous les cauchemars qui hantent l’avenir de notre peuple s’évanouiront… » 

Résolution du Parlement européen sur la situation des Kurdes en Syrie

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STRASBOURG – Alors que les gangs de Damas poursuivent leurs attaques ciblant les Kurdes du Rojava, le Parlement européen a adopté aujourd’hui une résolution sur la situation des Kurdes en Syrie par 363 voix pour, 71 voix contre et 81 absentions. Après un long rappel des évènements récents, la résolution souligne :
  • « La contribution décisive des forces kurdes dans la lutte contre Daech, et notamment le rôle des combattantes, et salue leur excellente collaboration avec la coalition internationale dans la lutte de l’Union européenne contre les actions terroristes commises par Daech et la menace qu’elles présentent pour l’Europe, sa population et ses capitales; rappelle et salue le courage et la détermination des innombrables femmes kurdes qui ont courageusement mené la lutte contre Daech et ont subi en représailles des brutalités qui dépassent l’entendement de la part de Daech; invite les autorités syriennes à enquêter sur les crimes atroces perpétrés par Daech, notamment contre la communauté yézidie; souligne qu’une paix durable en Syrie passe par la reconnaissance des sacrifices consentis par la communauté kurde, de ses préoccupations légitimes en matière de sécurité et de sa représentation politique, et notamment par des garanties concernant les droits des femmes et la participation significative des femmes à la vie publique » (…)  
  • « demande un accès libre pour l’aide humanitaire de l’Union européenne et ses États membres à la ville assiégée de Kobané et le soutien au relèvement rapide dans le nord-est de la Syrie, en mettant particulièrement l’accent sur la protection des civils, la résilience des communautés locales ainsi que le soutien à la société civile syrienne, aux organisations indépendantes de défense des droits de l’homme et aux initiatives locales de consolidation de la paix ; souligne l’importance d’un financement humanitaire prévisible et pluriannuel en faveur de la Syrie afin de garantir la continuité de l’assistance vitale et de permettre la mise en œuvre d’activités de relèvement rapide » (…)  
  • « demande à tous les acteurs régionaux, y compris la Turquie, de s’abstenir de toute action militaire et de tout soutien à des groupes armés susceptible de rompre le cessez-le feu, de nuire à la protection des civils et de mettre à mal les perspectives d’un règlement inclusif du conflit; dénonce la poursuite de l’intervention militaire et de l’agression menées par la Turquie dans le nord-est de la Syrie, notamment les attaques meurtrières contre des civils et des infrastructures civiles dans des villes et des provinces à majorité kurde situées le long de la frontière entre les deux pays; presse le gouvernement turc de mettre immédiatement un terme à son intervention militaire dans le nord-est de la Syrie et de permettre la tenue de négociations dans le but de parvenir à une solution pacifique entre le gouvernement de transition syrien et les FDS; demande à la Commission, au SEAE et aux États membres d’aborder le rôle joué par la Turquie en Syrie dans le cadre d’échanges bilatéraux avec le gouvernement turc; souligne que tout accord en matière de sécurité doit respecter le droit international et respecter l’intégrité territoriale de la Syrie, et ne pas entraîner de déplacement forcé ou d’ingénierie démographique » (…)  
  • « se dit notamment vivement préoccupé par le risque que présente le grand nombre de combattants et de personnes se réclamant de Daech qui se sont échappés des centres de détention et des camps dans le nord-est de la Syrie; souligne que le déplacement progressif du problème des prisonniers de Daech vers l’Iraq risque de créer de nouvelles formes d’incertitude et de dépendance vis-à-vis des capacités et de la volonté politique de pays tiers; souligne en outre que le transfert ou la libération de combattants adultes de Daech ou de suspects en Syrie ou dans des pays tiers, notamment en Iraq et en Turquie, doit rester subordonné à des modalités effectives de garde, de surveillance et de partage d’informations, en particulier en cas de transferts transfrontaliers, et ce pour éviter qu’ils ne s’échappent ou qu’ils ne se déplacent sans surveillance, et que l’obligation de rendre compte de leurs actes doit être assurée par la conservation des preuves et par l’engagement de poursuites, conformément aux normes internationales et à la garantie d’un procès équitable; fait observer que les transferts et les rapatriements dépourvus de garanties effectives et de suivi judiciaire constitueraient un risque pour la sécurité de la Syrie, de l’ensemble de la région et de l’Europe; invite la coalition internationale, y compris les États-Unis, à prendre sans délai toutes les mesures nécessaires pour atténuer ce risque pour la sécurité et demande à l’Union d’apporter le soutien nécessaire à cette fin » (…)  
  • « salue l’accord récent conclu entre les FDS et le gouvernement de transition syrien; réaffirme qu’il continuera à soutenir sans relâche le cessez-le-feu et la reconnaissance des droits civils et éducatifs des Kurdes; demande à toutes les parties de s’abstenir de toute action qui pourrait entraîner une nouvelle escalade de la violence, de respecter les accords de cessez-le-feu en vigueur et de soutenir les mécanismes destinés à surveiller et à préserver le cessez-le-feu » (…)
    Enfin, et c’est important, le Parlement européen souligne que « toute collaboration avec les autorités syriennes doit rester subordonnée à des progrès tangibles et vérifiables en matière de protection des civils et de respect du cessez-le-feu, des droits de l’homme et des droits des minorités. » (Voir le texte intégral de la résolution en français https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-10-2026-0053_FR.html) Dans le débat qui a précède l’adoption de cette résolution, de très nombreux eurodéputées, dont Mmes Evin Incir, Abir al-Sahlani, Nathalie Loiseau, Ilaria Salis, Assita Kanko, Ozlem Alev Demirel, M. Daniel Attard, M. Nikolas Farantouris ont pris la parole en défense des Kurdes du Rojava (voir leurs interventions sur les comptes Facebook et Instagram de l’Institut.) Le jour même de l’adoption de cette résolution une dépêche de l’AFP confirme que le camp d’al-Hol où plus de 24 000 jihadistes et leurs familles étaient encore détenus et gardaient par les forces kurdes jusqu’aux accords du 29 janvier, a été vidée par les milices islamistes de l’armée syrienne, chargées de leur garde. La plupart d’entre eux aurait rejoint la province d’Idlib, bastion islamiste géré depuis des années par le HTC, ex-branche syrienne d’al-Qaïda, dirigé par le président intérimaire al-Charaa. Les prisonniers de Daech relâchés par leurs frères islamistes de HTC et d’autres milices pro-gouvernementales savourent leur revanche. Via l’Institut kurde de Paris

SYRIE. Les gangs de Damas vont attaquer Hassaké

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SYRIE / ROJAVA – Des sources locales mettent en garde contre une attaque imminente des gangs de Damas contre la ville à majorité kurde d’Hassaké. Par ailleurs, un village* kurde d’Hassaké est actuellement attaqué par les gangs de Damas.
 
Plusieurs sources ont annoncé que des forces affiliées au gouvernement intérimaire syrien sont en train de former une nouvelle faction militaire appelée « Liwa al-Quds » à l’intérieur d’un camp connu sous le nom de « Camp Al-Azraq » dans la région d’al-Bab, à l’est d’Alep.
 
La formation comprendrait des individus sunnites de la province de Lattaquié, en particulier des régions d’al-Faydh et d’al-Saliba, ainsi que des sunnites de la ville de Jableh.
 
D’après nos sources, les recrues se voient proposer des salaires allant jusqu’à 600 dollars, versés en livres turques. Les données indiquent également que les efforts de recrutement ciblent principalement les personnes ayant une mauvaise réputation ou un casier judiciaire, en échange des avantages financiers offerts.
 
La faction est dirigée par un commandant connu sous le nom d’« Abu Ubaida ». À ce jour, le troisième groupe de membres, en provenance de la province de Lattaquié, a été transféré.
 
Selon certaines informations, les organisateurs ont tenté de recruter des jeunes hommes de la communauté alaouite, mais ces tentatives ont échoué.
 
D’après les informations disponibles, l’objectif de la création de « Liwa al-Quds » est d’étendre son contrôle sur la province d’Hassaké. Par ailleurs, des sources ont rapporté qu’un jeune homme de Lattaquié, en contact avec plusieurs membres du groupe, aurait été informé que l’accord en vigueur entre l’État syrien et les Forces démocratiques syriennes prendrait fin sous peu et qu’il leur fallait se préparer à participer à l’attaque.
 
Les informations indiquent également que des armes lourdes — qui auraient été saisies précédemment à Raqqa et Maskanah — ont été transférées hier dans la ville de Jableh, où elles ont été stockées dans des installations appartenant au groupe.
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*Des groupes armés désignés sous le nom d’« Armée tribale », qui seraient affiliés aux autorités dirigées par HTS, attaquent actuellement le village kurde d’al-Sayha, en face du village d’al-Kharita, dans la campagne ouest d’al-Hasakah.
Selon des informations locales, ces groupes prennent d’assaut les maisons, se livrent à des pillages généralisés et volent du bétail. Les habitants décrivent la situation comme une véritable invasion et lancent des appels à l’aide urgents.

ROJAVA. Cas documentés de 18 enfants kurdes tués par les gangs de Damas

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SYRIE / ROJAVA – L’Académie de Jineolojî (mot kurde signifiant « études de femmes ») du Rojava a publié deux rapports, intitulés « Crimes de guerre dans le nord et l’est de la Syrie » et « Quelques cas de crimes de guerre contre des enfants dans le nord et l’est de la Syrie », documentant, photos et vidéos à l’appui, le meurtre et l’exécution de 18 civils kurdes et de 18 enfants par les gangs de Damas soutenus par la Turquie. Liman Sheikho, membre de l’Académie, a déclaré : « En tuant les enfants, ils voulaient dire : ‘Nous tuerons aussi votre avenir.’ » Les rapports documentés comprennent : « Attaques délibérées contre des civils, torture, meurtres de civils, y compris d’enfants et de femmes, mutilations et incinérations de cadavres, destruction de mausolées de martyrs, exécutions de civils et de membres des forces armées, prélèvement du cœur et des yeux d’un jeune homme, bombardements d’hôpitaux et de mosquées où des personnes s’étaient rassemblées, coupes de cheveux de femmes, jets de corps de combattantes du haut de falaises, pillages et vols, déplacements de population, bombardements par des drones de l’État turc et enlèvements de civils. »   Les documents ont été collectés entre le 6 et le 11 janvier 2026, lors des attaques contre les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh à Alep, et entre le 17 et le 26 janvier 2026, lors des attaques contre Deir Hafer, Tabqa, Raqqa, Deir ez-Zor et Kobanê. Des preuves vidéo et photographiques ont documenté l’exécution et le meurtre de 18 civils à Alep par des factions armées, le meurtre d’une famille de six personnes sur la route Raqqa-Deir ez-Zor, le jet du corps d’une femme d’un endroit élevé, la coupe de la tresse d’une autre femme, l’arrachage du cœur et des yeux d’un homme, et la capture et l’humiliation de 294 autres civils. Par ailleurs, des avions de combat turcs et des factions du gouvernement intérimaire syrien ont tué sept civils et en ont blessé quatre autres à Kobani.
Liman Sheikho, membre de l’Académie de Jineolojî du Rojava
Dans ce contexte, Liman Sheikho, membre de l’Académie de Jineolojî du Rojava, s’est entretenu avec l’agence ANHA au sujet du contenu des rapports préparés par l’académie, soulignant que la guerre en Syrie n’est pas nouvelle et que les attaques contre les Kurdes se poursuivent. Elle a ajouté : « En tant qu’Académie de Jineolojî, nous souhaitions documenter les violations commises et les transmettre aux institutions et organisations compétentes. Depuis le 6 janvier 2026, les attaques visent des civils, des hôpitaux, des mosquées et des habitations. Ces attaques ont été perpétrées avec des armes appartenant à l’État turc, ce qui prouve l’existence d’un soutien extérieur. Nous l’avons documenté avec des images et des photographies irréfutables. » Enfants tués D’après deux rapports, dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh à Alep, neuf enfants ont été tués et onze autres blessés. Les enfants décédés sont : Noura Rasho (10 ans), Amin Rasho (8 ans), Mira Rasho (3 ans), Khurshid Omar (13 ans), Sabri Muhammad Abdul Qader (8 ans), Muhammad Abdul Rahman Barakat (8 mois) et deux enfants de 10 ans dont les noms sont inconnus. Les blessés sont : Ivan Abdo (2 ans), Sham Dalou (3 ans), Hamouda Muhammad Bakr (13 ans), Aslan Bakr (15 ans), Jihad Saleh Nasser (15 ans), Ahmad Badr al-Din Zeidan (15 ans), Abdullah Hassan Muhammad (8 ans), Hala Hamza (13 ans), Wiam (6 ans), Rahaf Hamza (6 ans) et Rajab Abdul Fattah (13 ans). De nombreux autres enfants des deux quartiers étaient également portés disparus, et en raison des attaques en cours, leur nombre et leur identité n’ont pu être établis. La petite Akhin, âgée de seulement 20 jours, a vu ses parents tués. À Raqqa, Hassaké et Kobané, neuf enfants ont été tués lors d’attaques menées par le gouvernement intérimaire syrien et l’État turc. À Raqqa, un garçon de dix ans, dont le nom est inconnu, a été tué. À Hassaké, Daham al-Rasho, âgé de dix ans, a également été tué. Sur la route reliant Kobané à Raqqa, Mahmoud Musi al-Koulk, âgé de quinze ans, a trouvé la mort. Dans la campagne de Kobané, les enfants suivants ont été tués : Sabreen Ahmed Alawi (8 ans), Judi Ahmed Alawi (14 ans), Muhammad Ahmed Alawi (10 ans), Ibrahim Ahmed Alawi (5 ans), Jaafar Muhammad Sheikh Bozan (3 ans) et Solin Muhammad Sheikh Bozan (7 ans). En tuant des enfants, ils voulaient dire : « Nous allons tuer votre avenir. » Liman Sheikho a dénoncé le massacre d’enfants par des factions du gouvernement intérimaire syrien soutenu par la Turquie, déclarant : « En ciblant les enfants, ils ont envoyé un message au peuple : nous anéantirons aussi votre avenir, alors ne croyez pas que vous pourrez préserver votre culture et votre existence. Car les enfants sont la culture qui fait vivre la société. » Cheikho a expliqué qu’ils avaient préparé les rapports en sept langues (kurde, arabe, anglais, allemand, français et autres) et qu’ils les partageraient avec les mouvements de femmes, les organisations de défense des droits des femmes et des enfants et les institutions internationales compétentes. Vous trouverez des informations détaillées sur les deux rapports via ces liens : https://jineoloji.eu/ar/2026/02/11/%d8%ac%d8%b1%d8%a7%d8%a6%d9%85-%d8%a7%d9%84%d8%ad%d8%b1%d8%a8-%d…

Attaques contre le Rojava. La jeunesse kurde exige des comptes​

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KURDISTAN – Des manifestations ont éclaté à travers l’Europe en réaction aux attaques menées au Rojava par l’armée du Gouvernement de transition syrien, dirigé par l’ancien chef du HTS, Ahmed al-Charaa [Jolani]. Sur les places publiques, des Kurdes des quatre régions du Kurdistan appellent à l’unité kurde, tandis que les jeunes manifestants expriment leur frustration envers les dirigeants politiques kurdes et leur désillusion vis-à-vis des puissances occidentales. Le 6 janvier, les forces d’al-Charaa ont lancé une offensive contre le Rojava, région autonome kurde du nord-est de la Syrie. Partout en Europe, la diaspora kurde est descendue dans la rue pour protester contre ces attaques. Les manifestants ont dénoncé l’abandon des Kurdes ayant combattu l’État islamique (Daech) et ont appelé à la solidarité et à la cohésion kurde. Ils ont également exhorté les États européens et les États-Unis à apporter leur soutien au Rojava. « J’ai l’impression d’avoir été trahi. »

« Nous avons combattu pour eux, nous avons fait leur sale boulot. »

Aux Pays-Bas, d’importants rassemblements ont eu lieu à La Haye, Rotterdam, Amsterdam et Arnhem. Les slogans mettaient l’accent sur l’unité kurde, tels que « Rojava et Rojhilat [Kurdistan iranien] – Le Kurdistan est un seul pays » et « Le peuple kurde est un ». Les slogans soutenant Abdullah Öcalan, figure emblématique kurde emprisonnée, étaient remarquablement rares. Alaa Kalaf, un Kurde syrien résidant aux Pays-Bas qui a activement sensibilisé le public à la situation au Rojava sur les réseaux sociaux, a participé à de nombreuses manifestations dans plusieurs villes néerlandaises. Il a décrit ces manifestations comme empreintes à la fois de colère et de tristesse. « Je me sens trahi par tout le monde, vraiment, par le monde entier », a-t-il déclaré aux journalistes. Pointant du doigt les États-Unis, il a affirmé : « Ce qu’ils ont fait, c’est de la trahison. Nous avons combattu pour eux, nous avons fait leur sale boulot. » Entre 2015 et 2019, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées militairement par les Unités de défense du peuple kurde (YPG), ont joué un rôle central dans les opérations qui ont chassé l’EI des villes à majorité arabe telles que Raqqa, Deir ez-Zor, Tabqa et Manbij, qui ont ensuite été intégrées à l’Administration autonome démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Alaa a expliqué que, tandis que les Kurdes protégeaient leur propre territoire, ils défendaient également les villes arabes contre l’EI, accomplissant en réalité le « sale boulot », pour finalement être abandonnés par les États-Unis. « Le récit de la fraternité des peuples est une illusion. » Alaa a fait valoir que la défection de certaines tribus arabes de Raqqa et de Deir ez-Zor vers les rangs des forces du gouvernement de transition syrien compromettait l’espoir de solidarité entre les communautés en Syrie. « Les tribus arabes ne sont fidèles à personne ; nous ne pouvons pas leur faire confiance. Par conséquent, l’idée de fraternité entre ces peuples, de pouvoir construire une Syrie démocratique, laïque et féministe, est une illusion. » Concernant les théories politiques d’Öcalan, qui mettent l’accent sur le confédéralisme démocratique multiethnique et façonnent le modèle de gouvernance du Rojava, Alaa a déclaré : « J’ai un grand respect pour Öcalan. Mais je pense que ce qu’il a écrit est trop dogmatique et utopique pour notre époque. » « Les Kurdes devraient d’abord penser à leur propre foyer. »

« Voilà comment ils nous remercient d’avoir combattu Daech. »

Uğur Cihan, ingénieur électricien ayant participé aux manifestations à Cologne, en Allemagne, a fait écho à ce sentiment d’abandon de la part des puissances occidentales. « Voilà comment ils nous remercient d’avoir combattu Daech », a-t-il déclaré, faisant référence à la réponse limitée de l’Europe à l’offensive de janvier menée par l’armée du Gouvernement de transition syrien. Cihan a également critiqué la rhétorique anti-kurde des médias turcs et souligné les contradictions en Turquie : alors qu’un processus de réconciliation avec les représentants kurdes est officiellement en cours, les autorités continuent de détenir des personnes pour avoir manifesté leur soutien à la communauté kurde du Rojava. Des actes symboliques de solidarité, comme le tressage des cheveux par des femmes, ont été qualifiés de propagande terroriste, entraînant des arrestations et des licenciements. Cihan a plaidé pour un changement de stratégie politique kurde. « La mentalité kurde qui façonne la politique doit évoluer », a-t-il déclaré. Il a soutenu que l’unité kurde devait primer sur les efforts de démocratisation des États qui gouvernent les régions kurdes – une position qui s’écarte du cadre du confédéralisme démocratique qui sous-tend une grande partie du mouvement kurde contemporain. « Les Kurdes devraient cesser d’alimenter le feu de leur voisin et éteindre le leur », a ajouté Cihan, présentant le Kurdistan comme un territoire colonisé, une analyse développée par le sociologue turc İsmail Beşikçi et adoptée par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à ses débuts. «Que ceux qui en paient le prix décident.»

L’Occident perçoit les conflits impliquant les Kurdes au Moyen-Orient comme une situation normale

Ezo Önder, qui a participé aux manifestations en France, a exprimé son admiration pour l’unité kurde, mais a critiqué l’inaction européenne, l’attribuant à la perception que les conflits impliquant les Kurdes sont monnaie courante au Moyen-Orient. Önder a suggéré que des décennies de lutte armée kurde ont désensibilisé l’opinion publique occidentale et ses décideurs politiques. Elle a également soutenu que les décisions stratégiques devraient être prises par les personnes directement concernées. « Laissons ceux qui en paient le prix décider de ce qu’il faut faire et comment. Les personnes impliquées dans ce dossier se battent depuis des années et risquent leur vie », a déclaré Önder, ajoutant : « Nous devons les respecter. » Un tournant ? L’accord de cessez-le-feu conclu le 30 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes, et le gouvernement de transition syrien a donné aux populations du Rojava – qui luttent pour leur survie – un répit temporaire, même si cela a eu un coût important pour l’administration autonome. La crise a brièvement permis de surmonter les divisions entre les factions politiques kurdes. La coordination entre le commandant des FDS, Mazloum Abdi, et l’éminent dirigeant kurde irakien, Massoud Barzani, a démontré le potentiel de coopération malgré les tensions historiques entre les groupes kurdes en Syrie et le gouvernement régional du Kurdistan, qui entretient des liens étroits avec la Turquie. La résistance au Rojava, conjuguée à la mobilisation de la diaspora, témoigne de la capacité des Kurdes à se mobiliser rapidement et à s’organiser d’eux-mêmes. Il reste toutefois incertain si cela représente un véritable tournant et comment cela influencera leur trajectoire politique, compte tenu de l’évolution de la situation dans le nord-est de la Syrie et de l’enlisement du processus de paix en Turquie. (…) Par Mehmet Fırat Özgür, journaliste basé aux Pays-Bas et membre de RFG Media Article original (en anglais) à lire ici « Rojava Protests: Kurdish Youth’s Reckoning«