IRAN. Deux autres manifestants kurdes exécutés

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IRAN / ROJHILAT – La dictature islamiste iranienne a encore frappé. Mehrdad Mohammadinia et Ashkan Maleki, deux manifestants kurdes en janvier, ont été exécutés à Karaj.

Le sinistre juge Abolghasem Salavati, surnommé « le Boucher de Téhéran », a personnellement signé leurs condamnations à mort. Leur seul véritable crime ? Avoir osé protester contre la tyrannie corrompue et sanguinaire de la République islamique.

Arrêtés lors des soulèvements de janvier dans le Rojhilat (Kurdistan iranien), les deux hommes ont été assassinés à la prison de Qezelhesar (la Forteresse Rouge) à Karaj, selon l’agence Mizan, porte-parole officiel des bourreaux.

Le régime leur reprochait pêle-mêle « espionnage au profit d’Israël et des États-Unis », « incendie de mosquées », « opérations militaires » et autres accusations grotesques sorties tout droit de son usine à mensonges. Des aveux extorqués sous la torture, comme d’habitude.

En réalité, le régime des mollahs exécute tous ceux qui refusent de se soumettre. Chaque pendaison est un message de terreur adressé à un peuple qui étouffe sous la répression, la corruption et l’obscurantisme islamiste.

Mehrdad et Ashkan ne sont pas des « criminels ». Ce sont des victimes innocentes d’un régime qui n’a plus d’autre argument que la violence barbare et la terreur d’État.

Un triomphe kurde au Théâtre du Gymnase

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PARIS — Ce soir, au Théâtre du Gymnase Marie Bell, le concert de clôture de la 5e édition du Festival culturel kurde de Paris a été un véritable triomphe. Devant une salle comble et enthousiaste, Ulaş Kelaşin, Işık Berfin et Murad Demir ont offert une soirée magique, empreinte d’émotion, de virtuosité et de grande fierté culturelle.
 
Une soirée où le frisson est monté en crescendo
 
D’abord, Ulaş Kelaşin a ouvert le concert avec une prestation solide et engagée, mettant d’emblée le public dans l’ambiance et le faisant vibrer dès les premières notes.
 
 
Puis, la très jeune et lumineuse Işık Berfin est montée sur scène. Dotée d’une voix à la fois veloutée et puissante, elle a enchanté l’auditoire en interprétant des chants traditionnels dans les dialectes « zazaki » et « kurmancî ». Accompagnée de musiciens exceptionnels, notamment un joueur de zurna et un percussionniste au tambour, sa présence rayonnante et sa voix exceptionnelle ont fait frissonner toute la salle qui l’a accompagnée pour les refrains. Lors de sa dernière chanson, Ciwan Elibeg de la compagnie Bien à vous a fait son apparition sur la scène pour danser avec elle la govend (ronde kurde).
 
 
Enfin, Murad Demir, venu spécialement du Kurdistan, a pris le relais et a littéralement chauffé à blanc une salle déjà en extase. Accompagné de trois musiciens, dont une virtuose du violon et le talentueux percussionniste Ali Kutlutürk, il a alterné chants d’amour et chants de résistance kurde. Vers la fin de sa prestation, il a invité Isik Berfin à ses côtés pour un pot-pourri très rythmé. Il a ainsi clôturé la soirée en apothéose, emmenant le public dans un voyage intense entre tradition et modernité.
 
Isik Berfin et Murad Demir
 
Mêlant avec brio chants traditionnels, compositions originales et influences contemporaines, les trois artistes ont magnifiquement mis en lumière la richesse et la vitalité du répertoire kurde — un authentique pont entre héritage ancestral et création actuelle.
 
Cette soirée restera gravée comme l’un des moments les plus forts du Festival culturel kurde de Paris : une célébration vibrante, émouvante et fière d’une culture qui résiste à l’effacement colonial en cours dans les trois parties du Kurdistan. Malgré la guerre existentielle menée contre le peuple kurde, sa musique rayonne sur la scène internationale grâce à une jeune génération d’artistes talentueux qui modernisent le patrimoine sans jamais le dénaturer, chacun y apportant sa profondeur et sa touche unique. Même en musique, les Kurdes renaissent de leurs cendres, tels des phénix.
  A la fin du concert qui a clôturé les trois jours du festival culturel kurde de Paris, les organisateurs* ont donné rendez-vous pour la 6e édition du Festival qui doit avoir lieu au printemps 2027.
  *Le Festival culturel kurde de Paris (en kurde : Festivala Çand û Hunera Kurdî Parisê) est organisé par le Conseil Démocratique Kurde en France (CDK-F), en collaboration avec avec la fondation Danielle Mitterrand, la Mairie de Paris, la Mairie du 10e arrondissement, l’Association de Solidarité France-Kurdistan, l’Institut de Réflexion et d’Études sur le Kurdistan (IREK) et l’association Arts et Culture du Kurdistan (ACK).

IRAK. Quel avenir pour les forces kurdes ?

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IRAK / KURDISTAN — Les forces peshmergas n’ont reçu aucune information officielle concernant un projet d’intégration au sein de l’appareil sécuritaire fédéral irakien, a affirmé samedi un haut responsable kurde, alors que Bagdad multiplie les efforts pour consolider le monopole étatique sur les armes et les forces armées.

Bakhtiyar Mohammed, secrétaire général du ministère des Peshmergas du Gouvernement régional du Kurdistan, a déclaré à Rudaw :

« Si une telle proposition est formulée, elle doit d’abord être transmise au Parlement et au gouvernement régional afin que des analyses juridiques soient menées et des experts consultés. Cette question doit être traitée par la voie légale, et non par de simples discussions ou réunions. »

Il a rappelé que les Peshmergas constituent une force officielle et légitime, reconnue par le Parlement irakien, et que leur existence est explicitement protégée par la Constitution irakienne — contrairement aux Hachd al-Chaabi (FMP). L’Article 121, paragraphe 5 stipule en effet que le gouvernement régional est responsable de « la mise en place et de l’organisation des forces de sécurité intérieure, telles que la police, les forces de sécurité et les gardes régionaux ».

De son côté, Abdulrahman al-Jazaeri, chef du Mouvement tribal national et haut responsable au sein des Forces de mobilisation populaire, a indiqué que des responsables sécuritaires fédéraux et kurdes devraient se rencontrer dans les prochains jours pour discuter des modalités d’une possible intégration des Peshmergas au sein des forces d’intervention rapide et de lutte contre le terrorisme.

Contexte régional tendu

Ces déclarations interviennent après l’annonce par Moqtada al-Sadr, la semaine dernière, de la « séparation totale » de son bras armé, Saraya al-Salam, et de son intégration complète à l’État. Le Premier ministre irakien, Ali al-Zaidi, a salué cette décision et appelé les autres groupes armés à suivre cet exemple.

La question kurde reste sensible. Selon un militant kurde, le projet d’intégration — voire de dissolution progressive — des Peshmergas commence à émerger publiquement, particulièrement depuis la décision de Sadr. Ankara suivrait ce dossier de près et souhaiterait réserver aux Peshmergas le même sort que celui imposé aux Forces démocratiques syriennes (FDS/YPJ) dans le Rojava.

Un militant kurde a par ailleurs affirmé que l’émissaire américain pour le Moyen-Orient, Tom Barrack, continuerait d’exercer ses fonctions dans ce dossier selon les exigences du président turc Recep Tayyip Erdoğan.

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ROJAVA. Qamishlo debout en soutien aux YPJ

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SYRIE / ROJAVA – Une imposante marche populaire menée par des femmes kurdes a eu lieu ce dimanche à Qamishlo en soutien aux Unités de protection des femmes (YPJ). Les manifestantes réclament la reconnaissance officielle des YPJ comme force essentielle dans la protection des femmes et leur intégration au sein du ministère syrien de la Défense.

Parties des villes de Derik et Tirbespiye, des milliers de femmes et de jeunes, accompagnées de dizaines de combattantes et commandantes des YPJ, ainsi que de militantes, intellectuelles et représentantes d’organisations féminines de la région de Jazira, ont défilé dans les rues de Qamishlo.

La marche a débuté au rond-point Soney, au cœur de la ville. Les participantes ont brandi les drapeaux des YPJ, porté les portraits de combattantes tombées face à l’État islamique, et déployé des banderoles affirmant le rôle central des femmes dans la défense de leurs droits et de leurs acquis révolutionnaires.

La mobilisation, qui doit se transformer en grand rassemblement, sera ponctuée de discours de dirigeantes politiques et féminines. Celles-ci insisteront sur la nécessité d’une reconnaissance officielle des Unités de protection des femmes (en kurde : Yekîneyên Parastina Jin, YPJ) et leur participation pleine au processus d’intégration des forces du nord-est syrien.

Cette action s’inscrit dans la campagne lancée le 26 avril par la Plateforme d’événements conjoints des mouvements et organisations de femmes du Rojava, sous le slogan fort : « Nous sommes toutes YPJ, YPJ nous représente ».

SYRIE. L’État islamique renait du chaos sécuritaire

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SYRIE – L’État islamique (EI) cherche activement à reconstruire ses réseaux dans le nord-est de la Syrie, profitant des graves perturbations sécuritaires qui ont affaibli la lutte antiterroriste, selon un rapport alarmant de l’inspecteur général de l’opération « Inherent Resolve » (OIR) remis au Congrès américain.

Couvrant la période de janvier à mars 2026, le document met en garde contre l’exploitation par l’EI de l’effondrement du dispositif de sécurité dans la région suite aux violents affrontements entre l’armée syrienne et les Forces démocratiques syriennes (FDS). L’avancée des forces gouvernementales a contraint l’alliance arabo-kurdes des FDS à abandonner la garde de plusieurs prisons et centres de détention, créant un vide sécuritaire majeur.

Résultat : au moins 150 détenus liés à l’EI se sont évadés. Parallèlement, des milliers de résidents ont fui le camp d’Al-Hawl (ou al-Hol), qui abrite familles de djihadistes et sympathisants de l’organisation.

Le rapport souligne que l’EI n’a jamais renoncé à son objectif de libérer ses combattants et d’exploiter toute instabilité pour reconstituer ses capacités. Les analystes américains craignent une reprise du recrutement et une réorganisation rapide du groupe, d’autant plus que les mécanismes de surveillance ont largement disparu.

Malgré les frappes aériennes américaines persistantes, les responsables militaires et du renseignement mettent en garde : tout vide sécuritaire prolongé ou toute difficulté d’intégration des FDS dans les nouvelles structures de sécurité offrirait à l’EI l’espace nécessaire pour se renforcer.

Ce rapport intervient alors que les inquiétudes grandissent sur le retrait progressif des forces américaines et la fragilité de la coordination anti-EI, cinq ans après la défaite territoriale du califat en 2019.

IRAN. Les Kurdes pleurent les frères Veisi tués par le régime

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IRAN / ROJHILAT – Hier, des dizaines de milliers de personnes ont rendu hommage samedi aux frères Meysam et Mojtaba Veisi, deux militants kurdes yarsans abattus par les forces du régime iranien le 28 mai 2026.

Les funérailles se sont déroulées dans le quartier de Mehdiyeh (Dare Daraz / Dîrij) à Kermanshah (Kirmaşan). Tout au long du cortège, les participants, vêtus de noir, ont entonné des chants de deuil, comme le montrent les images largement diffusées sur les réseaux sociaux.

Exécutés sans sommation

Le 28 mai 2026, vers 4 heures du matin, les forces du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) ont encerclé la maison où les deux frères s’étaient réfugiés dans le village de Qaleh Kahush, dans le comté de Dalahu (province de Kermanshah). Sans sommation, elles ont ouvert le feu depuis plusieurs directions, tuant sur-le-champ Meysam et Mojtaba Veisi. Le propriétaire de la maison, Farshad Hatamipour, est toujours porté disparu.

Les deux frères vivaient dans la clandestinité depuis les manifestations de janvier 2026, suite à de sérieuses menaces de mort proférées par les services de sécurité iraniens.

Militants culturels respectés

Meysam et Mojtaba Veisi étaient des figures très appréciées à Kermanshah pour leur engagement culturel et communautaire. Adeptes de la foi yarsane, ils avaient fondé la bibliothèque kurde du quartier Dareh Deraz et joué un rôle central dans l’organisation des fêtes de Newroz dans la région. Mojtaba était également un lutteur accompli, plusieurs fois champion provincial.

Ils avaient déjà été arrêtés et harcelés à de multiples reprises en raison de leurs activités culturelles, ethniques et religieuses. Mojtaba avait notamment été détenu 18 jours à l’isolement après son arrestation le 5 mars 2025 lors des préparatifs de Newroz, avant d’être libéré contre une caution record de « 700 millions de tomans ».

Deuxième journée du Festival culturel kurde de Paris

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PARIS – La deuxième journée du 5e Festival culturel kurde de Paris a connu un franc succès, alliant animations familiales et moments forts de valorisation du patrimoine.

Dès le matin, l’équipe de Gerok Ma a organisé au centre culturel Ahmet Kaya à Paris une série d’activités spécialement conçues pour les enfants. Spectacles artistiques, jeux et ateliers ont permis aux plus jeunes de participer activement à la fête et de découvrir la culture kurde de manière ludique.

Vers 14h30, une foule nombreuse, vêtue de costumes kurdes traditionnels, a pris part à une parade folklorique colorée entre la rue d’Enghien et la Mairie du 10e arrondissement. Au rythme des chants et des danses traditionnelles kurdes (govend), les participants ont traversé les rues du quartier, créant une ambiance festive et chaleureuse.  

Splendeur et transmission : le défilé des costumes traditionnels kurdes à la Mairie du 10e

Dans le cadre solennel de la salle des mariages de la Mairie du 10e arrondissement, le public a assisté à un défilé de mode très attendu, célébrant avec éclat la richesse et la diversité des costumes traditionnels kurdes. Face aux politiques d’assimilation et d’effacement qui menacent l’histoire de ce peuple, cet événement s’est imposé comme un acte fort de résistance culturelle et de préservation patrimoniale.

Les différentes régions représentées — Botan, Amed, Colemêrg, Koçgirî, Serhed et le Rojhilat — ont offert aux spectateurs un véritable voyage à travers la géographie et l’histoire du Kurdistan. Le public a particulièrement été captivé par :

  • L’élégance raffinée de Botan : Une coupe d’une grande finesse, témoignant d’un savoir-faire ancestral.

  • Les parures d’Amed : Des tenues majestueuses, mariant la noblesse du velours à la délicatesse de broderies dorées.

  • L’éclat du Rojhilat : Une palette de couleurs vives et lumineuses, symboles de vitalité et d’espoir.

  • L’identité de Colemêrg : Des ceintures, coiffes et motifs géométriques distinctifs d’une grande force symbolique.

  • Le folklore de Koçgirî : Des pièces uniques ornées de motifs traditionnels, reflets de la pluralité des récits locaux.

  • L’authenticité de Serhed : Des tissus de laine finement brodés, précieux témoins d’un mode de vie montagnard et d’une adaptation séculaire à la terre.

Ce défilé haut en couleur a non seulement célébré la beauté du costume kurde, mais a également rappelé l’importance de sa transmission aux nouvelles générations.

À travers ces différentes activités, la 5e édition du Festival culturel kurde de Paris s’affirme une nouvelle fois comme un espace essentiel de rencontre, de promotion et de préservation de l’identité et du patrimoine kurde en Europe.

IRAN. Lettre d’un Kurde tué par le régime : « La résistance c’est la vie »

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IRAN / ROJHILAT – Dans un message bouleversant adressé aux étudiants de la bibliothèque qu’il avait fondée, Mojtaba Veysi, activiste kurde yarsan récemment abattu par les forces de sécurité iraniennes, a laissé un ultime témoignage de courage :

« Survivre et se soumettre à l’oppression par peur de la mort n’est rien d’autre que honte et humiliation. »

Un nouveau crime contre les militants kurdes

Le 28 mai 2026, Mojtaba Veysi et son frère Meysam Veysi, tous deux militants culturels de la communauté kurde Yarsani, ont été brutalement tués par les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) dans le village de Ghaleh-Kouhesh (Dalahu, province de Kermanshah).

Recherchés pour avoir courageusement participé aux manifestations de décembre 2025 et janvier 2026, les deux frères vivaient dans la clandestinité depuis plusieurs mois pour échapper aux arrestations arbitraires du régime.

Aujourd’hui est rendue publique la lettre testament de Mojtaba Veysi. Écrit en kurde sorani, ce texte de deux pages était dédié aux enfants qui fréquentaient la bibliothèque kurde du quartier, véritable havre de culture et d’identité face à l’oppression. En voici la traduction.

Traduction de la lettre de Mojtaba Veysi

« Parfois, mes pensées s’envolent vers cette bibliothèque où mon âme a jadis déployé ses ailes à travers les livres. Tous les enfants de la bibliothèque me manquent cruellement : Mehiya, Mahbub, Sena, Aylin, Servinaz, Hena, Mübin, Diana, Atusa, Hesti, Alov, Negar, Ayda, Terane, Haniye, Aydın, Berhem.

Pourrai-je un jour vous voir grandir et être témoin de votre avenir ? Pourrai-je assister à votre passage à l’âge adulte et découvrir ce que le destin vous réserve ? Je l’ignore. Mais du plus profond de mon cœur, je souhaite à chacun d’entre vous la santé, la sagesse et une vie honorable. Je vous aime.

Je vous souhaite d’acquérir la connaissance nécessaire pour vous prémunir contre la tromperie et la manipulation des hommes. Soyez emplis d’humanité et sachez la refléter autour de vous. Chérissez la liberté, recherchez sans cesse la justice, servez votre prochain et tenez-vous fermes, face à l’adversité, comme des chênes majestueux et profondément enracinés. Avec l’immense espoir de vous revoir un jour dans un monde libre et éclairé… La prospérité de la patrie et votre dignité sont mes vœux les plus chers. Que la vérité vous accompagne, qu’elle soit votre soutien et votre refuge.

Pourtant, il est des moments où je suis rongé par une profonde agitation intérieure face à un avenir si incertain. Une angoisse née de l’ignorance du cours des événements, de l’incapacité à prévoir les jours prochains. Combien de temps cela va-t-il encore durer ? Le règne de ce tyran prendra-t-il enfin fin ? Cette ère de terreur s’achèvera-t-elle, ou un autre oppresseur prendra-t-il sa place pour répéter ce cercle vicieux ? Comment le pouvoir du dictateur sera-t-il définitivement renversé et anéanti ?

Les braves continueront-ils de payer le prix de la liberté au sacrifice de leur vie et de leurs biens, pendant que les lâches et les opportunistes hériteront du pouvoir, de l’arrogance, et s’assiéront sur le trône ? Ces visages intègres qui ont lutté et perdu la vie ne laisseront-ils derrière eux que des photos suspendues aux murs des prisons ? Tous les efforts et les sacrifices de mes camarades seront-ils réduits à néant, laissant la force future de notre patrie tomber entre les mains de ceux qui ne la convoitent que par pur intérêt personnel ?

Le pouvoir doit être mis au service du peuple et de l’humanité, sinon, bientôt, les chaînes de l’esclavage seront de nouveau forgées…

Mais la douleur de se soulever pour lutter contre la tyrannie n’est pas la source de mon désespoir. Au contraire, elle est l’essence même du flux de la vie et le sens profond de notre existence. Dans ce monde absurde auquel j’ai choisi de donner ma propre signification, survivre et se soumettre à l’oppression par peur de la mort n’est que honte et humiliation.

Bien à vous,

Votre soutien et votre défenseur.

Berxwedan bi xwe jiyan e. [La résistance est en soit la vie.]

Serhildan bi xwe jiyan e. [La révolte est en soit la vie.] »

Ouverture des barrages turcs sur l’Euphrate : Inondations meurtrières en Syrie et alerte maximale en Irak

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IRAK / SYRIE – La décision de la Turquie d’ouvrir les vannes du barrage Atatürk construit au Kurdistan du Nord, pour la première fois en sept ans, a provoqué une brusque montée des eaux de l’Euphrate, entraînant des conséquences dramatiques en Syrie, y compris dans les régions kurdes, et des risques d’inondations majeures en Irak.

En Syrie, les provinces de Deir ez-Zor et Raqqa ont été particulièrement touchées. Le débit d’eau en provenance de Turquie a atteint jusqu’à 2 000 mètres cubes par seconde, faisant monter le niveau du fleuve d’environ trois mètres. Des villages entiers, des terres agricoles et des camps ont été submergés, forçant des milliers de familles à fuir.

Selon des sources locales et des bilans officiels, plusieurs personnes sont mortes noyées, dont quatre enfants emportés par les courants à Deir ez-Zor et un homme à Raqqa. Près de 2 400 familles ont été affectées dans la seule région de Deir ez-Zor, tandis que de nombreux champs agricoles ont été inondés dans la campagne ouest de Raqqa. Plus de 50 stations de pompage d’eau et installations électriques ont été mises hors service. Plusieurs ponts, dont des ponts de terre, se sont effondrés, isolant des villages et rendant la circulation extrêmement difficile entre les deux rives du fleuve.

Les habitants, livrés à eux-mêmes, ont tenté de protéger leurs maisons avec des digues de fortune en terre. Ils lancent des appels urgents pour le déploiement d’engins lourds, des opérations d’évacuation et une indemnisation des pertes agricoles, estimées à des centaines de milliers de dollars, notamment sur les cultures de blé et de légumes.

En Irak, pays situé en aval, les autorités ont activé des plans d’urgence face à la vague attendue. Le barrage d’Haditha, premier grand ouvrage irakien sur l’Euphrate, sert de tampon pour stocker l’eau excédentaire avant de la rediriger vers le lac Habbaniyah. Le ministre irakien des Ressources en eau, Muthanna al-Tamimi, s’est rendu sur place pour superviser les préparatifs. Bien que le débit actuel à la frontière (environ 700 m³/s) soit jugé « acceptable » pour l’instant, l’état d’alerte a été déclaré dans la province d’Anbar pour trois jours.

Cette crise met une nouvelle fois en lumière la vulnérabilité des pays en aval face à la gestion unilatérale des barrages turcs, notamment dans le cadre du projet GAP (Anatolie du Sud-Est). Après des années de réduction drastique des débits ayant causé sécheresses et pénuries, c’est désormais la brutalité des lâchers d’eau qui provoque destructions et pertes humaines.

Les autorités syriennes et irakiennes espèrent une coordination rapide avec Ankara pour stabiliser la situation et éviter une aggravation des dégâts dans les jours à venir.

« Intégrer le parfum de la terre dans l’art »

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TURQUIE / KURDISTAN — L’artiste kurde Sarya Melek Demir déclare que son exposition Fîncanek Ax rassemble la vie des femmes, la résistance et la mémoire sociale à travers le parfum et le symbolisme de la terre.

L’exposition de la peintre Sarya Melek Demir, intitulée « Fîncanek Ax » (« Une tasse de terre »), réalisée selon la technique de la peinture au café sur papier, aborde des thèmes inspirés de l’histoire, du vécu des femmes, de la culture kurde et du quotidien. À travers l’art, l’exposition explore le lien profond entre les femmes, représentées comme créatrices et tisserandes de la vie, et la nature fertile de la terre.

Sarya Melek Demir, qui s’est tournée plus intensément vers l’art après avoir été licenciée de son poste d’enseignante par décret en 2016, s’est entretenue avec ANF au sujet de son processus créatif et de l’histoire de l’exposition.

« Je me suis davantage tournée vers l’art après avoir été licenciée. »

Sarya Melek Demir explique que les expériences qu’elle a vécues l’ont rapprochée de l’art et que son travail est né d’un processus d’exploration personnelle.

« Je suis originaire de Kırşehir. Ma famille est issue de la communauté kurde exilée. J’étais enseignante, mais j’ai été licenciée par décret. Ce fut une période difficile pour nous tous. Nous avons dû exercer différents métiers pour subvenir à nos besoins. Malgré tout, mon lien avec la peinture s’est renforcé. Je m’intéressais à la peinture depuis l’enfance, mais ce que j’ai vécu, les questions que je me posais et les émotions que j’ai ressenties m’ont poussée à créer davantage. Je me suis installée à Amed (Diyarbakır) car je souhaitais approfondir ma connaissance de mon identité et de ma culture. Une fois sur place, j’ai entrepris une quête pour redécouvrir mes racines. C’était déjà un lieu que je fréquentais régulièrement, mais une fois installée, cette quête s’est intensifiée. C’est devenu l’un des points de départ de l’exposition. J’ai d’abord réalisé plusieurs œuvres inspirées des vêtements traditionnels des femmes kurdes et de vieilles photographies. Plus tard, j’ai compris que ces œuvres avaient évolué pour former une série. »

L’excitation d’une première exposition solo, c’est autre chose.

Demir confie que l’ouverture de sa première exposition solo revêtait une signification particulière à ses yeux :

« Je travaille également comme présentatrice, donc je ne suis généralement pas du genre à être très nerveuse. Mais le sentiment que j’ai éprouvé pour cette exposition était complètement différent. Car il ne s’agit pas seulement de peintures ; il s’agit aussi de la vie que l’on a vécue, des douleurs que l’on a ressenties, des recherches et des espoirs que l’on a nourris. J’observe comment les gens se tiennent devant les œuvres et je suis attentive à leurs expressions. Parfois, un simple regard peut en dire long. Il m’a fallu deux ans pour préparer cette exposition. J’ai rencontré de nombreux obstacles. Rien qu’en mai, j’ai dû la reporter quatre fois. Le jour du vernissage, il y avait de la grêle et un orage. Pourtant, malgré tout cela, voir les gens venir et interagir avec les œuvres fait oublier toute la fatigue. Ce que l’on crée prend tout son sens au contact de la société. »

« Je n’ai jamais séparé les femmes de la terre. »

Sarya Melek Demir explique que le titre de l’exposition, Fîncanek Ax, reflète sa volonté de représenter le lien indissociable entre les femmes et la terre :

« Fîncanek Ax signifie “Une tasse de terre”. La figure féminine est omniprésente dans mon travail car j’aborde la vie à travers le prisme des femmes. Tout comme la terre nourrit la vie, les femmes sont au cœur de sa création et de son maintien. De la mythologie à nos jours, les femmes et la terre ont toujours été associées. De Gaïa à Ishtar, de Déméter à Cybèle, ces récits reposent sur cette relation. L’odeur et la couleur du café me rappellent la terre. C’est pourquoi j’ai principalement réalisé des œuvres monochromes à base de café. Je souhaitais associer le parfum et la couleur de la terre au lien que les femmes tissent avec la vie. En quelque sorte, j’ai tenté d’unir une tasse de café et une tasse de terre au sein d’un même souvenir. »

« J’ai essayé de raconter les histoires à travers les yeux des femmes. »

Demir précise que son travail de portraitiste se concentre particulièrement sur les visages de femmes :

« Je suis profondément touchée par la lutte des femmes. C’est pourquoi j’ai cherché à raconter leurs histoires à travers mes œuvres. Les tatouages, les foulards, les rides et les expressions de leurs yeux portent tous les traces d’une vie vécue. Je me suis particulièrement intéressée aux expériences reflétées dans les yeux, car ils contiennent à la fois douleur, espoir et résistance. Mes œuvres sont inspirées de photographies réelles, mais je les réinterprète à travers mes propres émotions. »

Amed possède un énorme potentiel artistique

Demir souligne que la tenue de l’exposition dans la cour de l’église chaldéenne revêtait une signification particulière et met en avant la richesse culturelle d’Amed :

« Amed possède une mémoire culturelle très forte. La production artistique y est importante, dans des domaines aussi variés que le théâtre, le cinéma, la musique et les festivals. Mais je crois qu’il est nécessaire de renforcer la solidarité et de créer davantage d’espaces partagés dans le domaine des arts visuels. Il faudrait créer des lieux où les artistes puissent se réunir, échanger des idées et s’entraider. Cette ville recèle une extraordinaire diversité culturelle et une richesse d’expériences vécues. C’est là l’un des atouts les plus précieux pour nourrir l’art. » (ANF)