TURQUIE. Arrestation d’une poétesse kurde à son arrivée à Istanbul

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TURQUIE – La poétesse, écrivaine et journaliste kurde Suzan Samancı, qui réside en Suisse depuis 18 ans, a été placée en garde à vue ce mardi 22 septembre 2026 à l’aéroport d’Istanbul dès son arrivée en Turquie. Elle est accusée de « propagande d’organisation ».

Après son interpellation, Suzan Samancı a été entendue, puis présentée au parquet. Connectée par visioconférence via le système SEGBİS au juge du tribunal de paix de Diyarbakır (Amed), elle a été relâchée sous contrôle judiciaire, avec une interdiction de sortie du territoire.

L’information a été rendue publique par l’avocate et défenseure des droits humains Eren Keskin, qui a précisé sur les réseaux sociaux : « 18 ans qu’elle vivait en Suisse. La littéraire kurde Suzan Samancı est rentrée aujourd’hui en Turquie. Elle a été placée en garde à vue à l’aéroport d’Istanbul pour “propagande d’organisation”. (…), le juge (…) l’a libérée avec une interdiction de quitter le pays. Suzan est membre de PEN. »

Née le 20 septembre 1962 à Haşuli, près de Diyarbakır, Suzan Samancı a commencé sa carrière littéraire par la poésie dans les années 1980, avant de se tourner vers la nouvelle et le roman. Ses œuvres, souvent centrées sur les réalités de la vie kurde, la violence, l’exil et la condition des femmes, ont été traduites en plusieurs langues (allemand, français, espagnol, italien, flamand, suédois, entre autres). Parmi ses livres les plus connus figurent Reçine Kokuyordu Helîn (Hêlîn sentait la résine), Kıraç Dağlar Kar Tuttu, Korkunun Irmağında et, plus récemment, des textes écrits en kurde tels que Mirzayê Reben et Payiz an jî Ziyab.

Après avoir vécu et écrit à Diyarbakır jusqu’en 2008, elle s’est installée à Genève, où elle a poursuivi son travail littéraire en turc et en kurde. Elle est membre de PEN Turquie, PEN Kurde et du PEN suisse romand.

Son interpellation à l’aéroport, au moment de son retour après près de deux décennies d’absence, a immédiatement suscité des réactions dans les milieux littéraires et des droits humains.

IRAN. Les forces iraniennes abattent un Kurde près de Piranshahr

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IRAN / ROJHILAT – Le 17 septembre, les forces du ministère du Renseignement ont abattu Ali Osloub, un Kurde de 35 ans, alors qu’il circulait à moto près du village de Jaldian, dans la province d’Azerbaïdjan occidental, à Piranshahr. Les autorités refusent de restituer son corps à sa famille.

Le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN) a appris qu’Osloub, originaire du village de Kileh Sepyan à Piranshahr, a été victime d’une embuscade tendue par des dizaines de membres des forces du ministère du Renseignement ce soir-là alors qu’il circulait sur une route près de Jaldian.

Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur lui avec des armes comprenant des mitrailleuses lourdes DShK et des fusils Kalachnikov.

Il a été atteint de plusieurs balles et est mort sur place. Les forces de l’ordre ont ensuite emporté son corps.

Après avoir appris son décès, la famille d’Osloub s’est rendue au tribunal et au bureau du ministère du Renseignement à Piranshahr pour obtenir des informations.

Selon des sources bien informées, le procureur de Piranshahr a confirmé son décès et a indiqué à la famille que son corps était sous la garde des services de sécurité et ne leur serait pas remis.

Le 20 septembre, trois jours après le meurtre, le ministère du Renseignement a publié un communiqué décrivant Osloub comme un « membre opérationnel » d’un parti d’opposition kurde, sans le nommer.

Les médias d’État ont également publié une photographie de son corps après le meurtre.

TURQUIE. Les restes de deux combattantes kurdes identifiés 27 après leur mort

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TURQUIE / KURDISTAN – Les restes de deux combattantes kurdes ont été identifiés grâce à des tests ADN, 27 ans après leur mort. Leurs restes et ceux de 280 autres militants avaient été déterrés et volés par l’armée turque dans un cimetière de combattants en 2017.

Les analyses effectuées par l’Institut de médecine légale (ATK) ont confirmé que les échantillons d’ADN prélevés sur Zehra Kısaoğlu et Süheyla Kaya correspondaient à ceux fournis par leurs familles, a annoncé l’Agence Mezopotamya. Les familles ont été informées de ces résultats le 17 septembre.

Exhumés du cimetière des militants du PKK

Les deux femmes avaient été enterrées au cimetière de Garzan, dans la province kurde de Bitlis, aux côtés de membres du PKK et de combattants kurdes syriens. En décembre 2017, les autorités ont cependant exhumé 282 corps de ce cimetière sans en avertir les familles.

Les corps de Kısaoğlu et Kaya ont ensuite été transférés dans un cimetière pour personnes non réclamées à Kilyos, dans le quartier de Sarıyer à Istanbul, situé en bordure d’une route et d’un trottoir. Il s’est avéré par la suite que les restes avaient été placés dans des conteneurs en plastique et enterrés les uns sur les autres sur une superficie d’environ 50 mètres carrés.

Une recherche qui dure depuis des années

Aujourd’hui, leurs familles se sont rendues au cimetière de Kilyos pour récupérer les dépouilles après avoir accompli les formalités auprès de la Direction des cimetières de Zincirlikuyu. Elles ramèneront les restes de leurs proches dans leur ville natale de Bingöl.

Abdullah Kısaoğlu a déclaré à MA que la famille recherchait sa sœur depuis des années :

« Ma sœur est partie après le lycée. Chaque année, la police venait perquisitionner notre maison et fouillait nos affaires. Partout où il y avait une fosse commune, nous y allions et donnions des échantillons à maintes reprises. Nous avons finalement appris il y a quatre jours qu’elle était ici. »

Les familles de Kısaoğlu et Kaya avaient déposé une demande auprès de l’Association des droits de l’homme (İHD) en 2010 dans l’espoir de retrouver leurs restes dans une fosse commune à Bitlis, où elles avaient été tuées lors du conflit.

Demande d’identification devant la CEDH

Suite à l’exhumation de 2017, l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD) a porté plainte, arguant que les dépouilles n’avaient pas été inhumées dans le respect des procédures légales. Après le refus d’autorisation d’enquête, l’affaire a été portée devant la Cour constitutionnelle.

Le tribunal ayant jugé les demandes irrecevables, les avocats ont saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en 2022.

Certains restes humains enterrés à Kilyos ont depuis été identifiés grâce à des tests ADN, exhumés et restitués à leurs familles.

IRAN. Commerçants kurdes ciblés après la grève du 16 septembre

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IRAN / ROJHILAT – Les commerçants kurdes sont pris pour cible par les forces coloniales iraniennes pour avoir rejoint la grève générale à travers le Rojhilat (Kurdistan oriental) à l’occasion du quatrième anniversaire de la mort de Jina Amini en détention policière iranienne et du soulèvement « Jin, Jiyan, Azadi » qui a suivi.

Les services de sécurité iraniens ont convoqué et arrêté des dizaines de commerçants kurdes pour leur participation à la grève organisée le 16 septembre dans plusieurs villes du Kurdistan. Cette journée marquait le quatrième anniversaire de l’assassinat de Jina Amini par l’État et du soulèvement « Jin, Jiyan, Azadi » (Femme, Vie, Liberté).

Les agences impliquées comprennent l’Organisation du renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et le ministère du Renseignement.

Les autorités ont également fermé temporairement des commerces en vertu de décisions de justice et ont contraint certains commerçants à signer des engagements écrits de ne pas participer à de futures grèves.

Un commerçant de Kamyaran a déclaré au Kurdistan Human Rights Network (KHRN) que, le soir du 16 septembre, après une grève générale dans la rue Toubrehriz, les services de renseignement des Gardiens de la révolution ont téléphoné à plusieurs commerçants et marchands de marché qui avaient fermé leurs boutiques ce jour-là. Ils les ont convoqués à leur bureau local.

Selon cette source, les policiers leur ont ordonné de se présenter dans les heures qui suivaient, sous peine de voir leurs commerces fermés. Plusieurs commerçants se sont rendus au bureau tard dans la nuit, face à ces menaces.

Une fois sur place, les policiers ont menacé de porter plainte contre eux. Un commerçant âgé qui s’y était opposé a été battu et insulté devant les autres. Les personnes convoquées ont ensuite été contraintes de signer des engagements écrits à ne plus participer à des grèves similaires.

Face à la pression croissante exercée sur les commerçants de Kamyaran, les forces du ministère du Renseignement ont procédé à l’arrestation violente d’au moins six boutiquiers. KHRN connaît leur identité mais ne divulgue pas leurs noms.

Deux détenus ont été libérés de la prison de Kamyaran le 19 septembre, tandis que les quatre autres restent en détention. Malgré les efforts de leurs familles pour obtenir des informations, leur lieu de séjour et leur état restent inconnus.

À Sanandaj, une source a indiqué que les forces du ministère du Renseignement ont arrêté au moins quatre commerçants du marché lors de la grève du 16 septembre pour participation. D’autres commerçants ont été convoqués au commissariat chargé de la surveillance des commerces, où ils ont été menacés et contraints de signer des engagements écrits.

KHRN a également appris que des dizaines de magasins à Sanandaj et Saqqez ont été fermés sur ordre judiciaire à la suite de la grève.

La veille, le 15 septembre, des sites web et des chaînes Telegram affiliés aux services de sécurité de différentes villes du Kurdistan avaient publié un communiqué menaçant les commerçants et vendeurs de marchés qui participeraient à la grève. L’avis stipulait : « Tout soutien ou coopération de la part des commerçants et des associations professionnelles avec des éléments contre-révolutionnaires lors des récents appels à l’action entraînera la fermeture de leurs magasins pendant six mois et des poursuites judiciaires contre les propriétaires des magasins. »

IRAN. Les élèves kurdes privés d’une éducation en langue maternelle

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IRAN / ROJHILAT – La nouvelle année scolaire en Iran commencera mercredi, le 23 septembre 2026.

Selon les chiffres officiels, environ 324 000 élèves fréquenteront l’école dans la province du Kurdistan (Sine), 350 000 à Kermanshah (Kirmaşan), 745 000 dans l’Azerbaïdjan occidental (Urmia), et plus de 130 000 à Ilam. Au total, ces provinces comptent plus de 1 549 000 élèves.

Pour de nombreux enfants de ces régions, le kurde est la première langue qu’ils apprennent et parlent à la maison. Cependant, le persan demeure la langue principale d’enseignement, des manuels scolaires et des examens. Le kurde n’occupe aucune place régulière ou officielle dans le système scolaire public.

L’article 15 de la Constitution iranienne autorise l’enseignement de la littérature dans les langues locales et ethniques. Pourtant, même cette disposition limitée n’a pas été largement mise en œuvre. Le Comité des Nations Unies sur les droits de l’enfant et des études académiques ont mis en garde contre les effets de l’éducation monolingue sur l’apprentissage des enfants, leur identité et leur sentiment d’appartenance.

Le droit d’apprendre dans sa langue maternelle n’est pas seulement une revendication culturelle. Il s’agit également d’une question de justice éducative, d’égalité politique et de reconnaissance de la diversité de l’Iran. Un avenir démocratique et décentralisé ne peut être atteint sans garantir légalement et mettre en œuvre ce droit.

Via Rojhilat Info

ROJAVA. Des gangs de Damas tuent un soldat kurde près de Qamishlo

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SYRIE / ROJAVA – Hier, des gangs soutenus par les autorités de Damas ont lancé une attaque lâche contre une voiture de la sécurité intérieure qui transportait des membres kurdes sous commandement de Damas. L’assaut a eu lieu près du village de Kerbawi, dans la campagne sud-ouest de Qamishlo.
 
L’attaque a coûté la vie à Abdul Aziz Faisal Hassan, 18 ans, membre des forces de sécurité intérieure. Deux employés de la compagnie pétrolière Al-Jazeera ont également été blessés.
 
Selon les informations disponibles, il apparaît clairement, à travers cette dernière attaque, que la direction de la sécurité intérieure affiliée à Damas divulgue des informations et des mouvements des forces kurdes intégrées à des tiers dans le but de les cibler. Une autre hypothèse évoquée est que la plupart des voitures remises aux services de renseignement seraient équipées de dispositifs de suivi.
 
Ce qui s’est produit était attendu et se poursuivra tant que les terroristes sont connus et ne sont pas tenus responsables, signale l’activiste Baz Ararat.

KURDISTAN. Unification des peshmergas

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IRAK / KURDISTAN – Les forces kurdes (Peshmerga) liées à l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) et au Parti démocratique du Kurdistan (PDK) ont été unifiées lors d’une cérémonie officielle.

Nechirvan Barzani, président de la Région du Kurdistan, a officiellement annoncé l’unification complète des forces Peshmerga sous le commandement et le contrôle du ministère des Peshmerga (Défense) du Gouvernement régional du Kurdistan (KRG).

Lors d’une cérémonie organisée lundi, le président a déclaré que les combattants peshmergas seront désormais soumis à la chaîne de commandement ministérielle. Cette annonce confirme la fin des ingérences partisanes dans le ministère des Affaires peshmergas de la Région, 35 ans après sa création.

Cette décision met fin à un effort de plusieurs années visant à placer les forces Peshmerga liées à l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) et au Parti démocratique du Kurdistan (PDK), y compris les Forces 70 et 80, sous un commandement unique et unifié. La transition intègre officiellement plus de 100 000 combattants peshmergas jusqu’alors affiliés aux partis dans une hiérarchie militaire unique, réalisant ainsi une réforme sécuritaire de longue date soutenue par la coalition internationale dirigée par les États-Unis.

« Les Peshmergas doivent rester au-dessus de la compétition partisane, car ils ne sont pas la force d’un parti politique ; ils sont la force du Kurdistan », a déclaré le président Barzani.

Il a ajouté que « les Peshmergas ne sont pas une force apolitique, mais plutôt une force kurde qui n’appartient à aucun parti politique. Avec cette étape, aucune force ne restera en dehors de l’administration du ministère des Affaires peshmergas. »

Le président Nechirvan Barzani, agissant en tant que commandant en chef des forces armées, a présidé la cérémonie officielle aux côtés du Premier ministre Masrour Barzani, du ministre des Peshmergas Shorsh Ismail et de diplomates de haut rang des pays partenaires de la coalition.

Le processus d’unification des Peshmergas constitue le développement le plus significatif depuis l’établissement du KRG.

Il est juste de souligner que, pour l’instant, beaucoup de choses n’ont pas encore changé en surface. Ces évolutions ne sont pas toutes rendues publiques ; cela ne signifie pas que le processus a atteint le point idéal que l’on souhaiterait, mais des changements concrets ont bel et bien eu lieu, et d’autres bonnes nouvelles sont à venir.

Ce jalon marque le début d’une transformation progressive de la nature des forces Peshmerga, héritée du statu quo de 2003. Une analyse plus approfondie du processus et de cette mutation structurelle sera proposée prochainement.

La quête de justice et d’égalité des Alévis en Turquie

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TURQUIE / KURDISTAN – Seyit Rıza, Alişer et Zarife [trois héros de la résistance kurde-alévie de Dersim lors des massacres commis sous l’ordre d’Ataturk dans les années 1937-38 dans la province de Dersim] incarnent les blessures persistantes de l’histoire alévie et une mémoire féminine trop souvent restée invisible. Les mouvements sociaux apparus à différentes époques de l’histoire alévie ne sauraient être considérés comme identiques. Un fil conducteur de cette histoire demeure cependant la résistance à l’injustice. Dersim reste l’une des blessures les plus profondes de la mémoire alévie et occupe toujours une place importante dans les débats actuels sur la paix. L’histoire alévie ne saurait se limiter aux XVIe et XXe siècles. Les mouvements sociaux apparus en Anatolie à différentes époques ont marqué la mémoire alévie de diverses manières, par leur quête de justice et d’égalité et leur opposition à l’oppression. Les mouvements menés par Baba Ilyas et Baba Ishak ont ​​notamment constitué des contestations majeures des inégalités sociales et politiques de leur temps. Quant au mouvement qui s’est développé autour du cheikh Bedreddin, il a fait l’objet de multiples interprétations au fil des siècles, alimentant les débats sur le partage, l’égalité et la justice sociale. « Tout doit être partagé, sauf la joue de l’être aimé » est resté gravé dans la mémoire collective comme l’une des expressions les plus fortes de l’interprétation égalitaire de l’héritage de Bedreddin. Il n’est peut-être pas historiquement exact de qualifier tous ces mouvements de mouvements alévis modernes au sens actuel du terme. Pourtant, il est aisé de comprendre pourquoi ils ont trouvé une place dans la mémoire alévie. Bien qu’ayant émergé à différentes époques et dans des contextes différents, la résistance à l’injustice est devenue un élément déterminant de la manière dont ces mouvements ont été réinterprétés par les générations suivantes. Dersim : L’une des blessures les plus profondes de la mémoire alévie Vient ensuite Dersim. Les années 1937-1938 marquent une période historique dévastatrice durant laquelle Seyit Rıza, Alişer, Zarife et des milliers d’autres furent tués, exilés et déplacés. Décrire Dersim comme une simple « rébellion contre l’État » occulte une part importante de la dimension sociale des événements. Au-delà du conflit armé, il y avait tout un univers de foi, de langue, de rapport à la terre, d’ocaks (lignées spirituelles alévis) et de formes spécifiques d’organisation sociale locale. Les politiques étatiques sont intervenues dans tous ces domaines et les ont affectés. L’exécution de Seyit Rıza et le meurtre d’Alişer et de Zarife ne sont pas relégués au passé dans la mémoire collective de Dersim. Ces événements ont laissé un traumatisme social qui perdure à travers les récits des familles, des exilés et des générations suivantes. Toute compréhension des sensibilités alévies vis-à-vis de l’État, des politiques de sécurité, de la confrontation avec le passé et de la paix demeure incomplète sans prendre en compte la place qu’occupe Dersim dans la mémoire collective alévie. Pourquoi l’histoire des femmes alévies est-elle oubliée ? L’une des principales lacunes des récits de l’histoire alévie est l’invisibilité des femmes. Raconter cette histoire uniquement du point de vue masculin exclut une part importante de cette mémoire collective. Dersim en est un exemple frappant. Zarife Hanım (une forme respectueuse d’adresse envers une femme) est souvent désignée dans les récits historiques comme l’épouse d’Alişer. Cependant, la réduire à cette seule relation ne permet pas de saisir toute la place qu’elle occupe dans l’histoire de Dersim. Zarife était une femme qui, par son identité et son combat, a joué un rôle essentiel dans la résistance et la mémoire collective de Dersim. Le combat qu’Alişer et Zarife ont mené ensemble est également devenu un pan important de l’histoire politique et sociale de Dersim. La vie de Zarife ouvre également la voie à un débat plus large sur la place des femmes alévies dans l’histoire. Celles-ci n’étaient pas seulement celles qui subissaient les souffrances des massacres, de l’exil et de la répression ; elles ont aussi contribué à la construction de la vie sociale, à la transmission de la mémoire collective et à la résistance. Les récits de l’histoire alévie doivent donc dépasser la simple description des femmes comme épouses, mères ou parentes des hommes et mettre en lumière leurs voix, leurs actions et leurs rôles historiques. Où toute cette histoire nous mène-t-elle ? Hallaj, Nesimi, Hacı Bektaş, Hatayi, Pir Sultan, Bedreddin et Seyit Rıza n’ont pas vécu à la même époque ni dans les mêmes conditions politiques. Hatayi a vécu au cœur de la rivalité safavide-ottomane, tandis que le nom de Pir Sultan est resté associé aux conflits avec le pouvoir ottoman. Bedreddin a émergé dans un contexte social très différent, tandis que Seyit Rıza a été confronté à la politique de l’État moderne envers Dersim. Il serait inexact de considérer ces figures comme appartenant toutes à un même mouvement historique. Pourtant, l’étude des raisons pour lesquelles la mémoire alévie les a perpétuées pendant des siècles révèle certains points communs : la quête de la vérité, l’exigence de justice, la valeur de la vie humaine, la résistance à l’oppression, le rızalık (consentement mutuel) et le principe de protection de la vie. Cet héritage, transmis du passé au présent, offre également une perspective différente sur les débats actuels concernant la paix. L’histoire alévie a été marquée non seulement par les guerres et les luttes pour le pouvoir, mais aussi par les massacres, l’exil, la répression religieuse et la résistance à cette répression. Pour les Alévis, cela signifie que la paix est bien plus qu’un simple débat politique abstrait. Pourquoi les Alévis sont-ils au cœur de la paix ? La mémoire alévie, présente à Karbala, Dersim, Maraş et Sivas, porte les stigmates indélébiles de la guerre, des massacres, de l’exil et du déni. C’est pourquoi, face à la politique actuelle, l’une des réponses les plus puissantes que la mémoire alévie puisse apporter n’est peut-être pas de nouvelles hostilités, mais l’égalité et la paix. La communauté alévie sait, de par son histoire, ce que signifient la guerre, les massacres, l’exil et le déni. Le souvenir de Karbala, Dersim, Maraş et Sivas témoigne que la douleur de tels événements ne se limite pas à l’époque où ils se sont produits, mais se transmet de génération en génération. À la lumière de cette histoire, la revendication de paix des Alévis ne saurait se réduire à un simple choix politique contemporain. Elle porte le poids d’une expérience transmise de génération en génération. La paix, c’est plus que le silence des armes à feu. Pour les Alévis, la paix revêt une signification bien plus large que la simple fin d’un conflit. L’égalité des droits civiques, la liberté de pratiquer leur foi, la reconnaissance des cemevis (lieux de culte alévis) comme lieux de culte et la résolution de la question de l’enseignement religieux obligatoire font également partie intégrante de la paix. Un ordre social où l’identité kurde n’est pas niée et où les différentes confessions et identités sont reconnues comme égales est également indissociable de ce débat. Une paix durable exige également que l’État fonde ses relations avec les citoyens sur les droits et l’état de droit, et non sur la peur et l’insécurité. Un climat où les armes se taisent mais où persistent les inégalités, le déni et la discrimination ne peut instaurer une véritable paix sociale. Pourquoi les Alévis devraient-ils également discuter du point de vue d’Abdullah Öcalan sur la paix ? La perspective d’Abdullah Öcalan sur la négociation, une solution démocratique et la coexistence dans le traitement de la question kurde, l’un des problèmes les plus importants auxquels la Turquie est confrontée, peut également être abordée à travers les expériences historiques des Alévis. Il n’est pas nécessaire d’assimiler Abdullah Öcalan aux figures historiques alévies ni de le présenter comme appartenant à la même tradition historique. Ce qu’il convient de discuter, c’est comment la politique démocratique, la négociation et l’égalité des droits civiques pourraient offrir une voie d’avenir à la question kurde, après des années d’échec des politiques de conflit et de sécurité. Cette question est également importante pour les Alévis. La communauté alévie a subi à maintes reprises les conséquences des politiques de sécurité étatiques et des approches monolithiques tout au long de son histoire. Soutenir la même approche sécuritaire lorsqu’une autre communauté revendique ses droits serait en contradiction flagrante avec cette expérience historique. La liberté est également difficile à concevoir comme un ensemble de droits appartenant à des communautés indépendamment les unes des autres. L’égalité de citoyenneté des Alévis ne peut être considérée comme acquise tant que les pressions sur l’identité et la langue kurdes persistent ; de même, les droits des autres confessions ne peuvent être fermement garantis dans un pays où la liberté de croyance des Alévis n’est pas reconnue. Reconnaître les droits d’une communauté ne diminue en rien ceux des autres. Garantir les droits dans un cadre juridique commun renforce les fondements de la coexistence. Pourquoi les Alévis sont-ils à nouveau instrumentalisés ? Les problématiques historiques et actuelles des Alévis peuvent encore être instrumentalisées à des fins politiques. Pourtant, les Alévis ne constituent pas une communauté réduite aux seules souffrances du passé, ni une base de conflit politique. Ils ont leurs propres revendications, une mémoire collective et une volonté politique. L’analyse d’Abdullah Öcalan, selon laquelle les Alévis sont au cœur du processus, mérite également d’être examinée dans cette perspective. Toute discussion sur la démocratisation de la Turquie, la résolution de la question kurde et la coexistence pacifique des peuples ne saurait faire l’impasse sur le déni et la discrimination dont sont victimes les Alévis, ni sur leur revendication d’une citoyenneté égale. Plutôt que d’instrumentaliser l’histoire alévie à des fins de polarisation politique contemporaine, il convient d’écouter la voix et les revendications des Alévis eux-mêmes. Cette mémoire n’est pas un simple récit du passé ; elle porte en elle une expérience collective qui éclaire la vie à laquelle aspirent les Alévis aujourd’hui. Le fait de perpétuer les hostilités du passé dans le présent a-t-il sa place sur la voie alévie ? Il est aisé de susciter de nouvelles hostilités en assimilant des figures historiques à des identités contemporaines. On peut imputer la responsabilité aux sunnites d’aujourd’hui à travers le sultan Selim Ier, aux Kurdes d’aujourd’hui à travers Idris-i Bitlisi, tandis que le shah Ismaïl peut être érigé en symbole d’une autre identité contemporaine. Une telle interprétation, cependant, contribue moins à la compréhension du passé qu’à sa reconstruction selon les clivages politiques actuels. Les souffrances endurées par les Alévis ne sauraient être oubliées. Se souvenir de Dersim, Maraş et Sivas est une composante essentielle de cette mémoire. Cependant, se souvenir de Dersim ne saurait justifier de soumettre une autre communauté à un nouveau Dersim. Le souvenir de Maraş ne peut servir à se forger de nouveaux ennemis, pas plus que celui de Sivas ne peut légitimer le meurtre d’autrui. Il est essentiel de distinguer entre affronter le passé et faire peser le fardeau des injustices historiques sur les générations actuelles. La conception alévie de la justice invite également à examiner la responsabilité historique à travers les auteurs des crimes, les institutions et les politiques, plutôt que de blâmer collectivement des peuples entiers. Où mène ce chemin aujourd’hui ? Les Alévis doivent non seulement se souvenir du passé, mais aussi définir l’avenir qu’ils souhaitent. Une société démocratique où les Alévis jouissent d’une citoyenneté égale, où les Kurdes peuvent vivre librement leur identité et parler leur langue, où les femmes sont égales, où les différentes confessions ne se perçoivent pas comme des menaces et où l’État ne discrimine pas ses citoyens sur la base de la religion ou de l’identité, pourrait constituer le fondement de cet avenir. Un tel avenir ne saurait se construire en oubliant le passé. Il est impératif de faire face à la réalité de Dersim, Maraş, Sivas et aux autres massacres et formes de répression subis par les Alévis. Il en va de même pour les souffrances endurées par les Kurdes, les Arméniens et les autres peuples opprimés sur ces terres. Se confronter au passé ne signifie pas faire porter le fardeau de la culpabilité aux générations actuelles ; cela implique de reconnaître les faits, d’établir les responsabilités et de bâtir un ordre social et juridique capable d’empêcher que de telles injustices ne se reproduisent. La paix ne signifie pas non plus l’oubli. Une paix qui demande d’oublier les souffrances endurées, d’abandonner la mémoire collective ou de renoncer à la justice ne peut perdurer. La paix se renforce lorsque les individus reconnaissent les souffrances d’autrui et s’unissent autour d’un engagement commun à faire en sorte que de telles souffrances ne se reproduisent jamais. Hatayi, Pir Sultan, Nesimi, Bedreddin, Seyit Rıza, Alişer et Zarife ont vécu à des époques et dans des contextes très différents. Recréer les conflits de leur temps parmi les peuples d’aujourd’hui n’explique pas pourquoi ces figures restent vivantes dans la mémoire alévie. Ce qui a perduré, en revanche, c’est la détermination à ne pas se taire face à la vérité, à ne pas se soumettre à l’injustice, à défendre la dignité humaine et à persévérer dans ses convictions. Le message que l’histoire alévie peut apporter au débat actuel sur la paix se trouve également ici. Peut-on bâtir un avenir commun sans oublier le passé, sans dissimuler les injustices commises et sans renoncer à la quête de justice ? La mémoire portée par les Alévis à travers les siècles n’offre pas de réponse toute faite à cette question. Mais elle nous en dit plus que suffisamment sur le prix de la guerre, des massacres, de l’exil et du déni. La paix ne signifie donc pas nécessairement une rupture avec le passé pour les Alévis. Elle peut au contraire être l’une des expressions actuelles de la lutte pour que les erreurs du passé ne se répètent jamais : une voie qui n’oppose pas la vérité et la justice à la paix, mais les considère comme des conditions essentielles à une paix durable. Le souvenir véhiculé par Karbala, Dersim, Maraş et Sivas nous laisse peut-être avec son message le plus simple : qu’aucune âme ne puisse jamais endurer à nouveau la même souffrance. Par Rohat Emekçi, pour ANF, sous le titre de « Bedreddin, Dersim et la quête de justice et d’égalité des Alévis« 

TURQUIE. La justice classe l’affaire de disparition forcée d’un Kurde

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TURQUIE – Les Mères du samedi et l’Association des droits de l’homme (IHD) ont fermement condamné la décision de classer sans suite, pour cause de prescription, l’affaire de Rıdvan Karakoç, activiste kurde victime d’une disparition forcée en détention en 1995.

Rıdvan Karakoç avait été placé en garde à vue le 15 février 1995. Environ trois mois plus tard, son corps a été découvert au cimetière d’Altınşehir, réservé aux personnes non réclamées, et identifié par sa famille.

Un communiqué a été lu devant le tribunal anatolien d’Istanbul. Les organisations y appellent à la poursuite de l’enquête et à ce que les responsables soient traduits en justice.

Oya Ersoy, coprésidente de l’IHD, a rappelé que le rapport d’autopsie faisait état de signes de violence et de torture. Elle a souligné que les vêtements de Rıdvan Karakoç, pourtant enregistrés comme pièces à conviction, n’avaient jamais été examinés ni soumis à une analyse ADN. Des témoins identifiés par la famille avaient pourtant apporté des éléments importants sur les circonstances de sa disparition forcée en détention.

L’IHD rappelle que la disparition forcée constitue un délit continu et que les délais de prescription ne s’appliquent pas aux crimes contre l’humanité. L’association a annoncé son intention de faire appel de la décision. En cas d’échec, elle saisirait la Cour constitutionnelle puis la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

Hasan Karakoç, frère de la victime, a dénoncé le fait que l’affaire reste non élucidée depuis 31 ans. Il a demandé que les témoins et les policiers en service à l’époque fassent l’objet d’enquêtes et a critiqué le recours à la prescription pour classer le dossier.

Originaire du district de Tutak, dans la province d’Ağrı, Rıdvan Karakoç est né en 1961. Il s’était installé à Istanbul avec sa famille à l’âge de 15 ou 16 ans. Militant au sein de partis politiques kurdes ainsi que d’organisations culturelles et artistiques, il a été victime d’une disparition forcée en 1995. Son corps sans vie a été retrouvé quelques mois plus tard dans le cimetière des personnes non réclamées.

Carol Mann : Pas de talibans à Paris !

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PARIS – Alors que des rumeurs circulent sur une éventuelle cession des locaux de l’ambassade d’Afghanistan à Paris à une délégation talibane, la sociologue Carol Mann lance un cri d’alarme. Dans une tribune virulente, elle appelle la France à ne pas devenir « le fossoyeur des droits humains universels ».

Spécialiste du genre et des conflits armés, chercheuse associée au LEGS (Paris 8) et directrice des associations FemAid et Women in War, Carol Mann s’inquiète d’informations selon lesquelles le gouvernement français envisagerait sérieusement de mettre à disposition le bâtiment diplomatique afghan, situé avenue Raphaël aux abords du Bois de Boulogne, pour des « échanges techniques ». Ces échanges viseraient notamment à faciliter l’expulsion d’Afghans en situation irrégulière.

Une contradiction politique « mortifère »

Pour l’auteure, cette éventualité constitue une contradiction majeure. La France accueille depuis cinq ans des réfugiés politiques afghans fuyant précisément le régime taliban, tout en ne reconnaissant pas le gouvernement de Kaboul. Les services consulaires sont déjà assurés par la mission en place. « À quoi peut donc servir une présence permanente des talibans dans des locaux diplomatiques officiels ? » interroge-t-elle.

Carol Mann, qui soutient également la lutte du peuple kurde, rappelle que le gouvernement français dénonce régulièrement le massacre systématique des droits humains en Afghanistan, en particulier la discrimination extrême imposée aux femmes. En novembre dernier, le Sénat a d’ailleurs déposé une proposition de résolution visant à qualifier de crime contre l’humanité la persécution sexiste menée par les talibans.

Menaces pour les dissidents et risque de « Cheval de Troie »

Carol Mann alerte sur les dangers concrets d’une telle présence. Une ambassade talibane équivaudrait, selon elle, à une reconnaissance de facto du régime. Elle constituerait une menace directe pour les journalistes, artistes, intellectuels et scientifiques afghans – notamment les femmes – réfugiés en France. Elle évoque le précédent de Jamal Khashoggi, assassiné en 2018 dans le consulat saoudien d’Istanbul, estimant qu’un scénario similaire est tout à fait envisageable.

Loin d’être une vitrine culturelle, cette ambassade servirait de base à la propagation de l’idéologie islamiste. Contrairement à la génération précédente, les talibans d’aujourd’hui maîtrisent les technologies modernes et pourraient y organiser surveillance, intimidation et ingérence. L’auteure souligne par ailleurs que, malgré les accords de Doha de 2020, le régime accueille de nombreux groupes djihadistes (Al-Qaïda, État islamique, TTP, ETIM, etc.), régulièrement condamnés par le Conseil de sécurité de l’ONU. Une présence officielle dans le 16e arrondissement de Paris offrirait, selon elle, une base sécurisée pour leurs activités.

La France, « patrie des droits de l’homme », en danger

Carol Mann appelle le gouvernement à privilégier d’autres solutions pour gérer les retours : accélérer l’octroi de documents afin de distinguer clairement les réfugiés menacés des personnes en situation irrégulière. Elle s’inquiète également pour les associations françaises de défense des droits humains et pour les militants engagés auprès des femmes afghanes.

Depuis la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, rappelle-t-elle, la France s’est construite comme « la patrie des droits de l’homme ». Autoriser une présence officielle des talibans reviendrait, selon elle, à vider de son sens la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité ».

« Si jamais notre gouvernement autorise une présence officielle des talibans en France, c’est bien le mépris des droits de l’homme qui s’intégrera dans les principes revus et corrigés de la République », conclut-elle.

Cette tribune intervient alors que la France réaffirme officiellement son refus de toute normalisation avec les talibans tant que les droits humains, notamment ceux des femmes, et les engagements antiterroristes ne sont pas respectés.