ROJAVA. L’armée coloniale turque toujours présente à Afrin

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SYRIE / ROJAVA – La base militaire turque située dans le village de Kafr Jannah, dans le canton kurde d’Afrin, reste l’une des plus grandes bases de l’armée coloniale occupante turque dans la région. Des images récentes confirment la présence continue de troupes turques et de leurs infrastructures fortifiées.

Depuis l’invasion de mars 2018 (opération « Rameau d’Olivier »), l’armée coloniale occupante turque et ses proxies islamistes (factions de l’Armée nationale syrienne / ANS) commettent de manière systématique des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dans le canton kurde d’Afrin.

Les violations documentées par l’ONU, Human Rights Watch, Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits humains comprennent :

  • Rapts et vols : Plus de 8 700 enlèvements et arrestations arbitraires de civils kurdes, demandes de rançons pour les civils kidnappés. 

  • Meurtres et viols : Tortures généralisées, viols, des femmes et des mineures réduites en esclavage sexuel, exécutions extrajudiciaires et meurtres sous la torture.

  • Spoliation économique : Pillage systématique et appropriation massive des habitations, des terres agricoles, des oliveraies et des biens appartenant aux populations kurdes.

  • Ingénierie démographique : Changement démographique forcé (nettoyage ethnique) par l’usage de la terreur, des extorsions et des expulsions systématiques.

En tant que puissance occupante, la Turquie exerce un contrôle effectif sur Afrin et porte la responsabilité directe de ces crimes selon le droit international. Elle arme, finance, commande et protège ses proxies islamistes qui commettent la majeure partie de ces exactions sur le terrain.

Huit ans après l’invasion, l’armée coloniale turque maintient toujours ses bases militaires dans plusieurs villages d’Afrin, empêchant le retour libre des populations kurdes déplacées et perpétuant un régime de colonisation et d’oppression. Cette occupation coloniale turque vise à effacer l’identité kurde d’Afrin, à modifier durablement sa démographie et à annexer de fait cette terre kurde historique.

Face à cette situation, les revendications kurdes demeurent claires :

  • Le départ immédiat de l’armée coloniale occupante turque et de ses proxies.

  • La restitution des biens spoliés à leurs propriétaires légitimes.

  • La fin de l’impunité et le lancement d’enquêtes internationales pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

  • Le retour sécurisé, libre et digne de toutes les populations kurdes déplacées.

ROJAVA. Les enseignants de Hassaké exigent le paiement de leurs salaires

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SYRIE / ROJAVA – Aujourd’hui à Hassaké, ville à majorité kurde, des enseignants ont organisé un sit-in pacifique devant le siège de la Direction de l’Éducation pour réclamer le versement de leurs salaires impayés depuis deux mois.

Près de 20 000 enseignants, hommes et femmes, intégrés dans le cadre de la fusion entre l’Administration autonome et le Gouvernement intérimaire syrien, n’ont pas perçu leur rémunération depuis mai.

L’enseignant Maher Hamdo a déclaré :

« Après la procédure d’intégration, nous avons remis tous nos documents officiels. Le gouvernement intérimaire a versé les salaires du mois de mai, mais nous n’avons rien reçu depuis. Nos conditions de vie sont devenues très difficiles. »

Les manifestants exigent le paiement immédiat de leurs salaires ou des explications claires sur ce retard, à l’image de leurs collègues d’autres provinces. Ils réclament également leur titularisation au sein de la Direction de l’Éducation, qu’ils considèrent comme un droit légitime.

On ne touche pas au nom de Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Shirin Owso, membre du Conseil de coordination des femmes du PYD, l’a rappelé avec force : Kobani symbolise l’identité et la résistance du Rojava. Les tentatives de modifier son nom visent, selon elle, à effacer la mémoire historique de la ville et les acquis révolutionnaires qu’elle incarne.

Dans la conscience collective, certaines villes dépassent leur dimension géographique pour devenir des symboles universels. Kobanê est de celles-là. Théâtre d’une résistance héroïque face à Daech, elle a transcendé les frontières pour incarner la lutte pour la liberté, la dignité et la coexistence. Son nom résonne aujourd’hui comme un synonyme de courage et de résilience.

Au cœur de la révolution du Rojava, Kobanê représente bien plus qu’une victoire militaire : elle porte les valeurs de démocratie, d’égalité et du rôle central des femmes. C’est pourquoi le débat sur son nom dépasse largement la question toponymique. Il s’agit d’une bataille pour la mémoire, l’identité et l’histoire.

Cette signification est d’ailleurs inscrite dans l’accord du 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes et le gouvernement intérimaire syrien, qui prévoit la protection de l’identité et du caractère distinct des régions kurdes. Un engagement que les tentatives de renommer Kobanê viennent directement remettre en cause.

« Par sa résistance, Kobanê est devenue un symbole de liberté », a déclaré Shirin Owso à l’occasion du 16e anniversaire de la révolution du Rojava. Elle a insisté : changer le nom de Kobanê n’est pas une simple formalité administrative, mais une manœuvre politique visant à effacer l’histoire et les acquis du Rojava.

« Par sa résistance, Kobani est devenue un symbole de liberté » À ce sujet, Shirin Owso, membre du Conseil de coordination des femmes du Parti de l’union démocratique (PYD), a déclaré que, par sa lutte et sa résistance, la révolution du Rojava était devenue un symbole de liberté et d’égalité. À l’occasion du 16e anniversaire de la révolution du Rojava, Shirin Owso a souligné l’importance de Kobani, considérée comme un symbole de résistance et d’identité pour le peuple kurde. « Les tentatives de changer le nom de Kobani ne sont pas un simple changement de nom ; il s’agit d’une manœuvre politique visant à effacer l’histoire et les acquis de la révolution du Rojava. » Owso a expliqué que la révolution du Rojava est marquée par la résistance de Kobani, soulignant que la ville a été le théâtre d’une lutte historique contre Daech. « Durant ces seize années, la région a subi de nombreuses attaques, qu’elles proviennent du régime baasiste, de Daech ou de l’État turc occupant. Leur objectif était de briser la volonté du peuple et d’anéantir les acquis de la révolution. » Elle a souligné que « par sa résistance, Kobani est devenue un symbole de liberté et son nom a résonné à travers le monde. Par sa lutte, les habitants de Kobani ont déjoué le plan de Daech visant à occuper la ville et la région, réécrivant ainsi l’histoire. » « Changer le nom de Kobani contrevient aux termes de l’accord du 29 janvier » Shirin Owso a noté qu’à la suite de l’accord du 29 janvier, la région est entrée dans une nouvelle phase politique visant à construire une Syrie démocratique et à protéger les acquis de la révolution du Rojava, soulignant que l’un des principaux fondements de cet accord est la sauvegarde de l’identité distincte des régions kurdes. Elle a ajouté que les tentatives de changer le nom de Kobani contredisent ces principes et témoignent de la politique de déni et d’effacement menée à l’encontre des régions kurdes. « Le nom Kobani fait partie de notre histoire et de notre identité » Shirin Owso a affirmé que le nom de Kobani n’est pas seulement le nom d’une ville, mais qu’il fait partie intégrante de l’histoire, de la culture et de l’identité du peuple kurde, ajoutant : « De même que la langue est notre identité, les noms de nos villes témoignent également de notre histoire et de notre existence. » Elle a expliqué que le but de changer le nom de Kobani est d’effacer l’histoire de la résistance et d’imposer un récit alternatif à la place de la vérité historique. Elle a conclu en déclarant : « Seize ans après la révolution du Rojava, nous avons repris notre lutte et la défense des acquis de la révolution. Nous poursuivrons notre combat jusqu’à la victoire. » (Via JINHA)

« La Turquie a besoin que le processus de paix kurde échoue »

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KURDISTAN – Depuis près d’un siècle, la question kurde en Turquie est niée. Aujourd’hui, l’État turc exige une soumission totale sous couvert de « désarmement », tandis que le mouvement kurde réclame une reconnaissance sous couvert de « négociations ». Entre ces deux positions, des dizaines de milliers de personnes ont péri, plusieurs villes ont été rasées et toute une région a été traumatisée sur plusieurs générations.

Il est tant d’autres d’autres de se demander, comme beaucoup, pourquoi l’État turc refuse une solution pacifique alors que le PKK et Abdullah Öcalan ont fait preuve d’une volonté extraordinaire. Mais cette approche, bien que sincère sur le plan émotionnel, occulte un point essentiel : la question n’est pas de savoir pourquoi la paix échoue, mais pourquoi l’État turc a besoin que le conflit se poursuive sous sa forme actuelle.

La structure du déni

L’État turc n’a pas de problème kurde. Il a un problème turc. Plus précisément, il est incapable de se concevoir autrement que comme un monolithe ethnolinguistique. Il ne s’agit pas d’un simple entêtement idéologique : c’est le mythe fondateur sur lequel la République a été bâtie. Les politiques d’homogénéisation des années 1920 et 1930, notamment la campagne « Citoyen, parlez turc ! » de 1928, montrent que le déni de l’identité kurde caractérise l’État turc depuis sa création.

Lorsque le PKK a déposé les armes en 2013 et s’est engagé dans le processus de résolution, il l’a fait de bonne foi. Les lettres d’Öcalan appelaient à des réformes démocratiques permettant d’intégrer les Kurdes dans une république turque restructurée. Le PKK a retiré ses combattants du territoire turc et le cessez-le-feu a été respecté pendant près de deux ans.

Pour l’État turc, la question kurde ne constitue pas seulement un problème de sécurité, mais un défi existentiel à l’idéologie fondatrice de la République, à son modèle d’État-nation centralisé, à son unité nationale et à son intégrité territoriale. Les revendications kurdes d’égalité et de reconnaissance sont donc souvent perçues comme des menaces existentielles plutôt que comme des droits démocratiques légitimes.

Pourtant, au lieu de saisir cette opportunité, l’État a poursuivi la construction de barrages inondant des villages kurdes historiques, la poursuite judiciaire de responsables politiques kurdes pour « terrorisme », et a rompu unilatéralement le cessez-le-feu en 2015. Il a alors plongé les villes kurdes du sud-est dans une guerre d’anéantissement qui a réduit des quartiers entiers en ruines.

Il ne s’agissait pas d’un échec diplomatique, mais d’une nécessité structurelle. Un régime incapable d’accepter un partenaire kurde légitime et égal, car l’existence même d’un tel partenaire remettrait en cause la raison d’être de l’État.

Quel serait le prix de la paix pour l’État ?

La paix exigerait de l’État turc un acte inédit : reconnaître que son idéologie fondatrice reposait en partie sur l’exclusion et l’assimilation forcée. Cela impliquerait la reconnaissance constitutionnelle de l’identité kurde, le droit à l’éducation dans la langue maternelle, l’abolition du système des gardes villageois et une véritable confrontation avec les décennies de violence d’État.

Ce ne sont pas des revendications déraisonnables, mais le socle de toute démocratie multiethnique viable.

Pour le régime actuel, cependant, céder sur ces points menacerait les fondements mêmes du pouvoir. L’alliance AKP-MHP repose largement sur le ressentiment nationaliste. Le MHP n’existe quasiment que comme vecteur du sentiment anti-kurde. La paix dissoudrait cette base électorale et pourrait ouvrir la voie à une alternative politique incarnée par les partis pro-kurdes, remodelant durablement le paysage turc.

C’est pourquoi l’État exige une reddition, et non une paix. Il demande au PKK de désarmer sans condition, de se dissoudre, de remettre ses dirigeants et d’espérer, en retour, de vagues concessions culturelles. Une cérémonie de capitulation, pas une négociation.

Le PKK pourrait-il accepter cela ? Devrait-il le faire ?

Aucun mouvement ayant survécu quarante ans à une guerre contre l’une des plus grandes armées de l’OTAN, ayant construit des institutions autonomes au Rojava et mobilisé des millions de personnes à travers quatre États, ne saurait raisonnablement accepter une reddition sans condition.

Le PKK n’est pas une simple organisation terroriste, mais un mouvement de libération nationale qui a évolué idéologiquement vers le confédéralisme démocratique, le féminisme et l’écologie. Il porte des contradictions, un passé violent, mais aussi une revendication nationale réelle et légitime.

Le peuple kurde pourrait-il supporter une décennie supplémentaire de guerre ? La réponse est sombre, mais claire : oui. Le mouvement a survécu à l’assassinat de dirigeants, à l’emprisonnement d’Öcalan, à la destruction de ses bases urbaines et aux violations répétées des cessez-le-feu. Il a démontré une extraordinaire capacité de régénération.

Pourtant, un retour à une guerre à grande échelle serait dévastateur pour les Kurdes, les Turcs et toute la région. La géographie du conflit a changé : l’armée turque opère désormais librement en Syrie et en Irak, avec des drones, des forces spéciales et des armements OTAN modernes. Une nouvelle guerre serait plus destructrice que celle des années 1990.

L’échec moral de l’OTAN et de la communauté internationale

La communauté internationale, Union européenne et États-Unis en tête, privilégie depuis longtemps la realpolitik aux principes. La Turquie, membre de l’OTAN et acteur régional clé, bénéficie d’une indulgence structurelle. Chaque fois que Ankara intensifie sa répression — à Cizre, Afrin ou Souleimaniye —, les condamnations restent symboliques et sans conséquences.

Les États-Unis ont abandonné leurs alliés kurdes des FDS dès que la Turquie s’y est opposée. L’Europe finance quelques projets culturels tout en refusant de nommer l’oppression pour ce qu’elle est. Par son inaction, l’Occident envoie un message clair : la question kurde peut continuer à être gérée par la violence.

Combien de temps ?

Combien de temps les États de la région vont-ils continuer à opprimer une nation de près de cinquante millions de personnes qui ne demande que l’égalité, le droit de parler sa langue et d’exister politiquement sans être considérée comme une menace ?

Tant que la Turquie n’aura pas décidé de devenir une véritable démocratie, la question kurde restera sans solution. Non pas parce que les Kurdes refusent de négocier, mais parce que l’État turc refuse de les reconnaître comme égaux.

Le PKK a fait preuve de bonne volonté. Le peuple kurde a montré une patience extraordinaire. Reste à savoir si l’autre camp sera capable de les rencontrer non comme des ennemis à anéantir, mais comme des partenaires à reconnaître. C’est la seule question qui compte.

Par Seevan Saeed

Seevan Saeed est maître de conférences en études régionales à l’Université normale du Shaanxi (Chine) et chargé de cours à l’Université de Rojava (Syrie). Il est titulaire d’une licence en sociologie et d’un master en politique sociale de l’Université de Wolverhampton (Royaume-Uni). Il a obtenu un doctorat en politique du Moyen-Orient à l’Université d’Exeter en 2015. Depuis 2015, il enseigne dans des universités chinoises et internationales. Il a publié des articles et des communications en six langues sur des questions sociales et politiques au Moyen-Orient et dans le monde.

  La version originale à lire sur le site The Amargi « Turkey needs the Kurdish peace process to fail«   

IRAN. Les gardes-frontières abattent un kolbar kurde

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IRAN / ROJHILAT – Les gardes-frontières iraniens ont abattu un kolbar kurde dans la région frontalière de Hawraman ce matin.  Un jeune kolbar kurde, Zanyar Irannezhad, a été abattu par des gardes-frontières iraniens alors qu’il transportait des marchandises dans les hautes terres frontalières du comté de Sarvabad. Ce meurtre s’inscrit dans le cadre des assassinats systématiques perpétrés par les forces armées de la République islamique d’Iran contre les kolbars et les commerçants. Selon les informations recueillies par l’Organisation Hengaw pour les droits humains, les gardes-frontières iraniens ont ouvert le feu sans sommation sur un groupe de kolbars aux premières heures du 15 juillet 2026, près du village frontalier de Dareli, dans le comté de Sarvabad (district de Hawraman). Zanyar Irannezhad, un kolbar de 28 ans originaire de Sardasht, a été tué lors de cette fusillade. Des sources proches du dossier indiquent que les gardes-frontières ont tiré à bout portant. Marié, Irannezhad a été touché à l’abdomen et est décédé des suites de ses blessures. D’après les données compilées par le Centre de statistiques et de documentation de Hengaw, trois kolbars kurdes ont été tués par des tirs directs de gardes-frontières iraniens dans les zones frontalières de Nowsud, Marivan et Sarvabad en moins de deux semaines. Durant la même période, un garçon kurde de 15 ans a également été tué par des tirs de gardes-frontières iraniens.

SYRIE. Trois Kurdes kidnappés à Raqqa

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SYRIE / ROJAVA – Les forces de sécurité générale du gouvernement intérimaire ont arrêté trois jeunes Kurdes au point de contrôle d’al-Karama, dans la province de Raqqa, alors qu’ils se rendaient d’Alep à Qamishli.

Selon une source locale, les trois jeunes hommes avaient quitté Alep ce matin pour rendre visite à leurs familles à Qamishli. Deux d’entre eux sont originaires d’Afrin et le troisième de la région de Tal Aran.

Parailleurs, plus de 400 Kurdes — civils et soldats — capturés par les groupes armés de Damas et de Turquie lors des offensives de janvier restent toujours détenus.

Les exécutions en Iran et les limites de la diplomatie symbolique française

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IRAN / ROJHHILA- À peine les derniers échanges de frappes entre l’Iran et les États-Unis terminés, des appels ont été lancés, notamment par le président français Emmanuel Macron, pour préserver le cessez-le-feu et reprendre les négociations. Pourtant, alors que Téhéran a instrumentalisé les funérailles de Khamenei pour projeter une image d’unité, d’autorité et de résilience face aux pressions extérieures, la question des droits humains demeure largement absente des discussions internationales.  

Dans le même temps, la répression intérieure s’intensifie à nouveau, notamment par le recours à la peine de mort. Selon Iran Human Rights, la République islamique a exécuté au moins 370 personnes au cours du premier semestre 2026, dont 101 (109 selon l’ONG kurde Hengaw) pour le seul mois de juin. Ceci confirme une forte augmentation des exécutions dans le contexte post-cessez-le-feu. Cette situation fait suite à une année 2025 particulièrement brutale, où l’Iran a exécuté au moins 2 159 personnes, soit le chiffre le plus élevé jamais enregistré par Amnesty International dans le pays.

Cette escalade survient alors que les négociations internationales se concentrent à nouveau presque exclusivement sur les questions de sécurité. La priorité des grandes puissances est clairement redevenue le rétablissement de la stabilité régionale, reléguant les droits humains au second plan. Ceci est particulièrement inquiétant car l’histoire de la République islamique montre que les périodes de crise, telles que les guerres ou les transitions post-conflit, ont souvent été accompagnées d’une répression intérieure plus sévère.

Depuis 1979, la peine de mort est l’un des principaux instruments de contrôle du régime. Les premières années de la République islamique ont été marquées par des exécutions massives d’anciens responsables de la monarchie et d’opposants politiques. Durant la guerre Iran-Irak, cette politique a culminé avec le massacre de milliers de prisonniers politiques à l’été et à l’automne 1988, alors que le pays sortait de huit années de guerre et que le régime cherchait à neutraliser toute forme de dissidence.

Sous les présidences d’Ali Akbar Hashemi Rafsanjani et de Mohammad Khatami, la peine capitale n’a jamais été abolie, malgré une baisse relative des exécutions. Sous Rafsanjani en particulier, cette baisse a été partiellement compensée par l’assassinat et l’élimination d’opposants à l’étranger. Sous Mahmoud Ahmadinejad, notamment après le Mouvement vert de 2009, les exécutions ont de nouveau fortement augmenté. Une baisse relative a ensuite été observée sous Hassan Rouhani, avant une nouvelle accélération suite au soulèvement « Femme, Vie, Liberté » déclenché en 2022 par la mort de Jina Mahsa Amini.

Aujourd’hui, la plupart des exécutions sont officiellement liées à des infractions liées à la drogue ou à des homicides relevant du qisas , le principe de rétribution du droit pénal iranien. Cependant, le maintien d’un recours aussi fréquent à la peine capitale sert également un objectif politique plus large. En préservant la peine de mort comme une composante régulière du système judiciaire, les autorités conservent un instrument puissant qu’elles peuvent facilement utiliser contre leurs opposants politiques chaque fois qu’elles le jugent nécessaire.

Les condamnations pour moharebeh (guerre contre Dieu), « corruption sur terre » et autres infractions à la sécurité nationale définies de manière très large continuent de cibler les dissidents, tandis que les organisations de défense des droits de l’homme ont averti à plusieurs reprises que certaines affaires criminelles ordinaires pouvaient en fait dissimuler des motivations politiques.

Cette politique contraste avec l’évolution de la société iranienne. Dans les cas de qisas , un nombre croissant de familles de victimes choisissent volontairement le pardon plutôt que l’exécution. Soutenue par de nombreuses initiatives de la société civile, cette tendance témoigne d’une évolution progressive de l’opinion publique, qui s’éloigne de la peine capitale. L’État, en revanche, a pris le contre-pied de cette politique, continuant de considérer la peine de mort non seulement comme une sanction pénale, mais aussi comme un instrument indispensable de contrôle et d’intimidation politiques.

Les minorités nationales demeurent parmi les principales victimes de cette politique. Kurdes et Baloutches sont fortement représentés parmi les personnes condamnées à mort pour des infractions liées à la sécurité. Bien que représentant moins de 20 % de la population iranienne, ils constituent plus de la moitié, voire, selon certaines estimations, jusqu’aux trois quarts des exécutions politiques.

Les réactions internationales n’ont jusqu’à présent pas permis d’arrêter ni même de réduire sensiblement les exécutions en Iran. Les résolutions de l’ONU, les déclarations des gouvernements et les pressions des ONG n’ont pas modifié les pratiques du régime.

Cette préoccupation était au cœur d’un débat qui s’est tenu le 29 juin à l’Assemblée nationale française, en marge du 9e Congrès mondial contre la peine de mort. Co-organisée par le Groupe d’amitié France-Iran et le Congrès pour la liberté en Iran, et présidée par la députée Aida Hadizadeh, cette rencontre a réuni des personnalités politiques françaises, des défenseurs des droits humains et des représentants de différentes composantes de l’opposition iranienne, notamment des voix kurdes, baloutches et arabes.

Parmi les personnalités françaises présentes figuraient Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, Élisabeth Borne, ancienne Première ministre, et François Hollande, ancien président de la République. À l’instar de nombreux intervenants iraniens ayant participé au débat, ils ont condamné la récente guerre contre l’Iran, la jugeant contraire au droit international, et ont souligné qu’aucune intervention militaire étrangère ne saurait apporter la liberté au peuple iranien.

Au contraire, ils ont fait valoir qu’une telle intervention renforcerait probablement le régime en alimentant le sentiment nationaliste et en reléguant encore plus bas la question des droits de l’homme dans l’agenda international.

Le problème est que la communauté internationale, y compris la France, peine encore à concevoir et à adopter des mesures concrètes susceptibles de contraindre le régime iranien à réduire la répression, notamment en matière d’exécutions. L’un des résultats positifs de cet événement, et du Congrès mondial contre la peine de mort, a été le soutien apporté aux condamnés à mort par des parlementaires français. Mais cela reste largement insuffisant, et son efficacité est nécessairement limitée.

À leur crédit, plusieurs personnalités politiques, dont François Hollande, ont courageusement insisté lors du débat à l’Assemblée nationale sur le fait que la désescalade diplomatique ne devait pas signifier un relâchement de la pression sur l’Iran concernant les droits de l’homme. Pourtant, lorsqu’il s’est agi de mesures concrètes, l’ancien président français a principalement évoqué les sanctions. Il a été immédiatement interpellé par un ancien syndicaliste iranien, qui a averti que les sanctions risquaient souvent de pénaliser d’abord la population.

La France mérite d’être saluée pour avoir offert aux Iraniens une tribune institutionnelle au sein de l’Assemblée nationale. Cependant, cet engagement ne portera que des fruits limités tant que les droits humains resteront une question secondaire dans les négociations avec Téhéran.

Cela est particulièrement vrai pour la France, dont le président a été l’une des voix européennes les plus influentes à réclamer la fin de la crise depuis le début du conflit. Pourtant, à l’instar de Donald Trump, son discours sur une éventuelle résolution a largement occulté la question des droits humains.

Les gestes symboliques des parlements occidentaux et des organisations de défense des droits humains ne sauraient à eux seuls modifier le comportement des autorités iraniennes. En définitive, la diplomatie occidentale doit placer les droits humains, et notamment la question des exécutions, au cœur de son dialogue avec Téhéran, au lieu de les considérer comme des préoccupations secondaires.

Par Asso HASSAN ZADEH, universitaire kurde spécialisé dans le droit international Texte original à lire sur LE SITE The Amargi « Iran’s executions and the limits of France’s symbolic diplomacy« 

IRAN. Deux manifestants exécutés à Ispahan

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IRAN / ROJHILAT – Les autorités iraniennes ont exécuté Mohammad Amini Dehaghani, arrêté lors des manifestations de janvier 2026, signale l’ONG kurde Hengaw.

Selon l’agence de presse Mizan, liée au pouvoir judiciaire, cet homme originaire de Dehaghan a été pendu le 15 juillet 2026 dans une prison de la province d’Ispahan. Aucune information sur son arrestation ni sur la procédure judiciaire n’avait été rendue publique jusqu’à l’annonce de sa mort.

Jusqu’à la publication de cette annonce par les médias d’État, aucun reportage n’avait fait état de sa détention, de son interrogatoire ou de son éventuel procès. D’après l’organisation de défense des droits humains Hengaw, Mohammad Amini Dehaghani s’est vu refuser l’assistance d’un avocat indépendant, les visites de sa famille ainsi que les garanties élémentaires d’un procès équitable.

Mizan indique qu’il était accusé d’avoir incendié le bureau du gouverneur de Dehaghan et d’avoir endommagé des biens publics pendant les manifestations de janvier 2026. L’agence n’a toutefois pas précisé le chef d’accusation exact ayant conduit à la peine de mort.

Hengaw a fermement condamné cette exécution, qualifiant de « grave violation des droits de la défense » ces exécutions secrètes de manifestants détenus. L’organisation appelle la communauté internationale à adopter une position plus ferme face au recours systématique à la peine de mort par l’Iran contre les participants aux mouvements de protestation.

IRAN. Deux otages kurdes exécutés à Kirmaşan

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IRAN – ROJHILAT – Les prisonniers politiques kurdes Mohyedin Ebrahimi (52 ans) et Hossein Palani Jaf (35 ans) ont été exécutés en secret mardi 14 juillet 2026 à la prison centrale de Kermanshah (Dizelabad). Leurs familles n’ont pas été informées ni autorisées à une dernière visite.

Selon le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN), les deux hommes ont été pendus aux premières heures du jour, sans que leurs proches en soient avertis. L’agence de presse Mizan, organe officiel du pouvoir judiciaire iranien, a confirmé l’exécution le jour même, les accusant de « soulèvement armé contre la République islamique ».

Une arrestation liée à un affrontement avec un groupe affilié à l’EI

Originaires de Sarpol-e Zahab, dans la province de Kermanshah (Kirmaşan), Mohyedin Ebrahimi et Hossein Palani Jaf avaient été arrêtés en février 2018 dans les monts Bemo, à Salas-e Babajani. Ils faisaient partie d’un groupe de 16 personnes interpellées après un affrontement entre des individus affiliés à l’EI et les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de la base Najaf-Ashraf. Trois membres du CGRI avaient été tués lors de cet incident.

Après leur arrestation, ils ont été transférés dans un centre de détention de Téhéran où ils ont subi des mois de tortures physiques et psychologiques, sans accès à un avocat ni à des visites familiales.

Au moins onze des personnes arrêtées à cette occasion ont été condamnées à mort par le tribunal révolutionnaire de Téhéran pour « Moharebeh » (inimitié envers Dieu) et « Baghy » (rébellion armée), ainsi que pour possession d’armes militaires.

Des années d’isolement et de transferts

Un ancien codétenu a confié au KHRN :

« Mohyedin Ebrahimi et Hossein Palani Jaf ont passé près d’un an à l’isolement dans le quartier 209 du ministère du Renseignement à la prison d’Evin. Ils y ont subi de graves tortures. Ils ont ensuite été transférés à la prison de Rajai Shahr à Karaj, puis, quatre ans après leur arrestation, à la prison centrale de Kermanshah. »

Le KHRN avait alerté sur le risque imminent d’exécution des deux hommes dans un rapport publié le 3 juin 2026, mettant en garde contre la situation critique dans le quartier de haute sécurité de la prison de Kermanshah.

Une vague d’exécutions

Le 10 juin 2025, l’agence Mizan avait déjà annoncé l’exécution de neuf autres prisonniers du même dossier, sans révéler leurs identités ni le lieu de leur pendaison.

Ces exécutions s’inscrivent dans une répression accrue des opposants kurdes en Rojhilat (Kurdistan iranien), où les autorités multiplient les condamnations à mort pour des accusations souvent liées à des activités politiques ou des affrontements armés. Le KHRN dénonce des procès iniques, des aveux extorqués sous la torture et l’usage systématique de la peine de mort comme outil d’intimidation.

TURQUIE. Zorava : La vallée qui résiste aux centrales hydroélectriques

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TURQUIE / KURDISTAN – Après avoir survécu à la destruction de leurs villages par l’armée coloniale turque dans les années 1990 et à des années d’exil forcé, les Kurdes de la vallée de Zorava se battent aujourd’hui pour empêcher une nouvelle centrale hydroélectrique de leur voler leur terre et leur avenir.

Serpentant entre vergers et pâturages dans la région de Botan, le ruisseau Zorava est bien plus qu’un simple cours d’eau. Depuis des générations, il irrigue les cultures, abreuve le bétail et fait vivre un écosystème d’une grande richesse. Pour les familles revenues après l’exil, il est devenu le symbole de leur résilience et de leur droit à rester.

Mais ce symbole est menacé. Depuis plus de dix ans, un projet de centrale hydroélectrique pèse sur la vallée. Malgré des années de mobilisation, de manifestations et de victoires judiciaires, les promoteurs du projet ne désarment pas et multiplient les procédures pour le faire aboutir.

Retour sur une terre meurtrie

Dans les années 1990, l’armée turque a détruit de nombreux villages kurdes de la région. Des familles entières ont été déplacées de force, souvent vers la province de Siirt ou d’autres régions du pays. Ce n’est qu’après 2006 que beaucoup ont pu revenir, reconstruire leurs maisons, replanter leurs vergers et tenter de reprendre une vie normale.

À peine installés, un nouveau danger est apparu : les grands projets énergétiques. Après la mise en eau du barrage d’Ilisu, qui a déjà modifié le régime naturel des cours d’eau, la vallée de Zorava est devenue une cible de choix pour les entreprises hydroélectriques.

Première centrale, premiers dégâts

En 2015, une première centrale a été construite en amont. Les villageois dénoncent un manque total d’information et de consultation réelle. Les conséquences n’ont pas tardé.

« Le barrage a provoqué l’assèchement quasi complet d’un affluent de la Zorava », explique l’avocate Fatma Elçiçek, qui défend les habitants depuis 2019. « Si une seconde centrale voit le jour, les dommages deviendront irréversibles pour les populations, la faune et la flore. »

Un joyau de biodiversité

La vallée de Zorava figure parmi les zones les plus riches de la région sur le plan écologique. Elle abrite des espèces végétales endémiques et une faune remarquable : salamandre tachetée d’Anatolie, chèvres sauvages, loups, ours bruns, renards et hyènes rayées.

Pour les habitants, l’enjeu est vital. Ils y cultivent vergers et potagers, élèvent du bétail et récoltent traditionnellement les fruits des térébinthes. Toute baisse significative du débit du ruisseau menacerait directement leurs moyens de subsistance.

Une résistance judiciaire exemplaire

Depuis 2015, les villageois mènent une bataille sur deux fronts : dans la rue et devant les tribunaux. Ils ont déjà obtenu plusieurs victoires importantes :

  • Annulation de l’autorisation initiale par le Conseil d’État.

  • Rejet de l’étude d’impact environnemental (EIE) par le tribunal administratif de Siirt.

  • Annulation du nouveau plan d’aménagement du territoire par le tribunal administratif régional de Gaziantep.

Malgré ces décisions, l’entreprise persiste et multiplie les recours. L’affaire est actuellement pendante devant la 6e chambre du Conseil d’État. En février 2025, les habitants ont également saisi la Cour constitutionnelle turque.

Fatma Elçiçek dénonce une justice sous pression :

« Plusieurs tribunaux et experts ont conclu à l’illégalité du projet. Pourtant, les décisions favorables aux villageois sont systématiquement contestées. Nous espérons que le Conseil d’État mettra un terme définitif à cette mascarade. »

« Nous voulons vivre sur notre terre »

Şükrü Esen, 68 ans, incarne cette lutte. Habitant du village de Şêwira (Koçdalı), il a connu l’expulsion des années 1990, l’exil, puis le retour et la reconstruction.

« Après la destruction de notre village, je suis revenu, j’ai construit cette maison et j’ai refait ma vie. Aujourd’hui, ils veulent nous chasser à nouveau avec une centrale. Nous ne l’accepterons pas. »

Selon lui, 18 villages pourraient être privés d’eau si le projet aboutit. « Ce ne sont pas seulement nos vergers et nos animaux qui disparaîtront, c’est toute notre existence sur cette terre. »

Un combat qui dépasse la vallée

Pour les habitants, il ne s’agit pas seulement d’un barrage, mais d’un modèle de développement imposé qui ignore l’impact cumulatif des projets et sacrifie les territoires kurdes. Ils défendent leur droit à rester, à vivre dignement sur une terre qu’ils ont déjà payée très cher.

« Je veux vivre sur ma terre et y mourir », conclut Şükrü Esen. « Si Zorava disparaît, ce n’est pas seulement notre vallée qui mourra. Les conséquences se feront sentir bien au-delà. » (ANF)