KURDISTAN / SHENGAL – Après l’anéantissement de l’autonomie kurde du Rojava, celle des Kurdes/Yézidis d’Irak est à son tour menacée à cause de la guerre Iran versus États-Unis et Israël, dont le principal champ de bataille est le Kurdistan d’Irak.
Depuis le déclenchement de la guerre États-Unis-Israël contre l’Iran le 28 février 2026, l’Irak et le Kurdistan du Sud (Başur) sont devenus un théâtre critique d’affrontements indirects. Téhéran bombarde régulièrement les bases et camps des partis kurdes iraniens exilés à Erbil et Souleimaniye, tandis que les États-Unis et Israël frappent les groupes chiites pro-iraniens, notamment les Forces de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) et leurs factions phares comme Kataib Hezbollah, Harakat al-Nujaba, Kataib Sayyid al-Shuhada ou Asaib Ahl al-Haq.
Ces milices, intégrées aux forces irakiennes depuis 2018 mais conservant une large autonomie, forment l’« Axe de la Résistance » soutenu par l’Iran. Historiquement liées par des réseaux religieux (sanctuaires de Najaf et Karbala, exil de Khomeiny à Najaf) et politiques renforcés après 2003, elles subissent des bombardements quasi quotidiens depuis le début du conflit, accentuant le chaos sécuritaire en Irak.
Le Kurdistan du Sud paie le prix le plus lourd de cette escalade : attaques iraniennes directes sur ses infrastructures (aéroports, champs pétroliers), frappes de milices pro-iraniennes sur des sites américains et kurdes, et perturbation des échanges commerciaux vitaux avec Téhéran (produits alimentaires, textiles, investissements, zone de libre-échange de Penjwen). Cette instabilité menace l’équilibre politique entre PDK et UPK, ainsi que l’économie régionale déjà fragile.
À Shengal (Sinjar), les acquis post-génocide yézidi de 2014 — autonomie, autodéfense via les Unités de résistance Shengal (URS), Unités féminines (YJŞ) et Forces Êzîdxan — sont directement menacés. Bagdad multiplie les points de contrôle, raids et tentatives de désarmement des forces yézidies locales, tandis que la Turquie vise à occuper la zone pour encercler le Rojava et contrôler les axes Mossoul-Kirkouk, et l’Iran cherche à l’intégrer à son « corridor chiite ». Le transfert récent de milliers de djihadistes de l’EI des camps syriens vers l’Irak (Ninive, Anbar) ravive le spectre du génocide yézidi et souligne l’injustice persistante subie par ces populations.
Dans ce contexte de guerre régionale qui détourne l’attention internationale, les Kurdes et Yézidis [Êzdî] refusent l’encerclement et la négation de leurs acquis. Sans reconnaissance réelle de leur autodéfense et de leur statut politique, la stabilité reste illusoire et les risques d’une nouvelle catastrophe humanitaire augmentent.


*Voici l’intégralité de la lettre :