Colonisation interne : Comment Perses et Azéris partagent le pouvoir pour étouffer le Rojhelat

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IRAN / ROJHILAT – L’Iran colonial, qu’il s’agisse de l’époque du Shah (dynastie Pahlavi, 1925-1979) ou de la République islamique actuelle, repose historiquement sur une alliance dominante entre l’élite persane (fars) et azérie (turcophone), qui marginalise systématiquement les autres groupes ethniques, dont les Kurdes.

Sous les Pahlavi, cette alliance s’est traduite par une politique de centralisation forcée et de persanisation agressive : interdiction des langues non-persanes (y compris le kurde) dans l’éducation, l’administration et les médias, changement de toponymes kurdes, répression des revendications culturelles et politiques, et militarisation permanente du Kurdistan iranien (Rojhelat). Les Azéris, deuxième plus grande ethnie (environ 20-25 % de la population), ont souvent occupé des postes clés dans l’armée, l’économie et la bureaucratie, partageant avec les Perses un intérêt commun à préserver l’unité nationale centralisée contre toute forme d’autonomie ou de fédéralisme ethnique. Des figures azéries influentes (y compris dans le clergé chiite post-1979, comme l’actuel Guide suprême Khamenei d’origine azérie) renforcent cette coalition au pouvoir, qui voit chez les Kurdes une menace potentielle pour l’Iran colonial.

Quant à l’Azerbaïdjan iranien (région historique d’Azarbayjan), il n’a jamais été exclusivement « azéri » au sens moderne : au Moyen Âge, cette zone (notamment autour de Tabriz) fut contrôlée par la dynastie des Rawadides (ou Ravvadides, env. 955-1071), une principauté sunnite qui serait initialement d’origine arabe (tribu Azd) et qui se serait kurdifiée et est décrite dans les sources médiévales comme kurde. Tabriz en fut la capitale, et elle domina une large partie de l’Azerbaïdjan historique et des régions arméniennes adjacentes. Cette période illustre que l’espace azéri-kurde a été partagé et influencé par des dynamiques kurdes bien avant l’arrivée massive des tribus turques oghouzes (à partir du XIe siècle avec les Seldjoukides), et que la région fut un territoire kurde important avant sa turquisation progressive.

Aujourd’hui comme hier, cette alliance azéro-persane au cœur du pouvoir iranien refuse toute reconnaissance des droits kurdes (autonomie culturelle, linguistique, politique ou fédérale), préférant maintenir une assimilation forcée : répression des partis kurdes (KDPI, Komala, PJAK…), exécutions, militarisation, discrimination économique et culturelle. Les Kurdes, sunnites majoritairement dans un État chiite, restent perçus comme une « menace existentielle » à l’unité nationale, et non comme des partenaires égaux. Cette politique coloniale et assimilatrice explique pourquoi Téhéran ne soutiendra jamais les aspirations kurdes — ni en Iran, ni ailleurs en Rojava ou au Kurdistan irakien — et continue d’exploiter les divisions ethniques pour consolider son emprise.

SYRIE. Une « police féminine » voilée pendant que les héroïnes YPJ sont rejetées

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SYRIE / ROJAVA – Pendant que le régime islamiste de Damas, dirigé par les anciens djihadistes de HTS (Hay’at Tahrir al-Sham), impose son obscurantisme, une nouvelle humiliation est infligée aux femmes syriennes : la création d’unités de policières* féminines, entièrement voilées, chargées surtout de surveiller et de punir les autres femmes.
Sur cette photo, la seule femme qui ne porte pas le voile n’est pas policière

Ces policières en niqab ou hijab intégral, formées dans l’esprit même des brigades al-Khansa de Daech, font rougir de plaisir les adeptes de l’État islamique. Daech n’aurait pas rêvé mieux : un régime qui prétend « moderniser » la Syrie mais recrée exactement le même outil de terreur patriarcale que l’organisation qu’il prétend avoir vaincue. Forcer des milliers de femmes à Damas et Alep à se voiler sous peine de sanctions, déployer des « policières féminines » made in HTS… c’est la victoire posthume de l’idéologie takfiri.

Et pendant ce temps, que fait Damas face aux véritables combattantes de la liberté ? Il refuse catégoriquement d’intégrer les unités féminines YPJ (Unités de Protection des Femmes) dans les nouvelles forces armées nationales syriennes.

Les YPJ, ces femmes kurdes qui ont brisé les chaînes du patriarcat, qui ont libéré Kobané, Raqqa et des milliers de femmes yazidies des griffes de Daech, qui ont prouvé au monde entier qu’une femme peut tenir une kalachnikov, commander une unité et diriger une société égalitaire… ces mêmes YPJ sont jugées « incompatibles » avec l’armée de Damas.

Pourquoi ? Parce que HTS n’a jamais accepté de femmes dans ses rangs. Parce que pour ces islamistes, une femme en uniforme, tête découverte, égalitaire et révolutionnaire est une insulte à leur conception médiévale de la « féminité ». Parce que intégrer les YPJ signifierait accepter le modèle du Rojava : co-présidence, égalité réelle, laïcité et lutte contre l’obscurantisme.

Le message est clair et terrifiant :

  • Des policières voilées pour contrôler les femmes → acceptées.

  • Des combattantes libres, laïques et victorieuses de Daech → rejetées.

C’est plus qu’une injustice. C’est une trahison de la révolution syrienne. C’est une déclaration de guerre contre le progrès des femmes. C’est la preuve que le nouveau régime de Damas n’est pas un « gouvernement de transition » mais un régime islamiste qui veut effacer le seul modèle féministe et démocratique qui a réellement existé en Syrie depuis 2012.

Les YPJ ont déjà annoncé qu’elles ne rendraient pas les armes et qu’elles ne se soumettraient pas à un système qui les considère comme une menace existentielle. Elles ont raison.

À l’heure où l’on célèbre partout « la chute de la dictature », il faut avoir le courage de le dire : le régime de Damas n’a pas libéré les Syriennes. Il les a remises sous voile et sous surveillance. Et il a choisi d’exclure celles qui les avaient réellement libérées.

*Les principales tâches de ces policières féminines sont :

  • Appliquer les règles de genre et de modestie : inspection des femmes (fouilles corporelles, contrôle du voile), surveillance dans les espaces publics/segregués, application des restrictions de mobilité et de mixité (ex. : séparation hommes-femmes dans les transports, hôpitaux, lieux de travail comme à l’hôpital Al-Muwasat à Damas).
  • Renforcer le contrôle social patriarcal : elles interviennent dans les cas impliquant des femmes (violences domestiques, plaintes féminines, mais souvent pour imposer la « conformité » plutôt que pour protéger).
  • Compléter la police générale : elles participent aussi à des tâches policières classiques (sécurité routière, maintien de l’ordre dans les quartiers féminins, gestion des foules lors d’événements), mais toujours dans un cadre genré et sous influence islamiste.

ROJAVA – Un village kurde pillé et ravagé par les gangs pro-turcs

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SYRIE / ROJAVA — Sept ans après avoir été forcés de fuir par l’offensive turque de 2019 sur Serêkaniyê (Ras al-Aïn), des habitants kurdes originaires des environs ont enfin pu retourner dans leur village de Khirbet al-Dibs, situé dans la campagne ouest de Tel Tamer, grâce à la réouverture récente de l’autoroute internationale M4.

Ce retour, espéré comme un premier pas vers la reconstruction et la reprise d’une vie normale, s’est transformé en cauchemar. Sur place, les habitants ont découvert un village systématiquement saccagé et pillé :

  • De nombreuses maisons ont été partiellement ou totalement détruites.

  • Portes, fenêtres, installations électriques et sanitaires ont été arrachées et emportées.

  • Dans plusieurs cas, ce sont les toits entiers (tôles, charpentes) qui ont été volés.

  • Les biens mobiliers du quotidien — meubles, appareils, ustensiles, vêtements — ont disparu.

Ce pillage organisé et cette destruction méthodique portent la marque des mercenaires affiliés à la Turquie (Armée Nationale Syrienne – ANS / SNA), qui ont occupé la zone pendant des années. Avant de se retirer — dans le cadre des accords récents entre l’Administration Autonome et le gouvernement transitoire de Damas —, ces groupes ont vidé les habitations de tout ce qui pouvait être revendu ou réutilisé, condamnant les familles de retour à une précarité extrême.

Privés des éléments les plus élémentaires pour se loger, se chauffer ou se nourrir décemment, ces habitants se retrouvent aujourd’hui face à un double drame : celui de l’exil forcé de 2019, et celui de la spoliation systématique orchestrée par les forces pro-turques.

Cette situation n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans un schéma répété depuis 2018 dans de nombreuses zones kurdes occupées par la Turquie et ses proxies : expulsion, pillage, destruction ciblée des biens civils et tentative d’altération démographique.

Les habitants de Khirbet al-Dibs, comme des milliers d’autres déplacés de Serêkaniyê, demandent justice, réparation et le retour sécurisé et digne dans leurs foyers — sans pillage ni menace continue.

Le pillage de Khirbet al-Dibs n’est pas seulement un crime matériel : c’est une continuation de la guerre contre l’existence kurde au Rojava.

IRAN. Cinq autres civils tués par les frappes aériennes

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IRAN / ROJHILAT – Cinq civils, dont trois Kurdes, deux femmes et deux enfants âgés de 2 et 15 ans, ont été tués lors de frappes aériennes menées par des avions de guerre américains et israéliens ciblant des installations militaires et de sécurité iraniennes dans les villes de Téhéran, Bukan et Ravansar. Selon les informations reçues par l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, Soma Salimi, une Kurde originaire de Bukan, a été tuée lors du bombardement de la place Resalat à Téhéran par des avions de combat américains et israéliens, le lundi 9 mars 2026. Sept jours après l’incident, son corps n’a toujours pas été retrouvé sous les décombres de sa maison. Salimi était titulaire d’une licence en psychologie générale et d’un master en psychologie de l’enfant exceptionnel. Elle a également travaillé comme éducatrice auprès d’enfants autistes au Centre culturel Afarinesh. Dans un autre incident, Abra Zherfi, âgé de deux ans, et sa mère Faezeh Reyhani ont été tués lors de récents raids aériens menés par des avions de guerre américains et israéliens dans le quartier de Moniriyeh à Téhéran. Le samedi 14 mars 2026, Kian Moradi, un garçon kurde de 15 ans originaire de Ravansar, est décédé des suites de ses blessures reçues lors des frappes aériennes menées le 1er mars contre des centres de sécurité et militaires de la République islamique d’Iran dans la ville. Il est décédé après 13 jours d’hospitalisation en raison de la gravité de ses blessures. Dans un autre cas, un civil kurde identifié comme Qarni (Siavash) Sharifipour, du village de Hajiabad à Bukan, a été tué lors du bombardement de la base militaire de Qarehmusalian sur la route Bukan-Miandoab.

PJAK. Le mouvement kurde prêt à défendre le Rojhilat face aux tensions

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IRAK / KURDISTAN – Dans une interview à Stêrk TV, Amir Karimi, coprésident du Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), a affirmé que son mouvement est solidement ancré dans la société kurde de Rojhilat (Kurdistan d’Iran) et prêt à défendre la population face aux attaques américano-israéliennes contre l’Iran.

Il a rendu hommage à Salih Muslim (PYD), figure emblématique du mouvement kurde du Rojava récemment décédé, et insisté sur la nécessité d’une autodéfense collective et d’une auto-organisation sociale plutôt que sur une dépendance aux forces extérieures.

Karimi a démenti les rumeurs de transferts de troupes kurdes du Sud vers l’Est, affirmant que le PJAK (Partiya Jiyana Azad a Kurdistanê) dispose déjà de forces opérationnelles en Iran, en contact étroit avec la population, et que ces informations relèvent de la propagande. Il a également nié tout contact ou négociation avec les États-Unis, y compris avec Donald Trump, et souligné l’absence de stratégie claire américaine envers les Kurdes.

Concernant l’alliance récente de six partis kurdes à Rojhilat, Karimi l’a qualifiée d’historique et purement politique (non militaire), visant une position commune, un débat démocratique des divergences et une coopération élargie, y compris avec la société civile. Des discussions sur une coopération militaire conjointe sont en cours, mais les forces armées doivent rester sous contrôle sociétal, non partisan.

Il a appelé à une unité nationale kurde dans les quatre parties du Kurdistan, soulignant que la fragmentation a trop nui par le passé et que les Kurdes peuvent servir de modèle démocratique pour l’Iran entier.

Karimi a mis en garde contre la menace de Daech dans la région, la crise économique, les discriminations médicales et les attaques de l’État iranien, plaidant pour l’entraide, l’autogestion et la vigilance. Il a conclu que la liberté ne viendra pas de l’extérieur mais de la force propre de la société kurde, via l’organisation des jeunes et des femmes, sans viser un pouvoir parallèle mais une véritable autogestion populaire.

Massacre d’Halabja : un génocide à l’odeur de pomme

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IRAK / KURDISTAN – Il y a 38 ans, le 16 mars 1988, la ville kurde d’Halabja, au Kurdistan d’Irak, fut bombardée à l’arme chimique par le régime baasiste de Saddam Hussein. Cette attaque, la plus massive contre des civils de l’histoire moderne, tua environ 5 000 personnes – en majorité des femmes et des enfants – et en blessa près de 10 000 autres. Reconnu comme génocide par le tribunal pénal irakien en 2010, ce crime reste gravé dans la mémoire kurde.

Ce jour-là, des avions irakiens larguèrent un cocktail mortel de gaz moutarde, sarin, tabun et VX sur une population d’environ 40 000 à 70 000 habitants. Une odeur nauséabonde de pomme pourrie envahit la ville. Les victimes, croyant à un bombardement ordinaire, sortirent de chez elles ou ouvrirent leurs fenêtres – et s’effondrèrent asphyxiées, sans sang ni blessures visibles, figées dans leurs gestes quotidiens.

Les rues devinrent des charniers silencieux : corps entassés devant les maisons, dans les écoles, les mosquées, les marchés. Parmi les images les plus poignantes : celle d’Omar Khawar serrant son nourrisson contre lui, ou de familles entières mortes ensemble. Les survivants fuirent vers l’Iran, des dizaines de milliers déplacés de force.

L’opération, supervisée par Ali Hassan al-Majid (« Ali le Chimique »), cousin de Saddam, s’inscrivait dans la campagne Anfal – un génocide systématique contre les Kurdes (plus de 180 000 victimes au total). Halabja n’était pas un accident de guerre : c’était une punition collective pour le contrôle de la ville par les peshmergas.

Ali le Chimique fut condamné à mort et pendu en 2010 pour ce crime (entre autres), sans jamais exprimer de remords. Saddam Hussein le suivit en 2006. La corde de la pendaison d’Ali fut remise aux autorités d’Halabja en 2012 – symbole dérisoire face à la douleur persistante.

Aujourd’hui encore, les survivants souffrent de cancers, de maladies respiratoires chroniques, de malformations congénitales et de traumatismes profonds. Le mois de mars reste pour les Kurdes un temps de deuil : Halabja, Anfal, Shengal, Afrin, Sere Kaniyê, Kobanê… autant de noms qui rappellent la même mentalité génocidaire des États occupants visant l’effacement du peuple kurde.

Halabja n’est pas une page tournée. C’est un cri éternel contre l’impunité et l’oubli. Plus jamais Halabja.

Qui a tué Masoud Mesjudi ? Monarchistes ou agents du régime iranien ? Le choc et la stupeur au sein de la diaspora iranienne

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Le 14 mars 2026, la police canadienne (IHIT – Integrated Homicide Investigation Team) a annoncé l’arrestation et la mise en accusation pour meurtre au premier degré de deux personnes dans la mort de Masood Masjoody (également orthographié Masoud Mesjudi ou Masjoudi), mathématicien canado-iranien de 45 ans, ancien enseignant à l’université Simon Fraser (SFU) et critique virulent du régime islamique iranien. Son corps a été retrouvé le 6 mars à Mission, en Colombie-Britannique, après sa disparition signalée le 2 février. Les suspects, Mehdi Ahmadzadeh Razavi (48 ans, Maple Ridge) et Arezou Soltani (45 ans, North Vancouver), sont des militants monarchistes connus, membres ou proches de la Canadian Iranian Wakuppers Foundation (CIWF), un groupe soutenant Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran.

Les sources policières et judiciaires décrivent un « incident ciblé » lié à des querelles internes à l’opposition iranienne. Masjoody avait intenté plusieurs poursuites civiles, dont une contre Reza Pahlavi lui-même pour diffamation, et dénonçait publiquement des menaces de la part de partisans monarchistes. Les deux suspects entretenaient avec lui des conflits politiques et judiciaires directs. Des médias canadiens comme The Bureau, theBreaker.news et NanaimoNewsNOW confirment que les accusés étaient des activistes pro-Pahlavi, opposés au profil républicain et anti-monarchiste de la victime.

Pourtant, les premières réactions de la diaspora avaient immédiatement pointé vers Téhéran. Masjoody était un opposant farouche aux Gardiens de la Révolution (IRGC), qu’il accusait d’infiltrer le Canada. Il documentait des réseaux d’agents iraniens et avait alerté sur des menaces contre les dissidents. Des activistes iranio-canadiens, dont Nazanin Afshin-Jam, avaient déclaré qu’il était « sous menace depuis des mois » pour avoir exposé des affiliés présumés de l’IRGC. Le Guardian et Iran International rapportaient dès le 6 mars des craintes de « répression transnationale » orchestrée par le régime, dans un contexte où l’Iran est accusé de cibler ses opposants à l’étranger (plus de 120 tentatives d’assassinat ou enlèvements depuis 1979 selon divers rapports).

Le revirement est brutal : les deux suspects ne sont pas des agents officiels du régime, mais des monarchistes. Pire, Masjoody avait lui-même accusé publiquement Arezou Soltani d’avoir un oncle colonel dans l’IRGC (Alireza Soltani, commandant dans la zone de Maku) et un père ancien membre des comités révolutionnaires iraniens. Les suspects, de leur côté, avaient contre-attaqué en affirmant que la victime avait des liens familiaux avec les Moudjahidine du peuple (MEK). Cette guerre d’accusations mutuelles de « liens avec le régime » révèle les fractures profondes au sein de l’opposition en exil.

La peur et la stupeur de la diaspora iranienne

Cet assassinat a plongé la communauté iranienne au Canada – l’une des plus importantes en Occident – dans un mélange de peur et de stupeur. Des figures comme Nazanin Afshin-Jam ou des élus conservateurs (Melissa Lantsman, Pierre Paul-Hus) dénoncent depuis des années la présence massive d’agents iraniens et de réseaux d’influence du régime en Occident. Le Canada est régulièrement cité comme un terrain de jeu privilégié pour la répression transnationale : harcèlements, menaces contre les familles restées en Iran, infiltration via des associations culturelles ou des trafics de drogue. Des rapports officiels et médiatiques (The Bureau, National Post) estiment à plusieurs centaines le nombre d’individus liés à l’IRGC sur le sol canadien. Le gouvernement Trudeau est accusé d’inertie, avec seulement une poignée d’expulsions ces dernières années.

La stupeur vient précisément du fait que le meurtre n’a (pour l’instant) pas été attribué directement à Téhéran, mais à des querelles internes entre opposants. Pour beaucoup, cela prouve l’ampleur de l’infiltration : certains monarchistes seraient « utilisés » ou infiltrés par le régime comme leurre politique, selon des analyses persanes et des médias d’opposition (NCR-Iran). Le régime exploiterait les divisions (républicains vs monarchistes) pour discréditer l’ensemble de l’opposition. Sur les réseaux (X/Twitter), les débats font rage : certains parlent d’« agents IRGC se faisant passer pour monarchistes », d’autres d’une campagne de désinformation pour discréditer Reza Pahlavi, d’autres encore accusent les monarchistes d’avoir leur propre « SAVAK » (référence à la police secrète du Shah) – un réseau de renseignement et d’intimidation parallèle qui agirait parfois de concert avec des éléments du régime.

La diaspora, déjà traumatisée par la répression en Iran (massacres de manifestants, exécutions), voit dans ce drame la confirmation de ses pires craintes : même en Occident, la sécurité n’existe pas. Les opposants s’entre-tuent ou sont manipulés, pendant que les vrais agents du régime opèrent en toute impunité. Des appels se multiplient pour une enquête élargie sur les réseaux IRGC au Canada, au-delà du simple meurtre.

En conclusion, les faits judiciaires pointent vers deux monarchistes radicaux pour ce meurtre. Mais le contexte – accusations croisées de liens avec l’IRGC, historique de menaces contre Masjoody pour ses enquêtes sur les agents iraniens, et divisions exacerbées – alimente un climat de paranoïa justifiée. La diaspora iranienne, unie dans la dénonciation de la présence massive d’agents du régime en Occident, est aujourd’hui stupéfaite par ces fractures internes. Elle exige vérité et protection : car derrière les querelles de personnes se cache peut-être une stratégie plus insidieuse du régime pour semer le chaos parmi ses ennemis. L’affaire Masoud Mesjudi n’est pas seulement un homicide ; elle est le symptôme d’une peur profonde qui traverse toute l’opposition iranienne en exil.

Halabja : Un massacre qui pourrait se reproduire

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KURDISTAN – Le 16 mars 1988 demeure l’un des jours les plus sombres de l’histoire kurde moderne. Ce jour-là, le nom d’Halabja (Helebce) fut à jamais associé à la mort et au silence du monde. À cette époque, le régime baasiste irakien de Saddam Hussein était engagé dans une guerre longue et épuisante contre l’Iran, un conflit qui s’éternisait bien au-delà des prévisions de Bagdad et qui, peu à peu, se retournait contre l’Irak.

Lorsque Saddam Hussein a lancé la guerre, il pensait pouvoir vaincre rapidement le gouvernement iranien nouvellement établi. L’une de ses principales préoccupations était la propagation de la révolution islamique iranienne en Irak. L’Irak comptait une majorité chiite, tandis que le pouvoir politique était détenu par une minorité sunnite au sein du régime baasiste. Bagdad craignait que l’influence de la révolution chiite iranienne n’incite la population chiite irakienne à se soulever contre le gouvernement. Saddam recherchait donc une victoire rapide pour contrer cette influence et consolider son pouvoir.

Mais à mesure que la guerre se prolongeait et que les capacités militaires de l’Iran se renforçaient, les forces irakiennes furent contraintes de se replier dans plusieurs zones. Sous la pression croissante, Saddam choisit une voie empruntée par de nombreux dictateurs en temps de crise : la vengeance contre des civils sans défense.

La ville kurde d’Halabja, dans la province de Souleimaniye, a été victime de cette décision. Le régime irakien a utilisé des armes chimiques contre une ville peuplée de civils. Cette attaque visait non seulement à intimider les forces iraniennes, mais aussi à semer la terreur parmi les groupes politiques kurdes du Kurdistan irakien, notamment l’Union patriotique du Kurdistan.

Au petit matin du 16 mars, quelques jours avant Newroz, le Nouvel An kurde, la mort s’est abattue sur Halabja. Les habitants s’apprêtaient à accueillir le printemps lorsque l’odeur de pommes a envahi les rues, signe annonciateur d’une attaque chimique mortelle. En quelques minutes, des milliers de personnes ont péri. Plus de 5 000 civils ont été tués, et beaucoup d’autres ont souffert de séquelles à long terme. Halabja est devenue l’un des exemples les plus choquants de l’utilisation d’armes de destruction massive contre des civils.

Cette tragédie n’était pas seulement un crime ; elle est aussi devenue le symbole du silence du monde. Malgré l’ampleur du désastre, la communauté internationale n’a pas réagi avec la gravité qu’exigeait ce crime. Ce silence demeure depuis lors l’une des plus sombres taches sur la conscience du monde.

Pour le peuple kurde, Halabja fut une douloureuse leçon historique : dans les moments décisifs, les puissances régionales et mondiales peuvent faire passer leurs intérêts politiques avant la vie d’un peuple. Au cours des années suivantes – de la guerre du Golfe en 1991 aux événements en Syrie et au Rojava – l’expérience kurde a souvent démontré avec quelle facilité leur sort peut être négligé dans les calculs des États puissants.

C’est pourquoi beaucoup estiment qu’au Moyen-Orient actuel, sur fond de tensions régionales croissantes – notamment face à la confrontation de plus en plus vive entre l’Iran et Israël – le risque de tragédies similaires ne doit pas être négligé. L’histoire a montré que des gouvernements sous pression peuvent recourir à une répression féroce pour semer la terreur ou adresser un message à leurs ennemis. Dans ce contexte, on craint que le Kurdistan iranien (Rojhelat) ne redevienne un foyer de tensions, exposant les civils kurdes à des risques de violence et de répression. Parallèlement, les puissances mondiales ne font pas nécessairement de la sécurité ou des intérêts du peuple kurde une priorité.

Se souvenir d’Halabja, ce n’est donc pas seulement commémorer une tragédie passée ; c’est aussi un avertissement pour le présent et l’avenir. Une nation qui a subi une telle catastrophe ne peut se permettre d’ignorer le risque qu’elle se reproduise.

Dans ce contexte, le Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) a déclaré dans un communiqué marquant l’anniversaire de la tragédie :

« Le 16 mars marque le génocide perpétré contre le peuple kurde à Halabja en 1988, lorsque le régime baasiste irakien a tué près de cinq mille civils à l’aide d’armes chimiques. Le PJAK condamne ce crime contre l’humanité, honore la mémoire des victimes et souligne que le peuple kurde n’oubliera jamais cette tragédie. »

Halabja rappelle au monde que le silence face à l’injustice peut engendrer sa répétition. C’est pourquoi la conscience historique et la vigilance politique demeurent essentielles pour éviter que des tragédies comme celle d’Halabja ne se reproduisent. (Rojhilat Info)

Les Kurdes pourraient faire confiance même au diable… mais pas à la Turquie

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KURDISTAN – « Les Kurdes n’ont pas d’amis sauf les montagnes. » Ce proverbe kurde, répété depuis des générations, résume une histoire tragique : un peuple mobilisé, armé, sacrifié au nom d’alliances temporaires, puis abandonné – ou pire, écrasé – dès que les intérêts des puissants changent. Parmi tous les acteurs qui ont trahi les Kurdes, un pays se distingue par la constance et la systématicité de sa politique hostile : la Turquie.

Les Kurdes pourraient faire confiance même au diable… mais pas à la Turquie

Le titre provocateur de cet article n’est pas une simple formule rhétorique. Il reflète une conviction forgée dans le sang, les bombardements, les villages rasés et les promesses brisées depuis plus d’un siècle. Même le diable, dans sa franchise cynique, inspire plus de prévisibilité que la Turquie quand il s’agit des droits kurdes.

1920-1923 : La trahison originelle – de Sèvres à Lausanne

Tout commence avec la fin de l’Empire ottoman. Le Traité de Sèvres (1920) promettait explicitement un Kurdistan autonome, voire indépendant, dans les zones kurdes de l’Anatolie orientale. Les Kurdes y ont cru ; certains ont même combattu aux côtés des Alliés ou attendu en silence.

Mustafa Kemal Atatürk et les nationalistes turcs ont rejeté ce traité. Trois ans plus tard, le Traité de Lausanne (1923) efface toute mention du Kurdistan. Les Kurdes deviennent officiellement des « Turcs de montagne », une minorité invisible condamnée à l’assimilation forcée. La promesse d’autodétermination est sacrifiée sur l’autel de la création d’un État-nation turc homogène. Première grande trahison moderne.

2013-2015 : Le « processus de paix » qui n’en était pas un

En 2013, Recep Tayyip Erdoğan lance un dialogue historique avec Abdullah Öcalan, leader emprisonné du PKK. Un cessez-le-feu tient. Des réformes timides voient le jour (enseignement du kurde limité, médias). Les espoirs sont immenses.

En juillet 2015, tout s’effondre. Pourquoi ? Parce que le HDP (parti pro-kurde) obtient un score électoral historique en juin 2015, menaçant la majorité absolue de l’AKP. Parce que la guerre en Syrie renforce les Kurdes du Rojava, perçus comme une menace existentielle par Ankara. Parce qu’Erdoğan choisit la surenchère nationaliste pour regagner du pouvoir.

Le cessez-le-feu est rompu. Les villes kurdes du sud-est (Cizre, Sur, Nusaybin…) sont bombardées, des milliers de civils tués, des centaines de milliers déplacés. Le « processus de paix » n’était qu’une pause tactique.

2019 : Afrin, Serê Kanîyê, Girê Spî – la récompense pour avoir vaincu Daesh

Les YPG/Forces démocratiques syriennes (FDS) ont payé le prix du sang pour détruire l’État islamique. Kobanê, Raqqa, Deir ez-Zor : les Kurdes ont été l’épine dorsale terrestre de la coalition anti-Daesh.

Récompense ? Donald Trump donne feu vert à l’opération turque « Source de Paix » (octobre 2019). Afrin est occupée depuis 2018. Ras al-Aïn (Serê Kanîyê) et Tel Abyad (Girê Spî)  passent sous contrôle turc et de factions pro-Ankara. Des dizaines de milliers de Kurdes fuient. Des démographiques sont modifiées par l’installation d’Arabes sunnites et de Turkmènes. Ankara appelle cela « zone de sécurité ».

2024-2026 : La nouvelle donne… et les vieilles méthodes

En 2025, Öcalan appelle à déposer les armes. Le PKK annonce sa dissolution et son retrait du territoire turc vers le nord de l’Irak. Une commission parlementaire discute de réformes. Erdoğan parle de « nouvelle ère de fraternité ».

Mais sur le terrain :

  • La Turquie continue des opérations aériennes et terrestres dans le sud du Kurdistan irakien (Qandil, Sinjar) même après ces annonces.

  • En Syrie, Ankara soutient activement le nouveau pouvoir islamiste de Damas dans sa campagne pour démanteler les structures kurdes (FDS, AANES). Alep, Manbij, Kobané : les pressions et les combats se multiplient pour forcer l’intégration forcée sans autonomie réelle.

  • Les demandes turques restent maximalistes : dissolution totale, départ des « éléments étrangers », fin de toute structure militaire kurde en Syrie – sans contrepartie crédible sur les droits culturels, politiques ou la décentralisation.

Même quand le PKK lâche du lest, la Turquie maintient la pression militaire et refuse toute tutelle partagée ou reconnaissance d’autonomie.

Pourquoi « même au diable » ?

Le diable ne nie pas votre existence. Il ne vous traite pas de « terroriste » pour justifier ton anéantissement culturel. Il ne bombarde pas tes villes après t’avoir utilisé contre un ennemi commun. Il ne change pas de discours tous les six mois selon ses calculs électoraux.

La Turquie, elle, alterne entre dialogue opportuniste et répression totale depuis un siècle. Elle tolère une autonomie kurde en Irak du Nord tant qu’elle reste faible et dépendante économiquement (via le pétrole via Ceyhan). Dès qu’elle devient forte ou qu’elle inspire les Kurdes de Turquie/Syrie, elle frappe.

Les Kurdes ont survécu à des trahisons par les Britanniques (Sèvres/Lausanne), les Américains (1975, 2019), les Iraniens (Mahabad 1946), les Irakiens (Anfal), les Russes/Soviétiques… Mais avec la Turquie, c’est différent : c’est une hostilité structurelle, inscrite dans l’ADN de l’État kemaliste puis erdoganiste. L’autonomie kurde n’est acceptable que si elle est contrôlée, affaiblie, turquifiée.

Et la moralité de cette histoire ?

Les Kurdes n’ont pas besoin de tutelle turque pour exister. Ils ont besoin d’unité interne, d’alliances pragmatiques (et non serviles) et surtout de ne jamais miser sur Ankara pour leur avenir.

Faire confiance au diable ? Peut-être, au moins on sait à quoi s’attendre. Faire confiance à la Turquie pour garantir une autonomie kurde ? Historiquement, stratégiquement, politiquement : non.

Les montagnes restent les seuls amis fiables. Et tant que la Turquie n’acceptera pas les Kurdes comme égaux – et non comme menace permanente –, ce proverbe ne risque pas de disparaître.

ROJAVA. Obsèques de Saleh Muslim, figure historique du PYD

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SYRIE / ROJAVA – Le cercueil de Saleh Muslim est arrivé au sanctuaire du martyr Dijla, à Kobanê, en présence de délégations kurdes venues d’autres parties du Kurdistan et d’une foule immense.

Le cortège funèbre de Saleh Muslim, membre du Conseil présidentiel du Parti de l’Union démocratique (PYD) et l’une des figures les plus emblématiques du mouvement kurde en Syrie, a parcouru la région de Jazira le 13 mars 2026, avant son transfert à Kobanê où Muslim va être inhumé aux côtés de son fils Şervan Muslim, tombé martyr face à DAECH / ISIS à Til Ebyad (Girê Spî) en octobre 2013.

Des milliers de personnes, Kurdes, Arabes et Syriaques, se sont massées dans les rues de Qamishlo pour rendre un dernier hommage au défunt. De nombreuses délégations venues du Kurdistan de Turquie (Kurdistan du Nord), du Kurdistan d’Irak (Kurdistan du Sud), ainsi que le commandement général des Forces démocratiques syriennes (FDS) et des représentants de nombreux partis, forces politiques et organisations sociales de la région de Jazira participent à la cérémonie.

Le cercueil, drapé du drapeau du PYD et recouvert de couronnes de fleurs, a été porté sur les épaules de ses camarades et compagnons de lutte.

Saleh Muslim, né en 1951 près de Kobanê, s’est éteint le 11 mars 2026 à l’âge de 75 ans dans un hôpital d’Erbil (Kurdistan irakien), après une longue lutte contre une insuffisance rénale et des problèmes cardiaques. Ingénieur de formation, cofondateur du PYD en 2003 et ancien co-président du parti, il a joué un rôle central dans la défense des droits du peuple kurde et la construction de l’autonomie en Rojava (nord-est de la Syrie) au cours des dernières décennies.

Son corps, rapatrié depuis Erbil via le poste-frontière de Semalka, a d’abord été accueilli à Qamishlo pour une grande cérémonie d’adieu, avant d’être transféré vers Kobanê, sa ville natale, pour y être inhumé auprès de son fils Shervan, tombé en martyr en 2013 lors des combats contre l’État islamique (EI).

Cette disparition constitue une grande perte pour le mouvement kurde syrien. De nombreuses voix, y compris au sein des FDS et des partis kurdes de la région, ont salué la mémoire d’un homme qui a consacré sa vie à la cause de la liberté, de la justice et de la coexistence des peuples en Syrie du Nord-Est.