ROJAVA. Kobanê en deuil pour 9 civils morts dans l’incendie de la prison

0

SYRIE / ROJAVA – Un incendie s’est déclaré samedi à 2 heures du matin à la prison de Kobanê, faisant neuf morts et plus de vingt blessés parmi des civils kurdes arrêtés lors des protestations provoquées la veille par le meurtre barbare du soldat kurde Sipan Hiznî.

La ville de Kobanê a décrété aujourd’hui deux jours de deuil national en hommage aux victimes. Depuis le petit matin, les magasins et commerces de la ville, et tout particulièrement ceux du marché central, sont restés fermés en signe de respect et de deuil. Toute activité est au point mort : les rues de Kobanê paraissent désertes.

Les funérailles des neuf martyrs auront lieu demain, lundi, à 17 heures.

TURQUIE. Ingénierie politique de la religion au Kurdistan

0
TURQUIE / KURDISTAN – « L’État [turc] a promu les ordres religieux au Kurdistan pour contenir les revendications nationales kurdes dans un cadre religieux centré sur la ‘fraternité musulmane’ », écrit le journaliste Rustem Sincer sur le site ANF. Voici la suite de l’article de Rustem Sincer : Depuis la fondation de la République de Turquie, l’appareil d’État, officiellement associé au principe de « laïcité », a dans les faits entretenu des liens étroits avec les réseaux d’ordres et de communautés religieuses. Au Kurdistan en particulier, ces liens ont dépassé le cadre de la question des relations entre religion et État pour devenir un instrument direct d’assimilation, de contrôle et de guerre de basse intensité. Dans la tradition du Mouvement de libération kurde, les ordres religieux ont été considérés comme un second front agissant aux côtés des instruments de coercition directs de l’État, notamment l’armée, la gendarmerie et les gardes villageois. Leur rôle a consisté à fabriquer le consentement, à sanctifier l’obéissance et à remodeler la mémoire collective. Les racines historiques des ordres religieux, le rôle qu’ils ont assumé au Kurdistan, leur intégration organique à l’État sous le Parti de la justice et du développement (AKP) et leurs efforts pour remodeler l’ordre social sont de plus en plus mis en lumière. Le partenaire caché de la République L’historiographie officielle soutient que la République a complètement démantelé les ordres religieux par le biais d’une législation promulguée en 1925. Pourtant, les cadres fondateurs de l’État n’ont jamais abandonné les alliances pragmatiques avec les cheikhs et les aghas religieux, notamment comme moyen de maintenir leur contrôle au Kurdistan. À la suite de la rébellion du cheikh Saïd (Şêx Seîd), l’État a adopté une approche sélective. Il a démantelé certains réseaux religieux afin de saper le fondement religieux de la légitimité de la rébellion, tout en repositionnant d’autres ordres religieux et cercles de madrasas qu’il avait placés sous son influence comme instruments de contrôle régional. Cette double stratégie consistait à réprimer les chefs religieux et sociaux associés à la rébellion, à l’autonomie ou à la conscience nationale, tout en renforçant les cercles dociles prêts à se soumettre à l’État. Derrière la rhétorique de la « laïcité », se cachait en réalité une politique étatique de « religion contrôlée ». Le rôle de la coopération entre l’État et l’ordre religieux au Kurdistan Les écrits idéologiques du Mouvement de libération kurde ont souvent soutenu que la religion a joué un rôle différent au Kurdistan par rapport à l’ouest de la Turquie. Les réseaux religieux ont également servi à substituer une identité essentiellement religieuse à l’identité nationale, à la langue et aux traditions d’auto-organisation. L’État a cherché à substituer à l’identité kurde un discours de « fraternité musulmane » la notion de « fraternité musulmane », enfermant ainsi les revendications nationales de la population dans un cadre religieux. Il a promu les ordres et communautés religieuses au Kurdistan avec une intensité systématique renouvelée et bien plus marquée, notamment après le coup d’État militaire de 1980, dans le cadre de sa lutte contre les mouvements de gauche et nationalistes. Les cours de Coran, les pensionnats religieux Imam Hatip et les fondations affiliées aux ordres religieux établis durant cette période ne se limitaient pas à dispenser un enseignement religieux. Ils visaient également à éloigner les jeunes générations de la lutte de libération nationale et à les orienter vers une identité intégrée à l’État. Hezbollah : l’expérience de contre-guérilla de l’État L’un des exemples les plus sombres de l’histoire politique du Mouvement de libération kurde est celui du Hezbollah, actif dans plusieurs grandes villes du Kurdistan, dont Diyarbakır (Amed), Batman (Êlih) et Gaziantep (Dîlok), durant les années 1980 et 1990. Ses activités ont été consignées dans des documents officiels. Les rapports de la Commission parlementaire d’enquête sur les assassinats non résolus, ainsi que les procédures judiciaires de l’époque, ont démontré que l’organisation menait une campagne systématique d’assassinats visant des intellectuels, des hommes politiques et des militants proches du mouvement politique kurde, avec la connaissance et, parfois, le soutien direct de l’État. Cette affaire occupe une place centrale dans les analyses du Hezbollah, car elle constitue l’un des exemples les plus clairs de la manière dont le discours religieux peut être transformé par l’État en un instrument direct de conflit et d’intimidation. Le naqshbandisme et le mouvement Nur : l’assimilation silencieuse Certaines branches de l’ordre Naqshbandi et des cercles associés au mouvement Nur ont constitué une classe moyenne religieuse et conservatrice dans les villes du Kurdistan grâce à des réseaux de fondations, de résidences étudiantes et d’établissements d’enseignement privés. Cette strate sociale s’est structurée autour d’une intériorisation du discours d’État qui qualifiait les revendications nationales de « séparatisme », tout en devenant économiquement dépendante des marchés publics et des ressources de l’État. Ces réseaux sont devenus un terrain privilégié pour fabriquer le consentement et établir une hégémonie idéologique auprès de pans de la société qu’on ne pouvait atteindre par la coercition armée. Une carte variée de l’influence à travers les villes du Kurdistan L’influence des ordres religieux est inégale au Kurdistan. Différents réseaux religieux ont pris de l’importance selon le contexte historique et social de chaque ville. La tradition des madrasas, d’origine naqshbandi, est plus visible à Diyarbakır et dans ses environs, tandis que les groupes proches de la communauté menzil exercent une influence considérable sur l’emploi public dans les régions de Batman et de Siirt (Sêrt). À Şırnak (Şirnex) et à Hakkari (Colemêrg), les alliances tribales et religieuses, étroitement liées au système des gardes villageois, sont plus marquées. L’expérience du mouvement kurde en matière d’organisation à travers la région suggère que ces différences ne sont pas fortuites. Plutôt que de poursuivre une politique centralisée et uniforme, l’État a cherché à identifier le réseau religieux et social le plus influent de chaque ville, à nouer des alliances avec lui et à mettre en œuvre un modèle de contrôle localisé. La communauté Menzil et son partenariat institutionnel avec le gouvernement La communauté Menzil, basée à Adıyaman (Semsûr), illustre la nouvelle dimension qu’ont prise les relations entre les ordres religieux et l’État dans les années 2000. Les médias ont souvent rapporté que les membres de cette communauté se concentraient de plus en plus dans les institutions publiques, notamment dans le secteur de la santé et l’administration. Ce phénomène a été interprété comme la preuve que la relation entre les ordres religieux et l’État avait évolué, passant d’une influence informelle à une pratique de recrutement institutionnel. De nombreux rapports ont également documenté des affirmations selon lesquelles des réseaux similaires se sont étendus dans les villes kurdes grâce à l’emploi dans le secteur public et à leurs relations avec les autorités locales. L’ère de l’AKP : L’intégration organique des ordres religieux dans l’État Suite à l’arrivée au pouvoir de l’AKP, les relations entre les ordres religieux et l’État sont passées d’une coopération indirecte à un véritable partenariat de pouvoir. L’augmentation rapide du budget de la Direction des affaires religieuses, l’allocation de ressources publiques à des fondations affiliées à des ordres religieux et les privilèges accordés à certaines communautés religieuses lors d’appels d’offres publics témoignent concrètement de cette transformation. Au Kurdistan, ce processus s’est déroulé parallèlement à la résistance pour l’autonomie qui a débuté en 2015 et à l’état d’urgence qui s’en est suivi. Les réseaux d’entrepreneurs proches des ordres religieux ont été privilégiés dans la reconstruction des villes dévastées, dans le cadre d’un effort visant à reconstruire les espaces urbains kurdes autour d’une identité religieuse plus explicite. De nombreux articles de presse de la même période ont également documenté une étroite coopération entre les administrations fiduciaires nommées par l’État et les réseaux religieux dans les domaines de la culture et de l’éducation après que les municipalités gouvernées par le Parti démocratique des peuples (HDP) ont été placées sous tutelle. Là où convergent religion officielle et religion non officielle La Direction des affaires religieuses se présente officiellement comme l’expression institutionnelle de la religion d’État et maintient une distance officielle avec les ordres religieux. La réalité sur le terrain, cependant, révèle une tout autre réalité. Les médias régionaux et les études universitaires de terrain ont fréquemment constaté qu’un nombre important de muftis et de prédicateurs nommés dans les villes kurdes entretiennent des liens étroits avec certains réseaux religieux, tandis que le contenu des sermons du vendredi et de l’enseignement religieux officiel recoupe souvent le discours promu par ces groupes. La frontière entre religion officielle et non officielle s’en trouve ainsi estompée. L’État lui-même en vient à ressembler à un réseau d’ordres religieux, tandis que ces réseaux deviennent des extensions de l’appareil d’État local. Cet imbrication permet au contrôle de s’exercer non pas depuis un centre unique, mais à travers un réseau complexe de structures imbriquées. Ingénierie sociale par l’éducation, le corps des femmes et l’identité Les réseaux religieux pratiquent également une forme de manipulation sociale centrée sur le corps des femmes et l’institution familiale. Orienter les jeunes filles vers des internats pour étudier le Coran, reproduire les pratiques du mariage précoce par le biais d’une légitimation religieuse et promouvoir des discours visant à exclure les femmes de la vie publique constituent un double obstacle, au Kurdistan, à un projet de libération fondé à la fois sur la liberté nationale et l’égalité des sexes. L’expansion des écoles religieuses Imam Hatip à travers le Kurdistan et la centralisation des programmes scolaires sont également perçues comme des instruments systématiques d’assimilation, limitant la transmission des langues locales, de l’histoire et des traditions d’auto-organisation aux jeunes générations. Le mouvement Süleymancı et le cycle de dépendance économique Les réseaux de résidences étudiantes et de pensionnats liés au mouvement Süleymancı constituent un autre mécanisme destiné en particulier aux enfants issus de familles kurdes pauvres. Dans les zones rurales et les quartiers urbains défavorisés, ces organisations offrent gratuitement le gîte et le couvert, arrachant ainsi les enfants à leur famille et à leur milieu social dès leur plus jeune âge et les intégrant directement à la hiérarchie de l’ordre religieux. Cette pratique s’inscrit dans un système plus vaste où la pauvreté est exploitée pour remodeler l’identité. Nombre d’enfants élevés dans ces foyers intègrent ensuite la bureaucratie d’État ou des institutions liées à l’ordre religieux, se retrouvant ainsi intégrés à ce même système à l’âge adulte. Le régime de tutelle et la transformation religieuse du gouvernement local La mise en place de tuteurs dans des dizaines de municipalités gérées par le HDP après 2016 a profondément modifié l’affectation des budgets locaux à la culture, aux arts et à l’éducation. Les ressources auparavant allouées aux cours de langue kurde, aux centres d’accueil pour femmes et aux centres culturels autonomes ont été réorientées, sous l’administration des tuteurs, principalement vers les cours de Coran, la construction de mosquées et les programmes d’aide sociale transférés à des fondations affiliées à des ordres religieux. Le modèle de gouvernance municipale du mouvement kurde, axé sur la prise de décision locale et le multiculturalisme, a été remplacé sous l’administration des administrateurs par une approche centralisée et de plus en plus religieuse de l’administration locale. Ce changement a démontré que les réseaux religieux n’étaient plus confinés à la sphère sociale, mais qu’ils s’étaient directement intégrés aux structures locales de l’État.

TURQUIE. Attaque kurdophobe à Bursa

0

TURQUIE / KURDISTAN – Neuf travailleurs agricoles saisonniers kurdes ont été blessés le 5 septembre 2026 dans le district de Nilüfer, dans la province de Bursa (ouest de la Turquie), lors d’une agression motivée par le port de maillots du club de football Amedspor.

Les victimes, pour la plupart des étudiants universitaires, s’étaient rendues dans la région pour la récolte des figues. Selon Kadri Esen, co-maire de Silvan (province de Diyarbakır), qui les a rencontrés à l’hôpital d’État de Silvan, des villageois les ont agressés précisément parce qu’ils portaient les couleurs d’Amedspor. Les travailleurs ont subi diverses blessures. Esen a qualifié l’incident d’« attaque raciste » et a appelé les autorités à identifier les responsables et à prendre des mesures pour empêcher de nouveaux faits similaires.

Amedspor, basé à Diyarbakır – la plus grande ville kurde de Turquie –, est étroitement associé à l’identité kurde. Le club jouit d’un large soutien dans les régions à majorité kurde et a régulièrement fait face à des hostilités nationalistes lors de ses déplacements. Des tensions avaient déjà éclaté à Bursa en mars 2023 lors d’un match contre Bursaspor : des projectiles avaient été lancés sur le terrain, des slogans anti-kurdes scandés, sept personnes interpellées et trois fonctionnaires suspendus.

L’agression de Bursa s’inscrit dans une série d’incidents récents visant des travailleurs saisonniers kurdes ou des sympathisants d’Amedspor. Le 23 août, environ 70 travailleurs récoltant des noisettes dans la province de Zonguldak (mer Noire) auraient été agressés. Le lendemain, un autre groupe a signalé des menaces à Düzce. Le 30 août, à Bayburt (nord-est), trois hommes originaires de Diyarbakır ont été attaqués après qu’un d’entre eux ait été vu portant un maillot d’Amedspor ; l’un des agresseurs a lui-même porté plainte après s’être blessé. Le même jour, une femme portant un maillot du club a été victime de harcèlement verbal à Trabzon.

Ces événements surviennent alors qu’Amedspor évolue pour la première fois en Süper Lig, la première division turque, dans un contexte politique marqué par un processus de paix entre l’État turc et le PKK.

TURQUIE. Les Mères du Samedi debout pour les victimes du coup d’État de 1980

TURQUIE / KURDISTAN – Chaque samedi, place Galatasaray à Istanbul, des femmes tiennent des photos de leurs proches disparus. Elles s’appellent les Mères du Samedi (Dayikên Şemiyê en kurde, Cumartesi Anneleri en turc). Depuis le 27 mai 1995, elles demandent une chose simple et radicale : que l’État turc rende des comptes sur les milliers de disparitions forcées de civils par les forces étatiques.

Aujourd’hui, parmi les photos qu’elles portent figure celle de Kenan Bilgin. Arrêté à son domicile à Ankara le 12 septembre 1994 par une brigade antiterroriste, il a disparu à jamais. Sa famille n’a jamais obtenu de réponse claire sur ce qui lui est arrivé après son interpellation. Comme pour tant d’autres, le silence officiel est resté total.

Les Mères du Samedi ne limitent pas leur combat à la période des années 1990. Elles commémorent aussi ceux qui ont disparu dans les salles de torture de la junte militaire instaurée le 12 septembre 1980. Deux dates qui se font écho : le 12 septembre 1980 et le 12 septembre 1994. Deux moments où l’État a exercé une violence extrême, particulièrement dans les régions kurdes.

Le putsch de Kenan Evren : la Turquie bascule dans la terreur

Le 12 septembre 1980, un putsch militaire mené par le général Kenan Evren plonge la Turquie dans une terreur absolue. Ciblant particulièrement la société kurde et les milieux socialistes, ce coup d’État reste, 45 ans plus tard, une plaie ouverte dans la mémoire collective, notamment au Kurdistan du Nord.

Sous la houlette d’Evren, le Conseil de sécurité nationale instaure un état de siège sur tout le territoire. L’Assemblée nationale est dissoute, la Constitution suspendue, les partis politiques, associations et syndicats interdits. Toutes les grèves sont déclarées illégales. Les maires et les membres des conseils locaux sont remplacés par des militaires. L’amiral à la retraite Bülent Ulusu est nommé Premier ministre.

Ce putsch est le troisième en trente ans (après ceux de 1960 et 1971). Entre 1971 et 1984, la répression s’intensifie massivement contre les Kurdes et les forces de gauche.

Un bilan humain dévastateur

Les chiffres de la répression restent vertigineux :

  • 650 000 personnes arrêtées dans les semaines et mois suivants

  • 230 000 jugées par des tribunaux militaires

  • Plus de 500 condamnations à mort, dont 50 exécutions par pendaison

  • 300 morts dans des centres de détention et prisons dans des circonstances suspectes

  • 171 personnes tuées sous la torture

Plus de 1,6 million de personnes sont inscrites sur des listes noires. 14 000 sont déchues de leur citoyenneté. Environ 30 000 deviennent des réfugiés politiques, principalement en Europe.

L’un des héritages les plus durables de ce régime militaire reste la Constitution de 1982, toujours en vigueur, approuvée par référendum avec 91,4 % de oui (taux de participation de 91,3 %).

Continuité de la violence d’État

Les Mères du Samedi rappellent que la violence n’a pas cessé avec le retour progressif à un régime civil. Selon l’Association des droits de l’Homme (IHD), entre 1992 et 1996, 792 disparitions forcées et meurtres ont été signalés dans les régions kurdes de Turquie. Les victimes étaient journalistes, syndicalistes, médecins, enseignants, enfants ou simples paysans. La plupart avaient été interpellées par les forces de sécurité. Beaucoup n’ont jamais reparu.

Depuis plus de 31 ans, les Mères du Samedi tiennent leur vigile pacifique place Galatasaray, malgré les interdictions, les interventions policières et les tentatives d’intimidation. Elles exigent la vérité sur le sort de leurs enfants, frères, sœurs et conjoints, et la poursuite des responsables.

Leur présence chaque samedi est devenue un symbole : celui d’une mémoire qui refuse de s’effacer face à une justice qui tarde toujours à venir, 45 ans après le coup d’État sanglant de Kenan Evren.

Un journaliste kurde livré à la Turquie après huit mois de torture en Syrie

0

SYRIE / ROJAVA – Après huit mois de détention et de torture, le journaliste kurde Ahmed Polad a été remis à la Turquie par le régime islamiste de Damas.

Selon sa famille, le journaliste kurde Ahmed Polad, dont la santé s’est fortement détériorée, a été remis aux autorités turques le 9 septembre par le gouvernement de transition syrien. Il se trouve désormais à la prison de Metris, à Istanbul.

Arrêté le 18 janvier à Raqqa en même temps que sa collègue allemande Eva Maria Michelmann, Ahmed Polad était resté sans nouvelles pendant près de huit mois. Les forces du gouvernement de transition syrien l’avaient placé en détention dans des prisons sous leur contrôle.

D’après les informations obtenues par l’agence ANHA auprès de sa famille, Polad a confié avoir subi de graves tortures durant toute sa captivité. Il a entamé une grève de la faim pour protester contre ces mauvais traitements. Les conditions de détention et les sévices ont gravement affecté sa santé ; il est aujourd’hui affaibli et malade.

Ahmed Polad travaille dans les médias au Rojava et en Syrie depuis 2017. Membre de l’Union des médias libres, il a collaboré avec l’agence ETHA et la chaîne Özgür TV à partir de 2016. Plus récemment, il était rédacteur et contributeur pour le site Kurdistana Azad, lancé en 2025.

Sa collègue Eva Maria Michelmann (née en 1989), correspondante au Rojava et dans le nord et l’est de la Syrie depuis 2022, avait elle aussi été arrêtée le 18 janvier. Elle a été transférée des prisons d’Alep vers Damas avant d’être libérée à la mi-juin, puis a pu regagner l’Allemagne grâce aux efforts de l’ambassade allemande. Ahmed Polad, en revanche, est resté détenu jusqu’à son extradition vers la Turquie.

ROJAVA. La kurdophobie de Damas fait 10 morts à Kobanê

0

SYRIE / ROJAVA – Le 10 septembre 2026, le soldat kurde Sîpan Hiznî (Sami Sheikhmous Hiso), combattant de la brigade de Hasakah, a été enlevé puis assassiné de manière barbare près de Serê Kaniyê par un groupe armé. Son corps a été retrouvé décapité et criblé de balles. Ce crime a immédiatement déclenché des manifestations dans plusieurs villes kurdes du nord et du nord-est de la Syrie, notamment à Kobanê, où la population exigeait justice.

Les rassemblements ont été rapidement confrontés à la violence. Des bandes liées aux autorités de Damas se sont en prises aux manifestants kurdes. Selon des témoignages et des sources locales, les forces de sécurité déployées sous le slogan « Allahou Akbar » n’ont pas protégé les Kurdes : elles ont au contraire contribué à l’escalade. Des attaques ont visé des civils et des infrastructures.

Dans la nuit du 11 au 12 septembre, un incendie a ravagé la prison de Kobanê. D’après le témoignage d’un rescapé, des soldats et civils kurdes arrêtés par des gangs affiliés au régime de Damas ont mis le feu à l’établissement pour éviter d’être transférés à Alep, où ils craignaient la torture. Le sinistre a fait au moins dix morts et 20 blessés parmi les Kurdes.

De son côté, l’activiste kurde, Baz Ararat a dénoncé le communiqué officiel de la sécurité publique qui affirmait protéger les manifestants kurdes de Kobanê. Il a écrit :

« Selon le communiqué de la sécurité publique, ils ont déployé des forces pour protéger les manifestants… Ils les ont déployées pour protéger les citoyens sous le slogan « Allahou Akbar ». Et nous sommes venus à vous, ô athées et ô prostituées. De même, le communiqué des terroristes a complètement ignoré l’incident de l’incendie et le martyre et la blessure de plus de 27 Kurdes. Eux-mêmes ont également ignoré l’appartenance du jeune homme au ministère de la Défense, en défense des tribus. »

Ces événements illustrent la pression continue exercée par le pouvoir islamiste de Damas et ses milices kurdophobes sur la population kurde du Rojava en général et de Kobanê en particulier. Le meurtre de Sîpan Hiznî, les attaques contre les manifestants et le drame de la prison s’inscrivent dans une logique de répression et d’intimidation qui vise à briser toute affirmation kurde dans le processus de transition syrienne.

« Être femme et kurde en Turquie » : témoignage d’Alizée Lambin

0
LYON – Hier, dans le cadre de l’exposition photographique « Voyages au Kurdistan, entre résistance et mémoire », accueilli au Centre de photographie Le Bleu du Ciel, la Maison du Kurdistan de Lyon a organisé une conférence sur les femmes kurdes de Turquie avec la photo journaliste Alizée Lambin.
Lors de la conférence, Alizée Lambin est revenue sur son travail de recherche portant sur les femmes au Kurdistan de Turquie.

Extraits de l’intervention de Alizée Lambin :

« La manière dont les femmes vivent et affrontent les crises et les phénomènes de société a toujours suscité mon intérêt. En juin 2025, je me suis rendue au Kurdistan de Turquie. J’ai rencontré des femmes qui ont accepté, non sans crainte, de me parler de leur condition.

Grâce à elles, j’ai été quelque part, initiée à la pensée d’Abdullah Öcalan et à la jineolojî, « la science des femmes » : cette idée que la libération des femmes était au cœur de la transformation de la société.

Alors que j’assistais à une manifestation féministe à Mardin, j’ai véritablement compris l’importance de m’intéresser à ce sujet. Elles étaient une petite cinquantaine, toutes pacifiques, et réclamaient simplement justice pour des femmes kurdes disparues, mortes ou victimes de la violence des hommes.

Elles n’ont pu marcher qu’une dizaine de minutes, encerclées par un important dispositif policier, une nouvelle fois empêchées de faire entendre leur voix et de demander justice.

J’ai alors enfin compris cette double difficulté que les femmes que j’avais rencontrées évoquaient : être femme et être kurde en Turquie. Certaines prennent les armes, d’autres résistent autrement, dans leur famille, leur communauté, leur travail ou leur engagement. C’est cela que je voulais raconter ».

La maison du Kurdistan de Lyon a remercié Alizée Lambin pour son témoignage et le public pour leur participation à cette soirée organisée dans le cadre de l’exposition « Voyages au Kurdistan, entre résistance et mémoire ».
La photo de la couverture par Alizée Lambin

SYRIE. Un soldat kurde décapité près de Serê Kanîyê

0
SYRIE / ROJAVA – Hier, des gangs islamistes ont décapité et criblé de balles un soldat kurde qu’ils ont enlevé à Hassaké. Ses ravisseurs ont filmé sa décapitation.

Le 10 septembre 2026, Sîpan Hiznî (également identifié comme Sami Şeyhmus Hasu ou Seban), combattant de la Brigade de Hassaké, a été enlevé puis décapité. Selon les informations locales, il a été enlevé depuis son domicile dans le quartier de Miftî à Hassaké par un groupe armé. Son corps a ensuite été retrouvé dans la zone de Serê Kanîyê (village d’Edlan/Adlani et environs).

Des membres du clan al-Bu Hassan de la tribu al-Bagara l’auraient localisé dans la province de Hassaké. L’homme, qui avait suivi une formation à Damas dans le cadre de la Brigade de Hassaké (formation issue de l’intégration des anciennes Forces démocratiques syriennes), aurait été conduit à Jabal Abdul Aziz, dans la campagne de Hassaké. Là, les gangs l’auraient décapité soi-disant par « vengeance ».

Le corps a été rapatrié à Hassaké, provoquant des rassemblements et des protestations dans plusieurs localités kurdes du nord-est.

Un crime qui s’inscrit dans un climat de violence persistante

Sîpan Hiznî appartenait à une unité intégrée dans les structures militaires syriennes après la dissolution formelle des Forces démocratiques syriennes (FDS) en août 2026. Son assassinat illustre la fragilité sécuritaire qui continue de régner dans la région de Hassaké et Serê Kanîyê, malgré les accords d’intégration. Les règlements de comptes tribaux, les rancœurs héritées des années de guerre et la présence de groupes armés locaux créent un terrain favorable à de tels actes.

Ces violences sont souvent associées à des gangs islamistes ou à des factions armées liées à l’ordre instauré depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Sharaa (ex-Jolani). Cet acte s’inscrit dans un contexte plus large où les communautés kurdes, comme d’autres minorités, se sentent exposées à l’insécurité et à l’impunité relative.

Le vice-ministre de la Défense Sîpan Hemo a condamné fermement ce « crime sauvage et sournois », présenté ses condoléances à la famille et affirmé que les autorités poursuivaient les responsables afin qu’ils soient jugés.

Au-delà du fait divers

Cet assassinat n’est pas un incident isolé. Il rappelle les risques concrets que font peser les exécutions extra-judiciaires et les logiques de vengeance dans une Syrie encore marquée par les fractures communautaires et tribales (Arabes sunnites vs Alawites, Kurdes, Druzes, chrétiens…). De telles pratiques, qu’elles soient le fait de « clans » ou de groupes armés, minent tout espoir de stabilisation et de justice.

La mémoire de Sîpan Hiznî, comme celle de milliers d’autres combattants et civils kurdes tués dans des circonstances similaires ces dernières années, exige non seulement des condamnations, mais une enquête transparente et des poursuites effectives. Sans cela, la violence continue de prospérer dans l’ombre de l’impunité.

ROJAVA. Les Kurdes d’Afrin exigent leurs propres forces de sécurité face aux enlèvements et aux spoliations

0

SYRIE / ROJAVA – Après la multiplication des cas d’enlèvements et de vols à Afrin, et particulièrement contre les Kurdes, et face à l’ignorance des forces de sécurité publique envers ces rapports et à leur manquement à leurs devoirs, les habitants d’Afrin exigent le déploiement de forces de sécurité kurdes qui ne soient rattachées ni à l’organisation Al-Qaïda [HTC / HTS] ni à l’armée turque, afin de préserver la stabilité et la sécurité des civils kurdes dans la région.

  Jusqu’à présent, et après plus de deux mois depuis le retour de la majorité des déplacés kurdes d’Afrin dans leur région, des dizaines, voire des centaines de familles n’ont toujours pas pu récupérer leurs biens privés des mains des colons, avec un mépris total des deux parties garantes du retour des habitants d’Afrin, qui ignorent les revendications des déplacés [kurdes] pour la restitution de leurs biens ou la garantie d’un logement qui leur est propre.   Par l’activiste kurde Baz Ararat

Que fait la Turquie à Serêkaniyê et Kobanê ?

0
SYRIE / ROJAVA – Suite aux frappes israéliennes sur Abou Douhur, la Turquie concentre ses forces à Serêkaniyê et Kobanê, empêchant le retour des Kurdes sur leurs terres et créent des zones tampons, signale le journaliste E. Pejder Altan dans l’article suivant.

Suite à l’attaque israélienne contre Abou Douhur, la Turquie renforce sa présence à Serêkaniyê autour de trois bases principales. Si ces implantations rendent difficile le retour de la population locale, à Kobanê des groupes paramilitaires mènent des opérations d’infiltration et de fortification clandestines, en recourant au camouflage et au changement d’identité.

L’activité militaire de la Turquie et des groupes paramilitaires qu’elle contrôle le long de la frontière nord-est de la Syrie évolue : elle passe d’une simple rotation tactique à un régime de garnison permanente et de contrôle démographique. Les données de terrain, arrêtées fin août 2026, montrent que les positions militaires se concentrent en bases centrales, notamment le long de la ligne de Serêkaniyê, tandis que des éléments paramilitaires sont déployés clandestinement le long de la frontière de Kobanê, dissimulés derrière des processus d’intégration officiels. Ce tableau, façonné par les frappes aériennes régionales et les bouleversements géopolitiques, marque une nouvelle phase dans la dynamique du conflit sur le terrain, aggravant encore l’injustice profonde subie par le peuple kurde dépossédé de ses terres.

SERÊKANIYÊ : TRIPLE LIGNE DE BASE ET GARNISON PERMANENTE

L’activité enregistrée dans la campagne occupée de Serêkaniyê entre le 24 et le 29 août révèle que les Forces armées turques (TSK) ont transformé leur présence dans la région en un réseau de défense et de renseignement centralisé et sécurisé. Suite notamment aux frappes aériennes israéliennes sur la base d’Abu Duhur à Idlib, la Turquie a évacué de nombreux points d’observation avancés et de contact militaire dispersés, concentrant ses forces le long de trois axes principaux : Dawûdîyê, Enîq El-Hewa et Bab El-Farej.

Ces trois bases, considérées comme relativement protégées contre d’éventuelles attaques aériennes grâce à leur proximité géographique avec la région de Cizîr et à l’équilibre géopolitique de l’espace aérien, constituent l’épine dorsale de la présence militaire permanente dans la zone. Les dernières modernisations techniques visent à renforcer les batteries de défense aérienne, à maintenir les unités radar et à intensifier les opérations de reconnaissance continues par drones. Le retrait de certains équipements lourds (unités d’artillerie et véhicules blindés de transport de troupes) au nord de la frontière ne constitue pas un repli ; il a pour objectif de réduire les pertes dues aux attaques aériennes, de moderniser les équipements et de transformer les bases en une structure de défense plus flexible et axée sur les technologies de pointe.

DAWÛDÎYÊ

La base de Dawûdîyê, véritable cœur de la structure opérationnelle et administrative de la région, a été aménagée dans un ancien bâtiment scolaire. Ce centre, qui regroupe huit services distincts, réunit sous un même toit la gestion du renseignement, le commandement tactique opérationnel, la surveillance et l’analyse technique et vidéo, la sécurité, les patrouilles, la logistique, les affaires administratives ainsi que les unités d’interrogatoire et de détention. Véritable artère logistique et opérationnelle pour toutes les bases du front oriental, elle fait également office de principal centre de coordination pour le contrôle de la zone civile.

OBSTACLES AU RETOUR ET INGÉNIERIE DÉMOGRAPHIQUE

L’aspect le plus critique de la restructuration militaire à Serêkaniyê réside dans les politiques d’isolement mises en œuvre à l’encontre des populations autochtones. La réunion du 23 août, rassemblant des délégations militaires escortées par des véhicules de la « Sécurité générale » de Serêkaniyê, qui ont transité par la porte de Şukriyya pour rejoindre Bab El-Farej puis la base de Dawûdîyê, témoigne d’une volonté de pérenniser la situation actuelle. Conformément aux décisions prises, le retour sur leurs terres des habitants [kurdes] des villages où sont implantées les bases militaires turques est définitivement interdit, tandis que des zones tampons de facto d’au moins 500 mètres et des couvre-feux ont été instaurés autour des bases.

Ce périmètre de sécurité, conjugué au contrôle des terres agricoles et à des politiques d’expropriation, constitue le rempart militaire d’un projet d’ingénierie visant à transformer durablement la structure démographique de la région. Présentées comme une mesure de sécurité frontalière temporaire, ces fortifications coupent totalement l’accès des paysans à leurs terres, transformant la zone en une zone militaire dépourvue de population civile.

LIGNE KOBANÊ

Alors que les fortifications se centralisent à Serêkaniyê, l’activité militaire ouverte le long des axes routiers de Kobanê et de la M4 a cédé la place à des opérations de renseignement et clandestines. Les mouvements militaires diurnes ont été réduits au minimum sur les routes de Çelebi et de la M4, tandis que des déplacements nocturnes impliquant des véhicules civils et des individus en civil sont à noter. Le principal axe opérationnel des groupes regroupés dans les villages [kurdes] frontaliers entre Çelebi et Eyn İsa se situe aux alentours de la zone de Lafarge à Xerabaşk, qui a été renforcée en munitions pour armes lourdes et légères.

L’événement le plus concret sur ce front a été enregistré le 17 août. Un groupe paramilitaire d’une cinquantaine de personnes a été repéré franchissant le barrage de Tichrin, près de Minbic, à bord de pick-ups. Il a été établi que les membres du groupe avaient ôté leurs uniformes du ministère de la Défense au point de passage du barrage et revêtu ceux d’« Amin Am » (Sécurité générale) appartenant à Hayat Tahrir al-Sham (HTS), avant d’être transportés dans la région de Sirrin. Le fait que ce groupe soit dirigé par Farouk Hamza, alias « Abou Hamza Shirini », démontre que les groupes opérant sous différentes appellations sur le terrain étaient reliés à une même chaîne de commandement et de coordination.

RISQUE D’INTÉGRATION ET D’INFILTRATION EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ

Les processus d’intégration et le démantèlement des zones tampons entre les forces de sécurité intérieure et les institutions pro-Damas dans le nord et l’est de la Syrie, tout en donnant l’illusion d’un cessez-le-feu sur le terrain, engendrent de graves risques sécuritaires. Il a été constaté que certains groupes intégrés au ministère de la Défense et aux structures de sécurité locales infiltrent les lignes de Kobanê et de Cizîr en coordination avec les structures d’Amin Am, par le biais de transferts d’armes et de matériel.

La perméabilité des services de renseignement engendrée par les convois déployés dans la région sous prétexte de protéger les institutions et les tensions liées au drapeau révèle que les processus de réconciliation visent à se traduire par des gains concrets sur le terrain. Au vu des agissements passés de Hayat Tahrir al-Sham (HTC/HTS) et des groupes qui lui sont affiliés à l’encontre de leurs alliés, il apparaît clairement que ces éléments, ayant modifié leur camouflage et leur identité et s’étant positionnés en retrait du front, cherchent à saper l’équilibre de l’autodéfense du nord et de l’est de la Syrie de l’intérieur et à créer de nouvelles zones de crise selon des axes stratégiques, au détriment de la sécurité et des droits fondamentaux des populations kurdes.

Article publié sur le site de l’agence Mezopotamya