TURQUIE. Blocage de plusieurs comptes de médias et de journalistes kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN — Les autorités turques ont restreint l’accès, depuis la Turquie, aux comptes sur les réseaux sociaux de plusieurs médias et journalistes kurdes, a rapporté l’Association des journalistes de Dicle Fırat (DFG).

Parmi les comptes bloqués figurent :

  • Le compte X de la plateforme d’information Nupel Kurdi ;

  • Les comptes Instagram et Bluesky de l’agence de presse Mezopotamya (MA), qui publient tous deux en kurde.

Les comptes X des journalistes Abdurrahman Gök, Roza Arpa, Dilan Babat et Sema Bingöl ont également été rendus inaccessibles en Turquie. Aucune explication officielle n’a été fournie par les autorités pour le moment.

Les journalistes Roza Arpa, Dilan Babat et Abdurrahman Gök ont déclaré qu’ils continueraient leur travail de reportage sur X via de nouveaux comptes.

Ces blocages interviennent alors que plusieurs des journalistes concernés font déjà l’objet de poursuites judiciaires. Dilan Babat est visée par une enquête pour « diffusion publique d’informations trompeuses » suite à un article d’octobre 2025 sur la mort suspecte de l’étudiante Rojin Kabaiş. Abdurrahman Gök, quant à lui, est jugé pour des faits liés au terrorisme sur la base d’une déclaration d’un témoin anonyme.

Ces nouvelles restrictions s’inscrivent dans une censure numérique croissante en Turquie, régulièrement dénoncée par les organisations de défense de la liberté de la presse et des droits humains. Elles contribuent au déclin constant du pays dans les classements internationaux.

Selon le rapport « Liberté sur Internet 2025 » de Freedom House, la Turquie figure parmi les cinq pays ayant connu le plus fort recul de la liberté d’internet sur le long terme. Elle obtient un score de 31/100, la plaçant dans la catégorie « Non libre » parmi les 72 pays évalués.

Par ailleurs, la Turquie se classe 159e sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 publié par Reporters sans frontières (RSF).

IRAN. Inquiétantes disparitions forcées des Kurdes

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IRAN / ROJHILAT — Saeid Safaei, un citoyen kurde de la ville de Bukan (province d’Azerbaïdjan de l’Ouest), reste porté disparu depuis près de dix mois après son arrestation par les forces de sécurité iraniennes pendant la guerre Iran-Israël de 12 jours.

Selon le Kurdistan Human Rights Network (KHRN), la famille de Saeid Safaei n’a reçu aucune information sur son sort ni sur son lieu de détention, malgré de nombreuses tentatives pour contacter les autorités.

Une source bien informée à Bukan a rapporté que Saeid Safaei, commerçant de profession, a été poursuivi par les forces de sécurité mi-juin 2025, quelques jours après le début du conflit. Alors qu’il circulait en voiture dans le quartier de Mirabad, les forces de sécurité ont ouvert le feu, immobilisant son véhicule, avant de l’arrêter.

Des rumeurs indiquent qu’il aurait été blessé lors de l’arrestation, mais cette information n’a pas été confirmée.

Dix mois après les faits, ni les services de sécurité ni les autorités judiciaires de Bukan n’ont fourni la moindre explication à sa famille concernant son état de santé ou son lieu de détention. Cette absence totale d’information accentue fortement les craintes quant à son sort.

ROJAVA. Des gendarmes turcs ouvrent le feu sur un village d’Amuda

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SYRIE / ROJAVA – Ce mardi, des gendarmes turcs ont escaladé le mur de séparation et ont ouvert le feu pendant près d’une demi-heure en direction du village kurde de Bahira, situé à l’ouest de la ville d’Amuda, dans le canton de Qamishlo.

Selon un correspondant de l’agence de presse ANHA, citant des sources locales du village, les tirs ont été effectués depuis le mur de séparation sans faire de dégâts matériels ni de blessés.

L’incident a néanmoins provoqué une vive inquiétude parmi les villagois.

SYRIE. Jolani veut arabiser les Kurdes qu’il n’a pas massacrés

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SYRIE / ROJAVA – Quelques mois après la chute du régime de Bachar al-Assad, les Kurdes de Syrie font face à une nouvelle phase de pression pour s’intégrer pleinement à l’État central. Alors que le gouvernement transitoire d’Ahmed al-Sharaa (alias al-Jolani) promet l’égalité et la reconnaissance des droits culturels, de nombreux Kurdes perçoivent dans les procédures administratives en cours une continuité des politiques d’effacement identitaire qu’ils dénoncent depuis des décennies.

En Turquie, les autorités maintiennent depuis plus d’un sciècle une politique stricte d’assimilation : restriction de l’usage de la langue kurde, turquification des noms propres des personnes et des lieux, répression des expressions politiques et culturelles kurdes, et dans de nombreuses régions kurdes, des opérations militaires des années 1990 ayant dépeuplé plus de 4 000 localités kurdes.

Au Kurdistan occidental (Rojava), dans le Nord et d’Est de la Syrie, la situation a radicalement changé depuis fin 2024. L’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), qui avait mis en place un système de gouvernance décentralisée, reconnu la langue kurde et promu un modèle multiculturel, a vu la quasi-totalité de ses institutions intégrées ou dissoutes dans le cadre d’accords conclus avec Damas en 2025 et début 2026. En moins de trois mois, l’autonomie de facto qui avait émergé pendant la guerre civile a été écrasé dans un bain de sang.

Un héritage de privation de droits

Le problème remonte à 1962, lorsqu’un recensement exceptionnel dans la province de Hassaké a privé environ 120 000 Kurdes de la nationalité syrienne. Ces personnes et leurs descendants ont été enregistrés comme ajanib (étrangers) ou maktoumin (non enregistrés), les privant de droits fondamentaux : propriété, éducation, emploi public et liberté de mouvement. Cette mesure s’inscrivait dans une stratégie plus large de contrôle démographique.

Le régime baasiste syrien avait également lancé le projet de « ceinture arabe » dans les années 1970, consistant à confisquer des terres kurdes le long de la frontière du Kurdistan « turque » pour les redistribuer à des colons arabes venus d’autres régions. Une politique similaire avait été menée en Irak sous Saddam Hussein, avec des campagnes d’arabisation dans les zones kurdes.

Les nouvelles exigences administratives

Dans le cadre de la réintégration des régions du nord-est, le gouvernement transitoire a publié le décret n° 13 en janvier 2026. Ce texte accorde la citoyenneté syrienne à tous les Kurdes concernés, y compris les maktoumin, et reconnaît pour la première fois le kurde comme langue nationale aux côtés de l’arabe, tout en affirmant que les Kurdes font partie intégrante du peuple syrien.

Cependant, selon de nombreux témoignages kurdes relayés par des organisations locales, les procédures de régularisation exigent souvent que les demandeurs inscrivent la mention « Arabe syrien » sur les cartes d’identité, passeports et certificats de résidence. Cette exigence est perçue par une partie de la communauté kurde comme une nouvelle forme d’assimilation forcée : pour obtenir ou « recouvrer » des documents officiels, ils doivent accepter une identité administrative qui nie leur appartenance ethnique.

Un contexte historique plus large

Ces développements s’inscrivent dans l’héritage des frontières modernes du Moyen-Orient, tracées après la Première Guerre mondiale par les accords Sykes-Picot de 1916 entre la France et la Grande-Bretagne. Ce découpage colonial a divisé le Kurdistan historique entre quatre États (Turquie, Syrie, Irak et Iran), privant le peuple kurde – estimé à 40 à 50 millions de personnes – d’un État propre et le soumettant à des politiques variées d’assimilation ou de marginalisation selon les régimes.

Le Rojava représentait une expérience unique d’autonomie démocratique, de reconnaissance linguistique et de coexistence multiculturelle au milieu du chaos syrien. Son démantèlement rapide est ressenti comme une perte majeure, même si Damas présente l’intégration comme une étape nécessaire vers l’unité nationale et la stabilité.

Les maktoumin kurdes, privés pendant plus de soixante ans de citoyenneté et de propriété, espéraient que la fin du régime Assad marquerait enfin la reconnaissance pleine et entière de leurs droits. Aujourd’hui, beaucoup craignent que les nouvelles cartes d’identité ne perpétuent, sous une forme administrative modernisée, le processus d’effacement qu’ils dénoncent depuis des générations.

L’avenir des Kurdes de Syrie reste incertain : entre les promesses de reconnaissance culturelle contenues dans le décret n° 13 et les réalités du terrain marquées par l’intégration forcée des institutions et des forces militaires kurdes (FDS) dans les structures centrales de l’État. Mais une chose est certaine : les Kurdes qui ont résisté aux politiques d’assimilation, de déportations, de génocides pendant 100 ans ne vont pas se soummettre à un djihadiste recyclé qu’on veut faire passer pour un chef d’Etat.

ROJAVA. Incendi mortel dans une usine de diluant à Qamishlo

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SYRIE / ROJAVA – Un incendie mortel est survenu aujourd’hui dans une usine de diluant située dans la zone industrielle de Qamishlo, signale l’agence kurde Hawar (ANHA).

Une ouvrière a perdu la vie et deux autres personnes ont été blessées dans un incendie survenu ce mardi dans une usine de diluant située dans la zone industrielle de Qamishlo.

Selon la municipalité populaire de Qamishlo, le feu s’est déclaré à la suite d’un court-circuit électrique, provoquant l’explosion de deux réservoirs contenant du diluant.

L’incident a coûté la vie à une ouvrière, blessé deux autres personnes et causé d’importants dommages matériels à l’usine.

Les pompiers sont intervenus rapidement et ont maîtrisé l’incendie, empêchant sa propagation aux usines et commerces voisins.

TURQUIE. L’Etat turc continue à censurer la culture kurde

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TURQUIE / KURDISTAN – Le ministère turc de la Culture et du Tourisme a officiellement fait appel de la décision de justice qui levait l’interdiction du film kurde « Rojbash ». Cet acharnement administratif témoigne de la répression persistante de l’expression culturelle kurde, au moment même où Ankara prétend mener des « pourparlers de paix » avec le mouvement kurde.   Une bataille juridique révélatrice Selon l’Association des études sur les médias et le droit (MLSA), le ministère conteste la décision du 3e tribunal administratif d’Ankara, l’estimant dépourvue de fondement juridique. Les autorités affirment que le rapport d’expert ayant permis de lever la censure n’aurait pas correctement évalué le film au regard des « principes constitutionnels et de l’ordre public ». Pourtant, en février dernier, le tribunal avait jugé l’interdiction illégale, soulignant que des mesures moins restrictives (comme une simple classification par âge) auraient suffi. Le ministère avait initialement banni le film en octobre 2024, arguant de manière floue qu’il n’était « pas adapté à une diffusion commerciale ». « Rojbash » : Un film sur la mémoire et la langue Le film d’Özkan Küçük raconte le combat d’un comédien kurde qui, après 25 ans, tente de remonter une pièce de théâtre. L’œuvre met directement en lumière les décennies de restrictions imposées à la langue kurde en Turquie. Le réalisateur a qualifié de « scandaleux » cet appel, y voyant une remise en cause directe des droits constitutionnels fondamentaux. Un contexte politique contradictoire     Cet acharnement judiciaire survient dans un climat politique ambigu :
  • Mai 2025 : Le PKK annonce son intention de déposer les armes pour privilégier une lutte démocratique, suivant l’appel d’Abdullah Öcalan.
  • Août 2025 : Création d’une commission parlementaire spéciale à Ankara pour superviser un processus de paix.
Cependant, les organisations civiles dénoncent l’hypocrisie de l’État : comment croire à la sincérité d’un processus de paix alors que les institutions linguistiques et culturelles kurdes subissent une pression constante ? Un siècle de répression linguistique En Turquie, l’interdiction du kurde n’est pas un fait nouveau. Dès 1937, la langue, les vêtements traditionnels et même les noms kurdes ont été prohibés. Les termes « Kurdes », « Kurdistan » et « kurde » étaient alors officiellement proscrits. Après le coup d’État militaire de 1980, parler kurde était même passible de sanctions dans la sphère privée. Aujourd’hui encore, si les interdictions les plus brutales ont été assouplies, la langue maternelle de millions de citoyens ne peut toujours pas être enseignée librement, illustrant l’injustice structurelle dont souffre le peuple kurde. L’affaire est désormais entre les mains du tribunal administratif régional d’Ankara. Sa décision sera un test crucial pour mesurer la réalité de la « normalisation » promise par le gouvernement.

Les boulangeries du Kurdistan peinent à faire face à la flambée des prix du gaz

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IRAK / KURDISTAN – Les boulangeries de la région autonome kurde d’Irak sont confrontées à une flambée des prix du gaz, conséquence du conflit israélo-iranien. Nombre d’entre elles sont contraintes d’abandonner le gaz de pétrole liquéfié (GPL), plus propre, au profit du bois de chauffage pour faire fonctionner leurs fours. À Raparin, dans la province de Souleimaniye, Mohammed Zahir, propriétaire d’une boulangerie, a confié à Rudaw que son activité, qui dépend du GPL, a été durement touchée par cette hausse. Avant le début de la guerre israélo-iranienne du 28 février, Zahir pouvait remplir une bonbonne de gaz de 22 litres pour environ 5 dollars. Depuis, ce prix a grimpé à 22 dollars sur le marché local, tandis que le gaz fourni par le gouvernement se raréfie. Le combustible étant désormais cher et difficile à trouver, Zahir a dû se résoudre à utiliser du bois de chauffage pour maintenir son activité, une solution qui, selon lui, a considérablement dégradé ses conditions de travail. « Nous suffoquons. Nous sommes anéantis. Utiliser du gaz était bien plus propre et facile… Comme vous pouvez le constater, nous balayions [la boulangerie] sans arrêt, tous les jours. Le sol se balayait facilement. Mais ce n’est plus le cas. Plus personne ne veut travailler dans la poussière, pas même les employés », a-t-il déclaré à Rudaw dimanche. Selon des estimations locales basées sur le prix des bouteilles de gaz, le coût du GPL est passé d’environ 0,22 dollars le litre avant la guerre à environ 0,96 dollars. La situation est similaire à Zakho, dans la province de Duhok, où un autre boulanger a expliqué que les pénuries de gaz ont contraint de nombreuses entreprises à se chauffer au bois. « Avant, nous dépendions du gaz. Maintenant, nous sommes passés au bois, car le gaz n’est plus disponible. Nous ne voulions pas que la boulangerie ferme. Nous brûlons du bois depuis l’Aïd. Nous dépendons du bois maintenant. S’il n’y a plus de bois, les boulangeries fermeront », a déclaré Mohammed Housni. Chaque boulangerie consomme généralement environ six bouteilles de gaz par jour, mais l’accès au bois de chauffage se raréfie. Pour faire face à cette situation, certaines boulangeries ont commencé à réduire le poids et la quantité de pain vendu. (Rudaw) 

KURDISTAN. Une attaque iranienne tue un couple kurde près d’Erbil

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IRAK / KURDISTAN — L’Iran et ses proxies, avec la complicité des autorités irakiennes, continuent de cibler les Kurdes d’Irak. Pendant ce temps, le président américain, visiblement désorienté par son envoyé spécial qui défend ouvertement les intérêts turcs, multiplie les déclarations contradictoires, au grand dam d’une partie de son propre camp.

Un couple a tragiquement trouvé la mort mardi matin lorsqu’un drone a frappé leur maison à la périphérie du district de Baherka, au nord-ouest d’Erbil, ont indiqué des responsables locaux à Rudaw. Les autorités ont qualifié les dernières 24 heures de parmi les plus difficiles qu’ait connues la région du Kurdistan, après une vague d’une vingtaine d’attaques.

Le gouverneur d’Erbil, Omed Xoshnaw, a déclaré à Rudaw qu’« un drone a directement frappé une maison civile » dans le village de Zargazawi, situé à la périphérie nord-est de Baherka, « entraînant la mort de Moussa Zrarai et de son épouse ». Le couple avaient deux fillettes en bas âge. M. Xoshnaw a ajouté que trois drones avaient ciblé la même zone. Deux sont tombés en terrain découvert, tandis que le troisième a touché la maison du couple.

Zargazawi est un village agricole rural sans présence militaire connue. L’incident a suscité l’inquiétude parmi les responsables et les habitants. Le gouverneur a qualifié les dernières 24 heures de « parmi les plus difficiles » pour la région du Kurdistan, évoquant « de nombreux lancements de drones et de missiles », notamment en direction d’Erbil.

Selon les données de suivi de Rudaw, la région a été la cible de 21 drones en seulement 24 heures : 17 visaient Erbil et le district de Koya, au sud-est, tandis que quatre autres visaient la province de Souleimaniye, à l’est. Plus tôt lundi, sept attaques ont frappé Erbil et Koya en l’espace de deux heures, selon une source sécuritaire provinciale ayant requis l’anonymat.

« Entre 15 h et 17 h, sept attaques ont eu lieu », a déclaré la source, précisant que cinq visaient la ville d’Erbil et deux Koya. Les systèmes de défense aérienne ont intercepté avec succès les projectiles. « Cinq drones et missiles ont été utilisés lors de ces attaques, mais ont été interceptés en vol et n’ont causé aucun dégât », a ajouté la source.

Ces attaques s’inscrivent, selon les informations disponibles, dans le cadre de la riposte iranienne à la campagne militaire conjointe américano-israélienne lancée contre Téhéran fin février. Le Commandement central américain (CENTCOM) a indiqué mardi que ses forces avaient frappé plus de 13 000 cibles à travers l’Iran depuis le début de la campagne, dans le but de « démanteler l’appareil sécuritaire du régime iranien ».

Parallèlement, des groupes armés irakiens clandestins opérant sous la bannière de la Résistance islamique en Irak (RII) ont revendiqué la responsabilité de la plupart des attaques de drones et de missiles contre la région du Kurdistan. Plusieurs de ces frappes ont touché des zones résidentielles et des infrastructures civiles.

Depuis fin février, le système de surveillance Rudaw recense 678 attaques de drones et de missiles dans la région du Kurdistan. Parmi celles-ci, 540 visaient la province d’Erbil, 111 ont frappé Souleimaniye, 25 Douhouk et deux Halabja. Avant l’incident de mardi, les attaques avaient fait 14 morts et 93 blessés, parmi lesquels des peshmergas, des membres de l’Asayish, des combattants de groupes d’opposition kurdes iraniens, un soldat français et plusieurs civils. Avec ces nouveaux décès, le bilan devrait encore s’alourdir.

IRAN. Arrêté et torturé à 16 ans, condamné à mort à 19 ans

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IRAN / ROJHILAT – Mohsen Eslamkhah, un Kurde de 19 ans originaire de Bokan, a été condamné à mort par le tribunal iranien. Il a été arrêté et torturé pour avoir participé aux manifestations « Femmes, Vie, Liberté » en 2022, alors qu’il n’avait que 16 ans.

Arrêté et torturé à 16 ans

D’après les informations recueillies par l’organisation Hengaw pour les droits humains, Eslamkhah a été condamné à mort par la première chambre du tribunal révolutionnaire de Mahabad pour « guerre contre Dieu » (moharebeh). Deux autres accusés dans la même affaire, Mohammad Faraji et Raouf Sheikh-Maroufi, avaient déjà été condamnés à mort par ce même tribunal. Eslamkhah, qui avait auparavant quitté l’Iran sous la pression des autorités iraniennes et cherché refuge dans la région du Kurdistan irakien, est retourné à Bukan fin mai 2025. Il a été arrêté le 31 mai 2025, transféré en prison et libéré temporairement après 11 jours. Il a ensuite été arrêté de nouveau le lundi 23 février 2026 et transféré à la prison centrale de Bukan, où la peine de mort prononcée contre lui le 17 février lui a été officiellement notifiée. Durant sa détention dans un centre du département du renseignement, il a subi des pressions pour lui extorquer des aveux forcés concernant le meurtre présumé d’un membre du Basij. Mohsen Eslamkhah avait 16 ans lorsqu’il a participé aux manifestations « Femme, Vie, Liberté » (Jin, jiyan, azadî) à Bukan, ce qui fait de son cas un cas impliquant un mineur. Aux termes de la Convention relative aux droits de l’enfant, les personnes de moins de 18 ans sont considérées comme des enfants, et l’imposition de la peine de mort ou de la réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle est interdite.

Le 6 avril : Journée des journalistes assassinés en Turquie et au Kurdistan

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Le 6 avril, les médias et organisations de défense de la liberté de la presse commémorent les journalistes tués en Turquie et au Kurdistan. Ils alertent sur la répression persistante et réaffirment que, face à la violence et à l’impunité, la lutte pour la liberté de la presse ne faiblira pas.

En Turquie, le 6 avril est marqué comme la Journée des journalistes assassinés. Cette date remonte à l’assassinat d’Hasan Fehmi Bey, rédacteur en chef du journal Serbestî, abattu le 6 avril 1909 sur le pont de Galata à Istanbul. Critique virulent du Comité Union et Progrès (Jeunes-Turcs), il fut tué en pleine journée ; les auteurs du crime n’ont jamais été identifiés. Depuis, cette journée symbolise plus d’un siècle de violences systématiques contre les professionnels des médias, souvent ciblés pour leur quête de vérité.

À l’occasion de cette commémoration, de nombreuses organisations ont rendu hommage aux victimes et dénoncé les menaces qui continuent de peser sur la liberté de la presse.

La commission de presse du parti DEM a réaffirmé son engagement : « Le 6 avril, nous réaffirmons notre détermination : nous poursuivrons la lutte pour un pays démocratique où toute forme de pression sur les journalistes sera abolie et où la liberté de la presse sera pleinement garantie. »

« Ils ont perdu la vie en quête de vérité »

Le parti a rendu un hommage appuyé à de nombreuses figures assassinées, de Hasan Fehmi Bey à Musa Anter, en passant par Hrant Dink, Metin Göktepe, Gurbetelli Ersöz, Nazım Daştan et Cihan Bilgin :

« Ils ont sacrifié leur vie pour la vérité. Malgré la répression, ils n’ont jamais reculé. Leur plume et leur objectif photo ont servi la liberté des peuples et l’égalité des opprimés. Nous n’oublierons pas et nous poursuivrons leur combat. »

Les associations de journalistes ont également souligné la dimension historique et politique de cette journée. L’Association des femmes journalistes de Mésopotamie (MKG) et l’Association des journalistes de Dicle Fırat (DFG) ont déclaré dans un communiqué commun que le 6 avril n’est pas seulement un jour de souvenir, mais l’expression d’un conflit permanent autour de la vérité et de l’espace public :

« Des journalistes ont été tués parce qu’ils révélaient la vérité, donnaient la parole à la société et dénonçaient les injustices. Les attaques contre les professionnels des médias sont toujours des atteintes directes au droit à l’information. »

La violence et l’impunité : un chapitre toujours ouvert

Les organisations ont insisté sur le rôle de l’impunité et des pressions structurelles :

« Chaque journaliste assassiné avait pour objectif de faire taire la vérité. Pourtant, ni la répression, ni les menaces, ni les massacres, ni la politique d’impunité n’ont réussi à briser la tradition de la presse libre. L’histoire du 6 avril montre que les violences contre les journalistes en Turquie ne constituent pas un chapitre clos du passé. Elles symbolisent au contraire la continuité des attaques et la persistance d’une résistance tout aussi déterminée. »

« Dans ce pays, ceux qui cherchent la vérité ont toujours payé un prix élevé. Mais ils n’ont jamais renoncé », ajoutent MKG et DFG. Pour elles, cette journée de commémoration est bien plus qu’un moment de recueillement : c’est un engagement politique renouvelé « à poursuivre l’œuvre des journalistes assassinés et à défendre, plus que jamais, la liberté d’expression ».