L’Irak va-t-il chasser les opposants kurdes iraniens ?

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IRAK / KURDISTAN – L’ambassadeur d’Iran à Bagdad, Mohammed Kazem Al-e Sadegh, a affirmé que l’Irak avait accepté d’expulser des partis d’opposition kurdes iraniens du pays ou de remettre leurs membres à Téhéran. Cette affirmation a suivi une réunion conjointe de sécurité à Bagdad, mais le communiqué irakien publié après les pourparlers ne mentionnait aucun accord de ce type.
 
Dans un message sur X le lundi 19 octobre 2026, Al-e Sadegh a déclaré que l’accord avait été conclu lors d’une réunion d’un comité de sécurité conjoint auquel participaient une délégation iranienne et le conseiller à la sécurité nationale de l’Irak. Il a qualifié les groupes kurdes de « séparatistes ». Ses remarques représentent la version iranienne de la réunion, tandis que le communiqué irakien n’a pas confirmé d’accord visant à expulser ou remettre des membres de partis.
 
La réunion était présidée par le conseiller à la sécurité nationale irakien Qasim al-Aboudi et réunissait des responsables iraniens ainsi qu’une délégation du Gouvernement régional du Kurdistan. Selon le bureau d’Aboudi, les discussions portaient sur des questions non résolues et des problèmes identifiés lors de réunions antérieures. Le communiqué soulignait la coordination entre Bagdad, Erbil et Téhéran ainsi que des mesures pratiques pour mettre en œuvre leur accord de sécurité.
 
L’affirmation de l’ambassadeur intervient après qu’Aboudi a déclaré à Rudaw, dans une interview publiée le 13 octobre, que Bagdad restait déterminé à résoudre pacifiquement la question des partis kurdes iraniens dans la région du Kurdistan. Il a indiqué que l’Irak avait construit des camps éloignés de la frontière iranienne pour les membres des partis et leurs familles et qu’il collaborait avec les Nations Unies sur des demandes d’asile pour des milliers de personnes.
 
Aboudi a également condamné les attaques contre la région du Kurdistan et a déclaré qu’il aborderait la nécessité de les arrêter lors de la réunion avec les responsables iraniens. Dans le même temps, il a insisté sur le fait que l’Irak ne permettrait pas que son territoire soit utilisé pour attaquer des pays voisins.
 
La présence de partis d’opposition kurdes iraniens dans la région du Kurdistan est au cœur de l’accord de sécurité signé par Bagdad et Téhéran en mars 2023. Selon des rapports publiés, l’Irak s’est engagé à sécuriser la frontière, à désarmer les groupes et à les éloigner des zones proches de l’Iran. En septembre de cette année-là, Bagdad a annoncé que leurs bases frontalières avaient été évacuées et que leurs membres avaient été déplacés vers des lieux désignés.
 
Le Parti démocratique du Kurdistan iranien, Komala (différentes factions) et le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) figurent parmi les partis disposant de bases dans la région du Kurdistan. Malgré les mesures annoncées dans le cadre de l’accord de sécurité, les attaques contre leurs positions se sont poursuivies.
 

IRAN. Le régime attaque la zone frontalière de Merîwan au Kurdistan oriental

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IRAN / ROJHILAT – Ce dimanche 18 octobre 2026, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) a mené une opération militaire dans la zone frontalière kurde de Merîwan (Marivan), située dans le Kurdistan oriental (Rojhilat). Selon des informations locales et des sources proches de la région, les forces iraniennes ont utilisé des drones et des hélicoptères pendant environ 40 minutes ce matin. Des rapports plus détaillés, notamment ceux du Kurdistan Human Rights Network (KHRN), indiquent que des unités de l’IRGC sont arrivées vers 6 h 30 dans les environs du village de Goyleh (Gowileh), dans le district de Sarshiv, à bord d’un convoi militaire équipé d’artillerie et de drones. Elles ont pris position autour du village avant de frapper les zones montagneuses et boisées, en particulier les montagnes de Dasht-e Mil, avec des drones d’attaque (dont des drones suicides) et des tirs d’artillerie lourde. Cette opération s’inscrit dans un contexte d’intensification des actions militaires iraniennes dans le Rojhilat ces derniers jours. L’IRGC avait déjà ciblé récemment les montagnes de Shaho (entre Sarvabad et Paveh) ainsi que la zone de Kalatarzan avec des drones et de l’artillerie. La région de Merîwan, proche de la frontière avec le Kurdistan irakien, est connue pour l’activité de groupes kurdes d’opposition, notamment le PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan) et sa branche armée, les Unités de défense du Kurdistan oriental (YRK).   À l’heure actuelle, l’étendue des dégâts matériels et d’éventuelles victimes n’est pas encore connue. Aucun bilan officiel n’a été communiqué par les autorités iraniennes, et les sources locales n’ont pas confirmé de pertes humaines ou de destructions précises. Les habitants de la zone rapportent une présence militaire renforcée et des frappes ciblant des zones montagneuses souvent utilisées par les combattants kurdes. Ces attaques s’ajoutent à une série d’opérations menées par Téhéran contre des positions et camps de l’opposition kurde iranienne, tant à l’intérieur de l’Iran qu’au Kurdistan irakien, dans un climat de tensions régionales persistantes.

Syrie : Les femmes interdites d’accès aux écoles de défense et de sécurité

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SYRIE / ROJAVA – Les autorités syriennes ont imposé des règles d’admission qui interdisent aux femmes l’accès à la plupart des programmes de deux nouvelles universités d’État spécialisées dans la défense et la sécurité. Les candidatures ferment le 19 octobre 2026, a alerté Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué daté de 16 octobre 2026. Après l’anéantissement des acquis de la révolution féministe initiée par les Kurdes du Rojava, les femmes syriennes voient leurs droits les plus élémentaires disparaitre sous le régime djihadiste d’al-Sharaa (Jolani).

Selon l’organisation, ces mesures discriminatoires violent clairement les obligations juridiques internationales de la Syrie. Elles s’inscrivent dans une série d’actions des autorités de transition qui restreignent le rôle des femmes dans les institutions étatiques et renforcent les stéréotypes de genre.

Le 30 septembre, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a annoncé que l’admission aux programmes de droit, d’économie et de gestion, ainsi que de sciences sociales de l’Université nationale des sciences de la défense est réservée aux hommes. À l’Université syrienne des sciences de la sécurité, les femmes ne peuvent postuler qu’aux filières de cybersécurité. À l’inverse, certains cursus – formation d’enseignants en maternelle, programmes de sage-femme et écoles d’infirmières de Damas et d’Alep – restent réservés aux femmes.

« Les autorités syriennes reconstruisent l’armée et les forces de sécurité sans les femmes », a déclaré Hiba Zayadin, conseillère principale pour la Syrie à Human Rights Watch. « Les femmes ne peuvent pas être formées comme officières, ni même étudier pour devenir juristes ou administratrices militaires. C’est de la discrimination pure et simple. »

À l’Université nationale des sciences de la défense, où le service militaire est obligatoire, seuls les hommes peuvent intégrer les écoles militaires (terre, marine, air) et la faculté des lettres et des sciences administratives. Seule la faculté des sciences appliquées et de technologie, ouverte aux femmes, n’impose aucun engagement militaire. À l’Université des sciences de la sécurité, la faculté et l’institut technique n’admettent que des hommes ; les diplômés doivent servir pendant 10 à 20 ans dans les forces de sécurité intérieure.

Ces restrictions s’étendent aussi à d’autres instituts techniques d’État (pétrole et gaz, chemins de fer) et à certains départements de l’institut des médias d’Idlib. Les femmes peuvent encore étudier le droit, l’économie ou les sciences sociales ailleurs et intégrer la police via un institut distinct, mais elles sont de fait exclues de l’armée. Cette exclusion s’est déjà manifestée dans le nord-est du pays, où les autorités ont refusé en août d’intégrer les Unités de protection des femmes (YPJ) aux côtés des combattants masculins.

Ces mesures contredisent la Déclaration constitutionnelle de mars 2025, qui garantit l’égalité sans discrimination fondée sur le sexe et le droit des femmes à l’éducation et au travail. Elles violent également la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), à laquelle la Syrie est partie, ainsi que la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU sur la participation des femmes à la reconstruction post-conflit.

Depuis décembre 2024, les femmes restent largement marginalisées : elles n’ont obtenu que 6 des 119 sièges lors des élections législatives indirectes d’octobre 2025. Des responsables ont publiquement remis en question leur aptitude à certains postes, et le gouverneur de Lattaquié a même interdit en janvier 2026 le « maquillage excessif » aux employées du secteur public.

HRW appelle le ministère de l’Enseignement supérieur à ouvrir immédiatement les programmes de défense et de sécurité aux femmes avant la clôture des candidatures, et les autorités de transition à supprimer toutes les restrictions fondées sur le sexe. L’organisation demande également aux gouvernements et donateurs de prioriser la fin de toute discrimination dans le secteur de la sécurité.

« Les femmes sont sous-représentées au Parlement, dans la police et dans certains services publics, et sont désormais exclues de l’armée », a conclu Hiba Zayadin. « Les autorités ont promis de respecter les droits des femmes, mais leurs actions contredisent directement ces promesses. »

ROJAVA. Les Kurdes revenus à Afrin écrasés par la crise économique

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SYRIE / ROJAVA – Malgré le retour de milliers de familles kurdes à Afrin après des années d’exil forcé suite à l’invasion turque de 2018, les difficultés économiques continuent de compromettre leur stabilité. Le chômage généralisé et la hausse du coût de la vie ont anéanti les espoirs fondés sur la saison des olives. La faiblesse des prix a plongé les rapatriés et les habitants dans une situation de plus en plus précaire.

Kamal Khoja, 34 ans, tailleur, est rentré chez lui le 9 mai dernier avec le quatrième convoi de déplacés kurdes. Comme des milliers de jeunes rapatriés, il se plaint du chômage généralisé dans sa ville natale, située dans la campagne du gouvernorat d’Alep. À ce jour, environ 10 000 familles kurdes sont revenues à Afrin, principalement depuis Qamishlo, Hasakah et Derik, dans le cadre de l’accord du 29 janvier signé entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition syrien. Le dernier convoi est arrivé le 16 juillet.

Le carburant, coup de grâce

Depuis près de cinq mois, Kamal Khoja est sans emploi. La plupart des usines de confection ont réduit leur production, confrontées à la hausse des coûts d’exploitation, à l’augmentation des prix du carburant, aux fluctuations de la livre syrienne et à la baisse du pouvoir d’achat. La récente crise d’approvisionnement en carburant a même contraint plusieurs boulangeries à fermer et a perturbé les transports, alourdissant encore le quotidien des habitants.

Mohammed Hanan, 44 ans, chauffeur sur les lignes locales entre Afrin et les villages environnants, parle de « chômage caché ». La hausse des prix du carburant, les pénuries et la mauvaise qualité du produit font travailler de nombreux chauffeurs à perte. Leurs revenus journaliers ne suffisent plus à faire vivre une famille, d’autant que les pièces détachées automobiles ont, elles aussi, fortement augmenté.

Salaires en baisse dans le bâtiment

Shiro Abdo, 25 ans, a quitté son emploi dans un café (120 dollars par mois) pour se tourner vers le secteur de la construction. Face à l’afflux de rapatriés, les entreprises ont profité du besoin d’emploi pour réduire les salaires journaliers de 10 à 5 dollars seulement. Les revenus mensuels, qui oscillaient auparavant entre 150 et 200 dollars, ont chuté, alors même que la construction reste l’un des métiers les plus pénibles.

Paradoxalement, le secteur connaît un regain d’activité : les familles de retour réparent leurs maisons endommagées, tandis que le marché immobilier attire des acheteurs étrangers, qui représentent 90 % de la demande. Les prix des maisons neuves varient de 45 000 à 120 000 dollars selon la superficie, les finitions et l’emplacement.

Les olives, un espoir anéanti

Tous les habitants interrogés plaçaient leurs derniers espoirs dans la récolte des olives de 2026, qui a débuté le 1er octobre. Mais la réalité a été brutale : le prix des olives vertes est tombé à 70 nouvelles livres syriennes, contre 150 l’année dernière, soit une baisse de plus de 55 %. Un bidon d’huile d’olive de 16 kg se vend désormais 63 dollars, contre environ 90 dollars l’an passé.

Cette chute des prix, combinée à la hausse des coûts des engrais et du carburant, place les propriétaires fonciers dans une impasse. Plusieurs négociants recommandent de stocker la production en attendant une éventuelle remontée des cours dans les prochains mois. Mais les agriculteurs, endettés par les frais de labour, d’irrigation, de main-d’œuvre et de récolte, ont besoin d’argent immédiatement.

Pris entre l’espoir du retour et la lutte pour la subsistance, les habitants d’Afrin se heurtent à une crise du coût de la vie qui dépasse le simple manque d’emplois : diminution des revenus, hausse des coûts de production et effondrement des rendements agricoles.

SYRIE. La communauté internationale appelée à la rescousse de la langue kurde

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SYRIE / ROJAVA – L’Initiative pour la reconnaissance constitutionnelle et le statut officiel de la langue kurde en Syrie, annoncée le 17 octobre 2026 à Qamishlo, a lancé un appel clair aux organisations internationales. Cette démarche civile, indépendante et pacifique, sans affiliation politique, invite notamment l’UNESCO, l’UNICEF et d’autres institutions compétentes à s’engager activement en faveur de la diversité linguistique et culturelle en Syrie.

Le contenu de l’appel

Dans son communiqué, l’initiative demande aux organisations internationales de :

  • Soutenir la recherche sur l’éducation multilingue en Syrie ;

  • Soutenir la protection du patrimoine culturel et linguistique de la Syrie ;

  • Encourager la discussion sur les modèles et approches internationaux en matière de protection de la diversité linguistique.

Ces demandes s’inscrivent dans une vision plus large : celle d’une Syrie fondée sur la citoyenneté et l’égalité, où la reconnaissance des droits linguistiques — notamment le droit d’utiliser le kurde et de recevoir un enseignement dans cette langue — renforce l’unité nationale plutôt qu’elle ne la menace.

Pourquoi cet appel ?

Les initiateurs rappellent que la protection des droits linguistiques s’appuie sur des instruments internationaux reconnus : la Déclaration universelle des droits de l’homme, les Pactes internationaux, la Convention relative aux droits de l’enfant, les normes de l’UNESCO sur l’éducation multilingue et dans la langue maternelle, ainsi que la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

Selon eux, préserver une langue et assurer sa transmission de génération en génération constitue un élément essentiel de la diversité culturelle. L’appel aux organisations internationales vise donc à mobiliser une expertise et un soutien technique pour faire avancer ces droits dans le cadre d’une future Constitution permanente et de la législation nationale syrienne.

Une approche pacifique et inclusive

L’initiative insiste sur le caractère pacifique et légal de sa démarche. Elle ne revendique pas une exclusivité linguistique, mais plaide pour un cadre constitutionnel qui reconnaisse la diversité culturelle et linguistique de la société syrienne tout en préservant l’unité territoriale et la souveraineté de l’État.

« L’égalité linguistique ne diminue personne, et la diversité culturelle ne menace pas l’unité de l’État », souligne le communiqué. Au contraire, une reconnaissance juridique adéquate peut jeter les bases d’un État de droit fondé sur la citoyenneté.

Perspectives

En s’adressant directement à l’UNESCO, à l’UNICEF et à d’autres acteurs internationaux, l’initiative cherche à inscrire la question de la langue kurde dans un débat plus large sur les droits culturels et éducatifs en Syrie. Elle appelle à des échanges d’expériences et à un soutien concret pour documenter la situation, développer des recherches et sensibiliser à l’importance de la diversité linguistique.

Cet appel constitue l’un des axes majeurs de l’action de l’initiative, aux côtés des études juridiques, des propositions constitutionnelles et des activités de sensibilisation qu’elle entend mener sur le terrain.

TURQUIE. Expropriation forcée pour un forage pétrolier dans une région kurde

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TURQUIE / KURDISTAN – Deux parcelles de terrain situées dans le district de Kocaköy, dans la province kurde d’Amed (Diyarbakır), vont être expropriées par l’État colonial turc pour permettre l’extraction de pétrole. Cette décision a été officialisée par la publication au Journal officiel turc.

La Compagnie pétrolière nationale turque (TPAO) utilisera ces terrains pour le site de forage Çobantepe-5 et ses infrastructures connexes (zone de forage, route d’accès, ligne électrique et pipeline). La Direction générale des mines et des affaires pétrolières (MAPEG), rattachée au ministère de l’Énergie, a justifié l’expropriation au nom de l’intérêt public, en s’appuyant sur l’article 10, paragraphe 2, de la loi turque sur le pétrole n° 6491.

L’opération concerne deux parcelles d’une superficie totale de 23 333,56 mètres carrés : la parcelle 143/1 (12 926,76 m²) et la parcelle 152/2 (10 406,80 m²), situées dans le quartier de Tepecik. Les tentatives d’achat à l’amiable ont échoué, les propriétaires ayant, selon les autorités, réclamé une indemnisation supérieure à la valeur marchande. Le tribunal de première instance de Diyarbakır avait déjà autorisé la prise de possession anticipée des terrains.

Amed (Diyarbakır) se trouve au cœur du Kurdistan turc, une région historiquement marquée par des tensions politiques, économiques et sociales. L’extraction de ressources naturelles y soulève régulièrement des questions sur la redistribution des bénéfices, la protection de l’environnement et les droits des Kurdes.

La décision MAPEG, datée du 9 octobre 2026 et publiée le 15 octobre, s’inscrit dans la volonté de la Turquie de développer ses ressources pétrolières nationales. Aucun détail n’a encore été communiqué sur le montant final de l’indemnisation ni sur d’éventuels recours des propriétaires. (Image générée par l’IA)

La Maison du Kurdistan de France inaugurée à l’Hôtel de Ville de Paris

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PARIS – La Maison du Kurdistan de France, destinée à regrouper sous un même toit les activités culturelles, sociales, académiques et institutionnelles de la communauté kurde en France, a été officiellement inaugurée le lundi 12 octobre au soir dans la salle historique de l’Hôtel de Ville de Paris.

L’événement, organisé au cœur politique et symbolique de la capitale, a réuni des personnalités politiques, des représentants institutionnels, des artistes, des universitaires, des dirigeants associatifs et des figures de la société civile des communautés kurde et française.

Trois discours ont marqué la soirée. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a ouvert la cérémonie, suivi de Baran Gürbüz, président de la Maison du Kurdistan de France. L’ancien président de la République François Hollande a prononcé le discours politique de clôture.

Un lancement hautement symbolique

Le choix de l’Hôtel de Ville pour cette inauguration officielle constituait en soi un message fort. Ces derniers mois, les relations entre la municipalité parisienne et les institutions kurdes se sont nettement renforcées. En juin déjà, Emmanuel Grégoire avait reçu à l’Hôtel de Ville des représentants du Conseil démocratique kurde de France et de la Maison du Kurdistan. Les échanges avaient porté sur les activités de la communauté, les initiatives jeunesse, les programmes culturels et sociaux, ainsi que sur d’éventuels projets communs.

L’inauguration d’une institution portant le nom de Kurdistan, en présence de centaines d’invités, dans l’un des lieux les plus emblématiques de Paris, est perçue comme le reflet de décennies de lutte, d’organisation et de construction institutionnelle de la diaspora kurde en France.

Baran Gürbüz : « Une institution permanente »

Après le discours d’ouverture du maire, Baran Gürbüz a pris la parole. Il a insisté sur le fait que la Maison du Kurdistan de France ne serait pas un simple lieu d’événements, mais une structure pérenne destinée à répondre aux besoins concrets de la communauté kurde.

L’institution s’articulera autour de quatre grands départements :

  • Culture : préservation de la langue, de l’histoire, des arts, de la musique et de la mémoire collective kurdes, et transmission aux nouvelles générations ;

  • Sports et Jeunesse : organisation des jeunes, développement d’activités sportives et renforcement du lien intergénérationnel ;

  • Affaires sociales et juridiques : accompagnement administratif, social et juridique des personnes en difficulté ;

  • Recherche et Enseignement supérieur : soutien aux études académiques sur la question kurde, l’histoire et la culture du Kurdistan, et développement des liens avec le monde universitaire.

François Hollande : une solidarité qui ne doit pas varier

L’ancien président François Hollande a livré l’un des messages politiques les plus marquants de la soirée. Évoquant la lutte contre Daech au Rojava durant son mandat, il a déclaré : « La victoire contre Daech n’aurait pas été possible sans les Kurdes syriens. »

Il a souligné que la solidarité de la France avec les Kurdes ne devait pas dépendre des évolutions régionales ni des accords politiques du moment. Hollande a également rappelé avoir reçu à l’Élysée des représentantes et commandantes kurdes engagé·es contre l’État islamique.

Il a ensuite mis en lumière le rôle de la communauté kurde en France, estimant à environ 420 000 le nombre de Kurdes vivant sur le territoire national. Selon lui, leur contribution est significative dans de nombreux domaines – sciences, culture, commerce et particulièrement la santé – et la communauté est devenue partie intégrante du tissu social français.

De la douleur à l’institution : la mémoire kurde à Paris

L’inauguration s’inscrit aussi dans l’histoire douloureuse de la communauté kurde à Paris. La capitale a été le théâtre de deux attentats majeurs : le 9 janvier 2013, l’assassinat de Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez ; le 23 décembre 2022, le meurtre d’Evîn Goyî (Emine Kara), du musicien Mîr Perwer (Mehmet Şirin Aydın) et d’Abdurrahman Kızıl.

La demande de justice liée à ces attaques avait déjà été évoquée lors des réunions entre la mairie et les institutions kurdes. Le 12 octobre marque ainsi non seulement la naissance d’une nouvelle structure, mais aussi une étape dans le passage de la souffrance à la construction institutionnelle durable.

La musique kurde dans la salle historique

Après les discours, la soirée s’est poursuivie sur une note culturelle. Le groupe Koma Rayê a interprété un répertoire de chansons kurdes, avant que DJ Aramythos ne prenne le relais. Pour une soirée, la salle historique de l’Hôtel de Ville a résonné de la culture et de la musique kurdes, incarnant le pont que la nouvelle institution souhaite construire entre mémoire collective et avenir.

ROJAVA. A Serê Kaniyê, les Kurdes découvrent leurs maisons en ruine

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SYRIE / ROJAVA – « Que vais-je faire de ces murs… J’ai apporté la clé avec moi pour trouver ma maison, seulement des murs démolis… sans portes. »

Ces mots, prononcés par l’une des Kurdes revenues dans le village de Jamo (aussi appelé Khirbat Jamo ou Khirbat Jamou), résument à eux seuls le choc du retour. Situé au cœur des campagnes de Serê Kaniyê (Ras al-Ayn), Tell Temir et Zarkan, dans le nord-est de la Syrie, ce village d’environ 40 maisons a été entièrement ravagé par des gangs après l’occupation turque de la région en octobre 2019.

Après des années de déplacement forcé, déclenché par l’offensive turque et de ses gangs arabes en octobre 2019, des familles kurdes commencent à regagner leurs terres. La joie du retour, si longtemps attendue, se heurte immédiatement à une réalité brutale : des maisons réduites à l’état de squelettes de pierre, des portes arrachées, des intérieurs pillés jusqu’à la dernière brique.

Un autre revenant témoigne avec la même douleur :

« Il ne reste de ma maison que des murs démolis. Notre immense joie de revenir n’est pas complète, car l’humiliation nous serre le cœur pour nos maisons et ce que nous voyons devant nos yeux de destruction. »

Dans les rues de Jamo (en kurde: Xirbet Cimo), les clés que les habitants avaient soigneusement conservées pendant sept ans ne servent plus à rien. Elles ouvrent sur le vide. Les murs debout, parfois encore debout par miracle, n’abritent plus ni toit, ni meubles, ni souvenirs. Tout a été systématiquement démoli ou vandalisé.

Ce village n’est pas un cas isolé. Dans les campagnes de Serê Kaniyê, de Tell Temir et de Zarkan, 55 villages kurdes ont été rayés de la carte par l’occupation turco-djihadiste dès octobre 2019. Les convois de retour organisés ces dernières semaines – notamment depuis les camps de déplacés de Hassaké – ont permis à des milliers de personnes de regagner leurs villages d’origine. Mais le bonheur du retour se transforme rapidement en sentiment d’humiliation face à l’ampleur des destructions.

Les habitants parlent de reconstruction, de l’hiver qui approche, de l’insuffisance des aides financières. Pourtant, face aux murs démolis et aux portes absentes, une question hante chaque revenant : comment reconstruire une vie quand il ne reste presque plus rien de ce qui était le foyer ?

À Jamo, comme dans tant d’autres villages de la région, les clés ont survécu aux années d’exil. Les maisons, elles, n’ont pas résisté.

ROJAVA. L’armée turque bloque la route de deux villages de Tel Tamr

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SYRIE / ROJAVA – Les forces coloniales turques ont érigé des barrages de terre sur la seule voie reliant les villages d’Al-Manakh et d’Al-Kanihir, dans la campagne de Tal Tamr, coupant ainsi l’accès des habitants à leurs terres et à leurs maisons situées dans les zones sous contrôle turc, signale l’agence kurde ANHA.
 
D’après des informations diffusées par ANHA, les forces stationnées dans le village d’Al-Manakh, au nord de Tel Tamr, ont obstrué l’axe principal de circulation entre les deux localités à l’aide de barrages de terre. Cette mesure isole les habitants et les empêche de rejoindre leurs propriétés agricoles et leurs habitations restées de l’autre côté de la ligne de contrôle.
 
Des sources exclusives ont indiqué à l’agence que l’armée turque interdit désormais tout passage sur cet axe, privant de facto les résidents d’accès à leurs biens situés dans les secteurs sous administration turque.
 
Cette restriction s’ajoute aux tensions récurrentes dans la région de Tel Tamr, où la présence militaire turque et les contrôles de mouvement affectent régulièrement la vie quotidienne des populations locales. L’agence ANHA souligne que la route bloquée constituait jusqu’ici le seul lien direct entre les deux villages.
 

TURQUIE. Un demandeur d’asile kurde privé d’interprète et enregistré comme Afghan

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TURQUIE / KURDISTAN – Un demandeur d’asile irakien, qui vit depuis 2018 dans la province d’Afyonkarahisar (ouest de la Turquie), affirme s’être vu refuser un interprète kurde lors de son entretien de protection internationale. Cette absence l’a empêché d’exposer pleinement sa situation et a entraîné une erreur majeure dans son dossier : il a été enregistré comme ressortissant afghan.

Saleh Omar Jalal a passé cet entretien le 20 mai à la Direction provinciale de la gestion des migrations. Il a demandé un interprète kurde, expliquant que son niveau de turc ne lui permettait pas de décrire en détail les raisons de sa demande. Sa requête a été rejetée.

« Ils m’ont dit qu’il n’y avait pas d’interprète kurde. Puis ils ont ajouté : “Soit vous vous présentez à l’entretien, soit nous devrons vous envoyer dans une autre ville” », raconte-t-il.

« De ce fait, je n’ai pas pu expliquer pleinement les raisons de ma demande ni les événements que j’avais vécus. Ils m’ont enregistré comme ressortissant afghan. Mon statut a été mis en péril. »

L’article 70 de la loi turque n° 6458 sur les étrangers et la protection internationale prévoit pourtant la mise à disposition de services d’interprétation lors des procédures de demande, d’enregistrement et d’entretien, dès lors que le demandeur en fait la requête.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) indique que cette assistance est normalement assurée par les directions provinciales de la gestion des migrations. Une aide en langue kurde est également disponible sur demande via sa ligne d’assistance téléphonique.

Après l’entretien, Jalal a sollicité un soutien juridique auprès de l’Association de solidarité avec les demandeurs d’asile et les migrants (SGDD-ASAM). Le 17 juillet, il s’est rendu dans leurs bureaux pour expliquer que le kurde est sa langue maternelle et qu’il avait besoin d’aide concernant sa demande de protection internationale.

Selon lui, le personnel l’a menacé d’appeler la police s’il ne quittait pas les lieux.

« Mon seul objectif était d’expliquer le problème d’interprétation que j’avais rencontré et d’obtenir une assistance juridique », précise-t-il.

« Les demandeurs doivent pouvoir s’exprimer correctement. Nous avons besoin d’un accès réel aux services d’interprétation et à une aide juridique. »

Jalal insiste sur l’urgence de corriger l’erreur figurant dans ses documents officiels :

« Ils ne m’ont pas fourni d’interprète. La Direction provinciale de la gestion des migrations m’a donc enregistré comme ressortissant afghan alors que je suis citoyen irakien. Il faut que cela soit corrigé. Ma demande est compromise. Huit années d’efforts réduites à néant. »