Pourquoi les États-Unis et Israël ont frappé l’Iran, et comment une rivalité de 47 ans a dégénéré en guerre ouverte

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MOYEN-ORIENT – Dans l’article suivant, la chercheuse kurde, Rojin Mukriyan explique pourquoi les États-Unis et Israël ont lancé des frappes coordonnées contre l’Iran le 28 février 2026, marquant une escalade majeure dans une rivalité qui dure depuis 1979. Les forces américaines et israéliennes ont lancé aujourd’hui des frappes coordonnées contre l’Iran, constituant l’assaut conjoint le plus direct contre la République islamique depuis des décennies. Ces attaques mettent un terme à près d’un demi-siècle d’escalade des tensions, marquée par l’idéologie révolutionnaire, les guerres par procuration et la course au nucléaire, qui dégénère désormais en confrontation ouverte. La première phase du conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis n’a pas débuté par une guerre de missiles, mais par un conflit idéologique.  En 1979, la révolution islamique iranienne a renversé le Shah et remplacé une monarchie pro-occidentale par une république théocratique dirigée par l’ayatollah Rouhollah Khomeiny. Le nouveau régime n’a pas simplement modifié la gouvernance intérieure ; il a redéfini la position de l’Iran sur la scène internationale. La République islamique s’est érigée en fer de lance de la résistance contre la domination impériale, et notamment contre l’influence américaine au Moyen-Orient. Le principe « Ni Orient ni Occident » est devenu une doctrine, un rejet du capitalisme occidental et du communisme soviétique, et une affirmation d’une exception idéologique. Révolution et rupture (1979–1981) La prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran en novembre 1979 a transformé la rhétorique révolutionnaire en fracture géopolitique. Pendant 444 jours, des diplomates américains ont été retenus en otages. Washington a réagi par des sanctions et le gel des avoirs. Téhéran a ancré l’antiaméricanisme dans l’identité d’État. Ce qui aurait pu être une transition révolutionnaire s’est mué en un affrontement générationnel. Israël, autrefois discrètement allié à l’Iran du Shah, fut rebaptisé par la République islamique d’Iran comme symbole de l’ingérence occidentale. La théologie révolutionnaire de Téhéran a fusionné les récits du martyre chiite avec le discours anticolonial, faisant de la résistance non seulement une politique, mais aussi une obligation sacrée. La guerre comme doctrine (1980-1988) L’invasion de l’Iran par l’Irak en 1980 a consolidé la révolution assiégée. Téhéran a présenté la guerre comme une agression soutenue par l’Occident visant à étouffer la République islamique. Le rapprochement diplomatique des États-Unis avec Bagdad a renforcé le sentiment d’encerclement.  Coupé des systèmes d’armement sophistiqués, l’Iran s’est tourné vers une stratégie asymétrique. Il a investi dans les missiles balistiques, les réseaux paramilitaires et la mobilisation idéologique. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) s’est imposé à la fois comme institution militaire et garant de la légitimité révolutionnaire. Sa capacité à résister aux sanctions est devenue une preuve de sa résilience. Liban et le plan de substitution (1982) L’invasion du Liban par Israël en 1982 a offert à Téhéran une opportunité stratégique. Les conseillers des Gardiens de la révolution ont contribué à l’essor du Hezbollah, le transformant en son allié régional le plus redoutable. Le Hezbollah était plus qu’une simple milice : il servait de modèle. L’Iran a ainsi démontré sa capacité à projeter son influence sans confrontation directe, en instaurant une dissuasion le long de la frontière nord d’Israël. Dès lors, la guerre par procuration devint un élément structurel de la stratégie iranienne. La résistance s’exporta. L’influence s’enracina. La contradiction Iran-Contra (milieu des années 1980) Dans un paradoxe frappant de la Guerre froide, l’administration Reagan a vendu secrètement des armes à l’Iran malgré ses condamnations publiques. Les recettes ont servi à financer les Contras au Nicaragua, contournant ainsi les restrictions du Congrès. L’affaire Iran-Contra a révélé la souplesse du pragmatisme géopolitique : Washington dénonçait le militantisme iranien tout en collaborant discrètement avec ce pays lorsque cela servait ses intérêts.  Confinement et rhétorique stratégique (années 1990) L’Irak étant affaibli après la guerre du Golfe et l’Union soviétique dissoute, les États-Unis ont officialisé leur politique d’endiguement de l’Iran. Les sanctions se sont renforcées et Téhéran a été désigné comme État soutenant le terrorisme. L’objectif était de contenir l’Iran, non de l’affaiblir. Israël a revu sa perception des menaces. Les armées arabes conventionnelles ont reculé ; le développement de missiles et les ambitions nucléaires de l’Iran ont pris de l’importance. L’Iran, de son côté, a adopté une rhétorique anti-impérialiste, présentant l’isolement comme une validation de son indépendance. Les années 1990 ont enraciné l’hostilité sans déclencher de guerre ouverte. La rivalité est devenue structurelle. L’effondrement de l’Irak et l’expansion de l’Iran (2003) L’invasion américaine de l’Irak en 2003 a renversé Saddam Hussein, le plus farouche rival de l’Iran, et a bouleversé l’équilibre régional. Les factions politiques et les milices chiites liées à Téhéran ont gagné en influence à Bagdad. Ce que Washington envisageait comme un changement de régime en Irak s’est transformé, d’un point de vue stratégique, en une aubaine pour l’Iran. Téhéran a étendu son influence au sein des institutions sécuritaires irakiennes. Pour Israël, l’émergence d’une présence iranienne dans les capitales arabes était alarmante. L’axe d’influence s’est élargi. Cette période a marqué le début de la mise en place de ce que l’Iran appelait « l’Axe de la Résistance », ou ce que l’on connaît sous le nom de Croissant chiite.  La dissuasion du Hezbollah et la guerre de l’ombre (2006-2010) La guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah a mis en évidence la maturité de la doctrine iranienne de recours aux forces par procuration. Les tirs de roquettes soutenus du Hezbollah ont révélé l’étendue de la dissuasion iranienne. Israël a pris conscience de la menace d’une guerre sur plusieurs fronts. Parallèlement, une guerre de l’ombre contre le programme nucléaire iranien s’intensifiait. Cyberattaques, opérations de sabotage et assassinats visaient les capacités d’enrichissement de l’Iran. Ce conflit larvé reflétait une stratégie de temporisation, visant à ralentir le programme sans déclencher une guerre ouverte. Téhéran qualifiait ces opérations d’agression impériale. La Syrie et le corridor (2011) La guerre civile syrienne a bouleversé la carte stratégique. L’Iran est intervenu de manière décisive pour préserver le régime de Bachar el-Assad, en déployant des conseillers des Gardiens de la révolution et en coordonnant les milices alliées. En stabilisant Damas, l’Iran s’est assuré un corridor continu de Téhéran à Beyrouth. Par ailleurs, le retrait des États-Unis d’Irak en 2011, sous la présidence d’Obama, a également joué en sa faveur, favorisant l’expansion de l’influence iranienne. Israël a riposté par des centaines de frappes aériennes pour empêcher l’enracinement iranien. La Syrie est devenue le théâtre d’opérations le plus actif de la guerre de l’ombre israélo-iranienne. Ce corridor a modifié l’équilibre régional ; les lignes de dissuasion se sont rapprochées du territoire israélien. Diplomatie nucléaire et effondrement (2015-2018) L’accord de Vienne de 2015 (JCPOA) a temporairement limité le programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des sanctions. Téhéran l’a salué comme une victoire diplomatique. Israël, quant à lui, y a vu un simple report, et non une mesure préventive. En 2018, sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont retiré leurs troupes et lancé une campagne de « pression maximale ». L’Iran a repris l’enrichissement d’uranium à des niveaux plus élevés. La pression économique s’est intensifiée ; le discours s’est durci. Le compte à rebours nucléaire a repris. Tuer le général de la Force Qods et l’escalade calibrée (2020) L’assassinat par les États-Unis du commandant de la Force Qods des Gardiens de la révolution iraniens, Qassem Soleimani, en janvier 2020, a constitué une rare frappe directe contre un haut responsable iranien. L’Iran a riposté par des tirs de missiles balistiques sur des bases américaines en Irak. Les deux camps ont affiché leur détermination tout en évitant une guerre ouverte, une tendance émergente à l’escalade progressive. La diplomatie piétine, la dissuasion se renforce (2021-2022) Les efforts pour relancer l’accord sur le nucléaire iranien ont échoué. L’Iran a accéléré son enrichissement d’uranium, se rapprochant du seuil critique. Israël a intensifié ses préparatifs en vue d’une action unilatérale et a poursuivi son offensive en Syrie. L’arsenal du Hezbollah s’est renforcé, alimentant la perspective d’un conflit sur plusieurs fronts, un élément central de la planification de la défense israélienne. Gaza et l’escalade (2023-2024) L’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023 a déclenché une réaction en chaîne régionale. Le Hezbollah a intensifié ses actions le long de la frontière nord d’Israël. Les milices pro-iraniennes ont multiplié les attaques contre les forces américaines. Téhéran a justifié sa position par sa solidarité avec la résistance palestinienne. En avril 2024, l’Iran a lancé une offensive sans précédent de drones et de missiles contre Israël après que des frappes israéliennes ont tué de hauts responsables iraniens en Syrie.  En juillet 2024, le chef politique du Hamas, Ismail Haniyeh, fut assassiné à Téhéran durant la période d’investiture du président Massoud Pezeshkian. En septembre, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, fut tué lors d’une frappe israélienne massive à Beyrouth. En octobre 2024, l’Iran lança une seconde vague de frappes aériennes directes contre Israël. Le tabou de la confrontation entre États fut brisé. La guerre des 12 jours (juin 2025) Cinq cycles de négociations indirectes sur le nucléaire américano-iranien, début 2025, ont échoué. En juin, Israël a lancé des frappes d’envergure contre des responsables militaires iraniens, des infrastructures de missiles et des scientifiques nucléaires. L’Iran a riposté par des attaques soutenues de missiles et de drones contre des villes israéliennes.  Pendant douze jours, la région fut le théâtre d’intenses échanges de tirs. La guerre demeura géographiquement circonscrite, mais ses conséquences stratégiques furent déterminantes. Opération Marteau de Minuit Au cours de cette escalade, les États-Unis ont lancé l’opération Midnight Hammer, frappant les infrastructures nucléaires souterraines iraniennes de Fordow, Natanz et Ispahan à l’aide de munitions anti-bunker. Il s’agissait de l’attaque cinétique américaine la plus directe jamais menée contre des installations nucléaires iraniennes. L’Iran a riposté par des frappes de missiles limitées sur la base aérienne d’Al Udeid au Qatar. Un cessez-le-feu a ensuite été décrété. L’escalade a été évitée de justesse. Après Assad La chute d’Assad en décembre 2024 a fragmenté le corridor terrestre iranien. Téhéran s’est alors davantage appuyé sur ses forces de missiles et ses réseaux supplétifs, au détriment de la continuité territoriale. Israël s’est retrouvé face à un théâtre d’opérations nord plus fragmenté mais instable. Les États-Unis ont dû faire face à un paysage stratégique profondément remanié. 2026 : Discussions et fureur épique Trois cycles de négociations menées sous l’égide d’Oman début 2026 ont échoué en raison de désaccords fondamentaux : les plafonds d’enrichissement, les restrictions sur les missiles et les réseaux de mandataires de l’Iran – des lignes rouges pour Téhéran. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes coordonnées sur l’Iran dans le cadre de l’« Opération Fureur Épique ». Des explosions ont secoué Téhéran. Le président Donald Trump a ouvertement appelé à un changement de régime. L’Iran a riposté par des tirs de missiles et de drones et a restreint l’accès à Internet. La confrontation a désormais dégénéré en conflit armé ouvert. Ce qui avait commencé comme une contestation idéologique en 1979 s’est mué en une rivalité structurée et explosive, alimentée par les missiles, les forces par procuration et la question nucléaire non résolue. Article d’origine (en anglais) à lire sur le site The Amargi « EXPLAINER: Why the U.S. and Israel Just Struck Iran, and How a 47-Year Rivalry Became Open War« 

De Sykes-Picot à Ovaköy… Le plan de la Turquie pour trancher la veine jugulaire du Kurdistan

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KURDISTAN – La Turquie va-t-elle occuper les régions kurdes d’Irak et de d’Iran, après avoir participé à l’anéantissement de l’autonomie des Kurdes du Rojava ? De nombreux militants kurdes déclarent que la Turquie impérial met en œuvre ses plans colonialistes à travers le Kurdistan, en Irak et bientôt en Iran. Un de ces militants met en garde contre le projet de la « route du développement » (en turc : Kalkınma Yolu Projesi), également surnommée « le canal sec », (pour lequel la Turquie a obtenu l’implication de l’Irak, des Émirats arabes unis et du Qatar) sensé concurrencer les « routes de la soie » chinoise et indienne au Moyen-Orient et dont les premières victimes sont encore et toujours les Kurdes… Le militant en question a écrit : « Le monde est préoccupé par les conflits et les changements au Moyen-Orient. Pendant ce temps, l’État turc met en œuvre discrètement et systématiquement un projet géopolitique dangereux. Comme le décrivent les observateurs et les sources bien informées : « Ce mouvement n’est pas simplement une offensive militaire temporaire, mais une guerre pour l’existence même ou l’annihilation des Kurdes dans le Kurdistan du Sud (Bashur) et le Kurdistan occidental (Rojava). » De plus, ils ont l’intention d’occuper les régions de Hawler [Erbil] et de Ninive. Le plan inclut la fermeture du point de passage frontalier d’Ibrahim Khalil et l’attaque de Sinjar ; ils élimineront l’autonomie kurde. Quelles que soient les circonstances, ils avanceront vers Hawler. (…) Depuis plus d’une décennie, ce projet a été planifié pour séparer le Kurdistan du Sud, de l’Ouest et du Nord les uns des autres et pour donner le Kurdistan oriental à l’Azerbaïdjan. Pourtant, certains Kurdes soutiennent encore qu’Israël est un ami des Kurdes. Certains Kurdes croient qu’ils [Israël] sont nos amis, mais ils ne réalisent pas que tout est orchestré par eux [les dirigeants/politiques]. S’ils étaient vraiment des amis, ils auraient soutenu le référendum et persuadé les autres de nous soutenir également. La tragédie de ce projet est que la direction du Sud [Kurdistan Bashuri] elle-même sera divisée en trois parties : Sulaimaniyah, Hawler et Sinjar, et sera séparée les unes des autres. Ensuite, nous serons forcés de dire qu’il y a huit parties du Kurdistan [au lieu de quatre]. »

KURDISTAN. Signature d’un décret facilitant l’unification des Peshmergas

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KURDISTAN – Le Premier ministre kurde, Masrour Barzani, a signé jeudi un décret plaçant le commandement, le budget et la responsabilité juridique des forces régionales Peshmergas sous l’autorité du ministère des Peshmergas, marquant ainsi une étape importante vers l’unification de cette force longtemps divisée sur des bases politiques.

 

« Dans le cadre des efforts de réforme des forces peshmergas du Kurdistan — qui figuraient à l’ordre du jour du neuvième cabinet —, le Premier ministre Masrour Barzani a signé l’autorisation (administrative, financière, juridique et de communication) des commandements régionaux du ministère des Peshmergas », a déclaré le porte-parole du gouvernement régional du Kurdistan (GRK), Peshawa Hawramani, dans un communiqué.

 

Cette décision va désormais placer les forces armées sous une seule institution, avec un commandement, un budget et une responsabilité juridique partagés. 

 

Le Premier ministre « a toujours soutenu l’idée d’une force peshmerga unifiée dans la région du Kurdistan. À cet égard, des efforts et un soutien constants sont déployés », a-t-il ajouté.

Les Peshmergas sont depuis longtemps divisés par les affiliations politiques de leurs différentes unités, ce qui a engendré des pressions internationales pour placer les unités combattantes kurdes sous un commandement central.

Bakhtiyar Mohammed, secrétaire général du ministère des Peshmergas, a déclaré à The New Region à la mi-février qu’« il y a une très bonne compréhension et des progrès de toutes parts concernant l’unification des forces Peshmergas, et tous les efforts sont orientés vers l’achèvement du processus d’unification des forces Peshmergas d’ici le 1er mars de cette année. »

 

Le processus, supervisé par la coalition mondiale contre l’État islamique (EI), vise à intégrer les forces de l’Unité 80, contrôlées par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), et les forces de l’Unité 70, affiliées à l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), au sein du ministère des Peshmergas sous forme de deux brigades.

 

Ces deux formations constituent la majorité des forces kurdes peshmergas, soit plus de 150 000 hommes.

 

L’un des objectifs clés du neuvième cabinet du KRG a été le processus de réforme des Peshmergas, avec un certain nombre de brigades contrôlées par les deux partis déjà intégrées au ministère.

ROJAVA. Près de 2 000 Kurdes (civils et combattants) capturés par Damas

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SYRIE / ROJAVA – Dans les régions attaquées par les gangs de Damas en janvier et février, les familles kurdes sont sans nouvelles de leurs proches (civils et combattants). Souvent, elles ignorent même si leurs enfants ont été tués ou capturés. Les familles sont descendues dans les rues mercredi et jeudi alors que l’on craint de plus en plus que près de 2 000 personnes – civils et combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) – soient portées disparues. (chiffres avancés par Rudaw) Au Rojava, des familles protestent contre le silence qui entoure leur demande de libération des prisonniers. Des centaines de personnes originaires des districts d’Alep de Şêxmeqsûd et d’Eşrefiyê, de Deir Hafir, ainsi que des régions de Raqqa et de Tabqa ont été tuées ou capturées pendant la guerre. On ignore toujours où elles se trouvent. Leurs proches tentent depuis des semaines de se faire entendre. Les familles des combattants et des civils capturés par les groupes opposés lors des affrontements de janvier et février derniers ont manifesté mercredi devant le bureau des Nations Unies à Qamishli. Elles ont exigé : « Rendez-nous nos enfants, rendez-nous les corps de nos morts. » Jusqu’à présent, leurs manifestations sont restées vaines et aucune mesure n’a été prise pour répondre à leurs revendications.
  Un père participant à la manifestation, brandissant une banderole où l’on pouvait lire « Je veux la liberté de nos enfants », a exigé la libération de son fils : « Je veux que mon fils Zinar Zagros et tous nos enfants soient libérés de ces sombres prisons. Nous voulons une vie digne et libre. Qu’avons-nous fait ? Quel crime avons-nous commis ? Nous avons combattu pour l’humanité et la fraternité. Je veux la liberté de mon enfant. » Une mère a expliqué qu’elle était sans nouvelles de l’un de ses fils depuis trois mois et qu’elle n’avait plus de nouvelles de l’autre depuis le début de la guerre. Elle a déclaré : « Nous n’avons plus de nouvelles de lui depuis le début de la guerre. A-t-il été tué ? Est-il porté disparu ? Nous ne savons pas. Il ne faut pas laisser ce peuple seul. Nous vivons des temps très difficiles. Nous sommes à bout de patience. En ce mois sacré, nous voulons que nos enfants retrouvent leurs mères. » «Que puis-je faire en tant que mère ?» Behiye Ferhan Elî, la mère de Murad Eşqer, a également déclaré que son fils avait été capturé et que deux autres membres de sa famille étaient portés disparus. Brandissant une photo de son fils, elle a dit : « Voici mon fils, capturé à Deir Hafir. Nous ignorons tout de son sort. L’un de mes enfants est tombé au combat, un autre est prisonnier, et mon gendre est lui aussi mort. Que puis-je faire, en tant que mère ? Nous voulons que nos voix soient entendues dans le monde entier. Libérez nos enfants ! » La principale revendication des familles est que les Nations Unies garantissent l’application des conventions internationales relatives aux droits de l’homme. Elles exigent également que la situation des prisonniers fasse l’objet d’enquêtes menées par des commissions indépendantes, que le sort des disparus soit élucidé et que les corps des victimes soient restitués à leurs familles. (ANF) 

« Une Syrie fédérale, la seule voie réaliste pour la paix »

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SUISSE – Au regard de la diversité syrienne, une organisation sur le modèle de notre pays mériterait d’être sérieusement envisagée. Utopique?

Le nouveau leader syrien Ahmad Al-Charaa, soutenu par la Turquie, cherche à transformer l’espoir kurde, une autonomie acquise depuis quatorze ans, en cauchemar. Appuyé par plusieurs organisations paramilitaires d’Ankara, il entend imposer un État unitaire inspiré du centralisme turc, en totale contradiction avec la réalité ethnique, confessionnelle et linguistique de la Syrie.

Lors de violents affrontements entre les forces kurdes et l’armée syrienne contrôlée par HTS (Hayat Tahrir al-Cham), dirigée par Ahmad Al-Charaa (alias Mohammed al-Joulani, ancien cadre de Daech), une combattante kurde a été tuée puis jetée du troisième étage d’un immeuble. Le 15 janvier, le ministère syrien des Affaires religieuses a diffusé une circulaire appelant les mosquées à soutenir l’armée de Damas contre les Kurdes, en se référant à la sourate coranique Al-Anfal. Saddam Hussein s’y était déjà référé lors de la «campagne Anfal» d’extermination des Kurdes irakiens (1987-1988), qui fit plus de 180’000 morts. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, le nouveau régime se rendrait coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Des images largement diffusées illustrent l’ampleur des fractures et la difficulté du vivre-ensemble entre Arabes, Kurdes, Chrétiens, Druzes et Alaouites…

La chute de Bachar al-Assad, le régime bassiste (pan arabisme) en décembre 2024, après une offensive menée notamment par HTS, avec le soutien du leader turc Tayyip Erdogan et une politique américaine de «laisser-faire», a mis fin à cinquante-quatre ans de pouvoir familial. Après quatorze ans de guerre civile, le pays traverse une transition instable, marquée par des conflits interethniques et des violences massives sous un pouvoir qualifié de «djihadiste modéré».

Alternative crédible

Un siècle plus tôt, les puissances occidentales avaient déjà façonné la région sur le modèle de l’État-nation unitaire. Aujourd’hui encore, elle est redessinée sans réelle prise en compte des minorités. Or, au regard de la diversité syrienne et de la défiance envers le nouveau régime islamiste , un État fédéral apparaît comme la seule alternative crédible. Inspiré en partie du modèle helvétique, un système de cantons et de communes permettrait la coexistence de populations imbriquées, tout en corrigeant les fortes inégalités entre régions riches en ressources et zones marginalisées. Autonomie locale, péréquation financière, reconnaissance de la diversité religieuse et forces de sécurité locales constituent des principes adaptables à la Syrie.

Les accords du 10 mars 2025 entre les Forces démocratiques syriennes et le gouvernement de transition prévoyaient pourtant un État décentralisé et la reconnaissance des droits des minorités. Mais sous la pression des monarchies du Golfe et de la Turquie, les Kurdes ont été abandonnés. Un siècle plus tard, imposer à nouveau un État-nation centralisé à une société aussi fragmentée relève du mariage forcé. Or, le fédéralisme syrien pourrait offrir une base plus réaliste pour la paix, la démocratie.

Par Ihsan Kurt, président d’AFKIV (Association pour la promotion du Fonds kurde Ismet Chérif Vanly), www.vanly.ch

« Les Kurdes résistent, comme leur langue »

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«La cause kurde ne se limite pas au combat armé. Elle est aussi politique, culturelle et sociale.» Ihsan Kurt rend compte d’une conférence sur la question kurde organisée samedi dernier à Lausanne.
A l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, célébrée chaque 21 février sous l’égide de l’Unesco, une conférence consacrée à la question kurde s’est tenue à Lausanne. Intitulée «Les Kurdes: langue, culture, identité: une histoire de la résistance», la rencontre a proposé un déplacement salutaire du regard: dépasser les grilles d’analyse strictement militaires et géopolitiques pour interroger la profondeur culturelle, sociale et historique d’un combat trop souvent réduit aux images de guerre. En ouverture, une citation du poète mexicain Octavio Paz « Chaque langue est une vision du monde » a servi de fil conducteur aux échanges. Car évoquer la langue kurde ne consiste pas seulement à parler d’un idiome minoritaire du Moyen-Orient. C’est convoquer un univers symbolique, une mémoire collective, des chants, des récits et des blessures transmis de génération en génération. L’écrivain et romancier Mehmed Uzun, figure majeure de la littérature kurde contemporaine, résumait cette dimension existentielle par une formule rappelée lors de la soirée: «Ecrire en kurde est pour moi un acte d’existence.» Exilé pendant vingt-huit ans en Suède, il faisait de la langue non seulement un outil littéraire, mais un acte de résistance. Pour un peuple estimé à plus de 40 millions de personnes, réparties entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie, et fort d’une diaspora de plusieurs millions d’individus en Europe, la question linguistique demeure indissociable de celle de la reconnaissance politique. Le linguiste Salih Akin, professeur à l’Université de Rouen, a dressé un état des lieux précis de la situation du kurde dans ces différents Etats. Il a rappelé les politiques d’assimilation qui ont longtemps visé la langue, en particulier en Turquie où, malgré certaines évolutions, l’enseignement public en kurde reste extrêmement limité après des décennies d’interdiction. Dans ce contexte, parler sa langue, l’enseigner, la publier ou la normaliser relève à la fois d’un acte culturel et d’un geste politique. Kendal Nezan, directeur de l’Institut kurde de Paris, a illustré cette dynamique par la présentation du plus important dictionnaire français-kurde, fort de 85 000 entrées, publié sous sa direction. Au-delà de l’outil lexicographique, c’est la preuve d’une langue structurée, riche et capable de se projeter dans la modernité.  
La seconde partie de la conférence a élargi la perspective en inscrivant ces enjeux dans une profondeur historique. L’historien Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’EHESS, a retracé l’histoire des Kurdes de l’Antiquité à nos jours, soulignant la singularité d’un peuple sans Etat-nation constitué. Comprendre la question kurde contemporaine suppose, selon lui, de prendre en compte les grandes transformations idéologiques et politiques du Moyen-Orient aux XXe et XXIe siècles, marquées par les nationalismes arabes, les courants islamistes sunnites et les logiques de répression étatique. Impossible également d’ignorer la situation des Kurdes de Syrie et l’expérience du Rojava, dans le nord-est syrien. Depuis 2013, cette administration autonome a été en première ligne face à l’organisation Etat islamique, avant de se retrouver fragilisée par les recompositions régionales et les désengagements occidentaux. Elle tente néanmoins d’articuler autonomie locale, pluralisme ethnique et démocratie participative, dans un environnement marqué par les pressions du pouvoir central syrien, les offensives de groupes djihadistes proches d’Ankara et les rivalités régionales. Les débats ont également évoqué les soutiens extérieurs à certaines forces hostiles à cette expérience, ainsi que les priorités stratégiques des puissances occidentales, davantage centrées sur l’équilibre régional et la confrontation avec l’Iran que sur la consolidation d’alternatives démocratiques locales. Pour autant, les intervenants ont insisté sur un point central: la cause kurde ne se limite pas au combat armé. Elle est aussi politique, culturelle et sociale. Dès les années 1950, le leader kurde irakien Mustafa Barzani formulait une revendication qui conserve aujourd’hui toute son actualité: «L’autonomie pour le Kurdistan, la démocratie pour l’Irak.» Si la région autonome du Kurdistan irakien dispose désormais d’institutions propres, elle reste soumise à de fortes pressions, entre Bagdad, Ankara et Téhéran. Au terme de la soirée, en replaçant la langue au cœur de la réflexion, la conférence a rappelé que la question kurde dépasse les enjeux territoriaux. Défendre une langue, c’est affirmer une vision du monde et revendiquer une place dans l’histoire. La résistance kurde, dans toutes ses dimensions, porte ainsi une exigence plus large: celle de la pluralité et de la démocratie dans une région longtemps marquée par les violences et les régimes autoritaires.
Ihsan Kurt est président d’AFKIV (Association pour la promotion du Fonds kurde Ismet Chérif Vanly), www.vanly.ch

Le fils de l’ancien Chah d’Iran dévoile sa haine des Kurdes

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IRAN / ROJHILAT – Récemment, Reza Pahlavi, fils du dernier Chah d’Iran qui est exilé en Occident, a déversé sa haine contre les Kurdes d’Iran après que ces derniers aient formé une alliance pour défendre les droits des Kurdes. Certains Kurdes lui sont reconnaissants d’avoir dévoilé sa kurdophobie avant même qu’il ait mis les pieds en Iran. L’un d’eux écrit : Honnêtement, nous devrions être reconnaissants qu’il ait clarifié sa position avant que les événements en Iran ne se produisent ; nous pouvons maintenant nous positionner en conséquence. Ce qu’a fait Reza, c’est tenter de se forger une position d’homme fort, signalant qu’il ne permettrait pas à des acteurs non étatiques d’exister en Iran, dans le but de rallier des sentiments nationalistes à travers le pays et sa diaspora. Ce qui suit généralement est une déclaration soulignant son amour pour le peuple kurde et affirmant qu’il fait partie intégrante de l’Iran. C’est la même stratégie que celle utilisée par Jolani (Sharaa) en Syrie. Dans les deux cas, cela s’est retourné contre eux de façon spectaculaire, même s’ils n’y croient pas eux-mêmes, car ils sont entourés de personnes qui les glorifient au lieu de leur apporter les critiques nécessaires. (Scharo Maroof)

SYRIE. A quoi jouent les USA avec les Kurdes ?

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SYRIE / ROJAVA – L’envoyé spécial des Etats-Unis au Moyen-Orient, Tom Barracks tente de ramener les Kurdes du Rojava dans les efforts de la coalition en tant que principale force militaire combattant l’État islamique, mais sous le nom du gouvernement syrien.
 
En substance, Barrack demande aux Kurdes de Syrie de continuer à sacrifier leurs soldats pour sauver le gouvernement syrien et les intérêts américains en Syrie de la résurgence imminente de l’État islamique, même si ce dernier ne fera que déstabiliser la région en menant des activités terroristes.
 
Les opérations antiterroristes relèvent de la responsabilité du gouvernement centralisé de Damas. Le gouvernement syrien a clairement déclaré être capable de mener à bien la mission visant à vaincre Daech ; par conséquent, je pense que les forces militaires kurdes ne devraient pas s’y impliquer. (via Scharo Maroof)

Déclaration finale de la conférence « La Turquie et les Kurdes »

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EUROPE – La conférence de l’EUTCC intitulée « Dialogue entre la Turquie et les Kurdes : paix, réconciliation et démocratie » appelle, dans sa déclaration finale, à « la liberté d’Abdullah Öcalan afin qu’il puisse pleinement assumer son rôle de chef de file dans ce processus ». Une conférence intitulée « Dialogue entre la Turquie et les Kurdes : paix, réconciliation et démocratie », organisée par la Commission civique UE-Turquie (EUTCC) et l’eurodéputée Evin Incir, s’est tenue mercredi. L’EUTCC a ensuite publié sa déclaration finale au Parlement européen. Parmi les intervenants figuraient, outre Evin Incir, le Dr Dersim Dağdeviren, membre du conseil d’administration de l’EUTCC, les eurodéputés Andreas Schieder, Leoluca Orlando, Per Clausen et Thijs Reuten, l’eurodéputé démocrate Mithat Sancar et le chercheur Ayhan Işık. Le processus de dialogue en cours entre la Turquie et le Kurdistan du Nord, ainsi que la situation instable au Rojava, ont été des sujets de débat. La déclaration finale de la conférence sur les Kurdes et la Turquie est la suivante : « La Commission civique UE-Turquie (EUTCC) a organisé une table ronde le 25 février 2026 au Parlement européen à Bruxelles, animée par le député européen Evin Incir, de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen. » Cette table ronde, intitulée « Dialogue entre la Turquie et les Kurdes : paix, réconciliation et démocratie », s’est tenue à un moment historique, alors que des mesures importantes étaient prises en vue d’une solution politique à la question kurde en Turquie, suite à l’appel à la paix et à une société démocratique lancé par Abdullah Öcalan le 27 février 2025. L’évolution de la situation en Syrie, et notamment les attaques des forces du Gouvernement fédéral de transition syrien contre le Rojava, revêtent également une importance cruciale dans ce contexte. Exigences claires des participants à la conférence Un processus régional pacifique et démocratique n’est possible qu’avec un large soutien. Par conséquent, nous exigeons • l’introduction immédiate de mesures juridiques et politiques pour faire avancer le processus • la libération d’Abdullah Öcalan afin qu’il puisse pleinement assumer son rôle de chef de file dans ce processus Nous appelons l’Union européenne et ses institutions, ainsi que le Conseil de l’Europe. • exercer une pression sur le gouvernement de transition syrien dans l’intérêt d’une Syrie pluraliste, afin que le statut du Rojava soit garanti et que le siège de Kobanê soit immédiatement levé. • d’assurer la mise en œuvre immédiate des décisions de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Abdullah Öcalan • utiliser tous les mécanismes pour renforcer le processus de résolution politique de la question kurde et, partant, la démocratisation de la Turquie et du Moyen-Orient • retirer le Parti des travailleurs du Kurdistan de la liste des organisations terroristes afin d’envoyer des signaux positifs en faveur du processus de dialogue. »
(ANF)

Des crimes de guerre ont été commis au Rojava

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SYRIE / ROJAVA – La délégation d’avocats affiliée à l’organisation MAF-DAT, qui a mené cette semaine une enquête sur les crimes de guerre commis contre le peuple kurde au Rojava, a publié une déclaration officielle. Dans cette déclaration, la délégation a souligné : « Les responsables de ces crimes doivent être tenus responsables devant les tribunaux internationaux. » Le 22 février, une délégation d’avocats affiliés à MAF-DAT, en provenance de plusieurs pays européens, est arrivée au Kurdistan du Rojava afin de documenter les violations commises pendant la guerre. La délégation a visité plusieurs institutions de défense des droits humains et institutions politiques et a rencontré des blessés de guerre ainsi que des témoins des événements. Après avoir terminé leurs investigations, ils ont tenu aujourd’hui une conférence de presse dans la ville d’Amuda, au cours de laquelle ils ont publié une déclaration publique. Lors de la conférence, Ögmundur Jónasson, membre de la délégation et ancien ministre de la Justice islandais, a déclaré : « Le peuple du Rojava lance un appel à la justice internationale. J’aborderai deux points, le premier concernant la situation politique. Chacun sait que Kobani est assiégée, et lorsque Kobani est assiégée, c’est le monde entier qui est assiégé, car Kobani et le Rojava incarnent la résistance. Kobani résiste pour les droits humains et la démocratie. » Il a poursuivi : « Nous sommes venus au Rojava pour rencontrer des représentants de l’Administration autonome et examiner la situation juridique sur place. Nous avons également rencontré de nombreux médecins et professionnels de divers domaines, ainsi que des avocats, et de nombreux témoins des événements. » L’avocate Rengin Ergül a également rendu hommage au combat du peuple du Rojava et a déclaré : « Dans le cadre de notre mission de terrain indépendante dans les régions du nord et de l’est de la Syrie, nous avons rencontré des victimes de guerre, des personnes déplacées, des civils blessés, des professionnels de la santé et des représentants des institutions compétentes. Ce travail est mené de manière indépendante et conformément aux normes du droit international, en tant que mission d’établissement des faits. » Elle a ajouté : « Aujourd’hui, j’aimerais partager notre évaluation selon cinq axes principaux. » Justice et droits Ergül a expliqué qu’ils partageraient leur rapport indépendant avec les mécanismes internationaux de défense des droits de l’homme et les organismes et institutions compétents. 1. Les crimes relevant du Statut de Rome Les documents recueillis nécessitent une évaluation approfondie, non seulement au regard du droit international des droits de l’homme, mais aussi au regard du droit pénal international. Les attaques contre des civils, l’usage indiscriminé de la force, la destruction d’infrastructures civiles et les violations des institutions de santé peuvent être qualifiés de crimes de guerre ou, lorsque les conditions sont réunies, de crimes contre l’humanité en vertu du Statut de Rome. L’évaluation juridique finale est sans aucun doute un processus long et complexe, mais notre mission est de documenter avec précision et objectivité, conformément aux normes internationales, les preuves indiquant ce niveau de violations. 2. Le silence de la communauté internationale Ce qui est le plus fortement ressenti sur le terrain, ce n’est pas seulement la destruction matérielle, mais aussi le silence de la communauté internationale. Les normes relatives aux droits de l’homme sont claires et contraignantes : la protection des civils, l’interdiction de la torture et la prévention des déplacements forcés sont autant de règles internationales générales. Toutefois, l’absence d’un mécanisme international efficace et durable pour enquêter sur les violations engendre un sentiment d’injustice chez les victimes. Le silence encourage l’impunité et renforce le sentiment d’un manque de responsabilité. 3. Manipulation des médias Nos observations sur le terrain indiquent que l’information en situation de conflit peut être largement exploitée pour manipuler l’opinion publique. Dissimuler la présence civile, brouiller la distinction entre cibles militaires et civiles, et parfois même accuser les victimes elles-mêmes sont des pratiques fréquentes. Par conséquent, la documentation indépendante doit être objective et précise, et s’appuyer sur de multiples témoignages, des dossiers médicaux et des preuves matérielles. Une évaluation exhaustive des témoignages est essentielle. 4. Impunité antérieure et responsabilisation des auteurs de ces actes Dans la mémoire collective de la communauté locale, il y a non seulement des violations actuelles, mais aussi de graves crimes passés pour lesquels justice n’a pas été rendue et dont les auteurs n’ont pas été tenus responsables. Si la justice n’est pas effectivement rendue dans les affaires de crimes graves, cela risque d’ancrer une culture de violations systématiques. En droit international, l’impunité ouvre la voie à de nouvelles infractions. Notre travail n’a pas pour but la vengeance, mais l’établissement d’une responsabilité légale fondée sur l’état de droit. La justice peut tarder, mais une documentation systématique est indispensable. 5. Un message selon lequel le peuple kurde n’est pas seul La dimension humanitaire de cette visite réside dans le fait que chaque victime rencontrée ne souhaite pas seulement raconter son histoire, mais aussi être entendue. La douleur et la souffrance du peuple kurde et de tous les civils de la région ne sauraient être ignorées. Les droits humains, sans discrimination fondée sur l’identité, appartiennent à tous. Nous sommes ici non seulement pour documenter les violations, mais aussi pour révéler la vérité : Dans le cadre de notre mandat, ces souffrances sont documentées. Ces témoignages sont en cours d’enregistrement. Ces dossiers ne seront pas clos. (ANHA)