La langue kurde risque de disparaître au Kurdistan du Nord

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TURQUIE / KURDISTAN – Bien qu’il survive encore comme langue parlée dans une certaine mesure, le kurde devient de plus en plus invisible comme langue écrite, publique et institutionnelle. Au Kurdistan du Nord (sous l’occupation turque), il traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire. Les enquêtes de terrain réalisées entre 2020 et 2026 dressent un constat alarmant : le kurde recule non seulement face à l’assimilation, mais risque de sortir progressivement de la vie quotidienne, y compris au sein de sa propre région.

Cet article analyse l’évolution de la langue dans les foyers, les rues, les écoles et entre les générations, tout en examinant les causes structurelles de ce déclin et les risques qu’il fait peser sur l’identité et le mouvement politique kurde.

Des données alarmantes (SAMER, 2020-2026)

Le Centre de recherche de terrain SAMER a mené des enquêtes régulières sur six ans. Les résultats sont sans équivoque : l’usage du kurde recule sur tous les fronts.

Dans les foyers : l’usage quotidien est passé de 69,4 % en 2020 à 60,8 % en 2023, puis à 45,1 % en 2026, soit une chute d’environ un tiers en six ans.

Dans l’espace public : il est tombé de 59,4 % en 2020 à 26 % en 2024, se stabilisant autour de 30 % en 2026.

Le dernier bastion de la langue – le foyer – est en train de céder.

Linguicide provoqué par l’État turc

Depuis la fondation de la République turque, le kurde a été exclu de la sphère publique. Toponymes turquisés, interdiction dans l’enseignement, monolinguisme imposé : le système éducatif et administratif a été conçu pour marginaliser la langue kurde.

Après 2016, cette politique s’est durcie. Fermetures massives de médias, centres culturels et cours de kurde par décret d’urgence, remplacement des maires kurdes élus par des administrateurs gouvernementaux qui ont supprimé les panneaux bilingues, les services municipaux en kurde et les noms de rues. Parler kurde en public est devenu risqué, synonyme de discrimination ou de stigmatisation.

Cette exclusion structurelle a produit deux effets majeurs : une faible alphabétisation en kurde et une autocensure généralisée. Le kurde est de plus en plus parlé « discrètement » ou évité.

Rupture générationnelle

Le déclin le plus inquiétant concerne la transmission intergénérationnelle :

65 ans et plus : 77,9 % parlent kurde très fréquemment à la maison

35-44 ans : 56,1 %

25-34 ans : 45,6 %

18-24 ans : 34,1 %

Chez les enfants, la situation est critique :

6-11 ans : seulement 18 % parlent kurde très fréquemment ; 22,8 % ne le parlent jamais.

0-5 ans : 24,4 % ne l’entendent jamais à la maison.

Pour la première fois, une génération entière grandit sans acquérir le kurde comme langue maternelle. En linguistique, c’est le principal indicateur d’une langue en danger de disparition.

Un fossé entre oral et écrit

Si 45 % des personnes interrogées comprennent « très bien » le kurde et 37,5 % le parlent couramment, seuls 23,2 % le lisent bien et 17 % l’écrivent bien. Près de 27,5 % ne savent pas le lire et 36,6 % ne savent pas l’écrire.

Le kurde survit encore oralement, mais il disparaît comme langue écrite et institutionnelle, ce qui le condamne à une forme de folklorisation.

Peur, discrimination et autocensure

La crainte de la discrimination joue un rôle central. En 2026 :

60,4 % craignent des discriminations dans les administrations ;

59 % dans les écoles ;

49 % des parents ont peur pour leurs enfants.

Cette peur pousse de nombreuses familles à privilégier le turc avec leurs enfants, transformant l’assimilation en un mécanisme « volontaire » de protection. Il s’agit en réalité d’une assimilation forcée par la pression d’État.

Forte demande, réponse inexistante

Malgré ce tableau sombre, l’attachement à la langue reste massif : 97 à 99 % des personnes interrogées souhaitent que leurs enfants soient scolarisés en kurde. En 2026, 56,9 % considèrent l’absence d’enseignement en langue maternelle comme le principal obstacle à la survie du kurde.

Le dispositif actuel (« cours optionnel de langues vivantes ») est jugé totalement inadéquat par plus de 82 % des répondants. Le décalage entre la demande sociétale et l’offre de l’État est abyssal.

Les risques pour le peuple et le mouvement kurde

La langue n’est pas qu’un outil de communication. Sa perte progressive menace :

L’identité kurde : elle risque de devenir symbolique et abstraite plutôt que vécue.

La mémoire culturelle : disparition accélérée de la tradition orale (dengbêj, proverbes, chants, contes).

La légitimité des revendications : si le kurde n’est plus parlé couramment, il sera plus facile de présenter les demandes linguistiques comme obsolètes.

La cohésion intergénérationnelle et l’organisation sociale et politique.

Un mouvement politique repose sur une communauté qui pense, communique et se mobilise dans une langue commune. L’affaiblissement de ce socle linguistique fragilise sa base populaire.

Peut-on encore inverser la tendance ?

Les données de six années d’enquêtes laissent peu de place à l’optimisme, mais elles révèlent aussi une lueur d’espoir : l’attachement de la société au kurde reste extrêmement fort.

L’avenir de la langue se jouera dans les dix prochaines années. Seule une réponse ambitieuse – enseignement en langue maternelle généralisé, usage libre du kurde dans l’espace public, développement des médias, de la littérature et des institutions en kurde – pourra inverser la courbe.

Sans ces mesures concrètes, le kurde risque de passer du statut de langue en déclin à celui de langue menacée de disparition au Kurdistan du Nord. (ANF)

La Révolution du 19 juillet : l’émergence d’un féminisme kurde au Rojava

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SYRIE / ROJAVA – Initiée le 19 juillet 2012 par les Kurdes du Rojava, la révolution a permis aux femmes de passer d’un statut de marginalisation à celui d’actrices centrales d’un projet politique et social inédit. Au-delà de leur participation active à la lutte, elles ont construit un système complet visant leur émancipation dans tous les domaines de la société.

Dès les premiers jours, les femmes ont joué un rôle moteur dans le processus révolutionnaire. L’adoption du système de coprésidence, la création des Unités de protection des femmes (YPJ) et la mise en place d’institutions et d’organisations féminines ont institutionnalisé leur participation à la prise de décision et renforcé la protection de leurs droits. Ce mouvement a rapidement été qualifié de « Révolution des femmes », incarné par le slogan emblématique « Femme, Vie, Liberté ».

Administration et gouvernance

La révolution a profondément transformé la participation des femmes à la vie publique. Elles sont désormais présentes à tous les niveaux : communes, conseils de quartier, conseils municipaux, cantonaux, exécutifs, législatifs et judiciaires. Des comités femmes ont été créés au sein de ces instances pour défendre spécifiquement leurs intérêts.L’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) a institutionnalisé l’égalité à travers :

Le système de coprésidence (une femme et un homme à la tête de chaque institution) ;

Un quota obligatoire de 50 % de femmes dans toutes les structures décisionnelles.

Ces mesures visent à empêcher la concentration du pouvoir et à garantir une gouvernance paritaire.

Institutions et organisations féminines

De nombreuses structures dédiées aux femmes ont vu le jour. La plus importante est Kongra Star (Union des Femmes), fondée en 2005 sous le nom d’Union Star et officiellement renommée lors d’une conférence en février 2016. Elle mène des campagnes de sensibilisation contre les mentalités patriarcales et travaille à renforcer la conscience sociale et politique des femmes.Parmi les autres réalisations majeures :

La Maison des Femmes (première ouverture en 2011 à Qamishlo) : résolution des conflits familiaux, soutien juridique et social.

L’Autorité des Femmes (2014) : élaboration de politiques, rédaction de lois et prise en charge des victimes de violences (centres d’accueil, soutien psychologique, protection des enfants).

Le village de Jinwar (inauguré le 25 novembre 2018) : premier éco-village féminin au Moyen-Orient, destiné aux femmes victimes de violences, avec une autonomie économique et sociale.

Aujourd’hui, plus de 20 organisations féminines sont actives, dont le Conseil des femmes du Nord et de l’Est de la Syrie, l’Organisation Sara, l’Union des jeunes femmes et l’Union des femmes journalistes.

Front militaire et sécuritaire

Face aux menaces existentielles (al-Nosra, Daech, occupation turque), les femmes ont créé leur propre force armée. Le 4 avril 2013, les Unités de protection des femmes (YPJ) sont officiellement fondées, succédant aux Unités de protection communautaire (YXG).Les YPJ ont participé à toutes les batailles décisives : Kobané (2014-2015), où les sacrifices d’Arîn Mîrkan et d’autres combattantes ont marqué les esprits, Shengal (sauvetage de milliers de Yézidies), Manbij, Tabqa, Raqqa, Afrin et Serêkaniyê. Elles comptent aujourd’hui plus de 1 000 martyres.Composées de femmes de toutes les communautés (kurdes, arabes, syriaques, arméniennes, turkmènes…) et de volontaires internationales, les YPJ sont devenues un symbole mondial de résistance féminine.

Action politique et diplomatique

Les femmes du Rojava ont développé une diplomatie active. Kongra Star dispose de représentations dans plusieurs pays (Liban, Kurdistan irakien, Europe, États-Unis). Des délégations ont été reçues par des parlementaires européens, des responsables américains et ont pris la parole aux Nations Unies et au Parlement européen.En 2025, la première Conférence des femmes kurdes s’est tenue sous le slogan « Le leadership des femmes kurdes garantit l’unité nationale kurde », réunissant près de 300 déléguées.

Autonomisation économique

Convaincues que l’indépendance économique est indispensable à la libération, les femmes ont multiplié les coopératives agricoles, industrielles et commerciales. Elles gèrent des terres cultivées (blé, coton, légumes sous serre), des ateliers de couture, des unités agroalimentaires et des commerces. Ces initiatives ont renforcé leur autonomie financière et leur confiance en elles.

Dimensions intellectuelle, juridique et culturelle

Jineolojî : science créée en 2015, elle propose une relecture de l’histoire à travers le prisme des femmes et constitue la base théorique de la révolution féminine.

Cadre juridique : interdiction de la polygamie, réforme du droit de la famille, protection contre les mariages précoces et les violences.

Culture : création en 2016 du Mouvement Hilal Zêrîn pour la culture des femmes, qui produit des spectacles de théâtre, de danse et de musique mettant en avant les thématiques féminines et le patrimoine populaire.

Défis et perspectives

Malgré des avancées historiques, le mouvement fait face à de lourds défis : persistance des mentalités patriarcales, violences, héritage social conservateur et pressions politiques extérieures. La question de l’avenir des YPJ reste particulièrement sensible dans le cadre des négociations post-Baas entre le gouvernement intérimaire et les Forces démocratiques syriennes.

Les femmes du Rojava continuent de défendre l’autonomie de leurs institutions et exigent une reconnaissance constitutionnelle de leurs acquis, considérés comme l’un des résultats les plus concrets et les plus inspirants de la révolution du 19 juillet. (ANHA)

La révolution du Rojava a changé le Kurdistan et le Moyen-Orient

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SYRIE / ROJAVA – À l’occasion du 14e anniversaire de la Révolution du Rojava, un militant kurde revient sur l’héritage de ce soulèvement et sur ce qu’il a apporté tant au peuple kurde qu’à l’ensemble de la région.

Il déclare que « ce qui a distingué le 19 juillet 2012, ce n’était pas seulement la revendication kurde d’autogouvernance. Son véritable caractère singulier, au regard de nombreuses autres expériences au Moyen-Orient, réside dans sa volonté de dépasser le modèle classique d’un État ethnique pour fonder un projet politique sur le concept de nation démocratique.

Cette vision reposait sur une idée forte : « Ces terres n’appartiennent pas à un seul peuple. Tous les peuples, toutes les croyances et toutes les cultures qui y vivent peuvent coexister dans une fraternité partagée. » Kurdes, Arabes, Assyriens, Arméniens, Turkmènes et bien d’autres communautés étaient appelés à construire ensemble une vie commune sous un même toit politique.

Malgré les critiques légitimes qui peuvent lui être adressées, une reality historique majeure ne saurait être occultée : le peuple kurde a connu une transformation profonde. Il y a encore peu de temps, l’existence même des Kurdes de Syrie était contestée ou niée ; aujourd’hui, ils sont devenus un acteur incontournable dans les débats sur l’avenir du pays.

L’un des acquis les plus remarquables de la Révolution du 19 juillet reste la révolution dans la condition des femmes. Au-delà de leur participation aux institutions et aux structures de gouvernance, elle a profondément remis en question les rapports traditionnels de domination au sein de la société kurde et, plus largement, de la région.

Ainsi, en dépit de ses limites et de ses insuffisances, la Révolution du Rojava constitue l’une des expériences politiques et sociales les plus significatives du peuple kurde au cours du dernier siècle. Sa force future ne tiendra pas seulement au récit de ses succès, mais aussi à sa capacité à regarder lucidement ses faiblesses et à en tirer les leçons nécessaires. Car ce qui maintient une révolution vivante, ce n’est pas uniquement la mémoire de ses victoires passées, mais sa volonté permanente de se corriger et de se réinventer pour affronter l’avenir. »

SYRIE. Les gangs de Damas kidnappent un Kurde à Raqqa

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SYRIE / ROJAVA – Les forces de la Sécurité générale, rattachées au ministère de l’Intérieur du gouvernement intérimaire, ont arrêté un jeune Kurde originaire d’Afrin à un point de contrôle à Raqqa après avoir découvert des images de symboles kurdes sur son téléphone portable. Son sort reste à ce jour inconnu.

Selon des sources locales, l’arrestation s’est déroulée tôt ce matin au point de contrôle de Hamzat, à Raqqa. Le jeune homme, identifié comme Cheikh Musa, originaire du village de Midana (district de Rajo, campagne d’Afrin), âgé d’une trentaine d’années, voyageait à bord d’un bus de passagers en direction de Hassaké.

Les agents de la Sécurité générale ont procédé à une fouille de son téléphone et ont affirmé y avoir trouvé des photos de symboles kurdes. Il a ensuite été emmené vers l’un des quartiers généraux de la Sûreté générale à Raqqa.

ROJAVA. Deux otages kurdes libérés après 7 ans de captivité

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SYRIE / ROJAVA – Azad Othman et Alaa Ibrahim, deux otages kurdes, ont été libérés le 17 juillet 2026 après sept années de détention. Ils avaient été enlevés le 12 octobre 2019 par le groupe armé Ahrar al-Sharqiya, formation soutenue par la Turquie et dirigée par Ahmed al-Hayes, lors de l’offensive turque sur les villes de Serekaniye (Ras al-Ain) et Girê Spî (Tal Abyad).

Les otages Azad Abdulkarim Othman et Mohammed Alaa Saad Ibrahim  entre les mains d’Abu Hatem Shaqra

Alors qu’Azad Abdulkarim Othman et Mohammed Alaa Saad Ibrahim se rendaient à Tabqa, les deux hommes ont été interceptés à Suluk dans le cadre d’une vaste campagne d’arrestations et de barrages routiers.

Dans une interview accordée à l’agence ANHA, Azad Othman a relaté les circonstances de leur enlèvement :

« Nous roulions quand des véhicules militaires nous ont arrêtés. Les hommes portaient des uniformes sans aucun drapeau ni insigne. Nous avons d’abord cru qu’il s’agissait de soldats américains. Quelques minutes plus tard, une forte explosion a retenti. Deux jours après, nos ravisseurs nous ont annoncé qu’ils avaient assassiné Hevrin Khalaf à l’endroit même où nous avions été détenus. »

Les deux otages kurdes ont été enfermés ensemble dans la même pièce, totalement coupés du monde extérieur pendant sept ans, sans aucune visite ni contact avec leurs familles. « Pour tenir le coup, nous nous racontions nos vies du début à la fin », explique Azad.

Leur libération intervient dans le cadre de l’accord du 29 janvier conclu entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement intérimaire syrien. Ils sont arrivés à Qamishlo hier soir.

Un criminel recyclé par al-Sharaa (Jolani) 

Depuis 2021, Ahmad Ihsan Fayyad al-Hayes (nom de guerre Abu Hatem Shaqra), chef d’Ahrar al-Sharqiya, fait l’objet de sanctions américaines pour son implication dans l’assassinat de la femme politique kurde Hevrin Khalaf, pour des crimes de guerre et pour ses liens présumés avec l’État islamique. Malgré cela, il a été nommé commandant de la 86e division de l’armée syrienne à Deir Ez-Zor.

Azad Othman a appelé à la libération de tous les détenus et otages encore aux mains de ces groupes, afin de mettre fin à la longue souffrance des familles kurdes.

Une séparation familiale déchirante

Au moment de son enlèvement, Azad était père de deux enfants et sa femme était enceinte de leur troisième, né un mois seulement après son arrestation. Hier soir, sept ans plus tard, la famille a pu enfin se réunir.

TURQUIE. Une librairie kurde bannie par la plateforme Trendyol

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TURQUIE / KURDISTAN – Trendyol, l’une des plus grandes plateformes de commerce électronique du pays, a fermé la boutique Pirtukakurdi, spécialisée dans les livres et articles culturels kurdes, sans fournir d’explication convaincante, selon son propriétaire, Bawer Berşev.

Plus de 1 200 produits ont été brusquement retirés de la vente. Selon Berşev, les contenus contenant du kurde ou les mots « Kurde » et « Kurdistan » sont systématiquement bloqués par la plateforme.

Trendyol invoque des soupçons de contrefaçon ou d’erreurs de marque pour justifier ces retraits. Le vendeur y voit, quant à lui, une discrimination ciblée à l’encontre de la langue et de la culture kurdes.

Exemples concrets de censure

Berşev cite notamment le livre biographique Mam Celal : Une vie dédiée au Kurdistan, consacré à Celal Talabani, ancien président irakien et figure majeure du mouvement kurde.

Lors du premier téléchargement, l’algorithme l’a rejeté pour « erreur de marque ».

Après avoir retiré le mot « Kurdistan » du titre (devenu La vie de Mam Celal), le livre a de nouveau été bloqué, cette fois à cause du mot présent sur la couverture.

Cette pratique ne concernait pas seulement les livres. Ballons, tasses, affiches et tableaux comportant des inscriptions en kurde ont également été supprimés.

« Nous ne vendons aucun produit politique ni rien qui soit lié à un parti. Environ 90 % de notre catalogue était composé de livres et d’objets culturels », précise Berşev.

Points de non-conformité et fermeture définitive

Le 12 juin, Trendyol a attribué deux « points de non-conformité » à la boutique pour le livre Histoire des Kurdes et du Kurdistan, alors même que cet ouvrage était déjà en vente sur la plateforme via d’autres vendeurs.

Le lendemain, l’ensemble des produits du magasin a fait l’objet d’un contrôle massif. Près de 1 200 à 1 300 articles (livres, romans kurdes, livres pour enfants, tableaux, affiches, ballons et tasses) ont été retirés du jour au lendemain. La boutique a ensuite accumulé 48 points d’infraction et a été définitivement fermée.

Parmi les ouvrages retirés figurent des titres des éditions Avesta, Nûbihar, Dara et Dipnot, cette dernière publiant notamment des livres de Selahattin Demirtaş.

Réponse de Trendyol

Après avoir fait appel via le système d’assistance aux vendeurs, Berşev n’a reçu que des réponses automatiques mentionnant « erreur de marque » et « possible contrefaçon ». Malgré la proposition de fournir toutes les factures prouvant l’authenticité des produits, la décision de fermeture a été confirmée comme irrévocable.

« Ils considèrent tout produit comportant du kurde comme suspect sans même en examiner le contenu », déplore Berşev. « Sur une simple tasse avec un proverbe kurde, ils préfèrent tout bloquer plutôt que de vérifier. »

Pas de problème ailleurs

Les mêmes produits continuent d’être vendus sans difficulté sur d’autres plateformes de e-commerce, selon le propriétaire.

Berşev dénonce une politique discriminatoire qui limite la visibilité de la langue et de la culture kurdes sur l’une des plus importantes places de marché turques :

« Nous vendons sur ces plateformes depuis cinq ans. Si un produit est illégal, il peut être retiré. Mais ici, il s’agit de livres et d’objets culturels publiés légalement. Le vrai problème n’est pas leur légalité, mais le fait qu’ils soient en kurde ou qu’ils évoquent les Kurdes. »

À ce jour, Trendyol n’a fait aucune déclaration publique sur cette affaire.

L’Iran frappe une base kurde en Irak : au moins 9 morts, dont trois adolescents

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IRAK / KURDISTAN — Le bilan de l’attaque menée dans la nuit du vendredi 17 juillet 2026 par l’Etat colonial iranien contre une base du Parti Komala du Kurdistan iranien, située dans la région du Kurdistan irakien, s’élève à au moins neuf morts. Ce chiffre pourrait encore augmenter.

Selon l’organisation de défense des droits humains Hengaw, les Gardiens de la révolution ont tiré six missiles et plusieurs drones explosifs sur un camp de Komala situé dans une zone montagneuse près du village de Zargwez, dans la province de Souleimaniye.

Parmi les victimes figurent plusieurs jeunes n’ayant pas encore intégré officiellement les rangs des peshmergas. Il s’agissait de volontaires en formation. Hengaw a identifié les neuf personnes tuées :

Siavan Nikkhah, 17 ans, de Bukan

Kasra Rahmannezhad, 17 ans, de Bukan

Soroush Nasri, 17 ans, de Marivan

Sina Safari, 18 ans, d’Eslamabad-e Gharb (Shabad)

Yasin Kianpour, 22 ans, de Shazand

Zakaria Faqih Hassan Agha, 23 ans, de Bukan

Reza Sadeghi, 32 ans, de Bukan

Ahmad Mahmoudi, 33 ans, de Baneh

Farhad Ghamari, 53 ans, de Divandarreh

Des sources locales à Souleimaniye ont indiqué à Hengaw qu’au moins deux autres peshmergas ont été grièvement blessés, dont un dans un état critique. Deux personnes, dont une combattante, restent portées disparues tandis que les opérations de recherche et de déblaiement se poursuivent sur le site.

Contexte

Ces frappes répétées du CGRI en territoire irakien contre les bases des partis d’opposition kurdes iraniens constituent une violation flagrante de la souveraineté de l’Irak, du droit international et des principes de bon voisinage. Le Corps des gardiens de la révolution islamique est officiellement désigné comme organisation terroriste par les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Ces attaques systématiques mettent en danger la vie de milliers de réfugiés politiques et militants kurdes qui ont fui la répression en Iran et qui bénéficient, en théorie, de la protection du droit international humanitaire.

TURQUIE. Inquiétudes face aux féminicides déguisés

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TURQUIE / KURDISTAN – D’après les données disponibles, en six mois, 150 femmes ont été tuées par des hommes en Turquie, y compris dans les régions kurdes. 151 autres sont mortes dans des circonstances suspectes. Derrière une grande partie de ces décès se cache un historique de violences conjugales ou familiales. La plupart des drames se produisent au domicile familial, souvent en présence d’hommes proches de la victime. Pourtant, un nombre alarmant d’affaires sont classées sans suite pour « insuffisance de preuves ».

Ces dernières semaines, au Kurdistan, une femme et trois mineures sont décédées dans des conditions troublantes, tous à leur domicile. Les familles restent sans réponses claires, tandis que les enquêtes menées à Dêrik, Nisêbîn (Nusaybin), Xana Axpar (Çınar) et Amed (Diyarbakır) peinent à établir la vérité. Les éléments disponibles renforcent les soupçons de féminicide ou de suicide forcé.

Des affaires qui interrogent

Ela Tan, 13 ans, Nisêbîn

La jeune fille est morte après trois jours en réanimation, suite à une balle reçue dans l’abdomen. Elle vivait avec son père et sa belle-mère. Selon des sources locales, Ela subissait depuis longtemps des violences psychologiques et physiques de la part de son père, déjà condamné pour des faits de violence et en liberté conditionnelle au moment des faits. L’arme à feu, non déclarée, pose question. La belle-mère aurait nettoyé les traces de sang après le drame. Le père et sa compagne ont été rapidement relâchés. Ni le père ni ses proches n’ont assisté à la cérémonie de condoléances organisée par le Mouvement des Femmes Libres (TJA). De nombreuses voix locales rejettent la thèse du suicide.

Y.Ş., 16 ans, Xana Axpar (Amed)

L’adolescente a été retrouvé morte par arme à feu à son domicile. Elle était seule avec un membre de la fratrie au moment des faits. L’arme et les munitions restent inexpliquées. La famille n’a fourni aucune information aux femmes venues présenter leurs condoléances. Le rapport d’autopsie est attendu.

Merve Erbek, 15 ans, Dêrik

Tuée par balle le 8 juillet à son domicile à Mêrdîn. La jeune fille a reçu une balle dans la nuque à bout portant, avec d’autres impacts sur le corps. Malgré la gravité des blessures et le lieu du drame (l’intérieur de la maison), aucun témoin n’a été identifié. La famille n’a fait aucune déclaration publique. Le corps a été rendu rapidement après autopsie.

Nurcan Akpirinç, enceinte de six mois, Rezan (Amed)

Portée disparue, elle a été retrouvée morte à son domicile le 22 juin. Son mari, M. A., a disparu après le drame et n’a pas assisté aux condoléances. Nurcan avait confié à sa sœur : « Ils vont me tuer ». Elle avait subi des violences répétées de la part de son mari et de sa belle-mère, et reçu de nombreuses menaces de mort. Des proches affirment que des photos du corps ont été prises sur place, tandis que la famille évoque un « suicide » selon le rapport d’autopsie.

« Ces cas ne sont pas isolés »

Berivan Orhan, coprésidente de la branche de Mêrdîn de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD), met en garde : ces drames ne peuvent être traités comme des incidents isolés. Elle rappelle que les enquêtes commencent trop souvent avec un biais « suspicion de suicide », comme dans les affaires emblématiques de Gülistan Doku et Rojin Kabaiş.

« Nous constatons que les preuves ne sont pas recueillies efficacement et que les doutes ne sont pas dissipés », dénonce-t-elle. Orhan souligne également la persistance des mariages forcés d’enfants, du chantage et des maltraitances, particulièrement dans les zones rurales de Dêrik et Şemrex.

Une impunité structurelle

Selon l’avocate, l’impunité ne se limite pas à la libération des auteurs. Elle inclut les enquêtes bâclées, les preuves mal collectées et les dossiers volontairement laissés sans suite. « Les politiques d’impunité qui alimentent la violence transforment ces décès en un problème structurel de droits humains. »

Berivan Orhan appelle à des enquêtes indépendantes, impartiales et efficaces, et à la mise en place réelle de mécanismes de protection pour les femmes et les enfants.

Londres accueille un festival honorant le patrimoine sonore des femmes kurdes

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LONDRES – Une initiative culturelle pionnière aura lieu à Londres cette semaine pour célébrer et réinventer le riche patrimoine sonore des femmes kurdes. Intitulé « Voix de femmes : Archives sonores kurdes et au-delà * », ce festival unique allie recherche d’archives, discussions et performances artistiques contemporaines.

Le festival se tiendra les 17 et 18 juillet 2026 au Café OTO, dans le cadre du festival international SPACE21.

Dans une interview accordée à Kurdistan24, le musicien et chercheur kurde Dr. Hardi Kurda a présenté l’événement comme « un effort sérieux et percutant pour mettre en lumière l’une des dimensions les plus riches de notre identité culturelle : les voix, les chants et les histoires orales des femmes kurdes issues de toutes les régions du Kurdistan. »

Le programme sur deux jours mettra en valeur des enregistrements historiques rares tout en créant un dialogue entre passé et présent. Il comprendra des séances d’écoute d’archives, des tables rondes réunissant chercheurs, archivistes et artistes, des expositions de documents, photographies et enregistrements, ainsi que des performances expérimentales qui réinterprètent la tradition orale kurde, notamment celle des dengbêj.

Le 17 juillet (soirée d’ouverture) : diffusion d’enregistrements historiques rares de voix de femmes kurdes, une table ronde et une exposition sonore animées par la chercheuse et archiviste Zeynep Yaş Salam, suivies de performances live.

Le 18 juillet : focus sur les archives familiales kurdes contemporaines à Londres, avec une présentation vidéo issue de collections personnelles, suivie d’une performance solo inspirée de ces enregistrements intimes.

« Ce festival ne se limite pas à exposer de vieilles archives, explique Hardi Kurda. Il vise à créer un pont entre la mémoire du passé et les nouvelles générations, afin que ces voix ne soient pas oubliées mais redécouvertes et réinventées. »

Le projet place les femmes kurdes au centre de leur propre récit historique. Il cherche à transformer les archives en une ressource vivante, où elles deviennent les principales narratrices de leur identité, leurs douleurs, leurs espoirs et leurs luttes.

Parmi les artistes et chercheurs participants figurent Zeynep Yaş Salam, Siavash Namehshiri (Zurich), Hêja Netirk, le duo Moment (Dr. Hardi Kurda & Khabat Abas), ainsi que la chanteuse kurde alévie Suna Alan.

Le public pourra également découvrir des livres, enregistrements en édition limitée, instruments et produits culturels kurdes.

Un événement rare qui transforme la préservation du patrimoine en une expérience artistique vivante et internationale.

* en kurde : Dengê Jinan: Arşîva dengê kurdî û horîzonên wê ; en anglais : Women’s Voices: Kurdish Sound Archive and Beyond

IRAN. Nouvelles exécutions et arrestations de prisonniers politiques

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IRAN / ROJHILAT – Les autorités iraniennes ont intensifié leur répression ces dernières heures avec l’exécution de deux prisonniers politiques et plusieurs arrestations ciblées, principalement liées aux mouvements de contestation « Femme, Vie, Liberté (en kurde : Jin, jiyan azadî) » et aux manifestations plus récentes.

Exécution d’Aref Khoshkar

Le 15 juillet 2026 à l’aube, Aref Khoshkar, prisonnier politique originaire de Téhéran, a été exécuté par pendaison à la prison de Ghezel Hesar à Karaj. Selon l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, sa famille n’a été informée qu’après l’exécution, vers 8 heures du matin. Les autorités ont transféré son corps à la morgue Behesht Zahra de Téhéran et ont demandé à la famille de venir l’identifier le 16 juillet.

Arrêté le 11 novembre 2022 lors des manifestations dans le quartier de Fallah à Téhéran, Aref Khoshkar avait été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire pour « moharebeh » (guerre contre Dieu), « rassemblement et collusion contre la sécurité nationale » et le meurtre présumé d’un membre des forces Bassidj. Son avocat avait dénoncé de graves irrégularités dans le dossier, notamment l’absence de preuves solides et de vidéosurveillance au lieu de l’incident. Il avait été placé en isolement le 11 juillet avant son exécution.

Exécution de Mohammad Amini Dehaghani

Le même jour, Mohammad Amini Dehaghani, originaire de Dehaghan (province d’Ispahan), a également été exécuté. Arrêté lors des manifestations de janvier 2026, son procès s’est déroulé dans le plus grand secret. Aucune information n’avait filtré publiquement sur sa détention, son interrogatoire ou son procès. Selon Hengaw, il a été privé d’avocat indépendant et de visites familiales. Les médias d’État l’ont accusé d’avoir incendié le bureau du gouverneur et endommagé des biens publics, sans préciser le chef d’accusation exact ayant conduit à la peine de mort.

Arrestations ciblées

Parallèlement, les forces de sécurité ont procédé à de nouvelles arrestations :

Mehrgan Namavar, poétesse, militante des droits civiques et mère de famille de 40 ans, a été arrêtée le 5 juillet à Dehdasht (province de Kohgiluyeh-et-Boyer-Ahmad). Les forces de sécurité ont perquisitionné son domicile sans mandat. Elle devait se présenter volontairement le 15 juillet pour purger une peine de trois ans de prison, mais a été arrêtée dix jours plus tôt. Son lieu de détention reste inconnu.

Sepideh Abtahi, réalisatrice de documentaires et ancienne secrétaire de l’Association iranienne des cinéastes documentaires, a été arrêtée le 15 juillet à Téhéran lors d’un raid à son domicile. Les forces de sécurité ont confisqué ses appareils électroniques. Connue pour son engagement lors du soulèvement « Jin, Jiyan, Azadi » et ses prises de position publiques contre la guerre, elle avait réalisé plusieurs documentaires sur les mouvements citoyens et les conditions des femmes en Iran.

Ces nouvelles exécutions et arrestations s’inscrivent dans une vaste campagne de répression menée par la République islamique contre les opposants politiques, les militants kurdes, les artistes et les voix critiques. L’ONG de défense des droits humains, Hengaw, dénonce des exécutions secrètes et des violations systématiques des droits fondamentaux, et appelle la communauté internationale à une réaction ferme face à l’usage massif de la peine de mort comme outil de terreur d’État.

La vague de répression se poursuit, confirmant la détermination du régime à étouffer toute forme de dissidence.