ROJAVA. Des gangs liés à la Turquie renforcent leurs positions dans le canton de Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Malgré les accords conclus entre Damas et les autorités kurdes du Rojava, les groupes armés sous commandement de la Turquie, la Division al-Hamza et la Division Sultan Souleymane Chah (Al-Amshat) ont renforcé leurs positions dans la région kurde de Kobanê, signale l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’OSDH écrit que « les factions « Al-Hamzat » et « Al-Amshat » de la 86e division du ministère de la Défense travaillent au renforcement de leurs positions et de leurs points de contrôle militaires dans les zones d’Al-Jalabiya et de Kharab Ashk, dans la campagne du sud-est d’Ain Al-Arab (Kobanê). Selon des sources fiables de l’OSDH (ou SOHR), les deux factions refusent de se retirer de leurs positions, malgré une coordination déjà existante entre les FDS et le gouvernement intérimaire syrien stipulant que les factions se retireraient et remettraient leurs positions aux Forces de sécurité intérieure Al-Asayish et aux Forces de sécurité générale. » Kobanê est assiégé depuis le 18 janvier, malgré le début de la mise en œuvre des termes de l’accord entre les FDS et le gouvernement intérimaire syrien.

SYRIE. Abdi déclare que les Kurdes du Rojava s’autogouverneront

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SYRIE / ROJAVA – En marge de la Conférence de Munich sur la sécurité, le commandant des FDS, Mazlum Abdi, a déclaré que son équipe avait porté les revendications kurdes à l’échelle internationale. Il a ajouté qu’une nouvelle phase s’ouvrait pour le Rojava, avec une reconnaissance officielle et formelle. Mazlum Abdi, commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), a déclaré en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité que les revendications politiques des Kurdes avaient été portées à l’attention de la communauté internationale. Abdi participe à cette conférence aux côtés d’Ilham Ahmad, coreprésentante aux affaires étrangères de l’Administration Autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Dans une interview accordée à Medya Haber TV, il a déclaré avoir participé à plusieurs réunions de haut niveau avec des représentants du Gouvernement fédéral de transition syrien. « Nous avons un accord et nous agissons dans le cadre de celui-ci. C’est pourquoi nous avons participé à d’importantes réunions en tant que délégation syrienne conjointe », a affirmé Abdi. Il a ajouté qu’ils avaient délibérément choisi de présenter un front uni, au nom de la Syrie, sur certaines questions. Surveillance internationale et garanties possibles Concernant l’issue des pourparlers, Abdi a expliqué que plusieurs interlocuteurs s’étaient engagés à suivre de près le processus politique en Syrie et étaient disposés à jouer un rôle de garant. Cela marque une nouvelle étape pour le Rojava. « On peut dire qu’il y a une attitude positive. Ces développements marquent une nouvelle phase pour le Rojava. L’administration, et en particulier la structure militaire, est officiellement reconnue pour la première fois », a déclaré Abdi. Accord de cessez-le-feu et d’intégration Faisant référence à l’accord de cessez-le-feu et d’intégration signé le 29 janvier entre l’Administration autonome et le Gouvernement de transition à Damas, Abdi a déclaré que sa mise en œuvre progressait lentement. La priorité, a-t-il affirmé, est de stabiliser le cessez-le-feu. « Il est actuellement respecté. Certaines questions restent en suspens. Un accord de principe existe, mais nous attendons désormais sa mise en œuvre concrète », a ajouté le commandant en chef des FDS. Autogouvernance dans les régions kurdes Concernant la suite du processus politique, Abdi a réaffirmé que les régions kurdes détermineraient leurs propres structures administratives. La population élirait ses représentants locaux de manière indépendante. Le principe de responsabilité locale s’appliquerait également sur le plan militaire : les combattants originaires de chaque région – par exemple, issus des rangs des YPG, des YPJ et des FDS – resteraient sur leur territoire et en assureraient la protection. Les forces de sécurité intérieure (Asayish) opéreraient en coordination avec les institutions centrales, mais sous commandement local. Les institutions linguistiques, éducatives et culturelles, ainsi que les acquis en matière d’autonomie déjà obtenus, seraient préservés et formalisés, a expliqué Abdi. (ANF)

Le retour des combattants de l’EI : accusations de terrorisme ou procès pour génocide ? L’Irak face à la vérité

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IRAK / SHENGAL – La population yézidie (Êzdî), victime du génocide commis par le groupe État islamique en 2014, suit avec inquiétude le transfert de milliers de terroristes de DAECH / ISIS – détenus jusqu’à là par les Kurdes dans le Nord-Est de la Syrie – en Irak. De son côté, le psychologue Jan Ilhan Kizilhan souligne qu’« opter pour une responsabilité globale, transparente et fondée sur un cadre international envoie un message clair, au-delà de l’Irak : même après une barbarie extrême, le droit est possible, l’ordre normatif peut être défendu même dans des États fragiles et la justice n’est pas un mot symbolique, mais un acte concret qui restaure la dignité ». Voici l’article de Jan Ilhan Kizilhan publié par Rudaw :  Le transfert de milliers de combattants de l’organisation État islamique (EI) au gouvernement central irakien dépasse largement le cadre d’une simple mesure administrative ou sécuritaire. Il s’agit d’une épreuve historique. Ce transfert marque la fin d’un accord provisoire de plusieurs années dans les zones kurdes du nord de la Syrie. Il ouvre également une nouvelle phase, qui déterminera comment l’Irak et la communauté internationale qualifieront juridiquement et moralement le chapitre le plus sombre de l’histoire récente de la région. La question centrale est claire : les crimes commis entre 2014 et 2019 en Irak et en Syrie seront-ils traités pour ce qu’ils sont réellement – ​​génocide systématique, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et déshumanisation organisée – ou seront-ils réduits au raccourci juridique de l’appartenance à une organisation terroriste ? Onze ans après le 3 août 2014, la plaie du génocide perpétré contre les Yézidis reste vive. Ce jour-là a débuté l’extermination systématique d’une minorité religieuse. Les Yézidis, dont l’histoire est depuis longtemps marquée par la persécution et les conversions forcées, ont été pris pour cible dans le but de les anéantir en tant que communauté. Des milliers d’hommes ont été assassinés. Des femmes et des filles ont été réduites en esclavage et violées. Des enfants ont été enlevés, endoctrinés et privés de leur identité. Les Nations Unies, de nombreux parlements nationaux et, en 2023, le Bundestag allemand ont officiellement reconnu ces crimes comme un génocide. Pourtant, la reconnaissance politique ne vaut pas justice, et encore moins guérison sociale. Lorsque nous parlons aujourd’hui avec des survivants, nous ne sommes pas confrontés à un chapitre clos de l’histoire. Nous sommes confrontés à un présent encore marqué par ce qui s’est passé. Le traumatisme n’est pas un événement qui disparaît dans les archives. C’est une expérience qui ébranle la confiance fondamentale d’une personne dans le monde et qui continue d’affecter son identité, ses émotions et ses relations sociales. Psychologiquement, le traumatisme représente une atteinte à l’espoir de sécurité, de stabilité et de sens. De nombreux survivants vivent encore dans un état d’alerte constant, entre dissociation et dépression, entre culpabilité et colère. Les enfants qui ont passé des années en captivité présentent souvent des comportements agressifs ou un vide affectif. Certains continuèrent à chanter les hymnes de leurs ravisseurs longtemps après leur libération, car ces chants avaient bercé leur enfance. Il ne s’agit pas d’une loyauté idéologique, mais du résultat d’une socialisation forcée sous le joug d’une violence extrême. Dans cette réalité psychologique, la question de la responsabilité juridique n’est pas un débat abstrait sur les catégories juridiques. Elle touche aux fondements mêmes de la guérison individuelle et collective. Le langage juridique façonne la mémoire. Si un auteur est condamné uniquement en tant que membre d’une organisation terroriste, le crime spécifique disparaît derrière cette étiquette. Le viol d’une femme, le meurtre d’un enfant, la destruction systématique d’une identité religieuse, ces actes sont absorbés par une catégorie générale qui ne reflète pas pleinement leur intention ni leur ampleur. Pour les survivants, cela crée une seconde forme de dévalorisation. Leur souffrance apparaît comme un effet secondaire du terrorisme, et non comme une tentative délibérée de les anéantir en tant que groupe. Le jugement de 2021 de la Cour régionale supérieure de Francfort, en Allemagne, qui a condamné un membre de l’EI pour génocide contre une mère yézidie et sa fille de cinq ans, a démontré l’importance d’un langage juridique précis. Ce jugement n’était pas seulement une condamnation pénale. C’était une affirmation normative. Il a clairement établi que les crimes n’étaient pas des actes de violence anonymes, mais des crimes ciblés contre un groupe spécifique. D’un point de vue psychologique, cette distinction est essentielle. La guérison commence par la mise en mots. Ce qui n’est pas nommé demeure flou, continue d’agir en coulisses et peut être instrumentalisé à des fins politiques. L’Irak à la croisée des chemins juridiques : l’Irak est aujourd’hui confronté à un choix décisif. Par le passé, de nombreux membres de l’EI ont été jugés en vertu des lois antiterroristes, souvent lors de procédures expéditives et fréquemment par des condamnations à mort. Du point de vue d’un État en quête de stabilité, cette approche peut sembler compréhensible. Cependant, elle est juridiquement et socialement insuffisante. Les crimes de l’EI étaient structurés, idéologiquement justifiés et systématiquement organisés. L’équipe d’enquête des Nations Unies, UNITAD, a recueilli des centaines de milliers d’éléments de preuve, documenté des témoignages et exhumé des charniers. Les éléments factuels justifiant les accusations de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre sont incontestables. La question cruciale est de savoir s’il existe une volonté politique d’utiliser ces preuves dans un cadre juridique solide et transparent. L’importance politique de ces procès est capitale. L’Irak est un État fragile, marqué par la dictature, les guerres, les sanctions et de profondes divisions sociales. La campagne d’Anfal et l’attaque chimique d’Halabja, qui ont coûté la vie à des centaines de milliers de Kurdes sous Saddam Hussein, ne font l’objet que d’un traitement judiciaire partiel et d’une réconciliation collective inextricablement liée à l’histoire irakienne. Cette dernière illustre comment une responsabilité juridique incomplète peut aggraver les traumatismes collectifs. Un État qui réduit les crimes les plus graves de son passé récent à de simples formules juridiques laisse entendre que la violence structurelle peut être vaincue militairement, mais non délégitimée moralement. Un État qui nomme et poursuit clairement ces crimes renforce sa propre légitimité et adresse un message fort aux minorités : leur existence compte et leur dignité est inaliénable. Pour les Yézidis, il s’agit d’une question existentielle. Des centaines de milliers d’entre eux vivent encore dans des camps. Leur région d’origine, le Sinjar, demeure un foyer de conflits politiques, économiquement ravagée et marquée par l’insécurité. Nombreux sont ceux qui hésitent à y retourner, craignant que l’histoire ne se répète. Cette méfiance s’enracine non seulement dans la violence de Daech, mais aussi dans un sentiment d’abandon politique. Si les procès minimisent la gravité des crimes, cette confiance déjà fragile s’érodera davantage. Le point de vue kurde est également complexe. Les forces kurdes ont joué un rôle central dans la défaite militaire de Daech et ont payé un lourd tribut. Parallèlement, les événements d’août 2014 restent entachés par des accusations de protection insuffisante des Yézidis. Une stratégie juridique coordonnée entre Bagdad et Erbil serait donc bien plus qu’une simple décision technique. Ce serait un acte symbolique, démontrant que les rivalités politiques peuvent céder la place à un engagement commun en faveur de la justice et de la protection des minorités. L’impact de ces procès dépasse les frontières de l’Irak. En Syrie, le groupe Hayat Tahrir al-Sham, fort de son passé djihadiste et de ses tendances autoritaires, détient un pouvoir considérable. Son traitement des minorités et des opposants politiques est suivi de près par la communauté internationale. Des poursuites systématiques et juridiquement rigoureuses contre les crimes de l’EI en Irak enverraient un message clair à des acteurs comme Hayat Tahrir al-Sham et son chef, Ahmad al-Sharh. Les violences systématiques perpétrées contre les minorités ne restent pas impunies. La justice internationale n’est pas sélective. Les acteurs non étatiques et les acteurs de facto étatiques peuvent et doivent être tenus responsables de crimes contre l’humanité. La responsabilité juridique en Irak servirait donc également de message dissuasif aux autres centres de pouvoir de la région. Si le génocide et les crimes contre l’humanité sont relativisés aujourd’hui, des zones grises apparaîtront demain pour les futurs auteurs de tels crimes. D’un point de vue occidental, ces procès revêtent également une importance directe. Des milliers de combattants étrangers demeurent détenus, tandis que nombre de leurs pays d’origine hésitent à les rapatrier. Cette réticence peut s’avérer politiquement opportune au niveau national, mais elle comporte des risques sécuritaires à long terme. La radicalisation n’est pas un phénomène isolé. Elle se nourrit de récits collectifs d’humiliation et d’un sentiment d’insignifiance. Daech a su transformer les traumatismes en idéologie et ériger la violence en source de sens. Si la responsabilité juridique reste superficielle, le noyau idéologique demeure intact. En tant qu’expert judiciaire dans plusieurs procès liés à Daech en Europe, j’ai pu constater à quel point la qualification juridique peut être déterminante. Ces procès ne portent pas uniquement sur la culpabilité individuelle. Ils concernent aussi l’interprétation que la société fait des événements. Lorsque les tribunaux identifient clairement les motivations idéologiques, la planification systématique et l’intention génocidaire, ils établissent que ces individus n’étaient pas de simples extrémistes, mais des auteurs de crimes contre l’humanité. Une telle clarté protège la dignité des victimes et établit des normes pour les générations futures. Avec le transfert des combattants de Daech, l’Irak a bénéficié d’une seconde chance. La première épreuve remonte à 2014, lorsque l’Irak n’a pas su protéger ses minorités. La seconde chance réside aujourd’hui dans la démonstration de la force de l’État de droit. La communauté internationale doit soutenir ce processus de manière coopérative. Les pays ayant une expérience de la compétence universelle peuvent apporter leur expertise et un soutien institutionnel. En fin de compte, il s’agit de bien plus que de simples peines de prison. Il s’agit de savoir si une société ayant subi une violence extrême a le courage d’affronter cette violence dans toute son ampleur. La justice n’est pas un instrument de vengeance, mais un instrument de paix. Elle empêche que le traumatisme ne devienne une ressource politique, que les victimes ne restent durablement marginalisées et que les auteurs de ces crimes ne disparaissent dans une zone d’ombre morale. Réduire ces procès à de simples catégories juridiques risque de provoquer une profonde crise morale. Opter pour une responsabilité globale, transparente et fondée sur un cadre international envoie un message clair, au-delà de l’Irak : même après une barbarie extrême, le droit est possible, l’ordre normatif peut être défendu même dans des États fragiles et la justice n’est pas un mot symbolique, mais un acte concret qui restaure la dignité. Pour les survivants du génocide, la dignité n’est pas un concept abstrait, mais la condition sine qua non pour pouvoir à nouveau vivre dans le présent. Sans justice, le traumatisme demeure politique, un terreau fertile pour le ressentiment et la radicalisation renouvelée. Avec la justice, le traumatisme peut, lentement, douloureusement et imparfaitement, s’effacer. C’est là le véritable enjeu des procès à venir : non seulement la culpabilité et la punition, mais aussi l’avenir de l’Irak et les fondements moraux de toute une région. Jan Ilhan Kizilhan est psychologue, spécialiste en psychotraumatologie, traumatismes, terrorisme et guerre, psychiatrie transculturelle, psychothérapie et migration

Documenter les crimes de guerre au Rojava

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SYRIE / ROJAVA – « Chaque diplomate affirme ‘enquêter’, mais personne n’agit. Le peuple kurde se sent trahi. Il ne s’agit pas seulement d’un conflit local ; c’est un théâtre d’opérations au service des intérêts des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de la Turquie, du Qatar et d’autres. Les civils sont les grands perdants de ce jeu géostratégique. » Une journaliste de The Amargi a interviewé Kamaran Osman, un défenseur des droits humains qui est parti au Rojava pour enquêter sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par les gangs djihadistes de Damas, DAECH / ISIS et de Turquie. Il déclare que les puissances internationales impliquées dans le conflit syriens ne se préoccupent des violences subies par les Kurdes du Rojava, mais défendent seulement leurs intérêts.   Voici l’intégralité de l’article :
Les armes se sont peut-être tues en Syrie, mais pour les habitants du nord-est du pays (Rojava), les violences du début de l’année 2026 ont laissé des cicatrices loin d’être guéries. Lorsque des factions de l’armée arabe syrienne ont lancé des offensives contre les zones tenues par les Kurdes, une vague de peur a déferlé sur la région, accompagnée de nouvelles profondément inquiétantes : exécutions sommaires, blocus coupant l’approvisionnement en produits de première nécessité et retrait massif des organisations humanitaires internationales au moment même où elles étaient le plus indispensables. Nous avons rencontré Kamaran Osman, membre de l’ONG Community Peacemaker Teams (CPT), qui était sur le terrain au moment des événements. Il était là. Il a tout vu. Et dans cet entretien d’archives, il livre un témoignage direct des souffrances endurées par les civils kurdes durant l’un des épisodes les plus dangereux qu’ait connus la région ces dernières années, et de l’inaction de la communauté internationale.
Une famille déplacée à Kobanê
Q :  Nous revenons sur un mois de bouleversements sans précédent au Rojava et dans le nord-est de la Syrie. Ayant été sur place, comment décririez-vous la situation durant cette période d’instabilité extrême ? S’agissait-il d’une complication temporaire de la guerre, ou assistons-nous à une transformation durable du paysage politique et démographique de la région ? Kamaran :  J’étais au Rojava et dans le nord-est de la Syrie pour le compte des Équipes communautaires de maintien de la paix (ECMP) afin de documenter les violations des droits humains commises par divers acteurs : les milices du nouveau gouvernement syrien, des tribus arabes et plusieurs groupes armés non identifiés. Ce dont nous avons été témoins relève de véritables crimes de guerre. La situation s’est rapidement déstabilisée aux alentours du 6 janvier. Le nouveau gouvernement syrien a mené des opérations militaires massives à travers Alep, Tabqa, Raqqa et Hassaké, finissant par bloquer Kobané. Personne n’était en sécurité. Même à Qamichlo, relativement éloignée du front, la population ne dormait plus. Elle vivait dans la crainte constante de frappes aériennes. La complexité de la situation réside dans le fait que les forces kurdes ne combattent pas un seul ennemi ; elles font face à une triple menace : les forces gouvernementales, les milices tribales et des groupes opportunistes formés uniquement pour piller et tuer. Q :  Vous vous êtes rendu directement sur place. Nous avons pris connaissance de rapports faisant état d’attaques contre les infrastructures essentielles, l’eau et l’électricité. D’après votre documentation, ces services semblaient-ils être intentionnellement instrumentalisés pour forcer le déplacement de populations civiles ? Kamaran :  Absolument. Nous avons documenté de nombreux massacres et enlèvements, mais le blocus de Kobané reste un exemple flagrant d’instrumentalisation des besoins fondamentaux. Incapable de mener une opération terrestre victorieuse pour prendre la ville, le gouvernement syrien l’a placée sous un blocus total. Il a coupé l’électricité et l’eau et scellé les portes d’accès aux vivres. Il s’agissait d’une tentative de provoquer un massacre par la famine et la soif plutôt que par un affrontement militaire direct. Concernant les violences directes, nous avons interrogé des survivants d’événements horribles. Nous avons documenté le cas d’une famille de douze personnes, dans le village d’Abu Khashab, qui tentait de fuir Raqqa pour Hassaké. Ils ont été arrêtés par une milice qui leur a demandé s’ils étaient Kurdes ou Arabes. Après avoir confirmé être Kurdes, le chef de la milice a ordonné leur exécution. Les personnes âgées ont été tuées et la mère a reçu une balle dans la tête. Les enfants ont ensuite été massacrés. Six personnes sont mortes et six autres ont été blessées. La brutalité ne s’est pas arrêtée aux meurtres. Nous avons trouvé des preuves de profanation de cadavres. Un homme de 26 ans a eu les yeux arrachés. Une femme a eu le visage écorché vif et l’abdomen ouvert. Ce ne sont pas de simples témoignages ; nous avons des photos et des vidéos pour le prouver.
Des représentants des Équipes communautaires de consolidation de la paix (CPT) rencontrent des membres du Comité de réponse à la crise de Qamishlo à Qamishlo le 21 janvier.

Le silence de la communauté internationale

Q :  L’un des rapports les plus préoccupants de cette période concernait le retrait soudain de l’aide. Quelle était la situation des ONG internationales pendant votre séjour sur place ? Kamaran :  C’est peut-être la plus grande tragédie. Quatre-vingt-onze ONG internationales étaient présentes dans le nord-est de la Syrie ; la quasi-totalité d’entre elles ont mis en œuvre des plans d’évacuation et ont quitté la région. Elles ont justifié leur départ par l’insécurité de leur personnel étranger. S’il est vrai que 52 bureaux d’ONG ont été pris pour cible et pillés par différentes milices, leur retrait a créé un immense vide en matière de protection. Plus de 130 000 personnes ont été déplacées durant ces semaines, souvent pour la cinquième ou sixième fois de leur vie. L’administration locale ne dispose que d’environ 242 abris. Lors de mes visites dans les mosquées et les écoles, il n’y avait pas de nourriture. Des nourrissons souffraient de froid faute de chauffage, de couvertures et de matelas. Au moins cinq personnes sont décédées par manque de médicaments et d’eau. Q :  Une aide a-t-elle atteint Kobanê ou d’autres zones assiégées ? Kamaran :  La plupart des points de passage étaient fermés. Le seul point de passage semi-fonctionnel était Semalka/Fishkhabur, à la frontière avec le Kurdistan irakien. Cependant, cette frontière est étroitement surveillée par la Turquie grâce à des capteurs « Dragon » et à la technologie de reconnaissance faciale. Cela représente un risque sécuritaire majeur pour toute personne acheminant de l’aide. De plus, le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) subit d’immenses pressions politiques de la part d’Ankara et de Damas pour limiter cette aide.

Le facteur Daech : une menace qui refait surface ?

Q :  Le camp d’Al-Hol et d’autres centres de détention suscitent de vives inquiétudes. Le chaos de la transition a-t-il créé un vide sécuritaire que l’EI pourrait exploiter ? Kamaran :  Il règne un grave vide du pouvoir. Le camp d’Al-Hol, qui abritait plus de 25 000 membres de l’EI, est tombé sous le contrôle du nouveau gouvernement syrien. Nombre de ces prisonniers étaient les mêmes individus qui avaient perpétré le génocide de 2014 contre les Yézidis à Sinjar. Il existe un risque important que ces individus s’échappent ou se réorganisent. Nous savons qu’au moins 128 hauts responsables de l’EI ont été incarcérés dans des prisons du Kurdistan irakien, mais le sort de milliers d’autres demeure incertain. S’ils profitent de cette instabilité pour s’échapper, ils ne se contenteront pas de cibler les Kurdes, mais s’attaqueront à nouveau à toute la région.
Avdi Mahmoud al-Ali, secouriste du Croissant-Rouge kurde, soigne une femme blessée alors qu’elle fuyait son village.

En quête de justice dans une guerre complexe

Q :  Que fait le CPT avec les preuves que vous avez recueillies ? Avez-vous constaté des progrès positifs en matière de responsabilisation ? Kamaran :  Nous avons recensé sept massacres majeurs et plus de vingt cas d’exécutions sommaires intentionnelles. Nous rédigeons actuellement un rapport exhaustif qui sera remis à l’ONU, aux ambassades internationales, au Sénat américain et au Congrès. Mais pour être honnête, la réaction jusqu’à présent est floue. Chaque diplomate affirme « enquêter », mais personne n’agit. Le peuple kurde se sent trahi. Il ne s’agit pas seulement d’un conflit local ; c’est un théâtre d’opérations au service des intérêts des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de la Turquie, du Qatar et d’autres. Les civils sont les grands perdants de ce jeu géostratégique. Nous conservons ces archives non seulement pour l’actualité d’aujourd’hui, mais aussi pour le jour où ces documents pourront servir de preuves devant un tribunal contre les auteurs de ces crimes. Il est impératif que la communauté internationale cesse d’appliquer deux poids, deux mesures en matière de droits humains. Si cela compte en Ukraine, cela doit aussi compter au Rojava.
Par Shan Sabir, journaliste kurde basée en Allemagne Article d’origine à lire sur le site The Amargi « Documenting War Crimes in Rojava: Interview with CPT’s Kamaran Osman«   

ROJAVA. Enfin le retour tant attendu des réfugiés d’Afrin ?

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SYRIE / ROJAVA – Des sources locales affirment que les Kurdes chassés d’Afrin par l’invasion turque de 2018 vont regagner leurs terres en coordination avec le gouvernement de Damas.
 
Des sources spéciales ont indiqué à Afrin Now que des préparatifs ont commencé pour organiser des convois en vue du retour des résidents déplacés d’Afrin (Efrîn) dans leurs terres de la région d’Afrin dans un délai d’une semaine.
 
Selon les sources, l’Association sociale d’Afrin et le Conseil des personnes déplacées d’Afrin, en coordination avec le gouvernement de transition syrien, préparent un convoi d’environ 400 familles déplacées de la région, en vue de leur retour dans leurs villages et villes dans les prochains jours.
  L’activiste Scharoo Maroof signale que ces informations sont une preuve parfaite des mensonges passés de Damas qui affirmait que les Kurdes d’Afrin étaient retournés chez eux. Scharoo Maroof déclare :
« Ce rapport est important car il réfute manifestement l’affirmation du gouvernement syrien selon laquelle les personnes déplacées d’Afrin seraient déjà retournées à Afrin.
 
L’affirmation selon laquelle les personnes déplacées d’Afrin avaient été autorisées à retourner à Afrin était un argument fréquemment utilisé par le gouvernement syrien dans le seul but de discréditer les voix kurdes qui exprimaient leur malaise face à la campagne militaire syrienne.
 
Le gouvernement syrien a présenté un petit nombre de personnes déplacées internes, puis a considérablement gonflé ces chiffres ; pire encore : ces chiffres erronés ont été transmis aux institutions officielles, aux diplomates et aux autres autorités compétentes. »

IRAN. Hengaw dénonce la torture sexuelle et les simulacres de procès

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IRAN / ROJHILAT – L’ONG kurde de défense des droits humains, Hengaw a recueilli des preuves profondément troublantes documentant la torture systématique de détenus, en particulier de jeunes arrêtés lors des récentes manifestations qui se sont déroulées entre fin décembre 2025 et janvier 2026. Ces preuves indiquent le recours délibéré à des interrogatrices contre de jeunes détenus de sexe masculin afin de leur infliger des humiliations psychologiques et sexuelles, ainsi que de graves violences sexuelles contre des détenues, des menaces d’exécution, des simulacres de procès et le prononcé rapide de peines sans procédure régulière. S’appuyant sur des entretiens avec plusieurs détenus récemment libérés, Hengaw a documenté de nouvelles pratiques d’interrogatoire visant à obtenir des aveux rapides et à exercer une répression immédiate. Ces pratiques incluent des tribunaux sommaires, tenus sans procédure légale, et le recours à des violences psychologiques, physiques et sexuelles extrêmes. Les détenus interrogés sont âgés de 18 à 32 ans, de sexes différents, originaires de villes et de régions diverses, et ont été détenus dans des centres de détention distincts. Aucun n’avait de lien préalable avec les autres. Malgré cela, leurs témoignages de coercition, de menaces de mort et d’exécution, ainsi que de graves sévices sexuels et psychologiques révèlent une similitude frappante. Hengaw a confirmé que certains détenus étaient incarcérés dans des installations militaires, tandis que d’autres étaient détenus et interrogés dans des maisons d’habitation. Plusieurs jeunes hommes détenus ont déclaré avoir été interrogés par des équipes composées d’interrogateurs des deux sexes. Selon ces témoignages, les interrogatrices ont joué un rôle central dans l’administration de graves tortures psychologiques et sexuelles, une pratique que Hengaw considère comme une méthode d’abus récemment documentée lors d’interrogatoires. Ces pratiques visaient principalement à extorquer des aveux écrits et vidéo concernant de graves accusations liées à la sécurité et aux manifestations. Dans de nombreux cas, les détenus ont été explicitement avertis qu’ils ne seraient pas libérés tant qu’ils n’auraient pas avoué. Un jeune détenu a déclaré à Hengaw : « Pendant les deux ou trois premiers jours, il n’y a eu que des fouilles et du recueil de renseignements. Puis le nombre de détenus a fortement diminué et les interrogatoires se sont intensifiés. J’avais deux interrogateurs, un homme et une femme. L’interrogateur masculin jouait le rôle du gentil, et l’interrogatrice celui du méchant. Ils me faisaient pression pour que j’avoue avoir une arme à feu. Parfois, ils pointaient un pistolet sur mon front et disaient qu’ils allaient tirer. Ils m’ont dit que je devais avouer avoir reçu de l’argent de services de renseignement étrangers. » Le même détenu a ajouté : « Un jour, j’ai été contraint de rester allongée par terre pendant des heures pendant l’interrogation. On m’a forcé à insulter les personnes tuées lors des manifestations. J’en ai profondément honte. On m’a montré des photos des corps et on m’a dit : « Voilà ce qui t’attend si tu ne confesses pas. Mon interrogatrice m’a versé du thé brûlant dessus, m’a craché au visage et m’a appuyé sur le visage avec le pied. Avant d’être relâché, on m’a obligé à remercier cette interrogatrice. » Un autre détenu, un homme de 19 ans, a déclaré à Hengaw : « Nous étions détenus dans un grand centre de détention résidentiel. Les hommes et les femmes étaient séparés, et même les détenus étaient séparés par âge. Les adolescents étaient emmenés ailleurs. J’ai eu trois interrogateurs, deux hommes et une femme. L’interrogatrice était d’une brutalité extrême. Ils me disaient sans cesse qu’ils allaient me tuer. Ils ont même dit avoir déjà informé ma famille de ma mort. Ils m’ont passé une corde autour du cou et ont dit qu’ils allaient m’exécuter. » À travers de multiples entretiens, Hengaw a établi que, lors de la répression des manifestations, les autorités iraniennes ont eu recours à des tribunaux sommaires pour extorquer des aveux forcés et prononcer des peines expéditives. La plupart des détenus ont déclaré avoir subi d’intenses pressions sexuelles, physiques et psychologiques afin de les contraindre à enregistrer des aveux écrits et vidéo contre eux-mêmes. Certains ont affirmé avoir été convoqués au tribunal quelques jours seulement après leur arrestation. Dans des déclarations publiques menaçantes publiées durant cette période, les autorités iraniennes ont affirmé que les manifestants seraient traités comme des « ennemis de Dieu », des « terroristes » et des « agents étrangers », et que leurs cas seraient traités rapidement. Des détenus ont confié à Hengaw avoir été contraints d’avouer consommer de la drogue et avoir reçu de l’argent ou des instructions de services de renseignement étrangers, de partis politiques, du Mossad israélien ou de médias étrangers. Une détenue de 32 ans a expliqué à Hengaw : « Ils sont entrés avec des cordes, des perceuses et des crochets, et ont pointé le plafond en disant qu’ils allaient nous exécuter. Ils m’ont accusé de travailler pour le Mossad et d’avoir reçu de l’argent de partis politiques kurdes. Ils n’ont cessé d’essayer de me relier à des réseaux à l’étranger. Ils m’ont aspergé d’eau froide et m’ont infligé de nombreuses tortures sexuelles. J’entendais constamment les cris des tortionnaires. Il y avait même un enfant de 12 ans parmi les détenus. Nous étions si nombreux que nous ne pouvions même pas étendre les jambes. » Hengaw a également appris qu’immédiatement après leur arrestation, les détenus étaient fouillés afin de vérifier s’ils possédaient un téléphone portable. Si aucun téléphone n’était trouvé, ils étaient souvent transférés rapidement devant les tribunaux révolutionnaires. Ceux trouvés en possession d’un téléphone, notamment si des images de manifestations étaient découvertes, étaient détenus dans des centres de détention officiels et non officiels et soumis à de graves tortures pour leur extorquer des aveux. Tous les détenus interrogés par l’organisation ont finalement été libérés après des jours ou des semaines de torture, moyennant le versement d’une caution élevée. Certains sont actuellement en attente de leur procès. Plusieurs ont déclaré que leurs téléphones portables avaient été confisqués par les services de sécurité et ne leur avaient jamais été restitués. Un autre détenu, un homme de 22 ans, a déclaré à Hengaw : « J’ai été détenu dans une maison d’habitation. Je ne sais pas qui étaient mes interrogateurs. J’ai été battu et menacé, mais les pires sévices sont venus d’une interrogatrice. Elle m’a forcé à lui baiser les pieds, m’a humilié à plusieurs reprises et m’a menacé d’agression sexuelle. » Plusieurs détenus ont déclaré qu’avant de témoigner de leur expérience, ils avaient envisagé de mettre fin à leurs jours. Hengaw alerte sur le recours fréquent aux violences sexuelles lors de cette vague d’arrestations et juge critique l’état psychologique des détenus. L’organisation appelle d’urgence la société civile iranienne et la communauté internationale à garantir un accès immédiat et sécurisé à un soutien psychologique indépendant pour les détenus. D’après les conclusions de Hengaw, les autorités iraniennes ont procédé à des arrestations massives et ont eu recours à des méthodes extrajudiciaires, notamment des pratiques qui contournent même le cadre judiciaire de l’État, tout en utilisant largement la torture dans des centres de détention dont certains demeurent inconnus. Les interrogateurs et les agents de sécurité impliqués semblent agir en toute impunité. D’après les données vérifiées du Centre de statistiques et de documentation de l’organisation, plus de 40 000 personnes ont été arrêtées à travers l’Iran depuis le début des récentes manifestations. Hengaw a confirmé l’identité de 2 500 détenus, dont 186 femmes et 218 enfants de moins de 18 ans. L’organisation a également vérifié l’identité de 1 270 personnes tuées lors des manifestations, dont 125 femmes et 93 enfants. Hengaw lance un avertissement alarmant concernant le manque de transparence du système judiciaire iranien quant au nombre, à l’identité et au lieu de détention des personnes arrêtées ; le recours systématique à la torture physique, psychologique et sexuelle, principalement contre de jeunes manifestants ; et les pressions exercées sur les familles pour les contraindre au silence. L’organisation exhorte les familles et les proches des personnes détenues à signaler les arrestations aux organisations de défense des droits humains afin de contribuer à prévenir de nouveaux abus. (Hengaw) 

TURQUIE. La pauvreté extrême touche de nombreuses femmes de Diyarbakir

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TURQUIE / KURDISTAN – Une récente étude menée auprès de 3 000 femmes souligne que dans la province kurde de Diyarbakir (Amed), les femmes sont confrontées à une extrême pauvreté, au manque d’accès aux soins de santé et à la nourriture. Les femmes divorcées et migrantes sont particulièrement touchées. Les autorités locales prévoient de nouveaux programmes. La nouvelle étude de terrain « La pauvreté au féminin : une cartographie des inégalités à Diyarbakır », menée par l’Union des gouvernements locaux du Sud-Est de l’Anatolie (GABB) et plusieurs municipalités, dresse un tableau alarmant de la réalité vécue par les femmes dans la métropole kurde du Nord d’Amed (Diyarbakır en turc). Entre janvier 2024 et décembre 2025, une équipe de recherche a étudié la situation sociale, économique et sanitaire des femmes dans les districts de Rezan (Bağlar), Sûr et Payas (Kayapınar). 2 975 femmes ont participé à des entretiens standardisés et 29 à des entretiens individuels approfondis. Les femmes sont confrontées à un risque de pauvreté nettement plus élevé. Les résultats montrent que la pauvreté des femmes à Amed ne se limite plus à la pauvreté : dans de nombreux cas, elle atteint le niveau de la faim. Les données nationales mettent déjà en évidence un déséquilibre entre les sexes : selon l’Institut turc de la statistique (TÜİK), en 2024, environ 31,5 % des femmes en Turquie étaient menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale, soit nettement plus que les hommes (27,1 %). Au Kurdistan, ces disparités sont encore plus marquées. Le faible taux d’emploi, la rareté des opportunités professionnelles et un marché du travail traditionnellement masculin s’accompagnent d’une absence de protection sociale. À Amed, le taux d’emploi féminin, déjà faible au niveau national (environ 30 %), n’atteint que 20 %. La plupart des emplois sont réservés aux hommes ; le taux d’emploi masculin est environ trois fois supérieur à celui des femmes. Selon l’agence nationale pour l’emploi IŞKUR, 44 % des chômeurs inscrits sont des femmes. L’étude examine de manière exhaustive les dimensions de la pauvreté Le rapport analyse concrètement comment les femmes vivent la pauvreté, notamment en lien avec leurs revenus et les finances du ménage, les tâches ménagères et de soins non rémunérées, le chômage et les perspectives d’emploi, l’accès au logement, à l’alimentation et aux soins de santé, ainsi que l’endettement et la dépendance aux aides sociales. Un constat majeur : une grande partie des femmes interrogées ne disposent d’aucun revenu propre. Nombre d’entre elles survivent uniquement grâce à des aides sociales irrégulières ou au soutien de leur famille. «Certains jours, les femmes ne mangent absolument rien.» Semiha Arı, chercheuse indépendante et co-auteure du rapport, décrit la situation avec force : « Ce tableau ne s’explique plus par la pauvreté, mais par la faim. » À Rezan et Sûr, 90 % des femmes sont sans emploi, et à Payas, ce chiffre atteint 75 %. Sans revenus propres, elles dépendent entièrement de leurs maris ou de leurs pères, et ces « dons » sont généralement destinés à alimenter le budget familial, et non à constituer leur propre revenu. Parallèlement, les prix et l’inflation continuent d’augmenter, tandis que la protection sociale fait défaut. Arı rapporte : « Certaines femmes ont déclaré ne rien manger certains jours. La malnutrition est extrêmement répandue. » Nombre d’entre elles indiquent consacrer la quasi-totalité de leurs dépenses aux enfants et au ménage, ne gardant presque rien pour elles-mêmes. Endettement, logements insalubres, manque d’accès aux soins de santé Les entretiens révèlent des conditions de vie particulièrement dramatiques dans les quartier de à Sûr et de Rezan : • De nombreux ménages vivent dans des logements humides et insalubres. • Le loyer ne peut être payé que si la nourriture est coupée, • Les femmes doivent s’endetter pour acheter des médicaments ou même des en-cas pour leurs enfants. • La moitié des ménages interrogés sont endettés. • Les femmes sans sécurité sociale ne peuvent pas aller chez le médecin, même si elles souffrent de maladies chroniques. Un exemple tiré de l’étude : « Certaines femmes ont contracté des prêts pour de petites choses destinées à leur enfant, même pour un simple bonbon. » Particulièrement touchées : les femmes divorcées et les femmes migrantes L’analyse identifie deux groupes extrêmement touchés par la pauvreté : Femmes divorcées ou séparées • perdent souvent l’accès à l’aide sociale tant que le divorce n’est pas finalisé, • assument seules l’entière responsabilité de plusieurs enfants, • sont « punies » par un manque de soutien de l’État. femmes réfugiées, notamment originaires de Syrie • cumulent souvent deux emplois ou plus, • vont même jusqu’à se priver de nourriture pour nourrir leurs enfants, • connaissent la forme la plus intense de pauvreté au travail. Arı décrit une mère syrienne qui cumule deux emplois : « Elle a dit : ‘Du moment que mes enfants mangent suffisement, peu importe si je ne mange pas.’ » Le manque de solutions de garde d’enfants entraîne le chômage. Faute de structures d’accueil municipales adéquates, de nombreuses femmes ayant de jeunes enfants ne peuvent pas travailler, même si elles le souhaitent. D’autres tentent de gagner un revenu minimal en faisant des emplois de ménage ou comme travailleuses saisonnières, dans des conditions extrêmement difficiles. Dimension politique : Destruction des structures féminines, démantèlement des services sociaux Necla Gürsoy, représentante de GABB pour les politiques relatives aux femmes et à la famille, contextualise les conclusions : « Il ne s’agit pas simplement d’une étude sociale. C’est une nécessité politique. » Durant la période de la mise sous tutelle des municipalités kurdes, de nombreuses institutions sociales et de défense des droits des femmes ont été fermées ou rendues inopérantes. De ce fait, les femmes bénéficient aujourd’hui de moins de protection, d’un espace social réduit et d’un accès limité aux aides. Mme Gürsoy souligne : « L’aide est un droit, pas une charité. » Elle critique le fait que les programmes d’aide existants se contentent de gérer la pauvreté au lieu de l’éradiquer. Comment les municipalités prévoient de réagir Le rapport identifie des besoins structurels spécifiques des femmes, notamment : • Opportunités d’emploi et de revenus, • Installations de formation professionnelle et de production, • Accès au marché pour les produits fabriqués par des femmes, • mobilité abordable ou gratuite (par exemple JinKart), • soutien juridique, • des espaces sociaux et culturels tels qu’EkoJin, • Coopératives féminines, projets agricoles, projets laitiers. Gürsoy annonce : « Ces données permettent désormais aux municipalités de réorienter leurs priorités et leurs budgets. » L’objectif : réduire systématiquement, et non seulement atténuer, la pauvreté chez les femmes. (ANF)

BRUXELLES. Manifestation contre le régime sanguinaire d’Iran

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BRUXELLES – Hier, des milliers de personnes ont manifesté à Bruxelles contre la répression, la violence et les exécutions. Une large alliance englobant les Kurdes d’Iran exige une position claire de l’UE et soutient les mouvements démocratiques au Rojhilat (Kurdistan de l’Est) et en Iran. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi à Bruxelles, la capitale belge, contre le régime de la République islamique d’Iran. La manifestation était organisée par des groupes kurdes et iraniens réunis au sein de la « Coalition pour un système républicain et démocratique en Iran ». La manifestation a débuté place Porte de Namur, où se sont rassemblés des participants venus de Belgique, d’Allemagne, des Pays-Bas et d’autres pays européens. De là, le cortège s’est dirigé vers la place Luxembourg, devant le Parlement européen. Le rassemblement a commencé par une minute de silence en hommage aux victimes iraniennes et kurdes orientales. Large spectre politique et messages partagés Des représentants de nombreuses organisations, dont le PJAK, le PKD-I, Komala, Xebat et HANA, ont pris la parole. Dans leurs discours, ils ont fermement condamné les violences perpétrées contre les manifestants et la pratique cruelle des exécutions. Ils ont également souligné que, pour la première fois depuis longtemps, la population kurde du Rojhilat luttait unie contre le régime iranien. Cette nouvelle forme de coopération doit être renforcée et aboutir à une coordination durable. Probablement des dizaines de milliers de morts Des manifestations de masse ont éclaté en Iran aux alentours du Nouvel An et ont été violemment réprimées. Les organisations de défense des droits humains estiment que de nombreuses personnes ont été tuées. Le réseau américain de défense des droits humains HRANA a recensé 7 010 décès à ce jour. Plus de 17 000 autres décès présumés font encore l’objet d’enquêtes. Les experts estiment que le bilan réel des victimes des manifestations du Nouvel An est bien plus lourd. Le magazine Time a rapporté le 25 janvier que jusqu’à 30 000 personnes auraient pu être tuées en seulement deux jours. Les manifestations ont débuté le 28 décembre en réaction à l’effondrement de la monnaie nationale, le rial. Elles se sont rapidement propagées à travers le pays et ont de plus en plus ciblé la théocratie iranienne. (ANF) 

Le Rojava a besoin d’une unité totale des rangs kurdes

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SYRIE / ROJAVA – La population du Rojava souligne que la phase actuelle exige une unité kurde totale et appelle à la tenue urgente d’un congrès national afin de rassembler les rangs et de renforcer la position politique. Elle insiste sur le fait que l’unité, tant dans les paroles que dans les actes, est l’arme la plus puissante pour protéger le peuple et ses droits.

À une époque délicate pour le Rojava et les quatre régions du Kurdistan, et face à l’escalade des menaces et des risques visant le peuple kurde, les voix des mères et des citoyens s’élèvent comme un message clair au monde entier : l’unité et la résistance kurdes sont la voie de la survie.

Dans ce contexte, les mères des martyrs et les habitants de Hassaké ont exprimé leur soutien indéfectible aux forces kurdes et leur attachement à leur terre, appelant les partis politiques kurdes à assumer leurs responsabilités historiques. Ils ont affirmé que ce qui se déroule aujourd’hui est une lutte pour la survie et la dignité.

« Nous protégerons le Rojava jusqu’à notre dernier souffle. »

Haifa Mohammed, du quartier de Tel Hajar, a déclaré : « Les mères des martyrs resteront fermes jusqu’à ce que la liberté soit acquise », affirmant leur soutien total à leurs forces, notamment les Unités de protection du peuple (YPG) et les Unités de protection des femmes (YPJ), jusqu’à leur dernier souffle.

Elle a ajouté : « Soutenir les partis politiques et les forces de défense est un devoir national. Le Rojava n’est pas seul ; il est soutenu par la volonté d’un peuple qui a consenti ses plus précieux sacrifices pour cette terre. »

Haifa Mohammed a souligné que la parole et la résistance ne font qu’un, que le peuple est fort et ne craindra rien. Elle a rappelé que chaque parcelle du Kurdistan a été arrosée du sang des martyrs et qu’aucune faction ni force ne sera autorisée à pénétrer au Rojava.

Elle a souligné que les mères des martyrs et le peuple protégeront cette terre jusqu’à leur dernier souffle, appelant chacun à soutenir le peuple et ses forces et exhortant les partis politiques à manifester leur présence à ce stade décisif, car ces forces défendent non seulement une partie, mais l’ensemble du Kurdistan.

Un passé douloureux et une volonté inébranlable

Pour sa part, Joza Maamo, du quartier de Salhiya, a affirmé que la force du peuple kurde réside aujourd’hui dans son unité, soulignant que les dirigeants et les partis kurdes sont solidaires de leur peuple et ne céderont pas à leurs ennemis.

Elle a expliqué que la longue histoire des Kurdes est marquée par l’injustice et les massacres, et que le cœur des Kurdes porte en lui une flamme de résistance qui ne s’éteindra jamais. Elle s’est interrogée sur l’hostilité persistante envers un peuple qui n’a jamais réclamé que liberté et justice.

Elle a ajouté : « Le monde doit connaître la vérité sur l’histoire kurde. Le peuple kurde n’est plus ce qu’il était, après avoir payé un lourd tribut en sang. » Elle a appelé les Kurdes à s’unir contre quiconque cherche à les opprimer, soulignant que l’unité acquise leur a permis de résister à leurs ennemis.

Joza Maamo a appelé les partis kurdes à prendre des mesures concrètes pour revendiquer les droits du peuple kurde et à adopter une position unifiée à l’égard des États étrangers. Elle a réaffirmé son rejet de la guerre, des effusions de sang et des déplacements forcés que subissent les Kurdes année après année.

Cheikh Maqsoud, Halabja et Amuda : les blessures ne sont pas oubliées

Joza Maamo a également évoqué les événements de Sheikh Maqsoud, les qualifiant de massacres contre des civils, et a affirmé que la résistance des combattants sur place resterait un symbole de dignité et que le sang des martyrs ne serait pas versé en vain.

Elle a évoqué les massacres subis par le peuple kurde, tels que ceux du cinéma Amuda et d’Halabja, entre autres, dans les quatre régions du Kurdistan, soulignant que les revendications kurdes ont toujours été et restent la paix, la liberté et la stabilité.

En conclusion, Joza Maamo a déclaré que la résistance actuelle est une résistance pour la survie, à l’image des montagnes inébranlables du Kurdistan qui, depuis des siècles, résistent aux ennemis. Elle a appelé à renforcer l’unité kurde à travers le monde afin que les Kurdes puissent s’unir contre l’injustice.

« Nous appelons à un Congrès national kurde »

Pour sa part, Mohammed Badran, du quartier de Mufti, a déclaré qu’ils se tenaient aujourd’hui à l’avant-garde pour exiger l’unité kurde, affirmant que le peuple voulait être uni durant cette phase critique.

Mohammed Badran a appelé les partis politiques kurdes à prendre au sérieux les demandes d’unité et à convoquer un congrès national kurde, soulignant qu’écouter la voix du peuple suffit à surmonter toutes les divergences.

Il a conclu en déclarant que le monde avait abandonné les Kurdes à maintes reprises, mais que le peuple avait toujours soutenu ses forces armées dans les quatre régions du Kurdistan. Il a appelé ces forces à se renforcer et à gagner en autonomie, car elles constituent la première ligne de défense du peuple kurde et de sa survie même. (ANHA) 

ROJAVA. Un autre enfant est mort à cause du siège imposé à Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Un garçon malade de 12 ans est décédé à Kobanê à cause du siège imposé à la ville kurde par Damas et qui a empêché sa famille de l’emmener voir son médecin à l’hôpital d’Alep pour recevoir son traitement. L’enfant, Dildar Rezan Hasso (12 ans), est décédé hier, samedi, des suites de la détérioration de son état de santé, due à son infection par la maladie d’immunodéficience, après qu’il ait été impossible de le transférer à son médecin spécialiste à l’hôpital d’Alep dans la ville d’Alep, en raison du siège imposé à Kobanê par les factions du gouvernement intérimaire. D’après sa famille, le médecin qui le suivait à Alep avait confirmé que le traitement nécessaire était disponible, à condition qu’il continue à le recevoir à l’hôpital. Cependant, les routes coupées ont empêché sa famille de le transférer à Alep pour qu’il puisse terminer son traitement, ce qui a entraîné une aggravation de son état et son décès. Depuis le 20 janvier, les factions du gouvernement intérimaire syrien imposent un siège suffocant à la ville de Kobani, qui se poursuit encore aujourd’hui, malgré un accord entre les Forces démocratiques syriennes et le gouvernement intérimaire, et plusieurs rencontres entre l’administration de Kobani et le gouverneur d’Alep. (ANHA)