Au Kurdistan irakien, la stabilité passe par des institutions solides

0
Les Kurdes ont appris que les grandes puissances arrivent et repartent. Leur meilleur gilet pare-balles ne sera ni américain, ni turc, ni iranien. Il résidera dans la solidité de leurs institutions et leur capacité à préserver leur unité, écrit Ihsan Kurt, spécialiste de la Turquie et de la question kurde.

J’étais venu au Kurdistan irakien comme journaliste en 2002, puis en 2003, lors de la chute de Saddam Hussein. Y revenir vingt-trois ans plus tard, c’est presque découvrir un autre pays. Duhok et Erbil, Hewlêr en kurde, se sont métamorphosées. Immeubles, hôtels cinq étoiles, centres commerciaux et universités surgissent partout. Les marques européennes côtoient les produits locaux, parfois à des prix comparables à ceux d’Europe. La voiture règne. Les transports publics restent insuffisants, les taxis omniprésents et les imposants 4×4 sont devenus des signes de prospérité, parfois de pouvoir. Contraste saisissant : des téléphériques touristiques sont construits dans les montagnes, tandis que les villes attendent des transports collectifs adaptés à leur croissance.

Un sentiment de sécurité

Le Kurdistan cherche à attirer les capitaux et à projeter l’image d’une région ouverte et sûre. Erbil évoque parfois un émirat du Golfe, mais avec une profondeur sociale et historique singulière. J’y vois une « politique du gilet pare-balles » : plus les entreprises étrangères investiront, plus nombreux seront ceux qui auront intérêt à sa stabilité. Car cette prospérité demeure vulnérable.

Le pétrole l’illustre. En 2002, le litre d’essence coûtait environ 20 cents américains. Après la chute du régime, son prix avait presque doublé. Aujourd’hui, dans un Irak aux immenses réserves pétrolières, le carburant a fortement renchéri et des files de plusieurs kilomètres se forment devant certaines stations. Dans le même temps, sous l’effet de la crise régionale, le litre a dépassé 2,30 francs en Suisse. Le paradoxe est saisissant.

Le sentiment dominant reste néanmoins celui de la sécurité. Dans un Moyen-Orient secoué par les guerres, la Région autonome constitue un havre relatif de paix. Cette tranquillité a son revers : les postes de contrôle jalonnent les routes. Gilet pare-balles sur le dos et fusil à la main, les agents rencontrés m’ont toutefois paru bien formés et professionnels.

Le retrait des forces américaines risque de déstabiliser l’Irak

Les menaces sont multiples : groupes islamistes radicaux, milices chiites proches de Téhéran, présence du PKK et opérations militaires turques dans le nord de l’Irak. S’y ajoutent les répercussions de la confrontation entre l’Iran et les États-Unis. Erbil et Souleimaniyeh ont été visées par des drones et des missiles. Les autorités restent prudentes quant à leurs auteurs, tandis que les soupçons se portent sur des groupes armés soutenus par Téhéran.

Pris entre l’Iran et la Turquie, tout en entretenant des relations privilégiées avec l’Occident, le Kurdistan ne peut devenir le terrain où les puissances règlent leurs comptes. Lors d’une récente visite à Ankara, le ministre iranien de l’Intérieur, Eskandar Momeni, appelait la Turquie, l’Irak et la Syrie à trouver une « solution finale » contre les groupes armés kurdes, considérés comme une menace pour leur sécurité. Une telle formule ne peut qu’inquiéter un peuple marqué par les persécutions.

Washington considère aujourd’hui qu’une présence militaire n’est plus nécessaire, même si Daech reste actif. Le retrait des forces américaines risque de déstabiliser l’Irak, notamment le Kurdistan, face aux groupes djihadistes, mais aussi aux drones et aux milices proches de l’Iran.

Renforcer l’État de droit et les contre-pouvoirs

Face à ce danger, les peshmergas, historiquement liés aux principaux partis, viennent d’annoncer leur unification. Leur intégration sous une autorité commune marquerait le passage de forces partisanes à une véritable armée régionale.

Le Kurdistan possède pourtant des atouts. Ses universités forment une nouvelle génération. Ses musées, d’Amna Suraka, ancienne prison du régime à Souleimaniyeh, aux établissements consacrés au patrimoine kurde à Erbil et Duhok, entretiennent la mémoire d’un peuple qui sait ce que signifie perdre sa liberté. Les minorités ethniques et religieuses bénéficient d’une représentation politique et d’un enseignement de leurs langues et cultures. Les femmes sont visibles dans l’administration, la culture, la politique et l’espace public.

La génération des montagnes devait conquérir et défendre l’autonomie. Celle d’aujourd’hui doit accomplir une tâche moins héroïque en apparence, mais tout aussi décisive : renforcer l’État de droit et les contre-pouvoirs, organiser les élections régionales, reunifier les institutions et réduire la dépendance envers le pétrole et les voisins menaçants.

Les Kurdes ont appris que les grandes puissances arrivent et repartent. Leur meilleur gilet pare-balles ne sera ni américain, ni turc, ni iranien. Il résidera dans la solidité de leurs institutions et leur capacité à préserver leur unité.

Ihsan Kurt, membre de la Commission fédérale des migrations, Président d’Association pour la promotion du Fonds Kurde Ismet Chérif Vanly (Afkiv) https://www.vanly.ch Article initialement publié le 11 octobre 2026 sur le site Le Temps Avec l’autorisation aimable d’Ihsan Kurt

IRAN. 39 organisations exhortent l’ONU à stopper l’exécution de Verisheh Moradi

IRAN / ROJHILAT – Trente-neuf groupes et organisations, rejoints par des activistes politiques, des membres de la société civile et des défenseurs des droits humains, ont signé une lettre appelant à une action urgente pour empêcher l’exécution de Verisheh Moradi, prisonnière politique kurde.

L’appel est adressé à la Mission indépendante internationale d’établissement des faits de l’ONU sur l’Iran (Sara Hossain) et au Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme en Iran, Mai Sato. La liste jointe comprend 168 signatures individuelles.

Les signataires ont exprimé leur vive préoccupation face aux rapports indiquant que la condamnation à mort de Moradi avait été confirmée. Ils ont exhorté les organes des droits humains de l’ONU à intervenir pour protéger sa vie et à obtenir des autorités iraniennes une garantie formelle que la sentence ne sera pas exécutée.

Selon la lettre, Moradi, militante politique kurde et défenseure des droits des femmes, a été arrêtée en août 2023. Son affaire soulève de sérieuses préoccupations quant au respect des normes d’un procès équitable, ainsi que des allégations de torture et de mauvais traitements. Les signataires ont averti que les informations sur la confirmation de sa sentence rendaient une action immédiate encore plus urgente.

« Notre priorité immédiate et absolue est de sauver la vie de Verisheh Moradi et d’empêcher son exécution », ont écrit les signataires. Ils ont souligné qu’une exécution est irréversible et qu’aucun examen ultérieur ne pourrait la ramener.

Les signataires ont également averti que, dans des cas similaires, les familles et les avocats ont parfois reçu peu ou aucun préavis avant une exécution. Ils ont déclaré que tout délai était dangereux et ont appelé à un suivi immédiat.

Ils ont indiqué être prêts à fournir des informations supplémentaires aux organes de l’ONU. Les personnes et organisations souhaitant soutenir l’appel peuvent ajouter leurs signatures via ce formulaire en ligne :

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSeJvq7pQAABOuI0FdlAhi_3AZMvRIXHNvLDRMtS8nKLTE2ecQ/viewform

Serêkaniyê : colons arabes et soldats turcs bloquent le retour des déplacés

0

SYRIE / ROJAVA – Le retour des Kurdes déplacés de Serêkaniyê dans leurs régions d’origine continue de se heurter à des obstacles, notamment la présence persistante des forces turques dans plusieurs localités, ainsi que l’occupation continue des habitations du centre-ville par des colons arabes. Ces éléments empêchent l’achèvement de leur retour, malgré l’envoi de cinq convois.

Malgré l’envoi de cinq convois depuis août dernier pour rapatrier les familles déplacées de force de Serêkaniyê et de sa campagne, le retour des habitants — principalement des Kurdes — se heurte toujours à des difficultés sur le terrain et à des problèmes de sécurité qui varient selon les villages et le centre-ville. Si certaines familles ont réussi à rejoindre leurs foyers, d’autres restent dans l’impossibilité d’y accéder. Cette situation soulève des questions quant aux raisons de ces déplacements persistants et aux moyens d’y mettre fin, notamment avec l’arrivée de l’hiver et la dégradation des conditions de vie dans les camps et les centres d’accueil.

Cinq convois pour ramener les personnes déplacées dans leurs régions d’origine

Le premier convoi transportant des personnes déplacées de Serêkaniyê est parti le 10 août 2026, dans le cadre des efforts déployés pour permettre aux familles de regagner leurs régions d’origine après des années de déplacement. Il a été suivi par un deuxième convoi le 8 septembre, un troisième le 5 octobre et un quatrième le 8 octobre.

Le 13 octobre, le cinquième convoi est parti du camp de Serêkaniyê « Al-Tala’i » à Hassaké. Il transportait 385 familles se dirigeant vers les campagnes de Serêkaniyê, Tel Tamer et Zirgan, dans le cadre des efforts continus visant à ramener les personnes déplacées dans leurs villages et régions d’origine.

Malgré la poursuite des convois, toutes les familles n’ont pas pu rejoindre leur destination. Celles qui rentraient chez elles se sont heurtées à des obstacles sur le terrain qui les ont empêchées d’accéder à certains villages, en raison du déploiement continu des forces turques et de la fermeture des routes y menant. De ce fait, de nombreux habitants sont restés éloignés de leurs foyers et de leurs biens, malgré leur participation aux convois de retour, dans l’espoir de mettre fin à des années de déplacement.

Des villages toujours occupés par les forces turques

Les positions militaires turques disséminées dans plusieurs villages de la région constituent l’un des obstacles les plus importants au retour des personnes déplacées. Les habitants de certains villages restent dans l’incapacité d’accéder à leurs maisons et à leurs terres en raison de la présence continue des forces turques.

D’après les informations recueillies par l’agence ANHA auprès de Mahmoud Jamil, porte-parole officiel du Comité des personnes déplacées de Serêkaniyê, l’armée turque est toujours stationnée dans les villages d’Al-Arisha, Dawoudiya Mala Salman, Al-Manakh et Al-Aziziya, situés dans la campagne de Til Temir, ainsi qu’à Bab al-Faraj. Une position militaire est également présente près du village d’Al-Safah.

Ces positions empêchent les habitants de regagner plusieurs de leurs villages. Leur retour demeure impossible tant que les forces turques ne se seront pas retirées de ces zones et que les habitants n’auront pas pu rejoindre leurs foyers et leurs biens en toute sécurité.

L’impact de cette présence militaire ne se limite pas au retardement du retour des résidents ; il s’étend également à la privation continue de leurs propriétés, de leurs terres agricoles et de leurs moyens de subsistance, ainsi qu’à la difficulté de reprendre une vie normale en raison des restrictions d’accès à leurs zones.

Le 8 octobre, les familles qui rentraient avec le quatrième convoi ont rencontré des difficultés pour atteindre plusieurs villages via la route Tel Tamer–Zirgan, après que la route ait été fermée dans les zones d’Al-Manakh, Al-Faysaliya, Al-Darbu, Al-Kanihir, Al-Saeed et Al-Hajjaj, empêchant certaines familles de terminer leur retour vers leurs destinations.

Les habitants déplacés du centre-ville attendent la récupération de leurs logements

Alors que des familles continuent de retourner dans plusieurs villages, le retour des résidents déplacés du centre-ville de Serêkaniyê se heurte toujours à différents obstacles, notamment la présence continue de ceux qui ont occupé les maisons des résidents déplacés, ainsi que des problèmes de sécurité liés à la présence militaire turque.

Selon les informations fournies à l’agence ANHA par Mahmoud Jamil, porte-parole du Comité des personnes déplacées de Serêkaniyê, ceux qui ont occupé les logements des résidents déplacés y vivent toujours, tandis que le gouvernement n’exerce pas de pression suffisante pour les faire libérer et permettre à leurs propriétaires de rentrer chez eux.

Mahmoud Jamil a souligné que la concentration de la plus grande population kurde dans le centre-ville rend le retour des Kurdes déplacés particulièrement délicat, et qu’il existe des considérations liées au retard de leur retour.

Jusqu’à présent, les habitants déplacés du centre-ville n’ont pas pu rentrer chez eux, malgré l’envoi de cinq convois à ce jour.

Malgré ces obstacles, Jamil s’est montré optimiste quant à la résolution du problème des personnes déplacées et à la possibilité pour les habitants de regagner leurs villes et villages en toute sécurité et dans la dignité. Il a expliqué que le Comité des personnes déplacées de Serêkaniyê avait demandé à l’équipe présidentielle d’informer Damas de la nécessité de faire pression sur l’État turc pour qu’il se retire au plus vite de la ville et de ses villages.

Il a également noté que la présence militaire turque continue de constituer un problème de sécurité pour les personnes déplacées et un obstacle à leur retour et à la stability dans leurs régions d’origine.

Ces informations révèlent des différences dans les obstacles rencontrés par les personnes déplacées. Dans les zones rurales, le maintien des forces turques dans plusieurs villages empêche les habitants de rentrer chez eux, tandis que le retour des personnes déplacées du centre-ville est lié, outre les problèmes de sécurité, à l’occupation continue de leurs logements et à l’impossibilité pour elles de les récupérer.

Appel à accélérer le retour avant l’arrivée de l’hiver

À l’approche de l’hiver, la nécessité d’accélérer les efforts pour lever les obstacles empêchant le retour des personnes déplacées se fait de plus en plus pressante, compte tenu des conditions de vie difficiles auxquelles sont confrontées les familles dans les camps et les centres d’hébergement, ainsi que des problèmes de logement, de chauffage et d’accès aux produits de première nécessité.

Dans ce contexte, Mahmoud Jamil a appelé les Nations Unies, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, l’équipe présidentielle et les forces de sécurité intérieure à accélérer autant que possible le retour des résidents dans leurs régions d’origine. Il a souligné l’importance de mettre fin aux souffrances des personnes déplacées et de leur permettre de rentrer chez elles au plus vite.

Pour résoudre ce problème, il est nécessaire de lever les obstacles militaires qui empêchent les habitants d’accéder à leurs villages, de sécuriser les routes et les zones résidentielles et de vérifier qu’elles sont exemptes de mines antipersonnel et de vestiges de guerre. Il faut également œuvrer à l’évacuation des logements des personnes déplacées du centre-ville et veiller à ce qu’elles puissent les récupérer.

La poursuite des convois de retour constitue un pas vers la fin des déplacements, mais elle ne suffit pas à elle seule à garantir le retour et la stabilité de toutes les familles. Entre les personnes déplacées qui ont réussi à rejoindre leurs villages, celles qui ne peuvent toujours pas y accéder et les familles qui attendent la restitution de leurs maisons dans le centre-ville de Serêkaniyê, la levée des obstacles militaires et sécuritaires et le règlement des questions liées à la propriété demeurent des conditions essentielles pour mettre fin aux souffrances des personnes déplacées et assurer leur retour volontaire, sûr et digne dans leurs régions d’origine.

Le commandant adjoint de la sécurité intérieure du gouvernorat de Hassaké, Mahmoud Khalil, a officiellement déclaré que mercredi prochain, 642 familles déplacées résidant dans le camp de Washokani retourneraient dans la campagne de Serêkaniyê, Tel Tamer et Zirgan.

À Kobani, des Kurdes déplacés réclament leur retour chez eux à l’approche de l’hiver

0

SYRIE / ROJAVA – Les familles kurdes déplacées hébergées dans le musée municipal de Kobanê réclament un retour en toute sécurité dans leurs régions d’origine. Leurs conditions de vie se détériorent à l’approche de l’hiver, dans un contexte de pénurie de carburant, de couvertures et de matériel de chauffage.

Les familles déplacées hébergées dans le musée municipal de Kobanê font face à des conditions de vie difficiles à l’approche de l’hiver. Elles réclament un retour en toute sécurité dans leurs régions d’origine et la fin de leur déplacement. Leurs difficultés sont aggravées par les pénuries de moyens de chauffage.

Soixante-quinze familles déplacées originaires de Serêkaniyê, de Raqqa, d’Ain Issa et de Girê Spî sont hébergées au musée. Plusieurs résidents ont confié à l’agence ANHA leurs difficultés à subvenir à leurs besoins essentiels, soulignant que le rétablissement de la sécurité et de la stabilité dans leurs régions d’origine est indispensable à leur retour.

Khadija Sheikh Ahmed, déplacée d’Ain Issa, a déclaré que l’arrivée de l’hiver avait aggravé leurs difficultés. Elle a souligné que les Kurdes avaient donné d’innombrables martyrs lors des conflits armés et qu’il ne leur restait plus de jeunes à cause de la guerre. Elle a souhaité l’obtention des droits des Kurdes dans les quatre parties du Kurdistan et a ajouté : « Les produits de première nécessité, comme le combustible, les couvertures et les appareils de chauffage, sont soit indisponibles, soit en quantité très limitée. »

Mustafa Bozan, déplacé de Serêkaniyê (Ras al-Ain), a appelé à ce que des mesures soient prises pour assurer le retour des personnes déplacées, notant qu’il avait été déplacé à plusieurs reprises. Il a rappelé que les Kurdes avaient été massivement déplacés de leurs foyers et que certains de ceux qui étaient retournés chez eux avaient été tués par des colons. Il a demandé le retour en sécurité de tous les déplacés sur leurs terres.

Bozan a déclaré : « Un accord a été signé entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition le 29 janvier 2026, et l’une de ses dispositions concernait le retour des personnes déplacées. Cependant, le gouvernement de Damas reste silencieux face à leur sort et n’a pris aucune mesure à ce jour. »

Il a également exprimé sa frustration face au silence de la communauté internationale concernant les souffrances des Kurdes déplacés. Il a ajouté : « Assez de déplacements ! Nous ne voulons pas passer notre vie entière déplacés. Notre seule revendication est de rentrer chez nous sains et saufs. »

Amina Abdul Karim Ahmed, déplacée de Raqqa à Kobanê en janvier dernier, a décrit les difficultés rencontrées pour subvenir aux besoins de sa famille pendant son séjour au musée. Elle a déclaré : « Notre situation familiale est extrêmement difficile. Mes enfants sont jeunes et nous manquons de produits de première nécessité. »

Environ 6 636 personnes déplacées vivent actuellement à Kobanê, dont 3 086 de Serêkaniyê, Girê Spî et Manbij, et 3 550 de Raqqa et Tabqa.

Appel à films pour la 6e édition du Festival des Films Kurdes de Paris

0

PARIS – Le Festival des Films Kurdes de Paris (FFKP) ouvre officiellement l’appel à films pour sa 6e édition, qui se tiendra en avril 2027 à Paris. Les organisateurs recherchent des longs métrages de fiction, des documentaires et des courts métrages kurdes ou consacrés aux réalités kurdes.

Dates clés

  • Ouverture des inscriptions : octobre 2026

  • Date limite d’inscription : 15 février 2027 à minuit (heure de Paris)

  • Annonce de la sélection : mi-mars 2027

  • Envoi des copies : 25 mars 2027

  • Festival : avril 2027 à Paris (dates et lieu précisés prochainement)

Ce que le festival recherche

Depuis cinq éditions, le FFKP défend un cinéma kurde libre, exigeant et pluriel. Il privilégie les œuvres qui interrogent, qui doutent, qui refusent les récits figés et qui font entendre la diversité des expériences kurdes contemporaines.

Sont accueillis :

  • les films de cinéastes kurdes des quatre parties du Kurdistan et de la diaspora ;

  • les films de cinéastes de toutes origines portant sur des réalités kurdes.

Toutes les langues sont les bienvenues (kurmancî, soranî, zazakî, hewramî, etc.). Une attention particulière est portée aux premiers et deuxièmes films ainsi qu’aux œuvres encore inédites en France.

Trois catégories de sélection officielle

L’édition 2027 ne comporte pas de compétition. Les films retenus constituent la sélection officielle.

Catégorie Durée Type d’œuvres acceptées
I. Long métrage de fiction

Plus de 40 min

Fiction, animation ou film hybride

II. Long métrage documentaire

Plus de 40 min

Documentaire de création (pas de reportages TV)

III. Court métrage

30 min maximum

Fiction, documentaire, animation ou expérimental

Conditions d’inscription

Films admis :

  • réalisés par un·e cinéaste kurde, ou par un·e cinéaste de toute origine sur un sujet kurde ;

  • terminés après le 1er janvier 2025 ;

  • dans n’importe quelle langue, avec sous-titres anglais ou français pour le visionnage ;

  • jamais projetés lors d’une édition précédente du FFKP ;

  • les films de fin d’études sont acceptés dans la catégorie correspondant à leur durée.

Documents et éléments requis :

  • un lien de visionnage privé (Vimeo, YouTube non répertorié, Google Drive…) avec mot de passe, valable jusqu’au 30 avril 2027 ;

  • un synopsis court en français ou en anglais ;

  • la fiche technique (durée, année, pays, langues) ;

  • les coordonnées de la personne qui inscrit le film.

Ne sont pas acceptés : les reportages télévisés, les films publicitaires, institutionnels ou promotionnels.

Les inscriptions se font en ligne sur le site du festival. Le règlement complet est également disponible.

Le Festival des Films Kurdes de Paris confirme ainsi son rôle de vitrine essentielle pour un cinéma kurde contemporain, engagé et multiple.

 

Les menaces et les exécutions n’empêcheront pas les femmes kurdes de lutter pour la liberté

0

IRAN / ROJHILAT – La Commission des Femmes du Congrès national du Kurdistan (KNK) a publié une déclaration ferme dans laquelle elle dénonce la nouvelle condamnation à mort prononcée contre la prisonnière politique kurde Verisheh Moradi (aussi orthographiée Varisheh ou Wirishe) et appelle à la fin immédiate des exécutions ainsi qu’à la libération de toutes les prisonnières et prisonniers politiques en Iran.

Dans son texte, la commission dénonce les menaces et attaques croissantes contre le peuple kurde, la hausse des exécutions de jeunes et d’opposants politiques, ainsi que la répression systématique des femmes. Elle estime que la reconduction de la peine capitale contre Moradi et le traitement punitif infligé à Zeynab Jalalian s’inscrivent dans une politique délibérée d’intimidation visant spécifiquement les femmes kurdes.

« Les autorités iraniennes craignent la capacité des femmes à organiser les communautés et à mobiliser les populations, comme cela a été observé lors de l’insurrection “Femme, Vie, Liberté” », souligne la déclaration.

Qui est Verisheh Moradi ?

Âgée de 41 ans, originaire de Sanandaj (Sînê), Verisheh Moradi est une militante des droits des femmes et membre de la Société des femmes libres du Kurdistan oriental (KJAR). Arrêtée le 1er août 2023 par les services de renseignement, elle a d’abord été condamnée à mort en novembre 2024 par la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, présidée par le juge Abolghassem Salavati, pour « appartenance à un groupe rebelle armé » (baghy).

Cette première condamnation avait été annulée en décembre 2025 par la Cour suprême iranienne en raison de « déficiences dans l’enquête et de non-respect des procédures légales ». Pourtant, le 14 octobre 2026, le même tribunal, sous le même juge, a de nouveau prononcé la peine de mort sans, selon ses avocats, avoir procédé aux investigations complémentaires ordonnées par la Cour suprême. Moradi avait refusé de comparaître, estimant que le tribunal n’était pas légitime. Elle est actuellement détenue à la prison d’Evin. La nouvelle décision peut faire l’objet d’un appel dans un délai de 20 jours.

Ses avocats insistent sur l’absence de preuves suffisantes et rappellent que ses activités passées étaient liées à la lutte contre Daech en Syrie, notamment à Kobané.

Appel élargi à la libération de Pakhshan Azizi et Zeynab Jalalian

La Commission des Femmes du KNK demande également la libération immédiate de Pakhshan Azizi et de Zeynab Jalalian. Cette dernière, incarcérée depuis près de 18 ans, est devenue un symbole de la résistance des femmes kurdes en Iran. Pakhshan Azizi, humanitaire et militante, fait elle aussi l’objet d’une condamnation à mort dans le contexte de la répression post-2022.

La commission met en avant le rôle historique des femmes kurdes dans la lutte contre Daech en Syrie ainsi que dans les combats menés en Turquie et en Irak. Elle affirme que « les menaces et la répression ne briseront pas leur détermination à conquérir la liberté ».

Des exigences politiques plus larges

Au-delà des cas individuels, le texte appelle :

  • à l’arrêt de toutes les exécutions ;

  • à la libération de l’ensemble des prisonniers politiques ;

  • à la création de conditions permettant une transition démocratique en Iran ;

  • à la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple kurde et des autres peuples d’Iran, présenté comme un élément essentiel de toute solution politique.

La déclaration se conclut par ces mots : « Les menaces et les exécutions ne peuvent empêcher les femmes kurdes de lutter pour la liberté. »

Cette prise de position intervient dans un contexte de forte hausse des exécutions en Iran. Selon des organisations de défense des droits humains, plus de 1 400 personnes auraient été exécutées entre octobre 2025 et octobre 2026, dont des dizaines de femmes.

La Commission des Femmes du KNK rejoint ainsi d’autres voix, notamment celles de la KJK (Communautés des femmes du Kurdistan), de KJAR et de plusieurs organisations de défense des droits humains, qui multiplient les appels à la mobilisation internationale pour sauver Verisheh Moradi et les autres prisonnières politiques.

L’Irak va-t-il chasser les opposants kurdes iraniens ?

0
IRAK / KURDISTAN – L’ambassadeur d’Iran à Bagdad, Mohammed Kazem Al-e Sadegh, a affirmé que l’Irak avait accepté d’expulser des partis d’opposition kurdes iraniens du pays ou de remettre leurs membres à Téhéran. Cette affirmation a suivi une réunion conjointe de sécurité à Bagdad, mais le communiqué irakien publié après les pourparlers ne mentionnait aucun accord de ce type.
 
Dans un message sur X le lundi 19 octobre 2026, Al-e Sadegh a déclaré que l’accord avait été conclu lors d’une réunion d’un comité de sécurité conjoint auquel participaient une délégation iranienne et le conseiller à la sécurité nationale de l’Irak. Il a qualifié les groupes kurdes de « séparatistes ». Ses remarques représentent la version iranienne de la réunion, tandis que le communiqué irakien n’a pas confirmé d’accord visant à expulser ou remettre des membres de partis.
 
La réunion était présidée par le conseiller à la sécurité nationale irakien Qasim al-Aboudi et réunissait des responsables iraniens ainsi qu’une délégation du Gouvernement régional du Kurdistan. Selon le bureau d’Aboudi, les discussions portaient sur des questions non résolues et des problèmes identifiés lors de réunions antérieures. Le communiqué soulignait la coordination entre Bagdad, Erbil et Téhéran ainsi que des mesures pratiques pour mettre en œuvre leur accord de sécurité.
 
L’affirmation de l’ambassadeur intervient après qu’Aboudi a déclaré à Rudaw, dans une interview publiée le 13 octobre, que Bagdad restait déterminé à résoudre pacifiquement la question des partis kurdes iraniens dans la région du Kurdistan. Il a indiqué que l’Irak avait construit des camps éloignés de la frontière iranienne pour les membres des partis et leurs familles et qu’il collaborait avec les Nations Unies sur des demandes d’asile pour des milliers de personnes.
 
Aboudi a également condamné les attaques contre la région du Kurdistan et a déclaré qu’il aborderait la nécessité de les arrêter lors de la réunion avec les responsables iraniens. Dans le même temps, il a insisté sur le fait que l’Irak ne permettrait pas que son territoire soit utilisé pour attaquer des pays voisins.
 
La présence de partis d’opposition kurdes iraniens dans la région du Kurdistan est au cœur de l’accord de sécurité signé par Bagdad et Téhéran en mars 2023. Selon des rapports publiés, l’Irak s’est engagé à sécuriser la frontière, à désarmer les groupes et à les éloigner des zones proches de l’Iran. En septembre de cette année-là, Bagdad a annoncé que leurs bases frontalières avaient été évacuées et que leurs membres avaient été déplacés vers des lieux désignés.
 
Le Parti démocratique du Kurdistan iranien, Komala (différentes factions) et le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) figurent parmi les partis disposant de bases dans la région du Kurdistan. Malgré les mesures annoncées dans le cadre de l’accord de sécurité, les attaques contre leurs positions se sont poursuivies.
 

IRAN. Le régime attaque la zone frontalière de Merîwan au Kurdistan oriental

0
IRAN / ROJHILAT – Ce dimanche 18 octobre 2026, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) a mené une opération militaire dans la zone frontalière kurde de Merîwan (Marivan), située dans le Kurdistan oriental (Rojhilat). Selon des informations locales et des sources proches de la région, les forces iraniennes ont utilisé des drones et des hélicoptères pendant environ 40 minutes ce matin. Des rapports plus détaillés, notamment ceux du Kurdistan Human Rights Network (KHRN), indiquent que des unités de l’IRGC sont arrivées vers 6 h 30 dans les environs du village de Goyleh (Gowileh), dans le district de Sarshiv, à bord d’un convoi militaire équipé d’artillerie et de drones. Elles ont pris position autour du village avant de frapper les zones montagneuses et boisées, en particulier les montagnes de Dasht-e Mil, avec des drones d’attaque (dont des drones suicides) et des tirs d’artillerie lourde. Cette opération s’inscrit dans un contexte d’intensification des actions militaires iraniennes dans le Rojhilat ces derniers jours. L’IRGC avait déjà ciblé récemment les montagnes de Shaho (entre Sarvabad et Paveh) ainsi que la zone de Kalatarzan avec des drones et de l’artillerie. La région de Merîwan, proche de la frontière avec le Kurdistan irakien, est connue pour l’activité de groupes kurdes d’opposition, notamment le PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan) et sa branche armée, les Unités de défense du Kurdistan oriental (YRK).   À l’heure actuelle, l’étendue des dégâts matériels et d’éventuelles victimes n’est pas encore connue. Aucun bilan officiel n’a été communiqué par les autorités iraniennes, et les sources locales n’ont pas confirmé de pertes humaines ou de destructions précises. Les habitants de la zone rapportent une présence militaire renforcée et des frappes ciblant des zones montagneuses souvent utilisées par les combattants kurdes. Ces attaques s’ajoutent à une série d’opérations menées par Téhéran contre des positions et camps de l’opposition kurde iranienne, tant à l’intérieur de l’Iran qu’au Kurdistan irakien, dans un climat de tensions régionales persistantes.

Syrie : Les femmes interdites d’accès aux écoles de défense et de sécurité

0

SYRIE / ROJAVA – Les autorités syriennes ont imposé des règles d’admission qui interdisent aux femmes l’accès à la plupart des programmes de deux nouvelles universités d’État spécialisées dans la défense et la sécurité. Les candidatures ferment le 19 octobre 2026, a alerté Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué daté de 16 octobre 2026. Après l’anéantissement des acquis de la révolution féministe initiée par les Kurdes du Rojava, les femmes syriennes voient leurs droits les plus élémentaires disparaitre sous le régime djihadiste d’al-Sharaa (Jolani).

Selon l’organisation, ces mesures discriminatoires violent clairement les obligations juridiques internationales de la Syrie. Elles s’inscrivent dans une série d’actions des autorités de transition qui restreignent le rôle des femmes dans les institutions étatiques et renforcent les stéréotypes de genre.

Le 30 septembre, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a annoncé que l’admission aux programmes de droit, d’économie et de gestion, ainsi que de sciences sociales de l’Université nationale des sciences de la défense est réservée aux hommes. À l’Université syrienne des sciences de la sécurité, les femmes ne peuvent postuler qu’aux filières de cybersécurité. À l’inverse, certains cursus – formation d’enseignants en maternelle, programmes de sage-femme et écoles d’infirmières de Damas et d’Alep – restent réservés aux femmes.

« Les autorités syriennes reconstruisent l’armée et les forces de sécurité sans les femmes », a déclaré Hiba Zayadin, conseillère principale pour la Syrie à Human Rights Watch. « Les femmes ne peuvent pas être formées comme officières, ni même étudier pour devenir juristes ou administratrices militaires. C’est de la discrimination pure et simple. »

À l’Université nationale des sciences de la défense, où le service militaire est obligatoire, seuls les hommes peuvent intégrer les écoles militaires (terre, marine, air) et la faculté des lettres et des sciences administratives. Seule la faculté des sciences appliquées et de technologie, ouverte aux femmes, n’impose aucun engagement militaire. À l’Université des sciences de la sécurité, la faculté et l’institut technique n’admettent que des hommes ; les diplômés doivent servir pendant 10 à 20 ans dans les forces de sécurité intérieure.

Ces restrictions s’étendent aussi à d’autres instituts techniques d’État (pétrole et gaz, chemins de fer) et à certains départements de l’institut des médias d’Idlib. Les femmes peuvent encore étudier le droit, l’économie ou les sciences sociales ailleurs et intégrer la police via un institut distinct, mais elles sont de fait exclues de l’armée. Cette exclusion s’est déjà manifestée dans le nord-est du pays, où les autorités ont refusé en août d’intégrer les Unités de protection des femmes (YPJ) aux côtés des combattants masculins.

Ces mesures contredisent la Déclaration constitutionnelle de mars 2025, qui garantit l’égalité sans discrimination fondée sur le sexe et le droit des femmes à l’éducation et au travail. Elles violent également la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), à laquelle la Syrie est partie, ainsi que la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU sur la participation des femmes à la reconstruction post-conflit.

Depuis décembre 2024, les femmes restent largement marginalisées : elles n’ont obtenu que 6 des 119 sièges lors des élections législatives indirectes d’octobre 2025. Des responsables ont publiquement remis en question leur aptitude à certains postes, et le gouverneur de Lattaquié a même interdit en janvier 2026 le « maquillage excessif » aux employées du secteur public.

HRW appelle le ministère de l’Enseignement supérieur à ouvrir immédiatement les programmes de défense et de sécurité aux femmes avant la clôture des candidatures, et les autorités de transition à supprimer toutes les restrictions fondées sur le sexe. L’organisation demande également aux gouvernements et donateurs de prioriser la fin de toute discrimination dans le secteur de la sécurité.

« Les femmes sont sous-représentées au Parlement, dans la police et dans certains services publics, et sont désormais exclues de l’armée », a conclu Hiba Zayadin. « Les autorités ont promis de respecter les droits des femmes, mais leurs actions contredisent directement ces promesses. »

ROJAVA. Les Kurdes revenus à Afrin écrasés par la crise économique

0

SYRIE / ROJAVA – Malgré le retour de milliers de familles kurdes à Afrin après des années d’exil forcé suite à l’invasion turque de 2018, les difficultés économiques continuent de compromettre leur stabilité. Le chômage généralisé et la hausse du coût de la vie ont anéanti les espoirs fondés sur la saison des olives. La faiblesse des prix a plongé les rapatriés et les habitants dans une situation de plus en plus précaire.

Kamal Khoja, 34 ans, tailleur, est rentré chez lui le 9 mai dernier avec le quatrième convoi de déplacés kurdes. Comme des milliers de jeunes rapatriés, il se plaint du chômage généralisé dans sa ville natale, située dans la campagne du gouvernorat d’Alep. À ce jour, environ 10 000 familles kurdes sont revenues à Afrin, principalement depuis Qamishlo, Hasakah et Derik, dans le cadre de l’accord du 29 janvier signé entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition syrien. Le dernier convoi est arrivé le 16 juillet.

Le carburant, coup de grâce

Depuis près de cinq mois, Kamal Khoja est sans emploi. La plupart des usines de confection ont réduit leur production, confrontées à la hausse des coûts d’exploitation, à l’augmentation des prix du carburant, aux fluctuations de la livre syrienne et à la baisse du pouvoir d’achat. La récente crise d’approvisionnement en carburant a même contraint plusieurs boulangeries à fermer et a perturbé les transports, alourdissant encore le quotidien des habitants.

Mohammed Hanan, 44 ans, chauffeur sur les lignes locales entre Afrin et les villages environnants, parle de « chômage caché ». La hausse des prix du carburant, les pénuries et la mauvaise qualité du produit font travailler de nombreux chauffeurs à perte. Leurs revenus journaliers ne suffisent plus à faire vivre une famille, d’autant que les pièces détachées automobiles ont, elles aussi, fortement augmenté.

Salaires en baisse dans le bâtiment

Shiro Abdo, 25 ans, a quitté son emploi dans un café (120 dollars par mois) pour se tourner vers le secteur de la construction. Face à l’afflux de rapatriés, les entreprises ont profité du besoin d’emploi pour réduire les salaires journaliers de 10 à 5 dollars seulement. Les revenus mensuels, qui oscillaient auparavant entre 150 et 200 dollars, ont chuté, alors même que la construction reste l’un des métiers les plus pénibles.

Paradoxalement, le secteur connaît un regain d’activité : les familles de retour réparent leurs maisons endommagées, tandis que le marché immobilier attire des acheteurs étrangers, qui représentent 90 % de la demande. Les prix des maisons neuves varient de 45 000 à 120 000 dollars selon la superficie, les finitions et l’emplacement.

Les olives, un espoir anéanti

Tous les habitants interrogés plaçaient leurs derniers espoirs dans la récolte des olives de 2026, qui a débuté le 1er octobre. Mais la réalité a été brutale : le prix des olives vertes est tombé à 70 nouvelles livres syriennes, contre 150 l’année dernière, soit une baisse de plus de 55 %. Un bidon d’huile d’olive de 16 kg se vend désormais 63 dollars, contre environ 90 dollars l’an passé.

Cette chute des prix, combinée à la hausse des coûts des engrais et du carburant, place les propriétaires fonciers dans une impasse. Plusieurs négociants recommandent de stocker la production en attendant une éventuelle remontée des cours dans les prochains mois. Mais les agriculteurs, endettés par les frais de labour, d’irrigation, de main-d’œuvre et de récolte, ont besoin d’argent immédiatement.

Pris entre l’espoir du retour et la lutte pour la subsistance, les habitants d’Afrin se heurtent à une crise du coût de la vie qui dépasse le simple manque d’emplois : diminution des revenus, hausse des coûts de production et effondrement des rendements agricoles.