ROJAVA. Vol avec violence dans la campagne d’Afrin

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SYRIE  ROJAVA – L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin – Syrie a rapporté que des hommes armés ont frappé et ligoté deux jeunes éleveurs kurdes avant de voler leurs biens et le bétail le mercredi soir, près du village de Sheikhoutka, relevant du district de Mabata, dans la campagne d’Afrin.

Selon l’ONG, les assaillants ont roué de coups les deux jeunes hommes, les ont ligotés avec du fil de fer aux mains et aux pieds, puis leur ont volé leur argent et leurs téléphones portables. Ils ont également dérobé entre 30 et 40 têtes de bétail, qu’ils ont chargées dans deux camionnettes avant de prendre la fuite vers une destination inconnue.

L’un des deux éleveurs, un mineur âgé de seulement 12 ans, a réussi à se libérer de ses liens et à détacher son compagnon. Il s’est ensuite rendu au village pour alerter sa famille.

Les familles des victimes ont déposé plainte le jeudi 9 juillet auprès des forces de sécurité générale rattachées au gouvernement intérimaire du district de Mabata. À ce jour, aucune arrestation ni information supplémentaire n’a été communiquée concernant les auteurs de cette agression.

Depuis l’invasion turque, le canton d’Afrin est soumis à la terreur

Cette attaque intervient dans le canton d’Afrin, placé sous contrôle turc et de ses groupes affiliés depuis mars 2018. De nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité y ont été documentés au cours des dernières années.

Mort suspecte d’un Kurde au Japon : la famille dénonce des tortures en garde à vue

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JAPON – Murat Çiçek, scénariste et acteur kurde, est décédé le 3 juillet au Japon alors qu’il était placé en garde à vue, après avoir été impliqué dans un accident de la circulation le 25 juin.

Selon ses proches, il serait mort des suites de tortures subies dans le centre de détention. La famille exige des réponses claires des autorités japonaises.

C’est un employé du consulat de Turquie au Japon qui a informé la famille, le 8 juillet, en appelant pour demander : « Que faire du corps ? » La nouvelle de la mort, survenue cinq jours plus tôt, leur a ainsi été annoncée de manière brutale.

La famille réclame désormais des explications officielles :

Pourquoi Murat Çiçek a-t-il perdu la vie ?

Où était-il détenu au moment de son décès ?

Pourquoi n’a-t-il pas été transféré à l’hôpital ?

Quels sont les traitements qu’il a subis en garde à vue ?

Un artiste en quête de retour aux sources

Âgé de plusieurs années de vie au Japon (où il résidait depuis sept ans), Murat Çiçek avait participé l’année dernière au Festival du film de Tokyo avec un long-métrage dans lequel il jouait. Avant son départ, il avait travaillé comme acteur et scénariste pour BKM en Turquie.

Çiçek se préparait à retourner à Hakkari

D’après ses proches, Murat Çiçek prévoyait de rentrer dans sa ville natale de Hakkâri en septembre. Il aurait déclaré à la dernière personne à qui il a parlé avant son arrestation : « Je vais leur demander de m’envoyer directement en Turquie. » Après son arrivée au Japon, Murat Çiçek a exercé divers métiers tout en continuant à se consacrer à sa passion pour le cinéma malgré des conditions difficiles. L’année dernière, il a joué dans le film « Minna, Oshaberi ! » , qui relate les efforts de communication entre une Japonaise et une Kurde, toutes deux malentendantes. Le film a été présenté au Festival international du film de Tokyo. Pendant son séjour en Turquie, Çiçek a joué des rôles secondaires dans quelques projets et a également travaillé brièvement comme acteur et scénariste au Beşiktaş Kültür Merkezi.

TURQUIE. Découverte des photographies de l’exécution de Seyit Rıza et de ses compagnons

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TURQUIE / KURDISTAN – Six photographies originales, prises immédiatement après l’exécution de Seyit Rıza et de ses compagnons, meneurs de la révolte de la province kurde-alévie de Dersim en 1937-1938, ont été retrouvées. Ces images inédites ont été mises au jour par l’historien Sedat Ulugana, professeur à l’Université libre de Berlin.

Selon le témoignage d’İhsan Sabri Çağlayangil, présent lors des exécutions, ces photographies avaient été détruites sur ordre direct de Mustafa Kemal Atatürk. « Lors de l’exécution, un policier surnommé “Mustafa le Hongrois” a photographié Seyit Rıza pendu à l’échafaud. Ces clichés ont été remis à un proche du ministre de l’Intérieur Şükrü Kaya, qui les a montrés à Atatürk pendant son petit-déjeuner. À leur vue, Atatürk se serait emporté : (…) Ces photos vont soulever tous les Kurdes !” Il a alors ordonné que les photos et leurs négatifs soient immédiatement brûlés. »

Pourtant, tous les négatifs n’ont pas disparu. Sedat Ulugana explique que certains ont survécu, comme l’atteste le témoignage de Hıfzı Veldet Velidedeoğlu, juriste et rédacteur de la Constitution de 1961, qui affirme avoir vu ces photographies d’exécution à la « Maison du peuple de Tunceli » à Dersim au début des années 1940.

Historique des clichés

Jusqu’à aujourd’hui, l’exécution de Seyit Rıza, de son fils et des autres chefs de la résistance de Dersim, pendus le 15 novembre 1937 sur la place du Blé à Elazığ, n’était connue qu’à travers des récits écrits, des photos d’audience et des témoignages oraux. Aucune image directe de la pendaison n’avait été rendue publique.

Les six photographies découvertes par Ulugana, tirées au format carte postale photographique (RPPC), offrent un témoignage visuel rare et saisissant. On y voit des potences rudimentaires faites de trois poteaux de bois, des corps vêtus de chemises blanches suspendus, des rangs de gendarmes et de soldats en uniforme, ainsi qu’une foule de civils en arrière-plan. Les images montrent que les exécutions ont eu lieu en plusieurs endroits de la place, devant à la fois des bâtiments administratifs et des échoppes du marché aux blés.

Ces documents constituent un apport historique majeur, apportant une nouvelle lumière sur l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire contemporaine de la Turquie.

SYRIE. Les Kurdes cherchent leurs proches disparus lors des attaques de janvier 2026

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SYRIE / ROJAVA – Selon un nouveau rapport de l’ONG Syriens pour la Vérité et la Justice (Syrians for Truth and Justice, STJ), les forces du Gouvernement transitoire syrien à Damas, soutenues par des gangs affiliés et des milices pro-turques, ont lancé en janvier 2026 une série d’attaques coordonnées contre les zones kurdes et l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie.

Ces offensives, marquées par des embuscades et des avancées rapides, ont visé particulièrement les combattants des FDS, les membres de l’Administration autonome et les civils kurdes. Des témoignages accablants font état d’exécutions sommaires, de tortures systématiques, d’humiliations publiques et de disparitions forcées.

Dans l’embuscade du village de Makmen sur la « route d’Abyad » (entre Raqqa et al-Hasakah), des familles kurdes ont été attaquées : les hommes ont été séparés, torturés (couchés sur des épines, frappés, humiliés), puis exécutés ou enlevés devant leurs femmes et enfants. Des corps ont été abandonnés le long des routes. Des combattantes des YPJ ont été traitées comme des « butins de guerre » et soumises à des violences sexistes.

Le rapport documente un schéma clair de détentions arbitraires, de tortures dans des centres de détention (dont des cas d’exposition aux prisonniers de Daech) et de disparitions forcées. Des familles sont encore privées de toute information sur le sort de leurs proches, parfois soumises à une guerre psychologique via les téléphones des victimes.

Ces événements, qualifiés par de nombreuses voix kurdes de massacres et de tentative de nettoyage ethnique, s’inscrivent dans une stratégie visant à briser l’Administration autonome et à affaiblir la présence kurde dans le Nord-Est syrien, avec le soutien direct ou indirect d’Ankara.

Malgré des échanges partiels de détenus entre mars et mai 2026, des centaines de personnes restent portées disparues. STJ appelle à des enquêtes indépendantes, à la révélation du sort des disparus et à la reddition de comptes des responsables.

Syrie : Mêmes acteurs, calculs différents

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SYRIE / ROJAVA – En Syrie, dans un climat chaotique marqué par la crise de légitimité du gouvernement et la lutte pour la survie des communautés locales, les scénarios des puissances extérieures et la mentalité patriarcale de l’État se heurtent aux lignes de résistance sociale qui s’étendent de Soueïda à la côte méditerranéenne, des zones contrôlées par les FDS jusqu’aux positions des YPJ.

Le régime post-Baas, dirigé par Ahmed al-Shara, évolue dans un environnement instable caractérisé par les pressions américano-israéliennes, les ambitions régionales de la Turquie, une crise de légitimité à Damas et la quête de survie des communautés druze, alaouite, kurde et des femmes.

Pressions américaines et israéliennes sur le dossier Hezbollah

Le Moyen-Orient redessine ses équilibres non seulement sur le plan militaire, mais aussi diplomatique et du renseignement. Au cœur de ces transformations, la Syrie reste un terrain stratégique. Après la chute du régime d’Assad fin 2024 sous les coups de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), les crises économiques, sécuritaires et sociales n’ont fait que s’aggraver.

Un élément central des trois derniers mois concerne la pression exercée pour une intervention contre le Hezbollah libanais. Le 7 juin, le président américain Donald Trump déclarait : « Je souhaiterais une frappe plus ciblée contre le Hezbollah… nous pourrions y contribuer, ou suggérer la Syrie… Ils ont un excellent dirigeant (le président Ahmed al-Chara)… et il serait ravi de nous aider. »

Ahmed al-Shara a rejeté publiquement toute implication militaire syrienne dans le conflit israélo-libanais. Dans un entretien au média Al Mashhad, il a plaidé pour des solutions politiques et économiques plutôt que militaires : « La crise au Liban est très grave et les solutions politiques sont dans l’impasse. Nous privilégions les voies économiques, et non militaires, entre le Liban et la Syrie. »

Malgré ces déclarations, Israël et les États-Unis continuent d’exercer une forte pression sur Damas pour une offensive terrestre contre le Hezbollah. Lors du Sommet international de politique du Jewish News Syndicate à Jérusalem, Benjamin Netanyahu a réaffirmé la volonté israélienne de maintenir une présence dans le sud du Liban. Après le lancement d’une offensive terrestre en mars 2026, Tsahal a progressé jusqu’au fleuve Litani et s’est emparé du fort Beaufort. Plus de 4 000 civils ont été tués. Un accord-cadre a été signé le 26 juin à Washington entre Israël et le Liban, sous médiation américaine. Celui-ci n’oblige cependant pas Israël à se retirer des zones occupées et prévoit un « processus séquentiel » de désarmement du Hezbollah par l’armée libanaise. Immédiatement après la signature, Israël a repris ses attaques. Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a qualifié l’accord d’« humiliant » et d’une « capitulation de la souveraineté » libanaise. En réponse, le ministre israélien de la Défense Israël Katz a annoncé un « séjour de longue durée » dans la zone de sécurité occupée.

Le rôle d’Ankara

La Turquie ne se contente pas d’observer : elle façonne activement la crise. Le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan a indiqué que des responsables libanais avaient sollicité Ankara pour une désescalade et qu’il était en contact avec ses homologues syriens. Officiellement, la Turquie nie toute coopération directe avec le Hezbollah ou l’Iran, mais des informations concordantes font état d’un soutien armé indirect.

Ankara et Téhéran convergent dans leur opposition à l’expansion des opérations israéliennes en profondeur au Liban, perçue comme une menace pour la sécurité régionale et les intérêts turcs en Méditerranée orientale. Après l’accord avec Washington, le ministre iranien Abbas Arakchi a multiplié les échanges avec Fidan. La Turquie voit dans la fin des combats au sud du Liban un moyen de limiter l’influence navale et militaire israélienne, notamment dans le dossier chypriote et grec.

Parallèlement, Ankara met en garde Damas contre toute incursion en territoire libanais ou confrontation avec le Hezbollah. Sur le terrain, al-Shara tente de maintenir un équilibre précaire : déclarations apaisantes envers la Turquie tout en répondant, discrètement, aux demandes américano-israéliennes. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a récemment rapporté un renforcement militaire sans précédent le long de la frontière syro-libanaise, notamment dans la région d’Al-Qusayr (ouest de Homs).

Légitimité internationale et dilemmes de Damas

Le gouvernement intérimaire syrien cherche à la fois une légitimité nationale et une reconnaissance internationale. L’axe américano-israélien utilise l’aide économique, la reconnaissance politique et la coopération sécuritaire comme leviers pour pousser Damas à adopter une position plus ferme contre le Hezbollah. Damas se trouve pris entre la nécessité de normaliser ses relations avec Washington et Tel-Aviv et ses anciens réseaux liés à l’Iran. Ce double jeu risque de replonger la Syrie dans les conflits par procuration régionaux.

Priorité stratégique d’Ankara

Pour la Turquie, la priorité absolue reste l’élimination de l’influence kurde et des FDS. La question du Hezbollah constitue surtout un levier de négociation. Ankara accepte une certaine flexibilité régionale en échange d’un soutien américain contre les Kurdes. Elle maintient son emprise via HTS et l’Armée nationale syrienne (ANS) tout en cherchant à aligner le gouvernement intérimaire sur ses objectifs.

La communauté druze de Soueïda

En 2026, Soueïda reste l’une des dernières grandes régions échappant de facto au contrôle central. La Garde nationale druze, autour du chef spirituel Hikmat al-Hijri, incarne une résistance armée aux politiques de centralisation de Damas. Les massacres de 2025 ont profondément ancré le sentiment que « l’État central ne nous protège pas, mais nous cible ». Les revendications vont désormais bien au-delà des services : autonomie politique et administrative, maintien des structures de sécurité locales, enquêtes indépendantes, poursuite des responsables et réparations.

La « feuille de route » de réintégration initiée par l’ONU et Damas est au point mort. Enlèvements, affrontements et blocus persistent, aggravant la crise humanitaire. Certaines factions druzes envisagent ouvertement une séparation ou un statut fédéral.

Les Alaouites de la côte

La situation des Alaouites reste particulièrement dramatique. Plus d’un an après les massacres de mars 2025 (près de 1 500 civils tués en une seule mois dans les zones rurales de Lattaquié et Tartous), la peur persiste. Le gouvernement intérimaire renforce sa présence militaire en envoyant des groupes d’Idlib vers la côte tout en amplifiant dans les médias le discours sur la « poursuite des vestiges de l’ancien régime ».

Les Alaouites demandent des garanties claires de sécurité, une représentation réelle dans les institutions et une protection contre les représailles. Ils craignent d’être à nouveau sacrifiés au nom de la consolidation du pouvoir central.

Intégration des FDS/QSD et avenir des YPJ

L’accord d’intégration du 30 janvier 2026 prévoit l’incorporation progressive des FDS dans l’armée syrienne et la fusion des institutions civiles, tout en reconnaissant partiellement l’identité et la langue kurdes. Damas présente cet accord comme le rétablissement de l’unité territoriale. La Turquie, tout en y voyant une avancée, s’inquiète de la future orientation d’une armée syrienne unifiée.

Concernant les YPJ, l’intégration pose un problème idéologique majeur. Au-delà d’une force militaire, les YPJ incarnent l’autodéfense des femmes, le système de coprésidence et l’autonomie politique. Cette vision entre en contradiction frontale avec l’idéologie salafiste-djihadiste originelle de HTS et la mentalité patriarcale de l’État. Des projets de dissolution des unités féminines distinctes ou de neutralisation de leur rôle politique sont en discussion.

Trois axes déterminants

L’avenir de la Syrie se joue à l’intersection de trois axes : L’axe impérial et régional (États-Unis, Israël, Turquie) qui vise à repositionner la Syrie dans son architecture de sécurité en affaiblissant l’Iran, le Hezbollah et le mouvement kurde.

L’axe de restauration de l’État central, qui cherche à intégrer les FDS et à reprendre le contrôle total de Soueïda et de la côte, au risque de nouvelles confrontations avec les communautés.

L’axe du sujet social : Druzes, Alaouites, Kurdes et femmes, porteurs d’un potentiel fondateur réel. Leur capacité à transformer leurs lignes de résistance in force politique déterminante décidera de la nature du nouveau Syrie.

La question fondamentale reste posée : l’avenir du pays sera-t-il dicté par le corridor étroit des puissances extérieures et de la mentalité patriarcale de l’État, ou les forces sociales de Soueïda à la côte, des zones FDS aux positions des YPJ, parviendront-elles à imposer leur voix comme volonté fondatrice ?

FRANCE. Des parlementaires parrainent des prisonniers politiques condamnés à mort en Iran

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PARIS — Plus de 80 parlementaires ont accepté de parrainer des prisonniers politiques condamnés à mort en Iran, dont six prisonniers politiques kurdes. Cette initiative fait suite à la conférence « Non aux exécutions », organisée le 29 juin 2026 à l’Assemblée nationale par le Groupe d’amitié France-Iran, en partenariat avec le Congrès pour la liberté de l’Iran. La conférence a réuni des députés de plusieurs partis, des personnalités politiques françaises, des militants des droits de l’homme ainsi que des représentants d’organisations iraniennes et kurdes, dont le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN). Objectif de l’initiative : attirer l’attention de la communauté internationale sur le sort des condamnés à mort en Iran, renforcer leur protection et accentuer la pression sur les autorités iraniennes pour qu’elles cessent les exécutions.

Les six prisonniers politiques kurdes parrainés :

Rauf Sheikh-Maroufi → parrainé par Mickaël Bouloux (Parti socialiste)
Mohammad Faraji → parrainé par Sandrine Runel (Parti socialiste)
Mohsen Eslamkhah → parrainé par Anna Pic (Parti socialiste)
Arman Marefati → parrainé par Fabrice Barusseau (Parti socialiste)
Yousef Ahmadi → parrainé par Nadège Abomangoli (La France Insoumise)
Hatem Ozdemir → parrainé par Matthias Tavel (La France Insoumise)
  Le parrainage politique est une pratique internationale reconnue qui permet à des parlementaires de mettre en lumière le cas de prisonniers d’opinion, de dissuader les exécutions et d’exercer une pression publique et diplomatique sur le régime concerné.
Selon les rapports du KHRN, ces six prisonniers kurdes risquent à tout moment d’être exécutés.
     

IRAN. Violations des droits des femmes au cours du premier semestre 2026

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IRAN / ROJHILAT – Selon le rapport statistique publié par l’organisation Hengaw, les autorités iraniennes ont commis de graves violations des droits des femmes au cours des six premiers mois de 2026 :
  • 9 femmes exécutées dans les prisons iraniennes ;
  • 5 000 femmes arrêtées, dont seulement 368 ont pu être identifiées ;
  • Des dizaines de militantes condamnées à la prison, à la flagellation et à la peine de mort ;
  • Au moins 45 féminicides ;
  • 2 femmes tuées par les forces de sécurité lors des célébrations suivant l’annonce du décès d’Ali Khamenei ;
  • 5 femmes peshmergas et guérilleros tuées ;
  • Au moins 250 femmes tuées lors des manifestations de janvier 2026.

Exécutions

Au moins neuf femmes ont été exécutées en Iran au premier semestre 2026. Cinq d’entre elles étaient de nationalité turque (azerbaïdjanaise).

Répartition par chef d’accusation :

Meurtre avec préméditation : 7 Infractions liées à la drogue : 2

Trois exécutions ont eu lieu dans la province d’Azerbaïdjan oriental, deux à Ispahan et à Qazvin, et une à Zanjan et Ardabil.

Répression des militantes

Au moins quatre militantes ont été condamnées à mort, dont Maryam Hedavand, Arghavan Fallahi, Mahnaz Chahardoli et Bita Hemmati (condamnation annulée par la suite). Trois d’entre elles avaient été arrêtées lors des manifestations de janvier.Autres condamnations : 44 militantes condamnées à un total de 211 ans et 5 mois de prison ; 3 militantes condamnées à 179 coups de fouet ; 4 militantes condamnées à 14 ans de prison avec sursis.

Arrestations

Hengaw a documenté l’arrestation de 5 000 femmes. Seules 368 ont pu être identifiées en raison des restrictions d’accès à internet et des coupures durant les manifestations de janvier et la guerre de 40 jours.Parmi ces 368 femmes identifiées : 29 Bahá’íes 70 Kurdes 50 Lor 19 Gilak 12 Baloutches 11 Turques (azerbaïdjanaises) 6 étudiantes 8 enseignantes Par ailleurs, au moins 23 filles mineures ont été arrêtées.

Féminicides

Au moins 45 féminicides ont été recensés. 11 % (5 cas) étaient des crimes dits « d’honneur ».

Les motifs les plus fréquents sont les conflits familiaux (27 cas). La plupart des meurtres ont été commis par des proches (maris, ex-maris, pères ou frères).

Provinces les plus touchées : Téhéran : 16 Sistan-et-Baloutchistan : 6 Fars : 4

Autres violences

Deux femmes ont été tuées par les forces de sécurité lors des célébrations suivant l’annonce du décès d’Ali Khamenei (Nahal Ahou Qalandari et Faezeh Afshari).

Cinq femmes combattantes (peshmergas et guérilleros) ont été tuées lors d’attaques du CGRI ou d’affrontements.

Au moins 250 femmes ont été tuées par les forces gouvernementales durant les manifestations de janvier 2026 (206 identifiées), ainsi que 25 filles mineures (19 identifiées).

Les provinces de Téhéran (61), Ispahan (29) et Alborz (24) ont enregistré le plus grand nombre de victimes.

Hengaw a identifié 368 femmes parmi les 5 000 arrêtées au premier semestre 2026.

Sur la base des données et des documents recueillis par son Centre de statistiques et de documentation, Hengaw a confirmé l’arrestation de 5 000 femmes au cours du premier semestre 2026. Cependant, en raison des fortes restrictions d’accès à Internet ces derniers mois, notamment pendant les manifestations de janvier et la guerre de 40 jours impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, Hengaw n’a pu vérifier avec certitude l’identité que de 368 des femmes détenues. Des informations complémentaires concernant les 368 femmes identifiées sont les suivantes : — Au moins 29 femmes bahaïes ont été arrêtées. — Au moins 70 femmes kurdes ont été arrêtées. — Au moins 50 femmes lor ont été arrêtées. — Au moins 19 femmes gilak ont ​​été arrêtées. — Au moins 12 femmes baloutches ont été arrêtées. — Au moins 11 femmes turques ont été arrêtées. — Au moins six étudiantes ont été arrêtées. — Au moins huit enseignantes ont été arrêtées. Outre ces 368 femmes, Hengaw a recensé l’arrestation d’au moins 23 filles mineures dont l’identité a été vérifiée.

Hengaw dénonce une répression systématique et une intensification de la discrimination de genre en République islamique d’Iran, dans la continuité de la politique d’apartheid genré menée depuis des décennies par le régime.

TURQUIE. En juin, des hommes tuent au moins 30 femmes

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TURQUIE / KURDISTAN – Selon un recensement réalisé par Bianet à partir de la presse locale, nationale et des agences de presse, au moins 30 femmes et enfants ont été tués par des hommes en juin 2026 à travers la Turquie, y compris dans les régions kurdes. Cinq hommes accompagnant les victimes ont également été assassinés.

Sur l’ensemble du premier semestre 2026, 142 femmes ont été tuées par des hommes.

Par ailleurs, un homme a poussé une femme transgenre au suicide. À Istanbul, une femme a tué son agresseur en exerçant son droit à la légitime défense.

En juin, les décès d’au moins 45 femmes et 6 enfants restent classés comme « suspects », les autorités n’ayant pas pu déterminer avec certitude s’ils résultaient de violences sexistes.

Nouveau plan : Ceinture sunnite dans le sud de la Syrie

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SYRIE – Alors que les attaques se poursuivent dans le sud de la Syrie, le gouvernement intérimaire de Damas a mis en œuvre un plan visant à créer une ceinture sunnite dans le sud du pays aux dépens des Alaouites, Chiites et Druzes, alerte le Centre de recherches kurdes Lêkolîn*.

Plus d’un an après les massacres sanglants perpétrés dans le sud de la Syrie en mars 2025, le chaos et la violence persistent dans la région. Malgré la continuation des enlèvements, des exécutions sommaires et d’une répression quotidienne, le gouvernement intérimaire de Damas, qui cherche à étendre son autorité sur l’ensemble du territoire, a lancé un nouveau plan visant à créer une « ceinture sunnite » en étroite coopération avec les services de renseignement turcs (MIT).

Comme nous l’indiquions dans notre article du 27 juin 2026, une force militaire composée d’environ 300 groupes djihadistes radicaux originaires principalement d’Idlib, coordonnée par le MIT, a été déployée dans la région de Bamlika (province de Tartous), sur la côte méditerranéenne. Ces combattants, intégrés à la 86e division, sont en grande partie des éléments étrangers radicaux. Selon les mouvements observés ces dernières semaines, la division a repositionné ses bases vers les zones rurales du littoral syrien, tandis qu’une véritable ligne de groupes étrangers a été établie le long de la côte. Les fondations de cette « ceinture sunnite » sont donc déjà bien visibles sur le terrain.

Transfert massif de membres de gangs de Deir Ezzor vers le sud et le centre de la Syrie

Selon des sources fiables et recoupées, des centaines de membres de gangs armés issus de Deir Ezzor, ainsi que leurs familles — notamment les chefs directement impliqués dans les massacres de Soueïda et des régions côtières —, ont été relogés à Damas et dans ses environs. Officiellement, ce déplacement aurait été motivé par des inondations ayant touché leurs zones d’origine. En réalité, ces familles ont été installées dans des quartiers stratégiques de la capitale, tels que la route de Zabadani, Mazzé, Mezzeh 68, Yusuf al-Azma, Qasr al-Komar, al-Ward et Miazemiyeh, des secteurs traditionnellement peuplés d’Alaouites et de minorités confessionnelles.

Ce redéploiement s’explique par les craintes du HTS, qui anticipe un soulèvement contre son autorité à Damas et dans le sud du pays. Ces mercenaires de Deir Ezzor sont destinés à servir de force de répression rapide en cas de troubles. Il ne s’agit là que de la première phase d’un plan plus vaste dont l’objectif est clair : constituer une ceinture djihadiste sunnite face aux populations chiites, alaouites et druzes.

D’après nos informations, le responsable de la branche damascène de ce plan est Isam Biweydani, connu sous le nom de guerre Abou Hammam, mandaté directement par les services de renseignement de Hayat Tahrir al-Sham (HTS). Sur le littoral, l’exécuteur principal du dispositif serait un chef de gang nommé Abou Abdurrahman Duma.

Par ailleurs, certaines de ces familles ont été stationnées dans des académies militaires situées sur la route de Jusiyeh, dans la province de Homs, une région à majorité chiite et historiquement proche du Hezbollah libanais. L’objectif est de les utiliser comme levier de pression contre la population locale.

Le MIT a également décidé de déployer sa 62e brigade, intégrée à l’armée syrienne, le long de la côte. Rappelons que plusieurs des groupes envoyés dans ces zones avaient déjà participé aux massacres du sud, comme nous l’avions documenté dès le 12 mars 2025.

Une stratégie de reconfiguration démographique

Au total, le gouvernement intérimaire dirigé par le HTS, en partenariat avec Ankara, procède à un redéploiement systématique de combattants et de familles de Deir Ezzor vers les points névralgiques : Damas, la côte syrienne (axe Lattaquié-Tartous) et Homs. Cette politique vise à modifier durablement l’équilibre démographique et confessionnel de ces régions afin d’asseoir la domination sunnite arabe du nouveau régime.

Cette stratégie rappelle, presque trait pour trait, les manipulations démographiques pratiquées par l’ancien régime baasiste, mais cette fois au profit d’un projet islamiste. L’administration Al-Jolani semble vouloir imposer une « Syrie fonctionnelle » dominée par une ceinture sunnite, en marginalisant ou en affaiblissant les communautés chiites, alaouites et druzes à travers un ingénierie démographique assumée.

*Navenda Lêkolînên Stratejîk A Kurdistanê  

Une analyse politico-psychologique du processus de paix entre le PKK et Ankara

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TURQUIE / KURDISTAN – C’est un moment historique, et pourtant presque personne n’y accorde sa confiance. Après plus de quarante ans de lutte armée et plus de 40 000 morts, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a décidé, lors de son 12e congrès en mai 2025, de se dissoudre. Une commission parlementaire représentant 11 partis a tenu 21 séances entre août 2025 et février 2026, entendu 137 institutions et personnalités, et présenté un rapport final. Pourquoi donc l’atmosphère en Turquie n’est-elle pas à l’espoir, mais au scepticisme, tant à Ankara qu’à Amed (Diyarbakır) ? La réponse ne réside pas dans les intentions déclarées des acteurs, mais dans la nature de l’espace dans lequel ils évoluent. L’anthropologie de la violence nous enseigne que la violence ne naît pas principalement de la pauvreté, de l’idéologie ou de la haine, mais partout où s’ouvrent des espaces où elle peut s’exercer sans conséquences. Et elle ne prend pas fin lorsqu’une organisation rend ses armes ; elle ne s’achève que lorsque l’espace qu’elle occupait est rempli par autre chose. De plus, ces espaces de violence survivent dans les esprits, les corps et les familles bien après leur fermeture physique. L’espace et son legs psychologique décideront ensemble si ce processus apporte la paix ou simplement une pause.

Un siècle d’existence niée

Pour comprendre ce qui est en jeu, il faut saisir de quoi est faite l’identité kurde en Turquie. La république fondée en 1923 s’est construite sur la fiction d’une nation homogène, et la plus grande minorité du pays venait troubler cette fiction. On l’a donc définie comme inexistante : les Kurdes ont été déclarés « Turcs des montagnes », leur langue a été interdite dans la vie publique, leurs villages et même leurs noms kurdes ont été renommés, et leurs soulèvements, de Cheikh Saïd en 1925 jusqu’à la vallée de Zilan et Dersim en 1938, ont été écrasés avec une brutalité qui a dépeuplé des régions entières. Quiconque fait l’expérience du déni officiel de sa propre existence peut en tirer une leçon amère : l’État n’est pas un protecteur, mais une menace. C’est dans ce climat de reconnaissance refusée que se sont ouverts les espaces de violence dans lesquels le conflit s’est aggravé. La prison de torture de Diyarbakır après le coup d’État de 1980 a recruté plus de combattants pour le PKK, fondé en 1978, qu’aucune idéologie ne l’avait jamais fait. Les années 1990 ont apporté des villages évacués et incendiés, des millions de déplacés, des escadrons de la mort, des personnes « disparues » en garde à vue, et le scandale de Susurluk, qui a révélé l’entremêlement de l’État, de la politique et du crime organisé dans l’assassinat d’hommes d’affaires kurdes. Le PKK, de son côté, a répondu par la logique de la guérilla : des attaques contre l’armée et la police, mais aussi des violences contre des enseignants, des gardiens de village et des « collaborateurs » kurdes. Dans ces espaces, où les deux camps commettaient l’impensable en temps de paix, l’identité kurde s’est forgée. C’est l’identité de personnes qui ont appris que leur dignité n’est protégée ni par l’État ni par la loi.

Ce que l’espace de violence laisse dans l’âme

Un espace de violence ne disparaît pas simplement lorsque les chars se retirent ; il migre dans la mémoire collective. Les expériences partagées de perte et d’humiliation sont devenues le noyau émotionnel de l’identité de groupe. Pour les Kurdes, il s’agit de Dersim, de la prison de Diyarbakır, des villages brûlés et de l’arrestation de milliers de politiciens kurdes. Les recherches sur les traumatismes nous apprennent que ces expériences se transmettent de génération en génération : les enfants et petits-enfants absorbent les peurs, la méfiance et les missions tacites de leurs parents, même s’ils n’ont jamais vu de village incendié ; le silence des parents parle souvent plus fort que n’importe quel récit. Du côté turc existe un traumatisme collectif propre : le syndrome de Sèvres, la peur, née de l’effondrement de l’Empire ottoman, que des ennemis extérieurs et intérieurs veuillent dépecer le pays. Toute demande kurde de droits active ce schéma de menace et est perçue non comme une revendication de participation, mais comme un premier pas vers le démembrement. La théorie de l’identité sociale de Tajfel et Turner explique aussi pourquoi la politique d’assimilation a systématiquement échoué : les individus tirent une grande partie de leur estime de soi de leur appartenance groupale, et lorsque celle-ci est menacée, ils n’y renoncent pas, mais s’y identifient plus fortement encore. Le déni d’un peuple entier constitue la menace identitaire la plus radicale imaginable. Chaque interdiction de la langue kurde n’a pas affaibli le kurdisme ; elle l’a chargé de sens. Daniel Bar-Tal a montré comment les conflits prolongés se durcissent en un « ethos du conflit » : la conviction de l’exclusive justice de sa propre cause, la perception de son propre camp comme la véritable victime, la délégitimation de l’adversaire. Les deux camps ont appris à se sentir chez eux dans le conflit ; celui-ci n’est pas seulement une reality politique, mais une patrie psychologique. Tel est l’héritage de l’espace de violence : il continue de structurer les sentiments et les pensées des gens bien après avoir apparemment disparu.

Un processus qui n’ose pas dire son nom

Le processus actuel a commencé par un geste que personne n’aurait cru possible. En octobre 2024, c’est Devlet Bahçeli, leader du Parti d’action nationaliste (MHP, extrême droite) et longtemps partisan de l’exécution d’Abdullah Öcalan, qui s’est approché des députés du Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM Parti, pro-kurde) au parlement et leur a serré la main. Ont suivi des visites d’une délégation du DEM Parti auprès d’Öcalan sur l’île-prison d’Imralı, où il est détenu à l’isolement depuis 1999, et, le 27 février 2025, son « Appel à la paix et à une société démocratique », dans lequel il qualifiait le PKK d’historiquement obsolète et appelait à sa dissolution. L’organisation l’a suivi. Le DEM Parti est devenu le messager entre Imralı, les combattants du PKK sur le mont Qandil et Ankara – ce même parti dont le prédécesseur avait été vilipendé comme le « bras politique du terrorisme », dont l’ancien leader Selahattin Demirtaş est en prison depuis près de dix ans, et dont les maires élus ont été remplacés les uns après les autres par des administrateurs nommés par l’État.

Pourtant, le langage seul trahit le déséquilibre. Le gouvernement ne parle pas de processus de paix, mais d’une « Turquie sans terrorisme » ; il ne négocie pas, il accepte une « capitulation inconditionnelle ». Les véritables discussions avec le PKK ont été menées secrètement par les services de renseignement, sans que le public apprenne jamais ce qui avait été convenu. Le rapport final de la commission parlementaire de février 2026 recommande bien des règles juridiques pour la remise des armes et la réintégration des combattants, ainsi qu’une définition plus étroite du terrorisme, afin que la simple appartenance ne constitue plus automatiquement une infraction terroriste. Mais aucune amnistie n’est prévue, Öcalan reste sur son île, et sur les questions politiques centrales (langue, statut et constitution), le rapport reste largement silencieux. Le DEM Parti a donné son accord, mais a tenu à consigner le point qui touche au cœur du problème : la question kurde ne doit pas être traitée uniquement comme un problème de terrorisme. D’un point de vue psychologique, cette chorégraphie est dangereuse, car elle met en scène la paix comme la soumission d’un camp et le triomphe de l’autre. La chercheuse en paix Evelin Lindner a qualifié l’humiliation d’« bombe atomique des émotions » : aucune émotion ne produit plus sûrement un désir de revanche et l’effondrement des processus de paix. Quiconque a travaillé avec des personnes ayant subi des violences le sait : la réconciliation ne peut pas se construire sur l’humiliation.

Pourquoi la méfiance domine

Il existe au moins trois raisons pour lesquelles ce processus est si fragile. La première est la méfiance. La dernière tentative, de 2013 à 2015, s’est soldée non par la paix, mais par la destruction de la vieille ville d’Amed, des couvre-feux et des combats urbains. Ceux qui l’ont vécu savent que, dans un espace où personne ne peut faire confiance à personne, la poursuite du conflit promet paradoxalement plus de sécurité qu’une paix fragile. Les deux camps gardent leurs options de sortie ouvertes, et c’est précisément cela qui paralyse le processus. Pour de nombreuses personnes de la région, l’échec de 2015 a également été une retraumatisation : l’espoir qu’ils avaient osé ressentir a été puni. Et celui qui a été puni une fois pour avoir fait confiance se protège la fois suivante par la méfiance. La deuxième raison est le nationalisme. Pour des pans importants de la société turque, toute concession aux Kurdes est une trahison de la nation ; des partis comme İYİ (Bon) et Zafer (Victoire) combattent ouvertement le processus, et le gouvernement lui-même doit sauver la face devant sa propre base en présentant chaque réforme comme une victoire sur le terrorisme plutôt que comme la reconnaissance de demandes légitimes. Derrière cette rhétorique se trouve l’ethos du conflit décrit par Bar-Tal : celui qui fait la paix doit reconstruire des pans de sa propre image de soi, ce qui suscite la peur des deux côtés. La troisième raison est le calcul de pouvoir. Le soupçon plane que tout cela concerne moins les Kurdes que la modification constitutionnelle qui pourrait permettre au président Erdoğan de briguer un nouveau mandat. La crédibilité du processus souffre en outre d’une contradiction flagrante : alors que l’on promet la démocratisation, des responsables du principal parti d’opposition (CHP) sont poursuivis, les manifestations sont réprimées et des maires élus sont destitués. Un État qui veut faire la paix avec les Kurdes tout en démantelant la démocratie partout ailleurs demande une avance de confiance que l’histoire ne justifie pas. Le modèle basé sur les besoins de réconciliation développé par Arie Nadler et Nurit Shnabel saisit parfaitement le dilemme : le camp qui s’éprouve comme victime a besoin de reconnaissance et de capacité d’action ; le camp désigné comme bourreau a besoin de l’assurance qu’il appartient à la communauté morale. Ici, les deux camps revendiquent le rôle de victime, et aucun ne reçoit ce dont il a besoin. Les conflits deviennent solubles lorsque les deux parties sont prises dans une impasse mutuellement douloureuse et qu’elles voient en même temps une issue. L’impasse existe. Ce qui manque, c’est la seconde moitié de la formule : une issue crédible, qui sauve la face et soit digne pour les deux côtés.

Il ne s’agit pas du PKK, mais de plus de 25 millions de personnes

C’est là que réside l’erreur de raisonnement qui pourrait faire échouer le processus : Ankara traite la dissolution du PKK comme une fin en soi. En vérité, il s’agit au mieux d’un commencement. La question kurde n’est pas née avec le PKK en 1978 et ne disparaîtra pas avec lui. Ce qui est en jeu, ce sont les droits de plus de 25 millions de personnes : l’enseignement dans leur langue maternelle, la participation politique sans l’épée de Damoclès de la justice antiterroriste, l’autonomie locale sans administrateurs nommés par l’État, la libération des prisonniers politiques, le retour et la réintégration de ceux qui sont dans les montagnes ou en exil, ainsi que la prise en charge psychologique et sociale d’une population qui a vécu avec la violence pendant des générations. Réduire la question au désarmement d’une seule organisation, c’est confondre le symptôme avec la cause.

Une chose est claire : les espaces qui ne sont pas remplis ne restent pas vides. Le PKK est né parce que l’État turc refusait aux Kurdes tout espace légal pour articuler leur existence ; il a rempli un vide que la république elle-même avait créé. Et, comme l’enseigne la psychologie, il a rempli non seulement un espace politique, mais aussi un espace psychologique. Pour une génération de jeunes Kurdes, la lutte armée offrait ce que le chercheur en radicalisation Arie Kruglanski appelle la « quête de signification » : le sentiment de compter, d’être vu, de pouvoir opposer quelque chose à sa propre impuissance. Si le PKK se dissout aujourd’hui sans que ce double vide soit comblé par la reconnaissance, les droits et la représentation politique, d’autres le rempliront. Peut-être pas avec des armes : l’ère de la lutte armée est probablement historiquement terminée, comme l’écrit Öcalan lui-même, et la jeune génération kurde est plus urbaine, mieux éduquée et plus connectée internationalement que toutes les précédentes. Mais de nouvelles organisations, mouvements et générations kurdes porteront la revendication d’identité et de droits – sous des formes civiles, politiques, sociales et numériques, et peut-être plus efficacement que n’importe quelle guérilla, car ils n’auront plus l’étiquette de terrorisme avec laquelle toute demande kurde pouvait auparavant être discréditée. Un État qui croit que la question kurde est réglée avec la fin du PKK découvrira dans vingt ans qu’il a simplement changé d’adversaire. La question n’est pas de savoir si l’espace kurde sera rempli, mais par qui et avec quoi.

La reconnaissance comme mandat constitutionnel

C’est pourquoi il n’y a pas d’échappatoire à une démarche qu’aucun gouvernement turc n’a encore osé entreprendre : reconnaître les Kurdes pour ce qu’ils sont – un peuple avec sa propre langue, sa culture et son histoire, au sein des frontières existantes. Cette reconnaissance doit être ancrée dans la Constitution, et non dans des décrets révocables ni dans les petits caractères des rapports de commission. Une constitution qui nomme le peuple kurde et la langue kurde ne serait ni un cadeau au PKK ni une menace pour l’intégrité territoriale. Au contraire, elle constituerait la plus solide garantie de cette intégrité, car elle priverait le séparatisme de son argument le plus puissant : une identité blessée et niée. Seule l’ancrage constitutionnel crée la sécurité des attentes sans laquelle aucun espace de violence ne peut être définitivement refermé. Tous les acteurs – l’État turc, la majorité turque et les Kurdes eux-mêmes – doivent pouvoir s’habituer au fait que les Kurdes existent, qu’ils ont des droits et que les deux sont normaux. L’habituation n’est pas un mot faible ici ; c’est le cœur du sujet. La paix n’est rien d’autre qu’une normalité sur laquelle on peut compter. L’hypothèse du contact de Gordon Allport montre que les préjugés et les sentiments de menace diminuent lorsque les groupes se rencontrent dans des conditions de statut égal. Mais le statut égal suppose l’égalité juridique. Et la confiance ne se crée pas par des appels, mais par des institutions qui garantissent les attentes : ce n’est que lorsque les droits ne dépendent plus du bon vouloir du gouvernement en place que le système nerveux collectif des deux côtés pourra s’apaiser.

Il ne s’agit pas seulement de paragraphes juridiques. Il s’agit de restituer sa dignité à une identité qui a été niée, criminalisée et marquée du sceau du terrorisme pendant un siècle.

Si l’État turc utilise ce moment pour remplir les espaces par le droit, la reconnaissance et la participation, la « Turquie sans terrorisme » pourra effectivement devenir une Turquie en paix. Erdoğan, quels que soient ses motifs, s’érigerait ainsi un monument là où des générations de gouvernements et de généraux ont échoué. Une telle paix résonnerait bien au-delà de la Turquie, dans une région qui n’a guère besoin de rien de plus urgent que la preuve qu’un conflit centenaire peut prendre fin sans vainqueurs ni vaincus. Si, en revanche, l’État comprend la capitulation de l’adversaire comme une permission de tout laisser en l’état, l’espace se rouvrira : peut-être pas demain, peut-être pas avec les mêmes acteurs, mais avec la même logique de blessure, de peur et de défiance. Ce ne sont pas les personnes qui doivent changer, mais les espaces dans lesquels elles agissent et les conditions dans lesquelles elles se perçoivent les unes les autres. Celui qui veut la paix doit donner aux Kurdes ce qui leur a été refusé pendant un siècle – rien de plus, mais pas un millimètre de moins : la certitude évidente, constitutionnellement garantie, qu’ils existent et que leur identité a une dignité.

Dr. Jan Ilhan Kizilhan est psychologue, auteur et éditeur, expert en psychotraumatologie, traumatismes, terrorisme et guerre, psychiatrie transculturelle, psychothérapie et migration.

Article (en anglais) publié sur le site Rudaw « A political-psychological analysis of the PKK-Ankara peace process«