KURDISTAN. Colère des Kurdes de Şeladize face à l’occupation turque

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IRAK / KURDISTAN – Les Kurdes de la région de Şeladize, dans le district d’Amédiye (province de Duhok), se mobilisent contre la fermeture prolongée de la route de Rêkan (ou routes menant aux zones rurales comme Bergare). Cette route est inaccessible depuis plusieurs années en raison des opérations militaires turques dans la région.

L’armée coloniale turque a restreint l’accès à de nombreuses zones, affectant plus d’une vingtaine de villages (et souvent bien plus selon les périodes). Des centaines de villages dans le district d’Amédiye ont été évacués ou rendus difficilement accessibles à cause des combats, des bombardements et des mesures de sécurité. En février 2026, des villageois ont bloqué la route principale Amédiye-Şeladize pour protester, réclamant le retour sur leurs terres pour la saison agricole. Les autorités locales ont ensuite autorisé un accès « à leurs risques et périls ».

Contexte et impacts sur les populations locales

Les opérations turques visent principalement les positions du PKK, qui dispose de bases et de combattants dans les zones montagneuses du Kurdistan irakien. Ces opérations incluent des frappes aériennes, des drones, de l’artillerie et parfois des incursions terrestres, entraînant des restrictions importantes pour les civils : fermeture de routes, interdiction d’accès aux terres agricoles et forêts, et déplacements forcés.

Villages affectés : Selon les autorités locales, environ 160 villages restaient vides ou partiellement inaccessibles dans le district d’Amédiye en 2025 pour des raisons de sécurité. Des centaines de villages dans la province de Duhok ont été impactés sur le long terme.

Détails sur les victimes civiles

Les opérations turques ont causé des victimes civiles documentées, principalement lors de frappes aériennes ou d’artillerie dans des zones rurales où des paysans, bergers ou familles se trouvaient. Voici des exemples vérifiés :

2024-2025 : Plusieurs incidents rapportés par Airwars et des sources locales. Par exemple, en mars 2024 près de Shiladze (Mont Gara), deux agriculteurs tués et un blessé dans une frappe turque. D’autres cas incluent des blessés dans des zones comme Batoufa ou des villages près de Şeladize.

Incident notable antérieur : Bombardements turcs ayant tué 4 civils dans la région d’Amédiye, suivis de manifestations à Şeladize où des tirs ont tué 2 manifestants et blessé 16 autres.

Bilan plus large : Des organisations de monitoring (comme Community Peacemaker Teams ou Airwars) documentent des dizaines de civils tués ou blessés sur plusieurs années dans le nord de l’Irak, avec des pics lors des grandes opérations. Des terres agricoles brûlées, des infrastructures endommagées (écoles, usines, routes) et des déplacements de familles complètent les impacts. Des centaines de civils ont été affectés sur la décennie, avec des villages entiers vidés.

L’Australie l’a renvoyé à la Papouasie-Nouvelle-Guinée; : un réfugié kurde au seuil de la mort

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Les défenseurs des droits humains appellent à la libération immédiate du réfugié kurde originaire du Kurdistan d’Iran (Rojhilat), Hatem Yekta, détenu en Papouasie-Nouvelle-Guinée et dont l’état s’aggrave.
 

Le gouvernement australien a accepté de verser 20 millions de dollars australiens d’indemnités à des dizaines de réfugiés détenus il y a près de vingt ans dans des centres de détention controversés situés en plein désert.

Cette décision intervient alors que des défenseurs des droits humains réclament la libération urgente de Hatem Yekta, un demandeur d’asile kurde de 36 ans originaire du Rojhilat (Kurdistan iranien), dont l’état de santé se détériore gravement en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Un règlement à l’amiable pour le camp de Woomera

L’Australie a conclu un accord extrajudiciaire avec 38 anciens détenus du centre de Woomera, en Australie-Méridionale. Ce camp, ouvert en 1999 dans le désert, avait accueilli environ 1 500 personnes, principalement des Irakiens et des Afghans, dont un tiers d’enfants.

Réputé pour ses conditions de vie déplorables, Woomera a été le théâtre de grèves de la faim spectaculaires — dont des sutures des lèvres —, d’émeutes et de tentatives d’évasion. Le centre avait suscité une vive indignation internationale avant sa fermeture en 2003.

Le cabinet Shine Lawyers, qui représentait les plaignants, a salué un règlement obtenu par médiation. « Aujourd’hui est un jour important, mais aussi un jour triste, car certains membres du groupe sont décédés avant d’avoir pu obtenir justice », a déclaré l’avocat Nicholas Kechin.

Le cas critique de Hatem Yekta

Parallèlement à cette annonce, l’organisation Refugee Action Coalition a attiré l’attention sur le sort de Hatem Yekta, transféré en 2013 sur l’île de Manus par les autorités australiennes dans le cadre de sa politique d’externalisation.

Détenu depuis plus de douze ans, Yekta présente aujourd’hui un effondrement complet de son état physique et psychologique. Hospitalisé à Port Moresby, il apparaît extrêmement amaigri et épuisé sur les photos récemment diffusées.

Ian Rintoul, porte-parole de l’organisation, décrit son cas comme « un exemple tragique » parmi une dizaine d’ancien détenus de Manus dont la santé mentale s’est gravement dégradée en raison des conditions de détention. Il exige son transfert immédiat vers un pays tiers pour recevoir des soins appropriés, seul moyen, selon lui, de lui sauver la vie.

Le gouvernement australien maintient pour sa part que, depuis l’expiration de l’accord avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée en 2022, la responsabilité de ces personnes incombe entièrement aux autorités papouasiennes. (Rudaw)

Eva Maria Michelmann est libre et de retour en Allemagne

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ALLEMAGNE – La journaliste allemande Eva Maria Michelmann a été libérée et est rentrée en Allemagne. Elle avait été enlevée mi-janvier à Raqqa, en Syrie, par des mercenaires de Damas, en compagnie de son collègue kurde Ahmed Polad en pleine guerre contre le Rojava.

Pendant plusieurs semaines, le sort de la journaliste est resté incertain. L’affaire n’a été rendue publique qu’après que des journalistes, des proches et des membres de sa famille, soutenus par des contacts au nord et à l’est de la Syrie (Rojava) ainsi qu’une équipe juridique, ont alerté sur sa disparition et celle de son collègue. Une campagne de pression publique a finalement abouti à sa libération et à son exfiltration de Syrie.

Aucune information n’a, en revanche, été communiquée sur le sort d’Ahmed Polad. De vives inquiétudes persistent quant à sa vie, illustrant une nouvelle fois la vulnérabilité extrême et les injustices auxquelles sont confrontés les professionnels kurdes sur le terrain.

SYRIE. Un ancien responsable de l’Administration du Rojava assassiné à Deir ez-Zor.

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SYRIE / ROJAVA – Un ancien responsable de l’Administration arabo-kurde a été assassiné et deux de ses fils blessés dans une attaque armée perpétrée par des hommes armés dans la campagne orientale de Deir ez-Zor.

Selon les informations obtenues par l’Observatoire syrien des droits de l’homme, les assaillants ont ouvert le feu directement sur l’ancien fonctionnaire alors qu’il se trouvait en compagnie de ses deux fils dans la localité d’Al-Jardhi, à l’est de Deir ez-Zor. Le père a succombé à ses blessures sur place, tandis que ses fils ont été touchés à des degrés divers. Ils ont été transférés vers un établissement médical pour y recevoir les soins nécessaires. Les tireurs ont pris la fuite en direction inconnue.

Le défunt, originaire de la ville d’Abu Hardoub, avait occupé le poste de chef des conseils locaux de la région de Hajin au sein des institutions de l’Administration autonome à l’époque où celle-ci contrôlait la zone.

Cet assassinat s’inscrit dans un climat d’insécurité chronique qui règne dans les zones rurales de Deir ez-Zor, où les assassinats ciblés et les opérations armées contre des civils, d’anciens responsables et des notables locaux se multiplient. Les autorités en place peinent à mettre fin à ces violences et à identifier leurs auteurs.

Une ONG saisit l’ONU pour les crimes ciblant les Kurdes à Afrin

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SYRIE / ROJAVA – L’organisation syrienne de défense des droits humains, Syriens pour la vérité et la justice (Syrians for Truth and Justice, STJ) a soumis une plainte officielle aux Rapporteurs spéciaux des Nations Unies (ONU) concernant les détentions arbitraires systématiques, la torture, les disparitions forcées et la discrimination ethnique visant les Kurdes dans le canton d’Afrin.

Syrians for Truth and Justice (STJ) attire l’attention de l’ONU sur le schéma systématique et persistant de violations graves des droits humains commis à l’encontre de la population kurde d’Afrin et de ses environs, dans le nord-ouest de la Syrie. Depuis la prise de contrôle de la région par les forces turques et les factions armées syriennes qu’elles soutiennent en mars 2018, ces violations — détentions arbitraires, torture, disparitions forcées, extorsion financière et discrimination ethnique — se poursuivent de manière continue, y compris en 2024 et 2025, après la chute du régime d’Assad et la mise en place du gouvernement de transition syrien.

Cette plainte s’appuie sur 41 témoignages directs recueillis au second semestre 2025, ainsi que sur des documents, rapports et sources ouvertes provenant d’organes des Nations Unies et d’organisations internationales de défense des droits humains. Ces éléments démontrent que les exactions ne constituent pas des incidents isolés, mais s’inscrivent dans une politique récurrente et structurée, dont les méthodes évoluent tout en conservant la même logique répressive.

Les témoignages recueillis révèlent un cycle cohérent et interdépendant d’abus : arrestations arbitraires, souvent fondées sur une présomption d’affiliation aux YPG, aux FDS ou à l’ancienne Administration autonome, suivies de transferts vers des centres de détention officiels ou clandestins, de séances de torture ou de traitements inhumains, d’extorsion financière en échange d’une libération, et, dans de nombreux cas, de disparitions forcées. Ces violations s’accompagnent fréquemment d’insultes ethniques et de rhétorique discriminatoire.

La particulière gravité de la situation tient à sa persistance bien après la transition politique à Damas. Les pratiques répressives n’ont pas été démantelées, mais semblent s’être réintégrées au sein des nouvelles structures de pouvoir. Cette continuité s’inscrit dans un climat général d’impunité, marqué par le maintien de centres de détention non officiels et la disparition prolongée de plusieurs victimes.

Des rapports antérieurs de la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie (COI-Syrie) publiés en 2018, 2020 et 2022 avaient déjà documenté ces mêmes violations à Afrin, attestant que les acteurs concernés en avaient connaissance depuis plusieurs années.

La plainte ne porte pas uniquement sur des violations historiques, mais sur des abus graves et toujours en cours, dont les conséquences humanitaires et juridiques perdurent aujourd’hui. Elle intervient dans un contexte où le décret présidentiel n° 20 de 2025, qui crée la Commission nationale pour la justice transitionnelle, se limite aux crimes commis par l’ancien régime d’Assad, laissant craindre une large impunité pour les violations commises par d’autres acteurs.

Face à cette situation, le STJ exhorte l’intervention urgente de l’ONU pour mettre fin aux violations en cours, protéger les victimes et leurs familles, garantir un minimum de responsabilité et prévenir de nouvelles exactions.

 

TURQUIE. Un gourou islamiste libéré malgré une peine de prison pour un mariage d’enfant

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TURQUIE – Yusuf Ziya Gümüşel, figure importante de la secte İsmailağa, a été libéré de prison hier sous contrôle judiciaire, malgré sa condamnation à 19 ans et 9 mois de prison pour avoir marié religieusement sa fille de 6 ans à un homme de 29 ans et pour maltraitance.

Fin 2023, Gümüşel avait été reconnu coupable d’avoir infligé des sévices à sa fille HKG sous couvert d’un « mariage religieux » avec Kadir İ. Le scandale avait éclaté en 2020 lorsque la jeune femme, alors âgée de 24 ans, avait révélé publiquement les faits.

La Fondation Hiranur, fondée par Gümüşel, a annoncé sa libération sur les réseaux sociaux en remerciant « les fonctionnaires qui ont contribué » à cette décision. Ahmet Mahmut Ünlü, prédicateur influent connu sous le nom de Cübbeli Ahmet, a salué la libération et s’est rendu à la sortie de la prison pour accueillir l’intéressé. Il a notamment remercié le journal progouvernemental Yeni Şafak pour sa couverture de l’affaire.

Réactions indignées

La Plateforme des femmes pour l’égalité (EŞİK) a vivement dénoncé cette libération dans un communiqué :

« Cette décision montre à quel point les communautés religieuses sont protégées, même dans des affaires de maltraitance d’enfants. Elle renforce le sentiment d’impunité et mine la confiance dans la justice. »

La plateforme dénonce l’influence des sectes sur le pouvoir judiciaire, révélée notamment par l’aveu d’un chef religieux ayant tenu « deux réunions importantes » pour obtenir cette libération. Elle met en garde contre l’application d’un « droit confessionnel » au détriment du droit laïque et rappelle que les droits des enfants et des femmes ne sont pas négociables.

« Nous ne nous soumettrons pas à la loi sectaire. Nous n’abandonnerons ni nos vies, ni nos droits, ni nos rêves. »

L’affaire en détail

En 2020, HKG a porté plainte en révélant avoir été mariée religieusement à l’âge de 6 ans à Kadir İ., alors âgé de 29 ans. Les éléments du dossier sont particulièrement accablants : enregistrements audio dans lesquels l’homme admet avoir eu des relations sexuelles avec elle alors qu’elle était mineure, photos de la fillette en robe de mariée, et témoignages.

Malgré une première enquête ouverte en novembre 2020, l’affaire n’a progressé que grâce à l’indignation publique en décembre 2022. Le procès s’est conclu en octobre 2023 par la condamnation de Yusuf Ziya Gümüşel à 19 ans et 9 mois de prison et de Kadir İ. à 30 ans.

Le dossier contient également des éléments troublants de falsification : en 2012, alors que HKG avait 16 ans et présentait des symptômes suspects, des prélèvements osseux ont été effectués sur une autre femme pour la faire passer pour majeure, entraînant la fermeture de l’enquête de l’époque.

Comment l’Iran a bâti un empire par franchise : l’économie de la guerre par procuration

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IRAN / KURDISTAN – À Washington, tous dressent le même constat : Hassan Nasrallah est mort. Bachar el-Assad est à Moscou. Ali Khamenei, l’homme qui a bâti et financé l’Axe de la Résistance pendant trente-sept ans, a été tué dans sa résidence en février, dès les premières heures de la campagne conjointe américano-israélienne. Les sites nucléaires iraniens ont été bombardés ; ses alliés en Irak ont été pilonnés par les frappes aériennes américaines. Et dimanche, les États-Unis et l’Iran ont annoncé un accord pour mettre fin à la guerre et rouvrir le détroit d’Ormuz, dont la signature est prévue le 19 juin en Suisse. L’Axe de la Résistance, de l’avis général, est fini.

Le consensus actuel est celui de la correction du mauvais examen.

L’Iran n’a jamais bâti d’alliance militaire. Il a bâti une économie : un système de milices, de ministères, de filières de contrebande et de services sociaux qui transforme la faiblesse des États hôtes en une puissance durable. Les armées peuvent être détruites par des frappes aériennes. Les économies, non. On pourrait parler d’économie de guerre par procuration : le projet d’expansion impériale le plus rentable du XXIe siècle, et après les deux années les plus sombres de son histoire, il remplit parfaitement sa fonction : s’adapté.

L’architecture proxy

La méthode iranienne n’a jamais été compliquée. Trouver un État fracturé. Exploiter un grief légitime. Financer un groupe armé, puis l’intégrer si profondément dans la vie politique, la masse salariale, la propagande et les services publics du pays hôte que son élimination équivaut à démanteler l’État lui-même.

« Le seul endroit où ce modèle a échoué – la Syrie – confirme la règle. Assad était un client, pas un intermédiaire. »

Au Liban, le Hezbollah est devenu un État dans l’État : hôpitaux, écoles, réseau satellitaire et une force qui, pendant des décennies, a surpassé l’armée nationale en armement. En Irak, les Forces de mobilisation populaire (al-Hachd al-Chaabi) ont combattu Daech aux côtés des troupes soutenues par les États-Unis, puis ont été payées par le trésor de Bagdad tout en répondant, stratégiquement, à Térean. Au Yémen, les Houthis ont survécu à une décennie de domination aérienne saoudienne et prélèvent désormais des taxes sur les ports qu’ils contrôlent. Rien de tout cela n’a nécessité l’intervention d’une division iranienne pour franchir une frontière ; seuls de l’argent, de la patience et une mythologie de la résistance suffisamment flexible pour transcender les clivages religieux et nationaux ont suffi.

Le seul endroit où ce modèle a échoué – la Syrie – confirme la règle. Assad était un client, et non un intermédiaire. Lorsque son armée s’est dissoute en décembre 2024, aucun réseau intégré n’a pu enrayer sa chute.

L’économie du pouvoir asymétrique

Le calcul est stupéfiant. L’Amérique a dépensé plus de deux mille milliards de dollars en Irak et en Afghanistan sans parvenir à s’assurer la loyauté des institutions. L’Iran, quant à lui, a dépensé une fraction de cette somme et a bâti des réseaux qui ont perduré bien au-delà de pfic présidences américaines.

« Les informations divulguées par le Trésor indiquent que les Gardiens de la révolution ont transféré environ un milliard de dollars au Hezbollah au cours des dix premiers mois de 2025. »

Ces flux financiers constituent un levier, non un soutien vital. Selon les informations du Trésor américain, les Gardiens de la révolution ont transféré environ un milliard de dollars au Hezbollah au cours des dix premiers mois de 2025, alors même que Téhéran réduisait ses subventions intérieures. Un avis du Trésor estime qu’environ dix milliards de dollars de recettes pétrolières iraniennes blanchies transitent chaque année par des sociétés écrans vers la Force Qods. Les Houthis ont généré des milliards entre 2022 et 2024 simplement en taxant les carburants sur les territoires qu’ils contrôlent.

Ces chiffres ne décrivent pas un mécène signant des chèques, mais un capital d’amorçage pour des franchises qui apprennent à s’autofinancer. Les Forces de mobilisation populaire (FMP) puisent des milliards dans le budget fédéral irakien ; leur branche commerciale décroche des contrats gouvernementaux malgré les sanctions américaines. Le génie de l’Iran n’a jamais résidé dans les dépenses militaires, mais dans la conception institutionnelle : des organisations qui répondent aux besoins locaux, captent les recettes locales et deviennent moins dépendantes de Téhéran sans pour autant se désengager de la politique iranienne. Il ne s’agit pas de charité, mais de capital-risque.

Les limites de la force

Rien de tout cela ne remet en cause les résultats des frappes américano-israéliennes : elles ont affaibli l’arsenal du Hezbollah, éliminé une génération de commandants et freiné le programme nucléaire iranien. Mais la théorie du « frapper d’abord » repose sur une erreur d’appréciation : celle de considérer le réseau comme une hiérarchie, et les hiérarchies s’effondrent lorsqu’on en élimine le chef. L’assassinat de Qassem Soleimani en 2020 visait à paralyser la Force Qods ; celle-ci s’est réorganisée en quelques mois. L’élimination de Nasrallah in 2024 était censée anéantir le Hezbollah ; en juin dernier, un missile du Hezbollah a tué un soldat israélien le premier jour d’un cessez-le-feu. Puis vint l’assassinat de Khamenei lui-même. Si la décapitation avait été une stratégie efficace, elle l’aurait été à ce moment-là. Au lieu de cela, l’Iran a continué le combat pendant des semaines et a atteint la table des négociations, et non la cérémonie de capitulation.

« Les alliés de l’Iran sont des groupes armés, mais aussi des employeurs, des organisations caritatives et des partis politiques. »

Téhéran, témoin de l’assassinat de ses commandants pendant deux décennies, a délibérément décentralisé son pouvoir, externalisant l’autorité, les financements et la production d’armements afin qu’aucune mort ne soit fatale. La priorité absolue du régime iranien a toujours été sa propre survie, et non l’intérêt national – une survie acquise systématiquement au détriment de ses citoyens. Ces derniers ont vu leurs subventions disparaître au profit de milices étrangères, tandis que leur avenir était hypothéqué à l’étranger. Ils ne sont pas l’ennemi – ils sont les premières victimes du régime.

« Cette nuit-là, à l’hôtel, ils nous ont fait descendre au rez-de-chaussée au moment où j’entendais les drones s’écraser. Le message de telles frappes est toujours le même : vous êtes à portée, et vos amis américains sont loin. »

Voici une vérité dérangeante : on ne peut pas bombarder une masse salariale. On ne peut pas rendre un hôpital insignifiant par des sanctions alors qu’il est le seul. Les alliés de l’Iran sont des groupes armés, mais aussi des employeurs, des organisations caritatives et des partis politiques. Les armes militaires atteignent l’une de ces entités.

Les autres enjeux sont économiques et politiques – des compétitions que les États-Unis sont bâtis pour gagner, grâce à l’investissement, aux opportunités et à l’attrait d’une offre plus avantageuse. Et si Washington ne fait pas cette offre, d’autres le feront. Pékin apporte des ports et des prêts pour les infrastructures ; Moscou, des armes et des garanties de sécurité. L’ambition de la Chine est régionale, non locale : se rendre indispensable dans toute la région, jusqu’à ce que l’influence américaine ne soit pas vaincue, mais simplement rendue superflue. Un Moyen-Orient que l’Amérique refuse de diriger est un Moyen-Orient qu’elle abandonne à son sort.

Vue depuis le sol

J’ai vécu à Erbil, capitale du Kurdistan irakien. Là-bas, l’économie de la guerre par procuration n’est pas une abstraction. Ce sont les points de contrôle des FMP sur la route du sud, les roquettes sur l’aéroport d’Erbil et, en mars dernier, le drone qui a frappé la maison du président de la région du Kurdistan à Duhok. Je repérais des lieux de tournage dans la ville. Ce soir-là, à l’hôtel, on nous a fait descendre au rez-de-chaussée quand j’ai entendu les drones s’écraser. Le message de ces frappes est toujours le même : vous êtes à portée, et vos amis américains sont loin.

Les communautés que les cliniques du Hezbollah et les contrats des FMP servent ne sont pas des dupes. Elles font des choix rationnels là où leur État les a abandonnées. C’est là le génie et la cruauté du système : il comble tous les vides laissés par une gouvernance légitime. On ne le vainc pas en creusant ces vides, mais en proposant une meilleure alternative.

Comment cela se termine

L’accord à venir servira de modèle à tout ce qui suivra. Il rouvre le détroit d’Ormuz, troque l’allègement des sanctions contre des limitations nucléaires – et ne dit rien des alliés. Israël a déjà refusé de se retirer du Liban. Les questions épineuses ont été reportées, ce qui signifie qu’elles seront tranchées non pas en Suisse, mais lors des négociations budgétaires à Bagdad et dans les salles du gouvernement à Beyrouth. C’est ainsi que l’hégémonie iranienne survit à une guerre perdue : l’État signe l’accord, et le réseau conserve le terrain. Téhéran peut se permettre des concessions sur l’enrichissement et les centrifugeuses précisément parce que son véritable instrument de puissance régionale n’a jamais été la bombe. C’était la masse salariale.

Alors, observez la suite. Le « désarmement » rimera avec intégration : les groupes armés par procuration rendront leurs roquettes les plus anciennes, conserveront leurs revenus les plus récents et arboreront les uniformes des États qu’ils ont conquis. Au Liban, l’armée achève la première phase au sud du Litani tandis que le Hezbollah tergiverse sur la deuxième ; en Irak, les milices annoncent que leurs armes passeront « sous contrôle étatique » – une manœuvre, non une reddition. Les batailles décisives seront d’ordre financier. Et la région du Kurdistan devient le terrain d’expérimentation. Les Kurdes ont résisté à la mainmise des groupes armés par procuration pendant trente ans tout en demeurant un partenaire américain efficace ; ils subissent désormais les représailles du réseau au nom de Washington. Si l’accord laisse Erbil vulnérable, chaque partenaire fragile de la région conclura que l’alignement sur les États-Unis est un handicap – et l’économie par procuration héritera du terrain par défaut.

L’économie de la guerre par procuration s’est construite sur quatre décennies grâce à ceux qui avaient compris que, dans les États en ruine, la force prime sur la capacité d’agir. Les États-Unis détiennent tous les atouts qui comptent réellement dans ce conflit. Leur économie, leurs institutions et leurs alliances sont des forces qu’aucun rival ne peut égaler. La question n’a jamais été de savoir si l’Amérique disposait des moyens nécessaires, mais seulement si elle saurait les utiliser à bon escient.

Les bombes sont tombées. L’accord sera signé. Et quelque part à Bagdad cette semaine, la paie d’un milicien a été versée à temps au Trésor public.

Par Hayman Homer, cinéaste et analyste politique kurde-américain dont le travail se situe à la croisée du cinéma, de la politique et de la diplomatie. Il écrit sur les affaires du Moyen-Orient et la politique étrangère américaine.

Texte original à lire sur le site The Amargi : « How Iran franchised an empire: the proxy war economy »

ROJAVA. L’armée turque provoque des incendies de champs à Zigran

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SYRIE / ROJAVA – L’armée turque est accusée d’avoir provoqué des incendies qui ont ravagé de vastes étendues de cultures à Zirgan, dans la région de Jazeera. Selon des sources locales, les feux auraient été provoqués par des bases militaires turques présentes dans la zone, avant de se propager rapidement aux champs de céréales et aux villages voisins.

Les équipes de pompiers de Hasaka, renforcées par des unités supplémentaires, luttent activement aux côtés des habitants pour maîtriser les flammes et empêcher leur propagation à d’autres terres agricoles.

Jusqu’à présent, de grandes surfaces de cultures ont été détruites. Les opérations de lutte contre l’incendie se poursuivent. (Via ANHA)

TURQUIE. Le massacre des Kurdes de Koçgiri – Deuxième partie

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TURQUIE / KURDISTAN – Le soulèvement des Kurdes de Koçgiri a été écrasé par État turc le 17 juin, suivi de massacres, de la destruction de villages et du dépeuplement de la région.

L’histoire du Kurdistan est marquée par une longue résistance, des épopées héroïques, mais aussi par des trahisons répétées. Le traité de Sèvres, signé par l’Empire ottoman défait après la Première Guerre mondiale, et les Quatorze Points de Wilson avaient fait naître un immense espoir chez les intellectuels et notables kurdes.

La Société pour l’essor du Kurdistan (Kürdistan Teali Cemiyeti), fondée à Istanbul le 19 décembre 1918, intensifia son action en ouvrant 19 sections à travers le Kurdistan. L’une d’elles, celle d’Imranli (Ümraniye), était dirigée par Haydar Bey, chef influent des tribus Koçgiri.

La délégation consultative : une tactique dilatoire

Le gouvernement d’Ankara, inquiet de voir le mouvement s’étendre à Dersim, chercha à gagner du temps. Le gouverneur de Sivas, Cemal Bey, forma une « délégation consultative » composée de Mehmet Şefik Bey et de Hakkı Bey de Dersim. Après l’envoi de télégrammes aux tribus, la délégation quitta Sivas le 7 mars 1921. Elle arriva à Zara le 8 mars et à Imranli le 10 mars.

Une réponse des tribus de Dersim était déjà parvenue : « Depuis longtemps, l’armée recense musulmans et non-musulmans dans notre région. Cela prouve son intention d’éliminer les Kurdes. L’autodéfense est donc notre seule option. »

Les chefs koçgiri acceptèrent initialement les promesses de la délégation. Pourtant, tandis que celle-ci poursuivait ses efforts, l’état-major préparait une offensive militaire. Le même jour que la création de la délégation, l’état-major ordonna des mesures pour « discipliner » la région et désigna les unités concernées. Le 8 mars, un télégramme alerta le commandement de l’armée de l’Est ; le 9 mars, l’armée centrale fut mobilisée à Sivas.

Le 10 mars, le Conseil des ministres proclama la loi martiale dans le sandjak d’Erzincan, les districts de Divriği et Zara (province de Sivas) et la province d’Elazığ. Les appels des tribus restèrent sans réponse. Comprenant qu’on les berçait d’illusions, les Koçgiri passèrent à l’action.

Escalade et affrontements (mars-avril 1921)

Le 13 mars 1921, Alişêr Efendi entra dans le district de Kuruçay et prit en otage le gouverneur, des fonctionnaires et plusieurs notables. Le même jour, le Conseil des ministres étendit les pouvoirs de Nurettin Pacha, commandant de l’armée centrale. Le 14 mars, un ordre confidentiel fixa le début de l’opération militaire au 3 avril.

Les forces turques se déployèrent : 14e division de cavalerie à Sivas, 5e division caucasienne à Yozgat, bataillon d’assaut à Reşadiye, bataillon de Giresun commandé par Topal Osman à Refahiye, etc. Les ponts sur l’Euphrate furent bloqués pour isoler la région.

Nurettin Pacha proposa une amnistie générale, mais Mustafa Kemal et le gouvernement la rejetèrent et ordonnèrent le recours à la force. Ces préparatifs renforcèrent la crainte des Kurdes alévis de subir le même sort que les Arméniens quelques années plus tôt.

Face à l’absence de réponse à leurs appels pacifiques, les Kurdes de Koçgiri se soulevèrent massivement à partir du 23 mars. Femmes et enfants se réfugièrent dans les montagnes et les grottes. Les routes vers Dersim étant coupées, les combattants, armés de ce qu’ils possédaient, attaquèrent plusieurs districts (Bolucan, Kuruçay, Kemah). Les insurgés désarmaient généralement les soldats et fonctionnaires capturés avant de les libérer.

Le 5 avril, Alişêr Efendi lança avec environ 600 hommes une attaque contre Refahiye pour s’emparer de l’unité de Topal Osman. Après deux jours de combats acharnés, les forces turques, supérieures en artillerie et mitrailleuses, repoussèrent l’assaut. Les corps de 60 combattants kurdes furent exposés publiquement, provoquant une vive colère chez les Alévis. Jusqu’alors, les insurgés n’avaient tué aucun prisonnier.

Le soulèvement manquait cependant d’un commandement unifié. Les chefs tribaux combattaient de manière dispersée, dans une guerre irrégulière. Le 6 avril, la mort de Karmanlı Nuri, important leader d’Imranli, porta un coup au moral des insurgés.

Proposition d’autonomie et répression

Le 8 avril 1921, plusieurs chefs de Koçgiri et de Dersim, sur proposition d’Alişêr, envoyèrent un télégramme à la Grande Assemblée nationale. Ils demandaient la création d’une province autonome englobant Koçgiri, Zara, Divriği, Refahiye, Kuruçay et Kemah, administrée par un gouverneur kurde assisté d’un administrateur turc. Ils avertissaient que, sans réponse équitable, le soulèvement pourrait s’étendre à Erzincan, Van et Diyarbakır. En gage de bonne volonté, ils libérèrent plusieurs otages.

Ces revendications faisaient écho à l’article 11 de la Loi sur l’organisation fondamentale du 20 janvier 1921, qui prévoyait une large autonomie locale pour les provinces. Ces dispositions ne furent jamais appliquées.

Après l’échec de la délégation consultative, Haydar Bey appela son frère Alişan Bey à Dersim à l’aide, avertissant d’un risque de massacre comparable à celui des Arméniens. Environ 500 hommes de Dersim vinrent soutenir les Koçgiri.

Les massacres d’avril-juin 1921

Le 10 avril 1921, l’armée centrale lança une vaste offensive de destruction. Villages incendiés, populations massacrées, pillages systématiques marquèrent la campagne. Pusansê (Çengerli) fut entièrement rasé le 11 avril. Les tribus de Dersim venues en renfort subirent de lourdes pertes.

Nurettin Pacha utilisa une propagande habile pour diviser : il souligna l’identité alévie des Koçgiri auprès des tribus sunnites et leur identité kurde auprès des villages turcs alévis. Des tribus alliées (Balaban, Kureyşan, Abasan) bloquèrent les routes d’évasion. Des centaines de civils fuyant les combats furent tués.

Fin mai, environ 500 combattants avaient été tués. Plus de 50 chefs tribaux, dont Haydar Bey, s’étaient rendus début juin. Alişan Bey et Alişêr Efendi figuraient parmi les fugitifs.

Au total, 1 703 houses kurdes furent incendiées (1 403 à Zara, 125 à Refahiye, etc.). Des milliers de têtes de bétail et de charrettes de céréales furent pillées et envoyées vers Giresun, où Topal Osman les écoulait. Des centaines d’otages furent déportés à Sivas ; certains, comme Zalim Çavuş et Seyit Ezîz, furent exécutés.

Le soulèvement fut totalement réprimé le 17 juin 1921. Des villages entiers furent détruits. Ebubekir Hazım Tepeyran, ancien gouverneur de Sivas, évoqua 132 villages ruinés, des centaines de morts et des milliers de personnes condamnées à la faim et à la misère. Le député Emin Bey dénonça les exactions, viols et pillages commis sous les ordres de Nurettin Pacha.

Le rapport d’enquête et les suites

La Commission d’enquête parlementaire sur Koçgiri confirma les destructions massives, le pillage et environ un millier de morts. Le Parlement vota une amnistie générale, motivée en partie par les besoins politiques d’Ankara face à d’autres foyers de résistance.

Aucune poursuite sérieuse ne fut engagée contre Nurettin Pacha ni Topal Osman, protégés par Mustafa Kemal. Nurettin Pacha devint député ; Topal Osman fut tué en 1923 dans d’autres circonstances. Le gendre de Nurettin, Abdullah Alpdoğan, jouerait un rôle majeur dans le massacre de Dersim en 1937-1938.

Alişan Bey se rendit et fut amnistié. Haydar Bey et d’autres rentrèrent à Imranli. Alişêr Efendi, poète, barde et leader charismatique, refusa de se rendre. Avec son épouse Zarîfe, il se réfugia dans une grotte du mont Tujik sur les conseils de Seyit Rıza. Le 9 juillet 1937, ils furent assassinés dans une embuscade tendue par des collaborateurs de l’État. Leurs têtes furent présentées à Abdullah Alpdoğan.

Le soulèvement de Koçgiri reste un chapitre tragique et fondateur de la résistance kurde moderne : une révolte animée par l’espoir d’autonomie ou d’indépendance, brisée par la force militaire et la division, mais dont la mémoire perdure dans la conscience collective kurde. (ANF)

SYRIE. Damas et Ankara accusés d’avoir activé leurs cellules dormantes au Rojava

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SYRIE / ROJAVA – Les services de renseignement turcs (MIT) et le HTS ont réactivé leurs cellules dormantes au Rojava dans le cadre d’une campagne coordonnée visant à démanteler les acquis kurdes et à déstabiliser la région, signale le site Lêkolîn.

Selon des informations détaillées publiées par le site Lêkolîn, cinq groupes armés sont désormais opérationnels dans la région de Til Berak (Tall Brak). Ces cellules ont pour mission principale de mener des opérations ciblées contre des commandants et responsables des FDS, des YPG, des YPJ, des forces de sécurité intérieure (Asayish) ainsi que certaines personnalités politiques kurdes.

Ces groupes sont directement supervisés par des officiers du MIT et du HTS. Voici leur composition et leurs principaux responsables :

Premier groupe : Dirigé par İsmail Berî el-Mahmud, originaire du village de Til Qasir (sous-district de Til Berak). Il est affilié à des réseaux locaux criminels.

Deuxième groupe : Composé d’individus issus des villages de Tel el-Faris et Esker. Il est dirigé par El Eli (nom de code : El-Ayyaş) et Ahmed Newaf el-Merdû, alias Ebu Kurdo.

Troisième groupe : Formé de membres issus des tribus El-Maamira et El-Bu Hatab. Parmi ses figures les plus actives figurent Ali el-Münis et Ahmed Elrizaq Ebdo, connu sous le nom de code El-Koç.

Quatrième groupe : Dirigé par Eli Mustafa Haluş (nom de code : Ebu Beşar) et son fils Beşar.

Cinquième groupe : Composé notamment des fils d’Abdusselam Ali, de la tribu El Cadde. Leur père utilise le nom de code Ebu Sebu.