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FRANCE. Plus de 30 Franco-Kurdes intègrent les conseils municipaux
SYRIE. Mort atroce d’un Kurde d’Afrin tabassé par des gangs de Damas
L’Iran résiste : une guerre limitée renforce le régime au lieu de le faire tomber
IRAN. Trois autres femmes arrêtées par le régime iranien
La guerre au Moyen-Orient redessine profondément le système régional
SYRIE. Jolani va-t-il intégrer les Peshmergas Roj à l’armée syrienne
L’envoyé présidentiel syrien, Ahmed Al-Hilali (porte-parole de l’équipe présidentielle chargée de l’intégration avec les Forces démocratiques syriennes) aurait déclaré que les Roj Peshmergas, une force armée kurde syrienne entraînée dans la Région du Kurdistan irakien, devraient être invités par Damas à rejoindre les rangs de l’armée syrienne. Selon ses propos relayés par des sources kurdes et des observateurs, l’armée souhaite tirer profit de leurs compétences et de leur expérience acquise lors de la guerre contre l’État islamique (EI/Daech), où ils ont joué un rôle notable aux côtés d’autres forces kurdes.
Les Roj Peshmergas, affiliés au Conseil national kurde syrien (ENKS) et basés principalement en Irak, constituent une alternative historique aux Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les unités YPG/YPJ. Leur intégration potentielle s’inscrit dans le cadre plus large de l’accord d’intégration progressive conclu le 29-30 janvier 2026 entre Damas et les FDS, qui prévoit la fusion des forces kurdes dans les structures étatiques syriennes (ministères de la Défense et de l’Intérieur), avec la création de divisions et brigades spécifiques dans le nord-est (Hasakah et Kobanê). L’envoyé présidentiel, aurait mis en avant les compétences anti-Daech des Roj Peshmergas comme un atout pour renforcer l’armée nationale unifiée.
Cependant, cette perspective suscite des réserves au sein des communautés kurdes syriennes. Il est considéré comme absolument nécessaire que les Roj Peshmergas exigent, en cas d’intégration, d’être déployés uniquement dans les zones à majorité kurde (Rojava/nord-est syrien), afin de préserver la cohésion communautaire et d’éviter des frictions inutiles, tout en gardant à l’esprit l’injustice historique et les souffrances endurées par le peuple kurde. Damas pourrait en effet être tenté de les redéployer dans des régions sensibles et multiethniques comme Soueïda (majoritairement druze) ou les zones côtières habitées par les Alaouites, où les tensions intercommunautaires restent vives depuis la chute du régime précédent et les violences de 2025.
Un tel déploiement hors des zones kurdes risquerait d’exacerber les méfiances entre minorités : les Alaouites et Druzes craignent une marginalisation accrue sous le gouvernement de transition dirigé par Ahmed al-Sharaa, tandis que les Kurdes redoutent une dilution de leur influence sécuritaire et une instrumentalisation contre d’autres groupes. Des observateurs soulignent que l’intégration doit respecter les équilibres ethniques et religieux pour éviter une nouvelle vague de tensions, dans un contexte où l’application de l’accord de janvier reste inégale (retraits partiels, frictions locales à Kobani, incidents lors de Newroz).
Cette annonce intervient alors que les négociations sur l’intégration des FDS se poursuivent, avec des réunions récentes entre le commandant Mazloum Abdi et l’envoyé présidentiel Ziad al-Ayesh. Elle pourrait représenter une tentative de Damas de diversifier ses alliés kurdes et de contourner les blocages avec les FDS, mais elle souligne aussi les défis persistants pour une réconciliation nationale inclusive en Syrie post-conflit.
ROJAVA. Kobanê de nouveau encerclé
Des sources locales et des observateurs font état de mouvements militaires accrus par des factions affiliées au gouvernement de transition syrien dans la campagne sud-est de Kobani, exacerbant les craintes d’escalade un jour après des célébrations de Newroz marquées par des provocations et des violences dans plusieurs régions kurdes.
Selon des rapports concordants, notamment du Syrian Observatory for Human Rights (SOHR) et de sources kurdes, les factions Al-Amshat (Brigade Sultan Suleiman Shah / Abu Amsha) et Al-Hamzat (Division Hamza) — intégrées à la 86e division du ministère de la Défense — sont revenues se positionner dans la ville de Jalbiya (Jalabiya) après un retrait antérieur conforme à l’accord d’intégration du 29 janvier 2026. Ces forces se seraient installées notamment dans l’école locale et auraient multiplié les actes perçus comme provocateurs envers la population kurde au rond-point de Jalbiya, dans un climat de tensions communautaires déjà élevé.
Des renforts et des mouvements de troupes ont également été signalés dans la zone de Kharab Ishk (Kharab Ashk), avec des convois de véhicules venant de directions comme Jarablus, Sirrin et Al-Shuyoukh. Les objectifs précis de ces mobilisations restent flous, mais elles interviennent dans un contexte de non-respect total des engagements de retrait des factions non étatiques des zones kurdes, malgré les progrès partiels de l’accord (retraits progressifs en février-mars, déploiement de forces de sécurité intérieure).
Contexte de l’accord et des frictions persistantes
L’accord du 29 janvier 2026, conclu après l’offensive gouvernementale de janvier contre les zones sous contrôle des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), prévoit :
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Le retrait progressif des factions armées (dont Al-Hamzat et Al-Amshat sous commandement de la Turquie) des villages kurdes.
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Le transfert des positions aux forces de sécurité intérieure (relevant du ministère de l’Intérieur) et à des éléments intégrés des FDS.
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L’intégration des brigades des FDS dans les structures étatiques, y compris une brigade spécifique pour Kobanê.
Cependant, des retards et violations persistent : refus de retrait complet en février (notamment à Jalbiya et Sarin), pillages, destructions (centres de santé à Jalbiya et Sarin), enlèvements et agressions ciblant les Kurdes signalés en mars avant et après les retraits partiels du 5 mars. Ces actes ont alimenté la méfiance, malgré des avancées comme la prise de contrôle par le ministère de l’Intérieur de certains postes à Kobanê fin février.
Incidents liés à Newroz (21 mars 2026)
Les célébrations du Nouvel An kurde ont viré à la tension dans plusieurs zones :
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À Afrin, Azaz, Alep et environs : Agressions physiques contre les Kurdes, incendies de véhicules, pillages des maisons kurdes, confiscation ou brûlage de symboles kurdes, dont les drapeaux du Kurdistan, menaces anti-kurdes.
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À Hassakê et à Qamishlo : Les Kurdes sont descendus dans la rue pour dénoncer les attaques ciblant les Kurdes d’Afrin pendant le Newroz, imposition d’un couvre-feu partiel.
Ces incidents ont déclenché des manifestations (ex. à Qamisho contre les attaques ciblant les Kurdes) et des appels officiels à promouvoir la coexistence.
Risques d’escalade
La région reste fragile : malgré l’intégration en cours et des gestes comme des échanges de prisonniers ou des ouvertures de routes, la présence persistante de factions comme Al-Amshat et Al-Hamzat — accusées historiquement d’abus contre les Kurdes — alimente les craintes. Les incidents de Newroz (nouvel-an kurde) ont accru les divisions ethniques, dans un contexte où la ville kurde de Kobanê subit encore des restrictions (accès, services) et où la consolidation du pouvoir central reste inégale.
Des appels à une application stricte de l’accord et à la désescalade se multiplient. La situation évolue très rapidement.
KURDISTAN. Nouvelle attaque contre les peshmergas à Silêmanî
Le ministère des Affaires des Peshmergas (MoPA) du gouvernement régional du Kurdistan a annoncé qu’une base des forces Peshmergas située dans la région de Chamchamal (gouvernorat de Souleimaniye) avait été visée dans la nuit précédente par un drone chargé d’explosifs.
« Nous condamnons fermement cette attaque, qui vise délibérément à saper la sécurité et la stabilité de la région », a déclaré le ministère dans un communiqué officiel.
Il a ajouté : « Ces attaques répétées contre les positions des Peshmergas interviennent dans un contexte régional particulièrement sensible et complexe. » Le MoPA a une nouvelle fois appelé le commandant en chef des forces armées irakiennes, le Premier ministre Mohammed Shia’ al-Sudani, à « prendre des mesures fermes et décisives pour mettre fin à ces agressions injustifiées contre les forces Peshmergas ».
Contexte récent :
Le mardi 17 mars 2026, le même ministère avait déjà signalé que trois Peshmergas avaient été blessés lors d’attaques de drones distinctes visant des positions dans les gouvernorats d’Erbil et de Souleimaniye. À l’époque, le MoPA avait informé le Premier ministre al-Sudani ainsi que le commandement des opérations conjointes de ces « violations graves ».
Depuis fin février 2026, la région du Kurdistan irakien fait face à une vague d’attaques répétées par drones et missiles, principalement attribuées à des groupes armés pro-iraniens opérant depuis des zones comme Mossoul, Kirkouk et d’autres localités en dehors du Kurdistan. Ces incidents s’inscrivent dans le contexte plus large du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran.
Réaction politique :
Lors de son discours à l’occasion de Newroz (le Nouvel An kurde) le 20 mars 2026, le Premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan, Masrour Barzani, a remercié le peuple kurde pour sa résilience face à ces « attaques injustes et terroristes perpétrées par des forces et des milices hors-la-loi ». Il a assuré : « Nous mettons en œuvre tous les moyens disponibles pour protéger le Kurdistan et préserver la sécurité de ses citoyens. »
Ces événements soulignent la détérioration continue de la situation sécuritaire dans la région, alors que les autorités kurdes pressent Bagdad d’agir plus efficacement contre les groupes armés responsables de ces frappes.
Image d’archive
Rojava – Newroz 2026 sous le signe de la terreur
SYRIE / ROJAVA – Depuis le 19 mars 2026, une vague d’attaques coordonnées vise les Kurdes, transformant les festivités traditionnelles de Newroz (nouvel-an kurde) en un moment de terreur. Ces violences, souvent perpétrées par des gangs turco-djihadistes, des milices tribales alliées au gouvernement de Damas, se déroulent avec la complicité des forces de sécurité affiliées au régime d’al-Sharaa (Jolani).
Principaux foyers d’attaques depuis le 19 mars
Campagne ouest de Kobanê
Les villages kurdes autour d’Ayn Issa, Sarrin (Serin) et Khirab Ayshik (également orthographié Kharab Ashk ou similaire) subissent pillages, incendies et agressions directes contre les habitations. Près de l’ancienne usine Lafarge (zone stratégique), des bandes ont profité du retrait tactique des Asayish pour ravager les biens restants. Ces exactions se sont intensifiées au fil des trois jours, avec des rapports locaux indiquant une escalade le 20-21 mars.
Manbij
Des groupes tribaux arabes, parfois renforcés par d’anciens éléments de l’État islamique, ciblent systématiquement les commerces et propriétés kurdes depuis le début de la semaine de Newroz.
Alep – Quartier de Sheikh Maqsoud
Des attaques contre des civils kurdes (incluant des passages à tabac, pillages et intimidations) ont été signalées dès le 19-20 mars, et se sont poursuivies le 21 mars en lien direct avec les célébrations.
Afrin et campagne d’Alep
Depuis trois jours, une série d’attaques ciblent les Kurdes arborant des drapeaux kurdes ou les FDS, avec des maisons pillées par des colons arabes installés par la Turquie/SNA, et des agressions physiques contre des femmes et enfants.
Contexte et réaction kurde
Ces incidents s’inscrivent dans la fragilité post-offensive de janvier 2026 (chute de nombreux territoires SDF, accords d’intégration forcée, cessez-le-feu fragile souvent violé). Le gouvernement transitoire et ses alliés semblent tolérer – ou encourager – ces groupes pour affaiblir durablement la présence kurde dans les zones mixtes.
La population kurde et l’Administration autonome (AANES) appellent à la retenue maximale pour éviter un embrasement total. Les Asayish et forces de sécurité intérieure ont opéré des retraits tactiques dans plusieurs secteurs pour prévenir des affrontements directs plus larges, mais cela laisse les villages exposés. Des manifestations de protestation ont eu lieu à Qamishlo et Hassaké le 21 mars contre ces attaques, notamment celles visant Afrin et Alep.
Newroz 2026, au lieu d’être une fête de renouveau et de résistance unitaire, devient un cri d’alarme : les Kurdes célèbrent sous menace directe, entre deuil et espoir, au cœur d’une lutte existentielle. les violences pourraient se poursuivre dans les prochains jours.
Iran : Le rempart ethnique protégeant le cœur persan
IRAN / KURDISTAN – L’Iran est un pays d’une grande diversité ethnique et religieuse, comptant de nombreux groupes — souvent estimés à une dizaine, bien que certaines sources évoquent jusqu’à 21 en incluant des sous-groupes ou variantes locales. Les Perses (Fars), majoritaires au centre (environ 50 % selon les estimations récentes), forment le cœur démographique et culturel, avec le persan comme langue officielle et le chiisme duodécimain dominant.

Autour de ce centre se déploient des minorités périphériques qui constituent une sorte de « rempart naturel » :
Kurdes : environ 10 %, concentrés à l’ouest le long des Zagros, avec des communautés sunnites, chiites, yaresan/Ahl-e Haqq, et des dialectes variés comme kurmanji, sorani, etc. ; entre 2 à 3 millions vivent aussi au Khorasan du nord-est (ils sont issus de déportations safavides au XVIe siècle sous Shah Ismail et ses successeurs, pour sécuriser les frontières face aux Ottomans, Turkmènes ou Afghans).
Azéris/Azerbaïdjanais (16-24 %, au nord-ouest, majoritairement chiites mais avec des poches sunnites ou yaresan).
Lurs et Bakhtiaris (6-8 %, dans les Zagros sud-ouest).
Arabes (2-3 %, surtout dans le Khouzistan/Ahwaz, majoritairement sunnites).
Baloutches (2 %, au sud-est, sunnites).
Turkmènes, Talysh, Gilaks, Mazandaranis, Arméniens, Assyriens, Juifs, Zoroastriens, Baha’is et d’autres groupes plus petits.
Cette répartition n’est pas fortuite : elle reflète une stratégie historique, héritée notamment de l’époque safavide (1501-1736), où le pouvoir chiite-persan central a utilisé des groupes frontaliers (comme les Kurdes déportés vers le Khorasan) comme tampons contre les menaces extérieures (Ottomans à l’ouest, Ouzbeks/Mughals à l’est). Le centre (Téhéran, Ispahan, etc.) reste le siège du pouvoir, de l’administration et de la culture dominante, tandis que la périphérie absorbe les chocs géopolitiques.
Contrairement à des cas comme la Turquie (déni et assimilation forcée des Kurdes) ou la Syrie (« ceinture arabe »), l’Iran post-1979 reconnaît constitutionnellement les ethnies et leurs droits culturels limités, sans politiques massives de révisionnisme démographique ou de génocide systématique. Cependant, la domination persane-chiite persiste, et les minorités périphériques restent marginalisées politiquement.
Dans le contexte actuel de tensions (menaces américaines/israéliennes, frappes, etc.), une offensive terrestre hypothétique frapperait d’abord ces zones périphériques (Kurdes à l’ouest, Baloutches au sud-est, Arabes au sud-ouest, Azéris au nord-ouest), laissant le centre relativement protégé — du moins initialement. Selon la théorie centre-périphérie, l’affaiblissement des marges pourrait ensuite déstabiliser le cœur. Historiquement, le pouvoir central iranien a maintenu sa continuité en jouant sur cette géographie ethnique, mais l’évolution des guerres modernes (drones, missiles, asymétrie) rend ce « rempart » plus vulnérable. (D’autant que presqu’aucun de ces peuples minorisés n’est prêt à mourir pour le pouvoir perse…)
L’Iran n’est pas un État-nation homogène forgé autour d’une seule ethnie : son nom dérive d’« Aryan » (englobant Perses, Kurdes, etc.), et son histoire impériale (des Mèdes à aujourd’hui) privilégie un État centralisé pluriel plutôt qu’ethnique. Comme le rappelait Nizam al-Mulk dans son Siyasetname, gouverner l’Iran avec une seule ethnie est une illusion — une intuition qui résonne encore dans cette mosaïque complexe où le centre dépend inextricablement de sa périphérie.