SYRIE. Des étudiants menacés de mort à cause des symboles kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Des menaces de mort ciblent ouvertement les Kurdes à Alep, marquant une nouvelle escalade dans la répression des symboles et de l’identité kurde. Plusieurs étudiants universitaires kurdes ont rapporté à l’agence de presse ANHA avoir été agressés par un homme armé en civil dans le quartier de Sheikh Maqsoud.

L’incident s’est produit samedi dans la partie orientale du quartier, là même où, la veille, des membres des factions du gouvernement intérimaire syrien avaient retiré de force des symboles kurdes. Alors que les jeunes marchaient, un individu armé leur a barré la route, a arraché et piétiné le collier orné d’un symbole kurde de l’un d’eux, tout en proférant des insultes et des menaces de mort explicites s’ils osaient à nouveau afficher de tels signes.

Parallèlement, les forces du gouvernement intérimaire ont procédé à l’arrestation de quatre jeunes hommes et d’une femme du même quartier pour avoir accroché le drapeau du Kurdistan.

Cet événement n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large où l’avenir des Kurdes en Syrie apparaît gravement menacé. Après l’accord du 29 janvier entre Damas et les autorités kurdes du Rojava, la répression s’intensifie dans les quartiers kurdes d’Alep (Sheikh Maqsoud et Ashrafieh), avec des attaques, des déplacements forcés et une chasse aux symboles identitaires.

L’implication directe de la Turquie est déterminante. Ankara, qui considère toute présence kurde organisée comme une menace existentielle, exerce une pression constante sur le gouvernement intérimaire syrien. Des factions contrôlées par la Turquie (anciennement ANS/SNA) participent activement à ces opérations. Des sources kurdes ont même signalé que des drones turcs Bayraktar ont appuyé les offensives contre les quartiers kurdes d’Alep. Pour la Turquie, l’objectif est clair : éliminer toute forme d’autonomie ou de visibilité kurde près de sa frontière, quitte à encourager une « arabisation » forcée et une répression culturelle systématique.

Alors que Damas cherche à consolider son pouvoir central, les Kurdes paient le prix d’un accord de « réconciliation » qui, en pratique, se traduit par des concessions unilatérales. Menaces de mort, arrestations arbitraires, destruction de symboles et déplacements massifs : le peuple kurde, qui a pourtant joué un rôle clé dans la lutte contre Daech, voit son espace politique, culturel et sécuritaire se réduire dangereusement.

Sans protection internationale réelle et face à l’alliance de fait entre Damas et Ankara, les Kurdes de Syrie risquent une marginalisation durable, voire une forme d’éradication progressive de leur identité dans le nouveau paysage syrien post-Assad.

Cet incident à Alep n’est pas un fait divers : il est le symptôme alarmant d’une politique qui pourrait sceller le sort de millions de Kurdes en Syrie.

Damas et les Kurdes procèdent à un dernier échange de prisonniers

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SYRIE / ROJAVA – Un dernier échange de prisonniers doit avoir lieu ce samedi entre le gouvernement syrien de Damas et les autorités kurdes du nord-est de la Syrie (Rojava), dans le cadre de l’accord signé le 29 janvier 2026. Les familles kurdes sont inquiètes du faite que le sort de milliers de Kurdes (civils et soldats, dont 35 combattantes femmes des YPJ) reste non résolu par cet échange de prisonniers qui ne concerne que 400 personnes.

Selon Mahmoud Khalil Ali, commandant général adjoint des Forces de sécurité intérieure (Asayish) de Hassaké, environ 400 prisonniers seront libérés aujourd’hui. Il s’agit principalement de membres des Asayish et des Forces démocratiques syriennes (FDS) détenus par Damas, en échange de détenus détenus par les forces kurdes.

Dans une déclaration publiée sur la plateforme X, Mahmoud Khalil Ali a annoncé que cet échange mutuel s’inscrit dans la mise en œuvre concrète de l’accord du 29 janvier. Il a souligné que cette opération vise à renforcer la sécurité sociale et à démontrer la volonté des deux parties d’appliquer pleinement les termes de l’accord.

Cependant, de nombreuses familles kurdes expriment leur inquiétude et leur déception. Elles craignent que ce dernier échange ne laisse sans solution le sort de plusieurs milliers de Kurdes encore détenus par Damas, parmi lesquels figurent des civils, des combattants et au moins 35 femmes combattantes des YPJ (Unités de protection des femmes). Malgré plusieurs rounds d’échanges précédents, le dossier des détenus reste incomplet et suscite une forte émotion dans la région.

Cet échange intervient dans un contexte de tensions persistantes, alors que l’accord du 29 janvier prévoit un processus d’ « intégration » (pour ne pas dire la liquidation du Rojava) progressive entre les institutions kurdes et l’État syrien, mais que de nombreux points, dont le sort des prisonniers et des déplacés, demeurent en suspens.

L’Irak s’apprête à élire son président : un poste réservé à un Kurde

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IRAK / KURDISTAN – Le Parlement irakien se réunit aujourd’hui, samedi 11 avril 2026, pour tenter d’élire le nouveau président de la République. Selon le système de partage du pouvoir établi après 2003, le poste de président (largement cérémoniel) est traditionnellement réservé à un Kurde, tandis que le Premier ministre est chiite et le président du Parlement sunnite.

Cette répartition ethnique et confessionnelle vise à préserver l’équilibre fragile entre les communautés irakiennes. Depuis 2005, tous les présidents irakiens ont été kurdes, généralement issus de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), bien que le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) conteste parfois cette répartition.

Contexte et enjeux

Après les élections législatives de novembre 2025, la formation du gouvernement est bloquée depuis plusieurs mois. L’élection du président est une étape obligatoire : une fois élu, il charge le candidat du plus grand bloc parlementaire de former le gouvernement. Le scrutin est marqué par de profondes divisions au sein même des partis kurdes. Le PDK et l’UPK n’ont pas réussi à s’entendre sur un candidat unique, ce qui a déjà provoqué plusieurs reports du vote.

Les principaux candidats sont :

  • Fuad Hussein (PDK) : Ministre des Affaires étrangères depuis 2020 et candidat officiel du PDK. Expérimenté sur la scène internationale, il est considéré comme l’un des favoris.

  • Nizar Amedi (ou Nizar Amidi, UPK) : Ancien ministre de l’Environnement et candidat officiel de l’UPK. Il représente la ligne de Souleimaniye.

  • Abdul Latif Rashid (indépendant) : Président en exercice depuis octobre 2022 (UPK). Il s’est présenté à sa propre succession.

  • Muthanna Amin : Député et candidat du Parti islamique du Kurdistan (KIU), soutenu par l’opposition kurde. Il incarne la contestation contre la domination des deux grands partis (PDK et UPK).

  • Aso Faraidun (ou Aso Faridun) : Figure politique kurde, souvent citée parmi les candidats sérieux, proche de l’UPK ou indépendante.

D’autres noms figurent sur la liste finale (environ 15 à 19 candidats retenus), dont d’anciens gouverneurs ou députés kurdes, mais l’attention se concentre sur les représentants des grands partis.

Un scrutin sous tension

Pour être élu au premier tour, un candidat doit obtenir les deux tiers des voix des députés présents (environ 220 sur 329). En cas d’échec, un second tour se tient à la majorité simple.

Le PDK a menacé de boycotter la séance de samedi en raison du manque de consensus kurde. Les observateurs estiment que le résultat dépendra non seulement de l’accord interne kurde, mais aussi du soutien des blocs chiites et sunnites.

L’enjeu dépasse la personne du futur président : il s’agit de débloquer la formation du gouvernement et d’éviter une nouvelle crise politique prolongée dans un pays déjà confronté à des défis économiques, sécuritaires et régionaux. Le vote du 11 avril 2026 sera donc décisif pour l’avenir immédiat de l’Irak.

La « turquification » : le tournant stratégique d’Öcalan et le débat au sein du mouvement kurde

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La « turquification », également appelée stratégie de turquification, désigne le tournant politique majeur opéré par Abdullah Öcalan après son arrestation et son emprisonnement en 1999 sur l’île d’Imralı. Fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en 1978, Öcalan passe d’une lutte initialement orientée vers l’indépendance ou l’autonomie kurde à une nouvelle approche : la promotion d’une démocratisation radicale de la Turquie entière.

Dans cette perspective, il encourage le mouvement kurde à abandonner progressivement les revendications d’autonomie territoriale ou de droits spécifiques en tant que minorité nationale, pour intégrer pleinement les Kurdes aux structures politiques turques existantes, tout en transformant ces structures de l’intérieur par le bas. Ce virage est souvent présenté par ses partisans comme une évolution pragmatique et visionnaire, adaptée à la réalité géopolitique et aux échecs des modèles nationalistes classiques.

Le point de vue du mouvement kurde : une stratégie de démocratisation et d’autonomie démocratique

Du point de vue d’Öcalan et de la grande majorité du mouvement kurde en Turquie (PKK, HDP puis DEM Parti), ce tournant ne constitue pas un renoncement, mais une rupture créative avec le paradigme obsolète de l’État-nation. Influencé notamment par la pensée de Murray Bookchin (écologie sociale et municipalisme libertaire), Öcalan développe le confédéralisme démocratique à partir de 2005. Ce modèle rejette à la fois le séparatisme étatique et l’assimilation forcée, pour proposer une organisation politique non étatique fondée sur :

  • la démocratie directe à travers des assemblées locales et des conseils populaires ;

  • l’égalité des genres (Jin, Jiyan, Azadî – Femme, Vie, Liberté) ;

  • l’écologie et l’économie solidaire ;

  • le pluralisme culturel et la coexistence des peuples.

Dans cette vision, les Kurdes ne cherchent plus à créer un État kurde séparé (considéré comme une « distorsion capitaliste » et nationaliste dépassée), mais à construire une démocratie sans État qui s’applique à toute la Turquie et, potentiellement, à l’ensemble du Moyen-Orient. L’intégration dans les structures turques n’est donc pas une soumission, mais une stratégie offensive : il s’agit de démocratiser la Turquie « de l’intérieur », de briser le centralisme autoritaire kémaliste et d’obtenir, par la participation politique de masse, une reconnaissance culturelle et des droits concrets pour tous les peuples opprimés, Kurdes inclus.

Le Parti démocratique des peuples (HDP), fondé en 2012, incarne concrètement ce projet. Selon ses dirigeants et ses soutiens kurdes, le HDP a été créé précisément pour dépasser le cadre étroit « kurde seulement » et construire une alliance large avec les forces démocratiques turques, les minorités, les féministes, les écologistes et la gauche. Son succès électoral relatif (notamment en 2015) a démontré, pour beaucoup de Kurdes, que cette stratégie permettait d’influencer la politique nationale, de briser l’isolement du mouvement et d’avancer vers une paix durable sans guerre.

Öcalan et ses partisans soulignent que cette approche a permis de mettre fin à des décennies de conflit armé coûteux, d’internationaliser la question kurde sur le terrain des droits humains et de la démocratie, et d’expérimenter des formes d’autonomie locale (comme dans les municipalités kurdes avant leur mise sous tutelle). Pour eux, reconnaître la légitimité de l’État turc et de ses frontières n’est pas une trahison, mais un réalisme nécessaire pour construire la paix et la fraternité des peuples au sein d’une Turquie pluraliste.

Les critiques : une continuité de l’assimilation ?

Cette stratégie fait cependant l’objet de vives critiques, y compris au sein même de cercles kurdes ou parmi des observateurs extérieurs. Certains estiment qu’elle s’inscrit, sous une forme volontaire et « démocratique », dans la continuité historique de la politique d’assimilation de l’État turc, connue sous le nom de Türkleştirme (turquification ethnique forcée).

Dans leur ouvrage Kurdish Paradox of Statelessness: Öcalan’s Confederalism and Turkeyification Strategies (Springer, 2025), Kamal Soleimani (docteur en histoire islamique et moyen-orientale, ancien chercheur associé à l’Université Columbia) et Behrooz Shojai (chercheur et maître de conférences à l’Université d’Uppsala) formulent l’une des critiques les plus radicales.

Ils distinguent formellement la turquification (en turc : Türkiyeleşme ou Türkiyeyileşme) promue par Öcalan de la turquification étatique historique, mais estiment qu’en pratique, les deux ne diffèrent pas fondamentalement. Selon eux, en reconnaissant explicitement la Constitution turque (notamment l’article 66 qui définit tout citoyen comme « Turc »), les frontières de l’État et en qualifiant les revendications d’autonomie fédérale ou de reconnaissance officielle du kurde de « dangers », Öcalan conduit paradoxalement à une assimilation volontaire des Kurdes. Ils relèvent également ses déclarations de 1999 où il se disait prêt à « servir l’État turc » pour la paix.

Les auteurs dénoncent une partie de la littérature universitaire qu’ils jugent trop complaisante envers Öcalan et appellent à une réévaluation critique de son projet, qui, selon eux, perpétue les structures coloniales turques sous un nouveau discours confédéral.

Un débat ouvert au cœur de la question kurde

Le concept de turquification cristallise ainsi les tensions profondes du mouvement kurde contemporain : entre réalisme politique et préservation d’une identité nationale distincte, entre intégration et autonomie radicale, entre démocratisation générale de la Turquie et droits collectifs kurdes spécifiques.

Pour une large partie du mouvement kurde en Turquie, le confédéralisme démocratique reste une utopie concrète et émancipatrice, la seule voie viable vers la liberté dans un contexte où la création d’un État-nation kurde apparaît impossible ou contre-productive. Pour ses critiques, il risque de diluer la lutte kurde et de renforcer, à terme, le système qu’il prétend transformer.

Ce débat dépasse largement la Turquie : il interroge la capacité des mouvements nationaux opprimés à inventer de nouvelles formes de souveraineté au XXIe siècle, au-delà du modèle classique de l’État-nation.

Sources

1. Livre de Kamal Soleimani & Behrooz Shojai – Kurdish Paradox of Statelessness: Öcalan’s Confederalism and Turkeyification Strategies (Palgrave Macmillan, 2025)

2. Déclarations d’Abdullah Öcalan lors de son procès en 1999

La phrase la plus souvent citée est : « Pour la paix et la fraternité, je suis prêt à servir l’État turc » (en turc : « Barış ve kardeşlik için Türk devletine hizmet etmeye hazırım »).

Liens vers des articles de presse rapportant ces déclarations :

3. Analyses du Middle East Institute et de médias turcs sur la fondation du HDP

Le Middle East Institute (MEI) a publié plusieurs analyses sur le HDP et le confédéralisme démocratique d’Öcalan.

L’Iran envoie un assassin recherché en délégation officielle au Pakistan

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Le régime iranien continue de défier la communauté internationale en envoyant des assassins dans des délégations diplomatiques officielles. La preuve la plus récente : la présence de Mohammad Jafari Sahraroudi au sein de la délégation iranienne arrivée récemment au Pakistan pour des négociations de haut niveau.

Un assassin à la tête d’un commando

Le 13 juillet 1989, à Vienne en Autriche, le Dr Abdul Rahman Ghassemlou, secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), et deux de ses collaborateurs — Abdollah Ghaderi-Azar et et Fadhil Rassoul — ont été assassinés de sang-froid pendant des négociations de paix avec des représentants iraniens.

Ces pourparlers, organisés après la fin de la guerre Iran-Irak, devaient explorer une solution politique au problème kurde en Iran. Ghassemlou, intellectuel respecté et partisan du dialogue, s’y est rendu sans mesures de sécurité particulières, confiant dans la bonne foi de ses interlocuteurs.

Au cours de la réunion, dans un appartement de la Linke Bahngasse, les membres de la délégation iranienne ont soudain sorti leurs armes et ouvert le feu. Le Dr Ghassemlou a reçu trois balles à bout portant (à la tempe, à la gorge et au front). Ses deux compagnons ont été littéralement exécutés : Ghaderi-Azar a été touché par onze balles, Rassoul par cinq. Des tirs de grâce ont été donnés à chacun des trois hommes. Une bande audio secrètement enregistrée par Ghassemlou a capturé les négociations puis les coups de feu étouffés par des silencieux.

Le commandant de ce commando n’était autre que Mohammad Jafari Sahraroudi, alors responsable des affaires kurdes au ministère iranien du Renseignement. Il faisait partie de la délégation officielle iranienne avec Mostafa Ajoudi (gouverneur de la province du Kurdistan) et Amir Mansour Bozorgian (alias Ghafour Darjazi, membre des forces spéciales des Gardiens de la Révolution).

Blessé par une balle perdue pendant la fusillade, Sahraroudi a été arrêté par la police autrichienne, hospitalisé, puis a pu regagner l’Iran grâce à des pressions diplomatiques de Téhéran. Les deux autres suspects ont également quitté l’Autriche sans encombre malgré les preuves accablantes.

Un mandat d’arrêt international toujours en vigueur

Dès le 22 décembre 1989, la police autrichienne a émis un mandat d’arrêt international contre Sahraroudi et ses complices pour triple assassinat. L’Autriche a explicitement accusé le gouvernement iranien d’avoir orchestré l’opération. À ce jour, ce mandat n’a jamais été exécuté, et l’affaire n’a jamais été jugée en bonne et due forme.

Pour masquer son passé, Sahraroudi a adopté depuis de nombreuses années le nom simplifié de « Jafari », supprimant « Sahraroudi » de son identité publique. Il a poursuivi une carrière au sein du régime : conseiller du président du Parlement (notamment auprès d’Ali Larijani), responsable dans les services de sécurité, et figure impliquée dans d’autres activités liées à l’exportation du terrorisme iranien.

Un régime qui glorifie ses criminels

Le fait que l’Iran inclue aujourd’hui un tel individu dans une délégation officielle envoyée au Pakistan (dans le cadre de discussions stratégiques impliquant notamment les États-Unis) n’est pas une erreur ou un oubli. C’est une provocation délibérée et un message clair : le régime des mollahs protège, promeut et réhabilite ses terroristes d’État.

Cette affaire s’inscrit dans une longue série d’assassinats extraterritoriaux commandités par Téhéran contre des opposants kurdes, iraniens ou étrangers : la « chaîne des meurtres » en Europe, les attentats contre les exilés, et l’utilisation systématique de « diplomates » comme couverture pour des opérations spéciales.

L’impunité dont bénéficie Sahraroudi depuis plus de 35 ans illustre tragiquement la faiblesse des réponses internationales face au terrorisme d’État iranien. L’Autriche n’a jamais vraiment poursuivi l’affaire jusqu’au bout. D’autres pays ont parfois fermé les yeux pour des raisons « diplomatiques ».

Envoyer un homme recherché pour assassinat politique dans une délégation officielle n’est pas de la diplomatie. C’est la signature d’un régime qui considère le meurtre comme un outil légitime de politique étrangère et qui méprise les normes internationales.

Tant que l’Iran continuera à placer ses criminels de guerre et ses terroristes aux postes de responsabilité ou dans ses missions à l’étranger, il restera ce qu’il est : un État paria qui finance, organise et exécute le terrorisme tout en prétendant négocier la paix.

Le cas de Mohammad Jafari Sahraroudi n’est pas une anecdote du passé. C’est la preuve vivante que l’Iran reste un régime terroriste fier de son passé terroriste qu’il perpétue au nez et à la barbe du monde entier.

« Pour une paix durable, démantèlement nucléaire et autodétermination kurde »

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KURDISTAN – Dans un communiqué publié au lendemain de l’annonce du cessez-le-feu, l’Alliance des partis politiques du Kurdistan occupé par l’Iran (regroupant notamment le PDKI, le PJAK, le PAK, Komala et Khabat) attribue la responsabilité pleine et entière du déclenchement de la guerre au régime iranien. Selon elle, ce conflit n’est pas le fruit d’une agression extérieure soudaine, mais la conséquence logique et prévisible de décennies de politiques déstabilisatrices menées par la République islamique : poursuite effrénée d’un programme nucléaire militaire, développement massif de missiles balistiques, ingérences armées dans plusieurs pays de la région (Syrie, Irak, Liban, Yémen via ses proxies), et répression brutale des peuples non persans à l’intérieur de ses frontières.

L’Alliance reconnaît que Téhéran n’a accepté ce cessez-le-feu que sous la forte pression d’un ultimatum américain et des frappes militaires israélo-américaines qui ont considérablement affaibli ses capacités. Elle salue néanmoins toute mesure qui met fin aux bombardements et au bain de sang, car la paix, même temporaire, épargne des vies civiles et permet de respirer dans une région exsangue.

Cependant, ce salut reste prudent et conditionnel. L’Alliance met en garde avec fermeté contre le risque majeur que représente ce cessez-le-feu : laisser le régime des mollahs se regrouper, reconstituer ses forces, et reprendre ses ambitions nucléaires et hégémoniques. Un cessez-le-feu technique, sans garanties concrètes, ne serait selon elle qu’une « pause tactique » dont le régime sortirait renforcé, prêt à relancer ses provocations une fois ses capacités restaurées.

C’est pourquoi l’Alliance insiste sur ce qu’elle considère comme les conditions minimales d’un cessez-le-feu véritablement significatif :

  • Le démantèlement complet et vérifiable des programmes nucléaires et balistiques de l’Iran ;

  • La fin immédiate et définitive de toutes les ingérences régionales et du soutien aux groupes terroristes et milices proxies ;

  • Le respect des droits humains fondamentaux pour l’ensemble de la population iranienne, et en particulier la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple kurde (Rojhelat / Kurdistan oriental).

L’Alliance réaffirme avec force que le régime islamique est structurellement irréformable. Des décennies d’expérience ont démontré que toute tentative de réforme interne a toujours échoué ou été récupérée pour consolider le pouvoir des Gardiens de la Révolution et du Guide suprême. Le problème n’est pas tel ou tel dirigeant, mais le système théocratique et centralisateur lui-même.

Enfin, l’Alliance tient à clarifier son positionnement stratégique : la lutte du peuple kurde pour ses droits nationaux, politiques et culturels ne dépend pas du sort de ce cessez-le-feu ni des négociations internationales. Que la guerre s’arrête ou reprenne, que des pourparlers aboutissent ou non, le mouvement kurde iranien poursuivra son combat de manière autonome et déterminée. Il ne sera ni instrumentalisé ni sacrifié sur l’autel d’un accord qui ignorerait les aspirations légitimes des Kurdes et des autres nations opprimées d’Iran.

PARIS. Invitation au colloque sur les Kurdes organisé à l’Assemblée Nationale

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PARIS – Le Conseil démocratique Kurde en France (CDK-F) vous invite à un colloque sur la situation politico-militaire du Kurdistan organisé le 29 avril 2026 à l’Assemblée Nationale.

Dans un Moyen-Orient en pleine recomposition géopolitique, la question kurde occupe une place centrale. Présents en Turquie, Syrie, Irak et Iran, les Kurdes sont aujourd’hui des acteurs incontournables des équilibres politiques, sécuritaires et démocratiques de la région.

Organisé par le groupe d’études Kurdes de l’Assemblée nationale et le Conseil démocratique Kurde en France (CDK-F), ce colloque offre un espace de dialogue de haut niveau entre responsables politiques kurdes, parlementaires français et experts.

Un colloque au cœur de l’actualité

Les évolutions récentes — offensive syro-turque contre le Rojava, bombardements répétés sur le Kurdistan d’Irak, répression en Turquie et en Iran — soulignent l’urgence de repenser le rôle des Kurdes dans la nouvelle carte régionale.

Le colloque mettra particulièrement l’accent sur l’expérience de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (Rojava/AANES) et sur les dynamiques du Kurdistan d’Irak (Bashur), tout en interrogeant les perspectives d’évolution au Bakur (Kurdistan de Turquie) et au Rojhilat (Kurdistan d’Iran).

Programme

14h00 – Ouverture (par le président du groupe d’études Kurdes)

Table ronde 1 – Regards kurdes : dynamiques politiques et perspectives régionales Cette table ronde réunit des voix kurdes de premier plan issues des quatre parties du Kurdistan pour un échange direct sur les réalités de terrain et les enjeux futurs. Intervenants confirmés :

  • M. Tuncer Bakırhan, coprésident du DEM Parti (Turquie)

  • M. Siamand Moini, membre de la direction du PJAK (Iran)

  • Mme Ilham Ahmed, coprésidente des relations internationales de l’AANES (Rojava/Syrie)

  • Mme Shanaz Ibrahim Ahmed, Première dame de la République d’Irak et figure kurde de premier plan

Table ronde 2 – Regards français : enjeux politiques, diplomatiques et institutionnels Des parlementaires français apportent leur analyse sur la question kurde et les perspectives de coopération avec la France. Intervenants :

  • M. Thomas Portes, député et président du groupe d’études Kurdes à l’Assemblée nationale

  • Mme Danielle Simonnet, députée

  • Et d’autres députés français engagés sur ces questions Modération : M. Patrice Franceschi, écrivain et intellectuel engagé

Un dialogue concret entre Kurdes et responsables français

Ce colloque vise à croiser les regards kurdes et français afin de mieux appréhender les réalités du terrain et de renforcer les liens institutionnels entre la France et le peuple kurde.

Informations pratiques

  • Lieu : Assemblée nationale, Salle Victor Hugo – 101 rue de l’Université, 75007 Paris

  • Date : 29 avril 2026

  • Horaire : À partir de 14h

  • Inscriptions obligatoires avant le 22 avril : forms.gle/jw4j16McGJW3wFJV8

Damas et Ankara coordonnent leur politique anti-kurde au Rojava

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Le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani, s’est rendu hier, le 9 avril 2026, à Ankara pour une rencontre avec son homologue turc Hakan Fidan. Cette visite intervient seulement quatre jours après le déplacement de Fidan à Damas et s’inscrit dans le cadre d’un rapprochement accéléré entre le gouvernement syrien de transition dirigé par Ahmed al-Sharaa et la Turquie.

Selon les déclarations officielles, les discussions ont porté sur le renforcement de la « coopération stratégique », notamment dans les domaines de la sécurité, du commerce, de l’énergie et de la reconstruction. Cependant, de nombreuses sources kurdes et observateurs indépendants estiment que l’un des principaux objectifs de cette rencontre était de coordonner une politique commune contre l’autonomie kurde au Rojava (nord-est de la Syrie).

Contexte : l’écrasement de l’autonomie kurde en janvier 2026

Rappel des faits : en janvier 2026, les forces du gouvernement syrien de transition ont lancé une offensive d’envergure contre les territoires contrôlés par les Forces démocratiques syriennes (FDS) et l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES/Rojava). Soutenues logistiquement et militairement par la Turquie, ces opérations ont permis à Damas de reprendre le contrôle de vastes zones, dont Raqqa, Tabqa, et des parties d’Alep et de Hassaké.

L’offensive s’est soldée par :

  • La signature d’un accord d’« intégration » fin janvier 2026, imposant le démantèlement progressif des institutions civiles et militaires kurdes autonomes.

  • L’écrasement de plusieurs poches de résistance, avec des cas documentées d’exécutions sommaires, de tortures et de déplacements forcés de populations kurdes.

  • La prise de contrôle de prisons contenant des milliers de détenus liés à l’organisation État islamique (EI).

Aujourd’hui, des milliers de Kurdes capturés lors de ces affrontements restent détenus par les autorités syriennes. Malgré plusieurs échanges limités de prisonniers, la grande majorité des « otages kurdes » n’a toujours pas été libérée. Les familles dénoncent des disparitions forcées et des conditions de détention inhumaines, soulignant une fois de plus l’injustice subie par le peuple kurde.

Ankara dicte-t-elle la ligne de Damas ?

La Turquie a toujours refusé toute forme d’autonomie kurde à sa frontière sud. Ankara a exercé une pression constante sur le gouvernement syrien pour que celui-ci dissolve complètement les structures du Rojava.

La visite d’Asaad al-Shaibani à Ankara intervient dans un contexte où Damas semble accepter de plus en plus ouvertement les exigences turques en échange d’un soutien politique et économique. Pour les Kurdes du Rojava, cette coordination bilatérale apparaît comme une continuation de la politique de « double occupation » visant l’éradication de tout projet d’autonomie kurde en Syrie.

Réactions et perspectives

Mazloum Abdi, commandant en chef des FDS, a rappelé que l’intégration ne devait pas signifier la dissolution de l’identité et des droits politiques kurdes. La communauté internationale reste divisée : tandis que les États-Unis ont salué l’accord de janvier comme un « jalon historique », plusieurs voix dénoncent un abandon des Kurdes.

La rencontre d’Ankara risque de consolider une ligne dure. En l’absence de garanties internationales pour la protection des populations et la libération des détenus, beaucoup craignent une nouvelle vague de répression. Le Rojava voit aujourd’hui son projet largement démantelé par la convergence d’intérêts entre Damas et Ankara.

L’Iran et ses proxies irakiens continuent à attaquer le Kurdistan

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IRAK / KURDISTAN – La nuit dernière, l’Iran colonialiste et à ses proxies irakiens ont mené plusieurs attaques de drones contre les régions kurdes d’Irak, malgré le soi-disant cessez-le-feu signé entre les USA et l’Iran. 

Depuis le début de la guerre USA-Israël vs Iran, l’Iran et à ses proxies irakiens ont mené plus de 700 attaques de drones et de missiles contre la Région du Kurdistan irakien, faisant de cette zone l’une des plus touchées du conflit régional.

Ces frappes s’inscrivent dans le cadre de la guerre de 2026 entre les États-Unis/Israël et l’Iran, déclenchée fin février 2026.

Bilan général des attaques (depuis le 28 février 2026)

Selon les compilations de Rudaw actualisées jusqu’au 8 avril 2026 (quelques heures après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu) :

  • Plus de 700 drones et missiles ont visé la Région du Kurdistan, avec un total précis de 703 frappes enregistrées jusqu’au mercredi midi.

  • Répartition par province : Erbil (~560), Sulaymaniyah (~115), Duhok (~26), Halabja (2).

  • Bilan humain : Au moins 17 morts et 92 blessés, parmi lesquels des civils tués dans des zones résidentielles, des Peshmerga et des membres des partis d’opposition kurdes iraniens.

Cibles principales

Les attaques ont principalement visé :

  • Les camps et sièges des partis kurdes iraniens en exil (PDKI, Komala, etc.).

  • Les bases et positions des forces Peshmerga du Gouvernement régional du Kurdistan (KRG).

  • Les installations américaines (consulat US à Erbil, aéroport international d’Erbil, bases près de Harir).

  • Les infrastructures économiques (champs pétroliers comme Sarsang, usines, entrepôts tels que Castrol).

  • Des zones résidentielles et civiles dans les quartiers d’Erbil et de Sulaymaniyah.

Ces opérations sont menées soit directement par les Gardiens de la Révolution (IRGC) via des missiles balistiques et des drones Shahed, soit par des proxies irakiens (milices chiites regroupées sous des noms comme la « Résistance islamique en Irak ») à l’aide de drones explosifs.

Attaques récentes (début avril 2026)

Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines entre Washington et Téhéran autour du 8 avril 2026, des incidents ont persisté, principalement via les proxies irakiens. L’IRGC a nié toute implication directe pendant la trêve.

  • 7 avril : Un drone, attribué à l’Iran par les autorités kurdes, a frappé une maison familiale dans le sous-district rural de Darashakran (nord d’Erbil). Un couple a été tué, laissant deux fillettes de bas âges orphelines.

  • Nuit du 7-8 avril et journée du 8 avril : Plusieurs drones ont visé Erbil (interceptions au-dessus de la ville et de l’aéroport), le consulat américain, et des camps d’opposition kurdes iraniens à Koysinjaq (Koya) et Topzawa. Des frappes ont également touché des sites à Sulaymaniyah.

  • 8 avril : L’ambassade des États-Unis à Bagdad a averti que des milices pro-iraniennes continuaient de mener des attaques de drones. Des vidéos ont montré des interceptions aériennes au-dessus d’Erbil.

  • Nuit du 8 au 9 avril : Des incidents isolés ont persisté après l’entrée en vigueur de la trêve (cinq missiles confirmés : 2 à Erbil, 2 à Sulaymaniyah, 1 à Duhok ; un drone ayant explosé à Duhok vers 1h30 ; une forte explosion à Sulaymaniyah vers 3h).

Contexte et motivations

L’Iran présente ces frappes comme une réponse aux « groupes séparatistes kurdes » qu’elle accuse de collaborer avec les États-Unis et Israël. Les proxies irakiens agissent souvent en parallèle, ciblant également les intérêts américains.

Le Gouvernement régional du Kurdistan (KRG) a fermement condamné ces agressions, les qualifiant de violations de la souveraineté irakienne. Malgré la trêve officielle, l’Iran et ses proxies irakiens maintiennent une pression sporadique sur les Kurdes. Le KRG espère que cette pause de deux semaines permettra une désescalade durable et la réouverture de l’espace aérien irakien.

Sans liberté du Kurdistan, pas de démocratie en Turquie

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TURQUIE / KURDISTAN – La liberté du Kurdistan constitue la clé de voûte indispensable à toute démocratisation réelle de la Turquie. Selon le journaliste Huseyin Salih Durmus, les discours actuels de « normalisation », « solution » et « intégration » portés par l’État turc ne sont qu’une nouvelle rhétorique qui masque la continuité de la politique de déni et de contrôle des acquis kurdes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
 
Derrière les concepts en apparence positifs se cache une manipulation sémantique qui abaisse les attentes kurdes sans accorder d’égalité ni de statut véritable. Toute approche qui retarde ou restreint la libération du Kurdistan ne pourra jamais aboutir à une Turquie démocratique, car les deux luttes sont historiquement indissociables.
 
Voice l’article de Durmus publié initialement par ANF :
 
Au cœur des débats sur la question kurde en Turquie se trouve une question fondamentale : la Turquie peut-elle devenir démocratique sans la libération du Kurdistan ? Ces derniers temps, la rhétorique rapidement diffusée par l’État turc, avec des termes comme « normalisation », « solution », « nouvelle ère », « intégration » et « fraternité islamique », donne de prime abord l’impression d’une ouverture politique. Cependant, l’analyse conjointe de l’émergence, de la répétition et de la construction conceptuelle de ce discours révèle qu’il ne s’agit pas simplement d’une recherche de solution, mais aussi d’un processus délibéré de redéfinition du sens, des frontières et de la légitimité. La question essentielle à considérer aujourd’hui ne réside pas seulement dans le contenu des propos tenus, mais aussi dans le champ sémantique au sein duquel ces énoncés s’inscrivent. Les processus politiques se façonnent non seulement par les décisions et les déclarations, mais également par les concepts. Ces concepts ne se contentent pas de décrire la réalité ; ils déterminent aussi ce qui est possible, ce qui est raisonnable et ce qui est acceptable. C’est pourquoi le langage en construction aujourd’hui n’est pas un simple discours, mais un cadre sémantique conscient qui définit des limites. Au sein de ce champ sémantique, les concepts changent de fonction. La « normalisation » rend l’extraordinaire invisible, le « réalisme » abaisse les attentes, l’« intégration » dissout les revendications d’égalité au sein du système et l’« opportunité » présente les droits historiques comme des acquis temporaires. Ainsi, même sans construire ouvertement un discours de déni, la fonction de déni se maintient. La réalité n’est pas éliminée, mais sa perception est transformée. Il s’agit d’une méthode qui ne rejette pas directement, mais qui abaisse progressivement les seuils de manière imperceptible. L’État turc applique cette méthode, que l’on pourrait qualifier de manipulation politique, non seulement à ses propres Kurdes, mais dans les quatre régions du Kurdistan, selon une stratégie planifiée et continue. Le discours d’État, récemment repris par Mehmet Uçum, repose précisément sur ce principe. Le langage a beau avoir changé, rien n’a fondamentalement évolué. Une approche qui continue de considérer les revendications kurdes de représentation, d’égalité et de statut comme des enjeux à circonscrire n’apporte aucune solution ; elle ne fait que redéfinir ses propres limites. C’est pourquoi le cadre actuel n’est pas nouveau, mais une simple continuation actualisée. Les pratiques de la République de Turquie sur le plan extérieur révèlent clairement les limites de ce discours. La possibilité constante d’une intervention militaire contre le Rojava, les pressions et provocations continues visant Shengal et Maxmur, ainsi que les opérations dirigées contre le Kurdistan oriental (Rojhilat) démontrent que les politiques visant les acquis kurdes restent inchangées. Tandis que cette politique se poursuit à l’extérieur, l’utilisation de termes tels que « solution » et « normalisation » au niveau national appelle à un examen critique du discours lui-même. Ce qui a changé, ce n’est pas la politique elle-même, mais la manière dont elle est présentée. Face à ce constat, il convient de s’interroger sur la réelle portée des débats menés au niveau national. Arrestations, nominations d’administrateurs, non-respect des mesures promises et reports constants des échéances indiquent que la politique menée à l’étranger se poursuit, sous une forme différente, au sein du pays. À ce stade précis, des déclarations récentes concernant le cœur du processus ont mis en lumière un autre débat. L’accent mis sur la nécessité de « définir le cadre juridique établi avec Abdullah Öcalan » montre que le véritable centre du processus est désormais ouvertement reconnu. Cependant, ce qui est décisif ici n’est pas l’existence d’une telle définition juridique, mais son contenu. L’établissement d’un statut ne garantit pas l’égalité. Tant que l’isolement et la détention au secret persistent, que la communication demeure limitée et contrôlée et que la sphère politique reste restreinte, tout « cadre juridique » qui pourrait émerger ne constituera pas un véritable terrain de négociation ; il restera un cadre prédéterminé aux limites fixes. Un tel cadre ne saurait aboutir à une solution durable et objective. C’est pourquoi, dans la question d’Imralı, le maintien de l’isolement et du manque de communication est déterminant. Tant que ces conditions ne seront pas levées et qu’une large participation sociale et politique ne sera pas assurée, aucun accord ne pourra prétendre à une légitimité historique. Une relation construite dans un cadre fermé n’est pas une négociation ; c’est une orientation. À ce stade, les débats récents sur l’organisation et la restructuration doivent également être abordés dans un cadre plus large. Les initiatives de la société civile et les nouvelles formes d’organisation sont indéniablement importantes. Toutefois, il est essentiel que ces discussions ne se limitent pas à une approche qui occulte la profondeur historique et politique de la question kurde et qui redéfinit le potentiel kurde à l’aune d’idéologiques étroites. L’héritage constitué par les Kurdes au cours du dernier demi-siècle a évolué vers une réalité vaste, multiforme et internationale qui ne saurait se réduire à une seule forme idéologique ou organisationnelle. Ce qui importe aujourd’hui, ce n’est donc pas la production de nouveaux concepts, mais le renforcement d’une perspective qui préserve l’intégrité du potentiel social et politique existant. Si la dynamique kurde n’est pas appréhendée conjointement avec le pouvoir qu’elle génère dans différents domaines, sa visibilité internationale et sa mémoire historique, même des débats bien intentionnés risquent, involontairement, de restreindre ce potentiel. En cette période, ce qui est décisif, ce n’est pas le concept qui s’impose, mais le terrain sur lequel le pouvoir s’exerce. Il y aura toujours des tentatives, de la part de différentes tendances politiques, pour orienter ce potentiel ou le confiner à leurs propres limites. L’essentiel, cependant, est que cette dynamique puisse se maintenir comme une force commune qui protège les intérêts historiques du peuple kurde sans être engluée dans des rivalités stériles. La réalité fondamentale qui doit être placée au cœur de ces débats est le lien historique. Il y a un demi-siècle, des révolutionnaires turcs ayant lutté aux côtés des Kurdes et participé à la fondation du Mouvement de libération du Kurdistan affirmaient clairement que la libération de la Turquie passait par celle du Kurdistan. Il ne s’agissait pas d’une simple affirmation théorique ; c’était une volonté historique qui a coûté cher. Une véritable démocratie en Turquie ne peut s’instaurer indépendamment de la liberté kurde. C’est pourquoi tout discours axé sur les solutions doit aujourd’hui être soumis à ce critère. Aucune approche qui retarde ou restreint la libération du Kurdistan ne saurait créer les conditions d’une démocratisation en Turquie. Ces deux enjeux sont indissociables. Dans un système où les Kurdes ne sont pas libres, la Turquie ne peut devenir démocratique. Bien entendu, analyser et exposer ce processus ne suffit pas. Cependant, comme à chaque moment historique, différents acteurs portent aujourd’hui des responsabilités différentes. Tandis que certains progressent par des voies pratiques et organisationnelles directes, le rôle de l’analyse intellectuelle et politique est de rendre visible le cadre construit, d’en exposer les limites et d’en préserver le seuil. Ce qu’il faut aujourd’hui, ce n’est donc pas seulement susciter des réactions, mais révéler le fonctionnement du champ sémantique construit, clarifier la différence entre la réalité et ce qui est présenté, et jouer un rôle d’alerte face à l’abaissement du seuil historique. La lutte ne se livre pas seulement sur le terrain, mais aussi au niveau du sens. En conclusion, l’enjeu du débat actuel n’est pas l’existence d’une solution, mais le seuil sur lequel repose celle qui est présentée comme telle. Aucun cadre qui ne satisfait pas à ce seuil d’égalité ne peut constituer une solution historique, quel que soit son nom. L’enjeu n’est pas le point de départ d’un processus, mais la vérité sur laquelle il repose. Tout cadre qui exclut la liberté du Kurdistan ne peut instaurer l’égalité, et tout fondement qui ne permet pas d’atteindre l’égalité ne peut constituer une solution historique.