Hejar Berenji répond à ceux qui veulent écarter les Kurdes de l’avenir de l’Iran

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IRAN / ROJHILAT – Hejar Berenji, membre du PDK-I (Parti démocratique du Kurdistan d’Iran), réfute l’idée d’exclure les Kurdes de la guerre et de l’avenir de l’Iran. Les Kurdes ont rejeté le régime islamique dès 1979 et continuent d’être ciblés par ses attaques transfrontalières, y compris pendant les cessez-le-feu. Selon lui, l’Iran n’est pas réformable : seule une transition vers un Iran démocratique, pluraliste et fédéral, avec une pleine participation kurde, peut apporter la stabilité. Dans un texte publié en réponse à l’article « Keep the Kurds Out of the Iran War (Gardons les Kurdes hors de la guerre en Iran) » hier soir sur son compte X (Twitter), Hejar Berenji écrit :

Les Kurdes ne sont pas des acteurs extérieurs à l’avenir de l’Iran : nous en faisons partie intégrante. Toute tentative de nous en exclure repose sur une lecture erronée de la réalité historique et politique.

Dès 1979, nous, Kurdes, avons compris la nature profonde de la République islamique et l’avons rejetée, alors que beaucoup croyaient encore possible une réforme du système. Ce régime ne se réforme pas : il s’adapte uniquement pour survivre.

Même lorsque les Kurdes restent en dehors des grands conflits régionaux, le régime continue de les frapper. Les attaques transfrontalières iraniennes contre nos positions au Kurdistan irakien se poursuivent, y compris pendant les cessez-le-feu.

L’inaction n’a jamais protégé personne. Le silence et l’indifférence n’ont fait qu’aggraver notre marginalisation et intensifier les pressions que nous subissons.

Les Kurdes ont pleinement le droit de lutter pour leur liberté, leur dignité et leur représentation politique. Nous ne cherchons pas à être instrumentalisés, mais à défendre nos intérêts légitimes et à devenir des alliés dans la construction d’un avenir stable.

La réalité est claire : la République islamique est irréformable. Sa survie menace non seulement le peuple iranien, mais aussi la stabilité de toute la région et l’ordre international.

La seule issue durable passe par un Iran démocratique, pluraliste et fédéral, où toutes les nations composant le pays jouissent de droits égaux et où tout retour à la dictature devient impossible.

Aujourd’hui, les Kurdes iraniens sont plus conscients politiquement et plus unis que jamais. Notre identité repose sur les droits nationaux, la dignité humaine et un projet d’avenir collectif.

Le rôle des Kurdes dans le changement en Iran n’est pas une option : il est essentiel. Il n’existe aucune voie réaliste vers la stabilité, ni en Iran ni dans la région, sans une participation pleine et entière du peuple kurde.

L’alliance kurde dénonce le silence de l’ONU face aux attaques d’Iran

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IRAK / KURDISTAN – La Coalition des forces politiques kurdes iraniennes a fermement condamné, samedi, le « silence » des Nations Unies face aux attaques répétées de l’Iran contre leurs bases dans la région du Kurdistan irakien.

Dans un communiqué, l’Alliance des partis politiques kurdes iraniens* critique vivement la représentation de l’ONU en Irak et au Kurdistan : « Leur silence et leur passivité face à ces crimes de guerre, ainsi que leur négligence de leurs responsabilités humanitaires, encouragent le régime de Téhéran à commettre davantage d’agressions et d’actes terroristes. »

L’alliance exige que ces attaques soient officiellement reconnues, documentées et qualifiées de crimes de guerre et de terrorisme international.

Contexte des attaques

L’Iran a multiplié les frappes de missiles et de drones contre les bases de ces partis d’opposition kurdes iraniens, notamment pendant la guerre qui l’a opposé aux États-Unis et à Israël (déclenchée le 28 février 2026). Un cessez-le-feu de deux semaines, négocié par le Pakistan, est entré en vigueur le 8 avril entre Washington et Téhéran. Pourtant, Téhéran a poursuivi ses attaques contre les Peshmergas kurdes iraniens même après cette trêve, faisant plusieurs morts.

L’alliance appelle le gouvernement irakien à adopter « des positions fermes et des mesures concrètes, légales et transparentes » pour protéger les réfugiés politiques et empêcher la répétition de tels crimes.

Condamnation de Masrour Barzani

De son côté, le Premier ministre de la région du Kurdistan, Masrour Barzani, a lui aussi fermement condamné samedi les récentes attaques de drones, qui ont fait au moins cinq morts malgré « le cessez-le-feu et les pourparlers de paix en cours » entre les États-Unis et l’Iran.

Il a réitéré son appel à Bagdad pour qu’il prenne des « mesures concrètes » afin de mettre fin à ces agressions, et exhorté les partenaires internationaux à fournir l’équipement nécessaire pour défendre le Kurdistan, notamment ses infrastructures civiles et énergétiques.

Ces frappes post-cessez-le-feu interviennent après un communiqué du consulat iranien à Erbil, dans lequel Téhéran exigeait l’expulsion de ces groupes kurdes iraniens, accusés de « collaborer » avec les ennemis de l’Iran.

La région du Kurdistan irakien abrite plusieurs partis d’opposition kurdes iraniens (PDKI, Komala, PAK, etc.), que le régime de Téhéran qualifie systématiquement de « terroristes » ou « séparatistes » et qu’il cible régulièrement par des opérations transfrontalières.

*La coalition est composée de six groupes politiques :

  • Le Parti Démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI)

  • Le Parti pour une Vie Libre au Kurdistan (PJAK)

  • Le Parti de la Liberté du Kurdistan (PAK)

  • L’Organisation Khabat du Kurdistan iranien

  • Le Parti Komala du Kurdistan (Komala des Travailleurs)

  • Le Parti Komala du Kurdistan iranien

« Les attaques iraniennes visent la volonté des femmes et l’unité du peuple kurde »

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SYRIE / ROJAVA – La Coordination Kongra Star et le Conseil des familles des martyrs ont fermement condamné les attaques menées par le régime iranien contre des camps du Kurdistan du Sud (Kurdistan irakien).

Dans un communiqué publié dimanche, Kongra Star a dénoncé le ciblage de ces camps, qui a notamment coûté la vie à la combattante Ghazala Moylan. « Ces attaques visent directement la volonté des femmes et l’unité de la société kurde », affirme l’organisation.

Le communiqué souligne que les opérations militaires ne peuvent ni résoudre les problèmes politiques ni apporter la stabilité à la région. Il dénonce une stratégie délibérée visant à semer la peur, à briser la résistance des femmes et à saper les efforts d’unification du peuple kurde.

Kongra Star rappelle que, chaque fois que les Kurdes ont tenté de consolider leur unité politique et organisationnelle, les puissances régionales ont intensifié leurs pressions et leurs attaques. L’Iran perçoit particulièrement les tentatives d’unification des partis kurdes comme une menace pour sa sécurité.

Depuis février 2026, les régions de Hewlêr (Erbil), Silêmanî (Souleimaniye) et Duhok ont subi plus de 450 attaques par drones et missiles. Selon les rapports, au moins 17 personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées. Ces frappes ont visé des sites civils, dans le but d’affaiblir la position politique kurde et d’imposer les intérêts iraniens dans la région.

L’organisation insiste sur le fait que la seule solution réside dans la démocratie, le dialogue politique et la reconnaissance des droits légitimes du peuple kurde. Elle met en garde contre le risque d’une crise plus large si la politique de pression et d’attaques se poursuit.

Refus de soigner la combattante blessée

Le communiqué condamne également le refus de certains hôpitaux et mosquées de Silêmanî d’accueillir le corps de Ghazala Moylan pour les rites funéraires. Kongra Star qualifie cette attitude de contraire aux valeurs religieuses et morales, et de profonde blessure pour la conscience du peuple kurde.

De son côté, le Conseil des familles des martyrs de Kobanê a publié un communiqué devant son siège, lu par l’administratrice Hiba Ma’mu. Il dénonce « des pratiques discriminatoires contraires à la justice et à l’humanité ».

« Refuser le corps d’une combattante martyre offense non seulement la défunte, mais heurte la conscience collective de tout un peuple », affirme le Conseil. Il rappelle que les femmes ont toujours été au cœur de la lutte kurde et que le sacrifice ne se mesure pas au genre. Ignorer le martyre de Ghazala Moylan constitue une insulte à toutes les combattantes et une tentative d’effacer leur rôle historique.

Le Conseil appelle les autorités à mettre fin à toute forme d’exclusion fondée sur le sexe, à respecter dignement les sacrifices des femmes et à rejeter toute discrimination. Il conclut que « les sociétés qui nient les sacrifices de leurs femmes nient une partie de leur propre humanité ».

Contexte des attaques récentes

Le 14 avril, une attaque de drone iranien sur le camp de Surdash a grièvement blessé Ghazala Moylan, qui a succombé à ses blessures. Le 17 avril, une autre frappe contre le camp d’Alan a tué les combattantes kurdes Nada Miri et Samira Elayari.

Kongra Star et le Conseil des familles des martyrs appellent la société kurde, les organisations de femmes et les défenseurs des droits humains à prendre une position claire contre ces attaques et à renforcer l’unité du peuple kurde.

Six ans de mensonges d’État : le scandale Gülistan Doku éclate au grand jour

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TURQUIE / KURDISTAN – À Dersim, le fils d’un gouverneur viole et assassine l’étudiante kurde Gülistan Doku dans un centre de jeunesse public. L’appareil d’État est aussitôt mobilisé pour étouffer le crime.

Selon de nombreuses accusations et témoignages concordants, le fils du gouverneur de Tunceli (Dersim) de l’époque, connu pour sa consommation de drogue, aurait violé Gülistan Doku dans une chambre spéciale qui lui avait été attribuée au sein d’un centre de jeunesse appartenant à l’État. Après le viol, il l’aurait tuée, puis enterrée secrètement dans un village rattaché à Pertek.

Durant toute cette opération, la police et les services de sécurité auraient agi sur ordre direct du gouverneur. Des ressources publiques ont été massivement utilisées pour faire disparaître les preuves : les données de la carte SIM de Gülistan ont été effacées et les appels entrants ont été délibérément redirigés vers de fausses pistes.

Tous les frais engagés — véhicules, personnel, logistique — ont été couverts par le budget de la préfecture. Tout au long du processus, les responsables ont été protégés, couverts et, pour certains, récompensés. L’auteur présumé du crime a continué à mener une vie privilégiée.

En résumé, de très nombreux éléments indiquent qu’un meurtre a été systématiquement étouffé par des représentants de l’État.

Six ans plus tard, la justice n’a toujours pas été rendue. Pire : ceux qui détenaient le pouvoir ont activement contribué à cette obstruction.

Aujourd’hui, alors que l’affaire refait surface avec de nouvelles arrestations, certains versent des larmes de crocodile sur le sort de Gülistan. Pourtant, à part celles et ceux qui se sont tenus aux côtés de la famille depuis le premier jour, la plupart des voix qui s’élèvent maintenant manquent cruellement de sincérité.

Il est particulièrement clair que certains responsables politiques, tant du côté du pouvoir que de l’opposition, font preuve d’une hypocrisie flagrante. Nous, journalistes qui suivons depuis des années des milliers d’affaires de meurtres impunis, de disparitions et de crimes d’État, connaissons trop bien ce scénario.

Les mains sales d’hier sont les mêmes qu’aujourd’hui.

La seule façon radicale de nettoyer cette saleté est une confrontation réelle avec la vérité, dans le cadre d’une justice indépendante et impartiale. Sans cela, les ordures ne disparaissent pas : elles sont simplement balayées sous le tapis, en attendant le prochain scandale. (Via Fehim Işık)

SYRIE. Deux journalistes kidnappés à Raqqa détenus à Alep

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SYRIE / ROJAVA – De nouveaux témoignages viennent renforcer les soupçons sur le sort d’Eva Maria Michelmann et d’Ahmed Polad, enlevés le 18 janvier à Raqqa. Selon plusieurs sources concordantes, les deux journalistes seraient vivants et incarcérés dans une prison du gouvernement de transition syrien à Alep, dans le nord du pays.

L’agence de presse ETHA, basée à Istanbul, rapporte que les indications sur leur lieu de détention se précisent. Eva Maria Michelmann, journaliste allemande, et Ahmed Polad (de son vrai nom Mehmet Nizam Aslan), journaliste kurde travaillant notamment pour des médias kurdes et ETHA, avaient disparu le 18 janvier lors de l’offensive des forces du gouvernement de transition syrien contre les zones autonomes kurdes dans le nord-est de la Syrie. Depuis, les autorités de Damas refusent de fournir la moindre information sur leur sort.

Un combattant des FDS partageait une cellule avec Ahmed Polad

Le témoignage le plus détaillé provient d’un combattant des Forces démocratiques syriennes (FDS), libéré lors d’un échange de prisonniers récent. Cet homme affirme avoir été détenu plusieurs mois au Centre de sécurité générale d’Alep. Sa déclaration, enregistrée en vidéo, a été transmise à Roland Meister, l’avocat de la famille Michelmann, qui compte la remettre aux autorités allemandes.

Capturé le 17 janvier à Deir Hafer, le témoin a été transféré à Alep où plusieurs centaines de détenus étaient regroupés, hommes et femmes séparés. Il y aurait reconnu Ahmed Polad, qu’il connaissait déjà en tant que journaliste.

Selon son récit, Polad est resté longtemps à l’isolement. Environ une semaine à dix jours avant l’échange de prisonniers du 11 avril, il a été brièvement placé dans une cellule commune. « J’en suis absolument certain, car nous étions ensemble », insiste le témoin. « Il est venu, est resté avec nous quelques jours, puis a été emmené à nouveau. »

Le journaliste kurde aurait été blessé à la main et à l’abdomen lors des combats à Raqqa. Il a été soigné à l’hôpital et son état de santé serait actuellement stable.

Des indications concordantes sur Eva Maria Michelmann

Le même témoin n’a pas vu Eva Maria Michelmann directement, mais Ahmed Polad lui aurait confié que sa collègue, basée à Cologne, avait elle aussi été transférée dans la prison d’Alep. Ces informations sont corroborées par d’autres anciens détenus. Plusieurs témoins affirment de manière indépendante avoir entendu parler d’une « journaliste allemande » incarcérée dans l’établissement.

D’après des otages récemment libérées, une quarantaine de femmes, dont Eva Maria Michelmann, demeureraient encore détenues dans cette prison d’Alep.

Des signalements de mauvais traitements

Le combattant des FDS dénonce par ailleurs des conditions de détention extrêmement dures. Il rapporte des passages à tabac, des insultes, des privations de nourriture délibérées et des actes de torture ayant entraîné des blessures chez de nombreux prisonniers. Il décrit un régime systématiquement violent.

Ces révélations accentuent la pression sur le gouvernement de transition syrien, sommé de s’exprimer sur le sort des deux journalistes. À ce jour, aucune confirmation officielle ni aucune déclaration n’a été faite concernant leur détention.

ROJAVA. Un civil kurde enlevé sur la route Afrin-Alep

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SYRIE / AFRIN — L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin – Syrie a dénoncé l’enlèvement d’un civil kurde par des forces affiliées au gouvernement intérimaire syrien, qualifiant cet acte de nouvelle escalade des violations ciblant la population kurde de la région.

Radwan Arslan Bakr kidnappé par des gangs de Damas 

Selon l’organisation, Radwan Arslan Bakr, âgé de 55 ans, a été enlevé le jeudi 16 avril alors qu’il voyageait d’Afrin vers Alep. Des membres de la Sécurité générale de la ville d’Azaz auraient procédé à son interpellation sur la route, avant de le transférer dans un centre de sécurité de la région d’Azaz.

Originaire du village de Qotan dans le district de Bulbul, Radwan Arslan Bakr résidait à Afrin et gérait un magasin de pièces détachées automobiles d’occasion. Il reste à ce jour en détention, sans aucune justification légale ni communication officielle sur son statut.

L’organisation a souligné que cet incident s’inscrit dans une politique de restrictions et d’arrestations arbitraires visant les habitants du nord rural d’Alep, aggravant les souffrances des civils kurdes.

Contexte de violations persistantes

Cet enlèvement intervient dans un climat de violations graves et continues à Afrin depuis l’invasion turque de 2018 (opération « Rameau d’Olivier »). Des rapports d’organisations internationales et locales documentent des pratiques systématiques de détentions arbitraires, tortures, disparitions forcées, pillages de biens et changements démographiques forcés, qui ont été qualifiés par plusieurs sources de crimes de guerre et crimes contre l’humanité ciblant particulièrement la population kurde.

L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin – Syrie a appelé à la cessation immédiate des descentes de police et des détentions arbitraires sans mandat judiciaire, exigeant le respect du droit et la protection effective des civils dans la région.

SYRIE. Mazlum Abdi rejette l’offre de vice-présidence d’al-Sharaa

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SYRIE / ROJAVA — Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, a rejeté une proposition de devenir l’un des vice-présidents de la Syrie, selon des sources proches des négociations avec le président de transition Ahmad al-Sharaa (Jolani).

L’offre a été formulée lors d’une rencontre tenue à Damas le 16 avril entre al-Sharaa et une délégation kurde dirigée par Mazloum Abdi. Les discussions ont principalement porté sur l’intégration des structures civiles et sécuritaires kurdes au sein des institutions centrales de l’État syrien.

Selon des informations rapportées par Al-Monitor, Mazloum Abdi a décliné la proposition, la considérant comme essentiellement symbolique et dépourvue de réel pouvoir exécutif. Les responsables kurdes ont répété à plusieurs reprises que tout accord politique devait accorder un véritable rôle décisionnel, et non se limiter à des postes honorifiques.

Étaient également présents à cette réunion : le ministre des Affaires étrangères Asaad al-Shaibani, la responsable politique kurde Ilham Ahmad (coprésidente du département des relations extérieures de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie – AANES), ainsi que l’envoyé d’al-Sharaa pour les affaires kurdes, Ziyad al-Ayesh. Les discussions se sont déroulées dans un climat cordial, selon des sources bien informées.

Contexte de profonds bouleversements

Cette rencontre intervient dans un contexte de mutations majeures dans le nord-est de la Syrie. Les forces américaines ont achevé leur retrait de leur dernière base, celle de Qasrak, dans la province de Hasakah. Le Pentagone a confirmé ce départ, qui marque un tournant important dans le paysage sécuritaire régional.

Depuis l’entrée en vigueur, le 29 janvier, d’un accord négocié par les États-Unis entre Damas et les FDS, les progrès en matière d’intégration restent limités : quelques nominations administratives, des échanges de prisonniers et une réouverture partielle de certaines liaisons infrastructurelles entre les zones de l’AANES et les territoires sous contrôle gouvernemental.

Cependant, des désaccords de fond persistent, notamment sur la reconnaissance constitutionnelle des droits kurdes, la décentralisation et le statut futur des forces kurdes au sein de l’armée syrienne.

Parallèlement au refus de Mazloum Abdi, des sources indiquent qu’Ahmad al-Sharaa a également proposé à Ilham Ahmad un poste de conseillère de haut niveau, qu’elle a elle aussi décliné pour des raisons similaires : le manque d’autorité réelle.

Les autorités syriennes présentent ce processus comme une consolidation de l’autorité de l’État central, tandis que les représentants kurdes le décrivent comme une négociation visant à établir un partenariat politique équitable dans une Syrie post-conflit.

ROJAVA. Arrestation d’un homme ayant tiré sur le drapeau kurde à l’entrée de Qamishlo

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SYRIE / ROJAVA — Les forces de sécurité intérieure kurdes, les Asayish, ont annoncé samedi l’arrestation d’un individu qui a ouvert le feu sur un drapeau kurde dans la ville de Qamishli, dans le nord-est de la Syrie. Les autorités ont qualifié cet acte de tentative délibérée de semer le trouble et de saper la cohésion sociale dans la région.

Dans un communiqué, les Asayish ont indiqué que leurs unités ont interpellé Hussein al-Hesso après un incident survenu au rond-point de Zouri, à l’entrée sud de Qamishli. L’homme a tiré à plusieurs reprises en direction du drapeau kurde.

Les forces de sécurité ont précisé avoir localisé le suspect grâce à un suivi de ses déplacements et à des renseignements recueillis sur le terrain. Une « opération de sécurité précise » a été menée à 3 heures du matin, en coordination avec la Sûreté générale du gouvernement de transition syrien.

Selon les premières investigations, cet acte visait à provoquer des tensions et à semer la confusion entre les différentes composantes de la région, qui jouit, selon les Asayish, d’une coexistence pacifique et d’une harmonie sociale.

Hussein al-Hesso aurait par ailleurs des antécédents judiciaires, notamment une implication dans une affaire d’enlèvement survenue quelques jours plus tôt.

Les Asayish ont souligné que le détenu fera l’objet d’une enquête approfondie afin d’établir toutes les circonstances de l’incident. Il sera ensuite déféré devant la justice conformément aux lois en vigueur.

La Direction générale de la sécurité du gouvernement syrien devrait communiquer ultérieurement des détails supplémentaires sur cette affaire.

Les forces de l’ordre ont appelé les habitants de la région à faire preuve de retenue et à ne pas céder aux provocations visant à attiser la discorde. Elles ont réaffirmé leur engagement à protéger la paix civile et à défendre les symboles importants pour la population locale.

TURQUIE. Les mères du samedi demandent justice pour Nurettin Yedigöl

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TURQUIE / KURDISTAN – Pour la 1099e fois, les Mères du Samedi se sont rassemblées sur la place Galatasaray à Istanbul afin d’exiger vérité et justice pour les disparus en détention par l’État turc.

Cette semaine, la veillée était dédiée à Nurettin Yedigöl, un jeune Kurde alévi et socialiste, arrêté il y a 45 ans et dont le sort reste tragiquement inconnu.

Un jeune militant torturé à mort

Nurettin Yedigöl, âgé de 26 ans, se revendiquait ouvertement socialiste. Originaire d’un village alévi-zaza de la province kurde d’Erzincan, il avait quitté sa région dans les années 1970 pour s’installer à Istanbul. Après avoir terminé des études de gestion, il fut activement recherché suite au coup d’État militaire du 12 septembre 1980 en raison de son engagement au sein du mouvement étudiant de gauche.

Le 10 avril 1981, il fut arrêté lors d’une perquisition dans un appartement du quartier de Maltepe (Idealtepe) et transféré au commissariat de police politique de Gayrettepe, tristement célèbre pour ses pratiques de torture systématique. Ce centre abritait notamment une salle de torture dirigée par Tayyar Sever, chef de l’unité « Groupe K », dont les membres avaient été formés aux techniques de supplice par des instructeurs de la junte hondurienne.

Une semaine d’horreur

Nurettin Yedigöl aurait été détenu et torturé pendant une semaine entière dans ce commissariat. Dix témoins, eux-mêmes détenus à l’époque, ont par la suite témoigné lors de différentes audiences : il fut traîné à plusieurs reprises dans la salle de torture et resta quatre jours sans être ramené dans sa cellule.

Il a été vu pour la dernière fois le 17 avril 1981, allongé par terre, couvert de sang et inanimé. Un témoin a déclaré : « Il était probablement déjà mort. » Depuis, plus aucune trace de lui. La police a toujours nié l’avoir jamais détenu. Son corps n’a jamais été retrouvé.

L’impunité érigée en système

La militante des droits humains Ikbal Eren a présenté le cas lors de la veillée et dénoncé le déni systématique des autorités : « Le procureur n’a pas examiné les dépositions des témoins et a préféré nier les faits, affirmant : “La torture n’existe pas en Turquie, ne diffamez pas l’État.” »

Toutes les enquêtes ouvertes par le parquet d’Istanbul ont été classées sans suite pour prescription. La mère de Nurettin, Zeycan Yedigöl, avait saisi la Cour constitutionnelle en 2013, mais l’affaire a été rejetée en 2015 pour des raisons de compétence territoriale. Une fois de plus, le sort de Nurettin Yedigöl a été enterré par la prescription.

« Il était torturé jour et nuit »

Ümit Efe, représentante de la Fondation turque des droits de l’homme (TIHV) et amie proche de Nurettin, elle-même détenue à l’époque, a pris la parole avec émotion :

« Il a été torturé jour et nuit. De nombreuses personnes ont été témoins de ce qu’il a subi. Malgré tout, il n’a rien dit. Ensuite, les tortures se sont intensifiées. Depuis 45 ans, nous témoignons de ce que nous avons vu. Nous savons qui est responsable. Nous ne nous arrêterons pas tant que la vérité n’aura pas éclaté et que les responsables n’auront pas été traduits en justice. »

Le frère de Nurettin, Muzaffer Yedigöl, a réaffirmé la détermination de la famille :

« Qu’elles sachent que nous n’abandonnerons jamais. Nous le chercherons jusqu’à notre dernier souffle. Même si nous avons peur, nous ne nous arrêterons pas. »

Eren Keskin, avocate et militante des droits humains de longue date, a clôturé la veillée en dénonçant l’impunité structurelle en Turquie :

« Comme dans de nombreux cas de violence d’État, cette affaire a été classée pour prescription. La responsabilité de ces disparitions forcées incombe à l’État. C’est pourquoi la Turquie refuse de signer les conventions internationales contre les disparitions forcées : le but est de dissimuler ces crimes. »

Le rassemblement s’est achevé par le dépôt traditionnel d’œillets sur la place Galatasaray, symbole de mémoire et de résistance pacifique.

Kurdistan : victime oubliée de la démonstration de force iranienne

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IRAK / KURDISTAN — Alors que des annonces de cessez-le-feu ont été faites entre l’Iran et les États-Unis, ainsi qu’entre Israël et le Liban, la réalité sur le terrain au Kurdistan irakien est tout autre. La campagne de frappes iraniennes contre les forces et les positions kurdes ne s’est pas arrêtée. Au contraire, elle se poursuit avec des attaques répétées de missiles et de drones.

Ces dernières semaines et ces derniers mois, l’Iran a visé les bases et camps des partis kurdes iraniens d’opposition (PDKI, Komala, PAK, Khabat…), mais aussi des positions des forces de sécurité et des Peshmergas de la Région du Kurdistan, notamment autour d’Erbil et de Souleimaniye. Ces frappes, qui touchent des zones parfois éloignées des combats principaux, ont fait au moins 18 morts, parmi lesquels des combattants (peshmergas), dont trois femmes, des membres des forces de sécurité (Asayish) et des civils.

Les cessez-le-feu successivement annoncés n’ont jamais inclus le Kurdistan. C’est comme si cette région avait été délibérément exclue de tout accord de désescalade. Pendant que l’on parle de « réduction des tensions » au Moyen-Orient, la politique iranienne de longue date se poursuit sans interruption : une répression systématique des Kurdes par des missiles, des drones et des assassinats ciblés.

Pour le Kurdistan, le concept même de « cessez-le-feu » n’a aucun sens. La région est traitée comme un terrain de pression permanent et un espace de démonstration de force. Cette réalité met cruellement en lumière que la politique menée n’est pas celle de la paix, mais bien la poursuite d’une répression ciblée et méthodique contre le peuple kurde.

Liste des 18 victimes identifiées :

  • Jalal Rashid (Kawan) – PAK (Parti pour la Liberté du Kurdistan)

  • Ismail Rahimi (Ako) – Parti Komala du Kurdistan iranien

  • Omid Veysi (Omid Ravansar) – Parti Komala du Kurdistan d’Iran

  • Iqbal Salehpour – Organisation Khabat du Kurdistan iranien

  • Fakhraddin Moradi – Organisation Khabat du Kurdistan iranien

  • Reber Abdullah – PDK

  • Ramin Adel (Ramin Oremari) – PDK

  • Pshtywan Mulla Musa – PDK

  • Shahab Bekhashashi – PDK

  • Zakri Bekhashashi – PDK

  • Keywan Muzaffar – KDP

  • Welat Taher – Asayish (Forces de sécurité du Kurdistan)

  • Ghazal Mowlan – Parti Komala du Kurdistan

  • Musa Zarari – Civil

  • Mojda Zarari – Civile

  • Neda Miri – PDKI

  • Samira Elahiyari – PDKI

  • Shahin Azarbarzin – PDKI