TURQUIE. Libération d’une otage kurde détenue pendant 30 ans

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TURQUIE / KURDISTAN – Sonay Mengütay (52 ans), prisonnière politique kurde qui a été tenue en otage 30 ans, vient de retrouver sa libérté. Sonay Mengütay, 52 ans, qui avait passé 30 ans derrière les barreaux, a été libérée d’une prison de Kocaeli. Accueillie par sa famille et des représentants de partis politiques à sa sortie de prison, Sonay Mengütay a déclaré : « Nous sommes tous acteurs de ce processus. » Sonay Mengütay, arrêtée à Erzurum en 1996 et détenue dans diverses prisons durant toute sa détention, a été accueillie avec des fleurs devant la prison par sa famille, des représentants de l’Association Marmara d’assistance et de solidarité avec les familles de prisonniers et de condamnés (MATUHAYDER), du Mouvement des femmes libres (Tevgera Jinên Azad, TJA) et du parti DEM après sa libération. Accueillie par des acclamations et le slogan « Jin, jiyan, azadî » (Femmes, vie, liberté), Sonay Mengütay a déclaré : « 30 ans dédiés à notre peuple. » Tout en exprimant sa joie d’être libérée, Sonay Mengütay a également ressenti une pointe de tristesse à l’idée de laisser ses amis en prison. Concernant le processus de paix en cours, elle a déclaré : « Nous participons tous à ce processus. Nous sommes prêts à faire tout notre possible. » Sonay Mengütay a déclaré espérer que ses autres camarades en prison seraient également libérés prochainement.

Une activiste allemande violée par un fonctionnaire en Turquie

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ALLEMAGNE – L’activiste allemande Paula Maier a déclaré avoir été violée par un fonctionnaire turc alors qu’elle était détenue dans un centre de rétention (Geri Gönderme Merkezi) à Istanbul en janvier 2026.

Paula Maier faisait partie d’une délégation internationale de 16 personnes qui s’était rendue en au Kurdistan du Nord sous l’occupation de la Turquie pour protester contre des attaques visant les Kurdes du Rojava (dans le Nord de la Syrie). Les membres de cette délégation ont également dénoncé des violences physiques et psychologiques, des privations de sommeil, des insultes et des menaces pendant leur détention. Le Mouvement des femmes kurdes d’Europe (Tevgera Jinên Kurd a li Ewropayê – TJK-E) a condamné fermement l’arrestation et l’agression sexuelle de la militante Paula Maier en Turquie. Dans un communiqué publié aujourd’hui, TJK-E a déclaré :   « La mentalité masculine qui fait la guerre aux femmes s’est manifestée le plus clairement à travers l’histoire dans le traitement de l’honneur et du corps des femmes. La domination sur les femmes s’établit par la violence, le féminicide, le viol et les agressions psychologiques ; on cherche à contrôler la vie, la volonté et le corps des femmes.  L’arrestation et l’agression sexuelle de la militante Paula Maier, membre d’une délégation internationale protestant contre les attaques au Rojava, dans un centre de rétention à Istanbul, illustrent la persistance d’une pensée patriarcale au sein de l’appareil d’État. Cette situation ne saurait être considérée comme un simple incident isolé ; elle doit être analysée dans le contexte systémique des violences et de l’oppression faites aux femmes. En tant que TJK-E, nous luttons depuis des années contre cette mentalité et nous exprimons clairement notre opposition à la mentalité de pouvoir et de domination de l’État patriarcal. Nous exigeons que tous les aspects des événements soient élucidés par la loi, que les responsables soient traduits en justice et que les mesures légales nécessaires soient prises. Une approche qui consiste à se dérober à ses responsabilités en impliquant les mécanismes étatiques dans les violences faites aux femmes est inacceptable. Le recours à ces mécanismes ne doit pas servir à dissimuler les faits ni à protéger les auteurs. Au contraire, il incombe à l’État de faire toute la lumière sur ces incidents et de veiller à ce que les responsables soient traduits en justice. Les génocides et les politiques violentes perpétrés contre les femmes au XXIe siècle sont le fruit des efforts d’un système dominé par les hommes pour préserver sa propre existence. Nous devons intensifier notre lutte pour mettre fin à cette guerre menée contre les droits, la liberté et la volonté des femmes. La condamnation des auteurs et des responsables, conformément à la loi, sera un indicateur fondamental de l’avènement de la justice et de la révélation de la vérité. Ce système, qui s’attaque à la vie, à la liberté et à la dignité de milliers de femmes et qui établit une domination sur leurs corps et leur volonté, s’effondrera sans aucun doute un jour. Au XXIe siècle, la lutte des femmes, fondée sur la libération féminine, se renforcera face au système patriarcal et dominant. Grâce à la lutte des femmes organisées, les voix de celles qui nous ont été arrachées et réduites au silence se feront à nouveau entendre ; justice et vérité triompheront. En tant que TJK-E, nous déclarons une fois de plus que nous poursuivrons résolument notre lutte contre toutes les formes de violence à l’égard des femmes, les féminicides et la mentalité patriarcale d’État. »

TURQUIE. Arrestation d’une musicienne kurde de France

TURQUIE / KURDISTAN – La musicienne kurde Nuarîn a été arrêtée dès son arrivée en Turquie. L’artiste, qui réside en France depuis onze ans, a été placée en garde à vue mardi à son entrée à l’aéroport de Çukurova, près de Mersin, et se trouve depuis en détention.

Aucune information n’a encore été communiquée sur les motifs de son arrestation. Une ordonnance de confidentialité a été prononcée sur le dossier d’enquête, de sorte que les charges retenues contre elle n’ont pas été rendues publiques.

Originaire du district de Nusaybin, dans la province de Mardin, Nuarîn a commencé sa carrière musicale en 2004 au Centre culturel de Mésopotamie (NÇM) à Mersin. Elle s’est d’abord produite avec le groupe Koma Nuarîn, qui portait son nom. Après la dissolution du groupe, elle a poursuivi sa carrière en solo sous le nom de Nuarîn à partir de 2008. Installée en région parisienne depuis plusieurs années, elle continue d’y mener son activité artistique.

TURQUIE. Question kurde. La loi-cadre critiquée par la KGD

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Le Parlement turc a récemment adopté à une large majorité la loi dite « visant à renforcer la solidarité nationale et la cohésion sociale ».

Pour la Communauté kurde d’Allemagne (Kurdische Gemeinde Deutschland, KGD), ce développement n’est pas surprenant. Cette loi demeure cependant à des lieues d’une solution politique à la question kurde.

Elle régit avant tout le désarmement et les conséquences de la dissolution du PKK, ainsi que des dispositions pénales et conditionnelles applicables aux personnes qui déposent les armes. Elle ne contient toutefois aucune solution politique ou juridique substantielle à la question kurde. Celle-ci se trouve ainsi réduite à un simple problème de terrorisme. Toute reconnaissance des Kurdes en tant que peuple distinct, de même que toute déclaration relative à leurs droits nationaux, démocratiques ou collectifs, fait complètement défaut.

Des réformes démocratiques sont également absentes. Ni la liberté d’opinion et d’organisation, ni les droits culturels et politiques des Kurdes ne sont prévus, pas plus qu’une libération inconditionnelle des prisonniers politiques.

La Communauté kurde d’Allemagne soutient expressément la pose des armes par le PKK et s’engage en faveur d’une voie civile, politique et démocratique. Elle rejette néanmoins que la reconnaissance des droits kurdes soit subordonnée au désarmement.

Le désarmement seul ne constitue pas une solution à la question kurde. Sans reconnaissance des Kurdes en tant que peuple, ainsi que de leurs droits nationaux, démocratiques, culturels et politiques, il ne peut, selon la KGD, y avoir de véritable processus de paix ni de solution durable en Turquie.

   

IRAN. Un religieux pro-Iran menace de massacre les Yézidis

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IRAN / ROJHILAT – L’organisation Hengaw pour les droits humains condamne fermement les récentes déclarations de Ramin Salehzadeh, un religieux de Baneh affilié à la République islamique d’Iran. Dans une vidéo diffusée publiquement, Salehzadeh menace explicitement de tuer les Yézidis (Êzdî) et appelle à la violence contre cette communauté. Hengaw met en garde contre les conséquences dangereuses de ces déclarations et le risque d’une répétition du génocide yézidi au Kurdistan. Les propos choquants de Salehzadeh, reproduits ci-dessous, ne menacent pas seulement les Yézidis, mais constituent un appel à leur génocide : « Yézidis, nous vous considérons comme des infidèles. Yézidis, nous vous considérons comme impurs. Yézidis, nous vous considérons comme impurs. Par Dieu, si l’occasion se présente, nous ne vous laisserons pas vivre un seul instant sur cette terre », a-t-il déclaré. « Voici notre religion. Nous ne la cachons à personne, nous ne nous dissimulons pas, nous ne craignons personne et aucune crainte n’habite nos cœurs. Nous ne mourrons qu’une fois, alors que cette mort soit sur le chemin de Dieu. Nous ne mourons qu’une fois, et des deux jours que Dieu nous a accordés, que les deux soient consacrés à la religion de Dieu. Que les deux soient consacrés à un seul commandement du Messager de Dieu », a ajouté Salehzadeh. Hengaw souligne que ces déclarations ne sauraient se justifier par de simples désaccords religieux ou par la liberté d’expression. Menacer directement de mort une communauté entière, surtout lorsque cette menace émane d’une personne jouissant d’une influence et d’une notoriété religieuses, constitue une incitation manifeste au génocide et une menace directe pour la vie et la sécurité des membres de cette communauté. La gravité de ces menaces est d’autant plus grande lorsqu’on les considère dans le contexte de l’histoire de la communauté yézidie. En 2014, cette communauté a été victime de l’un des génocides les plus atroces des temps modernes. S’appuyant sur une propagande haineuse et des interprétations religieuses extrémistes, Daech a tué des milliers de Yézidis, réduit en esclavage de nombreuses femmes et enfants et forcé des dizaines de milliers de personnes à se déplacer. Le génocide yézidi a démontré que les discours de haine, la déshumanisation et les menaces de violence contre une communauté religieuse peuvent, lorsqu’ils sont banalisés, conduire à des atrocités de masse et à un génocide organisé. Hengaw met donc en garde contre toute tentative de normaliser de tels propos ou de créer les conditions propices à un nouveau génocide des Yézidis. La communauté yézidie est une composante historique, autochtone et indissociable de la société kurde. Aucun individu, mouvement religieux ou institution politique n’a le droit d’imposer des critères religieux pour priver les Yézidis de leur droit à la vie, à la sécurité et à la dignité humaine. Étant donné que Salehzadeh est considéré comme membre des services de renseignement régionaux, Hengaw dénonce également l’inaction des autorités, la discrimination structurelle à l’encontre des minorités religieuses et le lien étroit entre cette discrimination et l’oppression fondée sur l’appartenance ethnique et nationale en Iran. Hengaw affirme qu’en ne réprimant pas les discours de haine et l’incitation au génocide, la République islamique d’Iran porte une responsabilité directe quant à la vie et à la sécurité de la communauté yézidie et des minorités religieuses, ethniques et nationales d’Iran, notamment les adeptes de la religion yarsan. Hengaw appelle expressément les organes de défense des droits humains et les organisations internationales à suivre avec une extrême urgence la situation particulière et vulnérable du peuple du Kurdistan, notamment le risque de génocide et les menaces qui pèsent sur la communauté yézidie. Le génocide yézidi a démontré qu’une réponse internationale tardive face à l’escalade de la haine peut avoir des conséquences irréparables. Hengaw appelle également les chefs religieux, les institutions de la société civile et les militants sociaux et politiques du Kurdistan à ne pas rester silencieux face à ces graves menaces et à affirmer explicitement le droit égal des Yézidis à la sécurité, à la dignité, à l’identité et à une vie de liberté. En particulier, l’Organisation Hengaw pour les droits humains exhorte les partis politiques kurdes à prendre une position claire et ferme contre les menaces de génocide visant les Yézidis au Kurdistan iranien. Le Kurdistan est la terre commune de toutes ses communautés historiques et incarne la diversité des identités qui la composent. Défendre la sécurité et le droit à la vie des Yézidis, c’est défendre les principes de coexistence et la diversité historique du Kurdistan. Tout en condamnant fermement ces menaces, l’organisation Hengaw pour les droits humains affirme qu’elle documentera et poursuivra avec la plus grande urgence les cas d’incitation au génocide et à la violence contre la communauté yézidie. Hengaw appelle la communauté internationale à ne pas rester indifférente face à cette tendance alarmante.

KURDISTAN. Agissement colonial à Kirkouk

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IRAK / KURDISTAN – Les forces de l’armée irakienne creusent une tranchée de sécurité à travers des champs du village de Topzawa, dans la province à majorité kurde de Kirkouk. Les agriculteurs kurdes signalent que les travaux ont endommagé plus de 49 acres (environ 200 dounams) de champs, détruisant leurs récoltes, systèmes d’irrigation et limitant l’accès à leurs parcelles.

Les agriculteurs ont déclaré au correspondant de Kurdistan24 à Kirkouk, Soran Kamaran, que les fouilles avaient causé des dégâts importants. Ils contestent fermement l’affirmation de l’armée selon laquelle les terres touchées appartiendraient au ministère irakien de la Défense.

Le différend portait initialement sur environ 3 acres (12 dounams). Les agriculteurs signalent cependant que les travaux se sont considérablement étendus, traversant des terres agricoles et affectant des propriétés totalisant plus de 49 acres (200 dounams).

Les agriculteurs invoquent des titres de propriété

Les agriculteurs concernés déclarent disposer de titres fonciers et d’actes officiels, connus localement sous le nom de « titres noirs » (Tapuy Rash), qui attestent de leur propriété.

Les agriculteurs déclarent avoir demandé une protection juridique pour leurs propriétés. Ils accusent les autorités de faire fi des décisions de justice et des documents étayant leurs revendications de propriété.

Une tranchée de sécurité à l’origine du conflit

L’armée irakienne est entrée dans la zone avec des engins lourds pour creuser ce que les habitants présentent comme une tranchée de sécurité destinée à renforcer la protection autour de Kirkouk. Selon les agriculteurs, les autorités militaires leur ont ensuite indiqué que les terres concernées appartenaient au ministère de la Défense.

Les travaux d’excavation ont créé d’importants talus de terre et traversé des parcelles, rendant certaines parties des terres agricoles inaccessibles à leurs propriétaires. Les dégâts ne se limitent pas à la perte de terres cultivées : les systèmes d’irrigation et les récoltes ont également été détruits.

Un litige foncier dans un contexte sensible

L’affrontement de Topzawa s’inscrit dans un long historique de conflits fonciers et de litiges relatifs à la propriété agricole à Kirkouk. Dans cette province disputée, des revendications concurrentes et des décisions administratives ont à maintes reprises affecté les agriculteurs locaux, en particulier les Kurdes.

Pour les agriculteurs concernés, le problème est à la fois juridique et économique. Ils disent posséder des documents délivrés par l’État attestant de leur propriété, alors qu’ils subissent la destruction de terres qui assurent la subsistance de leurs familles.

Ils demandent l’arrêt immédiat des fouilles, la reconnaissance de leurs droits de propriété et l’octroi d’une indemnisation pour les pertes agricoles déjà subies. Ils restent également préoccupés par le risque que la poursuite des travaux cause des dommages supplémentaires.

Pour l’instant, le différend reste non résolu. Les agriculteurs insistent pour que leurs titres de propriété et les décisions de justice soient respectés, et que toute mesure de sécurité ne se fasse pas au détriment de leurs propriétés agricoles privées légalement enregistrées.

ROJAVA. Les gangs de Damas sèment la terreur à Serê Kaniyê

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SYRIE / ROJAVA – Le premier convoi organisé de familles kurdes déplacées vers Serê Kaniyê a été attaqué lundi 10 août par des colons armés installés dans la région par la Turquie et on signale des victimes parmi les civils. Les Kurdes sont descendus dans la rue à Kobanê, Qamishlo, Hassakê…, entraînant des couvre-feux et des arrestations.

Selon Jawan Isso, membre d’un comité représentant les déplacés, environ 2 500 personnes avaient pris la route dans le cadre de l’accord de janvier 2026 entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition de Damas. Cet accord prévoyait le retour des populations déplacées depuis l’offensive turque de 2019. Des groupes armés ont pris pour cible les familles à leur arrivée.

Les autorités de sécurité du gouvernorat de Hassaké ont annoncé l’arrestation de plusieurs suspects et la suspension des convois « jusqu’à ce que la protection des résidents soit pleinement assurée ». Ahmad al-Hilali, vice-gouverneur de Hassaké, a condamné les attaques et promis qu’il n’y aurait « aucune indulgence » envers ceux qui menacent la paix civile.

Accusations sur l’identité des assaillants

Des sources kurdes et des comptes locaux signalent que les auteurs des agressions ne sont pas des habitants originaires de la région, mais des familles liées à Daesh (État islamique), originaires d’Irak, de Deir ez-Zor et d’Alep. Selon ces sources, les habitants de Ghuwayran n’ont aucun lien avec ces groupes, contrairement à ce qu’avait propagé l’équipe présidentielle affiliée à Damas. Ces sources accusent Damas d’avoir voulu installer ces personnes au cœur de Hassaké sous prétexte qu’il s’agissait de réfugiés de Ghuwayran, afin de semer la terreur dans la région.

Des témoignages et vidéos circulant sur les réseaux sociaux décrivent une chasse à l’homme qui se serait poursuivie jusqu’à deux heures du matin à Serê Kaniyê. Selon ces mêmes sources, aucune arrestation n’aurait été effectuée parmi les assaillants sur place et aucun couvre-feu n’aurait été déclaré dans la ville pour contenir les violences. En parallèle, un couvre-feu a été imposed à Kobané. Des critiques visent également les Asayish (forces de sécurité kurdes), accusées d’avoir « livré » des personnes, tandis que la sécurité publique aurait patrouillé dans certaines zones jusqu’à trois heures du matin.

Manifestations et réponse sécuritaire

Les attaques ont déclenché des protestations à Qamishli, Hassaké et Kobané. Des drapeaux syriens ont été descendus ou brûlés, et des bâtiments des forces de sécurité ont été pris pour cible. À Kobané, un couvre-feu a été décrété puis levé après le déploiement des forces de sécurité intérieure. Selon les autorités, 19 membres des forces de sécurité ont été blessés et sept personnes ont été arrêtées dans le cadre du rétablissement de l’ordre.

Mazloum Abdi, commandant des FDS, a condamné les agressions contre les familles de retour et appelé à la retenue, tout en soulignant que les retours avaient été coordonnés avec l’État syrien.

Contexte

Depuis l’opération coloniale turque « Source de paix » de 2019, des dizaines de milliers de Kurdes ont été déplacés de Ras al-Aïn (Serê Kaniyê). Des organisations de droits humains documentent des saisies de biens et l’installation de combattants et de leurs familles. Même après l’intégration formelle de certaines factions dans les structures du nouveau pouvoir, le contrôle local reste fragmenté et marqué par des rivalités ethniques et factionnelles.

Les événements de lundi illustrent la manque de volonté de Damas de garantir un retour sûr et digne des Kurdes sur leurs terres.

ROJAVA. Attaques contre des Kurdes revenus à Serê Kaniyê

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SYRIE / ROJAVA – Aujourd’hui, le premier convoi organisé de personnes déplacées de Serê Kaniyê (Ras al-Ain) a regagné leur ville dans le nord de la Syrie, près de sept ans après leur départ forcé. Ce mouvement s’inscrit dans le cadre de l’accord du 29 janvier 2026 conclu entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les autorités de Damas, qui prévoit notamment le retour sûr et digne des déplacés dans plusieurs zones, dont Serê Kaniyê, Afrin et Girê Spî.

Le convoi est parti de la localité de Tuwaynah (Tawina), près du camp de Washokani dans la province de Hasakah. Il regroupait environ 400 familles originaires de la ville et de ses environs. Initialement prévu pour environ 647 familles, il a été réduit en raison de difficultés logistiques. Des groupes de colons installés à leurs foyers par l’occupation turque ont attaqué le convoi des déplacés de retour à leur région natale.

Un contexte de déplacement forcé depuis 2019

Serê Kaniyê est sous le contrôle de factions syriennes soutenues par la Turquie depuis l’opération « Source de paix » lancée en octobre 2019. Cette offensive avait provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes, principalement kurdes, et entraîné d’importants changements démographiques, avec l’installation de familles et de combattants dans des propriétés abandonnées.

L’accord de janvier 2026 entre les FDS et le gouvernement intérimaire de Damas incluait explicitement le retour des déplacés vers leurs foyers. Des préparatifs (déminage, enregistrements, aides financières modestes) avaient été annoncés dans les semaines précédentes, après le retour progressif de déplacés vers Afrin.

Des attaques à l’arrivée

Malgré l’arrivée du convoi, des vidéos et témoignages ont rapidement circulé montrant des agressions contre les déplacés kurdes. Selon les sources, le convoi n’était pas escorté par des forces de sécurité et a été attaqué une fois sur place. Des groupes de colons arabes (certains installés après 2019) auraient jeté des pierres, endommagé des véhicules et tenté d’obstruer le retour.

Ces incidents soulignent les difficultés persistantes : la zone reste contrôlée par des factions pro-turques, les questions de propriété (maisons et terres souvent saisies ou occupées) ne sont pas résolues, et la sécurité n’est pas pleinement assurée. Des organisations de défense des droits humains avaient déjà alerté sur les risques d’extorsion, de menaces et d’obstacles au retour dans les zones de « Source de paix ».

Un premier pas fragile

Ce convoi est présenté comme le début d’un processus plus large : environ 14 000 familles (près de 80 000 personnes) de Serê Kaniyê et de ses environs auraient formalisé leur demande de retour. Un second groupe est attendu dans les jours suivants.

Les autorités kurdes et le comité des déplacés insistent sur la nécessité de garanties de sécurité, de protection des droits de propriété et de services de base pour que le retour soit durable. Pour de nombreux habitants, retrouver leur ville après sept ans de camps représente à la fois un soulagement immense et un défi majeur dans un environnement encore instable.

Les événements de ce 10 août illustrent à la fois l’espoir suscité par l’accord de janvier et les réalités complexes du terrain dans le nord de la Syrie.

IRAN. Les forces iraniennes abattent un kolbar kurde à Baneh

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IRAN / ROJHILAT – Les forces iraniennes ont tué un autre kolbar kurde, cette fois-ci dans la région frontalière de Baneh, près du Kurdistan irakien. Mohammad Tohidpanah, un kolbar kurde de Saqqez, a été tué après que les forces du régiment frontalier iranien ont ouvert le feu alors qu’il transportait des marchandises dans la zone frontalière de Hengezhal à Baneh. Selon les informations reçues par l’Organisation Hengaw pour les droits humains, les forces du Régiment frontalier ont ouvert le feu sur un groupe de kolbars (porteurs de marchandise transfrontalière) dans la zone frontalière de Hengezhal sans avertissement préalable tôt lundi 10 août 2026. Tohidpanah, 25 ans, originaire du village de Vazmaleh dans le district de Sarshiv de Saqqez, a été tué sur les lieux. Des sources bien informées ont indiqué à Hengaw que les forces de l’ordre ont ouvert le feu sur Tohidpanah sans émettre le moindre avertissement.

Hommage au rossignol arménien de la musique kurde

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CULTURE. Le 8 août 2009, à Athènes, s’éteignait Aram Tigran (né Aram Melikyan), figure majeure de la musique kurde contemporaine. Dix-sept ans plus tard, sa voix continue de résonner dans les cœurs des Kurdes et bien au-delà. Bien qu’arménien d’origine, Tigran a consacré l’essentiel de son œuvre à la langue et à la culture kurdes, devenant un symbole de fraternité entre les peuples et un gardien de la mémoire collective.

Une vie marquée par l’exil

Aram Tigran voit le jour en 1934 à Qamishli, dans le Rojava (nord-est de la Syrie). Sa famille, originaire de la région de Diyarbakır (Amed) et de Sason, avait survécu au génocide arménien de 1915 grâce, notamment, à la protection de Kurdes. Ses parents s’étaient réfugiés en Syrie, emportant avec eux les traces d’un monde disparu.

Dès l’enfance, la musique l’habite. Son père, musicien, lui transmet l’amour du kaval et de la musique traditionnelle. À six ans, Aram reçoit son premier oud. Il abandonne rapidement les études pour se consacrer entièrement à la musique. En 1953, à seulement 19 ans, il donne son premier concert public lors des célébrations du Newroz. Très vite, sa voix et son talent de joueur d’oud et de cümbüş le font connaître dans toute la région.

En 1966, il s’installe à Erevan, en Arménie soviétique. Pendant dix-huit ans, il travaille à la radio d’Erevan, dans les émissions en langue kurde. Cette période est l’une des plus fertiles de sa carrière : il y perfectionne son art, compose et enregistre des centaines de chansons. Dans les années 1990, il quitte l’Arménie pour s’établir en Europe, principalement à Athènes.

Un répertoire immense au service de la culture kurde

Aram Tigran a enrichi considérablement le patrimoine musical kurde. On lui attribue environ 230 chansons en kurde (principalement en kurmancî), 150 en arabe, ainsi que des titres en syriaque, grec, arménien, turc et zazaki. Au total, son œuvre approche ou dépasse les 500 compositions et interprétations.

Ses chansons abordent tous les thèmes de la vie : la douleur de l’exil et des massacres, la résistance, l’amour, l’enfance, la joie, mais aussi la défense de la langue kurde. Des titres comme Ey Dilberê, Bilbilo, Zimanê Kurdî, Şev Çû, Diyarbekir ou Çîyayê Gebarê sont devenus des classiques indémodables. Ils ont été repris par de grands noms de la musique kurde tels que Ciwan Haco, Mem Ararat ou Berfîn.

Surnommé le « dengbêj du Moyen-Orient » ou le « rossignol de Mésopotamie », Tigran ne se contentait pas de chanter la souffrance. Il célébrait aussi l’espoir, la dignité et la beauté de la culture kurde. Sa musique a contribué à préserver et à populariser la langue kurde à une époque où elle était souvent réprimée.

Une dernière volonté non respectée

En 2009, après avoir participé à des festivals culturels à Diyarbakır, Aram Tigran tombe malade. Il est hospitalisé à Athènes, où il meurt le 8 août, à l’âge de 75 ans. Son dernier souhait était d’être enterré à Diyarbakır, la terre de ses ancêtres. Les autorités turques refusent, arguant qu’il n’était pas citoyen turc.

Sa dépouille est alors transportée à Bruxelles, où il est inhumé au cimetière de Jette. De la terre de Diyarbakır est versée dans sa tombe, geste symbolique et poignant. Depuis, chaque année, des hommages lui sont rendus, tant en Europe qu’au Kurdistan.

Un héritage vivant

Dix-sept ans après sa disparition, Aram Tigran demeure une référence incontournable. Ses chansons circulent toujours largement sur les réseaux sociaux et dans les festivals. Il incarne la possibilité d’un dialogue et d’une fraternité entre Arméniens et Kurdes, deux peuples marqués par l’histoire tragique de l’Anatolie.

Plus qu’un simple chanteur, Aram Tigran a été un pont entre les cultures, un défenseur des langues opprimées et un artiste engagé. Sa voix, à la fois douce et puissante, continue de porter le message d’une Mésopotamie plurielle, riche de ses diversités.

Aujourd’hui encore, lorsqu’on écoute Zimanê Kurdî ou Ey Dilberê, on entend non seulement la musique d’un grand artiste, mais aussi le souffle d’un homme qui a fait de la culture un acte de résistance et d’amour.