ROJAVA. Qamishlo et Kobanê debout contre les récentes attaques anti-kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Des milliers de personnes ont manifesté ces derniers jours dans les principales villes kurdes du nord-est de la Syrie, notamment à Qamishlo et Kobanê, pour dénoncer les récentes opérations de sécurité menées par les forces affiliées au gouvernement de transition syrien (et plus particulièrement HTS) dans les localités kurdes de Tal Aran (Tell Aran) et Tal Hasel (Tell Hasel), dans la campagne orientale d’Alep.

Contexte des attaques

Selon des sources locales et des organisations kurdes (PYD, Conseil Démocratique Syrien – CDS – et le mouvement des femmes kurdes Kongra Star), des forces de sécurité ont lancé une campagne de perquisitions et d’arrestations dans ces deux localités à majorité kurde fin juin/début juillet 2026.

Plus d’une dizaine de jeunes Kurdes ont été arrêtés de manière arbitraire.

Des témoignages font état d’agressions contre des femmes et d’usage excessif de la force lors des raids.

Les habitants dénoncent des accusations « fabriquées » et une opération visant à intimider la population kurde de la région.

Ces localités, situées au sud-est d’Alep, ont une histoire douloureuse : en juillet 2013, elles avaient déjà été le théâtre d’un massacre perpétré par des groupes djihadistes (notamment Jabhat al-Nusra et DAECH), causant la mort de dizaines de civils kurdes. Les Kurdes y voient aujourd’hui un nouveau cycle de harcèlement et de pressions démographiques.

Les manifestations à Qamishli et Kobané

À Qamishli, des centaines de manifestants se sont rassemblés devant le centre de la jeunesse et dans les principales places de la ville. Ils ont brandi des drapeaux kurdes, des portraits de martyrs et scandé des slogans tels que : « Non à la répression contre les Kurdes ! » « Unité kurde face à l’oppression » « Tal Aran et Tal Hasel ne seront pas oubliés »

À Kobané, les rassemblements ont eu lieu sur la place de la Femme libre (Qada Jina Azad). Les participants ont exprimé leur solidarité avec les habitants des deux villages et ont mis en garde contre toute tentative de répétition des massacres du passé. Des femmes, très présentes, ont souligné le rôle central de la résistance féminine dans la défense des droits kurdes.

Les manifestations ont été organisées par des partis et organisations de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), dont le PYD, le CDS et des mouvements de femmes. Elles ont été globalement pacifiques, mais chargées d’émotion et de colère face au silence international.

Réactions politiques

Le PYD, le CDS et Kongra Star ont publié des communiqués fermes condamnant ces opérations, les qualifiant d’« actes hostiles » et d’atteintes aux efforts de stabilisation en Syrie. Ils exigent :

  • La libération immédiate des détenus.

  • L’arrêt des campagnes d’arrestations arbitraires.

  • Un dialogue sérieux sur les droits des Kurdes dans la Syrie post-Assad.

Ces événements interviennent dans un climat de tensions persistantes entre l’Administration autonome kurde et le gouvernement de transition à Damas, malgré plusieurs tentatives de cessez-le-feu et de négociations.

Un symbole plus large

Pour de nombreux Kurdes de Syrie, les attaques à Tal Aran et Tal Hasel s’inscrivent dans un schéma plus large de marginalisation et de menaces contre les acquis de l’autonomie du Rojava. Les manifestations à Qamishli et Kobané ne sont pas seulement de solidarité locale : elles expriment une volonté de résistance unie et un appel à la communauté internationale pour protéger les minorités en Syrie.

La situation reste tendue. Toute nouvelle escalade pourrait raviver des affrontements plus larges dans le nord-est du pays.

KURDISTAN. L’opposition kurde iranienne de nouveau ciblée

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IRAK / KURDISTAN – Le camp d’un parti d’opposition kurde d’Iran a été ciblé par un drone à l’aube du jeudi 2 juillet, à Dilka, dans le gouvernorat d’Erbil, au Kurdistan du Sud.

L’attaque a visé un site lié à l’un des partis kurdes iraniens en exil (principalement le KDPI – Parti démocratique du Kurdistan d’Iran – ou un autre groupe d’opposition comme le PAK ou Komala, qui disposent de bases dans cette zone). Ces formations sont régulièrement la cible de frappes iraniennes, Téhéran les accusant de mener des actions armées contre la République islamique depuis le territoire irakien.

Détails de l’attaque :

On ne signale aucun blessé ni mort pour le moment. Les dommages semblent limités ou matériels. On ne sait pas encore si l’attaque a été menée par l’Iran ou ses proxies chiites irakiens.

Ce nouvel incident s’inscrit dans une série récurrente de frappes par drones et missiles contre les positions des partis kurdes iraniens d’opposition basés au Kurdistan d’Irak. Ces attaques se poursuivent malgré les cessez-le-feu intermittents dans la région.

TURQUIE. Il y a 33 ans, des islamistes turcs brûlaient des Alévis à Sivas / Madimak

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TURQUIE / KURDISTAN – Il y a 33 ans, le 2 juillet 1993, des islamistes radicaux commettaient l’un des pires massacres de l’histoire contemporaine de la Turquie. Dans la ville de Sivas, ils ont incendié l’hôtel Madımak, brûlant vifs 35 personnes, en grande majorité des intellectuels et artistes alévis réunis pour le festival Pir Sultan Abdal. Parmi les victimes figurait le jeune musicien kurde Hasret Gültekin, âgé de seulement 22 ans.

Ce jour-là, après la prière du vendredi, plus de 15 000 manifestants islamistes, scandant des slogans en faveur de la charia et appelant à la mort des « infidèles », ont encerclé l’hôtel où logeaient les participants du festival. La protestation visait initialement l’écrivain Aziz Nesin, qui avait traduit et publié Les Versets sataniques de Salman Rushdie et était connu pour ses critiques virulentes de l’islam. Très rapidement, la manifestation a dégénéré en une attaque d’une extrême violence.

Les assaillants ont mis le feu à l’hôtel. Aziz Nesin a été exfiltré et sauvé par les forces de sécurité, mais 33 intellectuels et artistes ainsi que 2 employés de l’hôtel ont péri dans les flammes. Deux assaillants sont également morts durant l’attaque, portant le bilan total à 37 morts. Les forces de l’ordre ont été fortement critiquées pour leur passivité et leur lenteur à intervenir face à la foule enragée.

Au-delà d’Aziz Nesin, le massacre visait clairement la communauté alévie, deuxième plus grande communauté religieuse de Turquie après les sunnites, et historiquement discriminée. Ce crime haineux combinait fanatisme islamiste, hostilité envers les alévis et rejet de la laïcité.

Sur le plan judiciaire :

En décembre 1994, 85 suspects ont été condamnés à des peines allant de 2 à 15 ans de prison, tandis que 37 autres étaient acquittés. La Cour d’appel a ensuite annulé ce verdict, estimant que le massacre constituait une tentative de renverser l’ordre constitutionnel laïque pour établir un État théocratique, dirigé contre « la République, la laïcité et la démocratie ». Malgré cela, le 13 mars 2012, la justice turque a prononcé un non-lieu pour cause de prescription, provoquant une immense indignation.

Chaque année, le 2 juillet, des milliers de personnes se rendent à Sivas pour rendre hommage aux victimes devant l’hôtel Madımak, rebaptisé depuis « Monument de la science et de la culture ». Des mesures de sécurité exceptionnelles sont déployées pour éviter de nouveaux incidents.

ROJAVA. Les dépouilles de 18 martyrs transférées de Manbij à Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Ce mercredi, les Kurdes de Kobanê et des villages environnants ont rendu un vibrant hommage à leurs martyrs en organisant le transfert solennel des dépouilles de 18 combattants depuis le cimetière de Manbij, profané par des groupes armés soutenus par la Turquie, vers le cimetière des Martyrs de Dicle à Kobanê.

Les 18 martyrs, issus du Conseil militaire de Manbij, des Unités de protection des femmes (YPJ) et des Forces démocratiques syriennes (FDS), sont tombés entre 2016, lors de la libération de Manbij de l’emprise de Daech (EI), et 2025, pendant les attaques menées par les factions pro-turques contre la ville.

Les martyrs transférés sont : Ali Mohammed Amin Al-Afreet, Mohammed Houran, Amir Anbar, Alaa Ahmed Salam (Jilan Judi), Zahia Barkal Mohammed, Adel Juma Zarif, Abdulrahman Jamal, Abdulrahman Aqili, Farouq Mahmoud Al-Ali, Majd Al-Ali, Mohammed Khalif Al-Khalaf, Mohammed Al-Hamdan, Mahmoud Marai, Mahmoud Youssef Khalifa, Musab Juma Al-Meftah, Rojda Bawer et Youssef Mohammed Dweiji.

Au cours de la même cérémonie, les décès de deux autres combattants ont été annoncés : la combattante des YPJ Farida Walo (nom de guerre : Khamlin Delbrin) et le combattant des FDS Mahmoud Ali (nom de guerre : Dilovan Piro).

La cérémonie a débuté par un défilé militaire des combattants des FDS et des YPJ, suivi d’une minute de silence. Les habitants de Kobanê et des campagnes avoisinantes ont rempli le cimetière des Martyrs de Dicle pour rendre un dernier hommage.

Delbrin Kobani, commandante des YPJ à Kobanê, a prononcé un discours poignant :

« Ces martyrs ont refusé l’injustice faite à leur peuple et ont offert leur vie en sacrifice. Pour honorer leur mémoire, nous les portons dans nos cœurs et nous poursuivons leur combat pour protéger nos acquis. Le prix de la liberté et de la préservation de l’identité d’un peuple est élevé : c’est le sang de ses fils et de ses filles. Sans eux, nous n’aurions ni ce jour ni ces progrès. »

Elle a ajouté :

« Un peuple qui connaît la lutte et la résistance n’accepte jamais l’esclavage ni ne se rend, car il compte des fils et des filles prêts à sacrifier leur vie pour leur patrie. Kobanê, qui a résisté au nom du monde entier, écrit une nouvelle fois l’histoire et nous enseigne des leçons de lutte et de dignité. Ces martyrs ont gravé leur empreinte dans la résistance du peuple kurde et ont contribué à vaincre ce qui fut décrit comme le plus grand terrorisme du monde. »

Delbrin Kobani a conclu par une promesse ferme :

« Nous protégerons les acquis de nos camarades tombés. Notre peuple ne se rendra jamais, n’acceptera ni l’occupation de sa terre ni le déni de sa volonté. Nous serons toujours prêts à nous sacrifier pour notre patrie et notre peuple. »

La cérémonie s’est achevée par la lecture des registres des martyrs, la remise de leurs documents personnels aux familles, et l’inhumation des dépouilles au milieu des youyous, des chants révolutionnaires et des slogans scandés : « Les martyrs sont immortels ! »

SYRIE. Damas a repris les attaques anti-kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Destructions des tombes des combattants kurdes, arrestations des jeunes, agressions des femmes…, ces derniers jours, les gangs de Damas ont intensifié les attaques ciblant les Kurdes.

Depuis la chute du régime d’Assad fin 2024 et l’arrivée au pouvoir du gouvernement transitoire dirigé par Ahmed al-Sharaa (ancien chef d’HTS, ex-branche d’Al-Qaïda), les tensions avec les Kurdes du Rojava (nord-est syrien, administré par les Forces démocratiques syriennes – FDS) se sont fortement aggravées. Des affrontements majeurs ont éclatet en janvier 2026, après l’échec des négociations d’intégration des FDS dans l’armée syrienne.

1. Attaques contre les Kurdes du Rojava et les FDS

Escalade militaire (janvier 2026) : Après des tensions à Alep (quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et Ashrafieh en octobre-décembre 2025), les forces gouvernementales et factions alliées ont lancé une offensive début janvier. Elles ont rapidement progressé à l’est de l’Euphrate, prenant de vastes zones arabes (Raqqa, Deir ez-Zor) et menaçant le cœur kurde (Kobané, Hasakah, Qamishli). Les FDS ont perdu une grande partie de leur territoire en quelques jours, en raison notamment de défections arabes locales.

Violations documentées : Exécutions sommaires (y compris décapitations filmées, comparées au style de l’EI), humiliations, violences sexuelles (menaces d’esclavage sexuel sur des combattantes), et tirs sur des convois médicaux. Des prisons contenant des détenus de l’EI (comme al-Shaddadi ou al-Aqtan) ont été attaquées, avec des risques d’évasions.

Vandalisme et profanation des tombes : Des vidéos vérifiées montrent des combattants affiliés à Damas en train de détruire des tombes de martyrs des FDS (à Shaddadi/Hasakah, Raqqa, Sheikh Maqsoud, etc.). Des stèles brisées, insultes, exhumations et actes de profanation ont été rapportés dans plusieurs cimetières de martyrs tombés contre l’EI et Al-Qaïda. Ces actes ont été condamnés comme des crimes de guerre ou atteintes à la dignité.

Ces opération ont provoqué des déplacements massifs (dizaines de milliers de personnes) et des craintes humanitaires en plein hiver.

2. Minorités syriennes (Alaouites, Druzes, Chiites, etc.)

Le gouvernement transitoire et les factions islamistes intégrées ont été impliqués ou accusés de violences sectaires contre plusieurs minorités :

Alaouites (côte méditerranéenne) : Massacres majeurs en mars 2025 (environ 1 400 à 2 000 morts selon les sources), avec exécutions porte-à-porte, incendies de maisons et insultes sectaires. Des représailles après des actions de loyalistes pro-Assad.

Druze (sud, Soueïda) : Violences importantes en avril-juillet 2025, avec plus de 1 000 morts estimés lors d’affrontements et interventions gouvernementales/tribales.

Autres incidents : Attaques contre des Chiites, chrétiens et sites religieux (destructions de mausolées, etc.). Des rapports (HRW, USCIRF) documentent des discriminations et violences identitaires persistantes.

Contexte géopolitique

Turquie : Soutien important aux factions anti-Kurdes (SNA) et pression pour dissoudre l’autonomie kurde (vue comme liée au PKK).

États-Unis / Tom Barrack (envoyé spécial US pour la Syrie et ambassadeur en Turquie) : A facilité des négociations d’intégration. Après les combats, il a déclaré que le rôle des FDS contre l’EI était « largement expiré » et poussé pour une intégration dans un État syrien unifié. Critiqué par certains pour un alignement perçu avec Ankara.

Le gouvernement de Damas (HTS et alliés) est souvent qualifié de « gouvernement d’Al-Qaïda » par ses détracteurs en raison des origines d’HTS, même si celui-ci affirme s’être réformé.

Bilan : Ces événements soulignent les défis de la transition syrienne : risque de fragmentation, revanche sectaire et fragilité des minorités. Les FDS, qui ont joué un rôle clé contre l’EI, se sentent trahies ; Damas cherche à réaffirmer son autorité centrale. Des cessez-le-feu fragiles ont été négociés sous médiation US, mais les violations persistent.

TURQUIE. Zekiye Demir est morte avant de trouver la tombe de son fils tué par l’armée

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TURQUIE / KURDISTAN – Morte hantée par l’espoir de retrouver la dépouille de Turan, disparu de force en 1993, cette mère kurde n’a jamais abandonné son village natal incendié par l’armée turque.

Zekiye Demir, une mère kurde qui a passé plus de trente ans à chercher la tombe de son fils disparu de force, est décédée en laissant derrière elle une vie de résistance silencieuse et une modeste maison d’une seule pièce construite sur les ruines de son village.

Son fils, Turan Demir, a été enlevé en 1993 avec dix autres villageois à Şenyayla, dans le district de Kulp (Diyarbakır/Amed). La même nuit, l’armée turque incendiait le village. La famille, contrainte à l’exil, fut déracinée. Incapable de supporter cette vie loin de sa terre, Zekiye est revenue malgré son âge avancé. Seule, elle a construit une petite maison en terre à côté des ruines de son ancienne demeure. « Je sens ici la présence de ceux que j’ai perdus », confiait-elle.

Jusqu’à ses derniers jours, elle a vécu entre la ville et ce village, passant ses étés à s’occuper seule de ses vaches et de ses poules, cuisinant sur un fourneau en terre, gravissant à pied la colline qu’aucun véhicule n’atteignait. Elle n’a jamais renoncé à chercher la dépouille de son fils.

Dans son dernier entretien, accordé à l’agence ANF peu avant sa mort, elle déclarait :

« C’est notre terre. Quoi qu’il arrive, je ne pourrai jamais l’abandonner. »

Un drame qui dépasse une seule famille

Zekiye Demir racontait avec une douleur intacte la nuit du drame :

« Ils ont d’abord tué mon fils, puis ils ont incendié notre village. Ils ont brûlé nos maisons, nos vergers et nos animaux. Nous avons tout perdu. Mon fils revenait de Muş quand l’État a tendu une embuscade dans la vallée. Nous avons entendu les explosions et les coups de feu… »

Avec d’autres familles de disparus, elle a cherché pendant des années une réponse. Les ossements de Turan Demir et d’Ümit Taş, âgé de 12 ans, ont été retrouvés en 2004. Identifiés par ADN à 99,9 %, les restes ont ensuite disparu. L’affaire a traîné pendant des décennies.

En 2001, la Cour européenne des droits de l’homme avait condamné la Turquie pour la disparition forcée des 11 villageois et pour n’avoir mené aucune enquête efficace. Malgré des preuves, des témoignages et un mandat d’arrêt émis contre le général de brigade Yavuz Ertürk, principal responsable des opérations, ce dernier a finalement été acquitté. L’affaire a été classée pour prescription.

Une vie de résistance

Zekiye Demir n’a jamais oublié. Ni l’incendie de son village, ni la dernière fois qu’elle a vu son fils, ni le silence de l’État.

« Ces montagnes sont désormais couvertes de postes militaires. Tant de personnes ont été tuées ou ont disparu… Cette oppression doit cesser », lançait-elle dans son dernier témoignage.

Par son refus obstiné de quitter sa terre, Zekiye Demir est devenue le symbole vivant de la mémoire kurde face aux disparitions forcées et aux destructions des années 1990.

Elle s’est éteinte en emportant avec elle un espoir jamais réalisé : reposer un jour aux côtés de son fils.

KJAR : Zilan est le symbole de la volonté d’une femme libre

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KURDISTAN – À l’occasion du 30e anniversaire du martyre de la combattante kurde Zeynep Kınacı (Zilan), la Société des Femmes Libres du Kurdistan Oriental (KJAR) a rendu hommage à sa mémoire à travers une déclaration puissante.

« Nous, les femmes unies par une seule voix, sommes capables de réaliser les rêves et les aspirations de tous ceux et celles qui ont donné leur vie pour la liberté. Nous y parviendrons par l’action collective et une résistance organisée », affirme la KJAR.

Le communiqué poursuit :

« Tout au long de l’histoire du mouvement de libération, de nombreuses femmes et hommes ont fait preuve d’un courage et d’une détermination exceptionnels dans les conditions les plus difficiles. Ils ont sacrifié leur vie pour la liberté des femmes et la construction d’une société démocratique.

Face à l’État-nation et à sa mentalité patriarcale autoritaire, des femmes se sont levées avec dignité. L’action révolutionnaire de la camarade Zilan (Zeynep Kınacı) incarne cette résistance. Bien plus qu’une opération isolée, son geste était l’expression d’une idéologie profonde et d’une foi inébranlable dans le socialisme et la liberté. »

Des milliers de Zilan ont suivi

Depuis son martyre, des centaines de femmes ont embrassé son chemin. Parmi elles, la camarade Latife Selamet (Zilan Popule), qui a fait du manifeste de liberté de Zilan son propre guide. Avec un esprit apoïste, elle a rejoint les rangs de la guérilla et est tombée en martyre à Marivan, après avoir résisté avec acharnement à une embuscade des forces du régime iranien.

Comme Zilan et de nombreuses autres combattantes, Zilan Popule n’a jamais plié face aux régimes dictatoriaux et misogynes. Par son sacrifice, elle a ravivé sur cette terre ancestrale l’esprit d’une vie communautaire fondée sur l’éthique, l’égalité et la liberté.

Les femmes révolutionnaires ont fait de la lignée du Leader Apo leur idéal suprême. Elles ont transformé cette philosophie de la vie libre, et particulièrement de la femme libre, en une source inépuisable de force et de moral pour la résistance.

Zilan Popule, à Marivan, a particulièrement œuvré à l’éducation et à l’organisation des femmes, des montagnes aux villages et aux villes. Convaincue qu’aucune société ne peut être libre sans l’émancipation de ses femmes, elle a ouvert la voie à une lutte acharnée et continue dans la région.

En commémorant aujourd’hui Zeynep Kınacı et Zilan Popule, la KJAR réaffirme l’importance cruciale des organisations de femmes en cette période historique. À travers l’Académie « Shehid Zilan Popule », elle poursuit son travail d’éducation, de sensibilisation et d’organisation des femmes kurdes.

« La résistance, c’est la vie. Femme, Vie, Liberté. »

Tal Aran : les récents raids ravivent la mémoire douloureuse des Kurdes de Syrie

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SYRIE / ROJAVA – Les récents raids menés par les forces de sécurité du gouvernement intérimaire syrien à Tal Aran et Tal Hasel ont ravivé une mémoire collective kurde déjà lourdement chargée. Attaques ciblées, perquisitions musclées, enlèvements de jeunes et agressions contre des femmes kurdes : pour beaucoup d’habitants, ces scènes rappellent les heures les plus sombres de leur histoire récente.

Mardi, les forces de sécurité ont déployé une importante opération dans la région, mobilisant selon des sources locales plus de 200 véhicules, dont des motos équipées de mitrailleuses. Un cordon de sécurité a été établi autour de Tal Aran, bloquant entrées et sorties de la ville. Plusieurs jeunes hommes kurdes ont été arrêtés et au moins une femme, Nazha Hamki, a été blessée après avoir filmé les opérations et exigé la présentation d’un mandat.

Ces événements interviennent dans un contexte de fortes tensions et ravivent des traumatismes anciens. Les Kurdes de Tal Aran et Tal Hasel, deux des plus anciennes localités kurdes de la campagne d’Alep, ont successivement subi :

Sous le régime baasiste : des décennies de marginalisation, d’arabisation forcée, de privation de services et de répression culturelle.

En juillet 2013 : le massacre perpétré par Jabhat al-Nosra (aujourd’hui intégré au gouvernement intérimaire syrien). En l’espace de quelques jours, une cinquantaine de civils kurdes – dont des femmes, des enfants et des personnes âgées – ont été tués. Des exécutions sommaires, des enlèvements et des pillages massifs ont été documentés, contraignant des milliers d’habitants à fuir.

Aujourd’hui, ces mêmes bourgs, encore marqués par les cicatrices de 2013, voient resurgir la peur. Les habitants ont organisé des manifestations spontanées mardi soir, exigeant la libération des personnes détenues et l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violations commises lors des raids.

Un silence assourdissant

À l’heure actuelle, le gouvernement intérimaire syrien n’a publié aucune déclaration officielle justifiant l’ampleur de l’opération ni répondu aux accusations de violences contre des civils.

Tal Aran et Tal Hasel, situées au sud-est d’Alep, symbolisent aujourd’hui la fragilité de la coexistence dans le nord de la Syrie. Pour les militants kurdes et de nombreux habitants, ces raids ne sont pas de simples opérations de sécurité : ils constituent une nouvelle page d’un long cahier de doléances kurdes qui s’étend sur plus de soixante ans.

ROJAVA. Les gangs de Damas blessent une femme kurde à Tal Aran

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SYRIE / ROJAVA – Les forces affiliées à Damas intensifient leur répression contre les populations kurdes. Ce mardi, plus de 200 véhicules ont été déployés lors de vastes opérations dans les localités de Tal Aran et Tal Hasel, dans la campagne d’Alep.

Au moins 10 jeunes Kurdes ont été arrêtés, accusés d’appartenir à des « forces résiduelles ». Des vidéos choc montrent des scènes de chaos : des femmes hurlent, supplient de ne pas être frappées, tandis que les miliciens s’en prennent violemment aux habitants, y compris aux femmes et aux jeunes.

Une femme passée à tabac pour avoir filmé

Nazha Hamki, citoyenne kurde, a été violemment agressée par les forces de sécurité du gouvernement intérimaire syrien. Alors qu’elle filmait les perquisitions à Tal Aran, elle a exigé la présentation d’un mandat d’arrêt. En réponse, elle a été rouée de coups. Blessée, elle a été transférée à l’hôpital local.

Ces raids brutaux s’inscrivent dans une vague d’opérations récentes menées par les forces de Damas dans les zones kurdes, alimentant la peur et la colère au sein de la population.

ROJAVA. L’occupant turc convoque des élèves à Afrin à cause des symboles kurdes

SYRIE / ROJAVA. Des sources locales rapportent que le service de sécurité de la faculté d’éducation de l’Université de Gaziantep, à Afrin, a interrogé des diplômés kurdes et leurs familles après la cérémonie de remise des diplômes, en raison de la présence de symboles kurdes, dont le drapeau du Kurdistan.

L’antenne d’Afrin de l’Université de Gaziantep, établie dans le canton kurde d’Afrin après son invasion par la Turquie en mars 2018, a émis une décision interne convoquant plusieurs étudiants kurdes et leurs proches pour un interrogatoire, plusieurs jours après la cérémonie. La raison invoquée : le port de symboles kurdes par certains diplômés.

Selon les familles concernées, les convocations ont été transmises via les groupes de communication de l’université, sans aucune explication officielle. À ce jour, ni l’administration locale d’Afrin, rattachée au gouvernement intérimaire syrien, ni les autorités de sécurité n’ont communiqué sur la nature exacte de ces mesures ni sur leur fondement juridique.

La cérémonie s’est déroulée avec la levée des drapeaux des États colonialistes turc et syrien, conformément au protocole imposé. Les questions de sécurité sur le terrain étaient gérées par les forces affiliées à l’administration mise en place par l’occupation turque.

Cette affaire a provoqué une vive inquiétude au sein de la population. De nombreuses familles craignent que les diplômes de leurs enfants ne soient retirés ou que les diplômés soient déférés aux services de sécurité sur la base d’accusations jugées infondées. Elles s’interrogent également sur l’absence d’explication officielle concernant l’imposition du drapeau turc sur le sol syrien et le silence du gouvernement intérimaire.

Aucune disposition légale officielle ne criminalise l’affichage de symboles kurdes dans les zones kurdes.

Ce climat de répression intervient alors que l’accord du 29 janvier entre le gouvernement intérimaire syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS) prévoit des garanties pour la spécificité des régions kurdes. Par ailleurs, le décret n° 13 du Premier ministre Ahmad al-Sharaa reconnaît les Kurdes comme une composante essentielle de la société syrienne, interdit toute discrimination ethnique et garantit la protection de la diversité culturelle.

Rappelons que la faculté d’éducation d’Afrin, rattachée à l’Université de Gaziantep, a été ouverte en 2019, un an après la prise de contrôle de la ville par l’armée turque et ses groupes affiliés.