IRAN. Deux autres opposants iraniens exécutés à Karaj

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IRAN – Aujourd’hui, le régime iranien à exécuté les prisonniers politiques, Abolhassan Montazer (66 ans) et Vahid Bani Amerian (34 ans), à la prison de Ghezel Hesar, à Karaj, signale l’ONG kurde Hengaw. Akbar Daneshvarkar, Mohammad Taghavi, Babak Alipour et Pouya Ghobadi, quatre autres co-accusés de Montazer et Amerian, avaient été exécutés les 30 et 31 mars 2026 dans la même prison.

les six prisonniers pendus à Karaj

Selon l’organisation de défense des droits humains Hengaw, les deux hommes ont été pendus en secret, sans que leurs familles soient prévenues ni autorisées à leur rendre un dernier hommage. L’agence de presse officielle Mizan, liée au pouvoir judiciaire iranien, a confirmé les exécutions.

Les deux condamnés avaient été arrêtés pour leur appartenance présumée à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (PMOI/MEK, groupe d’opposition en exil). Ils avaient été condamnés à mort pour « rébellion armée » (baghi) par la 26e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, présidée par la juge Iman Afshari, en décembre 2024, aux côtés de quatre autres accusés.

La Cour suprême avait initialement annulé les verdicts pour vice de procédure, avant de confirmer les six condamnations à mort le 16 novembre 2025, à l’issue d’audiences qualifiées de sommaires par les organisations de droits humains.

Les six accusés ont tous été exécutés en l’espace de quelques jours. Les quatre premiers — Akbar Daneshvarkar, Mohammad Taghavi, Babak Alipour et Pouya Ghobadi — avaient été pendus les 30 et 31 mars 2026 dans la même prison. Avec les exécutions d’aujourd’hui, l’ensemble du groupe a été éliminé.

Tortures et procès inéquitables

Selon les témoignages recueillis par Hengaw et d’autres organisations, les accusés ont subi de graves tortures pendant leur détention et leurs interrogatoires : coups, décharges électriques, flagellations et menaces contre leurs familles, afin d’obtenir des aveux forcés.

Les procès ont été dénoncés comme totalement inéquitables : absence de garanties fondamentales, audiences expéditives et recours à des « confessions » extorquées sous la contrainte.

Abolhassan Montazer, architecte originaire de Téhéran et ancien prisonnier politique de l’époque du Shah, et Vahid Bani Amerian, originaire de Sonqor, faisaient partie des six co-accusés dans cette affaire.

Contexte

Ces exécutions interviennent dans un climat de répression accrue contre les opposants au régime, notamment les membres ou sympathisants présumés des Moudjahidines du peuple. Elles ont eu lieu alors que l’Iran fait face à des tensions internationales importantes.

Les organisations de droits humains, dont Hengaw, Iran Human Rights et Amnesty International, ont dénoncé à plusieurs reprises ces procédures comme des violations graves du droit à un procès équitable et un usage systématique de la peine de mort à des fins politiques.

TURQUIE. Des projets de centrales géothermiques menacent l’avenir des Kurdes à Varto et Karlıova

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TURQUIE / KURDISTAN – Les habitants des localités kurdes de Varto et Karlıova contestent vigoureusement les projets de centrales géothermiques portés par l’entreprise américaine Ignis H2 Energy via sa filiale turque IGNIS H2 Enerji Üretim A.Ş. Ils redoutent une destruction de l’environnement, une menace pour l’agriculture et l’élevage, ainsi qu’un risque accru d’activité sismique dans une région déjà fragile.

Ces projets touchent au total une vingtaine de villages : 16 dans la zone de Varto (Gimgim, Muş) et plusieurs à Karlıova (Kanîreş, Bingöl). La zone concernée est principalement dédiée à l’élevage extensif et à l’agriculture. La réalisation des usines risque de transformer ces pâturages et ces terres fertiles en zones industrielles, entraînant des conséquences économiques, sociales et culturelles graves pour des centaines de milliers d’habitants.

 

Inquiétudes environnementales et sismiques

Les plateformes écologiques Varto et Kanîreş, créées pour coordonner la résistance, dénoncent un « écocide ». Elles soulignent plusieurs risques :

  • Pollution des ressources en eau et dispersion de gaz dans l’atmosphère.

  • Destruction de la biodiversité : disparition d’habitats pour des milliers d’animaux (ovins, bovins, etc.) et de plantes endémiques.

  • Risque sismique : les forages sont prévus sur ou à proximité de la faille de Karlıova, un point triple où convergent les failles nord-anatolienne et est-anatolienne. L’injection de fluides sous haute pression pourrait induire des secousses, selon des avertissements scientifiques relayés par l’Union des chambres des ingénieurs et architectes turcs (TMMOB).

Ali Rıza Vural, membre de la plateforme écologique Varto et originaire du village de Badan, explique : « Ce projet menace directement nos lieux de vie et risque de détruire complètement l’écosystème local. Nous pensons qu’il vise à dépeupler la région. »

Mehmet Harmancı, habitant du village de Kargapazarı à Karlıova, va plus loin : « Rien qu’à Kargapazarı, on parle de 100 000 animaux. Ce projet signifie la destruction de centaines de milliers d’êtres vivants. C’est un massacre écologique. Ils veulent transformer toute la zone entre les deux districts en désert et forcer les gens à migrer. »

Une opposition structurée

Depuis 2023, les villageois ont découvert les recherches de l’entreprise, initialement présentées comme des études sur la faille sismique ou des projets de tourisme thermal et d’agriculture sous serre. Face à l’annonce de forages débutant potentiellement en mai, ils ont réagi rapidement :

  • Création de comités villageois indépendants de toute structure politique.

  • Dépôt de requêtes juridiques avec procuration collective aux avocats.

  • Manifestations : une grande marche a eu lieu le 24 mars à Varto ; une autre est prévue le 24 avril avec la participation des habitants de Varto vivant dans les grandes villes de l’ouest.

L’avocate Bahar Koç, qui représente les villageois, indique que les recours en annulation (avec demande de suspension d’exécution) seront déposés dès réception des décisions administratives, notamment celle de « non-requise d’étude d’impact environnemental » (EIE) délivrée par le gouvernorat de Muş.

Des députés du DEM (Ömer Faruk Hülakü, Sezai Temelli, Sümeyye Boz) et du CHP (Doğan Demir) ont interpellé le gouvernement via des questions parlementaires.

Position de l’entreprise

Ignis H2 Energy, fondée en 2021 à Houston (États-Unis), s’appuie sur son expertise pétrolière et gazière pour développer la géothermie. Dans un communiqué, elle explique que les permis (dont celui de Kargapazarı) se situent dans un contexte volcano-tectonique complexe à la triple jonction de Karlıova. Les travaux réalisés jusqu’ici incluent des études géologiques de surface, des prélèvements et des levés magnétotelluriques (MT) pour modéliser le sous-sol. L’entreprise met en avant le potentiel géothermique élevé de la région et son ambition de produire une énergie renouvelable de base.

Kurdistan irakien sous le feu : l’Iran et ses proxies irakien frappent Erbil

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IRAK / KURDISTAN – Depuis fin février 2026, dans le contexte de la guerre opposant Israël et les États-Unis à l’Iran, la Région du Kurdistan d’Irak (KRI), et particulièrement sa capitale Erbil, subit une campagne intensive d’attaques aux missiles balistiques et drones lancés par l’Iran (via les Gardiens de la Révolution – IRGC) et par les milices chiites irakiennes pro-Iran (sous l’égide des Forces de Mobilisation Populaire – PMF).

Selon les données disponibles début avril 2026, plus de 650 attaques ont visé le Kurdistan irakien en un peu plus d’un mois. La grande majorité (près de 80 %) a frappé la province d’Erbil. Les cibles incluent :

  • Les bases américaines et la nouvelle annexe du consulat américain à l’aéroport international d’Erbil

  • Les positions des Peshmerga (forces armées du Gouvernement Régional du Kurdistan)

  • Les quartiers généraux des groupes d’opposition kurdes iraniens en exil

  • Des infrastructures énergétiques (comme le champ gazier de Khor Mor)

  • Des zones résidentielles et des sites civils

Ces frappes ont causé des victimes : au moins 2 civils kurdes tués et plusieurs blessés au total, dont une attaque particulièrement meurtrière le 24 mars 2026 qui a tué 6 Peshmerga et blessé plus de 20 autres dans la région de Soran, au nord d’Erbil. D’autres incidents ont touché des soldats de la coalition (dont un soldat français tué).

Dindar Zebari, responsable de la coordination internationale du Gouvernement Régional du Kurdistan (GRK), a réagi avec fermeté :

« En tant qu’État souverain, l’Irak porte la responsabilité première de protéger ses citoyens. Les attaques en cours affectant Erbil et la région du KRI mettent en évidence des violations du droit international humanitaire et la nécessité urgente de protéger les civils et d’assurer la responsabilité. »

Les autorités kurdes soulignent que Bagdad semble incapable – ou peu disposé – à contrôler ces milices pro-iraniennes qui opèrent depuis le territoire irakien fédéral. Les interceptions par les systèmes de défense antiaérienne américains ont limité les dégâts, mais les explosions nocturnes, les sirènes et les débris tombant sur les quartiers résidentiels (comme Ankawa) ont plongé la population d’Erbil dans une tension permanente.

Cette escalade place le Kurdistan irakien dans une position particulièrement vulnérable : il est frappé à la fois par l’Iran et ses proxies, alors même que la région accueille une importante présence américaine et sert de refuge à des opposants kurdes iraniens.

L’Iran a intensifié les attaques contre les zones kurdes d’Irak

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IRAK / KURDISTAN – Au cours du premier mois de la guerre en cours entre les États-Unis, Israël et la République islamique d’Iran, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) a lancé 88 attaques par missiles et drones ciblant directement les bases du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) dans la Région du Kurdistan irakien.

Ces frappes, menées principalement sur les camps situés près de Koya (Koysinjaq) et d’Erbil, ainsi que sur des positions des Peshmergas dans les zones montagneuses, ont délibérément visé des infrastructures civiles : bibliothèques, hôpitaux de campagne, centres médicaux et quartiers résidentiels abritant les familles des militants et réfugiés.

Selon le bilan communiqué, plus de 650 missiles et drones ont été tirés au total sur les régions kurdes d’Irak au cours de ce mois, entraînant la mort de 14 personnes et faisant 93 blessés. Plusieurs victimes étaient des membres de partis d’opposition kurdes iraniens.

Le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) condamne avec la plus grande fermeté ces agressions répétées, qu’il qualifie d’actes de terrorisme d’État.

« Ces attaques constituent des violations graves du droit international et du droit humanitaire. Elles démontrent une fois de plus l’hostilité profonde et persistante du régime iranien envers le peuple kurde, où qu’il se trouve dans les quatre parties du Kurdistan », déclare le parti.

Le PDKI souligne que ces frappes s’inscrivent dans une stratégie délibérée d’intimidation et de destruction visant non seulement les forces d’opposition, mais aussi les civils kurdes qui ont fui la répression en Iran. Elles visent à briser la volonté de résistance et à empêcher toute activité politique ou militaire depuis le territoire irakien.

Le parti appelle la communauté internationale, les États-Unis, les pays européens et les autorités de la Région du Kurdistan irakien à condamner fermement ces agressions, à renforcer la protection des camps de réfugiés et des bases de l’opposition démocratique iranienne, et à prendre des mesures concrètes contre les crimes de guerre commis par l’IRGC.

Le PDKI réaffirme sa détermination : ces attaques ne feront que renforcer sa résolution à lutter pour la liberté, la démocratie et les droits du peuple kurde en Iran. La résistance kurde ne sera pas réduite au silence par la terreur.

De Bretagne au Kurdistan : la force du matrimoine

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BRETAGNE – À l’occasion du mois de mars et de la Journée internationale des droits des femmes, les Amitiés Kurdes de Bretagne (AKB), en partenariat avec Zin 35 et avec le soutien de la Maison Internationale de Rennes, ont organisé une soirée-débat à Rennes autour du thème du matrimoine — le patrimoine culturel transmis et défendu par les femmes.

L’intervention s’est ouverte en breton par Tifenn Siret, porte-parole de l’Union Démocratique Bretonne (UDB) et co-autrice de l’ouvrage collectif « Kezeg an heol – Femmes effacées, féminismes occultés ? » (Éditions Goater, 2025). À ses côtés, les représentantes de l’association kurde Kassed (liée à Zin 35, l’organisation des femmes kurdes de Rennes) et leur interprète arboraient de magnifiques robes traditionnelles kurdes colorées et pailletées, symboles vivants de résistance culturelle.

Le ton était donné : il s’agissait de mettre en lumière le rôle central des femmes dans la préservation et la transmission des cultures minoritaires, face aux pressions patriarcales et aux politiques d’assimilation étatiques.

En Bretagne : femmes visibles, mais dans une société patriarcale

Tifenn Siret a d’abord dissipé un mythe tenace : la Bretagne n’a jamais été une société matriarcale. « C’est une société patriarcale dans laquelle les femmes sont très visibles dans le travail et la gestion du quotidien », a-t-elle rappelé.

Dans cette région maritime où les hommes partaient souvent en mer, les femmes ont historiquement assumé de lourdes responsabilités : gestion du foyer, travail aux champs, avec le bétail, sur les marchés, à la transformation des produits agricoles, à la pêche à pied, à la collecte des algues, à la réparation des filets ou à la vente du poisson. Cette présence forte dans la sphère économique a forgé l’image de femmes actives et autonomes, mais sans pour autant leur garantir une égalité politique ou des droits complets.

L’ouvrage « Kezeg an heol » (« Le cheval du soleil ») collectif, réunissant une vingtaine d’autrices (militantes, universitaires, artistes, élues), met en lumière ces « femmes effacées » et ces « féminismes occultés ». Tifenn Siret y retrace un activisme joyeux et concret : grèves, revendications, actions associatives et collectives, portées par un point de vue féminin contemporain.

Au Kurdistan : les femmes, gardiennes de la culture face à la colonisation

Du côté kurde, les représentantes de Kassed, membres du Mouvement des Femmes Libres, ont témoigné de la violence culturelle subie sous l’autorité de l’État turc. Dès la fondation de la République en 1923, les vêtements traditionnels ont été interdits, avant même la répression linguistique. Malgré cela, les femmes kurdes ont résisté avec force.

Ce sont avant tout les mères qui ont préservé la culture : elles continuaient à porter les habits traditionnels, à parler la langue kurde, à chanter pour leurs enfants et à transmettre les histoires. Pendant que les intellectuels étaient réduits au silence ou contraints à l’exil pendant des décennies, les femmes ont maintenu vivante la mémoire collective à travers les pratiques quotidiennes, la musique, les récits oraux et la tradition des dengbêj (chanteurs-poètes).

Le nord du Kurdistan (en Turquie) reste perçu comme un territoire colonisé. Dans ce contexte, les associations comme Kassed jouent un rôle essentiel pour promouvoir et protéger la culture kurde. Ces vingt dernières années ont vu des avancées significatives, notamment grâce aux écrits féministes et à la jinéologie (« science de la femme »), concept théorisé dans le mouvement kurde pour penser l’égalité femmes-hommes et libérer la société du patriarcat, du capitalisme et de l’État.

Les femmes kurdes affrontent une double oppression : celle de l’État central et celle du patriarcat traditionnel, qui leur donne moins accès aux arts. Kassed s’emploie donc à leur ouvrir des espaces de création et de production culturelle, à leur donner confiance pour s’exprimer sur scène, dans la littérature, les arts visuels ou les arts de la scène.

La culture comme arme de résistance et de libération

Le panel a également exploré comment, pour les femmes kurdes, la culture n’est pas seulement un champ artistique, mais un pilier de résistance : préservation de l’identité, transmission de la mémoire collective, continuité de l’existence et organisation collective face aux politiques d’assimilation et de déni.

Musique, récit oral, vêtements traditionnels, littérature et pratiques quotidiennes deviennent des outils de lutte. La sauvegarde du patrimoine culturel est indissociable de la lutte pour la liberté des femmes. La culture devient ainsi un lieu de mémoire, un langage de résistance et un moyen de construire une vie libre et autodéterminée.

Cette soirée a illustré la solidarité concrète entre femmes bretonnes et kurdes, unies par la conviction que défendre le matrimoine — ce patrimoine vivant transmis par les mères et les femmes — est au cœur des combats pour la dignité culturelle et l’émancipation. (Amitiés kurdes de Bretagne)

Pour plus d’info sur Breizh Femmes, média féministe en ligne de Bretagne :

www.breizhfemmes.fr contact@breizhfemmes.fr https://www.facebook.com/breizhfemmes

IRAK. 46e anniversaire du génocide des Kurdes Feyli : une plaie toujours ouverte

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IRAK / KURDISTAN – Le 4 avril 2026 marque le 46e anniversaire du début de la campagne systématique de persécution et de génocide lancée par le régime baasiste de Saddam Hussein contre les Kurdes Feyli (ou Feyliés, en kurde : Kurdên Feylî). Cette communauté kurde chiite, historiquement implantée à Bagdad, dans la province de Diyala, à Khanaqin, Jalawla, Kut et dans d’autres régions frontalières avec le Kurdistan d’Iran, a été victime d’une politique délibérée d’épuration ethnique, de déportations massives, d’exécutions et de spoliations.

Contexte historique et déroulement des crimes

Dès les années 1970, sous la présidence d’Ahmed Hassan al-Bakr puis de Saddam Hussein, le régime irakien a ciblé les Feyli en raison de leur identité kurde et de leur supposée « loyauté » envers l’Iran (beaucoup avaient des origines basées au Kurdistan iranien).

La campagne s’est intensifiée le 4 avril 1980 avec des opérations de « nettoyage » à Bagdad, Diyala, Kut, Khanaqin, Jalawla, Mandali, Naft Khana et ailleurs. Des décrets comme le n° 666 ont retiré la citoyenneté irakienne à des dizaines de milliers de personnes, les transformant du jour au lendemain en « étrangers ».

Les familles étaient raflées à leur domicile, à leur travail ou à l’école. Elles n’avaient le droit d’emporter que les vêtements qu’elles portaient. Les biens (maisons, commerces, terres) étaient confisqués. Les hommes adultes étaient souvent séparés de leurs familles et envoyés en prison ou dans des centres de détention, où beaucoup ont été torturés ou exécutés.

Selon les estimations les plus couramment admises :

  • Entre 300 000 et 500 000 Kurdes Feyli ont été déportés de force vers l’Iran.

  • Au moins 15 000 à 25 000 personnes ont disparu ou ont été exécutées (certaines sources kurdes évoquent jusqu’à 22 000 à 23 000 exécutions, dont des jeunes hommes envoyés aux champs de mines ou soumis à des expériences chimiques).

Ces crimes s’inscrivent dans une politique plus large d’arabisation et d’élimination de l’identité kurde en Irak, qui culminera plus tard avec l’opération Anfal (1987-1988). Les Feyli ont été particulièrement visés car ils étaient à la fois kurdes et chiites, deux « menaces » aux yeux du régime sunnite baasiste.

Reconnaissance officielle comme génocide

Après la chute de Saddam Hussein en 2003, la justice irakienne a progressivement reconnu ces atrocités :

  • En 2008, le Haut Tribunal pénal irakien (Iraqi High Criminal Court) a qualifié les crimes de génocide.

  • En 2010-2011, le Parlement irakien a voté la reconnaissance officielle du génocide des Kurdes Feyli.

Ces décisions ont ordonné en théorie la restitution de la citoyenneté, le retour des biens confisqués et l’octroi de compensations. Pourtant, plus de 46 ans après le début des crimes et 23 ans après la chute du régime, la grande majorité des survivants et de leurs descendants attendent toujours une réparation concrète. Beaucoup restent apatrides ou en situation précaire en Irak ou en Iran.

Commémorations du 46e anniversaire (2026)

À l’occasion de cet anniversaire, les autorités de la Région du Kurdistan (KRI) et les représentants feyli ont renouvelé leurs appels à la justice. Le président de la Région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, a traditionnellement marqué ces commémorations par des déclarations solennelles (comme en 2025 pour le 45e anniversaire), exhortant le gouvernement fédéral irakien à appliquer les décisions de justice : compensation complète, rétablissement de la citoyenneté pleine et entière, restitution des propriétés et résolution des griefs en suspens.

Des responsables du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), dont Azad Shafi (chef de la cinquième branche), ont rappelé que l’oppression contre les Feyli dure depuis près d’un siècle, depuis la création de l’État irakien. Ils dénoncent le fait que, plus de vingt ans après la chute du Baas, certaines lois et décrets de l’ancien régime restent encore en vigueur et que l’article 140 de la Constitution irakienne (concernant les zones disputées) n’est pas appliqué dans leur cas.

Les survivants et leurs descendants parlent d’une « plaie sanglante » qui n’a toujours pas cicatrisé. Des conférences et rassemblements ont lieu régulièrement à Erbil, Sulaymaniyah et Bagdad pour documenter les témoignages, exiger l’internationalisation du dossier et appeler à la ratification par l’Irak du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.


Un chapitre sombre de l’histoire irakienne

Le génocide des Kurdes Feyli n’est pas un événement isolé. Il fait partie d’une série d’atrocités commises par le régime baasiste contre les Kurdes d’Irak (Anfal, Halabja, massacres des Barzanis, etc.). Il symbolise la volonté d’effacer une composante essentielle de la mosaïque irakienne.

Aujourd’hui, les Feyli continuent de jouer un rôle important dans la vie politique et sociale du Kurdistan et de l’Irak. Leur combat pour la justice et la mémoire reste un enjeu majeur pour la réconciliation nationale irakienne.

Les Kurdes Feyli demandent non seulement des réparations matérielles, mais aussi la reconnaissance pleine et entière de leur souffrance, afin que ce « chapitre sombre » ne se reproduise plus et que les générations futures puissent vivre dans un Irak véritablement pluraliste et juste.

46 ans après, la quête de justice pour les Kurdes Feyli demeure inachevée. Les appels lancés depuis Erbil et Bagdad rappellent que la paix et la stabilité en Irak passent aussi par la réparation des crimes du passé.

Contre l’oubli de l’exil : la diaspora kurde de Norvège lance ses propres écoles de langue

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Soutenue par le Gouvernement régional du Kurdistan, une initiative éducative d’envergure voit le jour en Norvège. En collaboration avec les centres kurdes d’Oslo, plusieurs écoles ouvriront prochainement leurs portes afin de permettre aux Kurdes de la diaspora de maintenir un lien vital avec leur langue et leur culture.

Une première école de langue proposera un enseignement dans les deux principaux dialectes, le sorani et le kurmanji. Porté par des enseignants bénévoles, ce projet s’inscrit dans une volonté plus large de sauvegarde du patrimoine immatériel kurde au sein des nouvelles générations.

Rezvan Warmeli, chef de la diaspora kurde en Norvège, a précisé au journal « The New Region » que l’établissement débutera ses activités avec quatre classes, chacune pouvant accueillir jusqu’à 17 élèves. Il a également souligné que cette création bénéficie de l’appui technique et institutionnel de la Confédération de la langue kurde.

Un programme entre racines et intégration

Selon les informations transmises par la Confédération au site The New Region, le ministère de l’Éducation du GRK fournira l’ensemble des manuels et fournitures scolaires. Si le programme s’appuie initialement sur le système éducatif de la région du Kurdistan, l’objectif à terme est d’adopter le modèle pédagogique norvégien (d’origine finnoise) pour favoriser une intégration harmonieuse.

Cette dynamique fait suite à la signature, en mars 2025, d’un protocole d’accord entre le Premier ministre Masrour Barzani, le ministère de l’Éducation et le Centre de la diaspora kurde. Ce partenariat vise à structurer l’enseignement du kurde à l’étranger en y intégrant l’histoire nationale et les luttes historiques du peuple kurde face à l’injustice.

« Nous prévoyons d’ouvrir davantage d’écoles de langue kurde à travers la Norvège », a déclaré Derin Mahmoud, enseignant bénévole. Bien que les inscriptions officielles ne soient pas encore closes, une cinquantaine d’élèves se sont déjà manifestés pour intégrer ce cursus.

Un enjeu de transmission face à l’exil

Au cours des dernières décennies, des milliers de Kurdes ont été contraints à l’exil vers l’Occident. Originaires du Kurdistan d’Irak, de Turquie, d’Iran ou de Syrie, ces familles ont fui des décennies de conflits politiques, de répression systématique et de violences. Dans ce contexte de déracinement, l’école devient un sanctuaire pour la transmission d’une identité souvent menacée dans les pays d’origine.

Syrie : enlèvements, viols et rançons – les femmes et filles alaouites prises pour cible

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SYRIE – Depuis plus d’un an, des femmes et des filles alaouites sont régulièrement enlevées, séquestrées, violées et parfois libérées contre rançon par des gangs criminels, sans que cela suscite une réelle mobilisation de la communauté internationale.

Alors qu’on est sans nouvelles des femmes kurdes ou de combattantes des YPJ enlevées par Damas en janvier, le drame systématique touchant la minorité alaouite est également ignoré par la communauté internationale, malgré des preuves accablantes.

Une enquête approfondie du New York Times, publiée ce jour, révèle que ces enlèvements sont bien plus fréquents et brutaux que ne l’admet le gouvernement de transition syrien.

Un exemple parmi d’autres : En mai dernier, une adolescente de 16 ans a quitté son domicile dans le nord-ouest de la Syrie pour se rendre dans une boutique et a disparu. Des semaines plus tard, sa famille a reçu un appel anonyme exigeant des milliers de dollars pour sa libération. Après paiement de la rançon, la jeune fille est rentrée chez elle plus de 100 jours après son enlèvement. Elle a confié à ses proches avoir été détenue dans un sous-sol humide, droguée et violée par plusieurs hommes. Un examen médical a révélé qu’elle était rentrée enceinte.

Le New York Times a vérifié 13 cas d’enlèvements de femmes et filles alaouites (ainsi qu’un homme et un garçon). Cinq des victimes ont déclaré avoir été violées ; deux sont rentrées enceintes. Dans un autre cas documenté, une femme de 24 ans a été détenue trois semaines dans une pièce crasseuse, où elle a été violée, battue, rasée (tête et sourcils) et tailladée avec des lames de rasoir. Sa famille a payé les ravisseurs pour obtenir sa libération.

Depuis la chute de Bachar al-Assad fin 2024, de nombreuses familles alaouites alertent sur les réseaux sociaux. Elles craignent que leur communauté – à laquelle appartenait le dictateur déchu – ne soit visée en représailles par certains groupes sunnites. Les Alaouites représentent environ 10 % de la population syrienne.

Le gouvernement de transition nie tout ciblage systématique et affirme n’avoir confirmé qu’un seul cas. Pourtant, l’enquête du New York Times, basée sur des dizaines d’entretiens (la plupart sous anonymat par peur de représailles), des captures d’écran de demandes de rançon, des virements et des témoignages de travailleurs médicaux, contredit cette version.

Ces violences interviennent dans un climat de profonde méfiance. L’association des Alaouites au régime Assad par une partie des nouveaux dirigeants a déjà conduit à des violences sectaires meurtrières en mars 2025 (environ 1 400 morts selon l’ONU), avec la participation des forces de sécurité de Damas.

Beaucoup de victimes et de leurs familles dénoncent l’inaction ou le manque de sérieux des autorités face à ces affaires.

Ces enlèvements, motivés à la fois par l’appât du gain et la haine anti-alaouite, alimentent la terreur au sein d’une minorité déjà fragilisée.

SYRIE. Kurdes arrêtés à cause des célébration de Newroz

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SYRIE / ROJAVA – Les gangs de Damas ont arrêté au moins deux Kurdes pour les « célébration de Newroz » et le port du drapeau du Kurdistan.

Le 21 mars, un Kurde de 40 ans a été arrêté devant son domicile dans le village de Ta’ana (campagne d’Alep-Nord) puis transféré à la prison militaire d’Akhtarin, où il est toujours détenu sans charge officielle ni présentation devant un juge.

Le même jour, dans la ville d’Afrin, deux membres de la police militaire ont interpellé un jeune homme d’une vingtaine d’années près de la rue Al-Mazout, alors qu’il participait aux célébrations du feu de Nowruz.

Ces incidents révèlent une répression croissante contre l’expression de l’identité kurde, en totale contradiction avec les discours officiels sur la protection des libertés publiques.

Le 3e Festival du film kurde de Düsseldorf dédié aux femmes kurdes

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ALLEMAGNE – La 3e édition du Festival du film kurde de Düsseldorf se tiendra du 17 au 19 avril 2026 dans deux salles emblématiques de la ville : l’UFA-Palast Düsseldorf (Worringer Str. 142) et le Kino Metropol.

Le festival ouvrira ses portes le vendredi 17 avril à 20h avec la projection du long-métrage « Birako Heval » (90 minutes), un hommage puissant à la résistance du Rojava. Cette édition mettra particulièrement en lumière la région du Rojava, avec notamment le court-métrage « Ye Me Rûmeta Rojava » (« Rojava est notre dignité ») et le documentaire « Hemo ».

L’emblème du festival représente la tresse d’une femme révolutionnaire face à la carte du Kurdistan. Ce symbole fort fait écho à un acte de résistance survenu pendant les combats au Rojava, où la tresse d’une combattante avait été coupée, devenant ainsi une image de dignité et de lutte.

Une programmation riche et diversifiée

Le programme comprend :

  • 3 longs-métrages

  • 8 documentaires

  • 17 courts-métrages

Les films proviennent des quatre parties du Kurdistan et de la diaspora :

  • 3 films du Rojava

  • 11 du Kurdistan du Nord

  • 5 du Kurdistan de l’Est

  • 7 du Kurdistan du Sud

  • 3 productions internationales

Les thématiques abordées reflètent les réalités kurdes contemporaines : la révolution du Rojava, la vie des kolbars (porteurs frontaliers) au Kurdistan de l’Est, l’interdiction de la langue kurde, les pressions de l’État turc sur les villes kurdes, les déplacements forcés au Kurdistan du Nord, ainsi que les restrictions sur la musique kurde. La grande majorité des œuvres mettent en scène la société kurde dans toute sa complexité, sa résilience et ses combats.

Compétition et prix

Un concours de courts-métrages récompensera quatre films, un par partie du Kurdistan. Quatre prix d’honneur seront également décernés dans la catégorie des longs-métrages. Parmi les distinctions annoncées figurent le Human Rights Film Award, le Halil Dag Resisting Film Award, le Jina Amini Honor Award et le Yılmaz Güney Film Award, ainsi que quatre prix « Aspiring Filmmakers Award » (un pour chaque partie du Kurdistan).

Un festival né dans un contexte de résistance

Serhat Holako, membre du comité préparatoire, explique que les préparatifs du festival ont coïncidé avec de nouvelles attaques contre le Rojava. Le choix du film d’ouverture rend ainsi hommage à la résistance de cette région. « Le festival est devenu l’une des plateformes les plus importantes pour promouvoir le cinéma kurde et rassembler les artistes kurdes », souligne-t-il. Il rappelle que les films des quatre parties du Kurdistan sont réalisés dans des conditions souvent marquées par la guerre, les difficultés et les persécutions.

Organisé par le Si Filmkollektiv e.V. et une équipe de bénévoles culturels, le festival vise à rendre visibles les voix, les perspectives et les histoires kurdes à l’échelle internationale, tout en renforçant les liens et la conscience collective au-delà des frontières.

Le 3e Festival du film kurde de Düsseldorf s’annonce comme un événement majeur pour la diaspora kurde en Europe et tous les amoureux du cinéma engagé. Plus d’informations et le programme détaillé sont disponibles sur le site officiel : www.dkff.de.