Il y a 52 ans, l’Irak exécutait l’activiste kurde Leyla Qasim

0
KURDISTAN – Ce 12 mai marque le 52e anniversaire de l’exécution de la révolutionnaire kurde Leyla Qasim et de ses quatre camarades par le régime baasiste irakien.
Leyla Qasim, qui avait projeté avec ses compagnons le détournement d’un avion en 1974 pour dénoncer l’oppression et les politiques d’assimilation forcée subies par le peuple kurde, a été pendue le 12 mai 1974 après avoir été arrêtée, torturée et condamnée lors d’un simulacre de procès.
À seulement 22 ans, cette jeune militante est devenue un symbole éternel de la résistance et de la force des femmes kurdes. Pendue par le régime sanguinaire de Saddam Hussein, Leyla Qasim incarne encore aujourd’hui le courage absolu et le sacrifice suprême au service d’un Kurdistan libre.

Le 12 mai 1974 : un assassinat politique

Le 12 mai 1974, le régime sanguinaire de Saddam Hussein exécute Leyla Qasim par pendaison. Elle devient la première femme pendue de l’histoire de l’Irak baasiste. Son « crime » ? Avoir milité pour les droits du peuple kurde et pour l’émancipation des femmes dans un Kurdistan colonisé et opprimé.

Aujourd’hui, Leyla Qasim reste une figure tutélaire aux côtés de Sakine Cansız, Zarife Xatun et bien d’autres. Son portrait orne les murs des foyers kurdes, les places publiques, les institutions et les centres culturels du Kurdistan tout entier.

« Tuez-moi, mais sachez qu’après ma mort, des milliers de Kurdes se réveilleront d’un profond sommeil. Je suis heureuse de donner ma vie pour un Kurdistan libre. »

Qui était Leyla Qasim ?

Leyla Qasim (parfois orthographiée Leila Qassem ou Leyla Qassem) naît le 27 décembre 1952 à Khanaqin (région de Diyala, Kurdistan du Sud – Bashur), dans une famille feyli kurde. Avec son frère Abdessalam et sa sœur Sabiha, elle grandit dans un environnement imprégné d’amour pour la patrie kurde.

Elle termine ses études secondaires à Khanaqin en 1972, puis s’inscrit à la Faculté des Arts de l’Université de Bagdad en sociologie. Très tôt, elle se distingue par son intelligence vive, son charisme et son engagement politique. Elle rejoint l’Union des étudiants du Kurdistan et devient rapidement l’une des figures les plus actives du mouvement étudiant.

Une double lutte : nation et émancipation des femmes

Au début des années 1970, le régime baasiste intensifie sa politique de répression et de nettoyage ethnique à Khanaqin. La famille Qasim est contrainte de se réfugier à Bagdad. Leyla y poursuit ses études tout en militant au sein du Parti démocratique du Kurdistan (PDK).

Après l’échec de l’accord du 11 mars 1970 entre le gouvernement irakien et Mustafa Barzani, elle choisit de rester dans la capitale pour continuer la lutte clandestine, malgré les risques. Avec un petit groupe de camarades, dont son fiancé Jawad al-Hamondi, elle tente de réorganiser la résistance étudiante.

Le groupe est rapidement infiltré. Dans la nuit du 24 avril 1974, les services de sécurité investissent la maison de Leyla. Elle est arrêtée, isolée et soumise à des tortures d’une barbarie extrême : on lui arrache l’œil droit et elle subit de multiples mutilations.

Devant le comité d’enquête, accusée d’avoir commis des attentats contre des civils, elle répond avec dignité : « Je ne suis pas une criminelle. Je lutte pour la cause kurde légitime et je suis prête à donner ma vie pour elle. »

« La mariée du Kurdistan »

Lors de la première visite de sa mère et de sa sœur en prison, Leyla leur demande d’apporter son uniforme traditionnel kurde et des ciseaux. Elle coupe une mèche de ses cheveux et la leur confie : « Dans quelques jours, je serai la mariée du Kurdistan. Je veux que la terre m’embrasse dans toute mon élégance. »

Le 12 mai 1974, moins de trois semaines après son arrestation, Leyla est exécutée sans véritable procès. Vêtue de son uniforme kurde, elle chante l’hymne du Kurdistan jusqu’à la potence. Elle avait 22 ans.

Elle est enterrée au cimetière de Wadi al-Salam à Nadjaf, loin de sa terre natale.

Son héritage : un flambeau pour les femmes kurdes

Après son martyre, des centaines de jeunes filles kurdes portent son prénom. Leyla devient un symbole de résistance et d’émancipation.

Le grand poète kurde Cigerxwîn lui a rendu hommage avec le poème Leyla Şehîd, popularisé notamment par Ciwan Haco :

LEYLA ŞEHÎD
 
Şer şêre, mére yan jine
Nîşan bi dest, Leyla mine
Polaye dil wek asine
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla mine, Leyla welêt
Wé dil li min kir ar û pêt
Mizgîn li kurd roja me têt
Dijmin ji tirsan maye şêt
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Sitêr ji ezman hate xwar
Zer bûn li min bax û bihar
Rabin ji xwe ey xwendewar !
Tev mér û jin bibne şîyar
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Daser te taca Erdeşêr
Navê te dinvîsim bi zêr
Jin nû dibin wek şér û mêr
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla keça Mît û Meda
Canê xwe da di ber me da
Bijîn heçî ko canfîda
Xweş bin ji te jar û geda
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla delal û pir çeleng
Leyla ciwan û şox û şeng
Xwe daye kuştin wek pileng
Şêre li nav kurd daye deng
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla çiraxa şevreşe
Wé rû li kurdan kir geşe
Kuştin bi me kurdan xweşe
Zordarî îdî nameşe
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Bi wê li kurd ron bûye şev
Jin bûne wek Leyla me tev
Îdî nema héjaye rev
Ey kurd de destan bidne hev
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Divêm li pey te bêm ejî
Çibkim bi vé jîna rijî ?
Xwîné nerêjî napijî
Leyla bijî, Leyla bijî !…
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Pir şerme ey xortén ciwan !
Keç bêne kuştin pehlewan
Win jî temaşekin li wan
Rûmet çîye ey xwendewan ?
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Êrîş bikin rengê Ziya
Zû derkevin jorên çîya
Bigrin li ber dijmin rîya
Ka : Hor û Mît û Mîdîya ?
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla bijî, sed aferîn
Ji bo me bûye ol û dîn
Dîsa li min derbûn birîn
Hetta ciger min bûye xwîn
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…

ALLEMAGNE. Première conférence nationale d’étudiants kurdes à Heidelberg

0

ALLEMAGNE – Environ 200 étudiants et jeunes militants kurdes venus de toute l’Allemagne se sont rassemblés samedi à Heidelberg pour la première conférence nationale sur le Kurdistan. Organisée par la Fédération des étudiants kurdes d’Allemagne (en allemand : Verband der Studierenden aus Kurdistan ; en kurde : Yekîtiya Xwendekarên Kurdistan, YXK) au Collegium Academicum, la rencontre s’est déroulée sous le slogan « Kurdistan yek welat e » (« Le Kurdistan est un seul pays ») et la devise : « Le Kurdistan entre colonialisme, résistance et unité : une nécessité ».

Débats sur l’organisation, la culture et la résistance

Animée par Milan Drücke et Lezin Barış, la conférence a abordé plusieurs grands axes : la situation politique actuelle au Kurdistan, l’organisation de la jeunesse kurde en diaspora, ainsi que les impacts de la guerre, de l’assimilation et des pressions sociales sur les jeunes.

Des ateliers thématiques ont exploré la destruction écologique et les politiques de guerre, l’identité culturelle kurde, la mythologie et les systèmes de croyances mésopotamiens, ainsi que le rôle de la musique, de la littérature, du théâtre et du folklore dans la préservation de la culture. Les participants ont également réfléchi aux stratégies pour renforcer l’organisation sociale et politique de la jeunesse kurde en Europe face aux politiques d’assimilation.

Le Rojava et le rôle de la jeunesse

Le politologue Müslüm Örtülü est revenu sur l’histoire des soulèvements kurdes au XXe siècle et les expériences du mouvement de libération kurde. Nilüfer Koç, porte-parole du Congrès national du Kurdistan (en kurde : Kongreya Neteweyî ya Kurdistanê, KNK) pour les affaires étrangères, a quant à elle analysé la situation actuelle, en particulier au Rojava. Elle a souligné le rôle central de la jeunesse kurde dans la construction d’une société démocratique et la portée régionale du modèle du Rojava, qui unit différentes communautés ethniques et religieuses.

La conférence s’est achevée par des performances musicales, des danses traditionnelles et des échanges informels. De nombreux participants y ont vu une étape importante dans le renforcement des réseaux, de la solidarité et de l’organisation des étudiants kurdes en Allemagne. (ANF)

TURQUIE. Les lettres en kurde interdites à la prison de Sincan

0

TURQUIE – À Ankara, les autorités pénitentiaires de l’établissement de haute sécurité n° 2 de Sincan bloquent depuis plusieurs mois la correspondance en kurde, tant entrante que sortante. Les détenus ne peuvent envoyer ou recevoir de lettres dans leur langue qu’à condition de prendre eux-mêmes en charge les frais de traduction. Cette restriction ne s’applique pas à la prison de haute sécurité n° 1 du même complexe.

Ramazan Çeper, détenu à Sincan n° 2, a alerté l’Association de la société civile dans le système pénitentiaire (CİSST) via une lettre détaillée. Il y dénonce une interdiction de fait en vigueur depuis plusieurs mois :

« Nos lettres en kurde sont interdites depuis des mois. Il a été clairement indiqué qu’aucune lettre ne serait envoyée à moins que nous ne payions nous-mêmes les frais de traduction. »

Selon Çeper, les tentatives de dialogue avec l’administration ont été infructueuses. L’établissement dispose pourtant de plus d’une dizaine de gardiens kurdophones. Alors qu’auparavant des personnels bilingues étaient affectés à la commission de lecture du courrier, cette pratique a été abandonnée cette année.

« S’il y a une pénurie de traducteurs, cela pourrait être réglé en une semaine par une demande au ministère. Mais cela n’est pas fait », souligne le détenu.

Une atteinte au dernier lien avec l’extérieur

Heval Zelal Avcı, responsable au CİSST des dossiers de perpétuité aggravée, rappelle que les détenus placés sous ce régime de haute sécurité vivent déjà un isolement extrême, avec des restrictions sévères sur les visites, les appels téléphoniques et les activités collectives. La correspondance constitue souvent leur dernier canal de communication avec le monde extérieur.

« Toute pratique qui limite ou rend ineffective le droit à la correspondance affaiblit l’un des derniers liens qui restent à ces prisonniers », a-t-elle déclaré à bianet.

Saisine parlementaire

Le parti pro-kurde DEM a saisi le Parlement. La députée Beritan Güneş a déposé une question écrite au ministre de la Justice, Akın Gürlek. Elle rappelle que la liberté de communication est garantie par l’article 22 de la Constitution turque et souligne que la Cour constitutionnelle exige le respect du principe de proportionnalité.

Güneş s’interroge notamment sur :

  • Le nombre de gardiens parlant kurde employés dans les prisons Sincan n° 1 et n° 2 ;

  • Les raisons pour lesquelles ils ne sont pas affectés aux commissions de lecture du courrier ;

  • Le refus d’utiliser des outils de traduction électroniques déjà employés dans d’autres institutions.

Le CİSST a de son côté adressé des demandes officielles au Conseil de surveillance des prisons, au Conseil provincial des droits de l’homme, à CİMER, à la Commission parlementaire des droits de l’homme et à la Direction générale des prisons.

A quoi rime la fête des mères pour les Kurdes ?

0

Aujourd’hui, dans de nombreux pays du monde, on célèbre la « Fête des Mères ». À cette occasion, une abonnée de notre page nous a envoyé un message saluant le courage des femmes et mères kurdes.

Nous en profitons pour rappeler ce que signifie réellement cette fête au Kurdistan, alors que le régime islamofasciste d’Erdogan vient de consolider son pouvoir en Turquie et s’apprête à lancer de nouvelles guerres génocidaires au Kurdistan, y compris dans la région yézidie de Shengal, tandis que les régimes iranien, syrien et irakien ne se montrent pas plus cléments envers les enfants et les jeunes Kurdes.

À quoi rime la Fête des Mères au Kurdistan ?

Aujourd’hui, dans certains pays dont la Turquie, on célèbre la « Fête des Mères ». Dans ce pays, de nombreuses mères kurdes ne rêvent pas de fleurs, mais simplement de récupérer le corps de leur enfant tué ou de savoir ce qu’il est advenu de leur enfant disparu entre les mains des sbires de l’État turc.

On ne sait pas exactement quand et comment la Fête des Mères est arrivée en Turquie et au Kurdistan du Nord (Bakûr). Mais une chose est certaine : chaque deuxième dimanche de mai, tandis que d’autres célèbrent, de nombreuses mères kurdes dont au moins un enfant a été tué ou a disparu passent la journée dans les larmes.

Les plus « chanceuses » sont celles qui peuvent se recueillir sur la tombe de leur enfant. Mais bien souvent, ces tombes sont détruites par l’armée turque, car leurs enfants sont qualifiés de « terroristes » pour avoir simplement embrassé la lutte pour la liberté sur leurs terres colonisées. Parfois, ces mères veillent jour et nuit dans les cimetières pour empêcher les soldats de profaner les tombes, et parfois, à mains nues, elles reconstruisent les sépultures détruites. C’est ce qui leur a valu le surnom d’Antigones kurdes.

D’autres restent à la maison, espérant encore un jour retrouver les restes de leurs enfants disparus depuis des années. Certaines sont mortes sans que ce vœu ne soit exaucé.

Beaucoup continuent à chercher et à exiger la vérité. Chaque samedi, depuis 30 ans, vêtues de leurs voiles blancs, symbole de paix, elles se rassemblent à Amed (Diyarbakır) ou sur la place Galatasaray à Istanbul. On les appelle les Mères de la Paix ou les Mères du Samedi.

Alors, pendant que d’autres célèbrent la Fête des Mères, nous souhaitons avant tout que ces mères kurdes puissent retrouver leurs enfants vivants. Peu importe qu’elles n’aient pas droit à un jour de fête. Il n’y a rien de plus sacré que la vie d’un enfant.

Warisha Moradi : Les prisons ne nous brisent pas

0

IRAN / ROJHILAT – La Campagne de Liberté a diffusé une lettre de la prisonnière politique kurde Warisha Moradi à l’occasion du 16e anniversaire des exécutions des prisonniers politiques Shirin Alamhouli, Farzad Kamangar, Ali Heidarian, Farhad Vakili et Mehdi Eslamian.

Dans sa lettre, Warisha Moradi écrit : « Le 9 mai n’est pas une simple date. C’est un moment où la mémoire de ces terres s’interrompt et respire à nouveau. En cet instant, rassemblons les noms qui ont échappé à l’oubli et sont devenus mémoire. 

Şîrîn Elemhulî, Ferzad Kemanger, Ferhad Wekili, Eli Heyderyan, Mehdi Eslamian… Chaque nom n’est pas une fin, mais une blessure vivante dans le corps du temps.

Dans ces contrées, la mort n’est parfois plus une fin, mais un instrument de politique qui continue sous un autre visage. La vie elle-même est suspendue, non pour être vécue, mais pour être mise à l’épreuve par la peur. Les histoires sont lourdes, mais plus lourde encore est leur répétition. Dans cette répétition, les êtres humains sont peu à peu réduits à des numéros, à des dossiers, à des verdicts et à de brefs entrefilets.

En surface, tout devient habitude. Les nouvelles raccourcissent, les réactions s’affaiblissent, les exécutions se transforment en simples sous-titres. Pourtant, au plus profond, quelque chose refuse d’oublier. Cette mémoire oppose une résistance silencieuse mais obstinée à l’érosion.

C’est dans cette répétition que les mythes reviennent à la vie : le visage de Dehak réapparaît, exigeant chaque jour sa part de vies pour apaiser sa peur. La destruction n’est plus l’exception, elle devient la règle.

Dans un tel monde, respirer, se tenir debout, penser, tout peut être perçu comme une menace. La mort nous ronge non seulement lorsqu’elle frappe, mais par sa répétition incessante, jusqu’à ce que la mort d’un jeune ne soit plus qu’un bref instant noyé dans le bruit.

Pourtant, aucune mort ne devrait devenir routine, et aucun nom ne devrait se vider de son sens à force d’être répété. Chaque vie est un monde unique. Chaque fin ignorée creuse une fissure de plus dans l’âme collective.

Ces noms ne sont pas seulement le passé : ce sont des questions vivantes. Comment une société peut-elle vivre et faire son deuil en même temps ? La mémoire historique ne peut être enterrée. Elle circule dans les profondeurs de la société, survit dans les récits et resurgit soudainement.

La résistance ne consiste pas seulement à défier le pouvoir. Elle est avant tout une mémoire qui refuse l’oubli. Elle affirme que ce qui a été vécu ne sera ni effacé, ni normalisé, ni privé de sens.

Une société qui préserve sa mémoire reste vivante à l’intérieur, même sous l’oppression et le silence. Car en elle demeure quelque chose d’indestructible : la conscience sociale.

Tant que cette conscience vivra, aucune potence n’aura le dernier mot.

La potence ne nous brise pas ; elle enfonce seulement nos racines plus profondément dans la terre. »

Warisha Moradi Mai 2026

TURQUIE. Urfa transformé en un laboratoire du génocide culturel kurde

0

TURQUIE / KURDISTAN – Les districts de la province kurde d’Urfa, à l’origine du soulèvement de Kobanê en octobre 2014, se sont depuis transformés en centres de trafic de drogue, de prostitution et d’activités de gangs, écrit le journaliste Rustem Sincer dans l’article suivant.

Riha (Urfa), autrefois ville antique où histoire, foi et résistance s’entremêlaient, est devenue ces dernières années l’un des principaux terrains d’application des politiques de guerre spéciale de l’État turc. La raison est claire : sa position frontalière avec le Rojava, le rôle actif de sa jeunesse lors du soulèvement de Kobanê en octobre 2014 et l’enracinement profond du mouvement politique kurde dans ses quartiers populaires en ont fait une cible prioritaire.

La mémoire collective de l’État turc garde également vive la résistance menée par le PKK contre les tribus collaborationnistes dans les districts de Sêwêreg (Siverek) et Curnê Reş (Hilvan) dans les années 1970. Ce passé sert aujourd’hui de justification aux politiques visant à affaiblir durablement l’influence du Mouvement de libération kurde à travers Riha.

Dans cette ville, l’État ne privilégie pas la destruction physique directe, mais une stratégie multidimensionnelle de dévastation culturelle et morale. La prostitution, le trafic de drogue, la formation de gangs et le recrutement d’informateurs constituent les quatre piliers de cette politique, mise en œuvre via des structures étroitement interconnectées.

850 maisons closes sous contrôle policier

En 2019, un communiqué du département de police d’Urfa lui-même a levé le voile sur la reality de la ville : les autorités ont reconnu l’existence de 850 maisons closes actives et placées sous contrôle policier. Cet aveu officiel rare montre que la prostitution et le trafic de drogue ne sont plus traités comme un simple problème de sécurité publique, mais comme une question relevant directement de l’administration de l’État.

La destruction causée par les drogues

Riha est devenue une plaque tournante du trafic de cannabis acheminé via Licê et Nisêbin, ainsi que d’autres substances en provenance d’Iran et de Syrie. Dans le centre-ville, particulièrement dans les quartiers kurdes défavorisés, l’âge de la première consommation ne cesse de baisser. L’héroïne, les drogues de synthèse et, ces dernières années, la méthamphétamine se sont largement répandues. La toxicomanie chez les enfants illustre l’ampleur de la crise.

L’attaque armée survenue le 14 avril dans un lycée du district de Sêwêreg, qui a fait 16 blessés parmi les élèves, a révélé l’emprise grandissante d’une culture de la drogue, des gangs et des armes sur la jeunesse. Sêwêreg est marqué par une extrême pauvreté et par les ravages des politiques de l’AKP.

Prostitution : les réfugiés des marais poussés vers la prostitution

Riha figure parmi les villes turques accueillant le plus grand nombre de réfugiés syriens. Des dizaines de milliers de familles syriennes survivent en périphérie, sans accès à l’emploi, à une protection juridique ni à des conditions de vie décentes.

L’aide de l’État se limite à environ 500 livres turques par personne et par mois via la Carte Rouge (chiffres 2024). Face à l’absence de permis de travail et de protection sociale, la prostitution devient pour beaucoup une nécessité de survie plutôt qu’un choix. L’État, qui ne leur offre aucune perspective, se décharge de sa responsabilité en invoquant le « consentement personnel » dès que les réseaux de prostitution entrent en jeu.

Des unités de guerre spéciale au sein de la police

Selon des sources locales, plus d’un millier de maisons closes et de services de rencontres opèrent aujourd’hui à Riha, quasiment sans entrave, dans un système stable et organisé. Cela renforce l’impression d’une activité à la fois tolérée et encadrée, comme le suggérait déjà le communiqué policier de 2019.

Ces réseaux ciblent autant les femmes syriennes que les jeunes femmes kurdes issues de familles défavorisées. Ce qui commence par des promesses d’argent facile se transforme rapidement en piège : enregistrements sexuels, chantage et recrutement d’informateurs.

Un employé d’un établissement public de la ville, ZD, témoigne que des policiers et soldats ciblent spécifiquement les jeunes femmes kurdes. Ces opérations seraient pilotées par des unités spéciales créées au sein de la police sur ordre de l’ancien ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu. Des agents choisis pour leur apparence attractive y auraient été affectés. Ce système resterait actif.

Réseaux de gangs et corruption des administrateurs

Un exemple récent et emblématique est l’opération menée à Xelfetî (Halfeti) : 49 personnes, dont l’ancien maire AKP Şeref Albayrak, ont été arrêtées pour corruption dans des marchés publics entre 2019 et 2024, y compris sous administration provisoire.

Albayrak avait été nommé administrateur de la municipalité (détenue par le Parti DEM) en 2016, puis élu sous l’étiquette AKP en 2019. Après sa défaite en 2024, la municipalité a de nouveau été placée sous tutelle. L’opération a révélé une corruption systématique. Les nominations d’administrateurs apparaissent ainsi non seulement comme une violation de la volonté populaire, mais aussi comme un mécanisme permettant le pillage des ressources publiques.

Ce système, combiné au trafic de drogue, à la prostitution et au recrutement d’informateurs, pose les bases d’un effondrement social durable. Les opérations de police restent sélectives, selon les quartiers, l’appartenance politique et les besoins d’image.

Le recrutement d’informateurs : le fardeau d’une ville frontalière

La position frontalière de Riha en fait un lieu privilégié pour le MIT et les services de renseignement militaire, qui y collectent des informations sur le Rojava et le mouvement kurde en Turquie. Les méthodes déjà documentées à Qoser et Nisêbin – chantage sur toxicomanes, utilisation d’images sexuelles, propositions d’argent aux jeunes issus de familles pauvres – sont également appliquées ici. Le recrutement via des relations « amoureuses » est également courant.

Une part importante des 87 cas recensés dans le rapport 2022-2024 de l’IHD (Association internationale des droits de l’homme) provient des villes frontalières du Bakur. La part de Riha y est considérée comme particulièrement élevée.

Suicide et désintégration sociale

Selon un rapport du Centre de recherche de terrain couvrant 2000-2023, le taux de suicide à Riha a été multiplié par 2,71 en 24 ans. Entre 2020 et 2023, 280 suicides ont été enregistrés. Parmi 23 villes du Kurdistan du Nord, Riha figure parmi celles ayant connu la plus forte hausse.

Ces chiffres ne peuvent s’expliquer par de simples difficultés économiques. La période 2020-2023 a été marquée par une intense pression sur le mouvement kurde, l’effondrement économique lié à la pandémie, la progression de la drogue et l’accentuation de la guerre spéciale dans les quartiers kurdes.

Quelle est la situation dans les districts de Riha ?

  • Wêranşar (Viranşehir) : Malgré une forte influence persistante du mouvement politique kurde, notamment chez les jeunes et les femmes, le district a subi d’intenses vagues d’arrestations et de pressions. Les municipalités placées sous tutelle ont fermé crèches, centres culturels et écoles pour enfants, remplacés par des cours de Coran et des « centres de jeunesse » contrôlables. Au moins 70 maisons closes y opèrent sous contrôle policier, souvent dans les bidonvilles peuplés de femmes kurdes syriennes déplacées de Kobanê ou d’Alep.

  • Pirsûs (Suruç) : Symbole de solidarité pendant la résistance de Kobanê, le district est devenu une prison à ciel ouvert. Le chômage dépasse les 70 % chez les jeunes. Le mur frontalier et les postes de contrôle ont coupé tout lien avec le Rojava. Plus de 50 suicides ont été recensés entre 2023 et 2026, majoritairement chez les 18-25 ans. Les espaces culturels et politiques kurdes sont fermés ; seuls des tournois sportifs sont proposés. La drogue, la prostitution et le désespoir comblent le vide.

  • Serêkaniyê (Ceylanpınar) : L’un des exemples les plus sombres. Principal centre d’accueil de réfugiés, il est également une base majeure de recrutement d’informateurs par le MIT et le renseignement militaire. Drogue, chantage sexuel et propositions d’argent aux jeunes précaires y sont monnaie courante. Au moins 60 personnes auraient été ciblées de cette façon. Environ 300 maisons closes y opèrent, souvent au grand jour avec la complicité policière. La confiance entre habitants a quasiment disparu.

  • Sêwêreg (Siverek) : L’un des districts les plus pauvres, marqué par le souvenir de la résistance des années 1970. L’État y privilégie le contrôle indirect via les conflits tribaux. Trafic de drogue et d’armes y sont étroitement liés. Au moins 150 adresses de prostitution y existeraient. Les adolescents scolarisés sont particulièrement visés pour le recrutement d’informateurs.

  • Curnê Reş (Hilvan) : Pauvreté et trafic de drogue y sont profondément enracinés. L’État utilise les familles de gardes villageois pour exercer des pressions. Le district servirait de corridor de transit pour l’héroïne et la méthamphétamine, avec très peu d’inspections.

  • Bêrecûk (Birecik) : Moins touché par la prostitution et la drogue, le district sert surtout de point de surveillance pour le renseignement sur les cantons occidentaux du Rojava (notamment Kobanê). Des cas de corruption dans les marchés publics y ont également été signalés.

  • Kaniya Xezalan (Akçakale) : Porte d’entrée vers Girê Spî, zone de forte concentration de réfugiés. La prostitution y est quasi ouverte, avec une exploitation systématique des femmes et enfants syriens. La plupart des établissements sont sous surveillance policière. Le district est aussi un important point de passage pour le trafic de drogue en provenance de Syrie.

La signification stratégique de l’effondrement d’une ville frontalière

Le déploiement massif de ces politiques à Riha n’a rien d’anodin. Bastion du mouvement kurde, épicentre du soulèvement de 2014 et ville frontalière stratégique, elle doit être « neutralisée » aux yeux de l’État. Les quartiers patriotiques du centre, notamment à Xelîliye (Haliliye), Eyyübiye et Cubeyde (Yeniköy), subissent un double siège : sécuritaire et socio-moral.

Ce reportage révèle aussi une piste de solution largement partagée par les personnes interrogées : « Nous ressemblons de plus en plus à notre ennemi. Pour stopper cette désintégration, le mouvement kurde doit reconquérir l’espace politique et social qu’il a laissé vacant ces dernières années. »

Article d’origine (en anglais) à lire sur le site ANF « Urfa: The laboratory of cultural genocide – II« 

AFRIN. Un colon incendie un logement d’une famille kurde avant de partir

0

SYRIE / ROJAVA – Un colon a incendié l’appartement qu’il occupait depuis 2018 dans le canton occupé d’Afrin, au moment du retour de familles kurdes déplacées.

Dans le canton d’Afrin, un colon a délibérément mis le feu vendredi à l’appartement d’une famille kurde qu’il occupait illégalement depuis l’invasion turque de 2018. Cet acte survient précisément alors que le quatrième groupe de déplacés kurdes, composé d’environ 1 000 familles, regagnait la région.

Selon des sources locales, le colon, originaire de la campagne de Hassaké et affilié aux factions soutenues par la Turquie intégrées au ministère de la Défense du gouvernement intérimaire syrien, a incendié l’appartement située sur l’autoroute Mazot. Plusieurs témoins l’ont vu quitter les lieux avec sa famille peu après avoir déclenché l’incendie.

Malgré les retours progressifs des propriétaires kurdes, des centaines de maisons à Afrin restent occupées par des colons qui refusent de les restituer. De nombreux familles kurdes dénoncent des actes de vandalisme et des vols systématiques commis par les colons avant l’évacuation des logements, compliquant davantage le retour des familles déplacées.

Cet incident met une nouvelle fois en lumière les graves violations des droits de propriété à Afrin et la politique de colonisation encouragée par la Turquie depuis 2018.

SYRIE. La langue turque pour remplacer le kurde ?

0

SYRIE / ROJAVA – À Afrin, canton kurde occupé par la Turquie depuis mars 2018, l’enseigne du palais de justice est bilingue turc-arabe. Le kurde a été purement et simplement effacé de l’espace public.

Damas ne proteste pas. Aucune réaction, aucune exigence de retrait. Pourtant, Afrin compte une très large majorité kurde et aucune population turque, rendant cette enseigne illégale au regard du droit syrien.

À l’inverse, à Hassaké, autre région à majorité kurde passée sous contrôle de Damas, le pouvoir retire systématiquement la langue kurde des panneaux officiels et menace de mesures coercitives, voire militaires, si elle réapparaît aux côtés de l’arabe.

Deux poids, deux mesures : la Turquie peut imposer sa langue en territoire syrien sans que Damas bronche, tandis que les Kurdes de Syrie se voient interdire la leur sur leur propre terre.

Il ne s’agit ni de souveraineté, ni de légalité. Seulement d’une hostilité assumée envers le peuple kurde et d’une soumission totale à l’Etat turc.

TURQUIE. 900 semaines de résistance : les familles recherchent toujours les disparus

0

TURQUIE / KURDISTAN – Pour la 900e semaine consécutive, les familles kurdes se sont rassemblées à Diyarbakir (Amed) pour réclamer la vérité sur le sort de leurs proches disparus de force dans les années 1990 après avoir été arrêtés par les forces de sécurité turques.

Depuis plus de 30 ans, ces familles se réunissent chaque samedi devant le Monument pour le droit à la vie, sous le slogan « Retrouvons les disparus, que les coupables soient traduits en justice ». Inspiré des « Mères du samedi » d’Istanbul, ce mouvement a débuté en 2009. Qu’il neige, qu’il pleuve, malgré les pandémies ou les tremblements de terre, la mobilisation n’a jamais failli.

Fırat Akdeniz, membre de la Commission des personnes disparues de l’Association des droits de l’homme (IHD) de Diyarbakır et lui-même proche d’un disparu, résume ce combat exceptionnel : « Il est difficile de décrire une lutte qui dure depuis 900 semaines et plus de 30 ans… Se placer entre la mort et la société finit par devenir un espace de résistance. »

Chaque semaine, l’histoire d’une personne disparue est racontée. Après 900 semaines, les familles, dont des personnes âgées de 7 à 70 ans, continuent d’exiger des réponses et réclament « au moins une pierre tombale ».

Le cas emblématique de Mehmet Salih Akdeniz

L’oncle de Fırat Akdeniz, Mehmet Salih Akdeniz, a été arrêté par des soldats en octobre 1993 alors qu’il se trouvait sur le plateau de Şen, près de Pasur (Kulp). Emmené avec dix autres villageois vers le hameau de Kepir, il a disparu après avoir été transféré par hélicoptère. Depuis ce jour, aucune trace de lui ni des autres villageois n’a été retrouvée.

« Au début, les mères demandaient : “Si vous nous avez pris nos enfants vivants, rendez-les-nous vivants.” Avec le temps, cet espoir s’est transformé en une supplique plus douloureuse : recevoir ne serait-ce qu’un seul os de leurs proches », explique Fırat Akdeniz.

Ce combat, initialement porté pour retrouver des vivants, est devenu une lutte de résistance et une dette de mémoire. Akdeniz, qui documente de nombreuses affaires de disparitions forcées (Zozan Eren, Ilyas Eren, Mirza Ateş, Celil Aydoğdu et bien d’autres), insiste sur la nécessité d’une véritable confrontation avec le passé.

« L’État doit ouvrir ses archives. Une commission indépendante, placée sous l’égide du Parlement, est indispensable pour faire la lumière sur ces crimes, des années 1990 jusqu’à aujourd’hui. »

Depuis près de 31 ans, les mères du samedi demandent justice pour leurs disparu.e.s
 
Le samedi 27 mai 1995, les Mères du Samedi (en kurde: Dayikên Şemiyê, en turc: Cumartesi Anneleri) descendaient pour la première fois sur la place Galatasaray, à Istanbul, pour exiger la fin des disparitions forcées et demander qu’on leur rende leurs proches portés disparus.
 
Les « mères du samedi » reprochent à l’État turc de ne pas avoir enquêté sérieusement pour établir la vérité sur ceux qui ont disparu après leur mise en détention par les autorités turques.
 
Selon l’Association des droits de l’Homme (IHD), entre 1992 et 1996, 792 disparitions forcés et meurtres (de journalistes, syndicalistes, médecins, enseignants, enfants ou simples paysans) par l’État ont été signalés dans les régions kurdes de Turquie.

Etudiants de l’Université de Kobanê : « Nos rêves, nos espoirs deviennent réalité »

0

SYRIE / ROJAVA – Les diplômés de l’Université de Kobanê ont exprimé leur immense joie d’avoir obtenu leur diplôme dans leur langue maternelle, le kurde. « Les espoirs que nous portons depuis des années se sont enfin réalisés », ont-ils déclaré avec émotion.

Le 6 mai, l’Université de Kobanê (en kurde : Zanîngeha Kobaniyê) a célébré la remise des diplômes de sa première promotion de licence pour l’année universitaire 2025-2026. Placée sous le slogan « Le savoir est identité, et l’identité est existence », la cérémonie a réuni plus de 60 diplômés, hommes et femmes, issus des départements de langue et littérature kurdes, littérature anglaise et droit.

Les nouveaux diplômés ont confié à l’agence ANHA leur bonheur d’avoir pu étudier et obtenir leur diplôme dans leur propre langue.

Salah Muslim, 50 ans, a dédié sa réussite aux âmes des combattants de la liberté, au leader Abdullah Öcalan, aux habitants de Kobani et aux peuples des quatre parties du Kurdistan. « Cette remise de diplôme est une réponse forte aux ennemis du peuple kurde, a-t-il affirmé. Le peuple kurde étudie et obtient ses diplômes dans sa langue. Nous continuerons à apprendre dans notre langue, car elle représente notre existence, notre identité, notre volonté et notre force. »

Malgré son âge et les nombreuses difficultés rencontrées, Salah Muslim n’a jamais renoncé. « C’était un rêve que je portais depuis des années. Aujourd’hui, grâce aux sacrifices des martyrs, ce rêve est devenu réalité. »

Nurhan Mohammed, 47 ans et mère de cinq enfants, a exprimé une grande fierté : « Je suis très heureuse de recevoir mon diplôme dans ma langue maternelle à l’Université de Kobani. C’est l’enseignement en kurde qui m’a donné la force de persévérer. J’espère que chaque Kurde s’efforcera d’apprendre et de valoriser sa langue maternelle. »

Nisreen Sheikh Mohammed a également partagé son émotion : « Malgré toutes les difficultés et mes enfants encore jeunes, mon mari m’a soutenue pour que je réalise ce rêve que je chérissais depuis des années. Aujourd’hui, ce jour est enfin arrivé. Je dédie ma remise de diplôme à tous les lecteurs. »

Mohammed Jassem, 63 ans, a quant à lui souligné le rôle des sacrifices consentis : « Je dédie ce diplôme aux martyrs de la liberté et à tous les étudiants. Malgré mon âge avancé, rien ne m’a arrêté. J’ai toujours rêvé d’obtenir mon diplôme en kurde, ma langue maternelle, et aujourd’hui ce rêve est devenu réalité. Chacun doit poursuivre ses rêves et étudier dans sa langue. Celui qui ne reconnaît pas notre langue, nous ne le reconnaissons pas non plus. »