Le 14 mars 2026, la police canadienne (IHIT – Integrated Homicide Investigation Team) a annoncé l’arrestation et la mise en accusation pour meurtre au premier degré de deux personnes dans la mort de Masood Masjoody (également orthographié Masoud Mesjudi ou Masjoudi), mathématicien canado-iranien de 45 ans, ancien enseignant à l’université Simon Fraser (SFU) et critique virulent du régime islamique iranien. Son corps a été retrouvé le 6 mars à Mission, en Colombie-Britannique, après sa disparition signalée le 2 février. Les suspects, Mehdi Ahmadzadeh Razavi (48 ans, Maple Ridge) et Arezou Soltani (45 ans, North Vancouver), sont des militants monarchistes connus, membres ou proches de la Canadian Iranian Wakuppers Foundation (CIWF), un groupe soutenant Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran.
Les sources policières et judiciaires décrivent un « incident ciblé » lié à des querelles internes à l’opposition iranienne. Masjoody avait intenté plusieurs poursuites civiles, dont une contre Reza Pahlavi lui-même pour diffamation, et dénonçait publiquement des menaces de la part de partisans monarchistes. Les deux suspects entretenaient avec lui des conflits politiques et judiciaires directs. Des médias canadiens comme The Bureau, theBreaker.news et NanaimoNewsNOW confirment que les accusés étaient des activistes pro-Pahlavi, opposés au profil républicain et anti-monarchiste de la victime.
Pourtant, les premières réactions de la diaspora avaient immédiatement pointé vers Téhéran. Masjoody était un opposant farouche aux Gardiens de la Révolution (IRGC), qu’il accusait d’infiltrer le Canada. Il documentait des réseaux d’agents iraniens et avait alerté sur des menaces contre les dissidents. Des activistes iranio-canadiens, dont Nazanin Afshin-Jam, avaient déclaré qu’il était « sous menace depuis des mois » pour avoir exposé des affiliés présumés de l’IRGC. Le Guardian et Iran International rapportaient dès le 6 mars des craintes de « répression transnationale » orchestrée par le régime, dans un contexte où l’Iran est accusé de cibler ses opposants à l’étranger (plus de 120 tentatives d’assassinat ou enlèvements depuis 1979 selon divers rapports).
Le revirement est brutal : les deux suspects ne sont pas des agents officiels du régime, mais des monarchistes. Pire, Masjoody avait lui-même accusé publiquement Arezou Soltani d’avoir un oncle colonel dans l’IRGC (Alireza Soltani, commandant dans la zone de Maku) et un père ancien membre des comités révolutionnaires iraniens. Les suspects, de leur côté, avaient contre-attaqué en affirmant que la victime avait des liens familiaux avec les Moudjahidine du peuple (MEK). Cette guerre d’accusations mutuelles de « liens avec le régime » révèle les fractures profondes au sein de l’opposition en exil.
La peur et la stupeur de la diaspora iranienne
Cet assassinat a plongé la communauté iranienne au Canada – l’une des plus importantes en Occident – dans un mélange de peur et de stupeur. Des figures comme Nazanin Afshin-Jam ou des élus conservateurs (Melissa Lantsman, Pierre Paul-Hus) dénoncent depuis des années la présence massive d’agents iraniens et de réseaux d’influence du régime en Occident. Le Canada est régulièrement cité comme un terrain de jeu privilégié pour la répression transnationale : harcèlements, menaces contre les familles restées en Iran, infiltration via des associations culturelles ou des trafics de drogue. Des rapports officiels et médiatiques (The Bureau, National Post) estiment à plusieurs centaines le nombre d’individus liés à l’IRGC sur le sol canadien. Le gouvernement Trudeau est accusé d’inertie, avec seulement une poignée d’expulsions ces dernières années.
La stupeur vient précisément du fait que le meurtre n’a (pour l’instant) pas été attribué directement à Téhéran, mais à des querelles internes entre opposants. Pour beaucoup, cela prouve l’ampleur de l’infiltration : certains monarchistes seraient « utilisés » ou infiltrés par le régime comme leurre politique, selon des analyses persanes et des médias d’opposition (NCR-Iran). Le régime exploiterait les divisions (républicains vs monarchistes) pour discréditer l’ensemble de l’opposition. Sur les réseaux (X/Twitter), les débats font rage : certains parlent d’« agents IRGC se faisant passer pour monarchistes », d’autres d’une campagne de désinformation pour discréditer Reza Pahlavi, d’autres encore accusent les monarchistes d’avoir leur propre « SAVAK » (référence à la police secrète du Shah) – un réseau de renseignement et d’intimidation parallèle qui agirait parfois de concert avec des éléments du régime.
La diaspora, déjà traumatisée par la répression en Iran (massacres de manifestants, exécutions), voit dans ce drame la confirmation de ses pires craintes : même en Occident, la sécurité n’existe pas. Les opposants s’entre-tuent ou sont manipulés, pendant que les vrais agents du régime opèrent en toute impunité. Des appels se multiplient pour une enquête élargie sur les réseaux IRGC au Canada, au-delà du simple meurtre.
En conclusion, les faits judiciaires pointent vers deux monarchistes radicaux pour ce meurtre. Mais le contexte – accusations croisées de liens avec l’IRGC, historique de menaces contre Masjoody pour ses enquêtes sur les agents iraniens, et divisions exacerbées – alimente un climat de paranoïa justifiée. La diaspora iranienne, unie dans la dénonciation de la présence massive d’agents du régime en Occident, est aujourd’hui stupéfaite par ces fractures internes. Elle exige vérité et protection : car derrière les querelles de personnes se cache peut-être une stratégie plus insidieuse du régime pour semer le chaos parmi ses ennemis. L’affaire Masoud Mesjudi n’est pas seulement un homicide ; elle est le symptôme d’une peur profonde qui traverse toute l’opposition iranienne en exil.



