KURDISTAN. L’Iran frappe un camp kurde près de Koya

0

IRAK / KURDISTAN – Un camp du parti d’opposition kurde d’Iran PDK-I, situé dans le district de Koya (province d’Erbil, Kurdistan du Sud), a été la cible d’une attaque menée par trois drones. Les frappes, intervenues en deux temps distincts entre une heure et deux heures du matin, ont provoqué des dégâts matériels sur le site touché. Aucun blessé ni perte humaine n’a été signalé.

Selon Roj News, l’attaque a été attribuée au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien. Les dégâts se sont limités à la zone ciblée et aucune victime n’est à déplorer parmi les personnes présentes. L’identité des responsables n’a toutefois pas été confirmée de manière indépendante.

Le camp Azadi avait auparavant abrité des familles de combattants du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI). Cette nouvelle frappe s’inscrit dans une série d’attaques répétées visant des sites liés à l’opposition kurde iranienne basés au Kurdistan du Sud.

Un historique de frappes ciblées

Le 3 mars 2026, le même camp avait déjà été visé par trois drones. Selon les informations de l’époque, l’attaque avait fait une victime légèrement blessée et causé des dégâts matériels.

Le 30 avril, cinq drones avaient frappé le site, entraînant uniquement des dégâts matériels sans faire de victimes. Des rapports indiquaient par ailleurs que le camp avait été ciblé par deux missiles quelques jours auparavant.

Le 8 juin, trois nouveaux drones avaient été lancés contre Azadi. Deux d’entre eux s’étaient écrasés à l’intérieur du camp, tandis que le troisième était tombé à proximité de l’hôpital du site. Aucun blessé n’avait été signalé, d’après des sources locales.

Plus récemment, le 24 septembre, un site appartenant au Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, situé près du sous-district de Soran, a été la cible de trois drones. Un membre des Peshmergas a été blessé, selon des sources sécuritaires.

Ces attaques successives illustrent la persistance des tensions et des frappes visant des positions associées à l’opposition kurde iranienne en territoire irakien.

ROJAVA. Les Kurdes réclament leurs terres confisquées par la « Ceinture arabe »

0
SYRIE / ROJAVA – Le Rojava se trouve confronté à l’épineuse question de la « Ceinture arabe », projet mis en œuvre en 1973 par le régime baathiste. Cette politique a entraîné la déportation forcée d’environ 140 000 Kurdes et la confiscation de leurs terres sur une bande d’environ 290 kilomètres, attribuées à des familles arabes venues principalement des régions de Raqqa et d’Alep.

Ces colons, souvent désignés localement sous le nom d’« Arabes de l’inondation » ou « Arabes de Ghumar » (en référence aux terres submergées par le barrage de Tabqa), avaient reçu ces parcelles sous le prétexte qu’il s’agissait de propriétés de l’État.

Aujourd’hui, des tribus kurdes multiplient les déclarations interdisant à ces familles de cultiver les terres qu’elles considèrent comme leur ayant été arrachées. Ces appels concernent la plupart des villages kurdes s’étendant de Dêrik jusqu’à Hassaké. Les familles kurdes de la campagne de Qamishlo se sont jointes à l’appel lancé par les tribus de Dêrik pour empêcher les familles de Ghumar d’exploiter ces terres, saisies à l’époque sous le couvert de la réforme agraire.

La dernière en date émane de la famille Khani, qui a averti que toute opération d’achat ou de vente menée par des Arabes de Tanuriya al-Ghumr est illégale et illégitime.

Ces positions ne sont pas purement symboliques. Elles s’appuient sur des documents légaux prouvant la propriété originelle des terres de Ghammour par des familles kurdes. Au début de l’intégration des institutions des Forces démocratiques syriennes (FDS), des représentants de ces familles ont présenté ces preuves à l’administration locale. Le dossier a ensuite été transmis à Damas, qui a jusqu’à présent tergiversé, invoquant la nécessité d’« activer la justice ».

Plus d’un demi-siècle après sa mise en œuvre, la « Ceinture arabe » continue ainsi de nourrir des tensions foncières et identitaires dans le nord-est de la Syrie, à un moment où l’avenir institutionnel de la région reste en pleine redéfinition.

Ville, corps et mémoire ; comment le documentaire Sûryar compose-t-il le portrait d’une République en crise ?

0

PARIS – Lorsque le mouvement des Gilets jaunes prit de l’ampleur dans les derniers mois de 2018, l’une des questions qui revenaient, aussi bien sur les réseaux sociaux que dans les médias étrangers (…) était la suivante : pourquoi ce mouvement est-il « si blanc » ? Pourquoi les Français d’origine immigrée — en particulier les deuxième et troisième générations issues majoritairement de l’immigration arabe et africaine — sont-ils si peu présents dans cette mobilisation sans précédent ?

Sûryar, documentaire de Zanyar Omrani, constitue une tentative rare de raconter les « Gilets jaunes » depuis les marges : raconter ceux que les marges ont oubliés, à partir d’un mouvement lui-même né dans les marges. En faisant notamment entrer dans son récit le témoignage de Keyumars, un Kurde iranien exilé en France « qui n’a même pas de voiture pour que le prix de l’essence puisse le faire descendre dans la rue », Sûryar donne à voir une image singulière des Gilets jaunes. Une image qui, même dans les assemblées les plus démocratiques du mouvement, n’a jamais véritablement été visible : de ce point de vue, Sûryar raconte les exclus des Gilets jaunes et, plus largement, ceux que laisse de côté la structure réellement existante de la France.

Le documentaire Sûryar est une tentative de lire la France depuis ses marges. Un pays qui, dans le récit officiel, incarne la République, la liberté, l’égalité et la fraternité, mais qui, dans la vie quotidienne de nombreux citoyens, s’est transformé en un champ de bataille permanent entre justice sociale et logique du marché. C’est le récit d’une société qui peut, dans le même temps, compter parmi les économies les plus riches du monde et voir des millions de ses habitants avoir le sentiment de ne pas avoir voix au chapitre lorsqu’il s’agit de décider de leur avenir, de ne pas « compter » et, plus simplement, de ne pas être considérés comme des personnes à part entière.

En mettant en regard des récits qui ne sont généralement jamais réunis dans un même cadre, Sûryar montre que nombre des crises qui traversent aujourd’hui la France — des Gilets jaunes aux Gilets noirs, le mouvement des sans-papiers, des étudiants qui s’immolent par le feu à la lutte pour la préservation des jardins ouvriers, des violences policières aux grands projets urbains — ne sont pas des événements isolés, mais les différents chapitres d’une même histoire, les branches d’un même arbre dont il faut chercher les racines dans quatre décennies de politiques économiques, de transformations urbaines, de privatisations, de concentration du pouvoir et d’aggravation des inégalités.

La France est entrée dans l’ère du « néolibéralisme économique » au moins dès la troisième année des quatorze années de présidence de François Mitterrand, et elle demeure encore dans cet état. Ce qui distingue peut-être la France de nombreux autres pays, c’est la manière dont la lutte des classes y devient visible : tandis que les transformations fondamentales de la société sont imposées d’en haut, les classes populaires et les masses de salariés affrontent, dans la rue, cette nouvelle situation. Sûryar est la chronique visuelle de cet état de tension.

En réalité, Sûryar ne parle pas d’un mouvement, mais d’une situation : une situation dans laquelle différents groupes sociaux, chacun confronté à une expérience particulière de la discrimination, de la pauvreté ou de l’exclusion, commencent progressivement à comprendre que leurs problèmes ne sont pas séparés les uns des autres.

Selon les statistiques, en 2017, plus de 87 % des contrats de travail en France étaient temporaires, et près de 30 % correspondaient à des emplois à la journée.

Dans la France d’aujourd’hui, les gratte-ciel de La Défense continuent de s’élever, les lignes du Grand Paris Express attirent des milliards d’euros d’investissements, les aéroports sont privatisés, les touristes battent de nouveaux records chaque année et les Jeux olympiques de 2024 sont présentés comme la vitrine d’une réussite nationale.

Mais, dans le même temps, à quelques kilomètres seulement de ces grands projets, vivent des familles qui se battent depuis des années pour obtenir des papiers de séjour, des travailleurs qui, malgré leur emploi, vivent sous le seuil de pauvreté, des étudiants incapables de payer leur logement, des retraités dont le pouvoir d’achat diminue, des femmes victimes de violences qui ne bénéficient pas d’un soutien suffisant et des jeunes dont le premier contact avec l’État n’est ni l’école ni les services publics, mais le contrôle d’identité et la présence policière.

C’est précisément cette contradiction qui constitue le terrain commun reliant nombre des mouvements sociaux contemporains en France.

Avec des images singulières, Sûryar raconte ce que l’on pourrait appeler « l’expérience de la mondialisation urbaine » : celle d’une vaste population repoussée vers les marges afin que la vie des habitants du centre de Paris puisse offrir une meilleure qualité de vie.

L’une des principales caractéristiques de Sûryar est son refus de la simplification. Dans le film, tous les policiers ne sont pas des monstres et tous les manifestants ne sont pas des saints. Tous les projets urbains ne sont pas condamnables et tout développement n’est pas, par nature, destructeur. La véritable question est ailleurs : quel sens peut encore avoir la démocratie lorsque les grandes décisions concernant la ville, l’économie et l’avenir sont prises sans la participation réelle de ceux qui en subiront les conséquences les plus importantes ?

Cette question conduit le spectateur de la rue vers les structures et met au premier plan le droit à la ville. C’est précisément le concept que le philosophe français Henri Lefebvre formulait déjà plusieurs décennies auparavant : la ville n’est pas simplement un ensemble de bâtiments ; elle est un espace dont tous les habitants doivent avoir le droit de participer à la construction et aux décisions qui la concernent.

Lorsque les jardins ouvriers d’Aubervilliers sont réduits pour laisser place à des projets d’aménagement, lorsque les familles à faibles revenus sont repoussées vers les périphéries, lorsque les quartiers changent de visage sous la pression de la gentrification, lorsque les places et les rues qui étaient des lieux de rassemblement populaire sont soumises à des dispositifs de contrôle et de sécurisation… le conflit ne porte donc pas seulement sur le foncier. Il porte sur une question plus fondamentale : à qui appartient la ville ? Et lorsque le développement prend le pas sur l’humain, que reste-t-il de la démocratie ?

Après des mois de manifestations chaque samedi, d’occupation de l’espace public, des péages et des ronds-points dans les zones industrielles, le mouvement des Gilets jaunes a été relégué au second plan avec l’arrivée de la pandémie de Covid-19. Pourtant, dans les mois et les années qui ont suivi, les mobilisations ont continué, notamment contre la réforme des retraites.

La structure politique française donne au gouvernement, c’est-à-dire au pouvoir exécutif, des moyens qui lui permettent de faire adopter ses projets de loi malgré des protestations massives, y compris lorsqu’ils rencontrent l’opposition de la majorité des représentants de l’Assemblée nationale.

La sortie tardive de la version définitive de Sûryar pourrait finalement s’avérer être un événement positif. Malgré leur échec, les Gilets jaunes se préparent à retourner dans la rue en octobre 2026 pour protester contre la hausse du prix des carburants et l’augmentation vertigineuse du coût de la vie.

La poursuite des mobilisations populaires en France, quelle qu’en soit l’issue, semble confirmer le récit de Sûryar : la situation actuelle, ainsi que les injustices et les formes de répression qu’elle produit, poussent différentes composantes de la société à réagir.

Du salarié qui doit remplir son réservoir avec une essence à deux euros le litre pour pouvoir aller travailler depuis la périphérie jusqu’au migrant abandonné à son sort pour vendre sa « force de travail à moindre coût » ; du policier, du médecin ou de l’infirmière contraint de faire sans cesse des heures supplémentaires en raison de la baisse des budgets publics jusqu’à l’étudiant qui, pour protester contre la « situation » existante, s’immole par le feu : tous sont pris dans les différentes dimensions d’une même crise.

Le documentaire Sûryar est à découvrir à travers les liens ci-dessous :

https://youtu.be/RvKRYBJCR_E

https://vimeo.com/1212881494

 

IRAN. Un adolescent kurde torturé et risquant la peine de mort

IRAN / ROJHILAT – Des aveux forcés d’un adolescent kurde font craindre sa condamnation à mort par le régime iranien, signale l’ONG de défense des droits humains Kurdistan Human Rights Network (KHRN).

Des médias affiliés aux services de sécurité de la République islamique d’Iran ont diffusé, le 23 septembre, une vidéo d’aveux forcés d’Arjîn Jondî, un adolescent kurde de 16 ans accusé du meurtre d’un membre du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Cette publication suscite de vives inquiétudes quant à la possibilité que les services de renseignement du CGRI fabriquent un dossier à charge afin de préparer une condamnation à mort.

La vidéo porte sur l’assassinat d’Eslam Kak-Darvishi, membre des Gardiens de la révolution. Douze jours après son arrestation, Arjin Jondi se voit toujours refuser l’accès à un avocat ainsi que les visites de sa famille.

Selon une source bien informée à Piranshahr contactée par le Kurdistan Human Rights Network (KHRN), un convoi des forces du CGRI, accompagné de plusieurs responsables judiciaires, a récemment conduit l’adolescent dans son village natal de Kuper. Là, il a été forcé de rejouer la scène du meurtre dans le cadre d’une reconstitution entièrement mise en scène et orchestrée par les forces de sécurité.

Lors de son transfert vers le lieu de la reconstitution, les mains de Jondi étaient recouvertes d’un tissu. On ignore si cette précaution visait à dissimuler d’éventuelles traces de torture ou répondait à une autre raison.

Cette reconstitution forcée, combinée à la diffusion d’aveux obtenus sans présence d’avocat ni contact avec sa famille, renforce les craintes quant à l’état de santé de l’adolescent et à la volonté des autorités de préparer le terrain à une éventuelle peine capitale.

Originaire de Kuper, dans le comté de Piranshahr, Arjin Jondi vivait chez son oncle depuis la mort de son père. Le soir du 11 septembre, des hommes armés ont abattu Kak-Darvishi dans le village. Dans la foulée, des membres de la famille de la victime ont détruit la maison de l’oncle de Jondi, l’accusant d’implication. Quelques heures plus tard, un groupe se présentant sous le nom de « Khori Hiwa » a revendiqué l’attaque.

Selon une source proche du dossier, l’adolescent s’était rendu dans un autre village pour rendre visite à sa mère. Le 12 septembre, convoqué au bureau du renseignement des Gardiens de la révolution à Piranshahr, il s’y est présenté accompagné d’un membre de sa famille et a immédiatement été arrêté. Au moment de l’arrestation, les médias d’État iraniens avaient annoncé l’interpellation du « tueur » de Kak-Darvishi, sans révéler l’identité de la personne détenue.

Voix oubliées des femmes dans la littérature kurde

0

KURDISTAN – Les poétesses kurdes qui se sont illustrées entre le XIe et le XVIIe siècle apparaissent encore aujourd’hui à travers leurs œuvres parvenues jusqu’à nous, notamment dans le Lorestan. Ces figures millénaires de la littérature kurde transmettent, par leurs traces historiques autant que par leurs vers, le combat des femmes jusqu’à notre époque.

Les empreintes des poétesses dans la littérature kurde remontent à plusieurs siècles. Les plus répandues se trouvent dans la région du Lorestan, située dans les monts Zagros, au sud-ouest du Rojhilat (Kurdistan oriental). Pendant des siècles, cette région a été l’un des centres importants des poétesses kurdes qui composaient des poèmes et les interprétaient accompagnées du tambûr (instrument à cordes) et du def ou daf (grand tambour sur cadre circulaire). Elle a accueilli des dizaines de poétesses. Bien que les grandes figures de la littérature de leur époque aient progressivement sombré dans l’oubli, leurs œuvres ont continué à circuler de bouche à oreille. Certaines ont été consignées par écrit, mais de nombreuses autres sont parvenues jusqu’à nous grâce à la tradition de la littérature orale.

Ces poétesses et leurs œuvres, qui ont réussi à traverser les siècles depuis le Xe siècle, continuent d’orienter la littérature kurde. Contrairement aux habitudes, les femmes ont exercé une influence particulièrement forte dans la littérature kurde du Lorestan. Nous avons rassemblé ici les poétesses qui ont marqué la poésie, la musique et la culture orale.

Celale Xanima Loristanî

Celale Xanima Loristanî est connue dans les sources comme une poétesse ayant vécu dans le Lorestan entre la fin du Xe et le XIe siècle. Son nom a été particulièrement préservé au sein de la tradition religieuse et culturelle yarsanî/kurde. Les sources rapportent qu’elle écrivait des poèmes, qu’elle était surtout reconnue pour ses quatrains et qu’elle s’intéressait également à la musique. Dans certains récits, elle est présentée comme la mère de Şa Xweşîn, l’une des figures importantes de la tradition yarsanî. Selon les légendes religieuses, elle serait tombée enceinte de manière divine (de façon similaire à la figure de la Vierge Marie dans le christianisme), sans père. Des distiques exprimant ses inquiétudes et ses invocations à ce sujet nous sont parvenus.

Un passage de poèmes qui lui sont attribués est rapporté ainsi dans les sources :

« Ey kake Reda, siwar dana Î fermana ma çi heft esmana Xelkê Loristan wezoş mezana Paken Celaley Mirza Amana »

Mestûre Erdelanî, aussi connue sous le nom de Mestûre Kurdistanî

L’une des figures les plus connues de la littérature féminine kurde est Mestûre Erdelanî, également appelée Mestûre Kurdistanî. Née en 1805, elle est morte encore jeune en 1848. Originaire de la ville de Sine, au Rojhilat, elle se distingue non seulement par ses poèmes, mais aussi par son travail d’historienne. Elle est considérée comme l’une des figures importantes parmi les poétesses kurdes. Son importance ne se limite pas au fait d’être une femme : à une époque où l’accès des femmes à l’éducation et à la littérature était limité, le fait qu’elle ait écrit des poèmes et rédigé de l’histoire en fait l’une des intellectuelles majeures de son temps.

Les sources indiquent qu’après son mariage avec Hüsrev Han, souverain d’Erdelan, elle a poursuivi ses activités littéraires et a bénéficié du soutien de son entourage. Dans ses poèmes, les thèmes classiques de la nature, de l’amour, de la séparation et du printemps occupent une place centrale. L’un des points qui distingue l’héritage de Mestûre Kurdistanî de celui d’autres poétesses est que ses œuvres et sa vie ont été relativement mieux documentées.

La poétesse disparue Cîhan Ara

Bien que le nom de Mestûre Kurdistanî soit relativement plus connu dans la littérature kurde, certaines poétesses de la même époque n’ont pas connu la même visibilité. Parmi elles figure Cîhan Ara. Les sources indiquent qu’elle est née en 1858 et morte en 1911. Dans les études sur l’histoire de la littérature kurde, elle apparaît parmi les contemporaines approximatives de Mestûre Kurdistanî. Cîhan Ara est classée parmi les poétesses kurdes les moins connues. Ce que l’on sait aujourd’hui de sa vie reste limité. Il n’est pas possible de dire que ses poèmes nous sont parvenus sous la forme d’un corpus complet. Cîhan Ara n’est donc pas seulement une poétesse oubliée, mais aussi une poétesse dont les œuvres n’ont survécu que de manière partielle.

Mîhreban : le nom est resté, les poèmes ont disparu

Mîhreban a vécu entre 1858 et 1905. Elle fait partie des poétesses moins connues de la même période. Comme Cîhan Ara, son nom apparaît dans les registres de l’histoire littéraire. Cependant, les détails concernant sa vie et ses poèmes sont extrêmement limités.

Le point le plus frappant de l’histoire de Mîhreban est que, bien que son nom figure en bonne place dans l’histoire littéraire, ses poèmes et les détails de sa vie ont en grande partie disparu.

Une poétesse dont la naissance et la mort n’ont pas été enregistrées : Amîne

Parmi les représentantes féminines de la littérature kurde, l’une des figures les plus saisissantes est Amîne. Son nom apparaît parmi les poétesses de l’histoire littéraire kurde, mais on ignore à quelle période elle a vécu. Elle est toutefois considérée comme une contemporaine de Mestûre Erdelan. Le fait que même ses dates de naissance et de mort n’aient pas été consignées témoigne d’un problème de mémoire encore plus large.

Une poétesse dont le divan est perdu : Xurşîd Xanima Dawaşî

En arrivant au XXe siècle, on retrouve une histoire d’oubli similaire, plus proche de nous dans le temps : celle de Xurşîd Xanima Dawaşî. Selon certaines sources, elle est née en 1902 à Rewanser et est morte en 1966. L’information la plus remarquable à son sujet est l’existence d’un divan qui lui est attribué. Cependant, ce divan lui-même n’a pas été retrouvé à ce jour.

Dans l’un des fragments de poèmes qui lui sont attribués et qui nous sont parvenus, les images de la tristesse, de la mort, du temps et de la nature occupent une place centrale.

Rihan Xanima Loristanî

Née au XIe siècle dans la région de Yafteko, au Lorestan, Rihan Xanima Loristanî est l’une des premières poétesses et musiciennes de la littérature kurde classique. Selon les données du livre sacré du yarsanisme (Ahl-e Haqq), le Serencam, elle a été profondément influencée par le courant de Şa Xweşîn (Şah Hoşin), figure religieuse et littéraire importante de l’époque, et a fait partie de ses fidèles disciples. Son monde intérieur a été illuminé par la lumière de la créativité universelle, et la majeure partie de ses poèmes est composée d’éloges et de louanges dédiés à Şa Xweşîn. Certains vers qui lui sont attribués et qui sont consignés dans le Dewrey Şa Xweşîn nous sont parvenus ; ces vers se distinguent par leur raffinement unique, leur profondeur émotionnelle et leur élévation. Excellente interprète de tanbur, Rihan Xanima Loristanî récitait souvent ses poèmes en s’accompagnant de cet instrument.

L’un de ses vers parvenus jusqu’à nous est le suivant :

« Ey kekê Rida, tu tundiya pêla rûbarê Medanî. / Ew rûbarê ku demekê Şa Xweşîn bargeha xwe li qiraxa wî danî bû. Tu ketî sitayîş û perestişa wî / û paşî te bawerî pê anî û te rêbaza wî pejirand. Tu balindeya beyanî, xêza esimananî. »

Lîza Xanim

Lîza Xanim, ou Lîza Xanima Caf, a également vécu au XIe siècle. Bien qu’elle soit née dans la région de Şehrezur, dépendante de la ville de Silêmanî au Kurdistan fédéral, elle a passé une grande partie de sa vie au Lorestan. Certaines sources la décrivent comme une disciple de Şa Xweşîn et une adepte de la voie yari. Lîza Xanim a laissé en héritage de beaux et envoûtants poèmes. Talentueuse interprète de tanbur, elle récitait ses poèmes en s’accompagnant de cet instrument.

L’un de ses poèmes est le suivant :

« Ey Heyderê cewhernas, /maweyekê ez di eyneyê de bûm û ez di nava gêjitiya tavgeha wê avahiyê de dijiyam. /Naha ji min re dibêjin ey keça Caf, di vê tu qebaleya sir û raza Yarî / ku di nava çîyayê Mesaf de ye bînî. »

Dayê Xezana Serketî

Dayê Xezana Serketî est l’une des plus anciennes poétesses et philosophes connues de l’histoire de la littérature kurde. Ayant vécu au XIe siècle, elle est considérée comme une personnalité d’une grande importance au sein de la littérature classique. Dès son plus jeune âge, elle s’est intéressée à la lecture et à l’écriture. Malgré des conditions de vie difficiles et la perte de son père, elle a appris à lire et à écrire grâce à l’éducation de sa mère. Encore jeune, elle a orienté son intérêt vers la littérature et l’art kurdes. Elle a composé de nombreux poèmes. Elle a exprimé à travers ses vers les oppressions et les souffrances subies par la société dans laquelle elle vivait. Élevée dans la foi zoroastrienne en tant qu’élève de sa mère, elle s’est d’abord opposée à Babe Nawûsê Serketî, qui était alors l’un des représentants du zoroastrisme. Mais après que celui-ci eut adopté la foi yarsan/yari, elle l’a soutenu et a œuvré à la diffusion de cette philosophie parmi le peuple. Dayê Xezan est morte dans le village de Serketî, où elle a été enterrée. Malheureusement, la plupart de ses poèmes ont disparu, mais certains ont été consignés dans le livre de Babe Nawûsê Serketî et sont parvenus jusqu’à nous. Ses poèmes s’appuient en grande partie sur la voie yari.

Fatime Loreya Goranî

Fatime Loreya Goranî est l’une des personnalités éminentes et importantes de la littérature kurde. Originaire du Lorestan, elle était la fille de Baba Lori et appartenait à la tribu Birîşah du peuple Goran. Fatime Loreya Goranî est née au Ve siècle à Hemedan. Amoureuse dévouée de Baba Tahir-i Hemedanî, elle a gravé son amour dans la terre du Kurdistan et a mêlé ses poèmes à l’amour qu’elle portait à Baba Tahir. Elle a suivi la trace de la vérité spirituelle en faisant partie de l’entourage de Baba Tahir. Celui-ci partageait le même attachement et demandait à Şa Xweşîn de officialiser leur union. Soutien de Şa Xweşîn, Fatime Lorey a marché sur le chemin de l’amour divin et a consacré sa vie à la foi et à l’amour qu’elle partageait avec Baba Tahir. Fatime Loreya Goranî était une poétesse, une artiste et une figure pionnière de la société. Après sa mort, elle a été enterrée aux côtés de Baba Tahir-i Uryan. Elle était une poétesse talentueuse et une interprète de tembur qui récitait ses poèmes au sein de la communauté et dans les assemblées.

Dayê Tewrêza Hewramî

Fille de Derzyanî Yusuf Beg, Dayê Tewrêza Hewramî est née au VIIIe siècle dans le village de Derzyanî. Elle était connue et respectée dans la société de son temps pour ses poèmes. Femme cultivée et éduquée, elle décrivait la nature et l’être humain dans une harmonie parfaite. Elle était également une interprète de tanbur extrêmement talentueuse. Ayant adopté la philosophie zoroastrienne, on retrouve dans ses poèmes les traces de la philosophie yarsan/yari.

Yay Hebîbeya Şarezûrî

Yay Hebîbeya Şarezûrî a vécu entre 1282 et 1348. Poétesse, dengbêj et femme sage, elle est l’une des figures pionnières des XIIIe et XIVe siècles. Elle occupe une place très importante dans l’histoire de la littérature kurde classique et particulièrement dans la foi yarsanî (Ahl-e Haqq). Elle est née et a grandi dans la région de Şarezûr. Elle a vécu à une époque où, dans les régions du Lorestan et de Hewraman en particulier, les poétesses interprétaient leurs poèmes en direct, accompagnées d’instruments de musique tels que le def et le tambûr. Yay Hebîbeya Şarezûrî est connue comme une poétesse qui récitait ses œuvres en s’accompagnant du tambûr et du def. Dans ses poèmes, les thèmes du soufisme, de la sainteté religieuse, d’un amour profond et de la beauté de la nature du Kurdistan occupent une place centrale.

Nazdar Xatûna Şirazî

Nazdar Xatûna Şirazî a vécu entre le XIIIe et le XIVe siècle. Elle est considérée comme l’une des plus anciennes et des plus importantes poétesses kurdes de l’histoire de la littérature et de la poésie classique kurdes. Influencée par les courants soufis et mystiques de son époque, elle a principalement composé ses poèmes dans le dialecte goranî du kurde. Elle a traité des thèmes philosophiques, de l’amour divin et soufi. Dans les manuels de littérature kurde classique et les anthologies littéraires, elle est citée, aux côtés de figures comme Xatûn Dayrakî Razbar, parmi les représentantes pionnières de la littérature féminine kurde des premières périodes.

Xatûn Dayrakî Razbar

Xatûn Dayrakî Razbar a vécu entre le milieu du XIIIe siècle et la première moitié du XIVe siècle. Elle occupe une place d’une grande importance dans la littérature kurde et dans la foi yarsanî. Elle est la mère de Sultan İshak (Sultan Sohak), considéré comme le fondateur et la plus grande figure sacrée de la foi yarsanî/Ahl-e Haqq, parfois comparé à Hacı Bektaş-ı Veli. Dans la foi yarsanî, elle représente une force divine (un ange). Elle est la seule figure féminine acceptée comme l’une des sept manifestations sacrées de Dieu sur terre et comme le secret de la vérité. À son époque, elle est décrite comme une dirigeante puissante qui résolvait les problèmes sociaux et guidait la société yarsanî par son bon sens et sa sagesse. On raconte qu’elle a déjoué des complots visant son fils. Elle a écrit des poèmes et chanté des mélodies dans les dialectes goranî et lorî. Elle fait partie des premières importantes poétesses mystiques kurdes à avoir interprété ses œuvres accompagnées de musique dans les dergahs et les cemevis.

Nergîz Xanima Şarezûrî

Nergîz Xanima Şarezûrî a vécu au XIVe siècle. Elle est une poétesse et une figure religieuse kurde d’une grande importance. Elle occupe une place exceptionnelle dans l’histoire de la littérature kurde et particulièrement dans le yarsanisme (Ahl-e Haqq). On sait qu’elle était la fille de Mela Şukrullah et qu’elle s’est mariée à l’âge de 18 ans avec Abidînî Caf. Elle fait partie des poétesses qui ont rédigé ou interprété les textes sacrés de la foi yarsanî. Dans le yarsanisme, les femmes et les hommes étant considérés comme égaux, les kilam religieux et philosophiques chantés par les femmes sont également tenus pour sacrés. Alors que les poétesses des textes yarsanîs chantaient généralement leurs kilam en dialecte goranî, Nergîz Xanima Şarezûrî a exprimé les siens en dialecte soranî. Bien que le début de la littérature soranî soit normalement situé au XIXe siècle, ces œuvres du XIVe siècle de Nergîz Xanima Şarezûrî constituent des documents historiques prouvant que l’héritage littéraire écrit en dialecte soranî remonte à une époque bien plus ancienne.

Xatun Zerbanûya Derzyanî

Xatun Zerbanûya Derzyanî a vécu entre le XIVe siècle et 1440. Elle est une poétesse, dengbêj et sage d’une grande importance, formée durant les premières périodes de la littérature kurde classique et de la culture de la foi yarsanî. Les sources historiques la considèrent parmi les premières poétesses à avoir produit des œuvres dans les dialectes goranî du kurde. Elle est originaire du village historique de Derzyanî, situé dans la région de Hewraman au Rojhilat. Elle est connue pour sa sagesse qui résolvait les problèmes sociaux, son attitude intellectuelle et son identité de guide. Xatun Zerbanûya Derzyanî interprétait les poèmes philosophiques et mystiques qu’elle composait, accompagnée du tambûr, dans les dergahs (sanctuaire ou un lieu de rassemblement soufi) et les cemevi (lieux de culte alévis).

Semen Xanima Dewdanî

Semen Xanima Dewdanî occupe une place importante dans l’histoire de la littérature et de la culture kurdes. Selon certaines sources, elle a vécu au XVIe siècle, selon d’autres au début du XVIIe siècle. Poétesse pionnière, aşıq et mystique, elle est considérée comme l’une des plus anciennes représentantes féminines de la langue et de la littérature kurdes. Elle s’est attachée à Baba Celîlî Dewdanî, l’un des importants mystiques de son époque, et a reçu de lui une formation spirituelle. Elle a exprimé ses œuvres principalement dans un esprit soufi et mystique, selon la tradition littéraire répandue de l’époque, accompagnée du tambûr (ou saz) et de la parole. Dans ses poèmes et dans son univers de pensée, on retrouve les traces profondes de la foi yarsanî et de la culture zoroastrienne, ainsi que les reflets littéraires de ces traditions.

(Via Mezopotamya Ajansi)

KURDISTAN. La Turquie abat la forêt de la province kurde de Duhok

0

IRAK / KURDISTAN – Dans le village de Kêste, situé dans la région de Berwara Bala (district d’Amediye, province de Duhok), de vastes zones boisées ont été rasées. Les arbres abattus sont chargés sur des camions et transportés en direction de la Turquie, sous la supervision directe de l’armée turque.

Des images obtenues par Rojnews montrent l’ampleur de ces destructions dans les espaces naturels du Kurdistan irakien. Les défenseurs de l’environnement soulignent qu’il ne s’agit pas d’une simple opération de déforestation : les dommages infligés aux ressources naturelles de la région sont jugés irréversibles.

Les habitants n’ont toujours pas pu regagner leurs villages ni leurs vergers en raison de la situation sécuritaire.

Ces opérations s’inscrivent dans le contexte des activités militaires turques qui se poursuivent au Başûr (Kurdistan irakien), alors même qu’un processus de paix et de société démocratique vise à trouver une solution pacifique et démocratique à la question kurde.

ONU : l’Iran tue illégalement colporteurs frontaliers kurdes et baloutches

0

IRAN / ROJHILAT – Les autorités iraniennes doivent immédiatement cesser d’employer la force létale contre les courriers frontaliers kurdes, connus sous le nom de kolbars, et les transporteurs de carburant baloutches, appelés sukhtbars. C’est l’appel lancé aujourd’hui par des experts des droits de l’homme de l’ONU, qui qualifient ces pratiques d’illégales et exigent des enquêtes indépendantes sur chaque décès imputable aux forces de sécurité.

Ces travailleurs figurent parmi les populations les plus marginalisées économiquement d’Iran. Ils transportent des marchandises et du carburant à travers les zones frontalières, souvent faute d’autres moyens de subvenir aux besoins de leurs familles. « Ils ne doivent pas payer de leur vie cette pauvreté », ont souligné les experts.

Un bilan meurtrier depuis le début de 2026

Au moins douze kolbars auraient été abattus par les forces frontalières iraniennes ou le Corps des gardiens de la révolution islamique depuis le début de l’année 2026. Ces deux derniers mois seulement, des informations ont fait état de sept d’entre eux tués par des tirs directs de gardes-frontières, à bout portant et sans sommation. Plusieurs ne transportaient apparemment aucune marchandise au moment des faits.

Parmi les victimes figure Madeh Kermani, 44 ans. Parti de son domicile à Marivan le 28 juillet, il n’est jamais revenu. Il aurait été abattu alors qu’il n’avait rien sur lui ; son corps a été emmené hors de la zone. Les autorités ont affirmé à sa famille qu’il était mort en tombant des hauteurs frontalières. Ces déclarations ont été contredites par les rapports médico-légaux, qui ont établi qu’il avait reçu une balle dans la tête.

Milad Tabad, 28 ans, est quant à lui décédé le 18 août 2026, près d’un an après avoir été blessé par balle à la tête par des gardes-frontières. Après plusieurs mois en soins intensifs, sa famille, faute de moyens, l’avait ramené chez elle pour le soigner elle-même.

« Même lorsque des individus sont soupçonnés de transporter des marchandises en violation du droit douanier, cela ne représente aucune menace pour la vie et ne peut jamais justifier l’usage d’armes à feu », ont insisté les experts.

Un schéma identique pour les transporteurs baloutches

Les sukhtbars subissent un sort comparable. Au moins treize transporteurs de carburant auraient été tués entre janvier et août 2026 lors de fusillades, de poursuites et d’autres opérations menées par les forces militaires et de sécurité.

Alors que l’attention nationale et internationale s’est concentrée sur les manifestations et les exécutions qui ont suivi, les décès aux frontières iraniennes passent largement inaperçus. Les autorités ne publient aucune statistique officielle sur ces victimes. Le recensement est laissé aux familles et aux organisations de la société civile.

Un contexte plus large de violence d’État

Ces meurtres s’inscrivent dans un schéma plus large d’homicides illégaux signalés en Iran : le meurtre de manifestants en décembre 2025 et janvier 2026, les exécutions extrajudiciaires dans les provinces fortement militarisées, ainsi que les décès en détention.

« Chacun de ces décès engage l’Iran dans son obligation de mener une enquête rapide, indépendante et impartiale », ont déclaré les experts. « Les familles ont droit à la vérité, à la justice et à des réparations, et ces communautés ont droit à des moyens de subsistance qui ne les exposent pas à la violence. »

Les experts appellent les autorités iraniennes à mettre fin sans délai à ces pratiques et à garantir que les populations marginalisées des régions frontalières ne soient plus contraintes de risquer leur vie pour survivre.

Dix-huit migrants kurdes se noient en Méditerranée

0
EUROPE – Dix-huit migrants kurdes originaires du Kurdistan du Sud se sont noyés en mer Méditerranée alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Italie après avoir quitté les côtes libyennes à bord de leur embarcation. Ces dix-huit migrants, originaires pour la plupart des régions de Ranya et de Qaladze, avaient quitté la Libye pour l’Italie le 5 août dernier. Cependant, leurs familles ont perdu tout contact avec eux à partir du 9 août. À la mi-août, elles ont contacté un militant local pour tenter de les retrouver.  Le militant, Ranj Pshdari, a déclaré qu’après une enquête approfondie, incluant un déplacement en Italie et des contacts avec les autorités compétentes de Palerme et de Calabre, aucune information officielle concernant les migrants n’a pu être obtenue. Les recherches ont notamment porté sur des visites et des contacts avec des hôpitaux, des prisons, des commissariats et la Croix-Rouge. Plus tard, l’organisation allemande d’aide aux migrants SOS a localisé et photographié onze corps à bord d’une embarcation naufragée en Méditerranée grâce à un avion de reconnaissance. Selon le militant, cela a confirmé la noyade des migrants, bien que leurs corps n’aient pas encore été repêchés. Pshdari a ajouté que l’une des photographies montre une victime avec un tatouage sur la poitrine où l’on peut lire « Chère Mère » (« دایە گیان »), ce qui, selon lui, a permis de confirmer que les victimes appartenaient au même groupe et étaient kurdes. (Via PUK Media) 

TURQUIE. Mort suspecte d’un otage kurde

0

TURQUIE / KURDISTAN – Şiyar Çiçek, otage kurde incarcéré depuis environ deux ans à la prison d’Eskişehir (et emprisonné depuis 2014), est décédé dans des circonstances suspectes dans une cellule d’isolement. Selon les informations transmises par ses proches, il se trouvait en cellule d’isolement depuis une dizaine de jours au moment de sa mort.

D’après un reportage de l’agence Ajansa Welat, la famille de Şiyar Çiçek indiquait que son état de santé était bon, à l’exception d’un diabète. Son père, Mendûh Çiçek, a déclaré : « Hier, on nous a appelés pour nous dire : “Votre fils est malade, on l’emmène à l’hôpital.” Mon fils n’avait que du diabète, son état était très bon, et pourtant il est décédé. »

Le père a affirmé avoir vu le corps de son fils et n’y avoir constaté aucune trace de torture visible. Il a toutefois exprimé de fortes suspicions quant aux causes du décès : « Nous pensons qu’ils l’ont empoisonné ou qu’ils lui ont fait autre chose. »

Mendûh Çiçek a précisé que son fils avait téléphoné à sa mère environ une semaine avant sa mort pour lui annoncer qu’il avait été placé en cellule. « Mon fils était en cellule depuis dix jours. S’il avait été en dortoir, nous aurions pu savoir ce qui s’était passé. Mais comme il était isolé, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé », a-t-il déclaré.

Le père a également affirmé que son fils avait demandé à se rendre à l’hôpital avec son frère, mais que cette demande avait été refusée. « Ils avaient bandé les yeux de mon fils. Le parquet savait déjà qu’il était mort. Mais pour faire porter la responsabilité à l’hôpital, ils ont agi ainsi. Ils ont fait croire qu’il était mort à l’hôpital, alors qu’il est décédé en prison », a-t-il ajouté.

TURQUIE. Arrestation d’une poétesse kurde à son arrivée à Istanbul

0

TURQUIE – La poétesse, écrivaine et journaliste kurde Suzan Samancı, qui réside en Suisse depuis 18 ans, a été placée en garde à vue ce mardi 22 septembre 2026 à l’aéroport d’Istanbul dès son arrivée en Turquie. Elle est accusée de « propagande d’organisation ».

Après son interpellation, Suzan Samancı a été entendue, puis présentée au parquet. Connectée par visioconférence via le système SEGBİS au juge du tribunal de paix de Diyarbakır (Amed), elle a été relâchée sous contrôle judiciaire, avec une interdiction de sortie du territoire.

L’information a été rendue publique par l’avocate et défenseure des droits humains Eren Keskin, qui a précisé sur les réseaux sociaux : « 18 ans qu’elle vivait en Suisse. La littéraire kurde Suzan Samancı est rentrée aujourd’hui en Turquie. Elle a été placée en garde à vue à l’aéroport d’Istanbul pour “propagande d’organisation”. (…), le juge (…) l’a libérée avec une interdiction de quitter le pays. Suzan est membre de PEN. »

Née le 20 septembre 1962 à Haşuli, près de Diyarbakır, Suzan Samancı a commencé sa carrière littéraire par la poésie dans les années 1980, avant de se tourner vers la nouvelle et le roman. Ses œuvres, souvent centrées sur les réalités de la vie kurde, la violence, l’exil et la condition des femmes, ont été traduites en plusieurs langues (allemand, français, espagnol, italien, flamand, suédois, entre autres). Parmi ses livres les plus connus figurent Reçine Kokuyordu Helîn (Hêlîn sentait la résine), Kıraç Dağlar Kar Tuttu, Korkunun Irmağında et, plus récemment, des textes écrits en kurde tels que Mirzayê Reben et Payiz an jî Ziyab.

Après avoir vécu et écrit à Diyarbakır jusqu’en 2008, elle s’est installée à Genève, où elle a poursuivi son travail littéraire en turc et en kurde. Elle est membre de PEN Turquie, PEN Kurde et du PEN suisse romand.

Son interpellation à l’aéroport, au moment de son retour après près de deux décennies d’absence, a immédiatement suscité des réactions dans les milieux littéraires et des droits humains.