SYRIE. 27 organisations de la société civile syrienne exigent la reconnaissance immédiate du kurde comme langue officielle

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SYRIE / ROJAVA – 27 organisations de la société civile syrienne demandent la reconnaissance constitutionnelle de la langue kurde comme langue officielle de la Syrie, au même titre que les autres langues du pays, et appellent à mettre fin aux politiques de discrimination et d’exclusion linguistiques.

Les organisations syriennes soussignées expriment leur profonde inquiétude et condamnent fermement les récentes mesures des autorités de transition à Damas visant à restreindre l’usage de la langue kurde dans le gouvernorat d’al-Hasakah (Hassaké).

Une illustration emblématique de cette politique s’est produite au Palais de justice du centre-ville d’al-Hasakah, où les autorités ont exigé le retrait du kurde de l’enseigne principale de l’institution. Cet acte injustifié a suscité une vive réprobation populaire et soulève de sérieuses questions sur la réelle volonté des autorités de transition à respecter le pluralisme linguistique et culturel du pays.

Dans une ville aussi diverse qu’al-Hasakah, habitée par des Arabes, des Kurdes, des Syriaques-Assyriens et d’autres composantes, le recours exclusif à une seule langue pour identifier une institution publique officielle est perçu comme une négation de cette diversité.

Ces pratiques violent :

  • La Déclaration universelle des droits de l’homme ;

  • L’article 7 de la Déclaration constitutionnelle intérimaire, qui stipule que l’État doit « garantir la diversité culturelle de la société syrienne dans toutes ses composantes, ainsi que les droits culturels et linguistiques de tous les Syriens » ;

  • L’article 2 du décret n° 13 relatif aux droits des Kurdes.

L’exclusion du kurde de l’espace public s’inscrit dans la continuité de décennies de politiques d’arabisation forcée et d’effacement culturel que les Kurdes, tout comme d’autres groupes, ont subies sous les régimes précédents. Ces mesures visaient à nier leur identité nationale, culturelle et linguistique.

La préservation de la diversité linguistique et culturelle n’est pas une question secondaire : elle constitue un pilier essentiel de la paix durable en Syrie. Après quatorze années de guerre dévastatrice et des décennies d’autoritarisme, toute politique d’exclusion ou d’assimilation forcée risque de saper le processus de transition, de nourrir les discours de haine et de compromettre la cohésion nationale.

Convaincues que la marginalisation culturelle ne peut que fragiliser la stabilité du pays, les organisations soussignées appellent les autorités de transition à :

  1. Reconnaître constitutionnellement la langue kurde comme langue officielle de la Syrie et garantir son usage libre dans l’espace public, l’administration, l’éducation et les transactions officielles.

  2. Adopter des lois et réglementations contraignantes pour promouvoir l’utilisation de toutes les langues locales dans les institutions de l’État.

  3. Émettre des directives claires interdisant toute forme de discrimination linguistique et imposant le respect de la diversité dans l’ensemble des administrations.

  4. Garantir constitutionnellement le droit de toutes les communautés syriennes d’apprendre et d’enseigner leur langue maternelle.

  5. Criminaliser les pratiques d’assimilation forcée et les qualifier de formes de discrimination, tout en affirmant la diversité linguistique et culturelle comme une richesse et une force pour la Syrie.

  6. Modifier la Déclaration constitutionnelle intérimaire afin d’y inscrire explicitement la reconnaissance et la protection de la pluralité culturelle et linguistique du pays.

La reconnaissance officielle du kurde ne serait pas une concession, mais la restauration d’un droit fondamental longtemps bafoué. Elle constituerait un signal fort de l’engagement sincère des autorités actuelles en faveur d’une Syrie inclusive, où toutes ses composantes participent sur un pied d’égalité à la construction de l’avenir.

Organisations signataires :

  • ASO Consultancy & Strategic Studies

  • Ahrar – Parti libéral syrien

  • L’Union des intellectuels

  • Organisation de coopération humanitaire et de développement (HDC)

  • Centre ACHTI

  • Ahlam Saghira

  • Équipe d’artistes

  • Ambassadeurs pour les personnes handicapées

  • Études d’analyse et de stratégie

  • Organisation Ella pour le développement et la consolidation de la paix

  • PÊL 

  • Association environnementale des arbres verts

  • Association Dar pour les victimes de déplacements forcés

  • Syriens pour la vérité et la justice (STJ)

  • Association Synergy pour les Victimes

  • RÊ pour la Réhabilitation et le Développement

  • TEVIN – Groupe de réflexion indépendant sur les affaires kurdes

  • Association Shawishka pour les femmes

  • Association Mbader pour le développement communautaire

  • Ronî Peywend pour le leadership communautaire

  • Réseau des femmes leaders pour la paix

  • Organisation Kobani pour le secours et le développement

  • Malva pour les arts et la culture

  • Organisation Rose pour le soutien et l’autonomisation

  • Organisation Nextep

  • Centre communautaire de Yalda

  • Sensibilisation HÊZ

SYRIE. Un autre Alaouite abattu à Homs

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SYRIE – Qublan Souleïman (alias Abou Majd) a été abattu ce lundi dans le quartier d’Al-Hamidiya à Homs.

Originaire du quartier d’Al-Muhajirin et membre de la communauté alaouite, la victime a été ciblée dans ce qui s’apparente à un assassinat à caractère sectaire.

Depuis la prise de pouvoir par Ahmed al-Sharaa (anciennement Abou Mohammad al-Jolani) et Hayat Tahrir al-Cham (HTS) en décembre 2024, de nombreuses minorités non sunnites arabes — alaouites, druzes, chrétiens, ismaéliens et kurdes — font face à une recrudescence d’attaques, d’exécutions sommaires et de massacres sectaires à travers le pays. Ces violences, souvent revendiquées ou tolérées par des groupes djihadistes ou des factions affiliées au nouveau pouvoir, alimentent la crainte d’une épuration communautaire systématique.

SYRIE. Attaque armée contre les gangs de Damas

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SYRIE / ROJAVA – Aujourd’hui, un minibus de la 64e Division, unité soutenue par la Turquie et intégrée aux forces du gouvernement syrien, a été attaqué par deux hommes armés à moto à l’ouest des faubourgs d’Aliya, dans la campagne d’Hassaké. L’attaque a fait cinq morts et deux blessés.

Bien que l’opération ait été menée selon des tactiques typiques de l’État islamique, les services de renseignement de HTS ainsi que les canaux turcs ont rapidement attribué la responsabilité aux Forces Démocratiques Syriens (FDS). Selon un militant kurde, cette mise en cause viserait à saboter les négociations en cours entre les autorités kurdes et Damas.

Des images anciennes ont par ailleurs été largement diffusées dans le cadre de cette campagne de fake news.

Cependant, plusieurs éléments contredisent cette fausse accusation : le minibus circulait sur la route Hasakah–Ras al-Ayn (Serekanîyê), en zone contrôlée par les forces turques et leurs proxies depuis l’invasion d’octobre 2019, territoire qui ont été nettoyés de ses habitants kurdes…

ROJAVA. La gendarmerie turque abat un agriculteur kurde à Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Ibrahim Sabri, un agriculteur kurde de 44 ans originaire du village de Kosek à Kobanê, a été froidement abattu par les gardes-frontières turcs ce lundi 11 mai 2026, alors qu’il irriguait paisiblement ses terres agricoles près de la frontière.

Ce nouveau crime s’inscrit dans une longue série d’exactions commises par l’armée et la gendarmerie turques contre les civils kurdes des zones frontalières de Rojava. Les villageois qui tentent simplement de cultiver leurs champs sont régulièrement pris pour cible par des tirs délibérés.

La Turquie poursuit en toute impunité une politique systématique de violence et de terreur contre le peuple kurde, tant à l’intérieur de ses frontières qu’au-delà. Ces meurtres répétés de civils désarmés – agriculteurs, bergers, femmes et enfants – révèlent une haine anti-kurde profonde et structurelle, qui s’exprime par une répression brutale et des crimes de guerre commis en toute impunité.

Les autorités turques visent manifestement à vider les villages frontaliers kurdes de leurs habitants en transformant les terres agricoles en zones de mort. Cette stratégie criminelle doit être condamnée avec la plus grande fermeté.

IRAN. Un étudiant en ingénierie aérospatiale exécuté pour « espionnage »

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IRAN – Le régime iranien a exécuté l’étudiant en master d’ingénierie aérospatiale Erfan Shakourzadeh pour « espionnage », signale l’ONG kurde Hengaw.

Les autorités iraniennes ont exécuté, ce lundi 11 mai 2026, Erfan Shakourzadeh, un brillant prisonnier politique âgé de 29 ans. Chercheur en technologie satellitaire et major de sa promotion en master de génie aérospatial à l’Université des sciences et technologies d’Iran, il a été pendu à l’aube à la prison de Ghezel Hesar, à Karaj, après près de deux ans de détention.

Selon l’ONG de défense des droits humains Hengaw, Erfan Shakourzadeh a été transféré le 7 mai de la prison d’Evin à Téhéran vers Ghezel Hesar, sous le prétexte d’une « réunion avec des représentants de la justice ». Placé à l’isolement, il a été exécuté sans préavis à sa famille et sans pouvoir recevoir une dernière visite. L’agence de presse Mizan, proche du pouvoir judiciaire, l’a accusé de « collaboration avec la CIA et le Mossad ».

Né en 1997, Shakourzadeh était diplômé en génie électrique de l’Université de Tabriz et figurait parmi les meilleurs étudiants en génie aérospatial. Spécialiste des systèmes de contrôle et de positionnement des satellites, il a été arrêté en février 2025 par les services de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Il a passé neuf mois en isolement total, subissant de graves tortures physiques et psychologiques pour lui extorquer des aveux.

Dans une note publiée depuis sa prison, il avait déclaré :

« Je suis Erfan Shakourzadeh, l’un des rares membres de l’élite à avoir choisi de ne pas émigrer… J’ai été arrêté sur la base d’accusations d’espionnage fabriquées de toutes pièces. Après huit mois et demi de torture et d’isolement, j’ai été contraint de faire de faux aveux. Ne laissons plus jamais une autre vie innocente être fauchée en silence. »

Sa condamnation à mort, confirmée par la Cour suprême iranienne, reposait sur des accusations d’espionnage jamais prouvées lors d’un procès équitable. L’organisation Hengaw qualifie cette exécution secrète d’« assassinat d’État » et d’exemple flagrant de crime contre un membre éminent de l’élite scientifique iranienne, victime d’une affaire de sécurité entièrement fabriquée.

Bingöl : ville réduite au silence par la guerre spéciale

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TURQUIE / KURDISTAN – Bingöl (Çewlig), l’une des villes les plus emblématiques du mouvement de libération kurde est aujourd’hui la cible d’une guerre spéciale systématique menée par l’État turc, alerte Rustem Sincer dans l’article suivant.

Ville réduite au silence par la guerre spéciale :

Bingöl À Bingöl, des réseaux de prostitution clandestins opèrent dans des cafés, des salons de massage et via les « services à domicile », dans une ville où les perspectives d’emploi pour les femmes restent très limitées.

Bingöl (Çewlig), l’une des villes les plus reculées et isolées du Kurdistan du Nord (Bakur), est entourée de hautes montagnes au nord et à l’est. Cet isolement géographique freine fortement son développement économique et ses échanges culturels. Dans une région où l’élevage ne dispose pas d’alternatives économiques viables et où les possibilités de production restent limitées, le chômage et l’exode rural s’alimentent mutuellement dans un cercle vicieux.

Bingöl se distingue par son riche passé de résistance. Longtemps terre d’accueil des patriotes du Kurdistan du Nord, elle porte une tradition militante profondément enracinée. Ville témoin de la fondation et des premières années du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), elle a donné naissance à de nombreuses figures importantes du mouvement de libération kurde, parmi lesquelles des cadres historiques tels que Mehmet Karasungur et Mehmet Hayri Durmuş.

C’est précisément en raison de cet héritage que Bingöl constitue une cible prioritaire des politiques de guerre spéciale menées par l’État turc.

Une stratégie de décomposition sociale

Comme dans d’autres villes du Kurdistan, ces politiques visent à corrompre les valeurs sociales à travers la drogue, la prostitution, le recrutement d’informateurs, les jeux d’argent et la criminalité organisée. À Bingöl, la réalité de ces fléaux — drogue, prostitution, formation de gangs et réseaux d’informateurs — est observable à travers des faits concrets et des témoignages locaux.

Anatomie d’un marais supervisé par l’État

La crise de la drogue à Bingöl est à la fois cause et conséquence de nombreux problèmes sociaux. Au cours de la dernière décennie, l’âge moyen des consommateurs n’a cessé de baisser, tandis que la toxicomanie s’est propagée dans presque toutes les couches de la société.

Au Kurdistan, rien ne se développe spontanément. L’augmentation massive de la consommation de drogue, le développement de réseaux de prostitution et le recrutement systématique d’informateurs s’inscrivent dans une politique d’État délibérée visant à corrompre et à dépolitiser la jeunesse kurde. À Bingöl, les trafiquants circulent librement près des commissariats et les points de vente de drogue ne font l’objet d’aucune opération sérieuse, signe évident d’une « négligence contrôlée » de la part des autorités.

Des familles patriotiques dans le viseur

L’objectif est clair : briser la jeunesse révolutionnaire pour la transformer en une génération passive et contre-révolutionnaire. Un jeune tombé dans la toxicomanie est neutralisé à la fois physiquement et politiquement. Les principales cibles de cette stratégie sont les familles qui ont payé un lourd tribut à la lutte kurde et qui restent engagées.

Suicide : un décès dans chaque lignée familiale

L’un des aspects les plus tragiques de Bingöl est l’ampleur exceptionnelle des suicides, un fléau qui perdure depuis près d’un demi-siècle et touche aujourd’hui presque toutes les familles.

À Bingöl, les enfants sont confrontés à la notion de suicide dès l’école primaire. Presque chaque famille élargie a perdu au moins un des siens de cette manière. Entre 2000 et 2023, le nombre de suicides enregistrés est passé de 22 à 58, soit une multiplication par 2,6 en 24 ans. Le taux le plus élevé a été atteint en 2014 avec 9,78 suicides pour 100 000 habitants, bien au-dessus de la moyenne nationale turque. Les 15-19 ans sont les plus touchés, avec des cas recensés même chez des enfants de 15 ans et moins.

Prostitution et gangs : invisibles mais omniprésents

Bien que moins visible dans les rues qu’à Amed ou Riha, la prostitution existe à Bingöl sous des formes plus clandestines : cafés, salons de massage et « services à domicile ». Dans une ville où les femmes ont très peu d’opportunités d’emploi, ces réseaux sont souvent liés au recrutement d’informateurs. Des femmes fragilisées par la précarité ou la toxicomanie sont poussées à la prostitution, puis utilisées comme outil de chantage.

Des structures de gangs existent également, même si elles opèrent de manière plus discrète en raison de la taille modeste de la ville et de la vigilance sociale.

Le recrutement d’informateurs : une politique prioritaire

À Bingöl, le recrutement d’informateurs commence tôt et vise des milieux politiquement sensibles, en lien direct avec l’histoire de la ville. Deux profils sont particulièrement ciblés : les jeunes en situation économique précaire à qui l’on promet des « opportunités de l’État », et les membres de familles proches du mouvement kurde, soumis à la drogue, au chantage sexuel ou à la pression économique.

Cette stratégie détruit la confiance sociale et installe un climat de paranoïa qui paralyse l’organisation et la solidarité.

Pourquoi Bingöl ?

Bingöl incarne une culture de résistance et de liberté profondément ancrée. Face à cet héritage, l’État turc déploie une stratégie multidimensionnelle combinant suicide, drogue, prostitution et délation pour briser la continuité historique du mouvement.

Malgré les alertes et les initiatives locales, l’État observe un silence délibéré. Il sait que toute enquête sérieuse révélerait l’ampleur de cette politique.

La voie vers une solution

La véritable solution passe par la reconstruction du lien politique, culturel et historique avec la jeunesse de Bingöl. L’expérience des années 2013-2015 l’a démontré : lorsque l’espoir renaît et que les jeunes s’engagent dans le mouvement, la consommation de drogue recule nettement.

La drogue ne doit pas être vue uniquement comme un problème de substance, mais comme un phénomène social, économique et politique qu’il faut combattre par une approche globale et une résistance organisée.

ANF

Il y a 52 ans, l’Irak exécutait l’activiste kurde Leyla Qasim

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KURDISTAN – Ce 12 mai marque le 52e anniversaire de l’exécution de la révolutionnaire kurde Leyla Qasim et de ses quatre camarades par le régime baasiste irakien.
Leyla Qasim, qui avait projeté avec ses compagnons le détournement d’un avion en 1974 pour dénoncer l’oppression et les politiques d’assimilation forcée subies par le peuple kurde, a été pendue le 12 mai 1974 après avoir été arrêtée, torturée et condamnée lors d’un simulacre de procès.
À seulement 22 ans, cette jeune militante est devenue un symbole éternel de la résistance et de la force des femmes kurdes. Pendue par le régime sanguinaire de Saddam Hussein, Leyla Qasim incarne encore aujourd’hui le courage absolu et le sacrifice suprême au service d’un Kurdistan libre.

Le 12 mai 1974 : un assassinat politique

Le 12 mai 1974, le régime sanguinaire de Saddam Hussein exécute Leyla Qasim par pendaison. Elle devient la première femme pendue de l’histoire de l’Irak baasiste. Son « crime » ? Avoir milité pour les droits du peuple kurde et pour l’émancipation des femmes dans un Kurdistan colonisé et opprimé.

Aujourd’hui, Leyla Qasim reste une figure tutélaire aux côtés de Sakine Cansız, Zarife Xatun et bien d’autres. Son portrait orne les murs des foyers kurdes, les places publiques, les institutions et les centres culturels du Kurdistan tout entier.

« Tuez-moi, mais sachez qu’après ma mort, des milliers de Kurdes se réveilleront d’un profond sommeil. Je suis heureuse de donner ma vie pour un Kurdistan libre. »

Qui était Leyla Qasim ?

Leyla Qasim (parfois orthographiée Leila Qassem ou Leyla Qassem) naît le 27 décembre 1952 à Khanaqin (région de Diyala, Kurdistan du Sud – Bashur), dans une famille feyli kurde. Avec son frère Abdessalam et sa sœur Sabiha, elle grandit dans un environnement imprégné d’amour pour la patrie kurde.

Elle termine ses études secondaires à Khanaqin en 1972, puis s’inscrit à la Faculté des Arts de l’Université de Bagdad en sociologie. Très tôt, elle se distingue par son intelligence vive, son charisme et son engagement politique. Elle rejoint l’Union des étudiants du Kurdistan et devient rapidement l’une des figures les plus actives du mouvement étudiant.

Une double lutte : nation et émancipation des femmes

Au début des années 1970, le régime baasiste intensifie sa politique de répression et de nettoyage ethnique à Khanaqin. La famille Qasim est contrainte de se réfugier à Bagdad. Leyla y poursuit ses études tout en militant au sein du Parti démocratique du Kurdistan (PDK).

Après l’échec de l’accord du 11 mars 1970 entre le gouvernement irakien et Mustafa Barzani, elle choisit de rester dans la capitale pour continuer la lutte clandestine, malgré les risques. Avec un petit groupe de camarades, dont son fiancé Jawad al-Hamondi, elle tente de réorganiser la résistance étudiante.

Le groupe est rapidement infiltré. Dans la nuit du 24 avril 1974, les services de sécurité investissent la maison de Leyla. Elle est arrêtée, isolée et soumise à des tortures d’une barbarie extrême : on lui arrache l’œil droit et elle subit de multiples mutilations.

Devant le comité d’enquête, accusée d’avoir commis des attentats contre des civils, elle répond avec dignité : « Je ne suis pas une criminelle. Je lutte pour la cause kurde légitime et je suis prête à donner ma vie pour elle. »

« La mariée du Kurdistan »

Lors de la première visite de sa mère et de sa sœur en prison, Leyla leur demande d’apporter son uniforme traditionnel kurde et des ciseaux. Elle coupe une mèche de ses cheveux et la leur confie : « Dans quelques jours, je serai la mariée du Kurdistan. Je veux que la terre m’embrasse dans toute mon élégance. »

Le 12 mai 1974, moins de trois semaines après son arrestation, Leyla est exécutée sans véritable procès. Vêtue de son uniforme kurde, elle chante l’hymne du Kurdistan jusqu’à la potence. Elle avait 22 ans.

Elle est enterrée au cimetière de Wadi al-Salam à Nadjaf, loin de sa terre natale.

Son héritage : un flambeau pour les femmes kurdes

Après son martyre, des centaines de jeunes filles kurdes portent son prénom. Leyla devient un symbole de résistance et d’émancipation.

Le grand poète kurde Cigerxwîn lui a rendu hommage avec le poème Leyla Şehîd, popularisé notamment par Ciwan Haco :

LEYLA ŞEHÎD
 
Şer şêre, mére yan jine
Nîşan bi dest, Leyla mine
Polaye dil wek asine
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla mine, Leyla welêt
Wé dil li min kir ar û pêt
Mizgîn li kurd roja me têt
Dijmin ji tirsan maye şêt
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Sitêr ji ezman hate xwar
Zer bûn li min bax û bihar
Rabin ji xwe ey xwendewar !
Tev mér û jin bibne şîyar
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Daser te taca Erdeşêr
Navê te dinvîsim bi zêr
Jin nû dibin wek şér û mêr
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla keça Mît û Meda
Canê xwe da di ber me da
Bijîn heçî ko canfîda
Xweş bin ji te jar û geda
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla delal û pir çeleng
Leyla ciwan û şox û şeng
Xwe daye kuştin wek pileng
Şêre li nav kurd daye deng
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla çiraxa şevreşe
Wé rû li kurdan kir geşe
Kuştin bi me kurdan xweşe
Zordarî îdî nameşe
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Bi wê li kurd ron bûye şev
Jin bûne wek Leyla me tev
Îdî nema héjaye rev
Ey kurd de destan bidne hev
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Divêm li pey te bêm ejî
Çibkim bi vé jîna rijî ?
Xwîné nerêjî napijî
Leyla bijî, Leyla bijî !…
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Pir şerme ey xortén ciwan !
Keç bêne kuştin pehlewan
Win jî temaşekin li wan
Rûmet çîye ey xwendewan ?
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Êrîş bikin rengê Ziya
Zû derkevin jorên çîya
Bigrin li ber dijmin rîya
Ka : Hor û Mît û Mîdîya ?
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla bijî, sed aferîn
Ji bo me bûye ol û dîn
Dîsa li min derbûn birîn
Hetta ciger min bûye xwîn
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…

ALLEMAGNE. Première conférence nationale d’étudiants kurdes à Heidelberg

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ALLEMAGNE – Environ 200 étudiants et jeunes militants kurdes venus de toute l’Allemagne se sont rassemblés samedi à Heidelberg pour la première conférence nationale sur le Kurdistan. Organisée par la Fédération des étudiants kurdes d’Allemagne (en allemand : Verband der Studierenden aus Kurdistan ; en kurde : Yekîtiya Xwendekarên Kurdistan, YXK) au Collegium Academicum, la rencontre s’est déroulée sous le slogan « Kurdistan yek welat e » (« Le Kurdistan est un seul pays ») et la devise : « Le Kurdistan entre colonialisme, résistance et unité : une nécessité ».

Débats sur l’organisation, la culture et la résistance

Animée par Milan Drücke et Lezin Barış, la conférence a abordé plusieurs grands axes : la situation politique actuelle au Kurdistan, l’organisation de la jeunesse kurde en diaspora, ainsi que les impacts de la guerre, de l’assimilation et des pressions sociales sur les jeunes.

Des ateliers thématiques ont exploré la destruction écologique et les politiques de guerre, l’identité culturelle kurde, la mythologie et les systèmes de croyances mésopotamiens, ainsi que le rôle de la musique, de la littérature, du théâtre et du folklore dans la préservation de la culture. Les participants ont également réfléchi aux stratégies pour renforcer l’organisation sociale et politique de la jeunesse kurde en Europe face aux politiques d’assimilation.

Le Rojava et le rôle de la jeunesse

Le politologue Müslüm Örtülü est revenu sur l’histoire des soulèvements kurdes au XXe siècle et les expériences du mouvement de libération kurde. Nilüfer Koç, porte-parole du Congrès national du Kurdistan (en kurde : Kongreya Neteweyî ya Kurdistanê, KNK) pour les affaires étrangères, a quant à elle analysé la situation actuelle, en particulier au Rojava. Elle a souligné le rôle central de la jeunesse kurde dans la construction d’une société démocratique et la portée régionale du modèle du Rojava, qui unit différentes communautés ethniques et religieuses.

La conférence s’est achevée par des performances musicales, des danses traditionnelles et des échanges informels. De nombreux participants y ont vu une étape importante dans le renforcement des réseaux, de la solidarité et de l’organisation des étudiants kurdes en Allemagne. (ANF)

TURQUIE. Les lettres en kurde interdites à la prison de Sincan

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TURQUIE – À Ankara, les autorités pénitentiaires de l’établissement de haute sécurité n° 2 de Sincan bloquent depuis plusieurs mois la correspondance en kurde, tant entrante que sortante. Les détenus ne peuvent envoyer ou recevoir de lettres dans leur langue qu’à condition de prendre eux-mêmes en charge les frais de traduction. Cette restriction ne s’applique pas à la prison de haute sécurité n° 1 du même complexe.

Ramazan Çeper, détenu à Sincan n° 2, a alerté l’Association de la société civile dans le système pénitentiaire (CİSST) via une lettre détaillée. Il y dénonce une interdiction de fait en vigueur depuis plusieurs mois :

« Nos lettres en kurde sont interdites depuis des mois. Il a été clairement indiqué qu’aucune lettre ne serait envoyée à moins que nous ne payions nous-mêmes les frais de traduction. »

Selon Çeper, les tentatives de dialogue avec l’administration ont été infructueuses. L’établissement dispose pourtant de plus d’une dizaine de gardiens kurdophones. Alors qu’auparavant des personnels bilingues étaient affectés à la commission de lecture du courrier, cette pratique a été abandonnée cette année.

« S’il y a une pénurie de traducteurs, cela pourrait être réglé en une semaine par une demande au ministère. Mais cela n’est pas fait », souligne le détenu.

Une atteinte au dernier lien avec l’extérieur

Heval Zelal Avcı, responsable au CİSST des dossiers de perpétuité aggravée, rappelle que les détenus placés sous ce régime de haute sécurité vivent déjà un isolement extrême, avec des restrictions sévères sur les visites, les appels téléphoniques et les activités collectives. La correspondance constitue souvent leur dernier canal de communication avec le monde extérieur.

« Toute pratique qui limite ou rend ineffective le droit à la correspondance affaiblit l’un des derniers liens qui restent à ces prisonniers », a-t-elle déclaré à bianet.

Saisine parlementaire

Le parti pro-kurde DEM a saisi le Parlement. La députée Beritan Güneş a déposé une question écrite au ministre de la Justice, Akın Gürlek. Elle rappelle que la liberté de communication est garantie par l’article 22 de la Constitution turque et souligne que la Cour constitutionnelle exige le respect du principe de proportionnalité.

Güneş s’interroge notamment sur :

  • Le nombre de gardiens parlant kurde employés dans les prisons Sincan n° 1 et n° 2 ;

  • Les raisons pour lesquelles ils ne sont pas affectés aux commissions de lecture du courrier ;

  • Le refus d’utiliser des outils de traduction électroniques déjà employés dans d’autres institutions.

Le CİSST a de son côté adressé des demandes officielles au Conseil de surveillance des prisons, au Conseil provincial des droits de l’homme, à CİMER, à la Commission parlementaire des droits de l’homme et à la Direction générale des prisons.

A quoi rime la fête des mères pour les Kurdes ?

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Aujourd’hui, dans de nombreux pays du monde, on célèbre la « Fête des Mères ». À cette occasion, une abonnée de notre page nous a envoyé un message saluant le courage des femmes et mères kurdes.

Nous en profitons pour rappeler ce que signifie réellement cette fête au Kurdistan, alors que le régime islamofasciste d’Erdogan vient de consolider son pouvoir en Turquie et s’apprête à lancer de nouvelles guerres génocidaires au Kurdistan, y compris dans la région yézidie de Shengal, tandis que les régimes iranien, syrien et irakien ne se montrent pas plus cléments envers les enfants et les jeunes Kurdes.

À quoi rime la Fête des Mères au Kurdistan ?

Aujourd’hui, dans certains pays dont la Turquie, on célèbre la « Fête des Mères ». Dans ce pays, de nombreuses mères kurdes ne rêvent pas de fleurs, mais simplement de récupérer le corps de leur enfant tué ou de savoir ce qu’il est advenu de leur enfant disparu entre les mains des sbires de l’État turc.

On ne sait pas exactement quand et comment la Fête des Mères est arrivée en Turquie et au Kurdistan du Nord (Bakûr). Mais une chose est certaine : chaque deuxième dimanche de mai, tandis que d’autres célèbrent, de nombreuses mères kurdes dont au moins un enfant a été tué ou a disparu passent la journée dans les larmes.

Les plus « chanceuses » sont celles qui peuvent se recueillir sur la tombe de leur enfant. Mais bien souvent, ces tombes sont détruites par l’armée turque, car leurs enfants sont qualifiés de « terroristes » pour avoir simplement embrassé la lutte pour la liberté sur leurs terres colonisées. Parfois, ces mères veillent jour et nuit dans les cimetières pour empêcher les soldats de profaner les tombes, et parfois, à mains nues, elles reconstruisent les sépultures détruites. C’est ce qui leur a valu le surnom d’Antigones kurdes.

D’autres restent à la maison, espérant encore un jour retrouver les restes de leurs enfants disparus depuis des années. Certaines sont mortes sans que ce vœu ne soit exaucé.

Beaucoup continuent à chercher et à exiger la vérité. Chaque samedi, depuis 30 ans, vêtues de leurs voiles blancs, symbole de paix, elles se rassemblent à Amed (Diyarbakır) ou sur la place Galatasaray à Istanbul. On les appelle les Mères de la Paix ou les Mères du Samedi.

Alors, pendant que d’autres célèbrent la Fête des Mères, nous souhaitons avant tout que ces mères kurdes puissent retrouver leurs enfants vivants. Peu importe qu’elles n’aient pas droit à un jour de fête. Il n’y a rien de plus sacré que la vie d’un enfant.