SYRIE. L’État islamique renait du chaos sécuritaire

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SYRIE – L’État islamique (EI) cherche activement à reconstruire ses réseaux dans le nord-est de la Syrie, profitant des graves perturbations sécuritaires qui ont affaibli la lutte antiterroriste, selon un rapport alarmant de l’inspecteur général de l’opération « Inherent Resolve » (OIR) remis au Congrès américain.

Couvrant la période de janvier à mars 2026, le document met en garde contre l’exploitation par l’EI de l’effondrement du dispositif de sécurité dans la région suite aux violents affrontements entre l’armée syrienne et les Forces démocratiques syriennes (FDS). L’avancée des forces gouvernementales a contraint l’alliance arabo-kurdes des FDS à abandonner la garde de plusieurs prisons et centres de détention, créant un vide sécuritaire majeur.

Résultat : au moins 150 détenus liés à l’EI se sont évadés. Parallèlement, des milliers de résidents ont fui le camp d’Al-Hawl (ou al-Hol), qui abrite familles de djihadistes et sympathisants de l’organisation.

Le rapport souligne que l’EI n’a jamais renoncé à son objectif de libérer ses combattants et d’exploiter toute instabilité pour reconstituer ses capacités. Les analystes américains craignent une reprise du recrutement et une réorganisation rapide du groupe, d’autant plus que les mécanismes de surveillance ont largement disparu.

Malgré les frappes aériennes américaines persistantes, les responsables militaires et du renseignement mettent en garde : tout vide sécuritaire prolongé ou toute difficulté d’intégration des FDS dans les nouvelles structures de sécurité offrirait à l’EI l’espace nécessaire pour se renforcer.

Ce rapport intervient alors que les inquiétudes grandissent sur le retrait progressif des forces américaines et la fragilité de la coordination anti-EI, cinq ans après la défaite territoriale du califat en 2019.

IRAN. Les Kurdes pleurent les frères Veisi tués par le régime

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IRAN / ROJHILAT – Hier, des dizaines de milliers de personnes ont rendu hommage samedi aux frères Meysam et Mojtaba Veisi, deux militants kurdes yarsans abattus par les forces du régime iranien le 28 mai 2026.

Les funérailles se sont déroulées dans le quartier de Mehdiyeh (Dare Daraz / Dîrij) à Kermanshah (Kirmaşan). Tout au long du cortège, les participants, vêtus de noir, ont entonné des chants de deuil, comme le montrent les images largement diffusées sur les réseaux sociaux.

Exécutés sans sommation

Le 28 mai 2026, vers 4 heures du matin, les forces du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) ont encerclé la maison où les deux frères s’étaient réfugiés dans le village de Qaleh Kahush, dans le comté de Dalahu (province de Kermanshah). Sans sommation, elles ont ouvert le feu depuis plusieurs directions, tuant sur-le-champ Meysam et Mojtaba Veisi. Le propriétaire de la maison, Farshad Hatamipour, est toujours porté disparu.

Les deux frères vivaient dans la clandestinité depuis les manifestations de janvier 2026, suite à de sérieuses menaces de mort proférées par les services de sécurité iraniens.

Militants culturels respectés

Meysam et Mojtaba Veisi étaient des figures très appréciées à Kermanshah pour leur engagement culturel et communautaire. Adeptes de la foi yarsane, ils avaient fondé la bibliothèque kurde du quartier Dareh Deraz et joué un rôle central dans l’organisation des fêtes de Newroz dans la région. Mojtaba était également un lutteur accompli, plusieurs fois champion provincial.

Ils avaient déjà été arrêtés et harcelés à de multiples reprises en raison de leurs activités culturelles, ethniques et religieuses. Mojtaba avait notamment été détenu 18 jours à l’isolement après son arrestation le 5 mars 2025 lors des préparatifs de Newroz, avant d’être libéré contre une caution record de « 700 millions de tomans ».

Deuxième journée du Festival culturel kurde de Paris

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PARIS – La deuxième journée du 5e Festival culturel kurde de Paris a connu un franc succès, alliant animations familiales et moments forts de valorisation du patrimoine.

Dès le matin, l’équipe de Gerok Ma a organisé au centre culturel Ahmet Kaya à Paris une série d’activités spécialement conçues pour les enfants. Spectacles artistiques, jeux et ateliers ont permis aux plus jeunes de participer activement à la fête et de découvrir la culture kurde de manière ludique.

Vers 14h30, une foule nombreuse, vêtue de costumes kurdes traditionnels, a pris part à une parade folklorique colorée entre la rue d’Enghien et la Mairie du 10e arrondissement. Au rythme des chants et des danses traditionnelles kurdes (govend), les participants ont traversé les rues du quartier, créant une ambiance festive et chaleureuse.  

Splendeur et transmission : le défilé des costumes traditionnels kurdes à la Mairie du 10e

Dans le cadre solennel de la salle des mariages de la Mairie du 10e arrondissement, le public a assisté à un défilé de mode très attendu, célébrant avec éclat la richesse et la diversité des costumes traditionnels kurdes. Face aux politiques d’assimilation et d’effacement qui menacent l’histoire de ce peuple, cet événement s’est imposé comme un acte fort de résistance culturelle et de préservation patrimoniale.

Les différentes régions représentées — Botan, Amed, Colemêrg, Koçgirî, Serhed et le Rojhilat — ont offert aux spectateurs un véritable voyage à travers la géographie et l’histoire du Kurdistan. Le public a particulièrement été captivé par :

  • L’élégance raffinée de Botan : Une coupe d’une grande finesse, témoignant d’un savoir-faire ancestral.

  • Les parures d’Amed : Des tenues majestueuses, mariant la noblesse du velours à la délicatesse de broderies dorées.

  • L’éclat du Rojhilat : Une palette de couleurs vives et lumineuses, symboles de vitalité et d’espoir.

  • L’identité de Colemêrg : Des ceintures, coiffes et motifs géométriques distinctifs d’une grande force symbolique.

  • Le folklore de Koçgirî : Des pièces uniques ornées de motifs traditionnels, reflets de la pluralité des récits locaux.

  • L’authenticité de Serhed : Des tissus de laine finement brodés, précieux témoins d’un mode de vie montagnard et d’une adaptation séculaire à la terre.

Ce défilé haut en couleur a non seulement célébré la beauté du costume kurde, mais a également rappelé l’importance de sa transmission aux nouvelles générations.

À travers ces différentes activités, la 5e édition du Festival culturel kurde de Paris s’affirme une nouvelle fois comme un espace essentiel de rencontre, de promotion et de préservation de l’identité et du patrimoine kurde en Europe.

IRAN. Lettre d’un Kurde tué par le régime : « La résistance c’est la vie »

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IRAN / ROJHILAT – Dans un message bouleversant adressé aux étudiants de la bibliothèque qu’il avait fondée, Mojtaba Veysi, activiste kurde yarsan récemment abattu par les forces de sécurité iraniennes, a laissé un ultime témoignage de courage :

« Survivre et se soumettre à l’oppression par peur de la mort n’est rien d’autre que honte et humiliation. »

Un nouveau crime contre les militants kurdes

Le 28 mai 2026, Mojtaba Veysi et son frère Meysam Veysi, tous deux militants culturels de la communauté kurde Yarsani, ont été brutalement tués par les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) dans le village de Ghaleh-Kouhesh (Dalahu, province de Kermanshah).

Recherchés pour avoir courageusement participé aux manifestations de décembre 2025 et janvier 2026, les deux frères vivaient dans la clandestinité depuis plusieurs mois pour échapper aux arrestations arbitraires du régime.

Aujourd’hui est rendue publique la lettre testament de Mojtaba Veysi. Écrit en kurde sorani, ce texte de deux pages était dédié aux enfants qui fréquentaient la bibliothèque kurde du quartier, véritable havre de culture et d’identité face à l’oppression. En voici la traduction.

Traduction de la lettre de Mojtaba Veysi

« Parfois, mes pensées s’envolent vers cette bibliothèque où mon âme a jadis déployé ses ailes à travers les livres. Tous les enfants de la bibliothèque me manquent cruellement : Mehiya, Mahbub, Sena, Aylin, Servinaz, Hena, Mübin, Diana, Atusa, Hesti, Alov, Negar, Ayda, Terane, Haniye, Aydın, Berhem.

Pourrai-je un jour vous voir grandir et être témoin de votre avenir ? Pourrai-je assister à votre passage à l’âge adulte et découvrir ce que le destin vous réserve ? Je l’ignore. Mais du plus profond de mon cœur, je souhaite à chacun d’entre vous la santé, la sagesse et une vie honorable. Je vous aime.

Je vous souhaite d’acquérir la connaissance nécessaire pour vous prémunir contre la tromperie et la manipulation des hommes. Soyez emplis d’humanité et sachez la refléter autour de vous. Chérissez la liberté, recherchez sans cesse la justice, servez votre prochain et tenez-vous fermes, face à l’adversité, comme des chênes majestueux et profondément enracinés. Avec l’immense espoir de vous revoir un jour dans un monde libre et éclairé… La prospérité de la patrie et votre dignité sont mes vœux les plus chers. Que la vérité vous accompagne, qu’elle soit votre soutien et votre refuge.

Pourtant, il est des moments où je suis rongé par une profonde agitation intérieure face à un avenir si incertain. Une angoisse née de l’ignorance du cours des événements, de l’incapacité à prévoir les jours prochains. Combien de temps cela va-t-il encore durer ? Le règne de ce tyran prendra-t-il enfin fin ? Cette ère de terreur s’achèvera-t-elle, ou un autre oppresseur prendra-t-il sa place pour répéter ce cercle vicieux ? Comment le pouvoir du dictateur sera-t-il définitivement renversé et anéanti ?

Les braves continueront-ils de payer le prix de la liberté au sacrifice de leur vie et de leurs biens, pendant que les lâches et les opportunistes hériteront du pouvoir, de l’arrogance, et s’assiéront sur le trône ? Ces visages intègres qui ont lutté et perdu la vie ne laisseront-ils derrière eux que des photos suspendues aux murs des prisons ? Tous les efforts et les sacrifices de mes camarades seront-ils réduits à néant, laissant la force future de notre patrie tomber entre les mains de ceux qui ne la convoitent que par pur intérêt personnel ?

Le pouvoir doit être mis au service du peuple et de l’humanité, sinon, bientôt, les chaînes de l’esclavage seront de nouveau forgées…

Mais la douleur de se soulever pour lutter contre la tyrannie n’est pas la source de mon désespoir. Au contraire, elle est l’essence même du flux de la vie et le sens profond de notre existence. Dans ce monde absurde auquel j’ai choisi de donner ma propre signification, survivre et se soumettre à l’oppression par peur de la mort n’est que honte et humiliation.

Bien à vous,

Votre soutien et votre défenseur.

Berxwedan bi xwe jiyan e. [La résistance est en soit la vie.]

Serhildan bi xwe jiyan e. [La révolte est en soit la vie.] »

Ouverture des barrages turcs sur l’Euphrate : Inondations meurtrières en Syrie et alerte maximale en Irak

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IRAK / SYRIE – La décision de la Turquie d’ouvrir les vannes du barrage Atatürk construit au Kurdistan du Nord, pour la première fois en sept ans, a provoqué une brusque montée des eaux de l’Euphrate, entraînant des conséquences dramatiques en Syrie, y compris dans les régions kurdes, et des risques d’inondations majeures en Irak.

En Syrie, les provinces de Deir ez-Zor et Raqqa ont été particulièrement touchées. Le débit d’eau en provenance de Turquie a atteint jusqu’à 2 000 mètres cubes par seconde, faisant monter le niveau du fleuve d’environ trois mètres. Des villages entiers, des terres agricoles et des camps ont été submergés, forçant des milliers de familles à fuir.

Selon des sources locales et des bilans officiels, plusieurs personnes sont mortes noyées, dont quatre enfants emportés par les courants à Deir ez-Zor et un homme à Raqqa. Près de 2 400 familles ont été affectées dans la seule région de Deir ez-Zor, tandis que de nombreux champs agricoles ont été inondés dans la campagne ouest de Raqqa. Plus de 50 stations de pompage d’eau et installations électriques ont été mises hors service. Plusieurs ponts, dont des ponts de terre, se sont effondrés, isolant des villages et rendant la circulation extrêmement difficile entre les deux rives du fleuve.

Les habitants, livrés à eux-mêmes, ont tenté de protéger leurs maisons avec des digues de fortune en terre. Ils lancent des appels urgents pour le déploiement d’engins lourds, des opérations d’évacuation et une indemnisation des pertes agricoles, estimées à des centaines de milliers de dollars, notamment sur les cultures de blé et de légumes.

En Irak, pays situé en aval, les autorités ont activé des plans d’urgence face à la vague attendue. Le barrage d’Haditha, premier grand ouvrage irakien sur l’Euphrate, sert de tampon pour stocker l’eau excédentaire avant de la rediriger vers le lac Habbaniyah. Le ministre irakien des Ressources en eau, Muthanna al-Tamimi, s’est rendu sur place pour superviser les préparatifs. Bien que le débit actuel à la frontière (environ 700 m³/s) soit jugé « acceptable » pour l’instant, l’état d’alerte a été déclaré dans la province d’Anbar pour trois jours.

Cette crise met une nouvelle fois en lumière la vulnérabilité des pays en aval face à la gestion unilatérale des barrages turcs, notamment dans le cadre du projet GAP (Anatolie du Sud-Est). Après des années de réduction drastique des débits ayant causé sécheresses et pénuries, c’est désormais la brutalité des lâchers d’eau qui provoque destructions et pertes humaines.

Les autorités syriennes et irakiennes espèrent une coordination rapide avec Ankara pour stabiliser la situation et éviter une aggravation des dégâts dans les jours à venir.

« Intégrer le parfum de la terre dans l’art »

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TURQUIE / KURDISTAN — L’artiste kurde Sarya Melek Demir déclare que son exposition Fîncanek Ax rassemble la vie des femmes, la résistance et la mémoire sociale à travers le parfum et le symbolisme de la terre.

L’exposition de la peintre Sarya Melek Demir, intitulée « Fîncanek Ax » (« Une tasse de terre »), réalisée selon la technique de la peinture au café sur papier, aborde des thèmes inspirés de l’histoire, du vécu des femmes, de la culture kurde et du quotidien. À travers l’art, l’exposition explore le lien profond entre les femmes, représentées comme créatrices et tisserandes de la vie, et la nature fertile de la terre.

Sarya Melek Demir, qui s’est tournée plus intensément vers l’art après avoir été licenciée de son poste d’enseignante par décret en 2016, s’est entretenue avec ANF au sujet de son processus créatif et de l’histoire de l’exposition.

« Je me suis davantage tournée vers l’art après avoir été licenciée. »

Sarya Melek Demir explique que les expériences qu’elle a vécues l’ont rapprochée de l’art et que son travail est né d’un processus d’exploration personnelle.

« Je suis originaire de Kırşehir. Ma famille est issue de la communauté kurde exilée. J’étais enseignante, mais j’ai été licenciée par décret. Ce fut une période difficile pour nous tous. Nous avons dû exercer différents métiers pour subvenir à nos besoins. Malgré tout, mon lien avec la peinture s’est renforcé. Je m’intéressais à la peinture depuis l’enfance, mais ce que j’ai vécu, les questions que je me posais et les émotions que j’ai ressenties m’ont poussée à créer davantage. Je me suis installée à Amed (Diyarbakır) car je souhaitais approfondir ma connaissance de mon identité et de ma culture. Une fois sur place, j’ai entrepris une quête pour redécouvrir mes racines. C’était déjà un lieu que je fréquentais régulièrement, mais une fois installée, cette quête s’est intensifiée. C’est devenu l’un des points de départ de l’exposition. J’ai d’abord réalisé plusieurs œuvres inspirées des vêtements traditionnels des femmes kurdes et de vieilles photographies. Plus tard, j’ai compris que ces œuvres avaient évolué pour former une série. »

L’excitation d’une première exposition solo, c’est autre chose.

Demir confie que l’ouverture de sa première exposition solo revêtait une signification particulière à ses yeux :

« Je travaille également comme présentatrice, donc je ne suis généralement pas du genre à être très nerveuse. Mais le sentiment que j’ai éprouvé pour cette exposition était complètement différent. Car il ne s’agit pas seulement de peintures ; il s’agit aussi de la vie que l’on a vécue, des douleurs que l’on a ressenties, des recherches et des espoirs que l’on a nourris. J’observe comment les gens se tiennent devant les œuvres et je suis attentive à leurs expressions. Parfois, un simple regard peut en dire long. Il m’a fallu deux ans pour préparer cette exposition. J’ai rencontré de nombreux obstacles. Rien qu’en mai, j’ai dû la reporter quatre fois. Le jour du vernissage, il y avait de la grêle et un orage. Pourtant, malgré tout cela, voir les gens venir et interagir avec les œuvres fait oublier toute la fatigue. Ce que l’on crée prend tout son sens au contact de la société. »

« Je n’ai jamais séparé les femmes de la terre. »

Sarya Melek Demir explique que le titre de l’exposition, Fîncanek Ax, reflète sa volonté de représenter le lien indissociable entre les femmes et la terre :

« Fîncanek Ax signifie “Une tasse de terre”. La figure féminine est omniprésente dans mon travail car j’aborde la vie à travers le prisme des femmes. Tout comme la terre nourrit la vie, les femmes sont au cœur de sa création et de son maintien. De la mythologie à nos jours, les femmes et la terre ont toujours été associées. De Gaïa à Ishtar, de Déméter à Cybèle, ces récits reposent sur cette relation. L’odeur et la couleur du café me rappellent la terre. C’est pourquoi j’ai principalement réalisé des œuvres monochromes à base de café. Je souhaitais associer le parfum et la couleur de la terre au lien que les femmes tissent avec la vie. En quelque sorte, j’ai tenté d’unir une tasse de café et une tasse de terre au sein d’un même souvenir. »

« J’ai essayé de raconter les histoires à travers les yeux des femmes. »

Demir précise que son travail de portraitiste se concentre particulièrement sur les visages de femmes :

« Je suis profondément touchée par la lutte des femmes. C’est pourquoi j’ai cherché à raconter leurs histoires à travers mes œuvres. Les tatouages, les foulards, les rides et les expressions de leurs yeux portent tous les traces d’une vie vécue. Je me suis particulièrement intéressée aux expériences reflétées dans les yeux, car ils contiennent à la fois douleur, espoir et résistance. Mes œuvres sont inspirées de photographies réelles, mais je les réinterprète à travers mes propres émotions. »

Amed possède un énorme potentiel artistique

Demir souligne que la tenue de l’exposition dans la cour de l’église chaldéenne revêtait une signification particulière et met en avant la richesse culturelle d’Amed :

« Amed possède une mémoire culturelle très forte. La production artistique y est importante, dans des domaines aussi variés que le théâtre, le cinéma, la musique et les festivals. Mais je crois qu’il est nécessaire de renforcer la solidarité et de créer davantage d’espaces partagés dans le domaine des arts visuels. Il faudrait créer des lieux où les artistes puissent se réunir, échanger des idées et s’entraider. Cette ville recèle une extraordinaire diversité culturelle et une richesse d’expériences vécues. C’est là l’un des atouts les plus précieux pour nourrir l’art. » (ANF)

IRAN. Deux autres activistes kurdes risquent l’exécution

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IRAN / ROJHILAT – Les autorités iraniennes ont inculpé les militants kurdes yarsan Sajjad Veisi et Shayan Veisi de moharebeh (« guerre contre Dieu »), un chef d’accusation passible de la peine de mort. Les deux cousins sont détenus depuis quatre mois à la prison centrale de Kirmaşan (Dizel Abad), à la suite de leur arrestation lors des manifestations de janvier 2026.

Selon l’organisation Hengaw pour les droits humains, l’affaire a été transmise au tribunal révolutionnaire de Kermanshah (Kirmaşan). Les accusations reposeraient sur un dossier des services de renseignement et des « aveux » obtenus sous la torture. Cette qualification en moharebeh fait craindre une condamnation à mort pour les deux hommes.

Sajjad Veisi, 30 ans, a été arrêté le 22 février 2026 alors qu’il se rendait de Dareh Deraz à Sarpol-e Zahab pour rendre visite à la famille de son épouse. Shayan Veisi avait quant à lui été interpellé durant les manifestations de janvier. Il avait déjà été détenu lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadi) à Kermanshah.

Frères de deux militants assassinés

Sajjad Veisi est le frère cadet de Meysam Veisi et Mojtaba Veisi, deux figures marquantes du mouvement culturel yarsani. Ces derniers ont été tués par les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) lors d’un raid armé mené dans la nuit du 27 au 28 mai 2026 contre leur refuge situé dans le village de Qaleh Kahush, à Dalahu.

Hengaw exprime sa profonde inquiétude pour la vie de Sajjad et Shayan Veisi et condamne fermement l’utilisation de l’accusation infondée de moharebeh contre ces deux jeunes manifestants. L’organisation rappelle que cette qualification est fréquemment employée par le régime pour réprimer toute forme de dissidence et justifier des exécutions.

Coup d’envoi du Festival Culturel Kurde de Paris

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PARIS – Ce jeudi soir, l’ouverture du la 5e édition du Festival culturel kurde de Paris a tenu toutes ses promesses. Une ambiance électrique régnait dans la salle des mariages de la Mairie du 10e arrondissement, pleine à craquer malgré la canicule. Après les discours des organisateurs, Ruşen Filiztek et son équipe ont embrasé le public en les faisant chanter et danser sur des mélodies kurdes entrainantes. La soirée s’est poursuivie par la découverte de l’exposition Qalik (Carapace) d’Ali Osman Yanak, avant un buffet convivial qui a permis aux participants de se rafraichir et de prolonger ces moments de partage.
Berivan Firat avec les élus Laurence Patrice, Rémi Féraud et Élie Joussellin
Cet événement du Conseil Démocratique Kurde de France (CDK-F), organisé en collaboration avec avec la fondation Danielle Mitterrand, la Mairie de Paris, la Mairie du 10e arrondissement, l’Association de Solidarité France-Kurdistan, l’Institut de Réflexion et d’Études sur le Kurdistan (IREK) et l’association Arts et Culture du Kurdistan (ACK), vous propose une immersion dans un patrimoine culturel aussi riche que varié, promet trois jours de richesse culturelle, artistique et de partage autour du Kurdistan.

Samedi 30 mai – Journée festive et familiale

  Matinée & Après-midi | Ateliers enfants Au CDK-Paris (16 rue d’Enghien, 75010 Paris) Dès le matin, les enfants sont à l’honneur avec des ateliers ludiques et pédagogiques animés par le collectif Zarok Ma (Diyarbakır), fidèle partenaire du festival depuis trois ans. Jeux de présentation, animations linguistiques interactives, ateliers de musique et de création : une belle façon de découvrir la langue et la culture kurdes en s’amusant. Entrée libre 14h | Parade folklorique Départ du CDK-Paris Au rythme de Govend (danse traditionnelles) et des mélodies traditionnelles, une parade colorée envahira les rues de Paris. Tenues traditionnelles kurdes vivement encouragées pour une immersion totale ! 15h | Défilé de tenues traditionnelles Salle des fêtes – Mairie du 10e (72 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris) Présenté par le groupe de danse Govenda Rojbîn, ce défilé mettra en lumière la richesse, l’élégance et la diversité des costumes kurdes. Un moment vibrant et plein de couleurs. 19h | Soirée Cinéma à Drancy MCK Drancy (174 avenue Henri Barbusse, 93700 Drancy) Projection du film « Hêvî » (L’Espoir) d’Orhan İnce (2024). Ce premier long métrage kurde, tourné à Bingöl, suit le destin de Zeyno, une petite fille sourde et muette, et explore avec sensibilité et justesse les thèmes de l’espoir, de la résilience et des relations familiales. Entrée libre 19h | Théâtre à Limay Espace culturel Christiane Faure (34 rue des 4 chemins, 78520 Limay) « Mirina Jeanne d’Arc’ê ya din » (« L’autre mort de Jeanne d’Arc ») Adaptation kurde d’une pièce de Stefan Tsanev par la troupe du Théâtre municipal de Diyarbakır (Şanoya Bajêr a Amedê). Une œuvre puissante mêlant tragédie, satire et humour, qui interroge religion, nationalisme et idéologies oppressives. Tarif : 10 €

Dimanche 31 mai – Concert de clôture

18h | Théâtre du Gymnase (38 bd de Bonne Nouvelle, 75010 Paris) Pour clôturer cette édition en beauté, le festival présente un concert d’exception avec Murad Demir, Işık Berfîn et Ulaş Kelaşîn. Trois artistes aux univers complémentaires qui incarnent la vitalité de la musique kurde d’aujourd’hui : entre répertoire traditionnel revisité, compositions originales et influences contemporaines. Une soirée prometteuse pour vibrer et célébrer la culture kurde dans toute sa richesse.

Les Enfants du Zagros : un mythe kurde réinventé

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« Un classique est un livre qui n’achève jamais ce qu’il a à dire », écrivait Italo Calvino. Les Enfants du Zagros (Children of the Zagros), premier roman de l’écrivain kurde Shad Raouf, semble aspirer à cette définition. Il ne s’agit pas d’un roman réaliste au sens conventionnel, et il ne cherche d’ailleurs pas à l’être. Le livre se présente plutôt comme une étoffe mythique tissée de mémoire culturelle kurde, de traumatismes hérités, de quête spirituelle et de tradition orale transmise de génération en génération.

L’auteur ouvre son récit par cette question : « Qu’est-ce qu’une fin, sinon un commencement ? » Dès les premières pages, l’ouvrage invite à une lecture symbolique plutôt que réaliste. Il ambitionne de devenir une œuvre intemporelle dans une chronologie complexe, réinterprétant l’histoire kurde et se taillant une place dans la mémoire collective des générations futures. Cette aspiration, sincère et souvent saisissante, révèle cependant certaines faiblesses du récit.

L’intrigue

Le roman suit Runak, jeune princesse prodige choisie comme héritière du trône dans un royaume marqué par les traditions dynastiques, la peur ancestrale et les ombres d’un passé enfoui. Lorsqu’elle est désignée successeure du peuple originaire de la grotte de Shanidar, elle quitte la ville aux côtés d’Akam, le plus fidèle guerrier du roi. Leur voyage, d’abord simple expédition vers l’extérieur, se transforme en un périple à travers les mythes, les récits fondateurs et l’ordre politique du royaume. Runak traverse l’amour, la violence, des créatures mythiques, des prophéties, la rébellion et les forces symboliques qui gouvernent ce monde. Devenue reine, elle conduit son peuple vers sa terre ancestrale dans les monts Zagros, où ils rencontrent le rebelle Kawa et affrontent le tyran Zahhak — figures centrales de la légende de Newroz.

Imprégné de la tradition ancestrale du conte

Les Enfants du Zagros excelle dans la création d’une atmosphère particulière. Par moments, on a moins l’impression de lire un roman que d’écouter un conte transmis oralement, enrichi par la répétition et porté par la mémoire collective. Cette dimension n’est pas un défaut, mais un choix artistique assumé. Les thèmes récurrents de l’obscurité, de la royauté, de l’exil, de la peur et du retour donnent au livre une dimension quasi-cérémoniale. Les figures mythiques telles que Simurgh, Zahhak, Shahmaran, Ahriman et Suqrat enrichissent un univers d’une grande richesse culturelle et d’une imagination débordante.

Certains passages atteignent une véritable beauté, notamment les scènes avec le Simurgh, empreintes d’une intensité visionnaire. La phrase « la vérité du monde ne peut être que vécue » résume bien la poétique du roman : il ne s’agit pas seulement de raconter, mais d’immerger le lecteur dans une réflexion spirituelle et mythique sur l’histoire, la mémoire et le désir kurdes.

Le livre refuse de se figer. De nouvelles histoires naissent au sein des anciennes, les personnages et références s’accumulent, le mythe se mêle à la politique, le parcours personnel au traumatisme collectif. On y retrouve par moments l’esprit des Mille et Une Nuits : non par imitation, mais par ce même goût pour la superposition narrative et l’expansion mystique. Dans sa postface, l’auteur assume pleinement ce choix en précisant que le récit se déroule dans un « passé mythique ».

Les limites du style du conte

Les mêmes qualités qui font la force du roman en constituent aussi les limites. Le style du conte populaire tend à rendre les personnages plus symboliques que profondément humains. Runak elle-même, suivie à travers plusieurs âges de sa vie, exprime parfois des réflexions d’une maturité qui contraste avec son innocence et son inexpérience revendiquées.

Les dialogues posent un problème similaire : trop de personnages s’expriment sur le même ton soutenu, solennel et pensif, ce qui réduit leur singularité. Le roman évoque à cet égard l’univers de Paulo Coelho, par sa préférence pour la parabole et l’aphorisme au détriment d’un discours plus nuancé.

La structure s’assouplit et s’étire dans la dernière partie, accumulant contes imbriqués, rencontres philosophiques et nouvelles apparitions. Si cela enrichit l’univers, cela donne aussi l’impression que le roman peine à se conclure.

Enfin, certains lecteurs pourront être surpris par les libertés prises avec la légende de Newroz (la défaite de Zahhak attribuée à Runak plutôt qu’à Kawa) ou par l’usage de noms de lieux modernes dans un cadre mythique antique. L’auteur assume ces choix dans sa postface, rappelant que le roman n’ambitionne pas une reconstitution historique fidèle.

Un premier essai ambitieux

Les Enfants du Zagros est un premier roman profond et singulier, doté d’une atmosphère envoûtante, d’une richesse symbolique remarquable et d’une sincère ambition littéraire. Ses forces — dimension mythique, portée culturelle, puissance évocatrice — sont indéniables, tout comme ses faiblesses : personnages peu incarnés, voix parfois monotone et structure qui s’étire.

Pour autant, ce livre mérite d’être pris au sérieux. Il tente, avec conviction, de léguer un héritage plutôt que de simplement raconter une histoire. Qu’on le trouve visionnaire ou trop allégorique dépendra de la sensibilité du lecteur à l’abstraction mythique. Une chose est sûre : comme le souhaitait Calvino, Les Enfants du Zagros n’a pas fini de dire ce qu’il a à dire.

Par Azhi Yassin Rasul, chercheur et écrivain multidisciplinaire basé à Madrid.

Article à lire sur le site The Amargi : « [Book Review] Children of the Zagros: a Kurdish myth reimagined »    d

Livre « Souvenez-vous… Le Kurdistan brûle encore et toujours »

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RENNES – Le 3 juin prochaine, l’Espace Ouest-France aura le privilège d’accueillir l’autrice Nasim Kadirpoor pour une rencontre littéraire exceptionnelle autour de la mémoire et des luttes du peuple kurde à l’occasion de la parution de son livre « Souvenez-vous… Le Kurdistan brûle encore et toujours » (Éditions Hedna – 348 pages – 26 €) Dans ce récit puissant, intime et rigoureux, Nasim Kadirpoor livre un témoignage capital sur l’histoire douloureuse, la résistance héroïque et l’injustice systémique subies par le peuple kurde. Entre transmission de la mémoire et analysis d’une actualité brûlante, l’autrice donne une voix essentielle à un combat universel pour la dignité. La rencontre et les échanges avec le public seront suivis d’une séance de dédicace. (Entrée libre dans la limite des places disponibles) RDV le 3 juin, à 18h30, à Espace Ouest-France, 38 Rue du Pré Botté, 35000 Rennes ***************************** « Écrire, c’est empêcher les morts de mourir deux fois »

Le Kurdistan brûle encore et toujours : ce livre nous demande de nous souvenir de quoi ? des violences, des massacres des combats dont vous avez été témoin ou victime ? Nasim Kadirpoor : Souvenez-vous… Le Kurdistan brûle encore et brûlera toujours. Ce livre est une invitation à ne pas oublier : ne pas oublier les guerres, les répressions, les déplacements forcés, les massacres et les blessures que différentes générations successives de la nation kurde ont vécus et continuent de vivre ; que ce soit en Iran, en Irak, en Syrie ou en Turquie. 

Quand je dis que le Kurdistan brûle encore, je ne parle pas du feu d’une guerre militaire ; mais du feu permanent de la violence, de la discrimination, de la peur et de l’injustice qui, même après la fin des combats, demeure dans la mémoire et dans le corps des êtres humains. 

Et de la guerre contre Daesh en Irak ? Nasim Kadirpoor : Une partie importante du livre concerne la guerre contre Daesh et ses conséquences humaines. En tant que journaliste kurde indépendante, j’ai été un très proche témoin de la souffrance des populations, en particulier des femmes et des enfants. Mais ce livre ne parle pas seulement de la mort ; il parle aussi de résistance et de vie. D’une résistance et d’un espoir de vivre si puissants que Daesh, lourdement armé et bénéficiant d’un soutien direct et indirect de pays, de régions et de différents groupes du monde et du Moyen-Orient, n’a pas pu les vaincre.

Finalement, ceux qui étaient venus soit pour aller au paradis et obtenir leurs 72 houris, soit pour hisser sur la terre du Kurdistan le drapeau de l’ignorance et de la terreur, soit pour vendre des filles et des femmes comme esclaves sexuelles sur les marchés des Émirats arabes, furent condamnés et contraints à la fuite ou à la mort. 

Voulez-vous aussi nous faire partager ce feu, cette rage de vivre, cette flamme qui brule au fond de vous ? Nasim Kadirpoor : J’ai toujours dit et je dis toujours : l’espoir, la foi dans la vie et sa persévérance au Kurdistan sont si puissants qu’ils entraînent toutes les forces mortifères vers les profondeurs de la mort et de l’anéantissement. Au milieu des destructions, je voulais aussi parler de cette force qui pousse les gens à continuer à vivre, à aimer et à lutter. Ce feu peut également être une métaphore de l’espoir, de la colère, de la dignité et du désir de liberté. 

Propos recueillis pas André Métayer, fondateur de l’Association Amitiés Kurdes de Bretagne