Les services de renseignement turcs (MİT) organisent des groupes armés tribaux pour déstabiliser le Rojava malgré l’avancée de l’accord Damas-FDS
Malgré les obstacles persistants, les négociations entre le gouvernement intérimaire de Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS) progressent vers une intégration. Dans ce contexte, les services de renseignement turcs (MİT) intensifient leurs efforts pour contrer cette dynamique en formant des groupes armés dits « tribaux » visant à déstabiliser le Rojava (nord et est de la Syrie).
Une nouvelle stratégie de contre-attaque via des « forces tribales »
Selon des sources locales relayées par Lekolin, des groupes affiliés au MİT, parfois en lien avec d’anciens éléments de l’État islamique (EI), se restructurent dans la région de Til Hemis (ou Til Hamis) sous le nom de « Siwar Eleşeyir » (Cavalerie tribale ou Cavaliers des tribus). Certains de ces groupes opèrent en portant des uniformes des forces de sécurité intérieure affiliées au gouvernement de Damas. Un groupe d’intervention d’une dizaine de personnes aurait ainsi été formé au sein de ces forces.
Le MİT recrute également parmi d’anciens membres du SMO (Armée nationale syrienne, faction pro-turque) et de l’EI présents dans la zone. L’objectif affiché de cette stratégie est de semer le chaos dans les territoires contrôlés par les FDS, de frapper des points stratégiques et d’exacerber les tensions intercommunautaires, en particulier entre Kurdes et Arabes.
Un plan similaire déjà dénoncé en 2025
Dès le 5 novembre 2025, Lekolin avait révélé l’existence d’un plan analogue : la création de la « Brigade de libération de Cizre » sous le couvert de la tribu El Ashraf. Composée d’anciens chefs de gangs de l’EI liés au MİT, cette brigade visait à mener des sabotages, des assassinats ciblés et à inciter les tribus arabes à se soulever contre les Kurdes et l’Administration autonome. Les attaques survenues dès le 6 janvier 2026 à Sheikh Maqsud et Ashrafiyeh (Alep), puis à Deir ez-Zor, Tabqa et Raqqa, correspondent aux scénarios alors décrits.
Focus actuel sur Til Hemis et le point stratégique d’Abu Qasayib
Les informations récentes indiquent que ces groupes « contra » commencent par créer du désordre à Til Hemis avant de viser le point stratégique d’Abu Qasayib. Un article de Lekolin daté du 1er février 2026 soulignait déjà que Til Hemis était devenu un foyer de provocations. Sous le commandement d’Ahmed Jedaan al-Xennam, environ 200 militants issus de la tribu Beni Saba et de liens avec le Hezbollah, opérant en civil, auraient été déployés vers Qamishli depuis les environs d’Abu Zuwayl, avec pour cible les villages de Til Sateh et Til Ode. L’objectif : contrôler les axes routiers internationaux et attiser des conflits internes.
Réunion tribale à Herma (Derik) le 12 mars 2026
Le 12 mars 2026, une réunion s’est tenue dans le village d’Herma (région de Derik) au domicile de Fuad Setam (frère de Mahir Elsetam), sous l’égide de responsables du MİT et du HTS. Parmi les participants figuraient Abu Haysem Sabawi (chef des forces tribales), Michim Elnewaf et Abu Salih.
Certains participants ont exprimé une hostilité ouverte envers les FDS, avec des slogans hostiles et des attaques contre des postes de sécurité. Bien que plusieurs tribus aient affirmé leur refus d’une guerre kurdo-arabe, des figures comme Abu Haysem ont confirmé leur engagement dans le plan. Une liste de jeunes recrutés pour intégrer ces « groupes antiterroristes » a été diffusée. Cette rencontre confirme la mobilisation de chefs tribaux par le MİT et le HTS, avec pour but principal d’enrôler des jeunes des tribus et de préparer un conflit intercommunautaire.
Une politique plus large de sabotage
Le MİT cherche à torpiller l’intégration entre FDS et Damas, à détruire les acquis du Rojava et à raviver les tensions sectaires et ethniques. Cette stratégie ne se limite pas aux zones mentionnées : elle s’étend également le long de la ligne de Kobanê. La semaine dernière, un poste de contrôle dans le village de Şêx Afwakal (Kobanê) a été attaqué par des groupes armés du SMO affiliés au MİT, incluant des membres de la tribu Begara.
Ces développements illustrent une tentative persistante d’instrumentaliser les divisions tribales pour empêcher toute stabilisation durable dans le nord-est syrien, au moment même où un accord politique semble progresser.
Source : Lekolin.org
