IRAN. Un autre manifestant kurde condamné à mort

0

IRAN / ROJHILAT – Arman Marefati, un civil kurde de 30 ans originaire de Saqqez, dans la province du Kurdistan, a été condamné à mort pour « inimitié envers Dieu » (moharebeh) en lien avec les manifestations de décembre 2025 et janvier 2026.

La 15e chambre du tribunal révolutionnaire islamique de Téhéran, présidée par le juge Abolqassem Salavati, a prononcé cette sentence contre Marefati, arrêté lors des manifestations des 8 et 9 janvier 2026.

Selon une source bien informée cité par le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (The Kurdistan Human Rights Network, KHRN), il a été interpellé par les forces de sécurité puis transféré à la prison centrale du Grand Téhéran. Après avoir été inculpé de moharebeh, son dossier a été transmis à la 15e chambre du tribunal révolutionnaire.

Durant toute la procédure, Arman Marefati s’est vu refuser le droit de choisir son propre avocat. Il a été informé de sa condamnation à mort alors qu’il se trouvait en détention.

« Le prisonnier politique a été convoqué au bureau des gardiens de prison le 25 mai et transféré hors du pénitencier central du Grand Téhéran, sous prétexte d’un transfert vers la prison de Ghezel Hesar à Karaj », a indiqué la source.

Celle-ci a ajouté que deux autres personnes accusées dans la même affaire et détenues à Ghezel Hesar auraient également été condamnées à mort. Cependant, leurs identités n’ont pas encore été confirmées.

IRAN. Les CGRI abattent deux frères kurdes à Kirmaşan

0

IRAN / ROJHILAT — Les forces du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) ont abattu le 28 mai 2026 deux frères kurdes, Meysam Veisi et Mojtaba Veisi, dans le village de Qaleh Kahush, comté de Dalahu (Kermanshah). Depuis les manifestations de janvier, ils vivaient dans la clandestinité à cause des menaces de mort des services de sécurité iraniens.

Selon l’organisation Hengaw pour les droits humains, les forces du CGRI ont encerclé vers 4 heures du matin la maison où les deux frères s’étaient réfugiés. Sans sommation, elles ont ouvert le feu depuis quatre directions, tuant les deux hommes sur place. Le propriétaire de la maison, Farshad Hatamipour, est toujours porté disparu. Sa famille reste sans nouvelles de son sort.

Meysam et Mojtaba Veisi étaient des militants culturels et communautaires très respectés à Kermanshah (Kirmaşan). Adeptes de la foi yarsane, ils ont fondé la bibliothèque kurde du quartier Dareh Deraz (Mahdieh) et joué un rôle majeur dans l’organisation des célébrations de Newroz dans la région. Mojtaba était également un lutteur accompli, plusieurs fois champion provincial.

Les deux frères avaient déjà fait l’objet de multiples arrestations et harcèlements en raison de leurs activités culturelles, ethniques et religieuses. Mojtaba avait notamment été arrêté le 5 mars 2025 lors de préparatifs de Newroz, détenu 18 jours en isolement, puis libéré sous une caution exorbitante de 700 millions de tomans. Ces derniers mois, après les manifestations de janvier, ils vivaient dans la clandestinité face aux menaces de mort des services de sécurité iraniens.

Hengaw qualifie cette opération d’exécution extrajudiciaire et considère qu’il s’agit d’un crime contre l’humanité. L’organisation tient le commandement du CGRI de Kermanshah pour directement responsable et appelle le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme ainsi que la Rapporteuse spéciale sur l’Iran, Mai Sato, à réagir sans délai.

SYRIE. Après 10 ans de sécheresse turque, le déluge

0

SYRIE / ROJAVA — Pendant près de dix ans, la Turquie a utilisé l’Euphrate comme arme en réduisant drastiquement son débit pour asphyxier les régions kurdes du Rojava. Digues de terre affaiblies, sols asséchés et infrastructures délabrées : le lit du fleuve était exsangue.

Aujourd’hui, les fortes pluies et l’ouverture massive des barrages turcs (notamment Atatürk) ont provoqué une montée soudaine et violente des eaux. Le résultat est catastrophique : plusieurs personnes sont mortes noyées, des villages sont inondés, des champs agricoles dévastés et des habitations emportées.

Malgré les assurances officielles, la réalité du terrain est alarmante.

Le directeur général de l’Autorité du barrage de l’Euphrate, l’ingénieur Haitham Bakour, affirme que la situation hydrique est « stable », avec un débit actuel de 1 800 m³/seconde au barrage de Kadiran et aucune nouvelle hausse prévue avant dimanche. Des opérations de surveillance sont en cours.

Pourtant, sur le terrain à Raqqa et Deir ez-Zor, l’inquiétude est vive. Le Comité de gestion des urgences de Deir ez-Zor a ordonné l’évacuation immédiate des zones de Hawija Sakr et Hawija Katea, potentiellement plus de 7 000 personnes.

Conséquences dramatiques :

  • Environ 50 stations de distribution d’eau sur 210 sont hors service à cause des inondations.

  • Plusieurs noyades ont été signalées ces derniers jours, particulièrement parmi les enfants.

  • Des ponts et passages temporaires se sont effondrés, isolant plusieurs villages.

La population locale dénonce le manque de mesures préventives durables et réclame le renforcement des digues, la reconstruction de ponts solides et des plans d’urgence réels, bien loin des solutions temporaires qui ont montré leurs limites.

L’Iran a intensifié l’exécution de prisonniers politiques

0

IRAN / ROJHILAT – Au moins 43 prisonniers politiques et d’opinion ont été exécutés dans les prisons iraniennes depuis le début de l’année 2026, selon les statistiques de l’ONG kurde Hengaw pour les droits humains. Dans le même temps, 42 autres militants ont été condamnés à mort, à titre définitif ou provisoire.

Ces chiffres traduisent une intensification massive du recours à la peine de mort par la République islamique. À titre de comparaison, seuls 18 prisonniers politiques avaient été exécutés durant la même période en 2025, soit une hausse de 139 % en un an.

Pour Hengaw, cette escalade dramatique en seulement six mois révèle l’utilisation systématique de la peine de mort comme arme de répression politique et d’intimidation de la société tout entière.

L’organisation kurde exprime sa profonde inquiétude face à cette violation massive du droit à la vie et lance un appel urgent aux institutions internationales et aux défenseurs des droits humains : agir immédiatement pour stopper ces exécutions et œuvrer à l’abolition de la peine de mort en Iran.

SYRIE. Les minorités aspirent à la reconnaissance

0

SYRIE / ROJAVA – La nouvelle déclaration constitutionnelle syrienne adopte explicitement le droit international des droits de l’homme. Bien que cela soit théoriquement important pour les droits des minorités, le gouvernement ne les respecte pas dans les faits.

La nouvelle constitution temporaire de la Syrie, applicable à compter du 16 mars 2025, a instauré un régime présidentiel fort, concentrant tous les pouvoirs entre les mains du président intérimaire Ahmed al-Sharaa, sans introduire les dispositions nécessaires à la reconnaissance des minorités.

Aperçu de la déclaration constitutionnelle

La constitution intérimaire syrienne, connue sous le nom de Déclaration constitutionnelle, établit un cadre de transition de cinq ans signé par le président intérimaire Ahmed al-Sharaa. Cette déclaration lui confère des pouvoirs étendus pour une période de cinq ans, sans aucun contre-pouvoir effectif. Le président détient le pouvoir exécutif en tant que chef du gouvernement et commandant suprême des forces armées. Il nomme un ou plusieurs vice-présidents, son cabinet, ses ambassadeurs, ainsi qu’un comité chargé d’élire les deux tiers de l’Assemblée du peuple. Il nomme directement le tiers restant.

Bien que le pouvoir judiciaire soit déclaré indépendant, les sept membres de la Cour constitutionnelle suprême sont tous nommés par le président. L’ancienne Cour constitutionnelle est abolie. La déclaration reste également muette sur la durée du mandat des juges, élément pourtant essentiel à l’indépendance de la justice.

La Déclaration consacre une liste impressionnante de droits humains, notamment la diversité culturelle et religieuse, le droit des femmes à l’éducation et au travail, la liberté d’expression, ainsi que tous les droits et libertés énoncés dans les traités internationaux ratifiés par la Syrie. Cependant, nombre de ces droits ne sont pas compatibles avec d’autres dispositions de la Déclaration. Par exemple, le droit à la protection contre la discrimination religieuse et la liberté de croyance sont incompatibles avec les articles exigeant que le président soit musulman et que la jurisprudence islamique soit la principale source de législation. Ces dispositions favorisent l’islam et privilégient les religions abrahamiques (islam, christianisme et judaïsme), au détriment d’une protection réelle de toutes les croyances et pratiques religieuses.

La Déclaration souligne la nécessité de préserver l’unité et l’intégrité de la Syrie, de son territoire et de son peuple. Elle érige en infraction les appels à la division, à la sécession, ainsi que les demandes d’intervention ou de soutien étranger. L’article 1 stipule que la Syrie constitue une unité géographique et politique indivisible. Cette approche centralisée et unitaire ne laisse aucune place à une quelconque forme d’autonomie ou de partage du pouvoir.

La Déclaration vue par les minorités

Le statut juridique des minorités en Syrie demeure largement inexploré dans cette Déclaration. Cette lacune génère une grande incertitude quant à leur avenir et à leurs droits. Bien que le président intérimaire Ahmed al-Sharaa se soit engagé à protéger les minorités, la Constitution proclamée et le cadre juridique mis en place font l’objet de vives critiques, car ils ne prévoient aucune protection claire, applicable et concrète pour les minorités religieuses et ethniques.

La Déclaration établit un État centralisé sous le nom de « République arabe syrienne », reconnaît la loi islamique comme principale source législative, déclare l’arabe comme langue officielle et exige que le président soit musulman. Ces dispositions font de l’islam le pilier central de la constitution provisoire. Dans l’histoire syrienne, la prépondérance de l’identité arabe et islamique a souvent servi à renforcer le pouvoir de l’élite dirigeante, tout en engendrant de fortes tensions sociales, sectaires et politiques.

Par conséquent, ce dispositif constitutionnel suscite de graves inquiétudes quant aux droits et à la sécurité des minorités religieuses (chrétiens, alaouites, druzes) et ethniques, notamment les Kurdes, en raison de l’absence de protections explicites et de reconnaissance de leurs identités.

Malgré les promesses d’inclusion, les minorités religieuses continuent de faire l’objet d’attaques ciblées, notamment des assauts contre des églises chrétiennes et des violences de représailles contre les alaouites. Depuis mars 2026, les autorités de Damas ont également imposé des interdictions strictes sur la vente et la consommation d’alcool, limitant exceptionnellement sa vente à des bouteilles scellées dans certains quartiers majoritairement chrétiens.

Les minorités aspirent à la reconnaissance

Les groupes minoritaires — Kurdes, Druzes, Alaouites et chrétiens — réclament activement la reconnaissance officielle de leur identity, de leurs droits et une représentation réelle dans une structure étatique décentralisée.

Les dirigeants kurdes ont entamé des négociations pour obtenir la reconnaissance constitutionnelle de leur langue, de leurs droits culturels et d’une autonomie régionale. En janvier 2026, le président a annoncé un décret reconnaissant le kurde comme langue nationale et rétablissant la citoyenneté pour les Kurdes. Pourtant, dans la pratique, le kurde reste traité comme une langue étrangère dans les institutions publiques et l’éducation. Dans de nombreuses régions kurdes, les élèves doivent encore apprendre les matières principales en arabe.

Début mai, le ministère de la Justice a retiré la plaque kurde du palais de justice de Hassaké pour la remplacer par une plaque bilingue arabe-anglais, provoquant indignation et manifestations.

Les Alaouites font face à des violences et à des massacres de représailles. Selon l’ONU, plus de 1 400 civils alaouites ont été tués et des dizaines de milliers contraints de fuir. Les Druzes du sud, notamment à Soueïda, maintiennent une large autonomie locale et militent pour une Syrie démocratique et décentralisée. Les chrétiens et les Yézidis, quant à eux, craignent une marginalisation accrue et la destruction de leurs lieux de culte.

Conclusion

L’expérience historique montre le lien étroit entre la légitimité d’un système politique et la reconnaissance des minorités. La structure constitutionnelle actuelle, fondée sur une identité arabo-islamique unique, ignore les autres groupes culturels et identités. Cela remet en question la légitimité du système et alimente les conflits.

Pour instaurer une paix durable, la future constitution permanente doit adopter une approche inclusive, avec des mécanismes de partage du pouvoir qui reconnaissent réellement tous les groupes sociaux, les minorités et les identités. Sans cela, les tensions actuelles risquent de perdurer. (Nazim Tural pour Bianet)

Trump est-il en train de trahir les manifestants iraniens pour obtenir un accord ?

0

IRAN / ROJHILAT – Alors que l’administration américaine affirme qu’un nouvel accord avec l’Iran pourrait être imminent, une vieille préoccupation refait surface du point de vue du peuple iranien : qu’adviendra-t-il des droits de l’homme et de la démocratie lors des négociations à venir ?

Tout porte à croire qu’un futur accord américano-iranien, vraisemblablement conçu et mis en œuvre par étapes, portera principalement sur le programme nucléaire iranien, les sanctions économiques, la sécurité du détroit d’Ormuz et les activités régionales de Téhéran. Sans surprise, les droits de l’homme, la démocratie et la répression interne ne devraient pas figurer au cœur des négociations, même si Washington a fortement insisté sur ces questions à certains moments de la récente confrontation avec l’Iran.

Cela n’a rien de nouveau ni de surprenant au regard de l’histoire des relations américano-iraniennes. Les droits de l’homme ont rarement été au cœur des négociations avec Téhéran. Le plus souvent, they ont servi de prétexte moral à des politiques dictées avant tout par des considérations sécuritaires et géopolitiques.

Depuis 1979, les priorités stratégiques américaines sont restées relativement constantes : empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire, contenir son influence régionale, protéger Israël, sécuriser les voies énergétiques du Golfe et limiter les activités des groupes armés alliés à Téhéran.

En effet, la rupture initiale entre Washington et la République islamique n’a pas été provoquée par la répression intérieure iranienne, mais par la prise d’otages à l’ambassade américaine. Dès 1984, Washington désignait officiellement l’Iran comme « État soutenant le terrorisme », inscrivant ainsi la relation dans un cadre sécuritaire plutôt que démocratique.

La législation américaine mentionnait certes les violations des droits de l’homme, mais ces références restaient cantonnées à un système de sanctions axé sur la prolifération nucléaire, les missiles balistiques et le soutien iranien aux groupes armés régionaux. Les droits de l’homme apparaissaient davantage comme un outil de pression supplémentaire que comme le fondement d’une véritable stratégie de démocratisation. Les sanctions liées aux droits de l’homme ne représentaient qu’une part relativement limitée du vaste système de sanctions américain contre l’Iran, lequel était essentiellement structuré autour de préoccupations nucléaires, militaires et géopolitiques.

L’accord nucléaire de 2015, le JCPOA, reflétait clairement cette hiérarchie des priorités. L’administration Obama reconnaissait ouvertement le caractère répressif du régime iranien et maintenait certaines sanctions liées aux droits de l’homme. Pourtant, l’objectif principal des négociations était d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Les droits du peuple iranien n’étaient pas absents du discours américain, mais ils demeuraient en marge des négociations elles-mêmes.

Contrairement aux attentes, l’arrivée de Donald Trump n’a pas fondamentalement modifié cette logique. La stratégie de pression maximale a certes élargi la liste des griefs contre Téhéran, mais les références aux droits du peuple iranien sont restées secondaires par rapport aux préoccupations sécuritaires. Le discours de Mike Pompeo en 2018, exposant les « douze conditions » imposées à l’Iran, a été révélateur à cet égard : les droits humains n’y occupaient qu’une place marginale.

Même durant le mouvement « Femme, Vie, Liberté », alors que les manifestations iraniennes suscitaient une immense sympathie internationale, l’administration Biden a continué de privilégier la question nucléaire et la stabilité régionale. Washington a condamné la répression et imposé des sanctions symboliques, sans toutefois placer véritablement les revendications démocratiques des Iraniens au cœur de sa stratégie diplomatique. La priorité américaine demeurait d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire tout en limitant son influence régionale.

L’explication ne tient pas simplement au fait qu’un président démocrate était en fonction lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté ». Durant le second mandat de Trump, une vague similaire de protestations civiles a précédé la récente confrontation avec l’Iran, et le soutien aux manifestants (notamment les allégations récurrentes de possibles livraisons d’armes aux groupes d’opposition) s’est intégré au discours politique américain. Pourtant, plus le régime iranien résistait et s’appuyait sur son principal levier stratégique, en particulier le détroit d’Ormuz, plus les références aux droits du peuple iranien disparaissaient progressivement du discours politique. Une fois de plus, les calculs sécuritaires ont primé sur les considérations démocratiques.

Un autre problème majeur réside dans le fait que, malgré les spéculations entourant un futur accord, personne ne connaît véritablement sa portée. S’agira-t-il d’une trêve prolongée ou d’une normalisation plus durable ? Tous les fronts régionaux seront-ils inclus, ou seulement certaines zones de tension ? Cette ambiguïté est particulièrement visible dans le cas des Kurdes iraniens.

Malgré les cessez-le-feu et les négociations diplomatiques, l’Iran a continué de frapper les bases et les camps civils des groupes kurdes iraniens au Kurdistan irakien à l’aide de drones et de missiles, avec une intensité quasi identique à celle d’auparavant. Rien ne laisse présager qu’un futur accord mettrait nécessairement fin à ces opérations.

Les attaques contre l’opposition kurde iranienne en exil illustrent le lien étroit entre les dimensions intérieure et extérieure de la politique iranienne. Répression intérieure, opérations transfrontalières, recours à des groupes interposés régionaux et activités de déstabilisation relèvent d’une même logique sécuritaire. Un régime incapable de tolérer le pluralisme politique à l’intérieur de ses frontières est peu susceptible d’abandonner durablement sa politique coercitive à l’étranger. La question kurde démontre précisément que les dimensions intérieure et régionale du problème iranien ne peuvent être dissociées artificiellement.

Cette contradiction a un coût politique considérable. Nombre d’Iraniens perçoivent désormais les références occidentales aux droits de l’homme comme instrumentalisées. Lorsque Washington évoque les libertés fondamentales tout en négociant avec les mêmes autorités responsables de la répression, le discours américain perd en crédibilité. Cette méfiance nuit non seulement à l’image des États-Unis au sein de la société iranienne, mais aussi à la possibilité d’un changement politique durable. Ce constat s’applique d’autant plus aux puissances européennes, qui ont historiquement privilégié les accords de sécurité et de stabilité au détriment de la question des droits de l’homme et de la démocratie en Iran.

Il faut reconnaître que les objectifs de sécurité occidentaux ne peuvent être atteints durablement sans une transformation intérieure de l’Iran. Tant que le régime restera structuré autour de la logique sécuritaire des Gardiens de la révolution, les tensions nucléaires, les réseaux de supplétifs régionaux et les crises du Golfe continueront de se reproduire.

En s’attaquant aux symptômes sans se pencher sur la nature même du système politique iranien, les puissances occidentales ne font en réalité que prolonger l’instabilité qu’elles prétendent combattre. Le paradoxe est que les États-Unis parlent souvent des droits de l’homme en Iran, mais négocient presque toujours comme si le véritable problème se situait ailleurs.

Pourtant, la seule garantie véritablement durable des intérêts de sécurité occidentaux au Moyen-Orient dépend peut-être de ce qui a le moins occupé la table des négociations depuis 1979 : l’émergence d’un Iran démocratique, représentatif de ses peuples et respectueux de ses citoyens.

  Par Asso Hassan Zadeh Asso Hassan Zadeh est un universitaire kurde d’Iran. Docteur en droit international de l’Institut de hautes études internationales et du développement et de l’Université de Genève, il est actuellement maître de conférences à l’Université catholique de Lyon. Article original (en anglais) à lire ici « Is Trump selling out Iran’s protesters for a deal?« 

Invitation à la 5e édition du Festival culturel kurde de Paris

0
PARIS – Le Conseil Démocratique Kurde en France (CDK-F) vous convie à la 5e édition du Festival culturel kurde de Paris, qui se déroulera du 29 au 31 mai 2026. Cet événement, organisé en collaboration avec avec la fondation Danielle Mitterrand, la Mairie de Paris, la Mairie du 10e arrondissement, l’Association de Solidarité France-Kurdistan, l’Institut de Réflexion et d’Études sur le Kurdistan (IREK) et l’association Arts et Culture du Kurdistan (ACK), cet événement vous propose une immersion de trois jours dans un patrimoine culturel aussi riche que varié., promet trois jours de richesse culturelle, artistique et de partage autour du Kurdistan.

Programmation

Vendredi 29 mai | 18h

INAUGURATION

Le Festival s’ouvre sur un temps fort : la cérémonie d’inauguration, organisée dans la salle des fêtes de la Mairie du 10e arrondissement. Après un mot de bienvenue, les festivités débuteront par un concert dirigé par Ruşan Filiztek, artiste kurde reconnu pour sa manière sensible de mêler traditions et influences contemporaines.

📍 Lieu : Mairie de Paris 10 — 72 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris 🎟️ Tarif : Entrée libre

Vendredi 29 mai | 18h

EXPO-DESSINS Qalik / La carapace

En marge de l’inauguration, le public pourra découvrir une exposition de peintures. Cette année, le festival met à l’honneur les œuvres du peintre kurde Ali Osman Yanak, qui explorent les notions d’identité, d’appartenance et de corporéité. Travaillant principalement à l’acrylique, l’artiste sonde la psychologie humaine à travers des constructions spatiales stratifiées et un vocabulaire métaphorique.

Intitulée « Qalik » (Carapace), l’exposition accorde une place centrale aux femmes et à leurs récits. Les œuvres mettent en lumière la manière dont elles font face aux pressions sociales, évoluent et parviennent à s’en affranchir. Par la force transformatrice de l’art, leurs voix se rendent visibles, leurs histoires prennent forme et rencontrent le regard du spectateur. Chaque carapace qui se craquelle incarne un processus de transformation, porteur d’une promesse d’espoir. À travers ce parcours, le visiteur est invité à interroger la notion de changement — car toute transformation porte en elle les prémices d’un nouveau départ.

Expo visible jusqu’au 4 juin

📍 Lieu : Mairie de Paris 10 — 72 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris 🎟️ Tarif : Entrée libre

Samedi 30 mai | 10h

ATELIERS ENFANTS animés par le collectif Zarok Ma

Le deuxième jour du festival s’ouvre sur une matinée dédiée aux enfants. Dans les locaux du CDK-Paris, des activités spécialement conçues pour eux les inviteront à découvrir la langue kurde de manière ludique, à s’initier à des jeux traditionnels ainsi qu’à la musique et à la danse.

Ces ateliers sont animés avec passion et savoir-faire par le collectif Zarok Ma, basé à Diyarbakır, qui collabore au festival depuis trois ans.

Au programme : des jeux de présentation pour faire connaissance, des animations linguistiques interactives, ainsi que des ateliers de musique et de création destinés à stimuler l’imagination. Une belle occasion d’apprendre en s’amusant !

📍 Lieu : CDK-Paris — 16 rue d’Enghien, 75010 Paris 🎟️ Tarif : Entrée libre

Samedi 30 mai | 14h

PARADE FOLKLORIQUE

Après les animations, place à la parade folklorique dans les rues de Paris ! Au rythme entraînant du Govend (danse traditionnelle kurde) et de mélodies folkloriques, la parade promet une ambiance festive et vibrante.

Pour une immersion totale dans l’esprit du Kurdistan, les tenues traditionnelles kurdes sont les bienvenues !

Venez nombreux participer à cette déambulation musicale et dansante, un tourbillon de couleurs et d’allégresse qui envahit chaque année les rues de Paris.

📍 Lieu : CDK-Paris — 16 rue d’Enghien, 75010 Paris 📌 Note : Tenues traditionnelles recommandées

Samedi 30 mai | 15h

DÉFILÉ DE TENUES TRADITIONNELLES réalisé par le groupe Govenda Rojbîn

À l’issue de la parade folklorique, le Festival vous invite à un moment vibrant et coloré avec un défilé de tenues traditionnelles kurdes dans la salle des fêtes de la mairie du 10ᵉ arrondissement de Paris.

Réalisée par le groupe de danse folklorique Govenda Rojbîn, cette présentation offrira un aperçu de la richesse et de la diversité d’une culture vivante.

Entre élégance des costumes, énergie des mouvements et éclat des couleurs, ce défilé promet une immersion festive et captivante.

📍 Lieu : Mairie de Paris 10 — 72 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris 🎟️ Tarif : Entrée libre

Samedi 30 mai | 19h

SOIRÉE CINÉMA / Drancy Hêvî, un film d’Orhan Ince

La ville de Drancy accueillera une soirée du festival consacrée au cinéma, avec la projection du film « Hêvî » (l’Espoir).

Réalisé par Orhan İnce, « Hêvî » est un long métrage kurde tourné à Bingöl et sorti en 2024. Il raconte l’histoire de Zeyno, une petite fille sourde et muette vivant avec son père Mustafa et son frère aîné Çeto dans une maison isolée loin du village. Très attachée au mouton hérité de sa mère, Zeyno voit son quotidien bouleversé lorsque son père et son frère se lancent dans le commerce de bétail avec un marchand nommé Emin. À travers ce récit intime, le film explore le thème universel de l’espoir, en mettant au centre « l’individu ordinaire » confronté à des conditions de vie difficiles et à des conflits familiaux et sociaux. Refusant les clichés et tout jugement, l’œuvre cherche avant tout à comprendre et représenter l’humain dans toute sa complexité.

Premier long métrage du réalisateur Orhan İnce, le film réunit notamment Ömer Akalın, Bedriye Roza Çelik, Yavuz Akkuzu, Deniz Sal, Nazmi Karaman, Ruken Önen et Güldestan Yüce.

Né en 1983 à Diyarbakır, Orhan İnce est diplomé en cinéma et télévision de l’Université de Marmara. Il s’est d’abord fait remarquer grâce à ses courts métrages : « Dema ku Genim Dirijin » / Le temps de la récolte (2010), « Ali Ata Bak » (2012) et « Adem Başaran » (2015). Présentés dans près de 150 festivals, ses films ont été récompensés par une quarantaine de prix.

📍 Lieu : MCK Drancy — 174 avenue Henri Barbusse, 93700 Drancy 🎟️ Tarif : Entrée libre

Samedi 30 mai | 19h

THÉÂTRE / Limay Mirina Jeanne d’Arc’ê ya din

Le temps d’une soirée, le festival fera escale à Limay avec la représentation d’une pièce de théâtre.

« Mirina Jeanne d’Arc’ê Ya Din » (« L’autre mort de Jeanne d’Arc ») est une adaptation de la pièce du dramaturge bulgare Stefan Tsanev, qui revisite le mythe de Jeanne d’Arc. Elle interroge les idéologies dominantes qui encerclent l’individu, telles que la religion et le nationalisme, tout en établissant des parallèles avec les pouvoirs actuels. Mêlant tragédie, satire et humour, la pièce se conclut sur la victoire symbolique de Jeanne d’Arc face à la fragilité humaine et aux idéologies oppressives.

Traduite en kurde par Dilawer Zeraq, la pièce est interprétée par la troupe du Théâtre municipal de Diyarbakir (Şanoya Bajêr a Amedê). Fondée en 1990, cette compagnie s’est progressivement affirmée, malgré un contexte marqué par une répression constante. Son parcours témoigne de la résilience des structures artistiques kurdes en Turquie et de leur travail remarquable pour préserver et faire vivre la culture et la langue kurdes.

📍 Lieu : Espace culturel Christiane Faure — 34 rue des 4 chemins, 78520 Limay 🎟️ Tarif : Entrée : 10€

Dimanche 31 mai | 18h

CONCERT DE CLÔTURE avec Murad Demir, Ișik Berfîn & Ulaș Kelașîn

Le concert de clôture viendra couronner le Festival, réunissant des artistes kurdes aux répertoires variés, parmi les plus reconnus de la scène actuelle.

Portée par les univers de Murad Demir, Işık Berfîn et Ulaş Kelaşîn, cette soirée mettra en lumière la richesse et la diversité du répertoire kurde. Entre chants traditionnels, compositions contemporaines et influences variées, les artistes proposeront un voyage musical où se croisent héritage ancestral et expressions actuelles, révélant toute la vitalité d’une culture en mouvement.

Murad Demir est un auteur-compositeur-interprète kurde originaire de Colemêrg (Hakkari). Il s’inscrit dans une démarche artistique profondément ancrée dans la musique populaire de sa région, qu’il revisite et transmet avec une sensibilité contemporaine.

Sa première interprétation notable, « Hoy Nermê », s’inscrit dans le registre des chants traditionnels anonymes. Il enchaîne ensuite avec « Rez », dont les paroles sont issues de son héritage familial. Son premier album, « Zê », est composé de neuf titres, dont une majorité écrite et composée par lui-même. À travers son œuvre, Murat Demir s’impose comme une figure engagée dans la transmission et la modernisation du patrimoine musical kurde.

Işık Berfîn a grandi à San Francisco, en Californie. Issue d’une identité culturelle riche, mêlant héritages zazaki et azéri, elle développe très tôt un lien profond avec la musique.

Dès l’âge de six ans, elle se produit sur des scènes internationales aux côtés de sa mère, Özden Öztoprak, participant à de nombreux festivals de musiques du monde. Cette immersion précoce lui permet d’acquérir une expérience artistique rare et une ouverture musicale internationale. Profondément attachée à ses racines du Dersim, Işık Berfîn nourrit son travail artistique à travers les répertoires en zazaki et en kurmancî. Elle collabore régulièrement avec des musiciens venus du monde entier, construisant un univers musical à la croisée des cultures et des traditions.

Ulaş Kelaşîn est un artiste kurde actif sur la scène musicale contemporaine, notamment à travers les plateformes numériques et les événements culturels.

Il s’est fait connaître avec la sortie de son album « Xem » en 2019, qui réunit plusieurs titres diffusés auprès du public kurde, dont « Kejê », « Fedayine », « Qerîn », « Şîrîne Canê » et « Solîn ».

Bien implanté sur la scène musicale kurde en France, notamment lors d’événements culturels et de célébrations comme le Newroz, Ulaş Kelaşîn développe progressivement sa visibilité artistique, affirmant sa place dans la musique kurde contemporaine.

📍 Lieu : Théâtre du Gymnase — 38 bd de Bonne Nouvelle, 75010 Paris 🎟️ Billetterie

KURDISTAN. Nechirvan Barzani reçoit Mazloum Abdi

0

IRAK / KURDISTAN – Le président de la Région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, a reçu mardi à Erbil (Hewler) Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), pour discuter des développements en Syrie et de la situation des Kurdes.

Selon le communiqué de la présidence, les deux parties ont évoqué la situation des Kurdes et des autres composantes syriennes, la stabilité régionale et la lutte contre le terrorisme. Elles ont souligné la nécessité d’un dialogue entre les factions kurdes syriennes pour résoudre les différends avec Damas.

Mazloum Abdi a remercié le président Barzani pour son soutien constant aux droits des Kurdes en Syrie.

Cette rencontre intervient après les critiques des partis kurdes du Rojava sur le simulacre d’élections parlementaires organisés par Damas dimanche dernier.

IRAN. Un Kurde tué à Serdešt, 3 autres arrêtés à Mahabad

0

IRAN / ROJHILAT – Un commerçant kurde a été tué par balle par les forces de sécurité iraniennes dans la région frontalière de Serdešt. Par ailleurs, trois jeunes Kurdes ont été arrêtés par les services de renseignement à Mahabad.

Qazi Kavani, originaire du village de Doletû près de Sardacht (Serdešt), est décédé dimanche soir à l’hôpital Khomeini de Mahabad des suites de graves blessures à la tête. Selon l’agence Kolbarnews, il avait été touché sans sommation par des soldats iraniens quelques jours plus tôt dans la zone frontalière de Casusan, alors qu’il exerçait son activité de commerce transfrontalier.

Arrestations à Mahabad

Dans un incident distinct, des agents du ministère du Renseignement iranien ont mené des perquisitions dans le village de Befrewanî, près de Mahabad. Trois jeunes Kurdes ont été arrêtés : Mansour Abbasi, Ahad Khairy et Vahed Khairy. Aucune information n’a été communiquée sur les motifs de leur arrestation ni sur leur lieu de détention actuel.

Une répression systématique

Ces événements s’inscrivent dans un climat de répression continue au Kurdistan oriental (Rojhilat). Les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement les fusillades mortelles contre les kolbars (porteurs) et commerçants kurdes dans les zones frontalières, ainsi que les vagues d’arrestations arbitraires visant particulièrement les jeunes et les militants.

Dans les provinces de Sînê (Sanandaj), Kermanshah (Kirmaşan) et Ilam, les tirs des forces iraniennes contre les travailleurs frontaliers kurdes sont récurrents. Faute d’alternatives économiques, de nombreuses familles kurdes n’ont d’autre choix que de risquer leur vie dans ces zones dangereuses.

ROJAVA. Tentative de confiscation d’une carrière appartenant à un Kurde

0

SYRIE / ROJAVA – Des hommes armés ont tenté de s’emparer par la force d’une carrière appartenant à un Kurde dans la campagne ouest d’Ain Issa (gouvernorat de Raqqa), malgré des documents officiels attestant sa propriété depuis plus de trente ans.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les assaillants ont présenté au propriétaire deux alternatives : abandonner purement et simplement la carrière ou payer une somme d’argent importante. Ils affirment que le site leur appartenait « auparavant » avant d’être transféré à l’actuel propriétaire.

L’incident s’est déroulé en présence de membres des forces de sécurité intérieure du gouvernement intérimaire syrien, qui n’ont pas intervenu. Cette passivité renforce les accusations d’inaction, voire de complicité, déjà portées contre la Sûreté générale dans la région.

Cet événement s’inscrit dans un climat de tensions croissantes dans la campagne d’Ain Issa, où les habitants kurdes dénoncent des violations répétées de leurs propriétés et l’incapacité des autorités en place à assurer leur sécurité.