La Turquie enterre les preuves : restes de Kurdes tués dans les années 90 classés sans suite

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TURQUIE / KURDISTAN — Les autorités turques abandonnent les poursuites concernant des restes humains découverts dans la province kurde de Diyarbakir (Amed). Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large d’impunité systématique pour les crimes commis contre les Kurdes dans les années 1990. Des milliers de disparitions forcées restent non élucidées, et les autorités turques continuent de classer les affaires sans identifier ni poursuivre les responsables, qu’ils soient militaires, paramilitaires ou membres du JITEM.

En mai 2025, un berger a découvert des restes humains dissimulés sous deux pierres dans le hameau d’Işıktan, quartier rural de Dêrqam (Duru), à Lice, dans la province kurde de Diyarbakır (Amed). Les autorités médico-légales ont daté ces ossements des années 1990, une période marquée par un conflit intense et par des milliers de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires de civils kurdes dans les régions kurdes de Turquie.

Malgré les preuves médico-légales confirmant que les restes appartiennent à au moins deux personnes, dont un enfant, les autorités locales ont décidé de ne pas engager de poursuites. Les ossements, retrouvés à environ 300 mètres d’un lit de rivière asséché, ont été envoyés à l’Institut de médecine légale (ATK) d’Istanbul. Le rapport du service d’examen osseux et dentaire conclut qu’il s’agit bien de restes humains et que les modifications morphologiques des os (liées aux méthodes d’inhumation, à l’intervention d’animaux et aux conditions environnementales) indiquent des décès remontant à environ 30 ans ou plus.

Cette datation coïncide précisément avec les années 1990, au cours desquelles des milliers de civils kurdes ont été kidnappés, exécutés et enterrés clandestinement par des paramilitaires turcs, notamment par le JITEM (Jandarma İstihbarat ve Terörle Mücadele), un organisme de la gendarmerie turque dont l’existence n’est pas reconnue officiellement par l’État turc et qui a été impliqué dans de nombreuses affaires de disparitions forcées et d’exécutions sommaires dans le Kurdistan de Turquie.

Allégations de violations de procédure et non-lieu controversé

Des avocats du barreau de Diyarbakır, de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD) et de l’Association des droits de l’homme (İHD) ont immédiatement demandé l’ouverture d’une enquête approfondie. Le parquet de Lice a pourtant prononcé un non-lieu, arguant qu’aucun suspect n’avait pu être identifié. Dans une déclaration qui contredit directement le rapport médico-légal, les autorités ont même affirmé qu’il n’avait « pas été établi que les ossements étaient humains ».

Berfin Elçi, responsable de l’İHD à Diyarbakır, a vivement critiqué cette décision, la qualifiant de nouvelle tentative d’éviter d’affronter l’histoire des meurtres non résolus dans la région kurde. Elle a également dénoncé de graves irrégularités lors de la récupération des restes :

« Malgré nos objections, les fouilles ont été menées avec des engins lourds, endommageant gravement les vestiges. Nous avons vu un crâne écrasé par une pelleteuse. Face à ces irrégularités, nous avons demandé des méthodes de travail plus respectueuses des preuves, mais les autorités ont au contraire interrompu les travaux et recouvert les ossements restants de terre. »

Un site potentiel de fosse commune

Les enquêtes locales menées par des militants des droits humains indiquent que la zone n’a jamais été un cimetière officiel. « Nous avons interrogé les habitants les plus âgés du village : il n’existe aucune trace d’un ancien cimetière à cet endroit », a expliqué Berfin Elçi.

« Il s’agit très probablement d’une fosse commune où ont été jetés des civils kurdes exécutés. Nous n’avons pour l’instant retrouvé que les ossements de deux personnes, mais toute la zone doit être fouillée avec soin et examinée selon les standards internationaux. Les familles des disparus ont déjà demandé des tests ADN pour identifier les victimes. »

Appel devant la cour

Les trois organisations ont interjeté appel auprès du tribunal correctionnel de Diyarbakır contre la révocation du procureur. L’appel expose plusieurs griefs :
  • Les fouilles du 17 mai 2025 ont été menées sans la présence d’un procureur ni d’un expert médico-légal.
  • L’utilisation d’engins lourds a entraîné la destruction d’un crâne et la perte de fragments d’os.
  • L’affirmation du procureur selon laquelle les ossements n’étaient pas humains contredit directement le rapport médico-légal d’ATK.
« La question se pose : y a-t-il quelque chose à dissimuler ? » a demandé Elçi, annonçant que l’affaire serait portée devant la Cour constitutionnelle. « L’identité de ces personnes pourrait être révélée grâce à une enquête efficace. Pourquoi les preuves ne sont-elles pas recueillies ? » (Bianet)

IRAN. Au moins 160 prisonniers exécutés en 3 mois

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IRAN / ROJHILAT – Le régime iranien a exécuté au moins 160 prisonniers, dont 4 femmes, au cours du premier trimestre 2026, selon les données de l’ONG kurde Hengaw qui a vérifié l’identité des personnes exécutées. Ce chiffre représente une diminution de 73 exécutions par rapport aux trois premiers mois de 2025, soit une baisse d’environ 31 %. En janvier, février et mars 2025, au moins 233 prisonniers ont été exécutés dans les prisons iraniennes. Seules 12 des 160 exécutions (7,5 %) ont été annoncées officiellement par les médias d’État iraniens ou les sites web affiliés au pouvoir judiciaire. Par ailleurs, 17 exécutions ont eu lieu en secret, sans que les familles en soient informées et sans que les condamnés puissent recevoir une dernière visite de leurs proches. Exécution de femmes Durant cette période, au moins quatre femmes ont été exécutées dans les prisons de Tabriz, Zanjan et Ispahan. Mahnaz Roshani, originaire de Shahin Shahr, et Sohaila Asadi, originaire de Kashan, ont été exécutées à la prison centrale d’Ispahan pour meurtre avec préméditation. Tayyebeh Hekmat, originaire de Zanjan, a été exécutée à la prison de Zanjan pour meurtre avec préméditation. Mina Nasirpour, originaire d’Ardabil, a été exécutée à la prison centrale d’Ardabil pour des infractions liées aux stupéfiants. Exécution des prisonniers politiques et religieux Au cours des trois derniers mois, au moins 12 prisonniers politiques et religieux ont été exécutés pour des accusations incluant le baghi ​​(rébellion armée), l’appartenance à des groupes militants et l’espionnage au profit d’Israël. Huit de ces prisonniers ont été exécutés au cours des trois dernières semaines, suite au déclenchement de la récente guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

IRAN. Les pasdarans tirent sur les détenus avant leur transfert vers les prisons

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IRAN / ROJHILAT – Les pasdarans ont tiré dans les mains et les jambes de civils arrêtés pour avoir filmé et diffusé des images de bombardements sur des sites militaires iraniens, avant de les transférer en prison sans soins médicaux.
 
Selon l’ONG kurde KHRN, au moins sept blessés se trouvent au pénitencier central du Grand Téhéran, parmi des centaines de détenus politiques.
 
 

Les pasdarans ou les services de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont délibérément tiré dans les mains et les jambes de plusieurs civils détenus, avant de les transférer vers des prisons de Téhéran sans leur prodiguer les soins médicaux nécessaires, révèle le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN).

Depuis le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, les forces de renseignement du CGRI ont procédé à de nombreuses arrestations. Parmi les personnes interpellées figurent des citoyens qui avaient filmé les bombardements de sites militaires iraniens et diffusé ces images sur Telegram ou des chaînes de télévision étrangères, en exprimant leur satisfaction.

Une source bien informée à Téhéran a indiqué que ces détenus ont ensuite été blessés par balle aux extrémités dans un acte de brutalité extrême. Après quelques heures à l’hôpital, ils ont été envoyés au pénitencier central du Grand Téhéran, où ils sont détenus sans accès aux soins.

Au moins sept personnes blessées de cette manière ont été signalées dans cet établissement. Selon le KHRN, des centaines de détenus — dont des manifestants arrêtés en janvier et d’autres interpellés depuis le début du conflit — sont actuellement regroupés dans trois quartiers de la section 6 du quartier 4 du pénitencier central du Grand Téhéran.

 

La Turquie modifie une carte du XIe siècle qui mentionne les Kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – La Turquie ne se contente pas de turquifier systématiquement les noms géographiques kurdes ni d’effacer les traces historiques de la présence kurde en Haute Mésopotamie. Elle censure également les documents anciens lorsqu’ils contredisent sa narration nationale.

Une carte géographique en arabe, réalisée au XIe siècle par le savant ouïghour Mahmud al-Kashgari (originaire de Kashgar, dans l’actuel Xinjiang chinois), vient ainsi d’être censurée par le ministère turc de la Défense. Cette carte, extraite de son célèbre Dīwān Lughāt al-Turk, mentionne explicitement le « pays des Kurdes » (Arḍ al-Akrād) dans une région correspondant au Kurdistan actuel. Dès 1150, les conquérants seldjoukides turcs désigneront d’ailleurs cette même entité sous le nom de « Kurdistan ».

Pour illustrer l’ancienneté des savoirs et des sciences turcs, le ministère a publié sur son site une version « corrigée » de la carte, expurgée de cette mention gênante. La manipulation n’a pas échappé aux historiens et intellectuels kurdes, qui l’ont vivement dénoncée. Le député DEM d’Ağrı (Ararat), Sırrı Sakık, a interpellé directement le ministre de la Défense, Yaşar Güler, au Parlement. Face au tollé, le ministère s’est contenté de retirer discrètement la carte de son site, sans la moindre explication.

Une ironie historique

C’est pourtant un bibliothécaire et érudit kurde de Diyarbakır, Ali Emiri Efendi, qui avait redécouvert au XIXe siècle l’unique manuscrit connu de cette œuvre, faisant la fierté des Ottomans. À l’époque, l’Empire ottoman assumait pleinement l’existence du Kurdistan : du XVIe siècle jusqu’à sa chute, la région était officiellement désignée sous ce nom. Dans sa fameuse lettre au roi de France François Ier, le sultan Soliman le Magnifique se vantait ainsi d’être le souverain « du pays de Roum, d’Égypte, du Kurdistan » et de bien d’autres contrées.

Depuis la fondation de la République en 1923-1924, le mot « Kurdistan » est devenu tabou. Son usage est interdit ou fortement réprimé. Aujourd’hui encore, les autorités et les médias turcs refusent de nommer le Kurdistan irakien autrement que « le nord de l’Irak », alors même que cette région autonome est reconnue sous le nom officiel de « Kurdistan » dans la Constitution irakienne et par la communauté internationale. Le Gouvernement régional du Kurdistan est systématiquement rabaissé à une simple « administration kurde du nord de l’Irak ».

Cette obsession anti-kurde du régime turc ne connaît ni limites ni frontières. Alors que la Turquie venait d’être visée par des missiles iraniens, le président Erdoğan a publiquement averti Donald Trump que, en cas de soulèvement des Kurdes iraniens contre Téhéran, Ankara interviendrait militairement… aux côtés de l’Iran.

Au moins, cela a le mérite de la clarté. La rhétorique officielle sur la « fraternité turco-kurde » apparaît désormais dans toute sa vacuité. (Via l’Institut Kurde de Paris)

SYRIE. Les gangs de Damas kidnappent deux Kurdes à Raqqa

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SYRIE / ROJAVA – Un groupe armé affilié au gouvernement dirigé par Ahmed al-Sharaa (alias Jolani) a enlevé deux jeunes Kurdes dans le quartier Al-Rumaila à Raqqa. L’incident s’est produit hier soir sur une route de la ville, sous le prétexte d’une prétendue affiliation aux Forces démocratiques syriennes (FDS).

Les ravisseurs ont également confisqué leur véhicule. Ils refusent toujours de divulguer le lieu de détention ou le sort des deux jeunes, dont on ignore s’ils sont encore en vie.

Les noms des victimes sont Sabri Aref Mohammed et Idris Hassan Hasso.

Cet enlèvement s’inscrit dans un contexte plus large de violations, d’abus et de menaces de mort ciblant les Kurdes de Raqqa de la part de milices soutenues par la Turquie, souvent considérées comme alignées sur l’autorité intérimaire liée à Jolani.

2ᵉ Séminaire d’Études Kurdes à Rouen : Langue, culture et société au cœur des débats

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ROUEN – La Représentation du Gouvernement régional du Kurdistan-Irak en France, en collaboration avec l’UR 7474 Dylis de l’Université de Rouen et la section de kurde de l’INALCO, a organisé la 2ᵉ édition du Séminaire d’Études Kurdes, le mardi 31 mars 2026, à Mont-Saint-Aignan.

Intitulé « Langue, culture et société kurdes : Dynamiques, transmissions et enjeux contemporains », cet événement a réuni chercheurs, universitaires et passionnés autour des questions actuelles liées à la langue, à la culture et à la société kurdes.

Le séminaire s’est articulé autour de plusieurs sessions thématiques consacrées à la littérature et aux arts kurdes, aux expériences diasporiques, aux dynamiques linguistiques et au plurilinguisme, ainsi qu’aux politiques linguistiques au Kurdistan et dans la diaspora.

Les interventions ont mis en lumière la richesse du patrimoine culturel kurde, les défis de la transmission intergénérationnelle et la vitalité des pratiques artistiques et linguistiques dans un contexte marqué par la mobilité et la diversité.

Cette journée a permis de renforcer les échanges scientifiques et culturels entre spécialistes tout en soulignant l’importance de la préservation et de la valorisation du patrimoine kurde à l’international. Elle s’est achevée par une discussion générale ouverte sur les perspectives futures de la recherche et de l’enseignement du kurde.

Birkleyn Sound Festival : un voyage sonore entre traditions et créations contemporaines à La Marbrerie

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PARIS – Fondé par le musicien, chanteur et joueur de saz Ruşan Filiztek, l’un des plus brillants ambassadeurs de la musique traditionnelle kurde, le Birkleyn Sound Festival se tiendra du 16 au 18 avril 2026 à La Marbrerie (Montreuil).

Ce festival unique célèbre la diversité des expressions musicales et le dialogue fécond entre ancrages traditionnels et écritures contemporaines. Il fait se rencontrer folk progressif kurde, afro-folk, blues, folk gaélique irlandaise, chant lyrique franco-iranien, polyphonies catalanes et fanfares balkaniques dans un voyage sonore riche en émotions.

Pendant trois soirées, La Marbrerie devient un carrefour où se croisent musiques kurdes, persanes, sénégalaises, méditerranéennes et européennes : transe, poésie, chants ancestraux, improvisation et créations hybrides se répondent dans une programmation sensible et exigeante.

Lors du festival, venez découvrir une des grandes figures de la scène kurde actuelle : Rewşan (Rewşan Çeliker), chanteuse, violoniste et compositrice reconnue pour son travail de préservation et de réinvention de la tradition kurde.

Programmation et artistes 

Jeudi 16 avril
Senny Camara
– Sïan
– Núria Salat Rovira
 
Vendredi 17 avril
Ruşan Filiztek
– François Aria & Roxane Elfasci
– Nati James
– Ariana Vafadari
– Haïdouti Orkestar
– Serqo
– Tugay Sozdaroğlu
– DJ Set
 
Samedi 18 avril
Olaïla
– Sylvain Barou
– Rewşan
– Naghib Shanbehzadeh
– Kurdish Dance Night & After Party
 

Pensé comme un espace de rencontre entre mémoires musicales, héritages culturels et nouvelles générations, le Birkleyn Sound Festival défend une approche à la fois respectueuse des sources et audacieuse dans la création contemporaine.

ROJAVA. En mars, 13 Kurdes tués à Alep et à Afrin

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SYRIE / ROJAVA – L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a signalé que des gangs de Damas et de Turquie ont tué 13 civils kurdes à Afrin et à Alep en mars. L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a publié des informations sur les violations et les crimes commis par le gouvernement intérimaire syrien et des groupes affiliés à l’État turc dans les régions d’Alep et d’Afrin en mars 2026. L’organisation a déclaré que 13 civils avaient été tués à Afrin et à Alep au cours de ce mois. 70 personnes enlevées Il a également été rapporté que plus de 70 enlèvements et arrestations ont eu lieu, la plupart liés aux célébrations du Newroz (Nouvel-an kurde). Dans le quartier de Sheikh Maqsood à Alep, quatre jeunes ont également été arrêtés. Les vols et les pillages se poursuivent L’organisation a dénoncé les vols et pillages perpétrés en cours à Afrin par des individus armés non identifiés. Il a été constaté que, pendant les célébrations de Newroz, des des maisons des Kurdes partis célébrer le Newroz ont été cambriolées. À Cindirês, 18 moutons, de l’or et de l’argent ont été dérobés. Dans le district de Şiyê, un chauffeur et un couple ont été agressés par des individus armés. L’Organisation des droits de l’homme d’Afrin-Syrie a appelé le gouvernement intérimaire et l’administration régionale d’Afrin à assumer leurs responsabilités, à protéger les Kurdes retournés dans leur région, à leur restituer leurs biens et à mettre fin aux violations commises contre la population kurde.

ROJAVA. Explosion mortelle à Hassaké

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SYRIE / ROJAVA – Une explosion survenue dans un magasin de ferraille a fait six morts et un blessé dans la ville kurde de Hassakê.
 
Une explosion, dont on ne sait pas encore l’origine, s’est produite dans un magasin de ferraille du quartier d’al-Aziziyah, dans la ville de Hassaké, tuant six personnes, dont des enfants.

1991 : La tragédie kurde qui accoucha de l’autonomie

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IRAK / KURDISTAN – Le 31 mars 1991, suite à la violente répression de l’insurrection kurde par le régime de Saddam Hussein, près de deux millions de Kurdes irakiens furent contraints à un exode massif. Abandonnant leurs villes et leurs biens, ils fuirent à pied vers les régions montagneuses séparant le Kurdistan entre l’Irak, l’Iran et la Turquie.

Ce drame, l’un des plus grands déplacements de population de l’histoire moderne, est resté dans les mémoires sous le nom d’« Exode des millions ». Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants périrent de froid glacial, de faim, d’épuisement et de maladies au cours de cette marche forcée de centaines de kilomètres à travers des terrains escarpés.

Cet exode survenait après le génocide des Kurdes à travers la campagne d’Anfal (1988), les bombardements chimiques (notamment à Halabja) et les exécutions de masse avaient déjà décimé la population kurde. Face à la contre-offensive des forces irakiennes, la peur d’un nouveau génocide provoqua ce départ chaotique et désespéré.

Les images insoutenables diffusées par les médias internationaux choquèrent l’opinion publique mondiale et firent monter une forte pression sur les chancelleries. Le 5 avril 1991, le Conseil de sécurité de l’ONU adopta la Résolution 688, qui condamnait la répression contre la population civile irakienne, notamment kurde, et ouvrait la voie à une intervention humanitaire.

La France joua un rôle déterminant dans cette mobilisation. Danielle Mitterrand, épouse du président François Mitterrand et présidente de France Libertés, s’imposa comme une voix puissante en faveur de la cause kurde. Soutenus par des efforts diplomatiques impliquant notamment le secrétaire d’État américain James Baker, ces initiatives aboutirent à la création d’une zone de sécurité et d’une exclusion aérienne au nord du 36e parallèle. Cette mesure protégea les civils et permit le retour progressif des réfugiés, malgré le pillage et la destruction de leurs villes.

Au-delà de son aspect militaire, cette zone de protection constitua un tournant historique. Elle offrit aux Kurdes un espace pour s’organiser librement, à l’abri des menaces du régime baasiste. Elle ouvrit la voie aux premières élections parlementaires du 19 mai 1992 et à la formation du premier gouvernement de la Région du Kurdistan.

Trente-cinq ans plus tard, l’Exode de deux millions de Kurdes reste un symbole puissant de sacrifice, de souffrance et de résilience. D’une tragédie humaine, il s’est transformé en levier politique décisif : il a contribué à la reconnaissance internationale des droits du peuple kurde et posé les fondations de la Région du Kurdistan en tant qu’entité constitutionnelle et autonome au sein de l’Irak d’aujourd’hui.