SYRIE / ROJAVA – Au Rojava, dans le Nord-Est de la Syrie, les élèves kurdes étudient depuis plus de dix ans dans leur langue maternelle. Un changement historique après des décennies d’interdiction totale sous le régime baasiste.
Nasrin, élève en seconde, a commencé sa scolarité en kurde à l’âge de sept ans. « Étudier en arabe serait mon dernier choix. Si on m’y oblige, j’irai au Kurdistan du Sud pour continuer mes études en kurde », confie-t-elle à Rudaw.
Son enseignante, Fadiya Omar, qui a accompagné près de 900 élèves en neuf ans, témoigne avec fierté : « Le kurde est une langue très ancienne, riche et belle. Nous en sommes profondément fiers. »
Pendant plus de cinquante ans, sous le régime de la famille Assad (1971-2024), l’usage du kurde était strictement prohibé : à l’école, dans les publications, les chants, et même pour les prénoms des nouveau-nés.
La situation a basculé en 2012, lorsque les forces d’Assad se sont retirées du Rojava. Une administration kurde autonome a alors pris le contrôle de la région et fait de l’enseignement en kurde l’une de ses priorités.
Amina Khalil, la mère de Nasrin, se souvient de cette époque où le kurde ne survivait que dans l’intimité des foyers. « Au début de la révolution [le retrait des forces d’Assad en 2012], beaucoup disaient qu’ils n’enverraient pas leurs enfants dans ces écoles kurdes. Moi, j’ai dit à ma fille que toute éducation était bonne, mais que le kurde était notre langue. »
L’institutionnalisation de l’enseignement en kurde reste une revendication centrale de l’Administration autonome démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (DAANES). Dans le cadre des négociations d’intégration avec le nouveau pouvoir syrien, après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, cette question est au cœur des discussions.
Depuis 2011-2012, les autorités du Rojava ont mis en place un programme scolaire distinct, dispensé majoritairement en kurde. Un accord historique signé le 29 janvier entre Damas et les autorités kurdes a ouvert la voie à une reconnaissance progressive : les élèves du Rojava peuvent désormais passer les examens nationaux et obtenir des diplômes officiels.
Ahmad Hilal, représentant de la présidence syrienne chargé de suivre cet accord, a déclaré à Rudaw en avril que deux options étaient à l’étude. La première consisterait à introduire le kurde comme matière optionnelle hebdomadaire ; la seconde, plus ambitieuse, à traduire le programme national en kurde pour en faire une filière à part entière dans les zones à majorité kurde (Hassaké, Afrin, Kobané et quartiers kurdes d’Alep-Est).


