Performance artistique au Louvre : un militant yézidi interpellé après une action en mémoire du génocide ézdî

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PARIS – Juan-Golan Elibeg, membre du collectif « Bien à vous Armanc Kerboranî », a été brièvement interpellé au musée du Louvre après avoir réalisé une performance artistique devant une œuvre de Léonard de Vinci, en hommage aux victimes du génocide yézidi (êzdî) perpétré par l’État islamique (EI) à Sinjar en 2014.

Le collectif « Bien à vous Armanc Kerboranî », composé de Kurdes yézidis, mène des actions militantes et artistiques centrées sur la défense des droits des Kurdes, y compris ceux de la communauté yézidie, et sur la question kurde dans son ensemble.

Dans un communiqué, Juan-Golan Elibeg a déclaré :

« J’ai réalisé une performance artistique silencieuse devant une œuvre de Léonard de Vinci au musée du Louvre afin de commémorer le génocide yézidi perpétré par l’EI à Sinjar en 2014. Le service de sécurité du musée m’a interpellé et remis à la police. Après l’nterrogatoire, j’ai été remis en liberté. »

Cette action visait à rappeler la tragédie de Sinjar, où, en août 2014, les combattants de l’EI ont massacré des milliers d’hommes yézidis et réduit en esclavage des milliers de femmes et d’enfants. Plus de dix ans après ces événements, de nombreuses victimes attendent toujours justice et une pleine reconnaissance internationale du génocide.

Le collectif « Bien à vous Armanc Kerboranî » utilise régulièrement l’art et l’action directe pour sensibiliser l’opinion publique et les institutions sur le sort des Kurdes et les enjeux plus larges du Kurdistan.

IRAN. Cinq membres de deux familles kurdes abattus par les forces iraniennes en deux mois

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IRAN / ROJHILAT – Cinq personnes issues de deux familles kurdes ont été tuées lors de deux opérations distinctes menées par les Gardiens de la révolution (IRGC) et les forces de sécurité iraniennes dans les provinces de Kermanshah (Kirmaşan) et du Kurdistan (Sînê), entre fin mai et fin juillet 2026.

Fusillade à Dalahoo (28 mai 2026)

Dans les premières heures du jeudi 28 mai 2026, les frères Meysam (Maytham) Veisi et Mojtaba Veisi, militants culturels et adeptes de la foi yarsane, ont été tués dans le village de Qaleh Kahoush (ou Ghaleh-Kouhesh), comté de Dalahoo, province de Kermanshah.

Selon de multiples sources kurdes de défense des droits humains (KHRN, Hengaw, HRANA), les forces de l’IRGC ont encerclé la maison où les deux frères se cachaient et ont ouvert le feu sans sommation depuis plusieurs directions, les tuant sur place. Les frères participaient aux manifestations nationales de décembre 2025-janvier 2026 et vivaient dans la clandestinité depuis plusieurs mois par crainte d’arrestation. Leurs corps ont été emportés par les forces de sécurité et n’ont pas été immédiatement restitués à la famille.

Les Veisi étaient des figures culturelles reconnues à Kermanshah : ils avaient cofondé une bibliothèque kurde dans le quartier de Darreh Deraz (Dareh Drezh) et participé à l’organisation de célébrations du Newroz. Mojtaba était également lutteur, musicien et peintre.

Fusillade sur la route Merîwan–Baneh (26 juillet 2026)

Près de deux mois plus tard, le dimanche 26 juillet 2026, Mehdi Tavakkoli, sa mère Maryam Aslani et sa sœur Somayeh Tavakkoli ont été tués lorsque les forces de renseignement des Gardiens de la révolution ont ouvert le feu sur leur véhicule (une Samand) sur la route reliant Merîwan à Baneh, dans la province du Kurdistan.

Mehdi Tavakkoli était un photographe et militant culturel bien connu : directeur de la Maison des photographes du Kurdistan, fondateur de la Maison des arts Çaw (Chaw) et ancien prisonnier politique. Sa sœur Somayeh était psychologue.

Les autorités iraniennes ont affirmé que le véhicule transportait des membres armés du PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan) et que les décès étaient survenus lors d’une confrontation armée. Des organisations de droits humains rejettent cette version, affirmant qu’il s’agissait d’une famille civile et que les forces de sécurité ont tiré directement sur la voiture sans sommation. Les corps ont été rendus à la famille sous pression pour qu’elle évoque un « accident de la route ». Les funérailles se sont déroulées le 27 juillet à Sanandaj (Sînê) sous forte présence sécuritaire.

Contexte et réactions

Ces deux incidents ont ravivé les craintes d’une utilisation excessive de la force létale par les autorités iraniennes contre les civils kurdes, particulièrement les militants culturels et les participants aux protestations. Les organisations de défense des droits humains dénoncent l’absence d’enquêtes indépendantes et transparentes, ainsi que la récurrence des exécutions extrajudiciaires en Rojhelat (Kurdistan oriental).

Les autorités iraniennes n’ont pas publié de communiqué détaillé et officiel sur ces deux affaires au-delà des déclarations initiales qualifiant les victimes de « terroristes armés » dans le second cas.

12e anniversaire du génocide yézidi

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IRAK / SHENGAL – Les Kurdes yézidis, présents en Mésopotamie depuis des millénaires, ont survécu à 74 génocides au cours de leur histoire. Le 3 août 2014, ils ont subi le 74e Ferman (décret d’extermination) perpétré par l’État islamique (Daech).

Ce jour-là, alors que les combattants de Daech approchaient de Sinjar (Shengal), les forces peshmergas et Asayish du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani, qui contrôlaient la région, ont abandonné la ville sans combattre. Cette retraite a ouvert la voie à un massacre systématique : des milliers de Yézidis ont été tués, et des milliers d’autres, principalement des femmes et des enfants, ont été enlevés et réduits en esclavage.

Le chronique d’un génocide annoncé 

Peu avant l’offensive, les forces du PDK avaient désarmé la population yézidie et arrêté plusieurs guérilleros kurdes venus en renfort. Selon des témoignages, environ 11 000 Peshmergas, membres des forces de sécurité du PDK et policiers irakiens étaient déployés dans la zone. Ils ont fui dès les premiers combats, sans tirer un coup de feu.

L’État islamique a alors attaqué l’ensemble de la population yézidie de Sinjar, estimée à 400 000 personnes. Près de 10 000 Yézidis ont été tués ou enlevés. La moitié des exécutés étaient des enfants. Sur le mont Sinjar, où des dizaines de milliers de civils s’étaient réfugiés, 93 % des morts dues à la soif, à la faim ou aux blessures étaient des enfants.

Environ 6 400 personnes ont été enlevées. Des garçons de sept ans ont été envoyés dans des camps d’entraînement de Daech, tandis que des fillettes de neuf ans ont été réduites à l’esclavage sexuel. Aujourd’hui, plus de 2 700 Yézidis restent portés disparus, dont près de 1 300 étaient mineurs au moment de leur enlèvement. Plus de 3 500 ont été secourus à ce jour.

74 Fermans : une histoire de persécutions

Les Yézidis, adeptes d’une des plus anciennes religions de Mésopotamie, ont été régulièrement massacrés, souvent au nom de l’islam. La plupart de ces génocides ont été ordonnés par des autorités ottomanes ou des gouverneurs locaux entre le XIIIe et le XIXe siècle. Parmi les plus notables :

1246 : Massacre de Lalesh par Bedreddin Lulu.

XVIe siècle : Massacres à Shexan sur fatwa du cheikhülislam Ebu Siud Efendi sous Soliman le Magnifique.

1638, 1715, 1752, 1809, 1824 : Multiples massacres à Sinjar ordonnés par des pachas de Mossoul ou de Bagdad.

1892 : Campagne d’islamisation forcée sous le sultan Abdulhamid II.

Le 74e Ferman (massacre) de 2014 est le plus récent, commis par Daech avec, selon de nombreux Yézidis, la complicité passive du PDK.

La situation à Sinjar avant 2014

Après la chute du régime baasiste en 2003, Sinjar est devenue une « zone contestée » selon l’article 140 de la Constitution irakienne. Le PDK y a imposé son contrôle exclusif, promouvant le système traditionnel de castes et maintaining une forte emprise sur la communauté. Les Yézidis vivaient principalement dans des villages au pied du mont Sinjar, déplacés de force des hauteurs en 1975 par le régime de Saddam Hussein.

Des commandants des Unités de résistance de Shengal (YBŞ) et du Mouvement de libération des femmes yézidies (TAJÊ) ont témoigné d’une société où les femmes subissaient une pression extrême et où la population était maintenue dans un état de dépendance et de désorganisation.

Un traumatisme toujours ouvert

Douze ans après le génocide, des milliers de familles yézidies attendent toujours le retour des leurs. Pour beaucoup, la douleur est double : celle des crimes de Daech et celle de la trahison perçue des forces qui étaient censées les protéger.

IRAN. Au moins 67 prisonniers exécutés en juillet 2026

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IRAN / ROJHILAT – En juillet dernier, les autorités iraniennes ont exécuté au moins 67 prisonniers, dont 10 Kurdes, selon le Centre de statistiques de l’ONG Hengaw. Ce chiffre représente une baisse de 30 % par rapport à juillet 2025, où Hengaw avait recensé 96 exécutions.

Parmi les personnes exécutées figuraient deux femmes — Setayesh Mohammadipour (Jahrom) et Azam Gerami (Yasuj) — ainsi qu’un mineur délinquant baloutche, Meysam Irandegani, exécuté à 18 ans pour un crime commis à 16 ans.

Seules 8 exécutions (12 %) ont été annoncées officiellement par les autorités. Hengaw a par ailleurs documenté 7 exécutions secrètes, réalisées sans prévenir les familles, et 2 exécutions publiques.

Neuf prisonniers politiques et d’opinion exécutés

Au moins neuf prisonniers politiques, prisonniers d’opinion ou personnes arrêtées lors des manifestations de janvier 2026 et du mouvement « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadi) ont été mis à mort. Ils étaient notamment accusés de « moharebeh » (guerre contre Dieu), d’espionnage ou d’atteinte à la sécurité nationale.

Parmi eux :

Mohieddin Abdollahi et Hossein Palani Jaf (Kurdes), exécutés le 14 juillet à Kermanshah.

Mohammad Amini Dehaghani, Erfan Esfandiari et Gol Mohammad Mohammadi (ressortissant afghan), exécutés à Ispahan.

Aref Khoshkar et Mehdi Khanki, exécutés à la prison de Ghezel Hesar.

Abolfazl Sepahi et Amir Hossein Safari, exécutés publiquement à Ispahan le 28 juillet.

IRAN. Les pasdarans tuent un photographe kurde de renom

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IRAN / ROJHILAT – Pendant plus de vingt ans, Mehdi Tavakoli a utilisé son appareil photo pour documenter la vie, la culture et les souffrances du peuple kurde. Photographe renommé, il a immortalisé les réfugiés fuyant l’État islamique (Daech), formé des centaines de jeunes talents, organisé des événements culturels majeurs et payé au prix fort son engagement militant. Le 26 juillet 2026, à l’âge de 37 ans, sa vie a été brutalement interrompue par les balles des forces de sécurité iraniennes.

Accompagné de sa mère, Maryam Aslani, et de sa sœur, Somayeh, Mehdi Tavakoli circulait dimanche soir près du village de Bayandereh, sur la route reliant Baneh à Marivan, dans la province du Kurdistan iranien. Les forces de sécurité ont ouvert le feu à plusieurs reprises sur leur véhicule, tuant les trois membres de la famille. Depuis la révolution de 1979, les autorités iraniennes considèrent tout militantisme kurde à travers le seul prisme sécuritaire. Militants écologistes, avocats, enseignants, journalistes et activistes civiques vivent sous la menace permanente d’intimidations, d’arrestations et de détentions orchestrées par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et le ministère du Renseignement.

Un photographe au service de son peuple

Né en 1989 à Sanandaj — l’année même où Ali Khamenei accédait au pouvoir suprême —, Mehdi Tavakkoli découvre la photographie à 14 ans. Après une licence en graphisme à l’université de Hamadan et un master en photographie à Rasht, il retourne dans sa ville natale. Il y enseigne la photographie dans les écoles, les universités et au sein de la Société iranienne du cinéma pour la jeunesse, formant ainsi une nouvelle génération de photographes kurdes.

Directeur de la Maison des photographes du Kurdistan, fondateur de la galerie d’art « Chaw », organisateur d’expositions et membre du jury du Festival de la photographie du Kurdistan 2026 à Souleimaniye, Tavakoli a laissé une empreinte profonde. Il a participé à une vingtaine d’expositions collectives et présenté huit expositions individuelles à Téhéran, Sanandaj, Urmia, Souleimaniye, Saqqez, Hamadan et Toronto.

Un engagement humaniste et culturel

En 2014, alors que Daech avançait en Irak et en Syrie, il passe trois mois dans les camps de réfugiés de Kobané et Sinjar. Bouleversé par les souffrances des familles kurdes déplacées, il cessera toute activité photographique pendant trois ans. Au-delà de l’art, Tavakoli s’est engagé concrètement aux côtés de sa communauté. Après le séisme dévastateur de Kermanshah en 2017, il a passé deux mois dans les zones sinistrées pour distribuer l’aide humanitaire collectée grâce à des dons privés. Il participait également à l’organisation des fêtes de Newroz à Sanandaj, malgré la répression croissante qui vise les célébrations kurdes.

Son militantisme lui a valu de multiples arrestations, notamment en 2016, 2019, 2020 et lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, déclenché par la mort de Zhina (Mahsa) Amini. Il a passé trois mois en prison.

Un meurtre sans explication

Selon une source proche de la famille ayant témoigné sous couvert d’anonymat auprès de Rudaw English, les autorités exercent depuis le drame d’intenses pressions pour présenter les faits comme un simple accident de la route. Or, les blessures par balle constatées lors de la toilette rituelle des corps contredisent cette version. Aucune explication officielle n’a été fournie par les autorités iraniennes.

La famille a été menacée de ne faire aucune déclaration publique. Mehdi Tavakoli lui-même avait été interrogé pendant plus de cinq heures par les services de renseignement une semaine seulement avant sa mort.

Un héritage vivant

Pour ses amis et anciens élèves, l’héritage de Mehdi Tavakoli dépasse largement ses propres photographies. En 2023, il avait fondé la Maison des photographes du Kurdistan, créant des antennes dans toute la province et fédérant plus de 300 photographes à travers ateliers, expositions et événements. « Nous étions convaincus que nous devions tout faire pour la nouvelle génération, en l’initiant à l’art et à la photographie afin qu’elle s’adonne à des activités créatives et se tienne éloignée des mauvaises influences, notamment la drogue », confiait-il. Un ami d’enfance résume son ambition : « Mehdi était persuadé que, par l’art, nous devions apprendre aux gens à aimer leur patrie et à promouvoir le Kurdistan sur la scène internationale. »

Ses obsèques ont eu lieu au cimetière Beheshti Mohammadi de Sanandaj, où reposent déjà de nombreuses victimes du mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Une semaine après les faits, les autorités iraniennes n’ont toujours fourni aucune explication sur ce triple meurtre.

Mehdi Tavakoli restera comme un homme qui a cru en la puissance de l’image pour préserver l’identité kurde, témoigner des injustices et offrir à une jeunesse opprimée espoir, dignité et voix. (Rudaw)

Appel à la reconnaissance internationale du génocide des Yézidis

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Le Congrès des communautés démocratiques du Kurdistan en Europe (en kurde : Kongreya Civakên Demokratîk â Kurdistanîyên li Ewropa, KCDK-E) a appelé à la reconnaissance internationale du génocide des Yézidis de Shengal (Sinjar), à la poursuite des responsables et à la révélation du sort des femmes et des enfants toujours disparus. L’organisation souligne que la justice et la reconnaissance des droits du peuple yézidi constituent des garanties essentielles pour empêcher la répétition de tels crimes.

Dans une déclaration publiée à l’occasion du 12e anniversaire du génocide, l’organisation faîtière kurde, KCDK-E affirme que le 3 août 2014 restera l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire contemporaine. Ce jour-là, les mercenaires de l’État islamique ont perpétré un génocide systématique contre le peuple yézidi à Shengal, dans une tentative délibérée d’anéantir une communauté entière. Les Yézidis désignent cette tragédie comme le « 74e Firman ».

Le communiqué rappelle que le peuple yézidi, déjà victime de dizaines de massacres tout au long de son histoire, a été la cible d’une vaste campagne d’extermination à Sinjar. Il souligne que le leader Abdullah Öcalan avait alerté sur les dangers menaçant la région et appelé à la protection de ses habitants, avant qu’une résistance historique ne s’organise face à l’offensive djihadiste.

Le KCDK-E renouvelle son appel aux Nations Unies, au Conseil de l’Europe, à l’Union européenne et à toutes les institutions internationales de défense des droits humains afin qu’ils reconnaissent officiellement le génocide de Shengal comme un crime contre l’humanité et un acte de génocide, conformément au droit international. L’organisation insiste également sur la nécessité de soutenir le droit du peuple yézidi à l’auto-organisation démocratique et à l’autodéfense, condition indispensable selon elle pour prévenir de nouvelles tragédies.

« La douleur causée par ce génocide reste aussi vive aujourd’hui qu’au premier jour », affirme la déclaration, qui exige la révélation immédiate du sort des milliers de femmes et d’enfants enlevés, la traduction en justice de tous les responsables devant des tribunaux internationaux, et la fin des violations persistantes à l’encontre du peuple yézidi.

Le KCDK-E conclut en rendant hommage aux victimes du génocide de Shengal et en appelant à des efforts urgents et concrets pour faire la lumière sur le sort des disparus, obtenir justice et garantir que de tels crimes ne se reproduisent jamais.

Un pillage important a lieu au Kurdistan

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TURQUIE / KURDISTAN – L’avocat kurde, Ahmet İnan a déclaré que les attaques contre la nature au Kurdistan ne constituent pas seulement un problème environnemental, mais un pillage systématique visant la mémoire historique, les modes de production et la vie sociale.

Depuis de nombreuses années, les politiques sécuritaires et les projets à visée lucrative menés au Kurdistan menacent gravement la nature. La dévastation écologique, initiée dans les années 1990 par les incendies de villages et les évacuations forcées, se poursuit aujourd’hui sous de nouvelles formes : déforestation massive, incendies de forêt suspects, exploitations minières, centrales géothermiques et solaires, ainsi que projets de barrages. Ces pratiques mettent en péril le patrimoine naturel de la région, causent des dommages irréversibles à l’écosystème et contraignent des milliers de personnes à abandonner leurs terres et à s’exiler vers les villes.

Ahmet İnan, président de la Commission de l’environnement et du droit urbain du barreau de Diyarbakır, s’est exprimé auprès de notre agence sur le pillage systématique de la nature au Kurdistan.

« Même quatre dossiers suffisent à mesurer l’ampleur des destructions. »

Selon lui, les affaires actuellement suivies par le barreau révèlent déjà l’étendue de la catastrophe écologique : « Un pillage massif est en cours dans presque tous les espaces de vie du Kurdistan, particulièrement à Diyarbakır. La nature est livrée au capital dans les villages, les forêts, les bassins hydrographiques, les pâturages et les terres agricoles. Il ne s’agit pas de projets isolés, mais d’une politique généralisée de pillage. »

À titre d’exemple, une inspection est actuellement menée sur une carrière de sable située sur le Tigre, à Sinanlı, dans le district de Bismil. Le sable est extrait directement du lit du fleuve et mis à la disposition de l’entreprise. Or, prélever le sable qui constitue le fond d’un cours d’eau ne détruit pas seulement une ressource minérale : c’est tout l’équilibre naturel, le débit et l’écosystème du fleuve qui sont anéantis.

Le même jour, une inspection aura lieu sur le site du projet de centrale solaire (GES) prévu sur le site archéologique historique de Gırap, à Kervanpınar, dans la province de Sur. Malgré son classement au patrimoine culturel obtenu à la demande du barreau, l’entreprise poursuit ses activités. Un site historique potentiellement aussi important que Göbeklitepe est en train d’être transformé en centrale solaire. L’histoire elle-même est livrée au capital.

« Le discours sur les énergies renouvelables sert de bouclier aux entreprises. »

Ahmet İnan souligne que l’essor des centrales solaires figure parmi les évolutions les plus préoccupantes. Le discours sur les « énergies renouvelables » et l’« énergie propre » est systématiquement utilisé pour légitimer le pillage de la nature : « Le Kurdistan dispose d’un fort potentiel solaire, mais les projets actuels ne relèvent pas d’une politique énergétique au service de la société. On rase des forêts, on occupe des pâturages, on détruit des sites historiques, et on présente cela comme une énergie verte. Ce discours est devenu un véritable bouclier pour les entreprises. Un investissement mal conçu, qu’il s’agisse d’une centrale solaire ou d’un autre projet, peut s’avérer tout aussi destructeur qu’une centrale thermique. »

Les zones forestières du district de Dicle et les sites historiques de Kervanpınar sont particulièrement visés par ces projets de GES, entraînant à la fois une destruction écologique et culturelle.

« Les compagnies pétrolières affluent au Kurdistan »

Les activités pétrolières connaissent une forte accélération dans la région. De nombreuses compagnies internationales, notamment canadiennes, américaines et australiennes comme TransAtlantic, ont obtenu des licences d’exploration sur l’ensemble du territoire, de Hazro à Şırnak. « Il s’agit de l’une des plus grandes menaces actuelles », alerte Ahmet İnan.

Les jardins de Hevsel, zone de production agricole millénaire et site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, font l’objet d’activités pétrolières, tout comme les environs de l’université de Dicle. Une telle irresponsabilité est inacceptable.

Les citoyens alertent régulièrement sur la pollution de leurs puits et la contamination de leurs sources. Dans le cas de TransAtlantic, un rapport d’experts a clairement établi que les opérations pétrolières menacent gravement les nappes phréatiques. Les produits chimiques et gaz libérés lors de l’extraction peuvent polluer irréversiblement les ressources en eau. Les entreprises peuvent verser des indemnités, mais elles ne peuvent pas restituer une eau pure.

« Le résultat commun de ces projets est la migration. »

Ces projets miniers, énergétiques et de barrages détruisent non seulement la nature, mais aussi la vie villageoise. À Dicle Pirajman, par exemple, des maisons ont été incluses dans le périmètre d’une mine de plomb, entraînant des expropriations d’urgence. « On dit aux gens de prendre l’argent et de partir. Mais qu’en est-il de leurs tombes, de leur vie, de leurs pâturages et de leurs terres agricoles ? Veut-on les transformer en main-d’œuvre bon marché dans les métropoles ? Nous estimons que cela n’est pas différent des évacuations de villages des années 1990. La méthode a changé, mais le résultat est le même : on sépare les gens de leurs terres. »

Dans les villages, la langue maternelle est encore parlée, la culture préservée et la production maintenue. En ville, cela devient de plus en plus difficile. C’est précisément ce mode de vie autonome et cette mémoire collective que l’on cherche à éradiquer. « Les traces des Arméniens, des Assyriens, des Kurdes et de tous les peuples qui ont vécu sur ces terres sont systématiquement effacées. Si l’histoire disparaît, la mémoire collective disparaît aussi. »

« Aucun village résistant n’a été vaincu »

Malgré les pressions, les habitants continuent de défendre leurs territoires. Plusieurs victoires ont déjà été remportées : le projet de carrière de pierre près des grottes de Birkleyn a été stoppé grâce à un rapport d’expertise favorable, le barrage du ruisseau Sarım a été abandonné, et à Hasenley, l’entreprise n’a toujours pas pu accéder à la zone. À Kervanpınar, Çömçeli et dans de nombreux autres villages, les populations n’ont pas cédé.

« Je peux l’affirmer clairement : aucun village ayant mené une lutte organisée n’a été vaincu. Lorsque la société se mobilise, ni les entreprises ni l’État ne peuvent imposer leurs projets. »

« La paix passe par le respect de la nature et des espaces de vie »

Pour Ahmet İnan, une paix durable ne peut reposer uniquement sur des arrangements politiques : « Si l’on veut une paix véritablement honorable, il faut respecter les espaces de vie du peuple kurde. On ne peut pas, d’un côté, parler de paix et, de l’autre, envoyer des entreprises sous escorte militaire occuper les pâturages et contraindre les populations à l’exil. La société n’accordera pas sa confiance à un tel processus. La paix, ce n’est pas seulement le silence des armes ; c’est le respect de la terre, de l’eau, de la culture et de l’avenir d’un peuple. »

Si la société s’organise, si les villages défendent leurs espaces de vie et si les organisations démocratiques et les dynamiques locales mènent une lutte commune, ces politiques de pillage peuvent être stoppées. « Nous croyons que la nature n’appartient pas au capital, mais à la société qui la fait vivre. C’est pour cela que nous luttons. » (ANF)

TURQUIE. Commémoration du massacre de Suruç

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TURQUIE / KURDISTAN – Ce 20 juillet, les Kurdes commémorent les victimes du massacre de Suruç qui a ciblé un convoi de jeunes en route pour apporter de l’aide aux enfants de Kobanê.

Le 20 juillet 2015, un attentat suicide revendiqué par l’État islamique (EI/DAECH) a frappé le jardin du Centre culturel Amara, dans le quartier de Pirsûs (Suruç), dans la province kurde de Riha (Urfa). Trente-trois jeunes, pour la plupart membres de la Fédération des associations de jeunesse socialiste (SGDF), y étaient rassemblés pour préparer un convoi humanitaire destiné aux enfants de Kobanê, ville kurde syrienne qui venait d’infliger à l’EI sa première grande défaite militaire. Plus de 100 personnes ont été blessées dans ce carnage.

Une lutte acharnée pour la vérité

Deux mois après le massacre, les familles ont créé l’Initiative Familles de Suruç. Depuis, elles participent à toutes les audiences, malgré les obstacles répétés, les humiliations et les intimidations. Elles ont suivi les débats depuis la prison de Curnê Reş (Hilvan) à Riha, été comme hiver, alors même qu’aucun des principaux accusés n’était physiquement présent dans la salle.

Lors de la 21ᵉ audience, tenue le 22 octobre 2022 devant la 5ᵉ Cour pénale lourde d’Urfa, neuf membres des familles ont même été poursuivis pour avoir exprimé leur colère et leur exigence de justice dans l’enceinte du tribunal.

Yasemin Boyraz, qui a perdu son fils Çağdaş Aydın dans l’attentat, déclarait :

« Les véritables auteurs sont protégés (…). »

Le verdict

Le seul accusé présent (et détenu), Yakup Şahin, a été condamné à 34 fois la réclusion à perpétuité aggravée, ainsi qu’à 1 890 ans de prison supplémentaires. Il a également écopé de 10 ans de prison et d’une amende de 40 000 livres turques pour possession d’explosifs. Les charges retenues incluent notamment la « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel », « appartenance à une organisation terroriste armée », « meurtre avec préméditation » et « attentat à la bombe ».

Le procès se poursuit à l’encontre des deux principaux accusés en fuite : Deniz Büyükçelebi et İlhami Balık.

L’Iran va-t-il lancer une offensive terrestre contre l’opposition kurde basée en Irak ?

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IRAN / ROJHILAT – Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) intensifie ses activités militaires dans la zone frontalière de Kirmaşan (Kermanshah), faisant craindre une possible offensive terrestre contre les groupes d’opposition kurdes basés au Kurdistan irakien.

Selon un rapport de l’organisation Hengaw pour les droits humains, une importante réunion militaire s’est tenue aujourd’hui au quartier général des Gardiens de la révolution à Ravansar. Elle était présidée par Kourosh Asiabani, commandant du quartier général régional Najaf Ashraf des Gardiens de la révolution dans l’ouest de l’Iran. Des responsables des forces Bassidj et des milices locales pro-régime (Jash) y ont également participé.

Immédiatement après la réunion, un important convoi militaire lourdement armé a quitté Ravansar en direction de Ghouri Qaleh, vraisemblablement pour rejoindre les zones frontalières des comtés de Paveh et Nowsud.

Zone frontalière interdite aux civils

Parallèlement, les autorités iraniennes ont déclaré la bande frontalière « zone interdite ». Le commandement des gardes-frontières a formellement interdit tout déplacement, présence ou activité civile dans ces secteurs, invoquant « la préservation de la sécurité publique et la prévention des risques potentiels ».

Ces mouvements militaires interviennent dans un contexte de tensions accrues entre l’Iran et les partis d’opposition kurdes iraniens réfugiés au Kurdistan irakien. Plusieurs analystes estiment que ces préparatifs pourraient annoncer une attaque terrestre iranienne contre ces groupes armés.

L’Iran accusé d’utiliser du phosphore blanc contre les militants kurdes

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IRAK / KURDISTAN – Le groupe armé kurde, PAK accuse le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) d’avoir utilisé des munitions au phosphore blanc lors d’une attaque de drone menée tôt ce matin contre l’une de ses bases dans la région du Kurdistan irakien.

Selon un communiqué officiel du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK), au moins neuf Peshmergas ont été blessés dans cette frappe.

Le parti kurde affirme que plusieurs éléments concordants — témoignages oculaires, nature des incendies, examens médicaux des blessés et vastes feux de forêt déclenchés sur le site — prouvent l’utilisation de munitions au phosphore blanc par des drones rôdants iraniens.

« Violation flagrante du droit international humanitaire »

Dans son communiqué, le PAK qualifie cette utilisation d’arme incendiaire de « violation flagrante » des Conventions de Genève et des règles internationales interdisant certaines armes. Il souligne que le phosphore blanc provoque des brûlures graves, potentiellement mortelles et irréversibles, tant sur les êtres humains que sur l’environnement.

Le parti appelle la communauté internationale à réagir fermement et demande au Secrétaire général des Nations Unies, au Conseil de sécurité, au Conseil des droits de l’homme, au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et aux organisations de défense des droits humains d’ouvrir immédiatement des poursuites judiciaires contre la République islamique d’Iran. « Cet incident ne doit pas rester impuni », a-t-il déclaré.

Rappel juridique

L’utilisation du phosphore blanc est strictement encadrée par le droit international. En vertu du Protocole III de la Convention sur certaines armes classiques (CCW), l’emploi d’armes incendiaires aéroportées contre des objectifs militaires situés dans des zones peuplées est interdit. Son utilisation délibérée dans des conditions prohibées peut constituer un crime de guerre.

Hengaw appelle à une enquête internationale

L’organisation Hengaw pour les droits humains a exprimé sa « vive préoccupation » face à ces allégations et a demandé aux Nations Unies et au Comité international de la Croix-Rouge de dépêcher une mission internationale indépendante d’enquête sur place. Cette mission devrait examiner les blessés, analyser les preuves matérielles et déterminer si des armes interdites ont été employées.