IRAN / ROJHILAT – Les autorités iraniennes doivent immédiatement cesser d’employer la force létale contre les courriers frontaliers kurdes, connus sous le nom de kolbars, et les transporteurs de carburant baloutches, appelés sukhtbars. C’est l’appel lancé aujourd’hui par des experts des droits de l’homme de l’ONU, qui qualifient ces pratiques d’illégales et exigent des enquêtes indépendantes sur chaque décès imputable aux forces de sécurité.
Ces travailleurs figurent parmi les populations les plus marginalisées économiquement d’Iran. Ils transportent des marchandises et du carburant à travers les zones frontalières, souvent faute d’autres moyens de subvenir aux besoins de leurs familles. « Ils ne doivent pas payer de leur vie cette pauvreté », ont souligné les experts.
Un bilan meurtrier depuis le début de 2026
Au moins douze kolbars auraient été abattus par les forces frontalières iraniennes ou le Corps des gardiens de la révolution islamique depuis le début de l’année 2026. Ces deux derniers mois seulement, des informations ont fait état de sept d’entre eux tués par des tirs directs de gardes-frontières, à bout portant et sans sommation. Plusieurs ne transportaient apparemment aucune marchandise au moment des faits.
Parmi les victimes figure Madeh Kermani, 44 ans. Parti de son domicile à Marivan le 28 juillet, il n’est jamais revenu. Il aurait été abattu alors qu’il n’avait rien sur lui ; son corps a été emmené hors de la zone. Les autorités ont affirmé à sa famille qu’il était mort en tombant des hauteurs frontalières. Ces déclarations ont été contredites par les rapports médico-légaux, qui ont établi qu’il avait reçu une balle dans la tête.
Milad Tabad, 28 ans, est quant à lui décédé le 18 août 2026, près d’un an après avoir été blessé par balle à la tête par des gardes-frontières. Après plusieurs mois en soins intensifs, sa famille, faute de moyens, l’avait ramené chez elle pour le soigner elle-même.
« Même lorsque des individus sont soupçonnés de transporter des marchandises en violation du droit douanier, cela ne représente aucune menace pour la vie et ne peut jamais justifier l’usage d’armes à feu », ont insisté les experts.
Un schéma identique pour les transporteurs baloutches
Les sukhtbars subissent un sort comparable. Au moins treize transporteurs de carburant auraient été tués entre janvier et août 2026 lors de fusillades, de poursuites et d’autres opérations menées par les forces militaires et de sécurité.
Alors que l’attention nationale et internationale s’est concentrée sur les manifestations et les exécutions qui ont suivi, les décès aux frontières iraniennes passent largement inaperçus. Les autorités ne publient aucune statistique officielle sur ces victimes. Le recensement est laissé aux familles et aux organisations de la société civile.
Un contexte plus large de violence d’État
Ces meurtres s’inscrivent dans un schéma plus large d’homicides illégaux signalés en Iran : le meurtre de manifestants en décembre 2025 et janvier 2026, les exécutions extrajudiciaires dans les provinces fortement militarisées, ainsi que les décès en détention.
« Chacun de ces décès engage l’Iran dans son obligation de mener une enquête rapide, indépendante et impartiale », ont déclaré les experts. « Les familles ont droit à la vérité, à la justice et à des réparations, et ces communautés ont droit à des moyens de subsistance qui ne les exposent pas à la violence. »
Les experts appellent les autorités iraniennes à mettre fin sans délai à ces pratiques et à garantir que les populations marginalisées des régions frontalières ne soient plus contraintes de risquer leur vie pour survivre.