Un Kurde devient sacré champion du monde WBC des poids lourds

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SPORT – Le boxeur germano-kurde Agit Kabayel a écrit l’histoire samedi en devenant le nouveau champion du monde WBC des poids lourds. Invaincu, il devient le premier Kurde à remporter un titre mondial dans la catégorie reine, et le premier Allemand à réaliser cet exploit depuis près d’un siècle.

« Incroyable ! À compter d’aujourd’hui, je suis champion du monde WBC des poids lourds », a-t-il annoncé sur Instagram. « Le premier champion du monde kurde de l’histoire et le premier Allemand depuis près de 100 ans. Les mots me manquent. »

Le parcours vers le sommet

Kabayel, né à Leverkusen de parents kurdes originaires du Bakur, a gravi les échelons avec constance et discipline. Champion intérimaire WBC, il a profité de l’abandon du titre par Oleksandr Usyk pour être sacré champion du monde à part entière.

Parmi ses victoires marquantes : le KO retentissant face au Chinois Zhilei Zhang en février 2025 pour le titre intérimaire, suivi d’une nouvelle démonstration de force en janvier dernier contre le Polonais Damian Knyba.

Un champion fier de son identité

Au-delà de la performance sportive, Kabayel porte avec fierté son identité kurde. Il a souvent répété : « Nous ne formons qu’un seul peuple », et a dédié ses succès à la nation kurde. En avril 2025, il avait remis sa ceinture de champion intérimaire au président Massoud Barzani lors d’une visite à Erbil, symbolisant le lien entre son combat sur le ring et celui du peuple kurde.

Cette victoire intervient dans un été exceptionnel pour le sport kurde, marqué également par les performances de son ami Deniz Undav, révélation de la Coupe du monde 2026 avec l’Allemagne.

À 33 ans, Agit Kabayel, toujours invaincu, entame son règne de champion du monde en portant haut les couleurs kurdes et allemandes sur la scène internationale.

Agit Kabayel est devenu le premier champion du monde poids lourds kurde de l’histoire de la boxe, couronnant une ascension fulgurante, d’espoir méconnu à roi du WBC. Son triomphe, conjugué aux performances remarquables de Deniz Undav lors de la Coupe du monde, fait de 2026 une année charnière pour la représentation kurde dans le sport international.

TURQUIE. Les mères du samedi demandent justice pour Ibrahim Kartay

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TURQUIE / KURDISTAN – Lors de leur 1109e veillée sur la place Galatasaray à Istanbul, les Mères du samedi ont rendu hommage à Ibrahim Kartay, un Kurde d’Amed victime de disparition forcée.

Le 15 août 1994, lors d’une opération militaire dans le district de Hani, province d’Amed (Diyarbakır), Ibrahim Kartay a été arrêté par des soldats turcs. Depuis ce jour, il n’a plus jamais donné signe de vie.

Selon le communiqué lu par les Mères du samedi, les soldats ont encerclé tôt le matin le village de Horî et plusieurs localités environnantes. Les habitants ont été forcés de quitter leurs maisons, puis de nombreuses habitations ont été incendiées.

Ibrahim Kartay avait d’abord mis sa femme, Salime Çakır, alors enceinte de six mois, et leurs trois enfants en sécurité. Il est ensuite retourné chez lui pour récupérer de la nourriture. Sur le chemin du retour, des témoins l’ont vu être enlevé par des soldats.

Les recherches et les menaces

Sa famille l’a cherché sans relâche pendant des années. Dix jours après sa disparition, son épouse et son père ont porté plainte auprès du parquet et de la gendarmerie de Hani. Ils ont d’abord été informés de sa libération, avant que le père ne soit menacé et intimidé par des tirs de sommation.

Un témoignage décisif est venu d’un ancien détenu qui affirme avoir partagé la cellule d’Ibrahim Kartay pendant huit jours. Ce dernier lui aurait confié ce message poignant : « Dites à ma famille et à mes proches qu’ils vont me tuer. »

De nouvelles pistes et l’impunité

Plus de vingt ans après les faits, une nouvelle piste a émergé. Un gardien de cimetière a indiqué que Kartay pourrait avoir été enterré près d’un transformateur électrique au cimetière de Hani. Des fouilles ordonnées par le parquet en 2015 ont permis de découvrir des fragments d’os et des morceaux de vêtements, mais les analyses ADN n’ont pas permis d’identifier le corps.

« Trente-deux ans se sont écoulés, et le sort d’Ibrahim Kartay reste encore un mystère », a déclaré Aysel Ocak au nom des Mères du samedi. Elle a dénoncé l’impunité totale : « Ni ceux qui l’ont arrêté, ni ceux qui ont ordonné ou couvert sa disparition n’ont jamais été traduits en justice. »

La veillée s’est achevée en silence, par le dépôt d’œillets rouges sur la place Galatasaray, symbole de mémoire et de résistance pacifique.

Depuis plus de 31 ans, les mères du samedi demandent justice pour leurs disparu.e.s
 
Le samedi 27 mai 1995, les Mères du Samedi (en kurde: Dayikên Şemiyê, en turc: Cumartesi Anneleri) descendaient pour la première fois sur la place Galatasaray, à Istanbul, pour exiger la fin des disparitions forcées et demander qu’on leur rende leurs proches portés disparus.
 
Les « mères du samedi » reprochent à l’État turc de ne pas avoir enquêté sérieusement pour établir la vérité sur ceux qui ont disparu après leur mise en détention par les autorités turques.
 
Selon l’Association des droits de l’Homme (IHD), entre 1992 et 1996, 792 disparitions forcés et meurtres (de journalistes, syndicalistes, médecins, enseignants, enfants ou simples paysans) par l’État ont été signalés dans les régions kurdes de Turquie.

La région de Jazira : nouveau carrefour commercial du Moyen-Orient

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SYRIE / ROJAVA – La région de Jazira, située au cœur du Rojava dans le nord-est de la Syrie, constitue l’une des zones les plus stratégiques et les plus riches du pays. Historiquement ancrée dans le territoire kurde, elle se distingue par ses terres exceptionnellement fertiles, ses ressources en eau, ainsi que ses importantes réserves de pétrole et de gaz naturel. Véritable pilier économique de la Syrie, elle joue un rôle central tant dans l’agriculture que dans la production énergétique.

Une position géostratégique unique

Nichée entre la Turquie au nord, l’Irak à l’est et le reste de la Syrie au sud-ouest, la Jazira bénéficie d’une situation privilégiée qui en fait un corridor de transit naturel. Traversée par l’autoroute internationale M4, qui relie la côte méditerranéenne à la frontière irakienne, elle constitue un axe logistique majeur facilitant les échanges commerciaux entre l’Irak, la Syrie, la Turquie et, au-delà, vers l’Europe.

Traditionnellement surnommée le « grenier à blé de la Syrie », la région produit entre 60 % et 70 % de la production nationale de blé, soit environ un million de tonnes par an. Elle est également un haut lieu de culture de l’orge, du coton et des lentilles.

Sur le plan énergétique, les champs pétrolifères de Rmeilan, Shadadi, Derik et leurs environs représentent la principale source de production de pétrole et de gaz du pays, avec une production estimée à environ 120 000 barils par jour pour Rmeilan.

Les points de passage frontaliers stratégiques

Le dynamisme économique de la Jazira repose largement sur ses postes-frontières :

  • Tel Kocher (Rabia) : Réouvert en avril 2026 après près de 13 ans de fermeture, ce point de passage avec l’Irak est devenu l’un des axes commerciaux les plus vitaux. Il permet le transport de pétrole, de carburants, de produits agricoles et de matières premières, tout en facilitant la circulation des personnes.

  • Semalka (Derik) : Principal point de passage vers le Kurdistan irakien (Kurdistan méridional), il joue un rôle essentiel dans le commerce et l’acheminement de l’aide humanitaire.

  • Qamishlo (Nusaybin) : Capitale administrative et économique de la Jazira, cette ville frontalière avec la Turquie bénéficie d’un aéroport et d’une activité industrielle et commerciale soutenue.

  • Darbasiyah : Important centre historique du commerce frontalier, particulièrement actif dans le secteur agricole.

  • Serê Kaniyê / Ras al-Ain : Situé sur l’autoroute M4, ce poste renforce le réseau de transport régional.

Un nouvel élan économique

La réouverture du poste de Tel Kocher marque un tournant décisif. Elle a déjà permis :

  • L’accélération des importations de carburant irakien ;

  • La reprise du transport de pétrole et de diesel ;

  • Le redémarrage du commerce agricole et industriel ;

  • La relance progressive du transport de passagers.

Grâce à l’autoroute M4 et à ces points de passage, la Jazira est en passe de devenir un nouveau pôle logistique majeur au Moyen-Orient. Le transport des ressources énergétiques irakiennes vers la Méditerranée via le territoire syrien ouvre des perspectives prometteuses, positionnant la région comme un corridor énergétique et commercial stratégique sur l’axe irako-syro-turc.

 

Le Kurdistan décroche un record du monde Guinness avec 1000 personnes en costume traditionnel kurde

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KURDISTAN – Le 24 juin dernier, plus de 1 000 participants vêtus de magnifiques tenues traditionnelles kurdes se sont rassemblés à Erbil, établissant un nouveau record du monde Guinness pour le plus grand rassemblement de personnes en costume traditionnel et marquant une étape majeure pour la valorisation du patrimoine culturel kurde.

Des milliers de jeunes, vêtus de magnifiques costumes traditionnels kurdes aux couleurs vives, ont envahi la place publique du Centre de la jeunesse d’Erbil mercredi soir, offrant un spectacle haut en couleur et riche en émotion. Le Festival des vêtements culturels kurdes s’est achevé par un exploit historique : le Kurdistan a officiellement décroché un record du monde Guinness.

Organisé par la Fondation du Kurdistan, l’événement a réuni plus de 1 000 participants portant des tenues authentiques représentant les différentes régions du Kurdistan. Ce rassemblement exceptionnel a permis d’établir le nouveau record du plus grand rassemblement de personnes en vêtements traditionnels.

Dès 17h00, la place s’est transformée en une véritable vitrine vivante du patrimoine kurde. Des jeunes venus de tout le Kurdistan y ont arboré fièrement les habits traditionnels propres à leurs régions, mettant en lumière la richesse et la diversité de la culture kurde.

Après plusieurs heures d’inscription et de vérification minutieuse effectuées par des représentants officiels du Guinness World Records, le programme de la scène principale a débuté à 20h00. À 20h40, l’annonce tant attendue est tombée : le record a été battu. Une vague de joie et de fierté a aussitôt submergé les participants et le public présent.

Pour la Fondation du Kurdistan, cet exploit dépasse largement le cadre d’un simple record. Il s’agit avant tout d’un message fort adressé au monde entier sur la vitalité, l’unité et la volonté de préserver le patrimoine culturel kurde.

« L’objectif principal était de renforcer chez les jeunes générations la fierté de leur identité et de leurs racines », ont souligné les organisateurs. Mission accomplie. Les vêtements traditionnels kurdes, symboles vivants d’une culture millénaire, ont brillé ce soir-là comme jamais.

Ce record du monde, reconnu internationalement, constitue désormais un témoignage puissant de la résilience et de la détermination du peuple kurde à transmettre son héritage aux générations futures.

#IRANWAR. Depuis le cessez-le-feu, l’Iran a ciblé 50 fois l’opposition kurde en Irak

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IRAK / KURDISTAN – Depuis le cessez-le-feu ayant mis fin à la guerre de 40 jours entre l’Iran, les États-Unis et Israël, la République islamique d’Iran a mené au moins 50 attaques par missiles et drones suicides contre les quartiers généraux, camps et complexes résidentiels des partis d’opposition kurdes iraniens basés au Kurdistan irakien. La plus récente de ces frappes a eu lieu le mardi 16 juin 2026, visant à nouveau des positions de ces partis suite à l’annonce d’un nouvel accord entre Téhéran et Washington.

Selon les données vérifiées et documentées par Hengaw, ONG de défense des droits humains, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et ses milices supplétives ont poursuivi leur campagne transfrontalière contre les opposants kurdes, et ce, malgré le cessez-le-feu officiellement entré en vigueur le 8 avril 2026.

La frappe du 16 juin constitue la 50e attaque recensée depuis le cessez-le-feu et la première après le dernier accord irano-américain. Elle a ciblé le camp civil du Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI) à Zewe Spi, près de la ville de Koya.

Victimes humaines

D’après Hengaw, ces attaques ont délibérément visé des camps et zones résidentielles densément peuplées, abritant principalement les familles des peshmergas. Au total, au moins quatre personnes ont été tuées, dont trois combattantes peshmergas et un civil, et au moins 20 autres ont été grièvement blessées.

Les personnes tuées sont :

  • Ghazal Mawlan, combattante peshmerga membre du Parti Komala du Kurdistan ;

  • Neda Miri, combattante peshmerga membre du Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI) ;

  • Samira Allahyari, combattante peshmerga membre du Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI) ;

  • Shahin Azarbarzin, civil âgé de 17 ans, enfant d’une famille peshmerga affiliée au PDKI.

Par ailleurs, au moins 20 membres des forces peshmergas ont été blessés au cours de ces attaques, dont 14 appartenant au Parti de la liberté du Kurdistan (PAK).

Avant le cessez-le-feu, les mêmes quartiers généraux et camps avaient déjà été pris pour cible à 167 reprises durant les 40 jours du conflit. Ces frappes avaient coûté la vie à fév combattants peshmergas — Jalal Rashidi, Esmail Rahimi, Omid Veisi, Eqbal Salehi et Fakhraddin Moradi — et fait au moins 30 blessés.

Répartition des attaques depuis le cessez-le-feu

Les 50 attaques recensées se répartissent comme suit :

  • Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI) : 23 attaques

  • Parti Komala du Kurdistan : 11 attaques

  • Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) : 8 attaques

  • Parti Komala du Kurdistan iranien : 6 attaques

  • Parti communiste iranien (Komala) : 1 attaque

  • Organisation Khabat du Kurdistan iranien : 1 attaque

Au-delà du ciblage des zones résidentielles abritant des familles de réfugiés, la République islamique et ses milices ont directement frappé des écoles, des centres médicaux et des bibliothèques. Le bombardement systématique d’établissements scolaires fréquentés par des enfants, la destruction d’infrastructures de soins destinées aux civils et aux blessés, ainsi que les attaques contre des lieux culturels constituent des violations graves des Protocoles additionnels aux Conventions de Genève.

L’organisation Hengaw pour les droits de l’homme souligne que la poursuite de ces attaques après le cessez-le-feu démontre que les autorités iraniennes considèrent la baisse des tensions régionales comme une opportunité pour intensifier leur répression politique contre les Kurdes et poursuivre l’élimination physique des réfugiés politiques kurdes en Irak.

Politique d’appauvrissement au Kurdistan

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TURQUIE / KURDISTAN – L’appauvrissement au Kurdistan n’est pas un simple problème économique, mais une politique délibérée de privation qui touche profondément la vie sociale et économique des régions kurdes.

La pauvreté au Kurdistan du Nord n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une politique régionale systématique et de longue haleine, menée depuis des décennies. La question centrale est la suivante : quel est le nom de cette politique, qui vise-t-elle et quelles en sont les conséquences ?

Lorsqu’on examine le classement des revenus par habitant en Turquie, les provinces qui occupent systématiquement les dernières places présentent les mêmes caractéristiques : Siirt, Mardin, Diyarbakır, Batman, Van, Ağrı, Muş et Bitlis. Ces villes partagent non seulement leur position en bas du classement économique, mais aussi leur situation géographique au Kurdistan.

Les données publiées par l’Institut turc de la statistique (TÜİK) en 2024 confirment ce constat. Pourtant, les racines de cette situation sont bien plus anciennes et ses effets demeurent continus.

La pauvreté au Kurdistan est-elle un simple « échec du développement » ou le résultat d’une politique délibérée ? L’analyse croisée des données, de l’histoire et des conditions sociales actuelles révèle non pas une pauvreté ordinaire, mais un processus actif d’appauvrissement.

Pauvreté ou appauvrissement ?

La pauvreté est généralement définie comme l’incapacité à satisfaire ses besoins fondamentaux. Cette définition occulte cependant ses causes. Faibles revenus, chômage et précarité de l’emploi en constituent le visage économique. Dans le cas du Kurdistan, une autre réalité se cache derrière ces indicateurs : l’appauvrissement.

L’appauvrissement désigne l’exclusion systématique d’une région de l’accès à l’éducation, aux soins de santé, aux transports et aux investissements, ainsi que son exposition aux expropriations foncières, aux pratiques coloniales et aux politiques de développement inégalitaires. Cette distinction n’est pas seulement conceptuelle, elle est éminemment politique. En rendant invisibles les causes structurelles de la pauvreté, le système empêche toute solution réelle.

Si la pauvreté renvoie à des facteurs économiques (manque de revenus, chômage, bas salaires) et appelle des réponses sociales et d’emploi, l’appauvrissement renvoie à une privation délibérée d’une région. Il résulte de la convergence de facteurs politiques, historiques et économiques, et sa résolution exige une transformation structurelle.

Traces d’une économie coloniale

D’un point de vue économique, l’histoire du Kurdistan du Nord au XXe siècle montre une région instrumentalisée pour fournir des matières premières et une main-d’œuvre bon marché à la Turquie. La plupart des terres agricoles ont été placées sous contrôle étatique, tandis que les politiques d’industrialisation ont systématiquement contourné la région. Les évacuations de villages et les migrations forcées des années 1990 ont constitué la phase la plus brutale de ce processus : la destruction de milliers de villages et le déplacement de millions de personnes ont dévasté la production agricole et le tissu social. Les familles migrantes ont rejoint les couches les plus précaires de la classe ouvrière dans les périphéries des grandes villes de l’ouest (Pour exemple : Istanbul, Izmir, Mersin).

La réalité actuelle, héritière de cette histoire, a longtemps été masquée par le discours d’une « région sous-développée ». Or, ce sous-développement n’est pas naturel, mais le produit de choix historiques, politiques et économiques. Au cours de la dernière décennie, cette logique s’est poursuivie par de nouveaux mécanismes.

Nouveaux instruments d’appauvrissement délibéré

La destitution des maires élus et la nomination d’administrateurs d’État dans tout le Kurdistan après 2016 ne constituaient pas seulement une intervention politique, mais aussi un choix économique. Cette politique, appliquée dans des dizaines de municipalités, a profondément perturbé les économies locales : projets d’emploi, coopératives et services sociaux ont été désorganisés. Dans les grandes villes comme Diyarbakır, Mardin et Van, de nombreux employés municipaux ont perdu leur emploi, tandis que les agences de développement, programmes agricoles et formations professionnelles ont été affaiblis ou supprimés.

Transformation urbaine et dépossession

Les longs couvre-feux et les opérations militaires dans des districts comme Cizre, Sur, Nusaybin et Silopi ont provoqué une dévastation économique majeure. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur logement, leur commerce et leurs économies. Les quartiers détruits sont restés à l’abandon pendant des années, tandis que les projets de reconstruction étaient confiés à de grandes entreprises de construction via des appels d’offres centralisés. Ce processus s’apparente à ce que l’on nomme, en temps de guerre, « l’accumulation par dépossession ». Les investisseurs extérieurs ont acquis des biens à bas prix, tandis que les habitants déplacés se sont retrouvés dans des logements temporaires ou contraints d’émigrer.

Une économie de dépendance

Ces dernières années, la politique économique de l’État envers la région s’est orientée moins vers des investissements de développement que vers une aide sociale conditionnelle. Les distributions d’aide par les fondations d’assistance sociale augmentent notablement en période électorale. Cette approche ne vise pas à éradiquer la pauvreté, mais à la rendre supportable et à entretenir une dépendance vis-à-vis de l’État. Les chercheurs qualifient cette relation d’« économie de la dépendance politique ».

De la question kurde au chômage

Les études de terrain montrent un changement significatif dans les priorités des Kurdes au cours de la dernière décennie. Avant 2016, les habitants des villes kurdes citaient en priorité la « question kurde » et le « conflit ». Depuis, les préoccupations se sont déplacées vers la « crise économique » et le « chômage ».

Selon les données du Centre de recherche socio-politique (SAMER), la société se concentre davantage sur les problèmes économiques que sur les questions politiques. Ce glissement est-il spontané ou le résultat d’un processus délibéré ? Face aux pressions économiques quotidiennes, les questions politiques de long terme s’effacent derrière les impératifs de survie. L’appauvrissement remplit ainsi une fonction non seulement économique, mais profondément politique : il érode l’organisation politique et la mémoire collective.

Les conséquences plus profondes de l’appauvrissement

L’accès à l’éducation reste un problème majeur, mêlant facteurs économiques et politiques. De nombreux enfants entrent très jeunes sur le marché du travail, notamment dans l’agriculture saisonnière et l’économie informelle. Les taux d’abandon scolaire sont élevés et l’accès à l’enseignement supérieur faible. Les jeunes diplômés, ne trouvant pas d’emploi sur place, émigrent vers l’ouest ou à l’étranger, alimentant une fuite des cerveaux qui renforce le cercle vicieux.

Les pressions économiques ont également fragilisé les réseaux traditionnels de solidarité. Le déclin des relations de voisinage, l’affaiblissement des liens communautaires et la perte de confiance mutuelle témoignent d’une transformation profonde : la solidarité collective cède progressivement la place à des stratégies de survie individuelles.

Solutions temporaires et leurs risques

La plupart des mesures mises en œuvre contre la pauvreté restent temporaires. Elles traitent les symptômes sans s’attaquer aux causes structurelles. Si les aides alimentaires et financières sont indispensables, elles ne résolvent pas le problème de l’appauvrissement systémique.

Avant 2016, de nombreuses organisations de la société civile comblaient une partie de ce vide. Leur fermeture massive après l’état d’urgence a créé un immense manque, aggravant la pauvreté. La contradiction fondamentale réside dans la relation de dépendance qu’entretient cette aide entre « donateur » et « bénéficiaire ».

Solutions structurelles : des coopératives aux assemblées locales

Faire face à l’appauvrissement implique d’envisager des réponses structurelles. L’experience des mouvements populaires dans les sociétés coloniales et semi-coloniales montre l’efficacité de la socialisation des moyens de production, du développement d’économies coopératives et du renforcement des circuits courts via des assemblées locales.

Ces débats ne sont pas nouveaux au Kurdistan. Malgré les conditions difficiles et la répression des dernières années, certaines expériences — coopératives féminines, réseaux de solidarité agricole et initiatives de production locale — portent un réel espoir. Pour les généraliser et en faire une alternative crédible, il est nécessaire de reconstruire le lien entre organisation politique, démocratie locale et production collective. (ANF)

TURQUIE. Demande d’enquête sur les liens entre les affaires Gülistan Doku et Rojwelat Kızmaz

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TURQUIE / KURDISTAN — La mort suspecte de Rojwelat Kızmaz, une étudiante kurde de 26 ans, continue de soulever de nombreuses questions et relance les interrogations sur l’affaire Gülistan Doku, disparue depuis 2020. Le rapport d’autopsie fait état d’un ADN masculin détecté sur le corps de Rojwelat Kızmaz.

Disparue le 9 février 2024 de son domicile à Batman, Rojwelat Kızmaz a été retrouvée morte trois jours plus tard dans le réservoir du barrage d’Ilısu. Alors que l’enquête avait initialement conclu à un suicide, le rapport d’autopsie contredit cette thèse : selon le médecin légiste, le corps n’était pas resté longtemps dans l’eau et le décès serait survenu seulement quelques heures avant la découverte du corps. Cela signifie que Rojwelat Kızmaz était vraisemblablement encore en vie au cours des deux premiers jours suivant sa disparition.

Des indices troublants dans le rapport d’autopsie

L’agence de presse JINNEWS a révélé le contenu du rapport d’autopsie, qui contient plusieurs éléments inquiétants :

  • La présence d’un profil ADN masculin (Y-STR) sous l’ongle de la main gauche de Rojwelat, indiquant un faible niveau de matériel génétique d’origine masculine. Aucune enquête n’a été ouverte pour identifier à qui appartient cet ADN.

  • L’absence totale de détermination de l’heure exacte du décès.

  • Aucun élément permettant d’étayer clairement la thèse du suicide.

L’enquête, initialement classée sans suite (« non-lieu »), a été rouverte début avril 2024 à la demande de la famille, qui a fourni de nouveaux éléments de preuve.

Lien avec l’affaire Gülistan Doku

Cette affaire intervient alors que persistent de lourds soupçons autour de la disparition de Gülistan Doku, étudiante kurde et amie proche de Rojwelat Kızmaz disparue le 5 janvier 2020 à Dersim. Six ans après les faits, son corps n’a toujours pas été retrouvé.

La députée de DEM parti, Adalet Kaya a déposé une motion parlementaire demandant l’ouverture d’une commission d’enquête sur les liens possibles entre les deux affaires.

Dans sa motion, la députée souligne « la grave négligence » dans les enquêtes, le manque de transparence, la disparition de certaines preuves (notamment des relevés téléphoniques) et les soupçons croissants d’un lien entre les deux cas. Elle évoque notamment les dessins retrouvés sur le téléphone de Rojwelat et les aveux publics qui alimentent les interrogations.

« Faire la lumière sur la vérité et identifier les responsables, le cas échéant, est une obligation fondamentale de l’État », affirme la motion.

TURQUIE. Deux kolbars kurdes torturés par les forces turques

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TURQUIE / KURDISTAN — Deux kolbers kurdes ont été victimes de tortures et de violences sexuelles lors de leur arrestation et de leur détention, selon un rapport accablant publié par une délégation composée du Barreau de Hakkari (Colemêrg), de l’Association des droits de l’homme (IHD) et de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD).

Les faits remontent au 15 mai 2026. Salah Bamir et Resul Bamir, deux kolbers ou kolbars (colporteurs transfrontaliers entre les régions du Kurdistan occupées par la Turquie, l’Iran et l’Irak), ont été arrêtés alors qu’ils tentaient de franchir illégalement la frontière vers le Kurdistan oriental (Rojhilat) au niveau du poste d’Esendere. Après leur interpellation, ils ont été transférés au commissariat de police du district de Şemdinli (Şemzînan), où ils ont subi des actes de torture et, pour Resul Bamir, des violences sexuelles.

Les allégations de torture

Selon les témoignages recueillis par les avocats et rapportés par l’agence Mezopotamya (MA) :

  • Les deux hommes ont été frappés, insultés et soumis à des traitements dégradants dans des pièces sans caméra de surveillance.

  • Resul Bamir affirme avoir été violé. Il a perdu deux dents sous les coups, a saigné pendant plusieurs jours et a été incapable d’aller aux toilettes pendant un long moment.

  • Les deux kolbers présentent de multiples hématomes sur le corps.

Lors du premier examen médical à l’hôpital d’État de Hakkari le 18 mai, aucun constat de violences n’aurait été consigné. Un second rapport, daté du 20 mai, mentionne toutefois les allégations de viol et de torture.

Après trois jours de garde à vue, ils ont été placés en détention provisoire à la prison fermée de Hakkari le 18 mai.

Selon le rapport, les mauvais traitements se seraient poursuivis en prison. Le 10 juin 2026, Resul Bamir aurait été extrait de sa cellule après une visite familiale et à nouveau torturé par des individus, dont l’un des agents déjà impliqués dans les violences au commissariat de Şemdinli. Des gardiens de prison ont confirmé aux avocats que des personnes se présentant comme des agents de renseignement avaient emmené les détenus pour les agresser, et que la direction de la prison leur avait ordonné de ne pas intervenir.

Entraves à la justice

Les avocats ont dénoncé des obstacles répétés à leur mission : difficulté d’accès aux détenus et entrave à la documentation des faits. Le Barreau de Hakkari a rappelé que l’interdiction de la torture est absolue et a exigé une enquête indépendante et efficace, ainsi que des poursuites contre les responsables.

Ergün Canan, président du Barreau de Hakkari, a déclaré que Resul Bamir avait perdu deux dents et subi des violences sexuelles en garde à vue, et que les deux hommes présentaient de graves blessures.

ROJAVA. Commémorations de 233 Kurdes massacrés par DAECH le 25 juin 2015 à Kobanê

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SYRIE / ROJAVA — Aujourd’hui, 25 juin, la ville de Kobanê et le village de Barkh Botan rendent hommage aux Kurdes massacrés par l’État islamique en 2015, l’une des attaques les plus meurtrières contre des civils durant la guerre en Syrie.

Aux premières heures du 25 juin 2015, des combattants de l’EI s’étaient infiltrés dans Kobanê et Barkh Botan, lançant des attaques coordonnées contre des quartiers résidentiels, des marchés et des zones civiles. Les assaillants avaient délibérément pris pour cible des femmes, des enfants et des personnes âgées, semant la terreur au sein de la population.

À cette époque, les Unités de protection du peuple (YPG) et les Unités de protection des femmes (YPJ) étaient engagées dans des opérations pour sécuriser les environs de Kobanê. Face à l’attaque, elles ont, avec les Forces de sécurité intérieure (Asayish) et les habitants, livré de violents combats qui ont duré plusieurs jours avant de reprendre le contrôle total de la ville.

Selon les autorités locales de Kobanê, cette attaque a fait 233 morts et plus de 270 blessés parmi les civils. Des sources indépendantes font état d’un bilan pouvant atteindre 262 victimes civiles.

Chaque année, des cérémonies commémoratives sont organisées à Kobani et à Barkh Botan. Des monuments ont été érigés en hommage aux victimes et aux combattants tombés lors de la défense de la ville.

Cet anniversaire intervient dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes et de tentatives de déstabilisation de la région. Pour les habitants, cette commémoration ne constitue pas seulement un devoir de mémoire, mais aussi un rappel fort de la nécessité de garantir la sécurité de Kobani, de préserver la stabilité obtenue au prix de lourds sacrifices, et d’empêcher la répétition de telles tragédies.

ROJAVA. Des gangs pro-turcs menacent les Kurdes chassés de Serêkaniyê

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SYRIE / ROJAVA — Des groupes armés pro-turcs installés à Serêkaniyê (Ras al-Ayn) ont proféré des menaces directes contre les Kurdes déplacés, dans le but de les empêcher de retourner dans leurs foyers.

Selon une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, des hommes armés, présentés comme non-originaires de la région, ont tenu des propos menaçants sur une place publique de la ville. Ces déclarations interviennent alors que des discussions s’intensifient sur l’organisation du retour des personnes déplacées dans leurs zones d’origine.

Ces menaces suscitent de vives inquiétudes quant à la sécurité des futurs retours. Elles interviennent dans un contexte marqué par des appels répétés à garantir la sécurité des habitants, à limiter le port d’armes aux seules forces officielles et à mettre fin aux agissements des groupes militants.