IRAN. Un autre manifestant condamné à mort

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IRAN – Vahid Khan Sanami, arrêté dans le cadre des manifestations de janvier, a été condamné à mort par le pouvoir judiciaire iranien pour « moharebeh » (guerre contre Dieu); signale l’ONG kurde Hengaw.

Selon l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, présidée par le juge Abolghasem Salavati, a prononcé cette sentence. Le jugement a été officiellement notifié à Khan Sanami.

D’après des sources bien informées, son procès s’est tenu en mai 2026 devant cette même chambre. Arrêté en mars 2026 en lien avec les manifestations de janvier, il a subi de longs interrogatoires avant d’être transféré à la prison de Fashafouyeh, également connue sous le nom de Grande Prison de Téhéran, où il est toujours détenu dans des conditions difficiles.

L’utilisation d’accusations religieuses aux contours flous comme le « moharebeh » et le recours à la peine de mort contre des manifestants constituent de graves violations du droit à la vie et du droit à un procès équitable, tels que garantis par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l’Iran est pourtant partie.

Hengaw avait déjà alerté contre une nouvelle vague de condamnations à mort prononcées par les sections du tribunal révolutionnaire de Téhéran.

IRAN. Des gardes-frontières abattent un kolbar kurde près de Meriwan

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IRAN / ROJHILAT – Des gardes-frontières iraniens ont abattu un kolbar kurde de 18 ans, dans la région frontalière de Merîwan. Un jeune Kolbar de 18 ans, Sirwan Khoshnamak, a été abattu par des gardes-frontières iraniens alors qu’il transportait des marchandises dans une zone frontalière montagneuse de Marivan (Merîwan), ce lundi, selon une organisation de défense des droits humains. Il s’agit du deuxième Kolbar tué par des gardes-frontières en quatre jours dans la région frontalière du Kurdistan iranien. D’après les informations recueillies par l’Organisation Hengaw pour les droits humains, Salah Khoshnamak, originaire du village de Duwmal, près de Marivan, a été tué par balle dans la zone frontalière de Viseh le 6 juillet 2026. Les gardes-frontières iraniens ont ouvert le feu sur Khoshnamak à bout portant et sans sommation. Il est mort sur le coup. Vendredi, les gardes-frontières ont également abattu Wazir Rahimi, un porteur de 57 ans, près du poste frontière de Nowsud. Rahimi, originaire du district de Shahu, dans la province de Ravansar, était père de cinq enfants.

« Nous continuerons à rire pour défier la tyrannie »

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TURQUIE / KURDISTAN — Le député du parti pro-kurde DEM, Cengiz Çiçek, a déclaré que l’arrestation du comédien Deniz Göktaş reflète la dérive autoritaire du régime turc, jurant que « nous continuerons à rire en défiant la tyrannie ».

L’arrestation de l’humoriste kurde-alévi Deniz Göktaş, accusé d’« outrage aux valeurs religieuses » et d’« outrage au président » pour sa satire politique diffusée dans son émission de stand-up « Ölü Deniz » sur YouTube, a suscité une vive indignation. Visionnée et saluée par des millions de personnes, cette émission a conduit à son interpellation dès son retour de l’étranger à l’aéroport. La colère publique s’est encore amplifiée après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une photo le montrant menotté dans le dos au commissariat de Vatan à Istanbul.

Cengiz Çiçek, député du Parti de l’égalité des peuples et de la démocratie (DEM) et présent au rassemblement de solidarité devant le tribunal de Çağlayan, a dénoncé auprès de l’agence ANF cette arrestation qu’il juge injuste et illégale.

Une opération du régime de l’AKP, qui n’a pas réussi à devenir une puissance culturelle

Cengiz Çiçek a affirmé que la détention et l’arrestation de l’humoriste Deniz Göktaş reflètent le caractère autoritaire du régime turc. Il a souligné qu’il s’agissait d’un exemple flagrant de la politique gouvernementale visant à étouffer toute forme de liberté d’expression.

Il a rappelé une déclaration faite il y a des années par le président Tayyip Erdoğan : « Nous sommes devenus la puissance politique, mais nous n’avons pas pu devenir la puissance culturelle. » Selon lui, l’affaire Deniz Göktaş s’inscrit dans une opération menée par le régime de l’AKP pour imposer sa domination culturelle.

Cette affaire montre à quel point le gouvernement a peur

Çiçek a déclaré que la satire politique de Deniz Göktaş est devenue une source d’espoir pour la gauche et les milieux d’opposition. « C’est la principale raison de la forte solidarité sociale et politique qui s’est formée autour de Deniz. Cela a aussi démontré l’importance de la satire politique. Quand Deniz se produit sur scène, des cents, voire des milliers de personnes rient simultanément. Cela révèle à quel point le gouvernement craint le rire partagé. À travers son spectacle, Deniz a une fois de plus montré comment les opposants au régime peuvent se rassembler autour de valeurs communes. C’est la plus grande crainte de l’AKP. Nous avons constaté la même chose lors de la résistance de Gezi. La pluralité, la diversité et l’humour de Gezi ont profondément effrayé le gouvernement. Avec son spectacle, Deniz Göktaş est redevenu la voix de ceux qui refusent d’obéir, de ceux qui ne se soumettent pas au régime, de ceux qui questionnent, rient et s’accrochent à la vie en faisant rire les autres. »

Hier, les intellectuels étaient brûlés vifs ; aujourd’hui, ils sont emprisonnés

Çiçek a rappelé que Deniz Göktaş était revenu en Turquie le 2 juillet, jour du 33e anniversaire du massacre de Sivas, une date hautement symbolique. « Deniz est revenu en Turquie le 2 juillet, jour du 33e anniversaire du massacre de Sivas. J’ignore s’il a choisi cette date délibérément, mais cette image est devenue un portrait de la Turquie. Elle montrait que, 33 ans plus tard, les écrivains, les artistes et les intellectuels ne sont toujours pas tolérés. Elle reflétait la même mentalité qui les a massacrés il y a des décennies. Hier, les intellectuels étaient brûlés vifs ; aujourd’hui, ils sont emprisonnés au nom des “valeurs nationales et religieuses” et de la “sécurité publique”. »

Il a ajouté que cela prouvait que les intellectuels, les militants de gauche, les Alévis, les démocrates et les révolutionnaires ne sont toujours pas en sécurité dans ce pays. « Que ce soit intentionnel ou non, Deniz a mis en lumière cette réalité. En rentrant en Turquie le jour anniversaire de l’assassinat de 33 intellectuels, il a démontré à ce système qu’il appartient à cette terre et qu’il en est une valeur fondamentale. »

« Il aurait pu choisir de ne pas revenir, mais il l’a fait. Ceux qui ne pouvaient l’accepter l’ont menotté dans le dos et se sont assurés que ces images soient diffusées. C’était aussi un message à tous ceux qui pensent, vivent et refusent de se soumettre comme Deniz. Les responsables du massacre de Sivas ont bénéficié d’une impunité de fait, les prétendus fugitifs ayant profité de la prescription. […] Ceux qui ont assombri nos vies lors du massacre de Sivas et brûlé vifs nos proches restent libres, tandis que des gens comme Deniz, qui nous font rire et ramènent de la joie dans nos vies, sont emprisonnés. C’est aussi une atteinte à notre quête de liberté et à notre joie de vivre. C’est précisément pourquoi nous devons continuer à rire et faire rire plus fort. »

Si votre organisme craint un humoriste, cela parle de lui-même

Çiçek a souligné la profonde contradiction que représente cette affaire, alors même que des discussions sur un processus de paix et de société démocratique sont en cours. Il a rappelé que les Kurdes, les Alévis, les chrétiens, les socialistes et les révolutionnaires ont été exclus dès la fondation de la République. « Notre lutte pour démocratiser la République est aussi une lutte au nom de tous ceux qui ont été exclus. Nous voulons faire partie intégrante de la République par la lutte démocratique. »

« Monsieur Abdullah Öcalan et nous-mêmes, en tant que parti DEM, avons toujours soulevé des questions telles que la liberté d’expression, la liberté d’association, les droits identitaires, la liberté de croyance, les droits des femmes et l’égalité des genres lors de nos rencontres avec nos interlocuteurs au sein de l’État. Alors que nous nous efforçons d’élargir l’espace de liberté d’expression et d’association pour tous les groupes d’opposition, vous traitez un artiste comme un ennemi de l’État, vous le menottez dans le dos, vous le poursuivez en justice et vous tentez de l’intimider par l’emprisonnement. »

« Si vous considérez la satire politique d’un humoriste comme une menace pour la sécurité publique ou nationale, cela en dit plus long sur votre système que sur l’humoriste lui-même. Si vous avez bâti un système qui craint autant un humoriste, c’est le signe d’une profonde faiblesse. »

Qu’en est-il de notre sécurité ?

« Vous parlez d’ordre public, mais les membres de l’opposition, les socialistes, les démocrates, les Kurdes et les Alévis n’ont-ils pas leur propre ordre social ? Vous parlez de sécurité nationale, mais qui sommes-nous ? Nous sommes les travailleurs, les pauvres, les producteurs et les contribuables de ce pays. Qu’en est-il de notre sécurité ? Pourquoi la sécurité de votre parti et de votre gouvernement est-elle considérée comme primordiale, tandis que celle de Deniz est ignorée ? »

Nous avons été battus sous le régime militaire, et nous le sommes encore sous le régime de l’AKP

Çiçek a rappelé que la répression et l’injustice n’ont jamais apporté de solutions durables en Turquie. « Nous avons souffert sous le régime militaire, et nous continuons de souffrir sous le régime de l’AKP. L’un des objectifs fondamentaux du processus de paix et de société démocratique est de rompre ce cycle. »

Nous ne serons pas confinés aux tribunaux ou aux prisons

« Le système de répression et d’exploitation en Turquie est depuis longtemps entretenu par deux blocs politiques dominants. Qu’ils soient nationalistes ou islamistes, tous deux ont systématiquement pris pour cible des personnes comme nous et comme Deniz. […] Face à la même oppression, la tradition de résistance perdure. C’est pourquoi soutenir des personnes comme Deniz, c’est amplifier leur humour. C’est rire par défi, faire de la satire par défi et refuser de renoncer à notre rire. »

« En défiant les tyrans et l’oppression, en défiant ceux qui veulent nous couper de la vie, nous rirons, et nous continuerons de rire. Le rire est un acte révolutionnaire. […] Nous sommes un peuple qui ne peut être enfermé dans les couloirs d’un tribunal, nous sommes des millions. Nous ne rentrerons pas dans les prisons où ils cherchent à nous enfermer. Ils nous ont exilés, et pourtant même le monde ne peut nous contenir. Nous poursuivons notre combat où que nous soyons. Nous sommes le peuple. Nous avons raison. Et nous vaincrons. » (ANF)

De 1975 au sommet de l’OTAN à Ankara : redéfinition géostratégique de la question kurde

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TURQUIE / KURDISTAN – Les récents développements en Irak et en Syrie, ainsi qu’au sein de l’OTAN et de l’Union européenne, indiquent que la question kurde est en train d’être redéfinie dans un nouveau cadre de sécurité régionale.

Tout au long de son histoire plus que centenaire, la question kurde n’a jamais été un simple problème local ou national. Chaque tournant majeur de l’histoire régionale l’a redéfinie. Tour à tour, elle a été perçue comme une menace pour la sécurité, un partenaire d’alliance, un enjeu de négociation ou encore le pivot occulte d’un ordre régional en mutation.

L’accord d’Alger de 1975 demeure l’un des exemples les plus frappants de ce schéma historique. Bien que l’accord signé entre l’Iran et l’Irak ne mentionne pas les Kurdes, ses conséquences se sont fait senti le plus durement au Kurdistan du Sud (Başur). Le Shah d’Iran et Saddam Hussein siégeaient à la table des négociations, tandis que Washington, et la realpolitik d’Henry Kissinger, tiraient les ficelles en coulisses. En engageant les deux parties à ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures de l’autre, l’accord a permis à l’Iran de retirer son soutien au mouvement dirigé par le mollah Mustafa Barzani. Absents du texte, les Kurdes en ont pourtant subi les conséquences les plus graves.

C’est pourquoi réduire 1975 à la simple phrase « les Kurdes ont été trahis » ne rend pas compte de toute sa portée historique. La trahison explique la dimension morale des événements, mais la réalité politique était bien plus complexe. La défaite de 1975 n’a pas brisé la volonté de résistance du peuple kurde. C’est le mouvement dirigé par le mollah Mustafa Barzani qui a subi un revers historique. Parallèlement, cet épisode a mis en lumière les limites structurelles d’une lutte fondée essentiellement sur le soutien des puissances régionales.

Les conclusions de la commission Pike, créée par la Chambre des représentants des États-Unis en 1976 pour enquêter sur les opérations secrètes de la CIA à l’étranger, ont révélé les calculs stratégiques sous-jacents à l’accord. La commission a conclu que Washington considérait les Kurdes non comme un peuple dont la liberté méritait d’être soutenue, mais comme un instrument géopolitique de pression sur l’Irak. Bien que les responsables américains savaient que le mouvement kurde s’effondrerait une fois le soutien iranien retiré, les dirigeants kurdes n’ont jamais été informés de ce changement de politique. La remarque ultérieure d’Henry Kissinger, « il ne faut pas confondre action secrète et prosélytisme », est depuis devenue l’une des expressions les plus claires de cette politique. À l’époque, sa stratégie pour le Moyen-Orient était axée sur la sécurité d’Israël, la limitation de l’influence soviétique et le renforcement du rôle régional de l’Iran. Dans ce cadre stratégique plus large, le mouvement kurde était traité non comme un acteur politique indépendant, mais comme une variable parmi d’autres dans une équation géopolitique bien plus vaste.

L’histoire ne s’est toutefois pas arrêtée là.

C’est peut-être là la caractéristique déterminante de l’histoire kurde : aucune défaite majeure n’a jamais réussi à retirer les Kurdes de la lutte. Les événements de 1975 ont marqué non seulement une rupture profonde, mais aussi le début d’une nouvelle quête politique. Au lendemain de cette défaite, Jalal Talabani fonda l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), tandis que trois ans plus tard, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) tenait son congrès fondateur, ouvrant un nouveau chapitre dans la vie politique kurde. Bien que les deux mouvements aient emprunté des voies politiques différentes, tous deux sont nés de la prise de conscience historique et de la quête renouvelée qui ont suivi 1975. Peut-être aucune métaphore ne saisit-elle mieux l’histoire kurde que celle du phénix (Zümrüdü Anka). C’est une histoire marquée par la capacité de renaître de ses cendres après chaque catastrophe majeure. En ce sens, 1975 doit être perçue non pas comme une simple fin, mais comme le début d’une nouvelle ère historique.

Aujourd’hui, la région se trouve à un nouveau carrefour historique. Pourtant, bon nombre des mêmes questions refont surface.

Une analyse plus approfondie des récentes initiatives

Une analyse plus approfondie des récentes initiatives turques à l’égard de l’Irak, de la Syrie, de l’Union européenne et de l’OTAN suggère que la question kurde n’est plus envisagée uniquement sous l’angle de la sécurité intérieure. Bagdad, Erbil, Souleimaniye et Kirkouk apparaissent de plus en plus comme des points interconnectés au sein d’une même stratégie. La sécurité, l’énergie, le commerce, les transports, l’industrie de la défense, les migrations et la diplomatie ne sont plus considérés comme des domaines politiques distincts, mais comme des composantes interdépendantes d’une architecture régionale plus vaste.

Cette situation évolutive indique que la Turquie cherche à élaborer une stratégie à plusieurs niveaux à l’égard du Mouvement de libération kurde, une stratégie qui dépasse largement le cadre militaire et englobe la diplomatie, l’économie, les mesures juridiques, la coopération en matière de renseignement et les mécanismes de sécurité régionale. Bien que les circonstances actuelles ne soient pas identiques à celles de 1975, elles présentent néanmoins d’importantes similitudes avec le réalignement géopolitique qui a suivi cette période.

Le sommet de l’OTAN qui se tiendra en Turquie les 7 et 8 juillet revêt une importance particulière dans ce contexte. La Turquie se positionne non seulement comme un allié de l’OTAN sur son flanc sud, mais aussi comme un acteur incontournable de l’architecture de sécurité euro-atlantique, de par son rôle en mer Noire, dans le corridor Irak-Syrie, la gestion des migrations, la sécurité énergétique et l’industrie de défense. Cette même logique géopolitique influence de plus en plus les relations d’Ankara avec l’Union européenne.

Ce qui frappe le plus dans ce nouveau paysage, c’est que la question kurde est rarement mentionnée explicitement, alors qu’elle se trouve au centre de presque tous les grands débats stratégiques.

En 1975, la question kurde était la conséquence tacite du rapprochement entre l’Iran et l’Irak. Aujourd’hui, elle est devenue l’un des points névralgiques, souvent invisibles, de la nouvelle architecture géopolitique que la Turquie cherche à construire sur l’axe Irak-Syrie-Union européenne-OTAN.

Les deux périodes ne sont évidemment pas identiques. L’histoire ne se répète pas. Pourtant, les grands bouleversements géopolitiques suivent souvent une logique stratégique similaire. Le parallèle ne réside pas dans des résultats identiques, mais dans les tentatives répétées de redéfinir la question kurde de l’extérieur.

L’erreur la plus grave aujourd’hui est peut-être d’interpréter l’évolution de la politique uniquement à travers les déclarations publiques des acteurs politiques. Les États déclarent rarement ouvertement leurs intentions. Leurs priorités stratégiques se révèlent plutôt par des mesures progressives, des partenariats nouvellement noués, l’engagement diplomatique, les doctrines de sécurité et les arrangements institutionnels. Une analyse politique pertinente repose donc non pas sur des spéculations quant aux intentions, mais sur la reconnaissance de signaux stratégiques qui, au fil du temps, forment un schéma cohérent.

L’analyse conjointe des récents développements diplomatiques et sécuritaires, de l’Irak et de la Syrie à l’OTAN et à l’Union européenne, ne révèle aucun événement isolé témoignant d’une transformation profonde. Toutefois, pris dans leur ensemble, ces développements confortent l’impression que la question kurde est une fois de plus redéfinie au sein d’une nouvelle architecture de sécurité régionale. Plutôt que de tirer des conclusions hâtives ou de se fier uniquement aux déclarations officielles, il est plus judicieux de suivre attentivement ces signaux stratégiques, de les examiner à la lumière de l’expérience historique et d’évaluer avec discernement leur évolution possible. L’histoire montre que les tournants majeurs résultent rarement d’un événement unique et spectaculaire ; ils sont le plus souvent le fruit d’une accumulation de changements stratégiques apparemment mineurs, dont l’importance ne se révèle qu’a posteriori.

La question centrale

La question centrale est donc la suivante :

Les Kurdes se verront-ils une fois de plus assigner une place au sein d’architectures de sécurité conçues par d’autres, en tant que « partenaire utile », source de « stabilité » ou acteur à gérer ? Ou bien façonneront-ils leur propre avenir politique à partir de leur propre expérience historique ?

Après plus d’un siècle de lutte, le peuple kurde n’a plus à prouver sa légitimité aux États, aux alliances ou aux puissances internationales avec lesquelles il interagit. Ce combat séculaire a déjà consacré le peuple kurde comme une réalité historique incontestable. Le défi n’est plus de se positionner dans les calculs géopolitiques d’autrui, mais de tracer sa propre voie grâce à sa force sociale et à son rôle historique.

Article d’Hüseyin Salih Durmuş pour ANF

TURQUIE. Un prisonnier politique meurt après 250 jours de grève de la faim

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TURQUIE / KURDISTAN – Gürkan Türkoğlu, prisonnier politique kurde-alévi, est mort des suites d’une longue grève de la faim entamée contre les conditions de détention dans les prisons de haute sécurité turques. Il était incarcéré à la prison fermée de haute sécurité (« de type puits ») de Döşemealtı, à Antalya.

Son corps, après autopsie à l’Institut de médecine légale d’Antalya, sera remis à sa famille et transféré dans sa ville natale d’Erzincan (Ezirgan).

Une cérémonie funéraire aura lieu mardi à 16h30 au cimetière Yalıncak Cemevi du quartier de Çağlayan, dans la province kurde d’Erzincan. À l’issue de celle-ci, Gürkan Türkoğlu sera inhumé dans le cimetière familial.

Trois mois de lutte acharnée

L’état de santé de Gürkan Türkoğlu s’était gravement détérioré au 250e jour de sa grève de la faim. Hospitalisé le 10 avril à l’hôpital municipal d’Antalya, il avait été placé en soins intensifs le 20 avril, puis intubé le 30 avril. Il est décédé hier, après trois mois de combat pour sa survie.

Sa mort remet une nouvelle fois en lumière les conditions de détention dans les prisons de haute sécurité turques, régulièrement dénoncées par les organisations de défense des droits humains.

Les prisons de type « puits »

Des milliers de prisonniers politiques croupissent dans des prisons de type S, de type Y et de haute sécurité, qualifiées de « prisons de type puits », qui sont des lieux de torture dénoncent les défenseurs des droits humains.

En Turquie, on compte plus de 50 prisons « de type puits » tandis que des dizaines d’autres sont en cours de construction.

ROJAVA. Les proxies de la Turquie refusent de quitter le canton kurde d’Afrin

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SYRIE / ROJAVA – Plusieurs Kurdes d’Afrin, de retour chez eux, ont confirmé que leurs maisons et leurs terres agricoles restent occupées par des factions armées affiliées à la Turquie. Beaucoup se voient contraints de payer des sommes exorbitantes pour récupérer leurs biens.

Un habitant revenu avec le huitième convoi de rapatriement a déclaré à l’agence de presse ANHA que les familles installées dans sa maison refusaient de la libérer. Selon lui, ces nouvelles occupantes lui ont réclamé 2 500 dollars américains en échange de la restitution de son logement. Il a déposé une plainte auprès des autorités compétentes, sans résultat à ce jour.

Le problème dépasse les habitations. De vastes étendues de terres agricoles appartenant aux originaires d’Afrin auraient également été saisies, leurs propriétaires étant sommés de verser de l’argent pour y accéder à nouveau.

Dans le district de Shiyeh (Sheikh al-Hadid)

La « 30e Brigade » et la « 25e Division », placées sous le commandement d’Abou Amsha, exercent un contrôle étroit sur la zone. Selon des sources locales, ces factions extorquent régulièrement de l’argent aux habitants. Elles ont par ailleurs transformé le bâtiment de la poste et trois maisons privées en quartiers généraux militaires et logistiques, interdisant l’accès aux civils.

Dans ce même district, 521 familles liées aux factions armées y résideraient, tandis qu’environ 5 000 familles occupent la ville d’Afrin, la plupart originaires du gouvernorat de Deir ez-Zor.

Rappel des faits

L’État turc et ses alliés ont pris le contrôle d’Afrin en 2018, provoquant le déplacement forcé d’une grande partie de la population kurde et un important changement démographique. Des familles issues d’Idlib, Deir ez-Zor, Azaz, Hama et Homs ont été installées dans les logements abandonnés.

Dans le cadre de l’accord du 9 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le Gouvernement intérimaire syrien, les deux parties s’étaient engagées à garantir le retour sécurisé des déplacés vers leurs régions d’origine. Plusieurs groupes d’habitants d’Afrin ont ainsi pu regagner leurs foyers ces derniers mois.

Cependant, des milliers de maisons appartenant aux résidents originels restent occupées par des familles affiliées aux factions armées et n’ont toujours pas été évacuées.

TURQUIE. Création d’une initiative de cinéastes kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – L’atelier sur le cinéma kurde s’est conclu par la décision de créer l’Initiative des cinéastes kurdes. Organisé par l’Académie du cinéma du Moyen-Orient, l’atelier de cinéma kurde s’est achevé après avoir réuni de nombreux cinéastes, réalisateurs, scénaristes et acteurs dans la salle de conférence de la municipalité de Yenişehir à Amed (Diyarbakır). L’atelier a porté sur les défis auxquels est confronté le cinéma kurde et sur sa situation actuelle. Le deuxième jour, les participants ont discuté de solutions possibles à ces problèmes. Parmi les propositions avancées figuraient la création d’archives complètes pour le cinéma kurde, des cours d’écriture de scénarios en langue kurde, le développement de programmes universitaires et éducatifs, et la mise en place de plateformes numériques dédiées à la diffusion de films kurdes. Les participants ont finalement décidé de créer l’Initiative des cinéastes kurdes. Dans le cadre de cette initiative, une commission a été formée pour travailler au développement, à l’institutionnalisation et à la résolution des défis auxquels est confronté le cinéma kurde. La liste complète des décisions adoptées lors de l’atelier sera annoncée ultérieurement.

TURQUIE. Arrestation de la rédactrice en chef d’un journal kurde

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TURQUIE / KURDISTAN – Le régime turc a intensifié la pression sur les médias et la société civile à la veille du sommet de l’OTAN organisé à Ankara. Berfin Ay, rédactrice en chef du journal kurde d’Azadîya Welat, a été placée en garde à vue dans le district de Cizre, à Şırnak. Sa famille, qui réside à Diyarbakır (Amed), a été informée de son arrestation, mais aucune précision n’a été apportée quant aux raisons de cette détention. Berfin Ay a été arrêtée à un point de contrôle à l’entrée de Cizre et a été emmenée au département de police provincial de Şırnak.

IRAN. Au moins 109 prisonniers exécutés en juin

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IRAN / ROJHILAT – Au cours du mois de juin 2026, au moins 109 prisonniers, dont 18 Kurdes, ont été exécutés dans les prisons iraniennes. Ce chiffre représente une hausse d’au moins 10 exécutions (+10 %) par rapport à juin 2025, période durant laquelle 99 personnes avaient été exécutées.

L’identité des 109 personnes exécutées a été vérifiée par l’organisation de défense des droits humains Hengaw.

Parmi les prisonniers exécutés figurent trois femmes.

Seuls 7 cas (soit 6,5 % du total) ont été officiellement annoncés par les autorités judiciaires iraniennes. Par ailleurs, au moins 12 exécutions ont été menées en secret, sans que les familles soient informées ni autorisées à rendre une dernière visite aux condamnés.

Cinq prisonniers politiques, dont deux Kurdes, ont été exécutés au cours du mois. Ils avaient été arrêtés lors des manifestations de janvier et ont été condamnés notamment pour « Moharebeh » (guerre contre Dieu) ou espionnage :

Ashkan Maleki et Mehrdad Mohammadinya, prisonniers politiques kurdes originaires de Qorveh, exécutés le 1er juin 2026 à la prison de Ghezel Hesar (Karaj) pour espionnage.

Fathollah Avari, originaire de Hamedan, exécuté le 6 juin à la prison centrale de Hamedan.

Javad Zamani et Abolfazl Saedi, originaires de Shahroud, exécutés le 6 juin à la prison centrale de Shahroud.

Répartition des exécutions par minorités nationales et ethniques : Au cours du mois écoulé, au moins 31 prisonniers persans ont été exécutés, soit 28,5 % du total. Par ailleurs, 18 prisonniers kurdes et 18 prisonniers baloutches (soit 33 % du total), 12 prisonniers lor et 10 prisonniers turcs ont également été exécutés.
  • Kurdes : 18 cas
  • Baloutchistan : 18 cas
  • Lor : 12 cas
  • Turcs : 10 cas
  • ​Gilak et Mazandaranis : 5 cas
  • Arabe : 5 cas
  • Turkmènes : 1 cas
  • Persan : 31 cas
  • Ressortissants afghans : 5 cas
  • Inconnu : 4 cas

SYRIE. Des juges du Rojava rencontrent des responsables du ministère syrien de la Justice

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SYRIE / ROJAVA – Des juges de l’Administration autonome kurde se sont rendus aujourd’hui à Damas pour rencontrer des responsables du ministère syrien de la Justice, dans le cadre des efforts d’intégration de leurs institutions au système judiciaire national.

Les juges sont arrivés dans la capitale syrienne samedi matin pour entamer des discussions avec le ministère. Des entretiens individuels sont prévus dès dimanche, une étape préliminaire à leur possible nomination dans les tribunaux du gouvernorat d’Hassaké, dans le nord-est du pays.

Cette initiative est considérée comme une avancée potentielle dans le processus, longtemps bloqué, d’intégration des institutions de l’Administration autonome kurde au sein du cadre juridique syrien. Les tentatives précédentes avaient échoué, retardant les efforts plus larges d’unification des institutions de l’État.

Les habitants de Hassaké attendent avec impatience la réouverture des tribunaux et du palais de justice à Hassaké et Qamishlo, où les services judiciaires sont paralysés depuis plusieurs années, empêchant de nombreuses personnes d’accomplir leurs procédures légales.