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TURQUIE. Interdiction de la projection du film Rojbash à Diyarbakır
ROJAVA. Kobanê en deuil pour 9 civils morts dans l’incendie de la prison
SYRIE / ROJAVA – Un incendie s’est déclaré samedi à 2 heures du matin à la prison de Kobanê, faisant neuf morts et plus de vingt blessés parmi des civils kurdes arrêtés lors des protestations provoquées la veille par le meurtre barbare du soldat kurde Sipan Hiznî.
La ville de Kobanê a décrété aujourd’hui deux jours de deuil national en hommage aux victimes. Depuis le petit matin, les magasins et commerces de la ville, et tout particulièrement ceux du marché central, sont restés fermés en signe de respect et de deuil. Toute activité est au point mort : les rues de Kobanê paraissent désertes.
Les funérailles des neuf martyrs auront lieu demain, lundi, à 17 heures.
TURQUIE. Ingénierie politique de la religion au Kurdistan
TURQUIE. Attaque kurdophobe à Bursa
TURQUIE / KURDISTAN – Neuf travailleurs agricoles saisonniers kurdes ont été blessés le 5 septembre 2026 dans le district de Nilüfer, dans la province de Bursa (ouest de la Turquie), lors d’une agression motivée par le port de maillots du club de football Amedspor.
Les victimes, pour la plupart des étudiants universitaires, s’étaient rendues dans la région pour la récolte des figues. Selon Kadri Esen, co-maire de Silvan (province de Diyarbakır), qui les a rencontrés à l’hôpital d’État de Silvan, des villageois les ont agressés précisément parce qu’ils portaient les couleurs d’Amedspor. Les travailleurs ont subi diverses blessures. Esen a qualifié l’incident d’« attaque raciste » et a appelé les autorités à identifier les responsables et à prendre des mesures pour empêcher de nouveaux faits similaires.
Amedspor, basé à Diyarbakır – la plus grande ville kurde de Turquie –, est étroitement associé à l’identité kurde. Le club jouit d’un large soutien dans les régions à majorité kurde et a régulièrement fait face à des hostilités nationalistes lors de ses déplacements. Des tensions avaient déjà éclaté à Bursa en mars 2023 lors d’un match contre Bursaspor : des projectiles avaient été lancés sur le terrain, des slogans anti-kurdes scandés, sept personnes interpellées et trois fonctionnaires suspendus.
L’agression de Bursa s’inscrit dans une série d’incidents récents visant des travailleurs saisonniers kurdes ou des sympathisants d’Amedspor. Le 23 août, environ 70 travailleurs récoltant des noisettes dans la province de Zonguldak (mer Noire) auraient été agressés. Le lendemain, un autre groupe a signalé des menaces à Düzce. Le 30 août, à Bayburt (nord-est), trois hommes originaires de Diyarbakır ont été attaqués après qu’un d’entre eux ait été vu portant un maillot d’Amedspor ; l’un des agresseurs a lui-même porté plainte après s’être blessé. Le même jour, une femme portant un maillot du club a été victime de harcèlement verbal à Trabzon.
Ces événements surviennent alors qu’Amedspor évolue pour la première fois en Süper Lig, la première division turque, dans un contexte politique marqué par un processus de paix entre l’État turc et le PKK.
TURQUIE. Les Mères du Samedi debout pour les victimes du coup d’État de 1980
TURQUIE / KURDISTAN – Chaque samedi, place Galatasaray à Istanbul, des femmes tiennent des photos de leurs proches disparus. Elles s’appellent les Mères du Samedi (Dayikên Şemiyê en kurde, Cumartesi Anneleri en turc). Depuis le 27 mai 1995, elles demandent une chose simple et radicale : que l’État turc rende des comptes sur les milliers de disparitions forcées de civils par les forces étatiques.
Aujourd’hui, parmi les photos qu’elles portent figure celle de Kenan Bilgin. Arrêté à son domicile à Ankara le 12 septembre 1994 par une brigade antiterroriste, il a disparu à jamais. Sa famille n’a jamais obtenu de réponse claire sur ce qui lui est arrivé après son interpellation. Comme pour tant d’autres, le silence officiel est resté total.
Les Mères du Samedi ne limitent pas leur combat à la période des années 1990. Elles commémorent aussi ceux qui ont disparu dans les salles de torture de la junte militaire instaurée le 12 septembre 1980. Deux dates qui se font écho : le 12 septembre 1980 et le 12 septembre 1994. Deux moments où l’État a exercé une violence extrême, particulièrement dans les régions kurdes.
Le putsch de Kenan Evren : la Turquie bascule dans la terreur
Le 12 septembre 1980, un putsch militaire mené par le général Kenan Evren plonge la Turquie dans une terreur absolue. Ciblant particulièrement la société kurde et les milieux socialistes, ce coup d’État reste, 45 ans plus tard, une plaie ouverte dans la mémoire collective, notamment au Kurdistan du Nord.
Sous la houlette d’Evren, le Conseil de sécurité nationale instaure un état de siège sur tout le territoire. L’Assemblée nationale est dissoute, la Constitution suspendue, les partis politiques, associations et syndicats interdits. Toutes les grèves sont déclarées illégales. Les maires et les membres des conseils locaux sont remplacés par des militaires. L’amiral à la retraite Bülent Ulusu est nommé Premier ministre.
Ce putsch est le troisième en trente ans (après ceux de 1960 et 1971). Entre 1971 et 1984, la répression s’intensifie massivement contre les Kurdes et les forces de gauche.
Un bilan humain dévastateur
Les chiffres de la répression restent vertigineux :
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650 000 personnes arrêtées dans les semaines et mois suivants
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230 000 jugées par des tribunaux militaires
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Plus de 500 condamnations à mort, dont 50 exécutions par pendaison
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300 morts dans des centres de détention et prisons dans des circonstances suspectes
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171 personnes tuées sous la torture
Plus de 1,6 million de personnes sont inscrites sur des listes noires. 14 000 sont déchues de leur citoyenneté. Environ 30 000 deviennent des réfugiés politiques, principalement en Europe.
L’un des héritages les plus durables de ce régime militaire reste la Constitution de 1982, toujours en vigueur, approuvée par référendum avec 91,4 % de oui (taux de participation de 91,3 %).
Continuité de la violence d’État
Les Mères du Samedi rappellent que la violence n’a pas cessé avec le retour progressif à un régime civil. Selon l’Association des droits de l’Homme (IHD), entre 1992 et 1996, 792 disparitions forcées et meurtres ont été signalés dans les régions kurdes de Turquie. Les victimes étaient journalistes, syndicalistes, médecins, enseignants, enfants ou simples paysans. La plupart avaient été interpellées par les forces de sécurité. Beaucoup n’ont jamais reparu.
Depuis plus de 31 ans, les Mères du Samedi tiennent leur vigile pacifique place Galatasaray, malgré les interdictions, les interventions policières et les tentatives d’intimidation. Elles exigent la vérité sur le sort de leurs enfants, frères, sœurs et conjoints, et la poursuite des responsables.
Leur présence chaque samedi est devenue un symbole : celui d’une mémoire qui refuse de s’effacer face à une justice qui tarde toujours à venir, 45 ans après le coup d’État sanglant de Kenan Evren.
Un journaliste kurde livré à la Turquie après huit mois de torture en Syrie
SYRIE / ROJAVA – Après huit mois de détention et de torture, le journaliste kurde Ahmed Polad a été remis à la Turquie par le régime islamiste de Damas.
Selon sa famille, le journaliste kurde Ahmed Polad, dont la santé s’est fortement détériorée, a été remis aux autorités turques le 9 septembre par le gouvernement de transition syrien. Il se trouve désormais à la prison de Metris, à Istanbul.
Arrêté le 18 janvier à Raqqa en même temps que sa collègue allemande Eva Maria Michelmann, Ahmed Polad était resté sans nouvelles pendant près de huit mois. Les forces du gouvernement de transition syrien l’avaient placé en détention dans des prisons sous leur contrôle.
D’après les informations obtenues par l’agence ANHA auprès de sa famille, Polad a confié avoir subi de graves tortures durant toute sa captivité. Il a entamé une grève de la faim pour protester contre ces mauvais traitements. Les conditions de détention et les sévices ont gravement affecté sa santé ; il est aujourd’hui affaibli et malade.
Ahmed Polad travaille dans les médias au Rojava et en Syrie depuis 2017. Membre de l’Union des médias libres, il a collaboré avec l’agence ETHA et la chaîne Özgür TV à partir de 2016. Plus récemment, il était rédacteur et contributeur pour le site Kurdistana Azad, lancé en 2025.
Sa collègue Eva Maria Michelmann (née en 1989), correspondante au Rojava et dans le nord et l’est de la Syrie depuis 2022, avait elle aussi été arrêtée le 18 janvier. Elle a été transférée des prisons d’Alep vers Damas avant d’être libérée à la mi-juin, puis a pu regagner l’Allemagne grâce aux efforts de l’ambassade allemande. Ahmed Polad, en revanche, est resté détenu jusqu’à son extradition vers la Turquie.
ROJAVA. La kurdophobie de Damas fait 10 morts à Kobanê
SYRIE / ROJAVA – Le 10 septembre 2026, le soldat kurde Sîpan Hiznî (Sami Sheikhmous Hiso), combattant de la brigade de Hasakah, a été enlevé puis assassiné de manière barbare près de Serê Kaniyê par un groupe armé. Son corps a été retrouvé décapité et criblé de balles. Ce crime a immédiatement déclenché des manifestations dans plusieurs villes kurdes du nord et du nord-est de la Syrie, notamment à Kobanê, où la population exigeait justice.
Les rassemblements ont été rapidement confrontés à la violence. Des bandes liées aux autorités de Damas se sont en prises aux manifestants kurdes. Selon des témoignages et des sources locales, les forces de sécurité déployées sous le slogan « Allahou Akbar » n’ont pas protégé les Kurdes : elles ont au contraire contribué à l’escalade. Des attaques ont visé des civils et des infrastructures.
Dans la nuit du 11 au 12 septembre, un incendie a ravagé la prison de Kobanê. D’après le témoignage d’un rescapé, des soldats et civils kurdes arrêtés par des gangs affiliés au régime de Damas ont mis le feu à l’établissement pour éviter d’être transférés à Alep, où ils craignaient la torture. Le sinistre a fait au moins dix morts et 20 blessés parmi les Kurdes.
De son côté, l’activiste kurde, Baz Ararat a dénoncé le communiqué officiel de la sécurité publique qui affirmait protéger les manifestants kurdes de Kobanê. Il a écrit :
« Selon le communiqué de la sécurité publique, ils ont déployé des forces pour protéger les manifestants… Ils les ont déployées pour protéger les citoyens sous le slogan « Allahou Akbar ». Et nous sommes venus à vous, ô athées et ô prostituées. De même, le communiqué des terroristes a complètement ignoré l’incident de l’incendie et le martyre et la blessure de plus de 27 Kurdes. Eux-mêmes ont également ignoré l’appartenance du jeune homme au ministère de la Défense, en défense des tribus. »
Ces événements illustrent la pression continue exercée par le pouvoir islamiste de Damas et ses milices kurdophobes sur la population kurde du Rojava en général et de Kobanê en particulier. Le meurtre de Sîpan Hiznî, les attaques contre les manifestants et le drame de la prison s’inscrivent dans une logique de répression et d’intimidation qui vise à briser toute affirmation kurde dans le processus de transition syrienne.
« Être femme et kurde en Turquie » : témoignage d’Alizée Lambin

Lors de la conférence, Alizée Lambin est revenue sur son travail de recherche portant sur les femmes au Kurdistan de Turquie.
Extraits de l’intervention de Alizée Lambin :
« La manière dont les femmes vivent et affrontent les crises et les phénomènes de société a toujours suscité mon intérêt. En juin 2025, je me suis rendue au Kurdistan de Turquie. J’ai rencontré des femmes qui ont accepté, non sans crainte, de me parler de leur condition.
Grâce à elles, j’ai été quelque part, initiée à la pensée d’Abdullah Öcalan et à la jineolojî, « la science des femmes » : cette idée que la libération des femmes était au cœur de la transformation de la société.
Alors que j’assistais à une manifestation féministe à Mardin, j’ai véritablement compris l’importance de m’intéresser à ce sujet. Elles étaient une petite cinquantaine, toutes pacifiques, et réclamaient simplement justice pour des femmes kurdes disparues, mortes ou victimes de la violence des hommes.
Elles n’ont pu marcher qu’une dizaine de minutes, encerclées par un important dispositif policier, une nouvelle fois empêchées de faire entendre leur voix et de demander justice.
J’ai alors enfin compris cette double difficulté que les femmes que j’avais rencontrées évoquaient : être femme et être kurde en Turquie. Certaines prennent les armes, d’autres résistent autrement, dans leur famille, leur communauté, leur travail ou leur engagement. C’est cela que je voulais raconter ».
La maison du Kurdistan de Lyon a remercié Alizée Lambin pour son témoignage et le public pour leur participation à cette soirée organisée dans le cadre de l’exposition « Voyages au Kurdistan, entre résistance et mémoire ».SYRIE. Un soldat kurde décapité près de Serê Kanîyê
Le 10 septembre 2026, Sîpan Hiznî (également identifié comme Sami Şeyhmus Hasu ou Seban), combattant de la Brigade de Hassaké, a été enlevé puis décapité. Selon les informations locales, il a été enlevé depuis son domicile dans le quartier de Miftî à Hassaké par un groupe armé. Son corps a ensuite été retrouvé dans la zone de Serê Kanîyê (village d’Edlan/Adlani et environs).
Des membres du clan al-Bu Hassan de la tribu al-Bagara l’auraient localisé dans la province de Hassaké. L’homme, qui avait suivi une formation à Damas dans le cadre de la Brigade de Hassaké (formation issue de l’intégration des anciennes Forces démocratiques syriennes), aurait été conduit à Jabal Abdul Aziz, dans la campagne de Hassaké. Là, les gangs l’auraient décapité soi-disant par « vengeance ».
Le corps a été rapatrié à Hassaké, provoquant des rassemblements et des protestations dans plusieurs localités kurdes du nord-est.
Un crime qui s’inscrit dans un climat de violence persistante
Sîpan Hiznî appartenait à une unité intégrée dans les structures militaires syriennes après la dissolution formelle des Forces démocratiques syriennes (FDS) en août 2026. Son assassinat illustre la fragilité sécuritaire qui continue de régner dans la région de Hassaké et Serê Kanîyê, malgré les accords d’intégration. Les règlements de comptes tribaux, les rancœurs héritées des années de guerre et la présence de groupes armés locaux créent un terrain favorable à de tels actes.
Ces violences sont souvent associées à des gangs islamistes ou à des factions armées liées à l’ordre instauré depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Sharaa (ex-Jolani). Cet acte s’inscrit dans un contexte plus large où les communautés kurdes, comme d’autres minorités, se sentent exposées à l’insécurité et à l’impunité relative.
Le vice-ministre de la Défense Sîpan Hemo a condamné fermement ce « crime sauvage et sournois », présenté ses condoléances à la famille et affirmé que les autorités poursuivaient les responsables afin qu’ils soient jugés.
Au-delà du fait divers
Cet assassinat n’est pas un incident isolé. Il rappelle les risques concrets que font peser les exécutions extra-judiciaires et les logiques de vengeance dans une Syrie encore marquée par les fractures communautaires et tribales (Arabes sunnites vs Alawites, Kurdes, Druzes, chrétiens…). De telles pratiques, qu’elles soient le fait de « clans » ou de groupes armés, minent tout espoir de stabilisation et de justice.
La mémoire de Sîpan Hiznî, comme celle de milliers d’autres combattants et civils kurdes tués dans des circonstances similaires ces dernières années, exige non seulement des condamnations, mais une enquête transparente et des poursuites effectives. Sans cela, la violence continue de prospérer dans l’ombre de l’impunité.
ROJAVA. Les Kurdes d’Afrin exigent leurs propres forces de sécurité face aux enlèvements et aux spoliations
SYRIE / ROJAVA – Après la multiplication des cas d’enlèvements et de vols à Afrin, et particulièrement contre les Kurdes, et face à l’ignorance des forces de sécurité publique envers ces rapports et à leur manquement à leurs devoirs, les habitants d’Afrin exigent le déploiement de forces de sécurité kurdes qui ne soient rattachées ni à l’organisation Al-Qaïda [HTC / HTS] ni à l’armée turque, afin de préserver la stabilité et la sécurité des civils kurdes dans la région.
Jusqu’à présent, et après plus de deux mois depuis le retour de la majorité des déplacés kurdes d’Afrin dans leur région, des dizaines, voire des centaines de familles n’ont toujours pas pu récupérer leurs biens privés des mains des colons, avec un mépris total des deux parties garantes du retour des habitants d’Afrin, qui ignorent les revendications des déplacés [kurdes] pour la restitution de leurs biens ou la garantie d’un logement qui leur est propre. Par l’activiste kurde Baz Ararat