Les tensions entre le KDP et l’UPK affaiblissent l’influence kurde à Bagdad

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IRAK / KURDISTAN – Un haut responsable du PDK a averti que l’aggravation des divisions entre le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), au pouvoir, et l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) affaiblit directement l’influence politique kurde à Bagdad et à Washington. Il a ajouté que les responsables américains conditionnent de plus en plus leur soutien futur à l’unité kurde et à une réforme institutionnelle.

S’exprimant samedi auprès de Diyar Kurda de Rudaw lors d’une visite aux États-Unis, Hoshyar Zebari a déclaré que son équipe et lui avaient passé près de deux semaines à tenir des réunions de haut niveau avec des représentants de l’administration Trump, du Congrès et des groupes de réflexion. Le message était clair : « Ils préfèrent que la région du Kurdistan soit une région forte au sein d’un Irak fort », a-t-il affirmé, ajoutant que Washington considère un Kurdistan stable comme conforme à ses intérêts stratégiques.

Interview (en anglais) à lire sur le site Rudaw

IRAN. Un autre otage exécuté pour « espionnage »

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IRAN – Le régime iranien a exécuté un autre otage pour « espionnage au profit d’Israël » signale l’ONG kurde Hengaw.

Les autorités iraniennes ont exécuté Gholamreza Khani-Shakarab, 34 ans, ancien champion de MMA, entraîneur et arbitre international originaire d’Ardabil, à l’aube du lundi 26 mai 2026 à la prison de Ghezel Hesar à Karaj. Il avait été condamné à mort pour « espionnage au profit d’Israël ».

Selon l’ONG kurde Hengaw, l’exécution s’est déroulée en secret, sans que le condamné puisse rencontrer une dernière fois sa famille. Le centre de presse du pouvoir judiciaire a confirmé l’exécution, affirmant que Khani-Shakarab était « l’un des principaux responsables opérationnels du Mossad en Iran ».

Résidant en Turquie, il avait été enlevé en Irak en 2025 lors d’un voyage de pèlerinage et transféré de force vers l’Iran. Après des mois d’isolement et d’interrogatoires à la prison d’Evin, il a été condamné à mort par le juge Abolghasem Salavati (15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran), puis par la Cour suprême. Sa condamnation repose entièrement sur des aveux extorqués sous la torture, sans accès à un avocat de son choix.

Ces derniers jours, il avait été transféré précipitamment à Ghezel Hesar et placé à l’isolement. Malgré une nouvelle demande de révision déposée par sa famille, il a été exécuté sans préavis.

Son frère, Esmail Khani, 43 ans, a été condamné à une peine de prison et purge sa peine à Ardabil.

Hengaw condamne fermement cet « assassinat d’État », dénonçant une exécution fondée sur des aveux obtenus sous la torture et un simulacre de procès. L’organisation appelle la communauté internationale à réagir face à la vague d’exécutions en cours en Iran.

TURQUIE. Le kurde est interdit même aux gardiens de la prison de Şırnak

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TURQUIE / KURDISTAN – Un avocat a déclaré que les restrictions imposées aux Kurdes à la prison de type T de Şırnak ciblent désormais les prisonniers, leurs familles et même les gardiens kurdes.

L’avocat Sedat Sülger, membre du conseil d’administration de la section de Şırnak de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD), a dénoncé les violations des droits humains et les pratiques arbitraires perpétrées à la prison fermée de type T de Şırnak. Il a affirmé que les détenus y sont privés de leurs droits à la vie, à la santé et à une alimentation adéquate. Selon lui, il leur est interdit de parler kurde, de se saluer et de changer de quartier, et des rapports disciplinaires sont dressés à leur encontre dans ces cas-là. « Les plaintes que nous déposons pour ces violations sont classées sans suite, sans même une enquête approfondie », a-t-il déclaré.

Visites familiales dégradantes

Sülger a souligné que l’une des premières mesures mises en place par un administrateur nommé fin 2024 concernait le système de visites libres. Il a expliqué que toutes les tables du parloir avaient été disposées en forme de « U ». Sülger a déclaré : « Avec cette configuration, les détenus étaient assis d’un côté et leurs familles de l’autre, côte à côte. De ce fait, les visites familiales perdaient toute intimité. Toutes les conversations aux tables étaient devenues confuses. Les détenus ne pouvaient plus s’asseoir à côté de leurs proches et, la largeur des tables rendant même tout contact physique impossible, nous avons recueilli de nombreuses plaintes de détenus affirmant avoir été confrontés à l’intervention des gardiens lorsqu’ils tentaient d’établir un contact physique avec leurs proches. »

Sülger a déclaré que l’administrateur ayant instauré cette pratique avait été muté peu après dans un autre établissement pénitentiaire, mais que la nouvelle direction had maintenu la même politique. Il a ajouté : « Bien que nous ayons constamment signalé ce problème dans nos rapports et exigé, verbalement et par écrit, son abolition, il n’a été résolu au niveau ministériel qu’en novembre 2025. Lors des visites libres, il arrive que des détenus saluent les familles de leurs codétenus, verbalement ou par une poignée de main. Or, comme par le passé, cela reste interdit aujourd’hui, quel que soit l’administrateur en poste. Des rapports disciplinaires et des enquêtes sont ouverts contre les détenus qui refusent de se conformer à cette prétendue règle, problématique même d’un point de vue moral. »

Interdiction du kurde, y compris pour les gardiens

Même les gardiens de prison n’avaient pas le droit de parler kurde.

Sedat Sülger a également attiré l’attention sur les pressions exercées sur l’usage du kurde en prison, affirmant que certains administrateurs, partageant la même mentalité, avaient même interdit aux gardiens de parler kurde entre eux. Sülger a indiqué qu’à un moment donné, les détenus avaient également été empêchés de parler kurde avec leurs familles lors d’appels téléphoniques, et a déclaré : « Par la suite, cette pratique a été transformée en une procédure obligeant les détenus à soumettre une requête pour pouvoir parler kurde. Le rapport que nous avons rédigé à ce sujet a rapidement porté ses fruits et cette pratique a été abolie. Des plaintes ont finalement été déposées contre l’administrateur si sensible à la question du kurde, et nous savons qu’une enquête disciplinaire est toujours en cours. »

Violation de la vie privée

Des caméras surveillent en direct les toilettes et les douches.

Sülger a déclaré que des plaintes concernant le respect de la vie privée des détenues sont régulièrement signalées, notamment concernant la présence de caméras placées face aux portes des toilettes et des douches. Il a expliqué que l’intérieur des douches est visible, surtout lorsque les portes sont ouvertes. Sülger a ajouté : « Les détenues affirment également que les caméras installées sur les toits permettent de voir à l’intérieur des dortoirs. Comme on peut le constater, ces caméras sont positionnées de manière à surveiller les espaces de vie des détenues. Cette pratique s’est transformée en un système qui contrôle tous leurs déplacements et aggrave leur isolement. Le fait que les caméras puissent filmer les portes des salles de bains, et l’intérieur lorsqu’elles sont ouvertes, constitue une violation flagrante du droit à la via privée. Malgré cela, aucune mesure corrective n’a été prise à ce jour et les violations persistent. »

Fouilles à nu systématiques

Les fouilles à nu se poursuivent.

Sedat Sülger a déclaré que si différents problèmes surgissent à chaque période de référence, certaines violations sont devenues chroniques, ajoutant que presque tous les détenus nouvellement transférés sont soumis à des fouilles à nu. Sülger a déclaré : « Les détenus affirment que lorsqu’ils refusent, ils sont soit soumis à des fouilles à nu forcées par des mauvais traitements, soit placés en cellule d’isolement pendant plusieurs jours dans le but de les briser. Nous constatons cette situation systématiquement à chaque période de référence. Lorsque nous en parlons aux responsables, ils nient les faits, prétendant que cela ne s’applique que dans des “cas exceptionnels”. Pourtant, en creusant un peu, nous constatons que ces prétendus cas exceptionnels concernent en réalité des prisonniers politiques. »

Droit à la santé bafoué

Les prisonniers sont contraints de porter des pantoufles lors des transferts vers l’hôpital.

Sülger a déclaré que les violations du droit à la santé demeurent l’un des problèmes les plus graves au sein de la prison, précisant que les transferts hospitaliers des détenus sont fréquemment retardés et, dans de nombreux cas, n’ont jamais lieu. Il a ajouté que certains détenus finissent par renoncer à leur transfert en raison des mauvais traitements subis lors de la procédure. Il a déclaré : « Lors des transferts, on utilise arbitrairement deux, voire trois paires de menottes, on oblige les détenus à enlever leurs chaussures et à porter des pantoufles, on ne leur retire pas les menottes pendant les examens médicaux, et ces examens sont effectués en présence de gendarmes. Lorsque mon client a déclaré qu’il n’accepterait pas d’être transféré en pantoufles, la gendarmerie a tenté de lui faire signer un document déclarant que « si quoi que ce soit m’arrive, y compris la mort, parce que j’ai refusé le transfert, je suis le seul responsable ». En conséquence, son transfert n’a jamais eu lieu. La plainte pénale que nous avons déposée concernant cet incident a été classée sans suite, sans qu’aucune enquête ne soit menée. »

Conditions alimentaires indignes

On trouve des excréments de rats dans les repas des prisonniers.

Sedat Sülger a également indiqué que les plaintes concernant les conditions alimentaires en prison persistent, précisant que les détenus signalent la présence d’insectes, de cheveux et d’excréments de rats dans leurs repas. « Les détenus avec lesquels nous avons discuté ont déclaré avoir cessé de consommer la nourriture de la prison en raison de ces conditions nauséabondes et être contraints de se nourrir de produits achetés à la cantine », a-t-il déclaré. « Ces plaintes sont extrêmement graves. Une alimentation adéquate et saine est un droit fondamental. Les processus de production et de préparation des aliments en prison doivent faire l’objet d’inspections régulières. Or, ce problème n’est toujours pas résolu. »

Un centre de « guerre spéciale »

La prison est devenue un centre de politiques de guerre spéciales.

Sedat Sülger a déclaré que l’une des principales plaintes des prisonniers politiques concerne le refus de l’administration d’examiner leurs demandes de transfert vers des quartiers qu’ils qualifient de « compatibles ». Il a précisé que ces demandes ne font souvent même pas l’objet d’un traitement formel et que les prisonniers qui insistent sont menacés d’une période d’observation de 60 jours. Il a ajouté : « Si ce problème persiste depuis des années, c’est parce que la prison de Şırnak est elle-même devenue un élément de la « Politique de guerre spéciale » mise en œuvre par l’État à Şırnak. Je peux même affirmer sans hésiter que la prison de type T de Şırnak est le premier centre d’application de cette politique à Şırnak. »

Appel à la solidarité

La solidarité doit être renforcée.

Sülger a déclaré que la plus grande attente des prisonniers envers les défenseurs des droits humains est de ne pas être abandonnés ni laissés à eux-mêmes. Il a ajouté : « Le fait de leur faire sentir, à chaque rencontre, qu’ils ne sont pas seuls est extrêmement important pour nous, avocats. En tant que défenseurs des droits humains de l’Est (ÖHD), nous informons les prisonniers, lors de nos visites, des violations de leurs droits et des mécanismes juridiques à leur disposition. Nous essayons de les aider à formuler leurs plaintes, de déposer les plaintes pénales nécessaires et, surtout, de nous efforcer de résoudre les problèmes qui sont devenus chroniques. » (ANF)

Reconstruction intellectuelle contre la liquidation

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TURQUIE / KURDISTAN — Une société kurde organisée, éduquée, qui préserve sa mémoire historique, qui est capable de comprendre le monde et de développer des réflexes collectifs, représente la plus grande crainte et la plus grande crise du colonialisme.

Le processus actuellement mené en Turquie sous l’appellation « Turquie sans terrorisme » ne se limite pas au désarmement, à la normalisation ou à la résolution des conflits. Il vise également à redéfinir la signification historico-politique de la question kurde, à réinterpréter la mémoire collective du mouvement kurde et à circonscrire la subjectivation historique apparue ces cinquante dernières années dans une sphère politique contrôlée par l’État.

La lecture conjointe du texte exhaustif de Devlet Bahçeli du 18 mai 2026 et des écrits récents de Mehmet Uçum lève le voile sur cette réalité. Pour la première fois, les limites du discours politique légitime sont définies de manière systématique, les frontières du politique sont tracées et la forme acceptable du mouvement kurde est redéfinie.

Le modèle de « coordination du processus de paix et de la politisation » proposé par Bahçeli est particulièrement révélateur. L’objectif n’est pas seulement de gérer le désarmement, mais de dissoudre le caractère historico-politique du mouvement kurde, de le reproduire dans les limites fixées par l’État et de transformer sa subjectivité collective en une forme de politique contrôlable.

Il convient cependant d’établir une distinction fondamentale. Si l’État turc, par nature et par fonction, élabore des stratégies de liquidation, il est illusoire de croire que la conscience collective historique qui porte cette lutte ignore ce risque ou ne s’est pas réorganisée pour s’y prémunir.

Cette structure collective, forgée depuis cinquante ans, dispose d’une expérience historique, d’une intelligence politique, d’une intuition et d’une accumulation stratégique supérieures. Aujourd’hui encore, ceux qui analysent le plus profondément ce processus sont issus de cette expérience collective elle-même.

Dans le contexte des destructions massives, des guerres régionales et des ruptures historiques qui secouent le Moyen-Orient depuis octobre 2023, la capacité à aborder la question kurde dans une perspective aussi large n’est pas dissociable de cette accumulation.

La lutte sur un demi-siècle n’a pas seulement produit une sphère militaire et politique, mais également une puissante mémoire historique, un réflexe politique et un fondement intellectuel solides.

C’est pourquoi la table des négociations d’İmralı revêt une importance historique. Elle ne constitue pas seulement un lieu de discussion, mais un seuil où l’État turc est contraint d’affronter ses propres crises structurelles.

Le discours de Devlet Bahçeli montre que la transformation en cours dans la mentalité étatique turque n’est pas purement tactique, mais répond à une nécessité historique. Que cette démarche soit sincère ou non, le fait que l’État reconnaisse désormais l’inanité du déni traditionnel constitue en soi une situation inédite.

Car la République de Turquie n’a jamais fonctionné selon un seul scénario. Une mentalité sécuritaire qui maintient des plans de liquidation tout en menant des négociations fait partie de ses caractéristiques fondatrices. L’histoire de la fondation de la République l’illustre clairement : après 1908, le Comité Union et Progrès avait intégré des députés kurdes au Parlement ; peu après la proclamation de la République, les Kurdes furent redéfinis comme une « menace intérieure ». La répression qui suivit l’incident de Cheikh Saïd ne fut pas seulement une opération sécuritaire, mais une décapitation systématique de l’intelligentsia kurde et une destruction de la mémoire collective.

Cette réalité historique ne doit pas être oubliée. C’est pourquoi l’approche du processus actuel ne doit relever ni d’un optimisme aveugle ni d’un déni hystérique, mais d’une raison politique nourrie par la mémoire.

Aujourd’hui, deux réalités parallèles coexistent : un processus de négociation en Turquie et le maintien de tensions, provocations et conflits dans la région, notamment en Syrie. Alors que les développements au Rojava, avec les FDS, la dynamique post-Alep, la guerre contre l’Iran et la situation en Irak occupent le devant de la scène, les limites de la politique kurde sont simultanément redéfinies au niveau national.

L’enjeu n’est pas de « croire » ou de « ne pas croire » à la paix, mais de comprendre l’architecture de sécurité parallèle qui accompagne ce processus.

La volonté de résolution démocratique et le réflexe de préparation historique ne sont pas contradictoires : ils se complètent. L’illusion la plus dangereuse serait de croire que l’aspiration à la paix justifie l’abandon des réflexes d’autodéfense et de la mémoire collective.

Dans ce contexte, la Turquie s’éloigne d’un régime parlementaire classique pour évoluer vers un nouveau type de régime où le pouvoir central réorganise l’ensemble de la sphère politique. L’opposition, les médias, la justice, la société civile et les administrations locales sont progressivement intégrés ou réprimés.

Parallèlement à la question kurde, la question alévie — marquée par les tragédies de Dersim, Maraş, Çorum et Sivas — constitue une autre fracture structurelle profonde. Le nouveau régime tente ainsi de réorganiser non seulement la politique kurde, mais l’ensemble de la société turque.

La liquidation visée n’est pas seulement organisationnelle : elle vise la mémoire d’un peuple, son sens de la résistance, son orientation historique, son ancrage moral et ses liens sociaux. Les crises de la drogue, la collusion entre mafia et politique, les jeux d’argent, la normalisation de la violence et la destruction de l’espoir chez les jeunes en sont des instruments.

Face à cela, la reconstruction intellectuelle devient une nécessité vitale. Comme le soulignait Maurice Godelier, la colonisation est un chemin de sang, d’assujettissement et d’humiliation, mais aussi un chemin de résistance.

Aujourd’hui, les Kurdes ont besoin de repenser leur manière d’appréhender le monde, de dépasser les prismes turc, arabe ou persan, et de développer une perspective plus large, plurielle et riche. La géographie elle-même doit être comprise comme une conscience historique.

C’est ici que la responsabilité des intellectuels prend tout son sens. Comme le disait Jean-Paul Sartre : « Un intellectuel est quelqu’un qui intervient dans ce qui ne le regarde pas. » Face au vide laissé par le retrait de la pensée critique, le risque est grand de voir la raison d’État combler ce vide, ou que des manipulations intellectuelles instrumentalisent la souffrance du peuple.

La lutte d’aujourd’hui n’est pas seulement militaire ou politique, elle est profondément intellectuelle.

Si un véritable terreau démocratique émerge, si les Kurdes peuvent librement retourner au Kurdistan et si l’accumulation historique forgée dans les montagnes se conjugue au potentiel humain développé en Europe et ailleurs, cette force pourrait transformer non seulement le Kurdistan, mais l’ensemble de la Turquie.

C’est précisément pour cette raison qu’une société kurde organisée, éduquée, qui préserve sa mémoire historique et développe des réflexes collectifs, représente la plus grande crainte et la plus grande crise du colonialisme.

Dès lors, l’enjeu fondamental aujourd’hui est clair : la reconstruction intellectuelle contre la liquidation.

Article de Huseyin Salih Durmus, pour ANF

Afrin : La Sécurité de Damas tabasse une famille kurde après sa plainte

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SYRIE / ROJAVA — Les forces de la Sécurité publique de Damas ont fait irruption au domicile d’une famille kurde récemment revenue à Afrin et ont tabassés violemment la maisonnée.

Cet incident intervient seulement quelques heures après que la famille ait déposé une plainte auprès de ces mêmes services de sécurité. Deux jours plus tôt, l’un des jeunes de la famille avait échappé de justesse à une tentative d’enlèvement. Blessé par balle lors de sa fuite, il avait survécu.

Au lieu de protéger les victimes, les agents de la Sécurité publique ont choisi de punir la famille pour avoir osé se plaindre, semant la terreur dans leur maison. (Information rapportée par Baz Ararat)

Le mythe américain de la démocratie dans la guerre contre l’Iran

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IRAN / ROJHILAT – « Continuez à manifester, l’aide arrive », a déclaré le président américain Donald Trump aux manifestants iraniens en janvier 2026. De prime abord, cette déclaration semblait témoigner d’une solidarité envers ceux qui risquaient leur vie face à la République islamique. Pourtant, après quarante jours de bombardements conjoints américano-israéliens intenses, suivis d’un cessez-le-feu fragile, la promesse d’« aide » soulève de nouvelles questions : de quelle aide s’agit-il ? À qui bénéficiera-t-elle ? Et dans quel but politique ?

Ces questions prennent une urgence particulière à la lumière des développements diplomatiques qui ont suivi le cessez-le-feu du 8 avril. Depuis lors, plusieurs séries de propositions ont été échangées entre Washington et Téhéran. Tout au long de cette période, Trump a systématiquement réduit son objectif à une exigence de sécurité : « l’Iran ne peut pas posséder l’arme nucléaire ». Cette formulation révèle que l’objectif central de la politique américaine n’est ni la transformation profonde de l’État iranien, ni la fin de ses structures patriarcales, autoritaires et répressives, mais uniquement la suspension ou la limitation de l’enrichissement d’uranium et des garanties sur la non-acquisition de l’arme nucléaire.

Dans ce contexte, le terme « aide » devient profondément ambigu. Pour les manifestants iraniens — femmes, Kurdes, Baloutches, Arabes, ouvriers, étudiants, dissidents et autres communautés opprimées —, les revendications ne se limitent pas à la question nucléaire. Elles visent à abolir les structures de surveillance, d’emprisonnement, de violences sexistes, de répression ethnique, de censure, de spoliation économique et d’exclusion politique qui régissent leur quotidien.

La véritable question n’est donc pas de savoir si l’« aide » va arriver, mais ce que signifie cette « aide » lorsqu’elle est promise par une puissance impériale dont les intérêts en Iran ont historiquement été guidés moins par la démocratie que par le pétrole, le contrôle militaire, l’hégémonie régionale et l’endiguement des rivaux.

La démocratie comme langage impérial

Après la Seconde Guerre mondiale, et plus encore après la fin de la Guerre froide, l’exportation d’une démocratie libérale limitée, désocialisée et dépolitisée est devenue l’un des principaux langages idéologiques de la puissance américaine. Cette démocratie était présentée comme indispensable au développement capitaliste, à la stabilité politique et à l’ordre international.

Elle permettait à l’empire de se parer d’un visage bienveillant : l’intervention devenait « assistance », la coercition « démocratisation », et la gestion violente des pays du Sud, « défense de la liberté ».

L’ordre mondial de l’après-1945 n’a pas signé la fin des empires, mais l’émergence d’une nouvelle forme d’empire : non territorial, impersonnel, organisé par les relations capitalistes sous hégémonie américaine. Cet impérialisme n’exigeait plus nécessairement une domination coloniale directe, mais un système d’États formellement souverains capables de maintenir l’ordre, la prévisibilité et l’ouverture aux capitaux, soutenus par une puissance militaire sans équivalent.

Dans ce cadre, la démocratie se réduisait souvent à un ensemble d’institutions permettant de stabiliser les marchés, garantir la propriété privée, réprimer la dissidence et intégrer les sociétés à l’ordre capitaliste dominé par Washington.

La promotion de la démocratie a toujours été conditionnelle et instrumentale : saluée quand elle sert les intérêts américains, abandonnée quand elle les contrarie. Sous l’administration Trump, même ce discours semble en partie délaissé. La visite du président en Arabie saoudite en mai 2025 l’a symbolisé : le message n’était plus que les États-Unis apportaient la démocratie, mais que l’Arabie saoudite réussissait économiquement dans son propre modèle autoritaire.

Il ne s’agit pas de la fin de l’impérialisme, mais de la chute d’un de ses masques. On n’exige plus un minimum de démocratie libérale, mais simplement que les dirigeants agissent conformément aux intérêts géopolitiques et économiques américains.

Le mythe de la démocratie imposée de l’extérieur

Pour Nastaran Saremy, chercheuse à l’Université Simon Fraser, et le Dr Amin Sharifi Isaloo, sociologue à l’University College Cork, la guerre contre l’Iran en 2026 s’inscrit dans une longue trajectoire impériale américaine dans la région (Irak, Afghanistan, etc.). Ni l’un ni l’autre ne considère cette intervention comme une « aide » ou une « intervention humanitaire ».

Ils soulignent que le soutien public américain aux manifestations peut même se révéler contre-productif, car les Iraniens n’ont pas oublié le coup d’État de 1953 ni les interventions anglo-américaines successives. Pour eux, les intérêts de Trump résident dans le pétrole, les ressources et l’influence géopolitique, et non dans la démocratie.

La guerre ne favorise pas la démocratie, elle l’entrave. Elle plonge les sociétés dans l’incertitude et la peur, renforce la pensée militariste, restreint l’espace critique et permet aux États autoritaires de consolider leur pouvoir en assimilant l’opposition à une trahison.

La démocratisation ne s’impose pas par le haut, via des négociations interétatiques, des bombardements ou des sanctions. Elle ne peut naître que de la lutte populaire, de l’organisation collective et de la construction progressive d’un pouvoir depuis la base.

Par Rojin Mukriyan, docteure en science politique à l’University College Cork (Irlande). Ses travaux portent sur la théorie politique, les études féministes et décoloniales, ainsi que sur la question kurde.

Article (en anglais) à lire sur le site The Amargi : America’s myth of democracy in the Iran war  

IRAN. Les forces iraniennes abattent un civil kurde à Sînê

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IRAN / ROJHILAT – Les forces de sécurité iraniennes ont tué par balle Kaveh Naseri, un civil kurde de 35 ans originaire de Sanandaj (Sînê), lors d’une poursuite nocturne dans sa ville natale, en pleine guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis.

Selon l’ONG Hengaw, le drame s’est déroulé aux premières heures du dimanche 29 mars 2026. Vers 2h30 du matin, dans le quartier de Chaharbagh, des agents en civil ont pris en chasse le véhicule Peugeot de Kaveh Naseri sans sommation. La poursuite s’est terminée sur le boulevard Kurdistan, où les forces de sécurité ont tiré à une douzaine de reprises sur la voiture.

Alors que Naseri était encore en vie après l’arrêt du véhicule, les agents se sont approchés et lui ont tiré deux balles dans la nuque, l’exécutant à bout portant.

Dans un premier temps, les forces de sécurité ont affirmé avoir ouvert le feu car elles le prenaient pour un « Israélien » ou un « sioniste ». Elles ont ensuite tenté de présenter sa mort comme le résultat de « balles perdues ». Pourtant, des vidéos et témoignages recueillis par Hengaw contredisent cette version et attestent d’une exécution délibérée après l’immobilisation du véhicule.

La famille a passé des heures à le chercher dans les hôpitaux avant d’apprendre son décès dans un poste de police mobile temporaire. Les agents ont alors tenté de justifier le meurtre en prétendant avoir trouvé des armes dans sa voiture et ont exercé de fortes pressions sur les proches pour les empêcher de parler publiquement.

Kaveh Naseri était rentré de Karaj à Sanandaj après le début de la guerre pour préparer ses fiançailles et son mariage. Selon ses proches, il avait déjà été contrôlé et sanctionné à plusieurs reprises pour la hauteur modifiée de son véhicule et aurait refusé de s’arrêter par crainte d’une nouvelle confiscation.

IRAN. Exécution d’un civil arrêté pendant la guerre de 40 jours

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IRAN – Le régime iranien a exécuté Mojtaba Kian, un civil arrêté durant les quarante jours de guerre qui ont opposé l’Iran, Israël et les États-Unis, signale l’ONG kurde Hengaw.

Les autorités iraniennes ont procédé à l’exécution secrète de Mojtaba Kian, un détenu politico-sécuritaire arrêté durant les quarante jours de guerre qui ont opposé l’Iran, Israël et les États-Unis. Cette exécution, réalisée à la prison de Ghezel Hesar à Karaj, constitue la première confirmée impliquant un prisonnier lié à ce conflit.

Selon l’ONG kurde de défense des droits humains Hengaw, Mojtaba Kian a été pendu à l’aube du dimanche 24 mai 2026, après seulement trois mois de détention. Les autorités ont mené l’opération dans le plus grand secret, sans prévenir sa famille ni lui accorder une dernière visite.

L’agence de presse Mizan, organe officiel du pouvoir judiciaire iranien, a confirmé l’exécution. Kian était accusé d’« espionnage, de collaboration avec un État hostile et de transmission d’informations sur des centres industriels de défense à l’ennemi sioniste-américain en temps de guerre ».

D’après le récit des autorités judiciaires de la province d’Alborz et des services de sécurité, il aurait transmis, via des réseaux de communication, des coordonnées et des renseignements sensibles sur des sites de production de l’industrie de défense iranienne. Les médias d’État ont diffusé ce qu’ils présentaient comme ses aveux, affirmant qu’il avait fourni des informations de ciblage à des responsables israéliens.

Hengaw rappelle que le recours aux aveux forcés est une pratique systématique et bien documentée de l’appareil répressif iranien, souvent utilisée pour justifier les exécutions politiques et orienter l’opinion publique. Selon des sources proches du dossier, l’arrestation, l’interrogatoire et le procès de Mojtaba Kian se sont déroulés dans une opacité totale et avec une rapidité exceptionnelle.

Durant sa détention, le prisonnier a été privé de tout procès équitable et n’a pas pu bénéficier d’un avocat de son choix. Sa famille n’a été ni informée de la sentence ni autorisée à lui rendre une dernière visite avant l’exécution.

Hengaw exprime sa « profonde inquiétude » face à ce qu’elle considère comme le début d’une nouvelle vague d’exécutions visant les personnes arrêtées pendant le récent conflit. L’organisation qualifie l’exécution secrète de Mojtaba Kian d’« exemple flagrant de meurtre d’État et de représailles politiques » perpétrés sous couvert de motifs sécuritaires.

Elle dénonce par ailleurs le fonctionnement des tribunaux révolutionnaires iraniens, qui prononcent et exécutent des peines de mort dans un contexte militarisé, sans respecter les normes internationales les plus élémentaires. Hengaw juge ces pratiques comme une violation grave du droit à la vie et appelle la communauté internationale à réagir fermement pour mettre un terme à ce qu’elle qualifie de « machine de terreur » iranienne.

SYRIE. Des élections parlementaires sans le peuple

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SYRIE /ROJAVA – Tout comme sous le régime Assad, les élections en cours au Rojava s’effectuent sans réelle participation populaire. Les représentants sont essentiellement sélectionnés plutôt qu’élus, via un système de collèges électoraux très restreints contrôlés par Damas.

Les principaux partis kurdes boycottent le scrutin, le considérant comme un simulacre destiné à légitimer la recentralisation du pouvoir.

Point particulièrement inquiétant : aucune personnalité issue des communautés kurde, syriaque, arménienne ou yézidie n’a été nommée parmi les représentants des régions du Rojava.

Ce processus verrouillé confirme la marginalisation des minorités et l’absence d’une véritable volonté d’inclusion dans la nouvelle Syrie.

Simulacre d’élections au Rojava et confiscation du vote kurde

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SYRIE / ROJAVA – Dans les régions kurdes de Syrie (Hassaké, Qamishlo et Kobanê), l’administration de Ahmed al-Sharaa (Jolani) organise un simulacre d’élections qui prive de facto les Kurdes de choisir librement leurs représentants.

Le processus, placé sous strict contrôle sécuritaire, ne permet de voter qu’aux membres d’organes électoraux restreints et préalablement nommés par le pouvoir de Damas. La grande majorité de la population kurde est ainsi exclue du scrutin.

Des chiffres qui révèlent le verrouillage

À Hassaké : seulement 9 membres seront élus sur 15, les 5 autres étant directement nommés par Jolani, plus un membre désigné pour Serêkaniyê.

À Kobanê : seulement 2 membres élus.

Sur les 210 membres de l’Assemblée populaire, 70 sont directement nommés par le chef du gouvernement intérimaire al-Sharaa.

Le nombre de « votants » autorisés reste extrêmement faible : environ 200 à Qamishlo, 198 à Hassaké et seulement 100 à Kobanê. Les candidatures sont elles-mêmes très limitées (13 candidats pour 3 sièges à Hasaka, 7 pour 4 à Qamishlo, 11 pour 2 à Kobanê). Plusieurs représentants sont en outre nommés directement sans aucune élection.

Ce mécanisme fermé transforme ce qui est présenté comme un processus électoral en une simple formalité de légitimation, où le pouvoir central choisit lui-même qui le représentera.

En privant les Kurdes de Rojava du droit d’élire librement leurs représentants, Damas envoie un message clair : il n’y a pas de place pour l’autonomie kurde au sein du nouveau régime syrien arabo-sunnite. Un simulacre d’élection qui risque d’aggraver les tensions plutôt que de construire une Syrie unifiée et inclusive.