Les Kurdes, premières victimes collatérales de la guerre Iran – USA/Israël

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KURDISTAN – Malgré leur absence totale dans le conflit direct opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël, les Kurdes paient un lourd tribut humain dans cette nouvelle guerre régionale. Depuis le début des hostilités en 2026, près de 15 morts et des dizaines de blessés ont été recensés au Kurdistan irakien (principalement parmi les Peshmerga et des civils touchés par des frappes iraniennes ou de milices pro-iraniennes). Du côté iranien, dans le Rojhilat (Kurdistan oriental), les bilans font état de centaines de victimes kurdes, avec notamment plus de 110 morts et près de 970 blessés rien que dans la province du Kurdistan iranien selon des sources officielles locales, suite aux frappes américano-israéliennes sur des zones à forte présence kurde.

Les Kurdes ne sont pas belligérants dans cette guerre. Ils n’appartiennent à aucune coalition, ni à l’OTAN ni à d’autres structures internationales qui, paradoxalement, soutiennent ou tolèrent les États qui les oppriment. Pourtant, ils se retrouvent une fois de plus pris entre deux feux : frappés d’un côté par les missiles iraniens et les milices chiites en Irak, et de l’autre par les bombardements sur les infrastructures sécuritaires du Rojhilat.

Ce statut de victimes collatérales n’est pas nouveau. Depuis plus d’un siècle, le peuple kurde est colonisé, divisé et massacré sur ses propres terres par les États-nations turc, perse et arabe (Turquie, Iran, Syrie, Irak). Refusant l’assimilation forcée, les Kurdes réclament simplement le droit élémentaire à l’autogouvernement, à la préservation de leur langue, de leur culture et de leur patrimoine. Au lieu d’un soutien international clair à cette lutte légitime, ils sont régulièrement accusés d’être des « collaborateurs », des « séparatistes » ou des « agents de l’Occident ».

Cette perversion du récit historique est particulièrement visible aujourd’hui : tandis que la Turquie bénéficie d’un soutien occidental au sein de l’OTAN et que la Syrie voit son autonomie kurde (le Rojava) progressivement démantelée, les Kurdes restent exclus des mécanismes internationaux censés protéger les droits des peuples.

Il est temps d’arrêter cette hypocrisie et d’admettre une évidence historique : la décolonisation du Kurdistan est indispensable pour empêcher la disparition progressive du peuple kurde, menacé d’assimilation forcée et, à terme, de génocide culturel et physique. Sans reconnaissance de leur droit à l’autodétermination, les Kurdes continueront d’être sacrifiés sur l’autel des grands équilibres géopolitiques.

TURQUIE. Le corps d’un Kurde assassiné gît au sol depuis 4 jours

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TURQUIE / KURDISTAN – Le corps d’un Kurde assassiné dans la province de Van gît sur les lieux de son meurtre depuis quatre jours. L’armée turque refuse qu’on récupère le corps avant la venue du procureur qui est empêché par la neige qui a bloqué les routes… D’après les informations recueillies, le corps de Fehim Tosun, abattu à la frontière iranienne dans le quartier d’Elbês, district d’Elbak (Başkale), province de Van, git sur place depuis quatre jours. Un procureur et un démineur devraient se rendre sur les lieux pour récupérer le corps, tandis que la famille de Tosun et les riverains attendent toujours. Les proches de Fehim Tosun et les habitants du quartier d’Elbês attendent depuis plusieurs jours que les autorités interviennent pour retirer le corps de l’endroit où il se trouve. En vain. Les riverains ont déclaré que le fait que le corps soit toujours sur place a accentué la douleur de la famille. Les villageois ont indiqué que le corps n’avait pu être récupéré en raison des fortes chutes de neige et des tempêtes qui frappent la région. Néanmoins, la famille et les villageois exigent que le corps soit retiré des lieux au plus vite et que les formalités funéraires soient accomplies.

ROJAVA. Dékurdification en cours dans la campagne de Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Conformément aux plans turcs, la dékurdification de la campagne de Kobanê a commencé.     Dans la campagne de Kobanê, les attaques répétées de gangs turco-djihadistes poussent de nombreuses familles kurdes à abandonner leurs terres et leurs villages. Face à la recrudescence des violences racistes et du harcèlement systématique, plusieurs dizaines de familles ont déjà quitté la zone rurale pour se réfugier vers le gouvernorat d’Hassaké et ses environs, dans le nord-est de la Syrie.  

Plans turcs pour dékurdifier le Nord de la Syrie 

Ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large d’insécurité persistante dans le Rojava, où les groupes armés affiliés à la Turquie multiplient les incursions et les provocations. Les habitants craignent que, si la situation continue de se détériorer, un exode massif ne vienne vider encore davantage ces terres kurdes historiques.

TURQUIE. En un an, la violence a augmenté de 75 %

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TURQUIE / KURDISTAN – Un rapport récent montre que les violences en Turquie, y compris dans les régions kurdes, ont atteint des niveaux records. Le rapport « Carte de la violence en Turquie 2025 », établi par le Laboratoire de justice et de psychologie criminelle (ASLAB) de l’Université Kültür d’Istanbul, révèle que les actes de violence dans le pays ont atteint des niveaux records. Selon ce rapport, par rapport à 2024, le nombre d’incidents violents a augmenté de 75 %, pour atteindre 2 289 cas. D’après les données, l’agression est le type de crime le plus fréquent, représentant 61,5 % des cas. La répartition géographique des violences a également considérablement évolué. Les incidents, auparavant concentrés dans la région de Marmara, se sont déplacés vers la Méditerranée et certaines zones du Kurdistan. Parmi les villes où la hausse de la violence a été la plus marquée, Urfa (Riha) et Adana se sont particulièrement distinguées. Selon le rapport, le nombre de cas a été multiplié par 13 à Riha et par 5 à Adana, faisant de ces villes de nouveaux foyers de violence. Plus de 95 % des auteurs de ces actes sont des hommes Le rapport souligne que la grande majorité des auteurs de violences sont des hommes. Ainsi, 95,5 % des actes de violence ont été commis par des hommes. Par ailleurs, la proportion d’auteurs étrangers, passée de 13,2 % à 38,8 % en un an, est considérée comme un indicateur de la propagation croissante de la violence dans l’espace public et de l’affaiblissement du climat de confiance. Augmentation record de l’utilisation des armes à feu Il a également été constaté que l’utilisation d’armes à feu dans les homicides atteignait 62 %, soulignant ainsi que le port d’armes accroît la létalité de la violence. Sur le plan temporel, le mois de septembre s’est révélé le plus à risque, représentant 10,4 % des incidents. Le rapport comprenait également des recommandations. En conséquence, les zones à haut risque devraient être désignées comme zones spéciales de sécurité et de services sociaux, le port d’armes individuelles devrait être restreint, les inspections des armes blanches et perforantes devraient être renforcées et des centres d’intervention préventive devraient être mis en place, ciblant particulièrement les auteurs masculins. (ANF)

Signaux contradictoires : Les États-Unis vont-ils lancer une guerre terrestre contre l’Iran ou non ?

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Alors que la guerre américano-israélienne contre l’Iran, lancée le 28 février 2026 sous le nom d’Operation Epic Fury (« fureur », ou « furie épique »), entre dans son quatrième semaine, les messages en provenance de Washington restent hautement contradictoires. Frappes aériennes intenses, déploiement de forces terrestres rapides et discours oscillant entre victoire proclamée et menace d’escalade : qu’est-ce qui se passe réellement ?
 
Une guerre aérienne et navale déjà bien engagée
 
Les États-Unis et Israël ont mené des centaines de frappes sur les sites nucléaires, les infrastructures de missiles, les bases des Gardiens de la Révolution (IRGC) et les capacités navales iraniennes. L’Iran a riposté avec des missiles et drones, notamment contre Israël et des bases américaines dans le Golfe, tout en perturbant le trafic dans le détroit d’Ormuz, artère vitale du pétrole mondial.
 
Pour l’instant, il n’y a pas d’invasion terrestre massive du territoire iranien. Les opérations restent principalement aériennes et navales, avec un objectif déclaré : détruire le programme nucléaire restant, affaiblir durablement les capacités militaires offensives de Téhéran et empêcher toute menace imminente.
 
Mobilisation de soldats américains : préparation ou simple levier ?
 
Les signaux les plus inquiétants concernent les renforts terrestres :
 
  • Environ 1 000 à 3 000 soldats de la 82nd Airborne Division (force de réaction rapide) sont en cours de déploiement ou de préparation vers le Moyen-Orient.
  • Deux unités de Marines (environ 4 500 à 5 000 hommes) avec des navires amphibies (USS Boxer, USS Tripoli) convergent vers le Golfe.
  • Ces forces pourraient servir à sécuriser le détroit d’Ormuz, protéger le trafic maritime ou, dans un scénario plus offensif, saisir des sites stratégiques comme l’île de Kharg (principale plateforme d’exportation pétrolière iranienne).
Le Pentagone présente ces mouvements comme des mesures de « soutien aux opérations » et de dissuasion. Donald Trump a alterné entre « probablement pas besoin de bottes sur le terrain » et « si c’est nécessaire, je n’hésiterai pas ». Des sources indiquent qu’il a exprimé en privé un intérêt pour un contingent limité de troupes au sol à des fins précises (sécurisation de sites nucléaires ou pétroliers), sans projet d’invasion et d’occupation à grande échelle du pays, jugée trop risquée et coûteuse.
 
En résumé, des préparatifs concrets existent pour des opérations au sol limitées, mais rien ne pointe vers une guerre terrestre totale type Irak 2003.
 
Les déclarations de Trump : l’art du mélange menace et négociation
 
Le président américain multiplie les messages contradictoires, fidèle à son style « un maximum de pression + négations » :
 
  • Côté dur : menaces de frapper « beaucoup plus fort » les infrastructures énergétiques, ultimatum sur le détroit d’Ormuz, rejet d’un cessez-le-feu tant que l’Iran n’accepte pas une capitulation quasi totale.
  • Côté diplomatie : il affirme que « la guerre est gagnée », que l’Iran « veut désespérément un accord », qu’un plan de paix en 15 points a été transmis (via intermédiaires comme le Pakistan), et qu’il a reporté des frappes pour laisser du temps aux discussions.
Téhéran dément fermement toute négociation directe en cours et qualifie les propos de Trump de « fake news ». Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a répété que l’Iran n’acceptera pas de parler « sous les bombes » et pose ses propres conditions (arrêt des attaques, réparations, reconnaissance de son rôle dans le détroit d’Ormuz).
 
Le soutien de la Russie et de la Chine : réel mais limité
 
  • Russie : condamnation diplomatique forte, partage probable de renseignements (images satellites), coopération militaire antérieure (drones, défense). Moscou voit un intérêt à affaiblir les États-Unis, mais évite toute implication directe qui risquerait une confrontation plus large.
  • Chine : critiques diplomatiques, achat continu de pétrole iranien, possible soutien technique (radars). Pékin condamne les frappes mais priorise la stabilité énergétique et son économie. Ni l’un ni l’autre ne semble prêt à une intervention militaire ouverte pour sauver le régime iranien.
Le « partenariat sans limites » Russie-Chine-Iran se traduit surtout par un soutien indirect destiné à prolonger la résistance iranienne et à épuiser Washington, sans franchir le seuil d’une escalade majeure.
 
Qu’est-ce qui se passe vraiment ?
 
La situation combine pression militaire maximale et tentatives de sortie de crise. Les États-Unis ont considérablement dégradé les capacités iraniennes, mais l’Iran résiste encore via des actions asymétriques et le chantage sur le pétrole.
  Trump utilise la mobilisation terrestre et les menaces comme levier pour forcer Téhéran à accepter un accord très défavorable (dénucléarisation complète, fin du soutien aux proxies, etc.). Les renforts servent à la fois de préparation réelle (en cas d’échec des négociations) et d’outil psychologique.
Scénarios les plus probables à court terme :
 
  • Un accord négocié via intermédiaires (Pakistan, Turquie, Égypte) si l’Iran accepte des concessions majeures.
  • Une escalade limitée (opérations au sol ciblées pour rouvrir le détroit d’Ormuz ou sécuriser des sites stratégiques).
  • Une guerre d’usure prolongée, avec risques économiques mondiaux (hausse du pétrole).
En conclusion, non, les États-Unis ne semblent pas se diriger vers une invasion terrestre totale et une occupation de l’Iran, jugée trop dangereuse. Oui, des opérations terrestres limitées et ciblées restent une option sérieuse, soutenue par des déploiements concrets. La volatilité reste extrême : les déclarations optimistes de Trump coexistent avec une mobilisation réelle et un soutien russo-chinois qui permet à l’Iran de tenir sans basculer dans une confrontation directe avec les grandes puissances.
  La prochaine semaine, marquée par des tentatives de pourparlers et l’expiration possible d’ultimatums, sera décisive. Dans ce type de conflit, les signaux contradictoires peuvent précéder aussi bien une désescalade rapide qu’une brusque aggravation.  

ROJAVA. Les gangs veulent dékurdifier Aïn Issa

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SYRIE / ROJAVA. Conformément aux plans de la Turquie, des tribus fidèles à Damas et des gangs de DAECH / ISIS menacent les Kurdes d’Aïn Issa qui sont poussés à fuir ou affronter la mort. Aujourd’hui, les gangs turco-djihadistes ont mené plusieurs attaques anti-kurdes dans la région d’Aïn Issa dans le but de dékurdifier la région. Deux jeunes Kurdes du village de Jahbal, dans la campagne d’Aïn Issa, ont été blessés par des gangs qui ciblent les familles kurdes, dans le but de les chasser de la région. Une cinquantaine de familles kurdes d’Aïn Issa et de ses environs vivent dans une peur extrême en raison des menaces constantes proférées par des groupes se faisant passer pour des tribus et fidèles aux autorités de Damas. Par ailleurs, plusieurs magasins appartenant à des citoyens kurdes à Ain Issa auraient été pillés par Ahmed Abu Ghazaleh, affilié au gouvernement syrien.

L’Iran prétend avoir ciblé les soldats kurdes par erreur

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IRAK / KURDISTAN – L’Iran prétend que l’attaque ayant ciblé les soldats kurdes dans la province d’Erbil était une « erreur » et qu’il va enquêter sur l’incident. Une réponse qualifié de mensonger par de nombreux analystes alors que les attaques antikurdes qui durent depuis plusieurs semaines ont fait plus de 10 morts et plusieurs dizaines de blessés. Le président Nechirvan Barzani a déclaré mercredi que l’Iran avait déclaré avoir commis une « erreur » en ciblant une base de peshmergas avec des missiles balistiques, ce qui a fait six morts et plus de deux douzaines de blessés. « La frappe iranienne contre les forces peshmergas à Soran n’était pas une erreur. Six missiles balistiques ont touché directement la base militaire, tirés en deux vagues distinctes. Un tel niveau de coordination et de précision exclut une erreur de ciblage. Il s’agit bien d’une attaque délibérée », écrit le journaliste Pishtgir Goran sur son compte X (Twitter).   Six soldats tués, 30 autres blessés Six combattants kurdes ont été tués et plus de 30 autres blessés après deux frappes distinctes combinant missiles et drones qui ont visé le quartier général de la 7e division des forces Peshmerga dans la zone de Soran, province d’Erbil (Hewler), dans la nuit du 23 au 24 mars 2026. L’attaque s’est produite vers 3 heures du matin (heure locale). Des sources sécuritaires et Peshmerga ont confirmé que la première frappe a été suivie d’une seconde vague, touchant la base située dans la région montagneuse de Spîlk / Soran, au nord d’Erbil.  

L’Irak à la rescousse des milices chiites pro-Iran

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IRAK / KURDISTAN – Le gouvernement irakien a autorisé les milices chiites pro-Iran Hachd al-Chaabi et les forces de sécurité à répondre directement aux attaques, alors qu’il garde le silence face aux attaques ciblant les civils et militaires kurdes d’Irak. Alors qu’Irak ferme les yeux sur les attaques d’Iran et des proxies chiites d’Irak ciblant les Kurdes d’Irak, le Conseil national de sécurité irakien vient d’autoriser les milices chiites Hachd al-Chaabi et les autres groupes armés à riposter aux attaques dont elles sont victimes au titre de la « légitime défense ». D’après les médias irakiens, cette décision a été prise suite à une recrudescence des attaques visant les institutions de sécurité. Les forces de sécurité pourront ainsi riposter directement aux attaques contre les bases et installations militaires. Des instructions ont également été données pour appréhender les individus impliqués dans des attaques contre les intérêts des citoyens et les missions diplomatiques. Parallèlement, le Cadre de coordination, composé de blocs politiques chiites, a également apporté son soutien à cette décision. Dans un communiqué, les attaques contre les Hachd al-Chaabi ont été condamnées et qualifiées de « violation flagrante de la souveraineté irakienne », sans dire un mot sur les attaques anti-kurdes dans la région…

SYRIE. Il y a toujours un risque de guerre anti-kurde

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SYRIE / ROJAVA – L’intellectuel et militant des droits humains, Gulal Kasani, souligne que le Rojava est toujours menacé, mettant en garde contre le danger réel d’une guerre de discorde entre ses différentes communautés. Il est donc impératif que la société, les mouvements politiques et les forces armées restent en état d’alerte constant pour assurer la défense et la protection de la région. Il a également souligné la nécessité pour les Kurdes, aux niveaux politique et militaire, d’établir une autorité officielle.

L’intellectuel et militant des droits humains Gulal Kasani s’est entretenu avec l’agence ANHA au sujet de la situation actuelle dans la région, des attaques qualifiées de « guerre spéciale » menées contre la volonté du peuple du Rojava et des exigences de cette étape..

Kasani nous a rappelé que la Syrie, et le Rojava en particulier, ont récemment connu des bouleversements majeurs, et a souligné que les menaces qui pèsent sur le Rojava persistent, émanant aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur de la région. Il a fait remarquer que le gouvernement intérimaire syrien n’a toujours pas reconnu officiellement et constitutionnellement les droits des Kurdes, les cantonnant à un simple « décret » dépourvu de valeur juridique solide. Il a ajouté : « En raison de cette lacune juridique, les menaces persistent ».

Kasani a expliqué que les processus d’« intégration » en cours ont renforcé le sentiment de sécurité chez les Kurdes, entraînant une diminution de la mobilisation générale. Il a toutefois averti que « compte tenu des changements récents, la société kurde, le mouvement politique et les forces armées doivent rester vigilants et prêts à se défendre. La diversité est importante au Rojava, et le risque de déclencher une guerre civile entre Kurdes et Arabes demeure. Cependant, je crois que la politique, la diplomatie et les autorités kurdes sont parvenues à contrecarrer efficacement les tentatives d’aggravation du conflit dans la région ».

En conclusion, Kasani a souligné que les Kurdes du Rojava doivent préserver leur unité, transcender leurs divergences idéologiques et établir une autorité kurde officielle aux niveaux politique et militaire. Il a fait remarquer que le Moyen-Orient est en proie à des conflits et des guerres, et que le rôle des Kurdes, notamment au Kurdistan oriental, aura un impact direct et des répercussions sur le Rojava et le Kurdistan méridional.

Gulal Kasani (Talal Hussein) est un intellectuel et un écrivain aux multiples talents, cumulant les rôles d’éminent intellectuel, d’écrivain, de poète et d’avocat. Son œuvre littéraire comprend deux recueils de poésie intitulés « Azadi » et « Bagir », et il a enrichi la bibliothèque de recherche de trois ouvrages importants sur l’histoire et le patrimoine : « L’origine des Kurdes et leur présence historique au Kurdistan occidental », « Les Kurdes dans le cours de l’histoire » et une étude intitulée « Le mythe dans le patrimoine kurde ».

Sur le plan professionnel et institutionnel, Kasani est membre du barreau de Qamishli et de l’Union des écrivains kurdes de Syrie. Dans le domaine médiatique et universitaire, il présente l’émission « La situation et la pensée » (Rewş û Bîr) sur Rojava TV et enseigne à la faculté de droit de l’université de Rojava. Il y a apporté une contribution juridique majeure en traduisant le Code pénal adopté à l’université de Damas de l’arabe vers le kurde, et publie régulièrement des articles dans de nombreux journaux et revues.

La stabilité a un langage : comment l’Occident a appris à parler le nationalisme arabe

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MOYEN – ORIENT – Dastan Jasim soutient que les violences anti-kurdes perpétrées par les régimes, les idéologies et les mouvements politiques des pays arabes reflètent une conception racialisée et partagée de la présence kurde, perçue comme incompatible avec l’ordre politique établi. Selon Jasim, il s’agit d’une lecture pseudo-anti-impérialiste de l’histoire du Moyen-Orient, où les Arabes sont présentés comme les seuls sujets politiques autochtones, une version des événements adoptée par les pays occidentaux. Voici l’article de Dastan Jasimi :   « Il n’y a pas de Syrie », a déclaré Nesrîn Abdullah, [ancienne commandante] des Yekîneyên Parastina Jin (Unités de protection des femmes, YPJ), lors d’une récente conférence de presse. Par cette déclaration, elle a saisi, dans une perspective arendtienne, la banalité des massacres à motivation ethnique et religieuse perpétrés à répétition depuis la prise de pouvoir en Syrie par l’ancien terroriste d’Al-Qaïda, Ahmed al-Sharaa, en décembre 2024. Pour Abdullah, qui a servi au sein des YPJ et a participé à la défaite de l’État islamique en Irak et en Syrie (EI), la Syrie est moins un État que le fruit de massacres accumulés. Les propos d’Abdullah ont révélé que la situation n’a jamais évolué en Syrie, en particulier pour les Kurdes.   Face à une violence si fréquente et si facile à perpétrer, comment est-elle encouragée et justifiée ? Sous couvert de lassitude envers la Syrie et le Moyen-Orient, certains discours politiques et analytiques occidentaux présentent le désengagement comme une forme de retenue éthique et la non-intervention comme une preuve de prudence, expliquant ainsi l’inaction durant le récent conflit. Un bref rappel des événements de janvier 2026 illustre la gravité du problème. Plus de 150 000 civils kurdes ont fui les quartiers majoritairement kurdes d’Alep après plusieurs jours d’attaques urbaines impitoyables menées par les forces du gouvernement de transition syrien. Ces dernières ont tué des dizaines de personnes. Des témoignages font état de combattants syriens kidnappant des civils, encerclant des réfugiés, les forçant à s’asseoir par terre et les insultant, les traitant de porcs et d’infidèles. Un combattant du gouvernement de transition syrien a jeté le corps d’une combattante kurde du haut d’un immeuble. Un autre a fièrement exhibé une tresse coupée sur la tête d’un combattant kurde.   Cette campagne de violence ouvertement anti-kurde a été suivie par la prise de contrôle rapide, par les forces du gouvernement de transition syrien, des territoires à majorité arabe situés à l’est de l’Euphrate, qui étaient sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes. Des scènes de foules en liesse ont été observées, célébrant ce qui était présenté comme la libération de « l’occupation kurde », alors que ce sont les forces kurdes qui avaient chassé Daech de ces zones quelques années auparavant. Les forces du gouvernement de transition syrien, composées notamment des hommes armés qui avaient auparavant abrité Abou Bakr al-Baghdadi, chef de Daech, après sa défaite, ont pris le contrôle des prisons où étaient détenus les membres de Daech. Ces attaques contre les Kurdes avaient été précédées par les massacres d’Alaouites à Lattaquié, de chrétiens à Damas et de Druzes à Soueïda. Malgré ce lourd passé de meurtres, al-Charia a navigué sans difficulté entre Washington et Paris, New York et Moscou, semblant transcender toutes les divisions géopolitiques, créant de toutes pièces des faits établis, et sachant que le monde adhère pleinement à sa politique de création d’une « Syrie unifiée ». Dans certains pays occidentaux, la perspective d’un dirigeant syrien qu’il serait possible de neutraliser à moindre coût est accueillie favorablement.   Ce qui a changé en Syrie, ce n’est pas la logique d’exclusion, mais la propension des observateurs et décideurs politiques internationaux à l’utiliser, la reproduire et la justifier. Ils déploient un langage technocratique globalisé qui se confond avec des notions de nation et d’ethnicité résolument anti-modernes. Ils instrumentalisent les représentations nationalistes arabes des Kurdes comme acteurs étrangers, entités non autochtones, dont l’existence est perçue comme une provocation. Ces commentateurs transforment la suprématie arabe en « stabilité », tout en qualifiant les contestations de perturbations inutiles d’un équilibre déjà fragile. Dans cette perspective, la présence politique kurde n’est pas interprétée comme une continuité autochtone ou une réponse défensive à une menace existentielle, mais comme une interruption qui engendre l’instabilité par sa simple présence. L’effet de telles analyses et commentaires est de présenter la violence contre les Kurdes comme une conséquence malheureuse de la complexité, de l’épuisement et des revendications concurrentes, et non comme le racisme meurtrier ou l’exclusion politique que les Kurdes paient de leur vie.  

Non pas des haines anciennes mais un système de déni produit

  Sans surprise, compte tenu de cette interprétation des événements, certains reportages et analyses se sont éloignés de la réalité. Certains journalistes ont cité sans esprit critique « les habitants de Raqqa » comme une expression authentique de la volonté populaire, présentant les réactions de la majorité arabe comme un baromètre neutre de légitimité – ignorant ainsi les nombreux résidents kurdes de la ville. Ces reportages ont implicitement positionné les Kurdes comme la source du ressentiment dirigé contre eux, les dépeignant comme des dirigeants étrangers dont le départ aurait rétabli l’ordre social. Des journalistes comme Golineh Atai, journaliste germano-iranienne de la ZDF, se sont tenues devant le camp d’al-Hol, où des centaines de membres de familles de l’EI venaient d’être libérés, affirmant qu’ils s’étaient échappés sous la surveillance des Kurdes, et se disant inquiètes que Mazloum Abdi ne contrôle pas ses forces, évoquant la « peur » des Arabes due à l’animosité qui les opposait aux Kurdes depuis dix ans – rejetant ainsi toute la responsabilité sur les Kurdes et présentant les Arabes comme des victimes impuissantes. Elle a par ailleurs affirmé qu’« une guerre avait été évitée », comme si les dizaines de Kurdes tués, le blocus humanitaire des zones kurdes et les violences raciales filmées n’avaient jamais eu lieu. Cette mise en scène, qui consiste à ne présenter que les récits arabes sous couvert d’« authenticité », marginalise et occulte les pertes, les déplacements et les morts subis par les Kurdes.   De même, un article récent du Spiegel, intitulé « Quel est le jeu de la milice kurde la plus puissante de Syrie ? », illustre comment la suspicion est projetée sur les acteurs kurdes, même dans des reportages se voulant critiques. Ce cadrage présuppose la duplicité et des intentions cachées du côté kurde, tandis que les actions des acteurs arabes et turcs environnants sont traitées comme un simple contexte, et non comme des sujets d’enquête à part entière. La gouvernance kurde est perçue comme une énigme ou une menace, et non comme un projet politique ancré dans l’histoire, doté d’une légitimité sociale et d’objectifs clairement définis. La question n’est pas de savoir contre quoi les Kurdes se défendent, mais ce qu’ils cherchent à accomplir. Cette inversion reflète cette même conception racialisée, selon laquelle les Kurdes posséderaient certaines caractéristiques intrinsèques, qui a longtemps dominé le discours régional et qui se traduit aujourd’hui dans le langage du journalisme d’investigation.   Cette mascarade de reportages prétendument de terrain a vidé de sa substance politique la violence perpétrée contre les Kurdes. Au mieux, ces analyses présentaient le conflit arabo-kurde comme le fruit de haines ancestrales ou de préjugés réciproques, comme si la violence avait émergé spontanément de tensions communautaires non résolues. Souvent, elles ne la réduisaient qu’aux actes commis par les Kurdes durant leurs dix dernières années de contrôle des anciens territoires de l’EI. Cette explication vide le conflit de sa substance politique et constitue une forme de déni. L’enjeu n’est pas la persistance d’une animosité prémoderne, mais le succès d’un projet politique moderne qui a érigé l’existence kurde en incompatibilité avec l’ordre national, le progrès et la souveraineté. L’exclusion des Kurdes n’était pas le vestige du sous-développement ; elle était l’un des instruments qui ont façonné l’État syrien moderne.  

L’histoire de l’idéologie anti-kurde 

  Le cas syrien illustre avec une clarté particulière la logique de l’antikurdisme. Les politiques d’arabisation du milieu du XXe siècle n’étaient ni des excès marginaux ni des erreurs politiques, mais des pratiques constitutives par lesquelles l’État définissait qui appartenait à la nation et qui n’y appartenait pas. La prétendue étude de 1963 sur la région kurde de Syrie (Dirasat ʿan Muhafazati al-Jazirati min al-Nawahi al-Qawmiat al-Siyasiat al-Aijtimʿaeia, « Étude du gouvernorat d’Al-Jazirah d’un point de vue national, politique et social »), réalisée par Mohammed Talib Hilal, officier militaire et policier syro-baasiste, véhiculait une vision du monde où la présence kurde était perçue comme une menace existentielle comparable à Israël lui-même (…). Hilal assimilait ainsi l’existence kurde à l’ennemi permanent, au même titre qu’Israël. Il soutenait que les Arabes devaient affronter le Kurdistan et l’Israël dans le cadre d’un plan global, plutôt que de les traiter de manière partielle ou ponctuelle, car il considérait les deux comme des instruments d’intervention impériale contre le nationalisme arabe. Dans ce contexte, les revendications politiques kurdes ne nécessitaient ni dialogue ni négociation, car l’existence kurde était perçue comme extérieure au champ politique légitime. L’étude de Hilal justifiait la création par le gouvernement syrien d’une « ceinture arabe » (al-Hizām al-ʿArabī), constituée de populations arabes déplacées afin de réduire la présence kurde dans le nord-est de la Syrie.   Surtout, cette logique anti-kurde ne s’opposait ni au fondamentalisme religieux, ni n’était neutralisée par la modernité laïque. Le nationalisme arabe et l’islam politique se sont maintes fois cristallisés autour d’une même conception racialisée de la présence kurde, présentant les Kurdes comme un groupe immuable, étranger et intrinsèquement inférieur. Le parcours politique de Saddam Hussein illustre cette convergence avec une brutale clarté : il a combiné la rhétorique modernisatrice du parti baasiste avec le symbolisme islamique, tout en perpétrant des violences génocidaires contre les Kurdes lors de la campagne d’Anfal (1988) au nom de la préservation de l’État. En Syrie, des figures baasistes comme Salah Jadid, souvent qualifié de néo-marxiste alors qu’il a fait ses débuts politiques au sein du Parti social-nationaliste syrien (PSNS), proche allié du parti nazi, ont traité l’islam et la société kurde comme des forces arriérées à réprimer au nom du développement. Pour les élites alaouites de Syrie, le nationalisme arabe extrême servait de mode d’intégration au sein du paysage politique sunnite arabe, tout comme le nationalisme palestinien avait historiquement permis aux chrétiens palestiniens de se sentir appartenir à une communauté. Le racisme de la modernisation ne contredisait ni l’idéologie religieuse ni l’idéologie nationaliste. Il s’exerçait à travers les deux, engendrant un discours durable où le meurtre des Kurdes, la destruction de leur culture et leur marginalisation pouvaient être sans cesse justifiés au nom du progrès.   La répétition des violences anti-kurdes à travers les régimes, les idéologies et les contextes politiques est généalogique, non accidentelle. Elle ne découle pas simplement des antipathies arabes apparues après la guerre contre Daech et la prétendue occupation des territoires arabes. Elle s’enracine profondément et, comme le démontre l’histoire de la pensée baasiste, dans des fondements idéologiques de racisme anti-kurde élaborés et sophistiqués. Elle reflète une conception racialisée partagée de la présence kurde, perçue comme incompatible avec l’ordre politique, et une lecture pseudo-anti-impérialiste de l’histoire du Moyen-Orient où les Arabes sont considérés comme le seul sujet politique autochtone. Dans ce cadre, l’existence kurde apparaît soit comme une construction impériale, soit comme une menace démographique, mais jamais comme une continuité historique légitime. Cette sélection idéologique a permis au nationalisme arabe, puis aux mouvements islamistes, d’éluder toute réflexion sur leurs propres formes de domination, tout en présentant la résistance kurde comme une collaboration, une déviation, voire une trahison.   L’affaiblissement du régime d’Assad après 2011, date du début du soulèvement et de la guerre civile syriens, n’a pas fait disparaître cette logique raciale. Elle a ressurgi presque sans transition dans le discours de l’opposition anti-Assad, qui a présenté l’autonomie kurde comme une fragmentation, un complot ou une manipulation étrangère plutôt que comme un acte de légitime défense. Ces groupes d’opposition ont systématiquement dépeint l’organisation politique kurde comme illégitime, indépendamment de ses pratiques, de ses alliances ou de ses engagements idéologiques. L’imaginaire racial est resté intact malgré les changements de bannières, de slogans et de soutiens. Cette continuité explique pourquoi il a été si facile de justifier les alliances entre les milices islamistes syriennes et la Turquie pour attaquer la région à majorité kurde d’Afrin (au nord-ouest de la Syrie), et des villes à majorité kurde comme Serêkaniyê (connue en arabe sous le nom de Ras al-Ayn) et Girê Spî (connue en arabe sous le nom de Tal Abyad). La même conception raciale des Kurdes était présente lorsque le président turc Recep Tayyip Erdoğan a indirectement évoqué la « ceinture arabe » lors de son offensive de 2019 contre les Kurdes syriens. Il a déclaré que le nord-est de la Syrie était « quasi désertique » et que les Arabes étaient les « véritables propriétaires » de la ville de Manbij, tout en montrant une carte sur laquelle les zones à majorité kurde, séparées des zones kurdes de Turquie précisément par la frontière arbitraire syro-turque, étaient désignées comme des zones que la Turquie souhaitait occuper en tant que « zone de sécurité ».  

Reproduire l’antikurdisme comme expertise

  Le caractère structurel du racisme anti-kurde se manifeste surtout non pas dans des déclarations abstraites, mais dans les moments concrets où l’action politique kurde est évaluée, interprétée et réprimée. Un exemple, aujourd’hui largement oublié, est l’échange entre Leyla Zana, ancienne prisonnière politique kurde de l’État turc, et Leyla Khaled, pirate de l’air palestinienne, lors d’une conférence de femmes en 2013. Zana défendait une position fondée sur la coexistence, insistant sur le fait que la lutte palestinienne pour la libération n’exigeait pas l’effacement d’un autre peuple et que la paix entre les peuples supposait une reconnaissance mutuelle, même en situation d’occupation. Khaled rejetait catégoriquement ce cadre, refusant toute forme de reconnaissance qui permettrait à Israël de subsister et traçant une frontière nette entre les causes nationales jugées légitimes et celles considérées comme irréconciliables.   À l’époque, nombre de Kurdes percevaient ce désaccord comme propre au contexte israélo-palestinien. Rétrospectivement, cet échange a révélé une logique politique plus profonde : les causes nationales arabe et palestinienne sont présentées comme autochtones, absolues et non négociables, tandis que l’existence kurde (et juive israélienne) est considérée comme conditionnelle, secondaire et indéfiniment reportable. La participation kurde aux luttes politiques arabes relevait donc moins de la solidarité que de la manifestation d’une relation inégale, où l’engagement kurde envers la cause arabe était attendu et mobilisé, tandis que la reconnaissance arabe de la lutte kurde n’était jamais un élément du compromis politique.   Cette asymétrie ne se limite pas aux mouvements politiques régionaux. Elle s’insinue sans difficulté dans les discours universitaires et politiques occidentaux, où elle est reformulée à travers le prisme du pragmatisme, de la stabilité et de la gestion des risques. L’analyse de Charles Lister, chercheur résident au Middle East Institute de Washington, en est un exemple révélateur. Lister écrit que « pendant des années, les FDS se sont révélées être un partenaire local loyal et fiable, mais qu’en fin de compte, il s’agissait d’un acteur non étatique dont la base kurde a longtemps été un facteur d’instabilité plus large, tant à l’intérieur de la Syrie que, dans une certaine mesure, au-delà ». Cette formulation est révélatrice non pas parce qu’elle nie la contribution des Kurdes, qu’elle reconnaît d’ailleurs brièvement. Ce qui est révélateur dans cette analyse, c’est qu’elle situe l’instabilité dans l’existence même des Kurdes. La loyauté, l’efficacité et le sacrifice sont relégués au second plan face à un diagnostic ethnique qui perçoit la présence kurde comme intrinsèquement déstabilisatrice, voire comme une menace. L’agression militaire turque, la violence djihadiste et des décennies de répression nationaliste arabe disparaissent de l’analyse, remplacées par l’hypothèse que la simple existence kurde est le problème sous-jacent à gérer.   Une logique similaire est à l’œuvre dans l’analyse de la Syrie orientale menée par Faris Zwirahn, universitaire à Princeton, qui délégitime la gouvernance kurde en affirmant que « ces cadres sont souvent des ressortissants étrangers (principalement turcs et irakiens) plutôt que syriens ». Cette observation est présentée comme une preuve de l’étrangeté des Kurdes, alors même que l’État syrien a intégré des milliers de combattants étrangers, dont des djihadistes ouïghours, dans ses forces sans susciter un examen comparable. Le problème ici n’est pas l’exactitude des faits, mais une interprétation différenciée. De telles analyses présentent les liens transfrontaliers kurdes comme une infiltration et une manipulation démographique, tout en ignorant la militarisation par les États arabes de combattants étrangers non arabes ou en la normalisant comme une nécessité en temps de guerre. Il en résulte une hiérarchie de légitimité où la mobilité kurde est, par définition, suspecte, tandis que les pratiques des États arabes sont soustraites à toute critique équivalente.   Ce schéma est encore plus marqué dans les travaux d’analystes tels que Hassan I. Hassan, fondateur et rédacteur en chef du magazine New Lines, et Rasha al-Aqeedi, collaboratrice de New Lines, dont les commentaires présentent l’autonomie kurde comme une perturbation d’origine extérieure plutôt que comme une réponse politique autochtone à une menace existentielle. Hassan I. Hassan affirme par exemple que les FDS « n’ont jamais remporté de bataille sans un soutien aérien américain rapproché », contrairement à Hayat Tahrir al-Sham (HTS), le groupe djihadiste qui a porté al-Charia au pouvoir. En réalité, HTS a réussi grâce à des années de financement turc, un effort qui bénéficiait lui-même du soutien diplomatique, financier et militaire des États-Unis.   Dans ces analyses, les institutions kurdes apparaissent comme des intermédiaires, des instruments ou des conséquences involontaires de l’intervention occidentale, une vision qui rappelle celle de Mohammed Talib Hilal. Ces écrits perçoivent les acteurs nationalistes et islamistes arabes comme des forces réactives, façonnées par les circonstances, plutôt que comme des agents de domination. Les Kurdes, selon cette perspective, sont des déstabilisateurs extérieurs, tandis que la violence arabe à leur encontre est certes regrettable, mais aussi compréhensible comme une forme d’anti-impérialisme. L’autodéfense kurde devient alors un problème à minimiser, et non une revendication à prendre au sérieux.  

Le coût du fatalisme géopolitique

  Ce qui unit ces affaires, ce n’est ni un préjugé individuel ni une erreur d’analyse, mais une structure épistémique commune où la domination politique arabe est considérée comme la norme. À travers ce discours de réalisme, de non-intervention et de lassitude, les violences contre les Kurdes peuvent se perpétuer sans susciter de rupture morale ou analytique, tandis que la résistance kurde est accueillie avec une méfiance accrue.   À ce stade, le fatalisme géopolitique remplit sa fonction principale. En présentant le contrôle nationaliste arabe comme l’option la moins perturbatrice (et la plus « naturelle »), le discours politique qualifie le retrait militaire occidental de Syrie de retenue, et l’acquiescement de maturité morale. La vie des Kurdes devient négociable non pas parce que les circonstances sont chaotiques, mais parce que le cadre utilisé pour imaginer l’ordre a déjà déterminé quelles revendications sont considérées comme légitimes. La gouvernance kurde est une innovation illégitime et perturbatrice. La gouvernance arabe est l’ordre naturel. Chercher à changer cet ordre établi est une entreprise vaine, de sorte que la seule politique viable consiste à accepter le Moyen-Orient dominé par les Arabes tel quel. L’anti-impérialisme, dépouillé d’une lecture dans laquelle tous les empires sont remis en question, devient un vocabulaire qui absorbe la domination au lieu de la combattre.   Ce système persiste dans les discours régionaux et occidentaux car il repose sur une conception racialisée de l’autochtonie qui considère les Arabes comme le seul sujet politique authentique de la région. Kurdes, Juifs israéliens, chrétiens, Alaouites, Druzes, Yézidis et autres deviennent des présences gênantes, des peuples dont la simple existence est déstabilisatrice. Les conséquences d’une telle pensée se pleurent sur des innocents. Dastan Jasim est chercheuse germano-kurde associée à l’Institut allemand d’études mondiales et régionales (GIGA) et ancienne chercheuse invitée à l’Université américaine d’Irak Article d’origine (en anglais) publié en mars 2026 sur le site fathom journal « Stability has a language: How the West Learned to speak Arab nationalism »  Photo : Le président syrien Hafez al-Assad en compagnie du vice-président irakien Saddam Hussein, du ministre algérien des Affaires étrangères Abdelaziz Bouteflika et du vice-président syrien Abdel Halim Khaddam (lors du sommet de la Ligue arabe à Bagdad). Musée en ligne d’histoire syrienne, domaine public, via Wikimedia Commons.