ROJAVA. Les forces coloniales turques provoquent un incendie à Tal Tamr

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SYRIE / ROJAVA — L’agence kurde ANHA signale que l’armée coloniale turque basée dans le village d’Aziziya a mis le feu à des champs dans la campagne nord de Tal Tamr. Le feu s’est rapidement propagé vers plusieurs villages voisins, causant d’importants dégâts matériels.

Attisé par des vents violents et des températures élevées, le sinistre s’est étendu d’Aziziyah aux villages d’al-Dardara, Khashmat Zerkan, Mjibira Zerkan, Qubur al-Qarajnah et Sheikh Ali. Il a ravagé de vastes étendues de terres agricoles et atteint des zones habitées.

Des habitations et des biens civils ont été endommagés dans les villages d’al-Dardara et de Khashmat Zerkan. Les habitants craignent désormais que les flammes n’atteignent d’autres maisons et cultures.

Malgré les efforts conjoints des équipes d’intervention d’urgence et des habitants, qui luttent activement contre le feu, l’incendie reste difficile à maîtriser en raison de son ampleur et des conditions météorologiques défavorables.

Les riverains ont lancé un appel urgent aux autorités et aux pompiers pour renforcer les moyens déployés sur place et protéger les zones résidentielles ainsi que les terres agricoles restantes. Ils mettent en garde contre des pertes supplémentaires si l’incendie n’est pas rapidement circonscrit.

IRAN. Le régime arrête un couple d’artistes kurdes à Paveh

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IRAN / ROJHILAT – Les forces de sécurité iraniennes ont arrêté l’artiste kurde Rashid Emami et son épouse, Shler Modirzadeh, dans la ville de Paveh. On ignore où ils se trouvent actuellement. Selon les informations obtenues par l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, Emami, un ingénieur géomètre et artiste de 33 ans originaire de Paveh, a été arrêté le lundi 6 juillet 2026, lorsque les forces du département du renseignement ont perquisitionné le domicile du couple. Selon des sources de Hengaw, les forces de renseignement sont retournées au domicile quelques heures plus tard et ont arrêté Modirzadeh. Le couple a été arrêté de force et sans mandat. Les efforts de leur famille et de leurs proches pour obtenir des informations sur leur lieu de séjour et leur état sont restés vains jusqu’à présent. Emami avait déjà été arrêté lors des manifestations Femme, Vie, Liberté du 26 novembre 2022, en même temps que son jeune frère, Mohammad Emami. Les raisons de la détention du couple, les charges retenues contre eux et leur lieu de détention étaient inconnus au moment de la publication de cet article.

SYRIE. Explosions près de l’hôtel de Macron en visite à Damas

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SYRIE – Ce matin, plusieurs engins explosifs improvisés (EEI) ont explosé à Damas, près de l’hôtel Four Seasons où Emmanuel Macron avait passé la nuit. Macron avait déjà quitté l’hôtel pour se rendre au palais présidentiel au moment des explosions. L’Élysée a indiqué qu’il n’avait rien entendu et qu’il n’était pas visé directement. On ne sait pas encore qui est derrière cet attentat, mais selon Karim Franceschi, un ancien internationaliste ayant combattu DAECH / ISIS aux côtés forces kurdes au Rojava, ces explosions étaient un message envoyé à Emmanuel Macron. Karim Franceschi a écrit sur son compte X (ancien Twitter) : « Les engins explosifs improvisés (EEI) à Damas ne constituaient pas une tentative ratée contre Macron. Il s’agissait d’un attentat de démonstration exemplaire : charges calibrées avec précision, absence totale de shrapnels, blessures limitées aux tissus mous et aucune victime mortelle. Ce n’était pas de l’incompétence, c’était un message.
Ils ont frappé son itinéraire quelques minutes seulement après son passage, exactement sur le trottoir qu’il avait emprunté. L’objectif était de démontrer à tous les publics concernés qu’ils maîtrisaient parfaitement l’espace des opérations : à Macron, que sa bulle de sécurité n’était qu’une illusion ; aux autorités hôtes, que leur emprise sur la capitale restait précaire ; et à la population locale, que le véritable pouvoir de veto appartenait toujours à des hommes capables de faire exploser une charge sur commande, mais qui choisissaient de ne pas le faire. L’objectif n’a jamais été de tuer un président, mais de le laisser repartir en sachant qu’il avait été délibérément épargné. »

FRANCE. Mobilisation contre la persécution d’une militante kurde

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PARIS – Dans un tribune publiée le 6 juillet 2026 sur le site L’Humanité, des dizaines de féministes et des parlementaires dénoncent la persécution administrative de Gulhatun Kara, une réfugiée kurde de 61 ans arrivée en France en 1991.

Engagée de longue date dans la défense des droits des femmes kurdes au sein de réseaux associatifs, elle a été privée de son statut de réfugiée sur la seule base d’une « note blanche » des services de renseignement français. Cette note n’a fait l’objet d’aucun débat contradictoire ni d’aucune condamnation pénale.

Malgré l’avis contraire de la Cour Nationale du Droit d’Asile (qui reconnaît le danger qu’elle encourt en Turquie) et de la commission d’expulsion, le ministre de l’Intérieur a maintenu l’arrêté d’expulsion. Gulhatun Kara est aujourd’hui assignée à résidence et doit pointer deux fois par semaine à la gendarmerie, sous la menace d’un renvoi vers la Turquie.

L’article souligne l’impact sur sa santé : crises d’angoisse, amnésie partielle et amaigrissement important, confirmés par un rapport médical.

Les signataires exigent :

  • L’abrogation immédiate de l’arrêté d’expulsion.

  • La fin des procédures fondées sur des notes blanches non contradictoires.

  • La garantie qu’elle ne soit pas renvoyée en Turquie.

  • Une prise en charge médicale adaptée.

Ils appellent à la solidarité féministe, estimant que l’engagement militant de Kara pour les droits des femmes kurdes est criminalisé par l’État français.

La liste des signataires à voir ici : « « Femmes du monde entier, la lutte de Kara est la nôtre »« 

TURQUIE. Nouvelle vague de rafles à la veille du sommet de l’OTAN

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TURQUIE / KURDISTAN – Des journalistes, des avocats, des universitaires, des étudiants et des militants de divers groupes socialistes font l’objet d’une vaste enquête pour « terrorisme », dans la continuité d’une répression similaire menée la semaine dernière.

Ce matin, la police turque a procédé à des dizaines d’interpellations lors de raids simultanés dans plusieurs provinces, y compris dans les régions kurdes du pays, à la veille du sommet de l’OTAN prévu les 7 et 8 juillet à Ankara.

Les opérations ont touché Istanbul, Ankara, Izmir, Kocaeli, Antalya, Dersim, Urfa, Çanakkale et Bursa. Parmi les personnes arrêtées figurent des universitaires, des avocats, des étudiants en droit, des représentants d’associations, des membres de partis politiques et des syndicalistes.

Des journalistes interpellés

Parmi eux se trouvent plusieurs journalistes : Abbas Vural (collaborateur de Bianet), Buse Söğütlü (rédactrice en chef de T24) et Ceren Erdoğdu (rédactrice en chef d’OdaTV), arrêtés lors de perquisitions à leurs domiciles. Ceren Erdoğdu avait récemment relayé une pétition de l’« Initiative Non à l’OTAN », portée par des musulmans opposés à l’organisation.

Des avocats et des étudiants en droit visés

L’Association des avocats progressistes (ÇHD) a annoncé l’arrestation de sa responsable de la branche d’Istanbul, l’avocate Ezgi Önalan, ainsi que de son membre Yunusemre Işık. L’association a dénoncé des « opérations politiques » et lancé : « Mettez fin aux opérations politiques qui promettent un jardin de roses sans épines à l’OTAN. »

À Ankara, les étudiants en droit Boran Işıldak et Burhan Can ont également été interpellés.

Ciblage des groupes socialistes

À Antalya, au moins 35 personnes ont été arrêtées, dont 11 membres du mouvement « Maisons du peuple » (Halkevleri), parmi lesquels Gürkan Gülseven (membre du comité exécutif central) et Gülcan Şahin (responsable de la branche locale). Des membres du Parti des travailleurs de Turquie (TİP), de la Jeunesse ouvrière et du Mouvement Kaldıraç ont également été placés en garde à vue.

Des raids ont également visé des membres de l’EMEP, du TİP et du Parti socialiste ouvrier (SEP) à Urfa, ainsi que des militants des associations de jeunesse révolutionnaire et du magazine Devrimci Hareket à Çanakkale et Bursa. À Istanbul, Kocaeli, Izmir et Dersim, plusieurs organisations de gauche (Partizan, BDSP, SMİ, SODAP, etc.) ont été touchées.

Un universitaire et un écrivain arrêtés

L’universitaire et écrivaine Sibel Özbudun ainsi que l’écrivain Temel Demirer ont été interpellés à Istanbul dans le cadre d’une enquête du parquet de Muğla portant sur des publications sur les réseaux sociaux. Leur transfert vers Muğla est prévu.

Contexte : une répression avant le sommet de l’OTAN

Les autorités n’ont pas encore communiqué officiellement sur ces arrestations. La semaine précédente, les 23 et 24 juin, plus de 220 personnes avaient déjà été interpellées dans une opération d’ampleur, dont 103 placées en détention provisoire.

Le sommet de l’OTAN se tiendra les 7 et 8 juillet au complexe présidentiel d’Ankara, avec la participation de représentants de 32 pays. Près de 40 000 agents de sécurité seront déployés et d’importantes restrictions de circulation sont prévues. Des travaux d’embellissement des façades et l’installation de panneaux publicitaires vantant l’OTAN et l’industrie de défense turque ont été critiqués par une partie de la population.

IRAN. Une otage de 67 ans condamnée à mort pour « rébellion armée »

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IRAN – Le régime a condamné à mort Zahra Shahbaz Tabari, une prisonnière politique de 67 ans, pour « rébellion armée » (baghi), alerte l’ONG kurde Hengaw. Zahra Shahbaz Tabari, ingénieure en électricité de 67 ans, militante des droits civiques et prisonnière politique originaire de Rasht, a été condamnée à mort une seconde fois par la première chambre du tribunal révolutionnaire de Rasht, présidée par le juge Ahmad Darvish Goftar. Ce jugement intervient malgré l’annulation de sa précédente condamnation à mort par la Cour suprême iranienne. Selon les informations obtenues par l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, le juge Ahmad Darvish-Goftar a de nouveau condamné Shahbaz Tabari à mort le 28 mai 2026. Elle était accusée d’être membre de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK). Sa condamnation à mort initiale, prononcée par la même chambre du tribunal en octobre 2025, a été cassée par la Cour suprême le 27 janvier 2026, et l’affaire a été renvoyée devant la première chambre du Tribunal révolutionnaire de Rasht pour un nouveau procès. Malgré l’arrêt de la Cour suprême, le tribunal a de nouveau prononcé la peine capitale. Des sources proches de la famille de Shahbaz Tabari ont décrit le nouveau procès comme ressemblant davantage à un interrogatoire de sécurité qu’à une procédure judiciaire. « L’audience a duré environ 30 minutes. Le juge Darvish-Goftar est parti après seulement 20 minutes, et les 10 dernières minutes se sont déroulées en présence d’un agent de sécurité », a déclaré à Hengaw une source proche du dossier. Selon la famille, le procès initial, qui s’est tenu l’an dernier, a eu lieu par visioconférence, a duré moins de 10 minutes et s’est déroulé sans qu’elle puisse choisir son avocat. Elle était représentée uniquement par un avocat commis d’office. Les membres de la famille affirment que l’affaire repose sur des preuves fabriquées et non fiables, notamment un morceau de tissu portant le slogan « Femme, Résistance, Liberté » et un message audio inédit. Ils soulignent qu’aucune preuve n’a été présentée démontrant une quelconque affiliation organisationnelle, structurelle ou militaire entre Shahbaz Tabari et un quelconque groupe politique. Shahbaz Tabari est ingénieur électricien, membre de l’Organisation iranienne du génie de la construction et titulaire d’une maîtrise en énergie durable de l’Université de Borås en Suède. Elle a été arrêtée le 16 avril 2025, après une descente des forces de sécurité à son domicile, au cours de laquelle des appareils électroniques ont été saisis. Elle a ensuite été transférée à la prison de Lakan à Rasht, où elle est toujours détenue. Elle avait déjà été détenue pendant trois mois pour des activités pacifiques sur les réseaux sociaux, puis libérée sous surveillance électronique avant sa dernière arrestation.

IRAN. Un autre manifestant condamné à mort

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IRAN – Vahid Khan Sanami, arrêté dans le cadre des manifestations de janvier, a été condamné à mort par le pouvoir judiciaire iranien pour « moharebeh » (guerre contre Dieu); signale l’ONG kurde Hengaw.

Selon l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, présidée par le juge Abolghasem Salavati, a prononcé cette sentence. Le jugement a été officiellement notifié à Khan Sanami.

D’après des sources bien informées, son procès s’est tenu en mai 2026 devant cette même chambre. Arrêté en mars 2026 en lien avec les manifestations de janvier, il a subi de longs interrogatoires avant d’être transféré à la prison de Fashafouyeh, également connue sous le nom de Grande Prison de Téhéran, où il est toujours détenu dans des conditions difficiles.

L’utilisation d’accusations religieuses aux contours flous comme le « moharebeh » et le recours à la peine de mort contre des manifestants constituent de graves violations du droit à la vie et du droit à un procès équitable, tels que garantis par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l’Iran est pourtant partie.

Hengaw avait déjà alerté contre une nouvelle vague de condamnations à mort prononcées par les sections du tribunal révolutionnaire de Téhéran.

IRAN. Des gardes-frontières abattent un kolbar kurde près de Meriwan

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IRAN / ROJHILAT – Des gardes-frontières iraniens ont abattu un kolbar kurde de 18 ans, dans la région frontalière de Merîwan. Un jeune Kolbar de 18 ans, Sirwan Khoshnamak, a été abattu par des gardes-frontières iraniens alors qu’il transportait des marchandises dans une zone frontalière montagneuse de Marivan (Merîwan), ce lundi, selon une organisation de défense des droits humains. Il s’agit du deuxième Kolbar tué par des gardes-frontières en quatre jours dans la région frontalière du Kurdistan iranien. D’après les informations recueillies par l’Organisation Hengaw pour les droits humains, Salah Khoshnamak, originaire du village de Duwmal, près de Marivan, a été tué par balle dans la zone frontalière de Viseh le 6 juillet 2026. Les gardes-frontières iraniens ont ouvert le feu sur Khoshnamak à bout portant et sans sommation. Il est mort sur le coup. Vendredi, les gardes-frontières ont également abattu Wazir Rahimi, un porteur de 57 ans, près du poste frontière de Nowsud. Rahimi, originaire du district de Shahu, dans la province de Ravansar, était père de cinq enfants.

« Nous continuerons à rire pour défier la tyrannie »

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TURQUIE / KURDISTAN — Le député du parti pro-kurde DEM, Cengiz Çiçek, a déclaré que l’arrestation du comédien Deniz Göktaş reflète la dérive autoritaire du régime turc, jurant que « nous continuerons à rire en défiant la tyrannie ».

L’arrestation de l’humoriste kurde-alévi Deniz Göktaş, accusé d’« outrage aux valeurs religieuses » et d’« outrage au président » pour sa satire politique diffusée dans son émission de stand-up « Ölü Deniz » sur YouTube, a suscité une vive indignation. Visionnée et saluée par des millions de personnes, cette émission a conduit à son interpellation dès son retour de l’étranger à l’aéroport. La colère publique s’est encore amplifiée après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une photo le montrant menotté dans le dos au commissariat de Vatan à Istanbul.

Cengiz Çiçek, député du Parti de l’égalité des peuples et de la démocratie (DEM) et présent au rassemblement de solidarité devant le tribunal de Çağlayan, a dénoncé auprès de l’agence ANF cette arrestation qu’il juge injuste et illégale.

Une opération du régime de l’AKP, qui n’a pas réussi à devenir une puissance culturelle

Cengiz Çiçek a affirmé que la détention et l’arrestation de l’humoriste Deniz Göktaş reflètent le caractère autoritaire du régime turc. Il a souligné qu’il s’agissait d’un exemple flagrant de la politique gouvernementale visant à étouffer toute forme de liberté d’expression.

Il a rappelé une déclaration faite il y a des années par le président Tayyip Erdoğan : « Nous sommes devenus la puissance politique, mais nous n’avons pas pu devenir la puissance culturelle. » Selon lui, l’affaire Deniz Göktaş s’inscrit dans une opération menée par le régime de l’AKP pour imposer sa domination culturelle.

Cette affaire montre à quel point le gouvernement a peur

Çiçek a déclaré que la satire politique de Deniz Göktaş est devenue une source d’espoir pour la gauche et les milieux d’opposition. « C’est la principale raison de la forte solidarité sociale et politique qui s’est formée autour de Deniz. Cela a aussi démontré l’importance de la satire politique. Quand Deniz se produit sur scène, des cents, voire des milliers de personnes rient simultanément. Cela révèle à quel point le gouvernement craint le rire partagé. À travers son spectacle, Deniz a une fois de plus montré comment les opposants au régime peuvent se rassembler autour de valeurs communes. C’est la plus grande crainte de l’AKP. Nous avons constaté la même chose lors de la résistance de Gezi. La pluralité, la diversité et l’humour de Gezi ont profondément effrayé le gouvernement. Avec son spectacle, Deniz Göktaş est redevenu la voix de ceux qui refusent d’obéir, de ceux qui ne se soumettent pas au régime, de ceux qui questionnent, rient et s’accrochent à la vie en faisant rire les autres. »

Hier, les intellectuels étaient brûlés vifs ; aujourd’hui, ils sont emprisonnés

Çiçek a rappelé que Deniz Göktaş était revenu en Turquie le 2 juillet, jour du 33e anniversaire du massacre de Sivas, une date hautement symbolique. « Deniz est revenu en Turquie le 2 juillet, jour du 33e anniversaire du massacre de Sivas. J’ignore s’il a choisi cette date délibérément, mais cette image est devenue un portrait de la Turquie. Elle montrait que, 33 ans plus tard, les écrivains, les artistes et les intellectuels ne sont toujours pas tolérés. Elle reflétait la même mentalité qui les a massacrés il y a des décennies. Hier, les intellectuels étaient brûlés vifs ; aujourd’hui, ils sont emprisonnés au nom des “valeurs nationales et religieuses” et de la “sécurité publique”. »

Il a ajouté que cela prouvait que les intellectuels, les militants de gauche, les Alévis, les démocrates et les révolutionnaires ne sont toujours pas en sécurité dans ce pays. « Que ce soit intentionnel ou non, Deniz a mis en lumière cette réalité. En rentrant en Turquie le jour anniversaire de l’assassinat de 33 intellectuels, il a démontré à ce système qu’il appartient à cette terre et qu’il en est une valeur fondamentale. »

« Il aurait pu choisir de ne pas revenir, mais il l’a fait. Ceux qui ne pouvaient l’accepter l’ont menotté dans le dos et se sont assurés que ces images soient diffusées. C’était aussi un message à tous ceux qui pensent, vivent et refusent de se soumettre comme Deniz. Les responsables du massacre de Sivas ont bénéficié d’une impunité de fait, les prétendus fugitifs ayant profité de la prescription. […] Ceux qui ont assombri nos vies lors du massacre de Sivas et brûlé vifs nos proches restent libres, tandis que des gens comme Deniz, qui nous font rire et ramènent de la joie dans nos vies, sont emprisonnés. C’est aussi une atteinte à notre quête de liberté et à notre joie de vivre. C’est précisément pourquoi nous devons continuer à rire et faire rire plus fort. »

Si votre organisme craint un humoriste, cela parle de lui-même

Çiçek a souligné la profonde contradiction que représente cette affaire, alors même que des discussions sur un processus de paix et de société démocratique sont en cours. Il a rappelé que les Kurdes, les Alévis, les chrétiens, les socialistes et les révolutionnaires ont été exclus dès la fondation de la République. « Notre lutte pour démocratiser la République est aussi une lutte au nom de tous ceux qui ont été exclus. Nous voulons faire partie intégrante de la République par la lutte démocratique. »

« Monsieur Abdullah Öcalan et nous-mêmes, en tant que parti DEM, avons toujours soulevé des questions telles que la liberté d’expression, la liberté d’association, les droits identitaires, la liberté de croyance, les droits des femmes et l’égalité des genres lors de nos rencontres avec nos interlocuteurs au sein de l’État. Alors que nous nous efforçons d’élargir l’espace de liberté d’expression et d’association pour tous les groupes d’opposition, vous traitez un artiste comme un ennemi de l’État, vous le menottez dans le dos, vous le poursuivez en justice et vous tentez de l’intimider par l’emprisonnement. »

« Si vous considérez la satire politique d’un humoriste comme une menace pour la sécurité publique ou nationale, cela en dit plus long sur votre système que sur l’humoriste lui-même. Si vous avez bâti un système qui craint autant un humoriste, c’est le signe d’une profonde faiblesse. »

Qu’en est-il de notre sécurité ?

« Vous parlez d’ordre public, mais les membres de l’opposition, les socialistes, les démocrates, les Kurdes et les Alévis n’ont-ils pas leur propre ordre social ? Vous parlez de sécurité nationale, mais qui sommes-nous ? Nous sommes les travailleurs, les pauvres, les producteurs et les contribuables de ce pays. Qu’en est-il de notre sécurité ? Pourquoi la sécurité de votre parti et de votre gouvernement est-elle considérée comme primordiale, tandis que celle de Deniz est ignorée ? »

Nous avons été battus sous le régime militaire, et nous le sommes encore sous le régime de l’AKP

Çiçek a rappelé que la répression et l’injustice n’ont jamais apporté de solutions durables en Turquie. « Nous avons souffert sous le régime militaire, et nous continuons de souffrir sous le régime de l’AKP. L’un des objectifs fondamentaux du processus de paix et de société démocratique est de rompre ce cycle. »

Nous ne serons pas confinés aux tribunaux ou aux prisons

« Le système de répression et d’exploitation en Turquie est depuis longtemps entretenu par deux blocs politiques dominants. Qu’ils soient nationalistes ou islamistes, tous deux ont systématiquement pris pour cible des personnes comme nous et comme Deniz. […] Face à la même oppression, la tradition de résistance perdure. C’est pourquoi soutenir des personnes comme Deniz, c’est amplifier leur humour. C’est rire par défi, faire de la satire par défi et refuser de renoncer à notre rire. »

« En défiant les tyrans et l’oppression, en défiant ceux qui veulent nous couper de la vie, nous rirons, et nous continuerons de rire. Le rire est un acte révolutionnaire. […] Nous sommes un peuple qui ne peut être enfermé dans les couloirs d’un tribunal, nous sommes des millions. Nous ne rentrerons pas dans les prisons où ils cherchent à nous enfermer. Ils nous ont exilés, et pourtant même le monde ne peut nous contenir. Nous poursuivons notre combat où que nous soyons. Nous sommes le peuple. Nous avons raison. Et nous vaincrons. » (ANF)

De 1975 au sommet de l’OTAN à Ankara : redéfinition géostratégique de la question kurde

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TURQUIE / KURDISTAN – Les récents développements en Irak et en Syrie, ainsi qu’au sein de l’OTAN et de l’Union européenne, indiquent que la question kurde est en train d’être redéfinie dans un nouveau cadre de sécurité régionale.

Tout au long de son histoire plus que centenaire, la question kurde n’a jamais été un simple problème local ou national. Chaque tournant majeur de l’histoire régionale l’a redéfinie. Tour à tour, elle a été perçue comme une menace pour la sécurité, un partenaire d’alliance, un enjeu de négociation ou encore le pivot occulte d’un ordre régional en mutation.

L’accord d’Alger de 1975 demeure l’un des exemples les plus frappants de ce schéma historique. Bien que l’accord signé entre l’Iran et l’Irak ne mentionne pas les Kurdes, ses conséquences se sont fait senti le plus durement au Kurdistan du Sud (Başur). Le Shah d’Iran et Saddam Hussein siégeaient à la table des négociations, tandis que Washington, et la realpolitik d’Henry Kissinger, tiraient les ficelles en coulisses. En engageant les deux parties à ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures de l’autre, l’accord a permis à l’Iran de retirer son soutien au mouvement dirigé par le mollah Mustafa Barzani. Absents du texte, les Kurdes en ont pourtant subi les conséquences les plus graves.

C’est pourquoi réduire 1975 à la simple phrase « les Kurdes ont été trahis » ne rend pas compte de toute sa portée historique. La trahison explique la dimension morale des événements, mais la réalité politique était bien plus complexe. La défaite de 1975 n’a pas brisé la volonté de résistance du peuple kurde. C’est le mouvement dirigé par le mollah Mustafa Barzani qui a subi un revers historique. Parallèlement, cet épisode a mis en lumière les limites structurelles d’une lutte fondée essentiellement sur le soutien des puissances régionales.

Les conclusions de la commission Pike, créée par la Chambre des représentants des États-Unis en 1976 pour enquêter sur les opérations secrètes de la CIA à l’étranger, ont révélé les calculs stratégiques sous-jacents à l’accord. La commission a conclu que Washington considérait les Kurdes non comme un peuple dont la liberté méritait d’être soutenue, mais comme un instrument géopolitique de pression sur l’Irak. Bien que les responsables américains savaient que le mouvement kurde s’effondrerait une fois le soutien iranien retiré, les dirigeants kurdes n’ont jamais été informés de ce changement de politique. La remarque ultérieure d’Henry Kissinger, « il ne faut pas confondre action secrète et prosélytisme », est depuis devenue l’une des expressions les plus claires de cette politique. À l’époque, sa stratégie pour le Moyen-Orient était axée sur la sécurité d’Israël, la limitation de l’influence soviétique et le renforcement du rôle régional de l’Iran. Dans ce cadre stratégique plus large, le mouvement kurde était traité non comme un acteur politique indépendant, mais comme une variable parmi d’autres dans une équation géopolitique bien plus vaste.

L’histoire ne s’est toutefois pas arrêtée là.

C’est peut-être là la caractéristique déterminante de l’histoire kurde : aucune défaite majeure n’a jamais réussi à retirer les Kurdes de la lutte. Les événements de 1975 ont marqué non seulement une rupture profonde, mais aussi le début d’une nouvelle quête politique. Au lendemain de cette défaite, Jalal Talabani fonda l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), tandis que trois ans plus tard, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) tenait son congrès fondateur, ouvrant un nouveau chapitre dans la vie politique kurde. Bien que les deux mouvements aient emprunté des voies politiques différentes, tous deux sont nés de la prise de conscience historique et de la quête renouvelée qui ont suivi 1975. Peut-être aucune métaphore ne saisit-elle mieux l’histoire kurde que celle du phénix (Zümrüdü Anka). C’est une histoire marquée par la capacité de renaître de ses cendres après chaque catastrophe majeure. En ce sens, 1975 doit être perçue non pas comme une simple fin, mais comme le début d’une nouvelle ère historique.

Aujourd’hui, la région se trouve à un nouveau carrefour historique. Pourtant, bon nombre des mêmes questions refont surface.

Une analyse plus approfondie des récentes initiatives

Une analyse plus approfondie des récentes initiatives turques à l’égard de l’Irak, de la Syrie, de l’Union européenne et de l’OTAN suggère que la question kurde n’est plus envisagée uniquement sous l’angle de la sécurité intérieure. Bagdad, Erbil, Souleimaniye et Kirkouk apparaissent de plus en plus comme des points interconnectés au sein d’une même stratégie. La sécurité, l’énergie, le commerce, les transports, l’industrie de la défense, les migrations et la diplomatie ne sont plus considérés comme des domaines politiques distincts, mais comme des composantes interdépendantes d’une architecture régionale plus vaste.

Cette situation évolutive indique que la Turquie cherche à élaborer une stratégie à plusieurs niveaux à l’égard du Mouvement de libération kurde, une stratégie qui dépasse largement le cadre militaire et englobe la diplomatie, l’économie, les mesures juridiques, la coopération en matière de renseignement et les mécanismes de sécurité régionale. Bien que les circonstances actuelles ne soient pas identiques à celles de 1975, elles présentent néanmoins d’importantes similitudes avec le réalignement géopolitique qui a suivi cette période.

Le sommet de l’OTAN qui se tiendra en Turquie les 7 et 8 juillet revêt une importance particulière dans ce contexte. La Turquie se positionne non seulement comme un allié de l’OTAN sur son flanc sud, mais aussi comme un acteur incontournable de l’architecture de sécurité euro-atlantique, de par son rôle en mer Noire, dans le corridor Irak-Syrie, la gestion des migrations, la sécurité énergétique et l’industrie de défense. Cette même logique géopolitique influence de plus en plus les relations d’Ankara avec l’Union européenne.

Ce qui frappe le plus dans ce nouveau paysage, c’est que la question kurde est rarement mentionnée explicitement, alors qu’elle se trouve au centre de presque tous les grands débats stratégiques.

En 1975, la question kurde était la conséquence tacite du rapprochement entre l’Iran et l’Irak. Aujourd’hui, elle est devenue l’un des points névralgiques, souvent invisibles, de la nouvelle architecture géopolitique que la Turquie cherche à construire sur l’axe Irak-Syrie-Union européenne-OTAN.

Les deux périodes ne sont évidemment pas identiques. L’histoire ne se répète pas. Pourtant, les grands bouleversements géopolitiques suivent souvent une logique stratégique similaire. Le parallèle ne réside pas dans des résultats identiques, mais dans les tentatives répétées de redéfinir la question kurde de l’extérieur.

L’erreur la plus grave aujourd’hui est peut-être d’interpréter l’évolution de la politique uniquement à travers les déclarations publiques des acteurs politiques. Les États déclarent rarement ouvertement leurs intentions. Leurs priorités stratégiques se révèlent plutôt par des mesures progressives, des partenariats nouvellement noués, l’engagement diplomatique, les doctrines de sécurité et les arrangements institutionnels. Une analyse politique pertinente repose donc non pas sur des spéculations quant aux intentions, mais sur la reconnaissance de signaux stratégiques qui, au fil du temps, forment un schéma cohérent.

L’analyse conjointe des récents développements diplomatiques et sécuritaires, de l’Irak et de la Syrie à l’OTAN et à l’Union européenne, ne révèle aucun événement isolé témoignant d’une transformation profonde. Toutefois, pris dans leur ensemble, ces développements confortent l’impression que la question kurde est une fois de plus redéfinie au sein d’une nouvelle architecture de sécurité régionale. Plutôt que de tirer des conclusions hâtives ou de se fier uniquement aux déclarations officielles, il est plus judicieux de suivre attentivement ces signaux stratégiques, de les examiner à la lumière de l’expérience historique et d’évaluer avec discernement leur évolution possible. L’histoire montre que les tournants majeurs résultent rarement d’un événement unique et spectaculaire ; ils sont le plus souvent le fruit d’une accumulation de changements stratégiques apparemment mineurs, dont l’importance ne se révèle qu’a posteriori.

La question centrale

La question centrale est donc la suivante :

Les Kurdes se verront-ils une fois de plus assigner une place au sein d’architectures de sécurité conçues par d’autres, en tant que « partenaire utile », source de « stabilité » ou acteur à gérer ? Ou bien façonneront-ils leur propre avenir politique à partir de leur propre expérience historique ?

Après plus d’un siècle de lutte, le peuple kurde n’a plus à prouver sa légitimité aux États, aux alliances ou aux puissances internationales avec lesquelles il interagit. Ce combat séculaire a déjà consacré le peuple kurde comme une réalité historique incontestable. Le défi n’est plus de se positionner dans les calculs géopolitiques d’autrui, mais de tracer sa propre voie grâce à sa force sociale et à son rôle historique.

Article d’Hüseyin Salih Durmuş pour ANF