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SYRIE. Les Kurdes exigent la reconnaissance officielle de leur langue
TURQUIE. Les femmes kurdes dans la rue pour la paix
TURQUIE / KURDISTAN – Ce 1er septembre, les femmes kurdes descendent dans la rue pour la paix.
La lutte des femmes pour une paix digne demeure l’un des enjeux centraux du processus de paix et de société démocratique, devenu un axe majeur de l’agenda national. Simay Ada Kart, membre des Assemblées des femmes socialistes (SKM), a expliqué à l’agence Mezopotamya (MA) l’importance de cette journée du 1er septembre.
La paix, une nécessité vitale pour les femmes « Les femmes sont les plus touchées par les politiques menées en temps de guerre », a déclaré Simay Ada Kart. « Dans les guerres impérialistes et coloniales, ce sont elles qui se trouvent les plus exposées à la violence, à l’appauvrissement et aux déplacements forcés. Discuter de la paix aujourd’hui est donc d’une importance capitale pour les femmes. » Elle a également dénoncé les politiques de guerre spécifiques appliquées au Kurdistan. Selon elle, à travers les politiques familiales et démographiques, les femmes y sont réduites au rôle de celles qui doivent « donner naissance à des soldats pour la guerre coloniale ». Elle a souligné l’augmentation des féminicides et des morts suspectes de femmes en Turquie et au Kurdistan, citant les cas de Gülistan Doku et de Rojin Kabaiş : « Une fois de plus, nous avons clairement constaté les attaques systématiques de l’État patriarcal contre les femmes kurdes. » Pour instaurer une paix digne, a-t-elle insisté, les restrictions et interdictions imposées à la langue maternelle doivent cesser. Le kurde doit obtenir un statut constitutionnel. « Nous avons constaté à maintes reprises dans cette région l’importance cruciale de la langue maternelle pour la vie et la liberté des femmes. Il faut rappeler le cas de Fatma Altınmakas : une femme assassinée parce que sa déposition n’a pas été recueillie dans sa langue maternelle lorsqu’elle s’est rendue au commissariat pour porter plainte. »
Combattre l’État patriarcal Simay Ada Kart a rappelé que les femmes subissent des tortures sexuelles dans les centres de détention et de rétention, que celles qui descendent dans la rue pour défendre leurs droits sont agressées, et que la répression contre les femmes détenues s’intensifie. Les responsables de l’aggravation de ces politiques répressives, notamment au Kurdistan, doivent être tenus pour responsables et confrontés à leurs actes. « Une paix juste et démocratique est impossible sans s’attaquer à l’État patriarcal qui maintient les femmes sous le joug de l’oppression et de l’exploitation, ainsi qu’à tous ses mécanismes, et sans démanteler les fondements matériels de la domination masculine », a-t-elle affirmé.
Faire entendre nos voix dans les rues Les femmes sont des artisanes de la paix, a souligné Simay Ada Kart. « Nous, les femmes, sommes les actrices d’une paix juste et démocratique. Aujourd’hui, dans de nombreuses villes, les femmes et les opprimés descendent dans la rue pour réclamer la paix. Dans chaque ville, sur chaque place, nous devons faire entendre notre voix pour une paix juste et démocratique, pour une vie libre et égale. Nous devons descendre dans la rue et intensifier notre lutte. »
TURQUIE. Calvaire de deux sœurs kurdes tenues en captivité depuis 32 ans
SYRIE. Colère face à la réduction de l’enseignement du kurde
L’université de Rojava (Qamishlo) a publié aujourd’hui un communiqué concernant la décision du ministère de l’Éducation de réduire à trois le nombre d’heures d’enseignement consacrées à la langue kurde par semaine. Voici le communiqué :
L’Université du Rojava suit de près les décisions du ministère de l’Éducation concernant la réduction des heures d’enseignement du kurde à trois cours par semaine. Se fondant sur son évaluation académique et pédagogique, l’Université affirme que cette mesure représente une régression par rapport au modèle éducatif adopté – un recul qui compromet les progrès constants réalisés par le secteur de l’éducation dans la région ces dernières années.
Le rapport ajoute : « Au cours des douze dernières années, une vaste expérience académique et pratique a été acquise au Rojava/Nord et Est de la Syrie, où un système éducatif holistique a été mis en place, faisant du kurde la principale langue d’enseignement et de recherche à tous les niveaux. L’usage de la langue maternelle ne se limitait pas à la littérature et aux sciences humaines ; il s’étendait à l’enseignement des sciences exactes, médicales et appliquées – telles que les mathématiques, la physique, la chimie et l’ingénierie – fondé sur des programmes scientifiques rigoureusement validés et des normes académiques élevées. »
L’université a averti que « réduire la langue d’enseignement à trois cours hebdomadaires et la reléguer au rang de matière linguistique secondaire – au lieu de la maintenir comme principal moyen d’enseignement des disciplines scientifiques – entraînera des conséquences éducatives et académiques négatives, notamment :
– Affaiblir les capacités de compréhension et d’analyse des élèves en les coupant de l’environnement linguistique dans lequel ils ont investi leurs efforts scolaires pendant plus de douze ans. »
— en abandonnant l’infrastructure et les acquis académiques construits et développés grâce à des efforts et des ressources éducatives s’étalant sur plus d’une décennie.
– Ignorer les recommandations et la littérature internationales en matière d’éducation qui affirment que l’enseignement en langue maternelle est un facteur fondamental pour garantir la qualité de l’éducation et favoriser l’innovation et la pensée critique.
L’université a affirmé que « la solution académique optimale ne consiste pas à privilégier une langue au détriment d’une autre, mais à adopter un modèle d’enseignement bilingue – une approche scientifiquement fondée et mise en œuvre à l’échelle mondiale. Ce modèle permet l’enseignement simultané des sciences et des matières fondamentales en kurde et en arabe, préservant ainsi les droits linguistiques et culturels des étudiants, renforçant leurs compétences cognitives et communicatives et servant de pont vers l’intégration académique et nationale, plutôt que d’instrument de politiques d’exclusion ou de restriction. »
L’Université a souligné que le droit à une éducation complète dans sa langue maternelle, couvrant divers domaines du savoir et des sciences, est à la fois un droit fondamental et un droit humain – garanti par les normes et conventions internationales – et un mécanisme essentiel pour assurer la stabilité du processus éducatif et le progrès de la recherche scientifique. De plus, la construction d’un système éducatif inclusif et durable exige de promouvoir le multilinguisme et d’adopter des programmes d’études complets, plutôt que de mettre en œuvre des politiques de restriction et de réduction.
L’Université de Rojava a appelé les autorités compétentes à « revoir les décisions susmentionnées qui limitent la portée de l’enseignement en langue kurde, et à œuvrer pour la protection et le développement des normes académiques et des programmes scientifiques intégrés enseignés en kurde au cours des douze dernières années – tout en ouvrant la voie à des modèles d’éducation bilingue durables – afin d’assurer l’avenir des générations d’étudiants et de maintenir l’efficacité du système éducatif. » TURQUIE. Une supportrice d’Amedspor victime de propos racistes
TURQUIE / KURDISTAN – À la veille de la rencontre de Süper Lig entre Amedspor et Trabzonspor, prévue lundi soir à Diyarbakır, un incident survenu à Trabzon a relancé les débats sur les attaques ciblant le club kurde de Diyarbakir (Amed).
Selon des images largement partagées sur les réseaux sociaux, une femme portant un maillot d’Amedspor a fait l’objet d’insultes verbales et de réactions hostiles de la part de certaines personnes présentes. On lui a demandé d’enlever son maillot. La situation s’est tendue au point que son mari a retiré son propre t-shirt pour le lui faire mettre par-dessus, afin de dissimuler les couleurs d’Amedspor.
Dans une autre séquence vidéo, la femme répond à une interlocutrice qui l’interpelle : « Je ne suis pas une terroriste, je suis de Diyarbakır. Mon mari est d’Antalya. » Les images montrent clairement le maillot d’Amedspor sur elle, tandis que son époux porte un maillot de Beşiktaş.
Depuis l’adoption du nom « Amedspor » (référence kurde à Diyarbakır) en 2014-2015, le club et ses supporters ont régulièrement fait face à des attaques racistes, des insultes nationalistes, des agressions physiques et des mesures restrictives de la part d’autorités ou de supporters adverses.
TURQUIE. Une otage kurde libérée après 31 ans de captivité
Décès de Mehdi Zana, l’homme qui fit de Diyarbakır un symbole de liberté kurde
TURQUIE / KURDISTAN – Mehdi Zana, personnalité emblématique de la lutte pour les droits des Kurdes en Turquie, est décédé le 29 août 2026 à Diyarbakır (Amed) à l’âge de 85 ans. Atteint de bronchopneumopathie chronique obstructive, il était hospitalisé en soins intensifs depuis quelque temps. Sa dépouille sera inhumée aujourd’hui au cimetière de Yeniköy à Diyarbakır, après une cérémonie d’hommage organisée devant la municipalité métropolitaine d’Amed.
Né Mehdi Bilici le 20 décembre 1940 à Silvan (Farqîn), dans la province de Diyarbakır, il changea plus tard son nom de famille pour « Zana », signifiant « sage » ou « savant ». Issu d’un milieu modeste, il fréquenta l’école primaire locale sans poursuivre d’études secondaires et commença à travailler comme tailleur dans l’atelier d’un intellectuel kurde influent, Niyazi Tatlıcı. C’est dans cet environnement, au contact des discussions politiques, que se forgea sa conscience politique.
Engagement politique précoce
En 1963, Mehdi Zana adhéra au Parti des travailleurs de Turquie (TİP). Deux ans plus tard, il devint président de la section de Silvan. Il participa également aux activités des Foyers culturels révolutionnaires de l’Est (DDKO), mouvement important dans l’éveil de la conscience kurde dans les années 1960-1970. Ses engagements le conduisirent très tôt à connaître la prison.
En décembre 1977, il fut élu maire indépendant de Diyarbakır, premier maire socialiste indépendant de la ville et figure symbolique d’une affirmation kurde démocratique. Il l’emporta largement contre des candidats plus « établis », notamment grâce à son affirmation de l’identité kurde et à l’usage du kurde. Durant son mandat (jusqu’au coup d’État du 12 septembre 1980), il encouragea l’usage de la langue kurde dans les instances municipales, tissa des liens avec d’autres collectivités kurdes et européennes (voyages en Suède, France, Allemagne) et reçut notamment des dons de bus de villes socialistes françaises.
La répression et les années de prison
Le coup d’État militaire du 12 septembre 1980 mit fin brutalement à son mandat. Arrêté le 24 septembre 1980 à Istanbul, il fut accusé de « propagande séparatiste » et d’atteinte aux sentiments nationaux. Il passa plus de onze ans en détention, principalement dans la tristement célèbre prison militaire de Diyarbakır (n°5), mais aussi à Aydın, Afyon et Eskişehir. Les conditions y étaient extrêmes : tortures, pression psychologique, grèves de la faim (auxquelles il participa). La prison de Diyarbakır des années 1980 reste un symbole de la répression massive contre les militants kurdes et de gauche. Au total, Mehdi Zana passa environ 16 ans de sa vie derrière les barreaux, de manière intermittente.
Libéré en avril-mai 1991, il se rendit en France pour des soins médicaux. Réincarcéré brièvement en 1994-1995 (notamment après un témoignage devant le Parlement européen), il fut à nouveau libéré. Après 1994-1995, il vécut en exil en Europe, principalement en Suède (environ huit à dix ans) et en Allemagne. En 1996, il reçut le prix Sakharov au nom de son épouse Leyla Zana, alors emprisonnée. Il rentra en Turquie le 15 octobre 2004 ; brièvement détenu pour des affaires en suspens, il fut rapidement libéré.
Vie personnelle et héritage
Mehdi Zana épousa en 1975 Leyla Zana, devenue l’une des figures les plus connues de la politique kurde en Turquie, première femme kurde élue au Parlement turc et lauréate du prix Sakharov. Le couple eut deux enfants. Sa sœur Şükran Zana fut également députée du Parti de la démocratie (DEP).
Auteur, Mehdi Zana a publié des ouvrages de mémoires, dont Bekle Diyarbakır (Attends Diyarbakır), dans lequel il raconte son parcours, l’importance de l’atelier de tailleur dans sa politisation et les dures années de prison. Il a également écrit sur les conditions de détention extrêmes et ses positions politiques. Après sa libération, il refusa longtemps de parler turc et s’exprima uniquement en kurde.
Une figure de la résistance démocratique
Mehdi Zana incarne une génération de militants kurdes qui ont choisi la voie politique et démocratique face à la répression. Élu localement sur un programme d’affirmation identitaire et de service public dans un contexte de discrimination linguistique et culturelle, il a payé un lourd tribut personnel : prison, exil, privation durable de droits politiques. Sa trajectoire croise celle de Leyla Zana et symbolise le couple militant au cœur de la lutte pour les droits kurdes.
À l’annonce de son décès, de nombreux hommages ont été rendus. Le parti DEM a salué « l’une des figures précieuses de la lutte du peuple kurde pour la liberté et la démocratie ». Le président de la Région du Kurdistan d’Irak, Nechirvan Barzani, a également exprimé ses condoléances, soulignant les décennies de combat et les sacrifices de Mehdi Zana pour les droits de son peuple.
Mehdi Zana laisse derrière lui le souvenir d’un homme simple, tailleur devenu maire, qui a incarné la résistance non violente et démocratique kurde face aux coups d’État et à la répression systématique. Son parcours reste un chapitre important de l’histoire politique contemporaine de la Turquie et du mouvement kurde.
ROJAVA. Les femmes inquiètes pour leurs acquis
SYRIE / ROJAVA – Une étude de terrain menée en 2026 par le Centre de recherche du Rojava pour la protection des droits des femmes et des enfants révèle que les femmes de Qamishlo et de ses environs perçoivent la crise économique, les récents bouleversements politiques et juridiques, la guerre, les migrations et la pauvreté comme des facteurs interdépendants qui fragilisent leur quotidien et alimentent leurs craintes pour l’avenir de leurs droits et des mécanismes de protection.
Publiée samedi sur le site officiel du Mouvement des femmes kurdes Kongra Star, l’étude s’appuie sur des entretiens en face à face avec environ 600 femmes réparties dans les quartiers de Jodi, Hililiye, Qadour Bek, Antarieh, Corniche et Arbouiye (une centaine par quartier). Le centre a également conduit des enquêtes de terrain auprès de plus de 1 000 femmes afin de documenter leurs difficultés quotidiennes, leurs préoccupations et les obstacles auxquels elles sont confrontées. Kongra Star et les maisons de femmes des quartiers ont facilité l’accès aux participantes et la réalisation des entretiens.
Inquiétudes face aux changements politiques et juridiques
Selon les conclusions de l’étude, la majorité des femmes interrogées constatent que la société a connu des transformations majeures ces dernières années, dans un contexte de hausse du coût de la vie, d’aggravation des difficultés économiques et d’incertitude quant à l’avenir des droits des femmes dans le nouveau cadre politique et juridique syrien.
Une proportion significative des participantes estime que les changements politiques de l’année écoulée — notamment la chute du régime baasiste et l’arrivée d’une nouvelle autorité — ont suscité un sentiment de soulagement chez certains hommes, tout en renforçant la peur et le sentiment d’insécurité chez les femmes. Ces craintes sont directement liées à l’avenir des institutions et organisations féminines, ainsi qu’aux mécanismes d’intervention mis en place ces dernières années. Les femmes soulignent que la présence de ces structures a joué un rôle déterminant pour dissuader les violences et renforcer leur sentiment de protection.
Après 2014 : un tournant pour le statut des femmes
L’étude identifie 2014 comme une année charnière dans le nord et l’est de la Syrie. L’adoption d’une législation relative aux droits des femmes, la création d’institutions dédiées, de maisons des femmes et de mécanismes d’intervention en cas de violence ou de conflits familiaux, ainsi que le déploiement de programmes de sensibilisation destinés aux femmes et aux hommes, ont marqué un changement notable.
Ces mesures ont contribué à renforcer la confiance en soi des femmes et le sentiment de ne plus être isolées face à la violence. Elles ont également fait prendre conscience aux hommes que les actes de violence pouvaient entraîner des conséquences juridiques. L’étude met en avant le rôle joué par la Maison des femmes, les Forces de sécurité intérieure féminines (Asayish), l’Organisation Sara et Kongra Star dans l’intervention et la prévention, permettant d’éviter que les situations de violence restent confinées au cercle familial.
240 demandes en six mois dans les maisons des femmes de Qamishlo
Les données des Maisons des femmes de Qamishlo illustrent les difficultés rencontrées en 2026. Entre début janvier et mi-juillet, ces structures ont reçu 240 dossiers et demandes. Parmi elles, 109 ont été résolues et 30 ont été transmises aux tribunaux.
Sur l’ensemble, 153 requêtes concernaient des conflits entre femmes et hommes, incluant des cas de violence à l’égard des femmes et des problèmes familiaux. D’autres demandes étaient liées aux difficultés économiques et de subsistance, ainsi qu’aux tensions qu’elles génèrent au sein des foyers. Cinq requêtes relatives à la polygamie ont également été enregistrées sur la même période.
L’étude précise que ces chiffres ne correspondent pas forcément à des catégories distinctes : un même dossier peut cumuler plusieurs facteurs (problèmes financiers, conflits conjugaux et violences). Le faible nombre de demandes liées à la polygamie apparaît notable par rapport à la période antérieure à 2014, où les maisons des femmes recevaient davantage de plaintes sur ce sujet. Le centre souligne toutefois que ces cinq demandes ne reflètent pas le nombre réel de cas de polygamie dans la société, mais uniquement le volume de sollicitations reçues pendant ces six mois.
La crise économique, facteur d’aggravation de la vulnérabilité
Les entretiens montrent que la crise économique constitue une préoccupation partagée. La hausse des prix du carburant, des denrées alimentaires et des produits de première nécessité, combinée au chômage et à la perte de revenus, pèse lourdement sur les foyers.
Si les difficultés financières ne sont pas la cause unique des violences, elles accentuent les tensions et les conflits familiaux, en particulier pour les femmes économiquement dépendantes. L’absence de revenus propres rend plus difficile le départ d’un foyer violent ou le début d’une vie indépendante avec des enfants. Du point de vue des participantes, la crise économique est donc étroitement liée à la sécurité et à la liberté personnelle.
Guerre, migrations et pressions cumulées
L’étude relie également la situation des femmes aux conditions plus larges que traverse la société : guerre prolongée, déplacements de population, migrations, pertes économiques et incertitude quant à l’avenir. L’accumulation de ces facteurs, associée aux problèmes familiaux et aux pressions du quotidien, peut accroître le stress psychologique et social. Dans certaines circonstances, les femmes et les enfants se trouvent exposés à des risques plus élevés.
La déclaration constitutionnelle et l’avenir des droits
Les changements politiques et juridiques en Syrie apparaissent comme l’une des principales sources d’inquiétude. La Déclaration constitutionnelle adoptée le 13 mars 2025 garantit l’égalité entre les citoyens et les droits des femmes, tout en reconnaissant la jurisprudence islamique comme l’une des sources principales de la législation.
Cette disposition soulève des interrogations quant à l’avenir des règles relatives au statut personnel, au mariage, au divorce, à la protection de l’enfance et aux affaires familiales. Le nouveau système juridique n’étant pas encore pleinement établi, les femmes s’interrogent sur la préservation des acquis obtenus depuis 2014. Elles ne décrivent pas nécessairement la situation actuelle comme un retour au système précédent, mais craignent la réapparition de certaines formes d’inégalité antérieures à 2014, notamment la polygamie, le mariage des enfants et un statut juridique plus faible des femmes au sein de la famille.
Rumeurs et climat d’incertitude
L’étude relève également la circulation, au sein de la société, d’inquiétudes et de rumeurs concernant l’avenir de la participation des femmes à la vie publique, leurs déplacements, leurs vêtements et la nature des relations entre hommes et femmes dans l’espace public. Même si ces craintes ne se sont pas traduites en mesures concrètes, leur diffusion reflète un état d’anxiété face à l’incertitude sur les droits qui seront effectivement protégés.
Une représentation encore limitée dans les instances de décision
Les préoccupations ne se limitent pas aux questions sociales et juridiques. Elles concernent aussi la participation politique. Selon l’étude, le parlement syrien compte 210 sièges en 2026, dont seulement 21 occupés par des femmes. Ce chiffre est considéré comme un indicateur de la représentation limitée des femmes dans les processus de décision qui façonneront l’avenir du pays.
Les questions relatives aux droits des femmes dépassent désormais le cadre de Qamishlo et de ses environs. Elles s’inscrivent dans le débat public à l’échelle nationale : en décembre 2024, Damas a connu des manifestations rassemblant des centaines de personnes réclamant une gouvernance laïque et l’égalité des droits entre les sexes.
Au-delà de la violence, la peur de la perte des acquis
L’étude conclut que la violence à l’égard des femmes ne peut être dissociée des conditions économiques, sociales et politiques qui l’entourent : pauvreté, chômage, guerre, migrations, structures patriarcales et statut juridique. Les institutions et les lois mises en place depuis 2014 ont permis de sensibiliser les femmes à leurs droits et de développer des mécanismes d’intervention et de protection.
Cependant, les préoccupations exprimées par les participantes portent sur une question plus large : les acquis juridiques, sociaux et organisationnels obtenus ces dernières années seront-ils préservés ? Les institutions et mécanismes de protection existants conserveront-ils leur capacité d’action ?
La principale inquiétude des femmes n’est donc pas seulement le risque de subir des violences, mais aussi celui de perdre des droits ou de voir s’affaiblir les dispositifs institutionnels sur lesquels elles comptaient.
La Syrie au bord de l’explosion
« En examinant l’accord d’intégration, il n’y a aucune raison d’insister sur une pensée en termes absolus. L’opposition à l’accord d’intégration n’est pas une guerre totale.
Nous pouvons accepter que l’accord a eu lieu sans nous leurrer en pensant que nous en avons réellement tiré quelque chose. Le parlement est choisi à la main par Jolani, il détient un monopole absolu du pouvoir en Syrie ; penser qu’un quelconque processus démocratique puisse se produire en Syrie est illusoire.
Par ailleurs, la Syrie est autocratique et corrompue ; elle souffre actuellement d’une crise de liquidité, avec une croissance économique stagnante et un déficit commercial en forte augmentation avec la Turquie.
Cet État ne sera pas en mesure de tenir ses promesses dans un avenir prévisible. L’opposition à cet État ne prône pas la guerre ; cependant, nous ne devrions pas nous leurrer en pensant que ce qui s’est passé constitue une réalisation majeure. De plus, l’agitation contre le peuple kurde de la part du gouvernement syrien ne peut être oubliée. »
Öcalan et la ruse de l’État
TURQUIE / KURDISTAN – Le 10 août, le Parlement turc a adopté à une large majorité la loi sur le renforcement de la solidarité nationale et de l’intégration sociale, communément appelée « loi-cadre ». Fruit de près de deux ans de négociations entre les autorités turques et Abdullah Öcalan, le dirigeant emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), récemment dissous, cette loi offre une amnistie de facto, quoique partielle, aux combattants et membres du PKK éligibles et leur ouvre une voie légale de réinsertion dans la vie civile.
Mais pour Öcalan, la loi-cadre représente bien plus qu’une simple amnistie. Elle marque le début d’un règlement pacifique de la « question kurde » qui ronge la Turquie depuis un siècle, à travers un processus de démocratisation dont l’importance historique est comparable à celle de la fondation de la République turque.
Öcalan a décrit son rôle dans l’élaboration de la loi comme celui d’un joueur d’échecs solitaire, attentif aux sensibilités de l’État turc. Mais dans quelle mesure ses actions ont-elles servi la cause des droits nationaux kurdes ? Et sont-elles compatibles avec le discours politique qu’il a forgé durant des décennies d’isolement dans une prison turque ?
Un échange inégal
Les initiatives de paix entre la Turquie et le PKK ne sont pas nouvelles. Dès le début des années 1990, Öcalan cherchait en vain un partenaire de paix à Ankara, et le PKK a décrété une série de cessez-le-feu unilatéraux avant d’entamer, en 2012, des négociations secrètes avec l’État turc. L’accord de paix issu de ces pourparlers a cependant échoué, dans le contexte de la guerre civile syrienne et de la montée en puissance des forces affiliées au PKK au Rojava.
Ce qui distingue le processus actuel – qualifié par le gouvernement turc, au grand dam des Kurdes, de « Turquie sans terrorisme » – c’est l’asymétrie frappante de ses conditions initiales. Öcalan a appelé le PKK à se dissoudre et à déposer les armes sans obtenir d’Ankara le moindre engagement formel concernant les droits collectifs kurdes. En effet, dans son appel de février 2025 à « la paix et à une société démocratique », Öcalan a explicitement mis en garde les Kurdes contre « les États-nations séparés, les fédérations, l’autonomie administrative et les solutions culturalistes ».
Plus étonnant encore, la direction du PKK dans les monts Qandil s’est tout simplement pliée à cet accord profondément asymétrique. Elle a décrété un cessez-le-feu unilatéral le 1er mars et annoncé sa dissolution lors de son 12e congrès en mai 2025. Elle a néanmoins toujours conditionné le dépôt des armes à la libération physique d’Öcalan.
Comme je l’avais timidement avancé à l’époque, la volonté de la Turquie de dialoguer ouvertement avec Öcalan et de rechercher la dissolution du PKK par la voie parlementaire plutôt que par la force des armes était motivée en grande partie par sa crainte d’une possible attaque américano-israélienne contre l’Iran et de l’émergence d’une entité kurde semblable au Rojava au Rojhelat (Kurdistan iranien), ainsi que par le projet présumé d’Erdoğan de se présenter à la présidence pour la troisième fois, ce qui nécessitait le soutien du Parlement kurde.
L’objectif d’Ankara était, en réalité, de neutraliser le PKK et de rallier le mouvement kurde en Turquie avant qu’il ne puisse nouer d’éventuelles alliances tactiques – avec Israël et les États-Unis à l’extérieur, et avec les partis d’opposition à l’intérieur du pays. Cette démarche était particulièrement urgente pour une Turquie confrontée à de profondes difficultés économiques, à un soutien déclinant pour l’AKP et à un paysage géopolitique européen transformé suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Une fin négociée du PKK était également attrayante pour Erdoğan car elle permettrait à la Turquie de concentrer ses ressources sur son projet néo-ottoman d’hégémonie régionale – un projet relancé par l’affaiblissement de l’Iran et d’Israël depuis le 7 octobre et par la montée en puissance en Syrie d’un gouvernement dépendant de la Turquie, dirigé par l’ancien commandant djihadiste Abou Mohammed al-Jolani.
Le PKK avait lui aussi des raisons d’envisager avec prudence une fin négociée à sa lutte armée. Il avait déjà contraint l’État turc à abandonner son déni de l’existence kurde. Officiellement qualifiés de « Turcs des montagnes » avant l’essor du PKK, les Kurdes ne pouvaient plus être ignorés. Le PKK avait également démontré que la puissante armée turque – la deuxième plus importante de l’OTAN – était incapable de le vaincre sur le champ de bataille. De plus, il avait étendu son influence bien au-delà des frontières turques, établissant une présence significative dans d’autres régions du Kurdistan, notamment au Rojava (Syrie) et au Rojhelat (Iran).
Mais l’équation militaire a changé. Le développement rapide de la guerre par drones, dans laquelle la Turquie s’est imposée comme une puissance majeure, a progressivement érodé les deux atouts clés sur lesquels repose la stratégie de guérilla du PKK : la mobilité et la dissimulation. Depuis 2015, les combattants du PKK ont subi des pertes importantes et sont de plus en plus confinés dans des bases, souvent souterraines, profondément enfouies au cœur du Bashur (Kurdistan irakien), tandis que leur capacité à mener des opérations d’envergure en Turquie a fortement diminué.
Le PKK aborda donc le nouveau processus de « résolution du conflit » dans une position qui n’était ni celle d’une victoire totale ni celle d’une défaite totale, mais la stratégie militaire qui avait soutenu sa lutte pendant quatre décennies devenait progressivement moins viable. La question stratégique pour le PKK n’était donc plus de savoir s’il fallait mettre fin à sa lutte armée, mais à quelles conditions.
C’est là que le rôle d’Öcalan devint décisif. Des décennies de discipline organisationnelle lui avaient conféré une autorité incontestée sur le PKK, créant un culte de la personnalité où Öcalan, ses idées et ses préceptes politiques étaient au-dessus de toute discussion, et a fortiori de toute critique.
Un pacte faustien ?
La justification qu’Öcalan donne à l’accord asymétrique qu’il a conclu avec le gouvernement turc est que l’ère de la lutte armée est révolue. L’existence des Kurdes n’est plus officiellement niée en Turquie, et la liberté kurde, selon lui, ne requiert ni un État kurde, ni une autonomie régionale ou culturelle. Elle exige plutôt une république démocratique où la reconnaissance de facto de l’identité kurde crée l’espace nécessaire à une pratique démocratique populaire – une pratique capable de définir progressivement une sphère politique non étatique suffisamment large pour inclure les droits des Kurdes.
Surtout, un tel espace politique serait moins vulnérable à la violence d’État précisément parce que la lutte armée du PKK, qui a fourni pendant des décennies à l’État sa principale justification pour sécuriser la question kurde, aurait pris fin.
Cette analyse semble également reposer sur un calcul démographique et électoral à long terme. La croissance relativement rapide de la population kurde en Turquie, conjuguée à l’incapacité croissante des principaux partis politiques à obtenir une majorité parlementaire absolue, pourrait conférer à un parti pro-kurde de facto un poids considérable au Parlement. Ce parti pourrait devenir un faiseur de rois permanent – une position depuis laquelle les forces politiques kurdes seraient mieux placées pour faire pression en faveur de réformes juridiques et constitutionnelles une fois la question kurde décontextualisée.
Cependant, cette analyse, en grande partie spéculative, comporte deux failles potentiellement fatales.
Premièrement, l’idée que les droits nationaux kurdes puissent être garantis par le poids électoral croissant des Kurdes en Turquie présuppose un vocabulaire politique et un discours idéologique capables d’articuler légitimement ces droits. Or, en excluant explicitement toute forme de décentralisation politique, Öcalan prive de fait les forces politiques kurdes des ressources discursives nécessaires pour résister aux puissantes forces centripètes et assimilatrices de l’État turc.
Deuxièmement, même si la société civile kurde, aidée par le retour des combattants du PKK et des guérilleros agissant de facto comme avant-garde, parvenait à développer un discours alternatif et non nationaliste sur les droits collectifs, l’État turc conserverait de nombreux moyens légaux pour contraindre, voire réprimer efficacement, leur démarche dans le cadre formel de la démocratie constitutionnelle turque, qui repose explicitement sur la suprématie turque.
Le traitement infligé par l’AKP au Parti républicain du peuple (CHP), jadis tout-puissant et fondé par Atatürk, constitue un avertissement incontournable. Si un parti comme le CHP, avec son histoire, son ancrage institutionnel et sa place dans le mythe fondateur de la République, peut subir de telles pressions et se fracturer, il y a peu de raisons de croire qu’un mouvement politique kurde récemment démobilisé serait à l’abri d’un traitement similaire.
En bref, en l’absence de réformes constitutionnelles consacrant les droits collectifs kurdes – remarquablement absentes de la loi-cadre et du discours officiel entourant le « processus de paix » –, le meilleur résultat que puisse espérer le pari d’Öcalan est une iranisation de la politique turque envers les Kurdes. L’État iranien n’a jamais nié l’existence des Kurdes. Bien au contraire, le nationalisme iranien les célèbre souvent comme des Iraniens authentiques. Pourtant, les structures politiques et juridiques iraniennes privent explicitement les Kurdes de leurs droits nationaux en les intégrant de manière subordonnée à l’État en tant que groupe ethnique subnational (qowm). Cette « exclusion par l’inclusion » perpétue une hiérarchie politique et culturelle dominée par la langue, la culture et la souveraineté persanes.
Le danger, en d’autres termes, ne réside pas dans le déni de l’existence kurde, mais dans sa reconnaissance selon des modalités qui laissent intacte la hiérarchie fondamentale de l’État-nation existant. Les Kurdes peuvent être reconnus comme Kurdes, voire célébrés comme des membres à part entière de la nation, tout en demeurant politiquement et culturellement subordonnés en son sein.
La ruse de l’État
« Avant, nous étions indépendantistes ; maintenant, nous sommes républicains », aurait déclaré Öcalan dans des notes d’une réunion récente. Difficile de ne pas interpréter cette déclaration, ainsi que son appel antérieur à la « paix et à la société démocratique », comme un abandon du discours anti-étatique élaboré qu’il avait patiemment construit dans ses écrits de prison, centré sur le « confédéralisme démocratique » : une nouvelle forme de communauté politique fondée sur la coexistence pacifique et égalitaire de plusieurs peuples, la souveraineté partagée, l’écoféminisme et une économie coopérative. Ce discours a désormais cédé la place à une adhésion apparemment stratégique à un État existant, malgré les critiques qu’Öcalan peut formuler à l’égard de ses déficits démocratiques.
Plus inquiétant encore, cela pourrait indiquer que l’objection d’Öcalan ne vise pas l’État en tant que tel, mais spécifiquement la quête d’un État kurde. Son argument est, en substance, que l’État turc peut être radicalement démocratisé, tandis que la quête d’un État kurde demeure une quête de privation de liberté.
Nul doute qu’Öcalan ait joué un rôle de premier plan dans la renaissance du mouvement kurde au cours du dernier quart du XXe siècle. Et quoi que l’on pense de ses écrits, leur volume, leur ambition intellectuelle et leur impact politique sont sans égal. Mais son discours actuel marque une nette rupture avec sa promotion décoloniale de l’autonomie kurde.
Ce recul n’est pas fortuit. Il découle sans doute, en grande partie, de la théorie problématique de l’État proposée par Öcalan. Comme je l’ai déjà montré, sa vision d’un démantèlement progressif des États unitaires existants par la démocratisation de la société à la base repose sur une conception internaliste de l’État qui le perçoit avant tout comme le produit des hiérarchies de classe et de genre, sans pour autant théoriser le rôle constitutif des relations internationales dans l’émergence et la reproduction des États.
Aucune démocratisation interne ne peut, à elle seule, faire disparaître un État. La fragmentation géopolitique engendre continuellement des dynamiques centripètes qui tendent à se cristalliser en institutions étatiques, même si leurs formes varient selon le temps et l’espace. La Révolution russe et l’émergence de l’URSS, régime monstrueusement centralisé et répressif, à partir de la pratique démocratique radicale des soviets, en constituent un exemple historique frappant.
Paradoxalement, la critique d’Öcalan à l’égard de l’Union soviétique et du « socialisme réellement existant » était au cœur de sa tentative de révision du marxisme-léninisme classique – une révision communément décrite comme un « changement de paradigme », même si elle reproduit la lacune internationale du marxisme classique.
Hegel a décrit l’État comme « la marche de Dieu sur terre ». Öcalan, quant à lui, se qualifie de « prophète ». Et une longue lignée de figures bibliques – de Jacob et Abraham à Moïse et Jonas – a défié Dieu. Reste à savoir si, dans son jeu d’échecs politique solitaire, le « prophète kurde » parviendra à déjouer le « dieu turc ».
Par Kamran Matin, maître de conférences en relations internationales à l’Université du Sussex (Royaume-Uni), spécialiste en sociologie historique, théorie des relations internationales, nationalisme et histoire et politique iraniennes et kurdes A lire en anglais sur le site The Amargi « Ocalan and the cunning of the state«