SYRIE / ROJAVA – Dans la nuit de jeudi à vendredi, la milice de la Sécurité générale dirigée par Hayat Tahrir al-Sham (HTS) a violemment dispersé des manifestations kurdes à Hasakah, dans le nord-est de la Syrie (Rojava). Les manifestants réclamaient le respect de leurs droits fondamentaux. Les forces de sécurité ont ouvert le feu à balles réelles, faisant au moins cinq blessés parmi les civils.
Dans le même temps, des convois de forces affiliées au gouvernement de transition syrien ont été déployés en direction de la ville, renforçant la présence sécuritaire et militarisée dans la zone.
Le contraste est frappant. Le même matin, Damas avait autorisé des manifestations d’Arabes sunnites hostiles aux Kurdes. Ces manifestants avaient scandé des slogans racistes et extrémistes, détruit des banderoles et enseignes multilingues englobant le kurde, sans que les forces de sécurité n’interviennent. En revanche, dès que des Kurdes ont tenté d’exprimer pacifiquement leurs revendications, la répression a été immédiate et sanglante.
Un double standard assumé
Cette séquence illustre un traitement discriminatoire clair. Les manifestations kurdes, qui portaient des revendications légitimes liées à la protection des droits culturels, politiques et sécuritaires de la population du Rojava, ont été jugées intolérables. Les slogans racistes et extrémistes proférés par d’autres groupes ont, eux, bénéficié d’une tolérance de fait.
Hasakah, ville à majorité kurde et stratégique du nord-est syrien, reste un point de tension majeur. Les Kurdes y dénoncent depuis des mois une détérioration de leur situation sécuritaire et politique, dans un contexte où les structures de pouvoir post-Assad (ou de transition) liées à HTS tentent d’étendre leur contrôle.
Contexte régional
Le Rojava, administration autonome kurde de facto depuis 2012, a longtemps constitué un bastion de résistance contre Daech et un modèle d’autonomie multiethnique. L’évolution du paysage politique syrien, avec la montée en puissance de HTS et de ses milices de « Sécurité générale », place désormais les populations kurdes sous une pression croissante. Les déploiements de convois et l’usage de munitions réelles contre des civils non armés marquent une escalade préoccupante.
Les autorités locales kurdes et les organisations de défense des droits humains appellent à une enquête indépendante sur les tirs de jeudi soir et à la protection des manifestants pacifiques. À ce stade, aucune condamnation claire ni engagement de retenue n’a été formulé par les responsables du STG ou de HTS.
La répression sélective à Hasakah n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de marginalisation des Kurdes du Rojava, où le droit de manifester semble réservé à certains groupes et refusé à d’autres sous la menace des balles.