ROJAVA. Les Kurdes revenus à Afrin écrasés par la crise économique

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SYRIE / ROJAVA – Malgré le retour de milliers de familles kurdes à Afrin après des années d’exil forcé suite à l’invasion turque de 2018, les difficultés économiques continuent de compromettre leur stabilité. Le chômage généralisé et la hausse du coût de la vie ont anéanti les espoirs fondés sur la saison des olives. La faiblesse des prix a plongé les rapatriés et les habitants dans une situation de plus en plus précaire.

Kamal Khoja, 34 ans, tailleur, est rentré chez lui le 9 mai dernier avec le quatrième convoi de déplacés kurdes. Comme des milliers de jeunes rapatriés, il se plaint du chômage généralisé dans sa ville natale, située dans la campagne du gouvernorat d’Alep. À ce jour, environ 10 000 familles kurdes sont revenues à Afrin, principalement depuis Qamishlo, Hasakah et Derik, dans le cadre de l’accord du 29 janvier signé entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition syrien. Le dernier convoi est arrivé le 16 juillet.

Le carburant, coup de grâce

Depuis près de cinq mois, Kamal Khoja est sans emploi. La plupart des usines de confection ont réduit leur production, confrontées à la hausse des coûts d’exploitation, à l’augmentation des prix du carburant, aux fluctuations de la livre syrienne et à la baisse du pouvoir d’achat. La récente crise d’approvisionnement en carburant a même contraint plusieurs boulangeries à fermer et a perturbé les transports, alourdissant encore le quotidien des habitants.

Mohammed Hanan, 44 ans, chauffeur sur les lignes locales entre Afrin et les villages environnants, parle de « chômage caché ». La hausse des prix du carburant, les pénuries et la mauvaise qualité du produit font travailler de nombreux chauffeurs à perte. Leurs revenus journaliers ne suffisent plus à faire vivre une famille, d’autant que les pièces détachées automobiles ont, elles aussi, fortement augmenté.

Salaires en baisse dans le bâtiment

Shiro Abdo, 25 ans, a quitté son emploi dans un café (120 dollars par mois) pour se tourner vers le secteur de la construction. Face à l’afflux de rapatriés, les entreprises ont profité du besoin d’emploi pour réduire les salaires journaliers de 10 à 5 dollars seulement. Les revenus mensuels, qui oscillaient auparavant entre 150 et 200 dollars, ont chuté, alors même que la construction reste l’un des métiers les plus pénibles.

Paradoxalement, le secteur connaît un regain d’activité : les familles de retour réparent leurs maisons endommagées, tandis que le marché immobilier attire des acheteurs étrangers, qui représentent 90 % de la demande. Les prix des maisons neuves varient de 45 000 à 120 000 dollars selon la superficie, les finitions et l’emplacement.

Les olives, un espoir anéanti

Tous les habitants interrogés plaçaient leurs derniers espoirs dans la récolte des olives de 2026, qui a débuté le 1er octobre. Mais la réalité a été brutale : le prix des olives vertes est tombé à 70 nouvelles livres syriennes, contre 150 l’année dernière, soit une baisse de plus de 55 %. Un bidon d’huile d’olive de 16 kg se vend désormais 63 dollars, contre environ 90 dollars l’an passé.

Cette chute des prix, combinée à la hausse des coûts des engrais et du carburant, place les propriétaires fonciers dans une impasse. Plusieurs négociants recommandent de stocker la production en attendant une éventuelle remontée des cours dans les prochains mois. Mais les agriculteurs, endettés par les frais de labour, d’irrigation, de main-d’œuvre et de récolte, ont besoin d’argent immédiatement.

Pris entre l’espoir du retour et la lutte pour la subsistance, les habitants d’Afrin se heurtent à une crise du coût de la vie qui dépasse le simple manque d’emplois : diminution des revenus, hausse des coûts de production et effondrement des rendements agricoles.

SYRIE. La communauté internationale appelée à la rescousse de la langue kurde

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SYRIE / ROJAVA – L’Initiative pour la reconnaissance constitutionnelle et le statut officiel de la langue kurde en Syrie, annoncée le 17 octobre 2026 à Qamishlo, a lancé un appel clair aux organisations internationales. Cette démarche civile, indépendante et pacifique, sans affiliation politique, invite notamment l’UNESCO, l’UNICEF et d’autres institutions compétentes à s’engager activement en faveur de la diversité linguistique et culturelle en Syrie.

Le contenu de l’appel

Dans son communiqué, l’initiative demande aux organisations internationales de :

  • Soutenir la recherche sur l’éducation multilingue en Syrie ;

  • Soutenir la protection du patrimoine culturel et linguistique de la Syrie ;

  • Encourager la discussion sur les modèles et approches internationaux en matière de protection de la diversité linguistique.

Ces demandes s’inscrivent dans une vision plus large : celle d’une Syrie fondée sur la citoyenneté et l’égalité, où la reconnaissance des droits linguistiques — notamment le droit d’utiliser le kurde et de recevoir un enseignement dans cette langue — renforce l’unité nationale plutôt qu’elle ne la menace.

Pourquoi cet appel ?

Les initiateurs rappellent que la protection des droits linguistiques s’appuie sur des instruments internationaux reconnus : la Déclaration universelle des droits de l’homme, les Pactes internationaux, la Convention relative aux droits de l’enfant, les normes de l’UNESCO sur l’éducation multilingue et dans la langue maternelle, ainsi que la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

Selon eux, préserver une langue et assurer sa transmission de génération en génération constitue un élément essentiel de la diversité culturelle. L’appel aux organisations internationales vise donc à mobiliser une expertise et un soutien technique pour faire avancer ces droits dans le cadre d’une future Constitution permanente et de la législation nationale syrienne.

Une approche pacifique et inclusive

L’initiative insiste sur le caractère pacifique et légal de sa démarche. Elle ne revendique pas une exclusivité linguistique, mais plaide pour un cadre constitutionnel qui reconnaisse la diversité culturelle et linguistique de la société syrienne tout en préservant l’unité territoriale et la souveraineté de l’État.

« L’égalité linguistique ne diminue personne, et la diversité culturelle ne menace pas l’unité de l’État », souligne le communiqué. Au contraire, une reconnaissance juridique adéquate peut jeter les bases d’un État de droit fondé sur la citoyenneté.

Perspectives

En s’adressant directement à l’UNESCO, à l’UNICEF et à d’autres acteurs internationaux, l’initiative cherche à inscrire la question de la langue kurde dans un débat plus large sur les droits culturels et éducatifs en Syrie. Elle appelle à des échanges d’expériences et à un soutien concret pour documenter la situation, développer des recherches et sensibiliser à l’importance de la diversité linguistique.

Cet appel constitue l’un des axes majeurs de l’action de l’initiative, aux côtés des études juridiques, des propositions constitutionnelles et des activités de sensibilisation qu’elle entend mener sur le terrain.

TURQUIE. Expropriation forcée pour un forage pétrolier dans une région kurde

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TURQUIE / KURDISTAN – Deux parcelles de terrain situées dans le district de Kocaköy, dans la province kurde d’Amed (Diyarbakır), vont être expropriées par l’État colonial turc pour permettre l’extraction de pétrole. Cette décision a été officialisée par la publication au Journal officiel turc.

La Compagnie pétrolière nationale turque (TPAO) utilisera ces terrains pour le site de forage Çobantepe-5 et ses infrastructures connexes (zone de forage, route d’accès, ligne électrique et pipeline). La Direction générale des mines et des affaires pétrolières (MAPEG), rattachée au ministère de l’Énergie, a justifié l’expropriation au nom de l’intérêt public, en s’appuyant sur l’article 10, paragraphe 2, de la loi turque sur le pétrole n° 6491.

L’opération concerne deux parcelles d’une superficie totale de 23 333,56 mètres carrés : la parcelle 143/1 (12 926,76 m²) et la parcelle 152/2 (10 406,80 m²), situées dans le quartier de Tepecik. Les tentatives d’achat à l’amiable ont échoué, les propriétaires ayant, selon les autorités, réclamé une indemnisation supérieure à la valeur marchande. Le tribunal de première instance de Diyarbakır avait déjà autorisé la prise de possession anticipée des terrains.

Amed (Diyarbakır) se trouve au cœur du Kurdistan turc, une région historiquement marquée par des tensions politiques, économiques et sociales. L’extraction de ressources naturelles y soulève régulièrement des questions sur la redistribution des bénéfices, la protection de l’environnement et les droits des Kurdes.

La décision MAPEG, datée du 9 octobre 2026 et publiée le 15 octobre, s’inscrit dans la volonté de la Turquie de développer ses ressources pétrolières nationales. Aucun détail n’a encore été communiqué sur le montant final de l’indemnisation ni sur d’éventuels recours des propriétaires. (Image générée par l’IA)

La Maison du Kurdistan de France inaugurée à l’Hôtel de Ville de Paris

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PARIS – La Maison du Kurdistan de France, destinée à regrouper sous un même toit les activités culturelles, sociales, académiques et institutionnelles de la communauté kurde en France, a été officiellement inaugurée le lundi 12 octobre au soir dans la salle historique de l’Hôtel de Ville de Paris.

L’événement, organisé au cœur politique et symbolique de la capitale, a réuni des personnalités politiques, des représentants institutionnels, des artistes, des universitaires, des dirigeants associatifs et des figures de la société civile des communautés kurde et française.

Trois discours ont marqué la soirée. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a ouvert la cérémonie, suivi de Baran Gürbüz, président de la Maison du Kurdistan de France. L’ancien président de la République François Hollande a prononcé le discours politique de clôture.

Un lancement hautement symbolique

Le choix de l’Hôtel de Ville pour cette inauguration officielle constituait en soi un message fort. Ces derniers mois, les relations entre la municipalité parisienne et les institutions kurdes se sont nettement renforcées. En juin déjà, Emmanuel Grégoire avait reçu à l’Hôtel de Ville des représentants du Conseil démocratique kurde de France et de la Maison du Kurdistan. Les échanges avaient porté sur les activités de la communauté, les initiatives jeunesse, les programmes culturels et sociaux, ainsi que sur d’éventuels projets communs.

L’inauguration d’une institution portant le nom de Kurdistan, en présence de centaines d’invités, dans l’un des lieux les plus emblématiques de Paris, est perçue comme le reflet de décennies de lutte, d’organisation et de construction institutionnelle de la diaspora kurde en France.

Baran Gürbüz : « Une institution permanente »

Après le discours d’ouverture du maire, Baran Gürbüz a pris la parole. Il a insisté sur le fait que la Maison du Kurdistan de France ne serait pas un simple lieu d’événements, mais une structure pérenne destinée à répondre aux besoins concrets de la communauté kurde.

L’institution s’articulera autour de quatre grands départements :

  • Culture : préservation de la langue, de l’histoire, des arts, de la musique et de la mémoire collective kurdes, et transmission aux nouvelles générations ;

  • Sports et Jeunesse : organisation des jeunes, développement d’activités sportives et renforcement du lien intergénérationnel ;

  • Affaires sociales et juridiques : accompagnement administratif, social et juridique des personnes en difficulté ;

  • Recherche et Enseignement supérieur : soutien aux études académiques sur la question kurde, l’histoire et la culture du Kurdistan, et développement des liens avec le monde universitaire.

François Hollande : une solidarité qui ne doit pas varier

L’ancien président François Hollande a livré l’un des messages politiques les plus marquants de la soirée. Évoquant la lutte contre Daech au Rojava durant son mandat, il a déclaré : « La victoire contre Daech n’aurait pas été possible sans les Kurdes syriens. »

Il a souligné que la solidarité de la France avec les Kurdes ne devait pas dépendre des évolutions régionales ni des accords politiques du moment. Hollande a également rappelé avoir reçu à l’Élysée des représentantes et commandantes kurdes engagé·es contre l’État islamique.

Il a ensuite mis en lumière le rôle de la communauté kurde en France, estimant à environ 420 000 le nombre de Kurdes vivant sur le territoire national. Selon lui, leur contribution est significative dans de nombreux domaines – sciences, culture, commerce et particulièrement la santé – et la communauté est devenue partie intégrante du tissu social français.

De la douleur à l’institution : la mémoire kurde à Paris

L’inauguration s’inscrit aussi dans l’histoire douloureuse de la communauté kurde à Paris. La capitale a été le théâtre de deux attentats majeurs : le 9 janvier 2013, l’assassinat de Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez ; le 23 décembre 2022, le meurtre d’Evîn Goyî (Emine Kara), du musicien Mîr Perwer (Mehmet Şirin Aydın) et d’Abdurrahman Kızıl.

La demande de justice liée à ces attaques avait déjà été évoquée lors des réunions entre la mairie et les institutions kurdes. Le 12 octobre marque ainsi non seulement la naissance d’une nouvelle structure, mais aussi une étape dans le passage de la souffrance à la construction institutionnelle durable.

La musique kurde dans la salle historique

Après les discours, la soirée s’est poursuivie sur une note culturelle. Le groupe Koma Rayê a interprété un répertoire de chansons kurdes, avant que DJ Aramythos ne prenne le relais. Pour une soirée, la salle historique de l’Hôtel de Ville a résonné de la culture et de la musique kurdes, incarnant le pont que la nouvelle institution souhaite construire entre mémoire collective et avenir.

ROJAVA. A Serê Kaniyê, les Kurdes découvrent leurs maisons en ruine

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SYRIE / ROJAVA – « Que vais-je faire de ces murs… J’ai apporté la clé avec moi pour trouver ma maison, seulement des murs démolis… sans portes. »

Ces mots, prononcés par l’une des Kurdes revenues dans le village de Jamo (aussi appelé Khirbat Jamo ou Khirbat Jamou), résument à eux seuls le choc du retour. Situé au cœur des campagnes de Serê Kaniyê (Ras al-Ayn), Tell Temir et Zarkan, dans le nord-est de la Syrie, ce village d’environ 40 maisons a été entièrement ravagé par des gangs après l’occupation turque de la région en octobre 2019.

Après des années de déplacement forcé, déclenché par l’offensive turque et de ses gangs arabes en octobre 2019, des familles kurdes commencent à regagner leurs terres. La joie du retour, si longtemps attendue, se heurte immédiatement à une réalité brutale : des maisons réduites à l’état de squelettes de pierre, des portes arrachées, des intérieurs pillés jusqu’à la dernière brique.

Un autre revenant témoigne avec la même douleur :

« Il ne reste de ma maison que des murs démolis. Notre immense joie de revenir n’est pas complète, car l’humiliation nous serre le cœur pour nos maisons et ce que nous voyons devant nos yeux de destruction. »

Dans les rues de Jamo (en kurde: Xirbet Cimo), les clés que les habitants avaient soigneusement conservées pendant sept ans ne servent plus à rien. Elles ouvrent sur le vide. Les murs debout, parfois encore debout par miracle, n’abritent plus ni toit, ni meubles, ni souvenirs. Tout a été systématiquement démoli ou vandalisé.

Ce village n’est pas un cas isolé. Dans les campagnes de Serê Kaniyê, de Tell Temir et de Zarkan, 55 villages kurdes ont été rayés de la carte par l’occupation turco-djihadiste dès octobre 2019. Les convois de retour organisés ces dernières semaines – notamment depuis les camps de déplacés de Hassaké – ont permis à des milliers de personnes de regagner leurs villages d’origine. Mais le bonheur du retour se transforme rapidement en sentiment d’humiliation face à l’ampleur des destructions.

Les habitants parlent de reconstruction, de l’hiver qui approche, de l’insuffisance des aides financières. Pourtant, face aux murs démolis et aux portes absentes, une question hante chaque revenant : comment reconstruire une vie quand il ne reste presque plus rien de ce qui était le foyer ?

À Jamo, comme dans tant d’autres villages de la région, les clés ont survécu aux années d’exil. Les maisons, elles, n’ont pas résisté.

ROJAVA. L’armée turque bloque la route de deux villages de Tel Tamr

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SYRIE / ROJAVA – Les forces coloniales turques ont érigé des barrages de terre sur la seule voie reliant les villages d’Al-Manakh et d’Al-Kanihir, dans la campagne de Tal Tamr, coupant ainsi l’accès des habitants à leurs terres et à leurs maisons situées dans les zones sous contrôle turc, signale l’agence kurde ANHA.
 
D’après des informations diffusées par ANHA, les forces stationnées dans le village d’Al-Manakh, au nord de Tel Tamr, ont obstrué l’axe principal de circulation entre les deux localités à l’aide de barrages de terre. Cette mesure isole les habitants et les empêche de rejoindre leurs propriétés agricoles et leurs habitations restées de l’autre côté de la ligne de contrôle.
 
Des sources exclusives ont indiqué à l’agence que l’armée turque interdit désormais tout passage sur cet axe, privant de facto les résidents d’accès à leurs biens situés dans les secteurs sous administration turque.
 
Cette restriction s’ajoute aux tensions récurrentes dans la région de Tel Tamr, où la présence militaire turque et les contrôles de mouvement affectent régulièrement la vie quotidienne des populations locales. L’agence ANHA souligne que la route bloquée constituait jusqu’ici le seul lien direct entre les deux villages.
 

TURQUIE. Un demandeur d’asile kurde privé d’interprète et enregistré comme Afghan

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TURQUIE / KURDISTAN – Un demandeur d’asile irakien, qui vit depuis 2018 dans la province d’Afyonkarahisar (ouest de la Turquie), affirme s’être vu refuser un interprète kurde lors de son entretien de protection internationale. Cette absence l’a empêché d’exposer pleinement sa situation et a entraîné une erreur majeure dans son dossier : il a été enregistré comme ressortissant afghan.

Saleh Omar Jalal a passé cet entretien le 20 mai à la Direction provinciale de la gestion des migrations. Il a demandé un interprète kurde, expliquant que son niveau de turc ne lui permettait pas de décrire en détail les raisons de sa demande. Sa requête a été rejetée.

« Ils m’ont dit qu’il n’y avait pas d’interprète kurde. Puis ils ont ajouté : “Soit vous vous présentez à l’entretien, soit nous devrons vous envoyer dans une autre ville” », raconte-t-il.

« De ce fait, je n’ai pas pu expliquer pleinement les raisons de ma demande ni les événements que j’avais vécus. Ils m’ont enregistré comme ressortissant afghan. Mon statut a été mis en péril. »

L’article 70 de la loi turque n° 6458 sur les étrangers et la protection internationale prévoit pourtant la mise à disposition de services d’interprétation lors des procédures de demande, d’enregistrement et d’entretien, dès lors que le demandeur en fait la requête.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) indique que cette assistance est normalement assurée par les directions provinciales de la gestion des migrations. Une aide en langue kurde est également disponible sur demande via sa ligne d’assistance téléphonique.

Après l’entretien, Jalal a sollicité un soutien juridique auprès de l’Association de solidarité avec les demandeurs d’asile et les migrants (SGDD-ASAM). Le 17 juillet, il s’est rendu dans leurs bureaux pour expliquer que le kurde est sa langue maternelle et qu’il avait besoin d’aide concernant sa demande de protection internationale.

Selon lui, le personnel l’a menacé d’appeler la police s’il ne quittait pas les lieux.

« Mon seul objectif était d’expliquer le problème d’interprétation que j’avais rencontré et d’obtenir une assistance juridique », précise-t-il.

« Les demandeurs doivent pouvoir s’exprimer correctement. Nous avons besoin d’un accès réel aux services d’interprétation et à une aide juridique. »

Jalal insiste sur l’urgence de corriger l’erreur figurant dans ses documents officiels :

« Ils ne m’ont pas fourni d’interprète. La Direction provinciale de la gestion des migrations m’a donc enregistré comme ressortissant afghan alors que je suis citoyen irakien. Il faut que cela soit corrigé. Ma demande est compromise. Huit années d’efforts réduites à néant. »

IRAN. Hausse des disparitions forcées de militants kurdes

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IRAN / ROJHILAT – Malgré des témoignages oculaires crédibles et des preuves confirmant leur détention, les autorités judiciaires iraniennes n’ont pas officiellement enregistré la détention d’au moins cinq militants politiques kurdes arrêtés récemment.

Depuis juin 2025, à la suite du conflit israélo-iranien de douze jours et des frappes américaines, les services de sécurité de la République islamique d’Iran – en particulier le ministère du Renseignement et l’Organisation du renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) – ont multiplié les disparitions forcées visant des membres de groupes d’opposition kurdes.

Au moins cinq militants politiques kurdes ont été victimes de cette pratique : Mohsen Ghaderi, Sara Rashidi Kachlanlou, Zahra Pirdehghan, Parvin (Akhtar) Rasegh Qizilbash et Sirwan Habibi. Arrêtés à Baneh, Paveh, Orumiyeh et Kamyaran, ils ont été placés hors de la protection de la loi. Malgré des témoignages oculaires et des preuves de leur détention, les autorités judiciaires iraniennes n’ont pas officiellement enregistré leur arrestation. Les familles n’ont reçu aucune information sur leur lieu de détention ou leur statut, les privant d’accès à un avocat, de contacts et de soins médicaux.

Un changement de méthodes

Auparavant, les personnes arrêtées dans la région kurde étaient généralement transférées vers des centres de détention des services de renseignement situés dans les capitales provinciales. Désormais, les services de sécurité détiennent de plus en plus souvent les suspects dans des installations secrètes ou les transfèrent vers des centres situés dans des provinces voisines, notamment à Hamadan et en Azerbaïdjan oriental. Les autorités refusent systématiquement d’assumer la responsabilité des arrestations, empêchant les familles d’engager des procédures judiciaires.

Les cinq cas documentés

Mohsen Ghaderi (Parti de la vie libre du Kurdistan – PJAK) a été arrêté le 22 juin 2025 dans la zone frontalière de Hangeh-Zhal, à Baneh, aux côtés d’un kolbar*. Conduit d’abord à Baneh puis au centre de détention de Shahramfar à Sanandaj, il a été vu pour la dernière fois en septembre 2025. Les autorités ont affirmé à sa famille qu’il avait été tué lors d’un affrontement, version contredite par des témoignages locaux. Des informations non confirmées évoquent un transfert ultérieur vers Orumiyeh.

Sara Rashidi Kachlanlou a été arrêtée sans mandat le 11 janvier 2026 sur la route Kermanshah–Paveh, près de Paveh, lors de manifestations. Transférée au centre de détention Nabi Akram à Kermanshah, elle reste sans statut officiel reconnu malgré les demandes répétées de sa famille.

Zahra Pirdehghan (32 ans) et Parvin (Akhtar) Rasegh Qizilbash (33 ans), affiliées à la Société des femmes libres du Kurdistan oriental (KJAR), ont été arrêtées respectivement les 25 et 28 juin 2026 à Orumiyeh alors qu’elles menaient des activités politiques. Pirdehghan aurait d’abord été détenue à Tabriz avant un transfert vers un lieu non divulgué à Orumiyeh. Les autorités continuent de dissimuler toute information sur leur sort.

Sirwan Habibi (connu sous le nom de code Aram Sine, PJAK) a été arrêté le 9 septembre 2026 à Kamyaran. Selon des témoins, des agents du ministère du Renseignement l’ont percuté volontairement avec un véhicule alors qu’il était à moto, l’ont blessé gravement, frappé malgré ses blessures, puis emmené après avoir tiré en l’air pour disperser les passants. Les autorités de Kamyaran et Sanandaj nient toujours connaître sa détention, soulevant de sérieuses inquiétudes quant à son état de santé.

Une tendance persistante

Ces cinq cas s’ajoutent à d’autres disparitions de longue durée documentées par le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN), comme celles d’Idris Faqhi et Osman Mame. Le transfert vers des lieux secrets, le refus de communication et le déni judiciaire privent les détenus de toute protection légale et exposent à des risques élevés de torture ou de mauvais traitements.

Cette pratique, amplifiée dans le contexte des récentes hostilités régionales, place les militants kurdes dans une situation de vulnérabilité extrême et soulève de graves préoccupations quant au respect des droits fondamentaux en Iran.

*Les kolbars ou kolbers sont des colporteurs kurdes qui transportent des marchandises à travers les zones montagneuses du Kurdistan entre l’Iran, l’Irak et la Turquie)

 

KURDISTAN. Des drones frappent une base d’un groupe d’opposition kurde iranien près d’Erbil

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IRAK / KURDISTAN – La nuit dernière, au moins deux drones chargés d’explosifs ont ciblé une base appartenant à un groupe d’opposition kurde iranien dans la province d’Erbil (Hewler). L’attaque a causé des dégâts matériels, mais n’a fait aucune victime, selon un responsable du parti.

Shorsh Haji, chargé des relations avec les forces de l’Organisation Khabat du Kurdistan iranien (Sazmani Xebat ou Organisation de la lutte du Kurdistan iranien, en kurde : Rêxistina Xebata Rojhilatê Kurdistanê), a indiqué que les drones avaient endommagé la base et ses alentours. Il a précisé que les installations avaient été évacuées avant l’attaque.

La Direction générale de la lutte antiterroriste (CTD) d’Erbil a confirmé l’incident : deux drones explosifs ont visé une base d’un groupe kurde iranien, sans identifier l’organisation concernée, et sans faire de victimes.

La base se trouve dans le sous-district de Rizgari (également appelé Topzawa), dans le district de Khabat, province d’Erbil. L’Organisation Khabat est l’un des nombreux groupes d’opposition kurdes iraniens basés dans la région du Kurdistan.

Depuis le 28 février, date du lancement d’une campagne militaire conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, la Région du Kurdistan a subi plus de 1 000 attaques de drones et de missiles menées par Téhéran et des groupes armés irakiens pro-iraniens, selon les chiffres officiels. À la mi-septembre, ces frappes avaient fait au moins 32 morts et environ 154 blessés.

Le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) a condamné à plusieurs reprises ces attaques et a appelé le gouvernement fédéral de Bagdad à empêcher qu’elles soient lancées depuis ou à travers le territoire irakien.

SYRIE. Damas tire à balles réelles sur des manifestants kurdes à Hassaké

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SYRIE / ROJAVA – Dans la nuit de jeudi à vendredi, la milice de la Sécurité générale dirigée par Hayat Tahrir al-Sham (HTS) a violemment dispersé des manifestations kurdes à Hasakah, dans le nord-est de la Syrie (Rojava). Les manifestants réclamaient le respect de leurs droits fondamentaux. Les forces de sécurité ont ouvert le feu à balles réelles, faisant au moins cinq blessés parmi les civils.

Dans le même temps, des convois de forces affiliées au gouvernement de transition syrien ont été déployés en direction de la ville, renforçant la présence sécuritaire et militarisée dans la zone.

Le contraste est frappant. Le même matin, Damas avait autorisé des manifestations d’Arabes sunnites hostiles aux Kurdes. Ces manifestants avaient scandé des slogans racistes et extrémistes, détruit des banderoles et enseignes multilingues englobant le kurde, sans que les forces de sécurité n’interviennent. En revanche, dès que des Kurdes ont tenté d’exprimer pacifiquement leurs revendications, la répression a été immédiate et sanglante.

Un double standard assumé

Cette séquence illustre un traitement discriminatoire clair. Les manifestations kurdes, qui portaient des revendications légitimes liées à la protection des droits culturels, politiques et sécuritaires de la population du Rojava, ont été jugées intolérables. Les slogans racistes et extrémistes proférés par d’autres groupes ont, eux, bénéficié d’une tolérance de fait.

Hasakah, ville à majorité kurde et stratégique du nord-est syrien, reste un point de tension majeur. Les Kurdes y dénoncent depuis des mois une détérioration de leur situation sécuritaire et politique, dans un contexte où les structures de pouvoir post-Assad (ou de transition) liées à HTS tentent d’étendre leur contrôle.

Contexte régional

Le Rojava, administration autonome kurde de facto depuis 2012, a longtemps constitué un bastion de résistance contre Daech et un modèle d’autonomie multiethnique. L’évolution du paysage politique syrien, avec la montée en puissance de HTS et de ses milices de « Sécurité générale », place désormais les populations kurdes sous une pression croissante. Les déploiements de convois et l’usage de munitions réelles contre des civils non armés marquent une escalade préoccupante.

Les autorités locales kurdes et les organisations de défense des droits humains appellent à une enquête indépendante sur les tirs de jeudi soir et à la protection des manifestants pacifiques. À ce stade, aucune condamnation claire ni engagement de retenue n’a été formulé par les responsables du STG ou de HTS.

La répression sélective à Hasakah n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de marginalisation des Kurdes du Rojava, où le droit de manifester semble réservé à certains groupes et refusé à d’autres sous la menace des balles.