ROJAVA. Des colons attaquent une famille kurde de retour à Serêkanîyê

0
SYRIE / ROJAVA – Une famille kurde a été agressée et menacée dans le village de Bir Tamah, dans la campagne de Tal Abyad (Serêkanîyê), alors qu’elle réclamait la restitution de ses terres et de sa maison occupées par les colons de la Turquie. Selon des sources fiables de l’OSDH, la famille a découvert que des hommes armés s’étaient emparés de ses terres et les cultivaient à leur profit. Lorsqu’elle s’est renseignée sur sa propriété, des membres du groupe l’ont attaquée, la frappant à coups de crosse de fusil et la blessant, puis proférant des injures racistes avant de l’expulser de force, lui interdisant l’accès à nouveau à ses terres. Cet incident survient dans un contexte de violations persistantes dans la campagne de Tal Abyad, notamment la saisie des terres et des biens des personnes déplacées et l’entrave à leur retour, dans un contexte de faible protection de la propriété privée. L’OSDH a ​​demandé une enquête, que les responsables rendent des comptes, que les biens soient restitués à leurs propriétaires et que le retour des personnes concernées soit garanti en toute sécurité et sans discrimination.

L’Allemagne expulse un artiste kurde vers l’Irak

0
ALLEMAGNE – L’artiste et militant kurde Neşwan Herkî a été arrêté mercredi par la police allemande. Il a été expulsé vers l’Irak en raison de sa participation à des activités culturelles. L’artiste et militant kurde Neşwan Herkî, arrêté hier par la police allemande, avait été renvoyé en Irak en raison de sa participation à des activités culturelles. Herkî a demandé l’asile en Allemagne en provenance de Duhok pour des raisons politiques. Il vivrait à Berlin depuis environ onze ans. Il a été rapporté que Herkî, qui s’est produit lors d’événements importants pour la communauté kurde, notamment Newroz, ainsi que lors de divers événements culturels, a été pris pour cible en raison des évaluations des autorités allemandes concernant ses activités politiques. Suite à l’arrestation d’Herkî, des inquiétudes sont apparues car même son avocat n’a pas été informé, et il a été impossible d’obtenir des informations claires pendant longtemps sur le lieu de sa détention. Activités politiques invoquées comme justification de l’expulsion L’an dernier, les autorités allemandes ont révoqué le permis de séjour de l’artiste Herkî, l’accusant d’activités politiques, mais l’ont autorisé à rester dans le pays grâce à un permis de séjour temporaire (Duldung). Malgré la validité de ce permis, il a été interpellé de force par la police ce matin, la veille de son rendez-vous prévu avec la commission d’asile compétente (Härtefallkommission) pour examiner sa demande, et expulsé vers l’Irak. Le fait de ne pas avoir fourni à l’avocat et aux proches d’Herkî suffisamment d’informations sur la procédure a soulevé des questions quant à la légalité de l’expulsion. (ANF)

TURQUIE. Rafles des Kurdes ayant participé à des cérémonies de deuil

0
TURQUIE / KURDISTAN – Ce matin, la police turque a arrêté une dizaine de civils kurdes lors de perquisitions menées à Diyarbakır (Amed) pour avoir assisté à des cérémonies de deuil organisées en hommage à des combattants kurdes tombés.
 
La branche de Diyarbakır de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD) a confirmé l’arrestation de 10 personnes. Selon le communiqué de l’association, les intéressés sont reprochés d’avoir « assisté à des cérémonies de condoléances organisées pour les membres du PKK qui ont perdu la vie à différentes époques ».
 
L’ÖHD dénonce ces détentions comme contraires à l’esprit du processus en cours. L’association souligne qu’elles interviennent à un moment où, après l’adoption d’une loi-cadre, « le renforcement du processus de paix et de société démocratique est attendu ». Pour l’organisation, un processus démocratique ne peut se construire par des détentions, de la répression et des restrictions des droits et libertés fondamentaux des citoyens. Elle qualifie d’inacceptable la criminalisation de personnes ayant simplement participé à des visites de condoléances, alors même que la volonté de paix devrait être consolidée.
 
Les avocats affirment : « On ne peut construire une société démocratique sur la base de politiques de répression et de détention. » Ils appellent à la libération immédiate des personnes placées en garde à vue.
 
Ces arrestations relancent les critiques sur la manière dont les autorités gèrent les expressions de deuil et de solidarité chez les Kurdes, dans un contexte où les attentes de détente restent fortes.
 

SYRIE. Les Kurdes exigent la reconnaissance officielle de leur langue

0
SYRIE / ROJAVA – Les habitants de la ville de Zirkan ont manifesté contre la décision du ministère de l’Éducation de Damas de limiter l’enseignement du kurde à trois cours par semaine et ont exigé la reconnaissance officielle de leur langue. La manifestation a débuté devant la boulangerie des Femmes, les participants brandissant des banderoles où l’on pouvait lire des slogans tels que « Notre langue est notre identité », « Je ne veux rien d’autre que la langue kurde » et « L’éducation dans la langue maternelle est un droit légitime ». Ils ont également scandé des slogans réaffirmant leur attachement à la langue kurde et rejetant la décision du ministère de l’Éducation de réduire le nombre d’heures d’enseignement qui lui sont consacrées. Lorsque le cortège est arrivé au rond-point Shehid Dejwar, les participants ont observé une minute de silence en hommage aux martyrs. Reha Hajj Ali, responsable du complexe éducatif Zirgan, a ensuite prononcé un discours soulignant que l’éducation dans la langue maternelle est un droit légitime et naturel. Hajj Ali a appelé le ministère de l’Éducation du gouvernement de transition à modifier la décision concernant la langue kurde, soulignant que son enseignement à raison de trois cours par semaine est insuffisant et ne permet pas aux élèves de poursuivre leurs études préparatoires et secondaires dans leur langue maternelle. Elle a souligné que la langue kurde n’est pas simplement un outil de communication quotidienne, mais une composante fondamentale d’une identité historique profondément enracinée dans les civilisations du Moyen-Orient. La manifestation s’est conclue par des slogans rejetant le déni de la langue kurde et la réduction de l’enseignement de cette langue.

TURQUIE. Les femmes kurdes dans la rue pour la paix

0

TURQUIE / KURDISTAN – Ce 1er septembre, les femmes kurdes descendent dans la rue pour la paix.

La lutte des femmes pour une paix digne demeure l’un des enjeux centraux du processus de paix et de société démocratique, devenu un axe majeur de l’agenda national. Simay Ada Kart, membre des Assemblées des femmes socialistes (SKM), a expliqué à l’agence Mezopotamya (MA) l’importance de cette journée du 1er septembre.

La paix, une nécessité vitale pour les femmes « Les femmes sont les plus touchées par les politiques menées en temps de guerre », a déclaré Simay Ada Kart. « Dans les guerres impérialistes et coloniales, ce sont elles qui se trouvent les plus exposées à la violence, à l’appauvrissement et aux déplacements forcés. Discuter de la paix aujourd’hui est donc d’une importance capitale pour les femmes. » Elle a également dénoncé les politiques de guerre spécifiques appliquées au Kurdistan. Selon elle, à travers les politiques familiales et démographiques, les femmes y sont réduites au rôle de celles qui doivent « donner naissance à des soldats pour la guerre coloniale ». Elle a souligné l’augmentation des féminicides et des morts suspectes de femmes en Turquie et au Kurdistan, citant les cas de Gülistan Doku et de Rojin Kabaiş : « Une fois de plus, nous avons clairement constaté les attaques systématiques de l’État patriarcal contre les femmes kurdes. » Pour instaurer une paix digne, a-t-elle insisté, les restrictions et interdictions imposées à la langue maternelle doivent cesser. Le kurde doit obtenir un statut constitutionnel. « Nous avons constaté à maintes reprises dans cette région l’importance cruciale de la langue maternelle pour la vie et la liberté des femmes. Il faut rappeler le cas de Fatma Altınmakas : une femme assassinée parce que sa déposition n’a pas été recueillie dans sa langue maternelle lorsqu’elle s’est rendue au commissariat pour porter plainte. »

Combattre l’État patriarcal Simay Ada Kart a rappelé que les femmes subissent des tortures sexuelles dans les centres de détention et de rétention, que celles qui descendent dans la rue pour défendre leurs droits sont agressées, et que la répression contre les femmes détenues s’intensifie. Les responsables de l’aggravation de ces politiques répressives, notamment au Kurdistan, doivent être tenus pour responsables et confrontés à leurs actes. « Une paix juste et démocratique est impossible sans s’attaquer à l’État patriarcal qui maintient les femmes sous le joug de l’oppression et de l’exploitation, ainsi qu’à tous ses mécanismes, et sans démanteler les fondements matériels de la domination masculine », a-t-elle affirmé.

Faire entendre nos voix dans les rues Les femmes sont des artisanes de la paix, a souligné Simay Ada Kart. « Nous, les femmes, sommes les actrices d’une paix juste et démocratique. Aujourd’hui, dans de nombreuses villes, les femmes et les opprimés descendent dans la rue pour réclamer la paix. Dans chaque ville, sur chaque place, nous devons faire entendre notre voix pour une paix juste et démocratique, pour une vie libre et égale. Nous devons descendre dans la rue et intensifier notre lutte. »

TURQUIE. Calvaire de deux sœurs kurdes tenues en captivité depuis 32 ans

TURQUIE / KURDISTAN – Nuriye Adet et Gülşen Adet, deux sœurs kurdes emprisonnées depuis 32 ans, se voient privées de libération pour la sixième fois.
 
La libération de Gülşen Adet, incarcérée à la prison d’Ankara-Sincan, a été reportée pour la sixième fois par la Commission administrative et de surveillance.
Bloquée depuis 2024, sa sortie est désormais repoussée d’une année supplémentaire. La prochaine réunion de la commission concernant son cas est fixée au 26 août 2027.
 
Sa sœur Nuriye Adet, emprisonnée elle aussi depuis 32 ans à la prison de Sincan, a vu sa libération reportée pour la sixième fois d’un an, le 19 août dernier. Elle y est détenue avec sa fille.
 
D’innombrables civils kurdes arrêtés dans les années 1990 ont été condamnés à la prison à vie par des tribunaux militaires pour « atteinte à l’intégrité de l’État ». Certains sont morts en captivité, d’autres sont tombés gravement malades ou n’ont été libérés qu’à l’article de la mort.
 
C’est cela, la « justice » turque pour les Kurdes colonisés.

SYRIE. Colère face à la réduction de l’enseignement du kurde

0
SYRIE / ROJAVA – L’Université du Rojava s’est opposée à la décision de réduire l’enseignement du kurde à trois heures par semaine. Elle a affirmé que cette mesure s’écarte du modèle éducatif adopté et constitue un recul qui compromet les progrès constants réalisés dans le secteur de l’éducation de la région. Elle a appelé le ministère de l’Éducation à revoir sa décision et à adopter un modèle d’enseignement bilingue qui préserve les acquis en matière d’apprentissage du kurde. L’université de Rojava (Qamishlo) a publié aujourd’hui un communiqué concernant la décision du ministère de l’Éducation de réduire à trois le nombre d’heures d’enseignement consacrées à la langue kurde par semaine. Voici le communiqué : L’Université du Rojava suit de près les décisions du ministère de l’Éducation concernant la réduction des heures d’enseignement du kurde à trois cours par semaine. Se fondant sur son évaluation académique et pédagogique, l’Université affirme que cette mesure représente une régression par rapport au modèle éducatif adopté – un recul qui compromet les progrès constants réalisés par le secteur de l’éducation dans la région ces dernières années. Le rapport ajoute : « Au cours des douze dernières années, une vaste expérience académique et pratique a été acquise au Rojava/Nord et Est de la Syrie, où un système éducatif holistique a été mis en place, faisant du kurde la principale langue d’enseignement et de recherche à tous les niveaux. L’usage de la langue maternelle ne se limitait pas à la littérature et aux sciences humaines ; il s’étendait à l’enseignement des sciences exactes, médicales et appliquées – telles que les mathématiques, la physique, la chimie et l’ingénierie – fondé sur des programmes scientifiques rigoureusement validés et des normes académiques élevées. » L’université a averti que « réduire la langue d’enseignement à trois cours hebdomadaires et la reléguer au rang de matière linguistique secondaire – au lieu de la maintenir comme principal moyen d’enseignement des disciplines scientifiques – entraînera des conséquences éducatives et académiques négatives, notamment : – Affaiblir les capacités de compréhension et d’analyse des élèves en les coupant de l’environnement linguistique dans lequel ils ont investi leurs efforts scolaires pendant plus de douze ans. » — en abandonnant l’infrastructure et les acquis académiques construits et développés grâce à des efforts et des ressources éducatives s’étalant sur plus d’une décennie. – Ignorer les recommandations et la littérature internationales en matière d’éducation qui affirment que l’enseignement en langue maternelle est un facteur fondamental pour garantir la qualité de l’éducation et favoriser l’innovation et la pensée critique. L’université a affirmé que « la solution académique optimale ne consiste pas à privilégier une langue au détriment d’une autre, mais à adopter un modèle d’enseignement bilingue – une approche scientifiquement fondée et mise en œuvre à l’échelle mondiale. Ce modèle permet l’enseignement simultané des sciences et des matières fondamentales en kurde et en arabe, préservant ainsi les droits linguistiques et culturels des étudiants, renforçant leurs compétences cognitives et communicatives et servant de pont vers l’intégration académique et nationale, plutôt que d’instrument de politiques d’exclusion ou de restriction. » L’Université a souligné que le droit à une éducation complète dans sa langue maternelle, couvrant divers domaines du savoir et des sciences, est à la fois un droit fondamental et un droit humain – garanti par les normes et conventions internationales – et un mécanisme essentiel pour assurer la stabilité du processus éducatif et le progrès de la recherche scientifique. De plus, la construction d’un système éducatif inclusif et durable exige de promouvoir le multilinguisme et d’adopter des programmes d’études complets, plutôt que de mettre en œuvre des politiques de restriction et de réduction. L’Université de Rojava a appelé les autorités compétentes à « revoir les décisions susmentionnées qui limitent la portée de l’enseignement en langue kurde, et à œuvrer pour la protection et le développement des normes académiques et des programmes scientifiques intégrés enseignés en kurde au cours des douze dernières années – tout en ouvrant la voie à des modèles d’éducation bilingue durables – afin d’assurer l’avenir des générations d’étudiants et de maintenir l’efficacité du système éducatif. »

TURQUIE. Une supportrice d’Amedspor victime de propos racistes

0

TURQUIE / KURDISTAN – À la veille de la rencontre de Süper Lig entre Amedspor et Trabzonspor, prévue lundi soir à Diyarbakır, un incident survenu à Trabzon a relancé les débats sur les attaques ciblant le club kurde de Diyarbakir (Amed).

Selon des images largement partagées sur les réseaux sociaux, une femme portant un maillot d’Amedspor a fait l’objet d’insultes verbales et de réactions hostiles de la part de certaines personnes présentes. On lui a demandé d’enlever son maillot. La situation s’est tendue au point que son mari a retiré son propre t-shirt pour le lui faire mettre par-dessus, afin de dissimuler les couleurs d’Amedspor.

Dans une autre séquence vidéo, la femme répond à une interlocutrice qui l’interpelle : « Je ne suis pas une terroriste, je suis de Diyarbakır. Mon mari est d’Antalya. » Les images montrent clairement le maillot d’Amedspor sur elle, tandis que son époux porte un maillot de Beşiktaş.

Depuis l’adoption du nom « Amedspor » (référence kurde à Diyarbakır) en 2014-2015, le club et ses supporters ont régulièrement fait face à des attaques racistes, des insultes nationalistes, des agressions physiques et des mesures restrictives de la part d’autorités ou de supporters adverses.

TURQUIE. Une otage kurde libérée après 31 ans de captivité

0
TURQUIE / KURDISTAN – Sona Mengütay, une jeune Kurde arrêtée à Kars (Qers) en 1995 pour « appartenance à une organisation », a été libérée de la prison de Kocaeli Kandıra. Sona Mengütay a été accueillie par une foule dans sa ville natale de Kars. À son arrivée à l’aéroport, elle a été accueillie par sa famille et ses amis avant de se rendre au village de Çataxe Mezin, dans le district de Cilawuz. Durant ses 31 années de prison, Sona Mengütay a été détenue successivement dans les prisons d’Erzirom, Agirî, Amasya, Maltepe, Gebze et, plus récemment, Kandıra.

Décès de Mehdi Zana, l’homme qui fit de Diyarbakır un symbole de liberté kurde

0

TURQUIE / KURDISTAN – Mehdi Zana, personnalité emblématique de la lutte pour les droits des Kurdes en Turquie, est décédé le 29 août 2026 à Diyarbakır (Amed) à l’âge de 85 ans. Atteint de bronchopneumopathie chronique obstructive, il était hospitalisé en soins intensifs depuis quelque temps. Sa dépouille sera inhumée aujourd’hui au cimetière de Yeniköy à Diyarbakır, après une cérémonie d’hommage organisée devant la municipalité métropolitaine d’Amed.

Né Mehdi Bilici le 20 décembre 1940 à Silvan (Farqîn), dans la province de Diyarbakır, il changea plus tard son nom de famille pour « Zana », signifiant « sage » ou « savant ». Issu d’un milieu modeste, il fréquenta l’école primaire locale sans poursuivre d’études secondaires et commença à travailler comme tailleur dans l’atelier d’un intellectuel kurde influent, Niyazi Tatlıcı. C’est dans cet environnement, au contact des discussions politiques, que se forgea sa conscience politique.

Engagement politique précoce

En 1963, Mehdi Zana adhéra au Parti des travailleurs de Turquie (TİP). Deux ans plus tard, il devint président de la section de Silvan. Il participa également aux activités des Foyers culturels révolutionnaires de l’Est (DDKO), mouvement important dans l’éveil de la conscience kurde dans les années 1960-1970. Ses engagements le conduisirent très tôt à connaître la prison.

En décembre 1977, il fut élu maire indépendant de Diyarbakır, premier maire socialiste indépendant de la ville et figure symbolique d’une affirmation kurde démocratique. Il l’emporta largement contre des candidats plus « établis », notamment grâce à son affirmation de l’identité kurde et à l’usage du kurde. Durant son mandat (jusqu’au coup d’État du 12 septembre 1980), il encouragea l’usage de la langue kurde dans les instances municipales, tissa des liens avec d’autres collectivités kurdes et européennes (voyages en Suède, France, Allemagne) et reçut notamment des dons de bus de villes socialistes françaises.

La répression et les années de prison

Le coup d’État militaire du 12 septembre 1980 mit fin brutalement à son mandat. Arrêté le 24 septembre 1980 à Istanbul, il fut accusé de « propagande séparatiste » et d’atteinte aux sentiments nationaux. Il passa plus de onze ans en détention, principalement dans la tristement célèbre prison militaire de Diyarbakır (n°5), mais aussi à Aydın, Afyon et Eskişehir. Les conditions y étaient extrêmes : tortures, pression psychologique, grèves de la faim (auxquelles il participa). La prison de Diyarbakır des années 1980 reste un symbole de la répression massive contre les militants kurdes et de gauche. Au total, Mehdi Zana passa environ 16 ans de sa vie derrière les barreaux, de manière intermittente.

Libéré en avril-mai 1991, il se rendit en France pour des soins médicaux. Réincarcéré brièvement en 1994-1995 (notamment après un témoignage devant le Parlement européen), il fut à nouveau libéré. Après 1994-1995, il vécut en exil en Europe, principalement en Suède (environ huit à dix ans) et en Allemagne. En 1996, il reçut le prix Sakharov au nom de son épouse Leyla Zana, alors emprisonnée. Il rentra en Turquie le 15 octobre 2004 ; brièvement détenu pour des affaires en suspens, il fut rapidement libéré.

Vie personnelle et héritage

Mehdi Zana épousa en 1975 Leyla Zana, devenue l’une des figures les plus connues de la politique kurde en Turquie, première femme kurde élue au Parlement turc et lauréate du prix Sakharov. Le couple eut deux enfants. Sa sœur Şükran Zana fut également députée du Parti de la démocratie (DEP).

Auteur, Mehdi Zana a publié des ouvrages de mémoires, dont Bekle Diyarbakır (Attends Diyarbakır), dans lequel il raconte son parcours, l’importance de l’atelier de tailleur dans sa politisation et les dures années de prison. Il a également écrit sur les conditions de détention extrêmes et ses positions politiques. Après sa libération, il refusa longtemps de parler turc et s’exprima uniquement en kurde.

Une figure de la résistance démocratique

Mehdi Zana incarne une génération de militants kurdes qui ont choisi la voie politique et démocratique face à la répression. Élu localement sur un programme d’affirmation identitaire et de service public dans un contexte de discrimination linguistique et culturelle, il a payé un lourd tribut personnel : prison, exil, privation durable de droits politiques. Sa trajectoire croise celle de Leyla Zana et symbolise le couple militant au cœur de la lutte pour les droits kurdes.

À l’annonce de son décès, de nombreux hommages ont été rendus. Le parti DEM a salué « l’une des figures précieuses de la lutte du peuple kurde pour la liberté et la démocratie ». Le président de la Région du Kurdistan d’Irak, Nechirvan Barzani, a également exprimé ses condoléances, soulignant les décennies de combat et les sacrifices de Mehdi Zana pour les droits de son peuple.

Mehdi Zana laisse derrière lui le souvenir d’un homme simple, tailleur devenu maire, qui a incarné la résistance non violente et démocratique kurde face aux coups d’État et à la répression systématique. Son parcours reste un chapitre important de l’histoire politique contemporaine de la Turquie et du mouvement kurde.