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KURDISTAN. Signature d’un décret facilitant l’unification des Peshmergas
KURDISTAN – Le Premier ministre kurde, Masrour Barzani, a signé jeudi un décret plaçant le commandement, le budget et la responsabilité juridique des forces régionales Peshmergas sous l’autorité du ministère des Peshmergas, marquant ainsi une étape importante vers l’unification de cette force longtemps divisée sur des bases politiques.
« Dans le cadre des efforts de réforme des forces peshmergas du Kurdistan — qui figuraient à l’ordre du jour du neuvième cabinet —, le Premier ministre Masrour Barzani a signé l’autorisation (administrative, financière, juridique et de communication) des commandements régionaux du ministère des Peshmergas », a déclaré le porte-parole du gouvernement régional du Kurdistan (GRK), Peshawa Hawramani, dans un communiqué.
Cette décision va désormais placer les forces armées sous une seule institution, avec un commandement, un budget et une responsabilité juridique partagés.
Le Premier ministre « a toujours soutenu l’idée d’une force peshmerga unifiée dans la région du Kurdistan. À cet égard, des efforts et un soutien constants sont déployés », a-t-il ajouté.
Les Peshmergas sont depuis longtemps divisés par les affiliations politiques de leurs différentes unités, ce qui a engendré des pressions internationales pour placer les unités combattantes kurdes sous un commandement central.
Bakhtiyar Mohammed, secrétaire général du ministère des Peshmergas, a déclaré à The New Region à la mi-février qu’« il y a une très bonne compréhension et des progrès de toutes parts concernant l’unification des forces Peshmergas, et tous les efforts sont orientés vers l’achèvement du processus d’unification des forces Peshmergas d’ici le 1er mars de cette année. »
Le processus, supervisé par la coalition mondiale contre l’État islamique (EI), vise à intégrer les forces de l’Unité 80, contrôlées par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), et les forces de l’Unité 70, affiliées à l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), au sein du ministère des Peshmergas sous forme de deux brigades.
Ces deux formations constituent la majorité des forces kurdes peshmergas, soit plus de 150 000 hommes.
L’un des objectifs clés du neuvième cabinet du KRG a été le processus de réforme des Peshmergas, avec un certain nombre de brigades contrôlées par les deux partis déjà intégrées au ministère.
ROJAVA. Près de 2 000 Kurdes (civils et combattants) capturés par Damas

« Une Syrie fédérale, la seule voie réaliste pour la paix »
Le nouveau leader syrien Ahmad Al-Charaa, soutenu par la Turquie, cherche à transformer l’espoir kurde, une autonomie acquise depuis quatorze ans, en cauchemar. Appuyé par plusieurs organisations paramilitaires d’Ankara, il entend imposer un État unitaire inspiré du centralisme turc, en totale contradiction avec la réalité ethnique, confessionnelle et linguistique de la Syrie.
Lors de violents affrontements entre les forces kurdes et l’armée syrienne contrôlée par HTS (Hayat Tahrir al-Cham), dirigée par Ahmad Al-Charaa (alias Mohammed al-Joulani, ancien cadre de Daech), une combattante kurde a été tuée puis jetée du troisième étage d’un immeuble. Le 15 janvier, le ministère syrien des Affaires religieuses a diffusé une circulaire appelant les mosquées à soutenir l’armée de Damas contre les Kurdes, en se référant à la sourate coranique Al-Anfal. Saddam Hussein s’y était déjà référé lors de la «campagne Anfal» d’extermination des Kurdes irakiens (1987-1988), qui fit plus de 180’000 morts. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, le nouveau régime se rendrait coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Des images largement diffusées illustrent l’ampleur des fractures et la difficulté du vivre-ensemble entre Arabes, Kurdes, Chrétiens, Druzes et Alaouites…
La chute de Bachar al-Assad, le régime bassiste (pan arabisme) en décembre 2024, après une offensive menée notamment par HTS, avec le soutien du leader turc Tayyip Erdogan et une politique américaine de «laisser-faire», a mis fin à cinquante-quatre ans de pouvoir familial. Après quatorze ans de guerre civile, le pays traverse une transition instable, marquée par des conflits interethniques et des violences massives sous un pouvoir qualifié de «djihadiste modéré».
Alternative crédible
Un siècle plus tôt, les puissances occidentales avaient déjà façonné la région sur le modèle de l’État-nation unitaire. Aujourd’hui encore, elle est redessinée sans réelle prise en compte des minorités. Or, au regard de la diversité syrienne et de la défiance envers le nouveau régime islamiste , un État fédéral apparaît comme la seule alternative crédible. Inspiré en partie du modèle helvétique, un système de cantons et de communes permettrait la coexistence de populations imbriquées, tout en corrigeant les fortes inégalités entre régions riches en ressources et zones marginalisées. Autonomie locale, péréquation financière, reconnaissance de la diversité religieuse et forces de sécurité locales constituent des principes adaptables à la Syrie.
Les accords du 10 mars 2025 entre les Forces démocratiques syriennes et le gouvernement de transition prévoyaient pourtant un État décentralisé et la reconnaissance des droits des minorités. Mais sous la pression des monarchies du Golfe et de la Turquie, les Kurdes ont été abandonnés. Un siècle plus tard, imposer à nouveau un État-nation centralisé à une société aussi fragmentée relève du mariage forcé. Or, le fédéralisme syrien pourrait offrir une base plus réaliste pour la paix, la démocratie.
Par Ihsan Kurt, président d’AFKIV (Association pour la promotion du Fonds kurde Ismet Chérif Vanly), www.vanly.ch« Les Kurdes résistent, comme leur langue »
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SYRIE. A quoi jouent les USA avec les Kurdes ?
Déclaration finale de la conférence « La Turquie et les Kurdes »
Des crimes de guerre ont été commis au Rojava
Le 22 février, une délégation d’avocats affiliés à MAF-DAT, en provenance de plusieurs pays européens, est arrivée au Kurdistan du Rojava afin de documenter les violations commises pendant la guerre. La délégation a visité plusieurs institutions de défense des droits humains et institutions politiques et a rencontré des blessés de guerre ainsi que des témoins des événements.
Après avoir terminé leurs investigations, ils ont tenu aujourd’hui une conférence de presse dans la ville d’Amuda, au cours de laquelle ils ont publié une déclaration publique.
Lors de la conférence, Ögmundur Jónasson, membre de la délégation et ancien ministre de la Justice islandais, a déclaré : « Le peuple du Rojava lance un appel à la justice internationale. J’aborderai deux points, le premier concernant la situation politique. Chacun sait que Kobani est assiégée, et lorsque Kobani est assiégée, c’est le monde entier qui est assiégé, car Kobani et le Rojava incarnent la résistance. Kobani résiste pour les droits humains et la démocratie. »
Il a poursuivi : « Nous sommes venus au Rojava pour rencontrer des représentants de l’Administration autonome et examiner la situation juridique sur place. Nous avons également rencontré de nombreux médecins et professionnels de divers domaines, ainsi que des avocats, et de nombreux témoins des événements. »
L’avocate Rengin Ergül a également rendu hommage au combat du peuple du Rojava et a déclaré : « Dans le cadre de notre mission de terrain indépendante dans les régions du nord et de l’est de la Syrie, nous avons rencontré des victimes de guerre, des personnes déplacées, des civils blessés, des professionnels de la santé et des représentants des institutions compétentes. Ce travail est mené de manière indépendante et conformément aux normes du droit international, en tant que mission d’établissement des faits. »
Elle a ajouté : « Aujourd’hui, j’aimerais partager notre évaluation selon cinq axes principaux. »
Justice et droits
Ergül a expliqué qu’ils partageraient leur rapport indépendant avec les mécanismes internationaux de défense des droits de l’homme et les organismes et institutions compétents.
1. Les crimes relevant du Statut de Rome
Les documents recueillis nécessitent une évaluation approfondie, non seulement au regard du droit international des droits de l’homme, mais aussi au regard du droit pénal international.
Les attaques contre des civils, l’usage indiscriminé de la force, la destruction d’infrastructures civiles et les violations des institutions de santé peuvent être qualifiés de crimes de guerre ou, lorsque les conditions sont réunies, de crimes contre l’humanité en vertu du Statut de Rome.
L’évaluation juridique finale est sans aucun doute un processus long et complexe, mais notre mission est de documenter avec précision et objectivité, conformément aux normes internationales, les preuves indiquant ce niveau de violations.
2. Le silence de la communauté internationale
Ce qui est le plus fortement ressenti sur le terrain, ce n’est pas seulement la destruction matérielle, mais aussi le silence de la communauté internationale.
Les normes relatives aux droits de l’homme sont claires et contraignantes : la protection des civils, l’interdiction de la torture et la prévention des déplacements forcés sont autant de règles internationales générales.
Toutefois, l’absence d’un mécanisme international efficace et durable pour enquêter sur les violations engendre un sentiment d’injustice chez les victimes.
Le silence encourage l’impunité et renforce le sentiment d’un manque de responsabilité.
3. Manipulation des médias
Nos observations sur le terrain indiquent que l’information en situation de conflit peut être largement exploitée pour manipuler l’opinion publique.
Dissimuler la présence civile, brouiller la distinction entre cibles militaires et civiles, et parfois même accuser les victimes elles-mêmes sont des pratiques fréquentes.
Par conséquent, la documentation indépendante doit être objective et précise, et s’appuyer sur de multiples témoignages, des dossiers médicaux et des preuves matérielles. Une évaluation exhaustive des témoignages est essentielle.
4. Impunité antérieure et responsabilisation des auteurs de ces actes
Dans la mémoire collective de la communauté locale, il y a non seulement des violations actuelles, mais aussi de graves crimes passés pour lesquels justice n’a pas été rendue et dont les auteurs n’ont pas été tenus responsables.
Si la justice n’est pas effectivement rendue dans les affaires de crimes graves, cela risque d’ancrer une culture de violations systématiques. En droit international, l’impunité ouvre la voie à de nouvelles infractions.
Notre travail n’a pas pour but la vengeance, mais l’établissement d’une responsabilité légale fondée sur l’état de droit. La justice peut tarder, mais une documentation systématique est indispensable.
5. Un message selon lequel le peuple kurde n’est pas seul
La dimension humanitaire de cette visite réside dans le fait que chaque victime rencontrée ne souhaite pas seulement raconter son histoire, mais aussi être entendue.
La douleur et la souffrance du peuple kurde et de tous les civils de la région ne sauraient être ignorées. Les droits humains, sans discrimination fondée sur l’identité, appartiennent à tous.
Nous sommes ici non seulement pour documenter les violations, mais aussi pour révéler la vérité :
Dans le cadre de notre mandat, ces souffrances sont documentées.
Ces témoignages sont en cours d’enregistrement.
Ces dossiers ne seront pas clos.
(ANHA)