Tal Aran : les récents raids ravivent la mémoire douloureuse des Kurdes de Syrie

0

SYRIE / ROJAVA – Les récents raids menés par les forces de sécurité du gouvernement intérimaire syrien à Tal Aran et Tal Hasel ont ravivé une mémoire collective kurde déjà lourdement chargée. Attaques ciblées, perquisitions musclées, enlèvements de jeunes et agressions contre des femmes kurdes : pour beaucoup d’habitants, ces scènes rappellent les heures les plus sombres de leur histoire récente.

Mardi, les forces de sécurité ont déployé une importante opération dans la région, mobilisant selon des sources locales plus de 200 véhicules, dont des motos équipées de mitrailleuses. Un cordon de sécurité a été établi autour de Tal Aran, bloquant entrées et sorties de la ville. Plusieurs jeunes hommes kurdes ont été arrêtés et au moins une femme, Nazha Hamki, a été blessée après avoir filmé les opérations et exigé la présentation d’un mandat.

Ces événements interviennent dans un contexte de fortes tensions et ravivent des traumatismes anciens. Les Kurdes de Tal Aran et Tal Hasel, deux des plus anciennes localités kurdes de la campagne d’Alep, ont successivement subi :

Sous le régime baasiste : des décennies de marginalisation, d’arabisation forcée, de privation de services et de répression culturelle.

En juillet 2013 : le massacre perpétré par Jabhat al-Nosra (aujourd’hui intégré au gouvernement intérimaire syrien). En l’espace de quelques jours, une cinquantaine de civils kurdes – dont des femmes, des enfants et des personnes âgées – ont été tués. Des exécutions sommaires, des enlèvements et des pillages massifs ont été documentés, contraignant des milliers d’habitants à fuir.

Aujourd’hui, ces mêmes bourgs, encore marqués par les cicatrices de 2013, voient resurgir la peur. Les habitants ont organisé des manifestations spontanées mardi soir, exigeant la libération des personnes détenues et l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violations commises lors des raids.

Un silence assourdissant

À l’heure actuelle, le gouvernement intérimaire syrien n’a publié aucune déclaration officielle justifiant l’ampleur de l’opération ni répondu aux accusations de violences contre des civils.

Tal Aran et Tal Hasel, situées au sud-est d’Alep, symbolisent aujourd’hui la fragilité de la coexistence dans le nord de la Syrie. Pour les militants kurdes et de nombreux habitants, ces raids ne sont pas de simples opérations de sécurité : ils constituent une nouvelle page d’un long cahier de doléances kurdes qui s’étend sur plus de soixante ans.

ROJAVA. Les gangs de Damas blessent une femme kurde à Tal Aran

0

SYRIE / ROJAVA – Les forces affiliées à Damas intensifient leur répression contre les populations kurdes. Ce mardi, plus de 200 véhicules ont été déployés lors de vastes opérations dans les localités de Tal Aran et Tal Hasel, dans la campagne d’Alep.

Au moins 10 jeunes Kurdes ont été arrêtés, accusés d’appartenir à des « forces résiduelles ». Des vidéos choc montrent des scènes de chaos : des femmes hurlent, supplient de ne pas être frappées, tandis que les miliciens s’en prennent violemment aux habitants, y compris aux femmes et aux jeunes.

Une femme passée à tabac pour avoir filmé

Nazha Hamki, citoyenne kurde, a été violemment agressée par les forces de sécurité du gouvernement intérimaire syrien. Alors qu’elle filmait les perquisitions à Tal Aran, elle a exigé la présentation d’un mandat d’arrêt. En réponse, elle a été rouée de coups. Blessée, elle a été transférée à l’hôpital local.

Ces raids brutaux s’inscrivent dans une vague d’opérations récentes menées par les forces de Damas dans les zones kurdes, alimentant la peur et la colère au sein de la population.

ROJAVA. L’occupant turc convoque des élèves à Afrin à cause des symboles kurdes

SYRIE / ROJAVA. Des sources locales rapportent que le service de sécurité de la faculté d’éducation de l’Université de Gaziantep, à Afrin, a interrogé des diplômés kurdes et leurs familles après la cérémonie de remise des diplômes, en raison de la présence de symboles kurdes, dont le drapeau du Kurdistan.

L’antenne d’Afrin de l’Université de Gaziantep, établie dans le canton kurde d’Afrin après son invasion par la Turquie en mars 2018, a émis une décision interne convoquant plusieurs étudiants kurdes et leurs proches pour un interrogatoire, plusieurs jours après la cérémonie. La raison invoquée : le port de symboles kurdes par certains diplômés.

Selon les familles concernées, les convocations ont été transmises via les groupes de communication de l’université, sans aucune explication officielle. À ce jour, ni l’administration locale d’Afrin, rattachée au gouvernement intérimaire syrien, ni les autorités de sécurité n’ont communiqué sur la nature exacte de ces mesures ni sur leur fondement juridique.

La cérémonie s’est déroulée avec la levée des drapeaux des États colonialistes turc et syrien, conformément au protocole imposé. Les questions de sécurité sur le terrain étaient gérées par les forces affiliées à l’administration mise en place par l’occupation turque.

Cette affaire a provoqué une vive inquiétude au sein de la population. De nombreuses familles craignent que les diplômes de leurs enfants ne soient retirés ou que les diplômés soient déférés aux services de sécurité sur la base d’accusations jugées infondées. Elles s’interrogent également sur l’absence d’explication officielle concernant l’imposition du drapeau turc sur le sol syrien et le silence du gouvernement intérimaire.

Aucune disposition légale officielle ne criminalise l’affichage de symboles kurdes dans les zones kurdes.

Ce climat de répression intervient alors que l’accord du 29 janvier entre le gouvernement intérimaire syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS) prévoit des garanties pour la spécificité des régions kurdes. Par ailleurs, le décret n° 13 du Premier ministre Ahmad al-Sharaa reconnaît les Kurdes comme une composante essentielle de la société syrienne, interdit toute discrimination ethnique et garantit la protection de la diversité culturelle.

Rappelons que la faculté d’éducation d’Afrin, rattachée à l’Université de Gaziantep, a été ouverte en 2019, un an après la prise de contrôle de la ville par l’armée turque et ses groupes affiliés.

Construction d’une tribune de 800 places au pied de glaciers vieux de 20 000 ans !

0

TURQUIE / KURDISTAN – Les finales de la Super League de lutte se tiennent cette année sur le plateau et dans la vallée de Spîxane, dans la province kurde de Hakkari (Colemêrg). La construction d’une tribune de 800 places dans la vallée menace de causer des dommages irréversibles à l’écosystème extrêmement fragile de la région.

Parmi les joyaux naturels de Colemêrg, le plateau et la vallée de Spîxane (également appelée vallée du Ciel et de l’Enfer), situés à environ 45 km du centre-ville, au pied du mont Cîlo et à près de 3 500 mètres d’altitude, figurent parmi les sites les plus spectaculaires et les mieux préservés de la région.

Une partie de la vallée abrite des glaciers vieux de 20 000 ans, tandis que l’autre se distingue par une grande biodiversité : espèces florales rares, plantes endémiques et vastes pâturages alpins. Le Çiyayê Reşko (4 132 mètres), deuxième plus haut sommet du Kurdistan, domine cet écosystème unique.

Des experts ont déjà constaté une fonte accélérée des glaciers due à l’afflux récent de visiteurs. Longtemps interdite d’accès pour des raisons de sécurité, la vallée et son plateau accueillent désormais les finales de la Super League de lutte libre et gréco-romaine (saison 2025-2026), organisées conjointement par le ministère de la Jeunesse et des Sports, le gouvernorat de Hakkari et la Fédération turque de lutte.

Pour l’occasion, une tribune d’environ 800 places a été construite directement dans la vallée. L’organisation d’un événement de cette ampleur représente une menace majeure pour les glaciers et l’ensemble des espèces vivantes.

Des études scientifiques montrent que les glaciers de la région reculent déjà sous l’effet du changement climatique. L’intense activité humaine, les structures temporaires, l’empreinte carbone, le bruit et la pression environnementale supplémentaire risquent d’aggraver considérablement cette situation et d’altérer durablement cet écosystème d’une grande fragilité.

Zana Farqînî : La résistance par la langue face à l’assimilation du peuple kurde

0

TURQUIE / KURDISTAN – Le linguiste Zana Farqînî a attiré l’attention sur la lutte contre les politiques d’assimilation, en déclarant : « Toute personne jouant un rôle de premier plan dans la société a la responsabilité de préserver et de développer la langue kurde. »

Dans le cadre des mesures juridiques attendues suite à l’« Appel à la paix et à une société démocratique » du leader kurde Abdullah Öcalan, la reconnaissance officielle de la langue kurde reste une revendication centrale. Alors que la résistance aux politiques d’assimilation visant la langue et la culture kurdes se poursuit, le linguiste Zana Farqînî a souligné l’importance de faire du kurde la langue de l’éducation et de la vie quotidienne.

« La société est coupée de ses racines »

Dans une interview accordée à l’agence Mezopotamya (MA), Zana Farqînî a rappelé que chaque nation se définit par sa langue, qui constitue l’élément fondamental de la création et de la préservation de la culture. Il a ajouté que les gouvernements conscients de cette réalité ciblent souvent en premier lieu la langue.

Farqînî a expliqué que l’assimilation ne se limite pas à l’interdiction d’une langue : « L’assimilation est un processus qui va de l’oubli de la langue à l’endoctrinement. Ainsi, une autre identité est imposée aux sociétés, les coupant de leurs racines. Dès lors qu’une société oublie sa langue, ses membres peuvent facilement adopter une identité différente. »

« La langue kurde doit être présente dans tous les aspects de la vie quotidienne »

Le linguiste a constaté que la langue kurde « disparaît comme la neige sous la pluie », un phénomène visible notamment à travers le nombre de plus en plus faible de jeunes qui la parlent couramment.

Il a observé que le kurde est encore principalement parlé par les générations plus âgées, mais que même ces locuteurs l’utilisent souvent uniquement pour la communication quotidienne et peinent à l’écrire, à débattre ou à s’exprimer pleinement dans leur langue maternelle.

« C’est pourquoi, a-t-il déclaré, toute personne exerçant une fonction de direction au sein de la société a la responsabilité de préserver et de développer le kurde. La langue doit être présente dans tous les aspects de la vie quotidienne pour survivre. Parallèlement, tous les parents devraient parler kurde avec leurs enfants à la maison et protéger leur langue. C’est là un volet essentiel de ce combat. »

Il a insisté sur la nécessité pour chacun de contribuer activement à l’obtention d’un statut officiel pour la langue kurde : « Plutôt que d’attendre passivement que le kurde devienne une langue d’enseignement, nous devons résister activement à l’assimilation. Nous devons également reconnaître que tant que le kurde ne sera pas une langue d’enseignement, la véritable libération de notre peuple sera impossible. »

« Nous soutenons la richesse et la diversité linguistiques »

Farqînî a rappelé aux politiciens et aux dirigeants communautaires leurs responsabilités, soulignant que la société kurde est organisée et politiquement consciente.

Il a regretté que parler kurde ait été marginalisé et a ajouté :

« Nous ne sommes pas contre l’apprentissage d’autres langues. Au contraire, nous soutenons la richesse et la diversité linguistiques. Cependant, apprendre une autre langue ne doit jamais signifier abandonner sa propre langue et sa propre culture. Nous devons veiller à ce que les autres langues n’absorbent pas progressivement notre langue maternelle et nous ne devons pas permettre aux langues étrangères de remplacer la nôtre au sein de nos foyers. »

Le linguiste kurde a conclu en soulignant que « une langue qui n’est plus parlée perd son vocabulaire, et lorsqu’elle ne peut plus résister à la domination d’une autre langue, ses locuteurs finissent par l’abandonner. Dès lors, ils commencent à croire que leur propre langue n’a plus aucune utilité. C’est précisément ce que cherchent à obtenir ceux qui prônent l’assimilation, et c’est l’un des piliers les plus importants de cette politique. Par conséquent, il est essentiel que le peuple kurde mène sa cause et son combat dans sa propre langue. »

Farqînî a enfin appelé à une résistance déterminée contre les politiques d’assimilation afin de préserver la langue kurde pour les générations futures.

IRAN. Forces coloniales perses attaquées à Paveh

0
IRAN / ROJHILAT – Un groupe armé kurde a attaqué les forces coloniales perses dans la province kurde de Kirmaşan, tuant deux membres des pasdarans et blessant deux autres. Au moins deux membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), connu chez les Kurdes sous le nom de Jash, ont été tués et deux autres grièvement blessés dans la ville de Paveh, province de Kermanshah (Kirmaşan), lors d’une attaque revendiquée par un groupe nouvellement formé se faisant appeler « Xori Hiwa » (Soleil de l’espoir).
Logo du groupe Xori Hiwa
D’après les informations recueillies par l’organisation Hengaw pour les droits humains, l’attaque a eu lieu le lundi 29 juin 2026 au soir, dans le quartier de Mirabad à Paveh. Les deux membres des Gardiens de la révolution tués ont été identifiés comme étant Khaled Khaledi et Borhan Karisani. Deux autres membres des Gardiens de la révolution, Kamil Shabrang, alias Kamil Hajiji, et Kamal Abdi, ont été grièvement blessés. Hengaw a appris que Hajiji se trouve dans le coma. Dans un communiqué officiel, le groupe « Xori Hiwa » a revendiqué l’attentat. Il a affirmé que Khaledi avait joué un rôle prépondérant dans la répression et le meurtre de manifestants à Javanrud lors du mouvement Femme, Vie, Liberté (Jin, Jiyan, Azadi).

IRAN. Un manifestant kurde condamné à 10 ans de prison

0

IRAN / ROJHILAT – Une cour d’appel de Téhéran a confirmé la peine de 10 ans de prison infligée à Rebwar Marabi, un civil kurde arrêté lors des manifestations populaires de l’hiver dernier.

La 36e chambre de la Cour d’appel de la province de Téhéran, située au complexe judiciaire Shahid Soleimani, a récemment confirmé la peine de Marabi, en suspendant quatre ans de celle-ci pendant cinq ans, a appris le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN).

Marabi a été arrêté à Téhéran lors des manifestations de décembre 2025-janvier 2026 et transféré au pénitencier central du Grand Téhéran.

En février, la 28e chambre du tribunal révolutionnaire islamique de Téhéran, présidée par le juge Mohammad-Reza Amouzad, l’a condamné à 10 ans de prison pour « rassemblement et collusion dans l’intention de commettre des crimes contre la sécurité nationale ».

Il a été libéré sous caution provisoire après avoir fait appel de sa condamnation.

Marabi est originaire du village de Marab, à Kamyaran (dans la province du Kurdistan), et vit à Téhéran où il travaille comme chef cuisinier dans un restaurant depuis plusieurs années.

IRAN. Combats entre les forces kurdes et l’occupant perse

0
IRAN / KURDISTAN – Deux combattants des Unités de défense du Kurdistan de l’Est (YRK) blessés lors des affrontements dans la région kurde de Şarstên ont été évacués vers des zones sécurisées grâce à l’aide de la population civile.

De violents combats se poursuivent pour un deuxième jour consécutif dans la région de Şarstên, située sur la route reliant Mahabad à Piranshahr, dans la province du Kurdistan iranien. Les forces colonialistes iraniennes, principalement les Pasdaran (IRGC), y mènent une opération militaire d’envergure contre les positions des Unités de défense du Kurdistan de l’Est (YRK), branche armée du Parti pour une vie libre au Kurdistan (en kurde : Partiya Jiyana Azad a Kurdistanê).

Selon des sources locales et des comptes proches de la résistance kurde, les forces iraniennes ont déployé un arsenal lourd : plus de 200 roquettes Katioucha tirées depuis des positions proches de la mine Valizadeh, appuyées par des drones de reconnaissance et des frappes d’artillerie. Les affrontements se concentrent autour des zones de Şarstên, Doli Qeleweran et Mamşal. La région reste placée sous un contrôle militaire étroit.

Évacuation des blessés et solidarité locale

Deux combattants YRK blessés ont pu être exfiltrés de la zone de Sherstin (Şarstên) vers des lieux sûrs pour recevoir des soins médicaux. Cette évacuation a été rendue possible grâce à la participation active des résidents locaux.

Cet acte de solidarité est salué par les milieux kurdes comme un exemple du soutien populaire dont bénéficient les forces de résistance. Il illustre, selon eux, la détermination du peuple kurde à protéger ses combattants au péril de sa propre sécurité.

Bilan des combats

Les sources proches des YRK rapportent que les combattants kurdes ont opposé une résistance acharnée malgré l’intensité des attaques. Ils auraient abattu au moins un drone de surveillance iranien (certains témoignages font état de trois). Du côté iranien, plusieurs membres des Pasdaran, dont des commandants, auraient été tués ou blessés, bien que ces informations n’aient pas été confirmées de manière indépendante par Téhéran.

Les combats restent en cours et leur issue est encore incertaine. Les autorités iraniennes n’ont pour l’instant pas communiqué officiellement sur cette opération.

Contexte

Ces affrontements s’inscrivent dans une longue série de tensions entre la République islamique d’Iran et les groupes armés kurdes d’opposition dans l’Est du Kurdistan (Rojhilat). Les YRK, considérés comme la branche militaire du PJAK, mènent régulièrement des actions contre les forces iraniennes, souvent en réaction à la répression des manifestations ou aux opérations militaires iraniennes dans la région.

Toutes les forces kurdes et la jeunesse révolutionnaire sont appelées par les milieux de la résistance à rejoindre et à soutenir la lutte armée et les opérations du Front de libération du Kurdistan.

Le monde du travail, la lutte syndicale et les relations entre l’État et le capital au Kurdistan du Nord : une analyse politique du passé au présent

0
Dans l’article suivant, Songül Morsümbül, syndicaliste kurde-alévie exilée en Allemagne, retrace l’histoire de la lutte syndicale au Kurdistan du Nord (région sous l’occupation de la Turquie) depuis les années 1990, où la défense des droits des travailleurs s’est étroitement mêlée à la question kurde, à la démocratie, à la libération des femmes et à la résistance face à la répression d’État et aux politiques néolibérales.
 

Pourriez-vous nous parler un peu de vous, de votre engagement et de votre militantisme syndical ?

J’ai participé activement à la lutte syndicale de novembre 1992 à juin 2017. J’ai milité dans le secteur de la santé et j’ai commencé mon engagement au sein de Tüm Sağlık-Sen. Par la suite, j’ai occupé diverses fonctions au sein du SES : déléguée du personnel, membre du conseil d’administration, coordinatrice des questions relatives aux femmes et coordinatrice régionale.

Par la suite, j’ai occupé les fonctions de membre du Conseil d’administration de la KESK et de secrétaire chargée des questions féminines au sein du Comité exécutif central. J’ai participé à la coordination turque de la Marche mondiale des femmes et j’ai été membre de l’Association des droits de l’homme (İHD) ainsi que de l’Assemblée des femmes du DTK.

Tout au long de mes années de lutte, j’ai participé activement à des grèves, des manifestations de masse et des campagnes en faveur des droits démocratiques. Au cours de cette période, j’ai été confrontée à des détentions, des enquêtes, des suspensions de fonctions, des réductions de salaire et diverses pressions judiciaires et administratives. En juin 2017, j’ai été licenciée par un décret-loi (KHK). J’ai été poursuivie en justice et condamnée. Une fois ma peine purgée, j’ai dû quitter le pays. Cependant, malgré toutes les formes de répression, je n’ai jamais renoncé à la lutte organisée.

En tant que femme kurde, alévie, issue de la classe ouvrière et défenseuse d’une perspective syndicale socialiste et démocratique, j’ai cherché à défendre une ligne fondée sur la libération des femmes, l’égalité et une approche centrée sur l’humain. Pendant de nombreuses années, j’ai pris part à de nombreuses initiatives démocratiques qui ont souvent été criminalisées.

Depuis environ neuf ans, je vis en exil en Allemagne. Je suis membre d’honneur de ver.di, affilié au DGB.

Comment évaluez-vous la relation entre la lutte syndicale et la question kurde au Kurdistan du Nord depuis les années 1990 ?

La lutte syndicale au Kurdistan du Nord, en particulier depuis les années 1990, est devenue un terrain social important non seulement pour la revendication des droits économiques, mais aussi pour les revendications en faveur de la démocratie, de l’égalité, de la liberté et de la paix. Les travailleurs et les fonctionnaires de la région se sont organisés non seulement autour des salaires, de la sécurité sociale et des conditions de travail, mais aussi autour des questions d’identité, de langue, de culture et de liberté religieuse.

Au cours des cinquante dernières années, les relations de travail dans la région ont été façonnées par les politiques de guerre, les migrations forcées, les états d’urgence (OHAL), les évacuations de villages, les politiques économiques néolibérales et le climat politique engendré par la question kurde. C’est pourquoi il ne suffit pas d’évaluer la lutte syndicale au Kurdistan du Nord uniquement dans le cadre syndical classique. Dans cette région, la lutte des classes et la lutte nationale démocratique ont souvent convergé vers un même axe social.

À la suite du coup d’État militaire de 1980 en Turquie, le mouvement syndical a été confronté à une répression sévère à l’échelle nationale. La dissolution de la DİSK, la détention de syndicalistes, la torture et les arrestations visaient à affaiblir le mouvement syndical. Dans les provinces kurdes, ces pressions ont été encore aggravées par le régime de l’état d’urgence, les exécutions extrajudiciaires, les politiques axées sur la sécurité et les déplacements forcés. En conséquence, la structure économique et sociale de la région a été profondément transformée.

Les années 1990 ont marqué une période de restructuration mondiale du capitalisme néolibéral. Après la dissolution de l’Union soviétique, le capitalisme a été présenté à l’échelle mondiale comme la « seule alternative ». Sous la direction d’institutions financières internationales telles que le FMI et la Banque mondiale, des politiques de privatisation, de sous-traitance, de flexibilité du travail et de répression syndicale ont été largement mises en œuvre.

Au cours de ce processus, les acquis historiques des travailleurs ont été remis en cause, tandis que le capital est devenu plus international, mieux organisé et mieux protégé. Le mouvement syndical mondial a également connu une fragmentation importante. À la place des traditions syndicales militantes, ce sont des modèles conciliateurs et bureaucratiques qui ont été promus. On a ainsi tenté de rendre invisible la contradiction entre le travail et le capital.

Les politiques néolibérales mises en œuvre en Turquie s’inscrivaient également dans cette transformation mondiale. Au Kurdistan notamment, les politiques de guerre et la restructuration économique néolibérale ont été menées de front. L’agriculture, l’élevage et les relations de production collectives ont été affaiblis ; par le biais d’évacuations de villages et de migrations forcées, les populations ont été transformées en main-d’œuvre urbaine bon marché.

La culture historique de la production de la société kurde s’était forgée autour du travail collectif, de la solidarité et de la vie communautaire. Cependant, les politiques de sécurité, les projets de barrages, les exploitations minières et le blocus économique ont largement démantelé cette structure sociale et poussé les travailleurs vers des conditions de travail précaires.

C’est pourquoi la lutte des travailleurs au Kurdistan du Nord a représenté non seulement une lutte économique, mais aussi une forme de résistance identitaire, culturelle, sociale et politique.

Comment les relations entre le capital et le travail se sont-elles façonnées au Kurdistan du Nord ?

À la suite de la transformation néolibérale postérieure à 1980, l’État a mené deux grandes politiques dans la région : un modèle économique axé sur la sécurité et la création d’une main-d’œuvre bon marché et non syndiquée.

Pendant de nombreuses années, la région a été considérée comme une « zone à risque » du point de vue du capital. C’est pourquoi, plutôt que des investissements industriels à grande échelle, ce sont les systèmes de sous-traitance, les appels d’offres soutenus par l’État, le secteur de la construction, l’économie de la sécurité, les ateliers textiles et le travail agricole saisonnier qui ont pris le dessus.

En particulier, dans des villes telles que Diyarbakır, Batman, Urfa, Van et Mardin, dans des zones industrielles délimitées, une part importante des travailleurs était employée à de faibles salaires et sans protection syndicale. Les mesures d’incitation à l’investissement mises en place par l’État s’articulaient souvent autour d’une main-d’œuvre bon marché, d’avantages fiscaux et de conditions de travail non réglementées.

Tout au long de ce processus, les travailleurs kurdes ont été soumis à la fois aux pressions de l’exploitation capitaliste et à une répression politique fondée sur leur identité. C’est pourquoi la lutte des classes et la lutte nationale démocratique ne se sont pas développées séparément dans la région. Les travailleurs ont cherché à organiser leur lutte dans un cadre syndical à vocation sociale, en la liant à des revendications en faveur de la démocratie, de l’autonomie et de la paix.

Comment la relation entre la lutte de libération nationale et la lutte des classes s’est-elle développée ?

Bien que le mouvement socialiste qui s’est développé en Turquie était également présent au Kurdistan du Nord avec certaines spécificités, le mouvement révolutionnaire socialiste après les années 1960, bien qu’il ait fréquemment abordé le droit international à l’autodétermination, a toujours maintenu une position distante vis-à-vis de la question kurde.

L’exécution des révolutionnaires turcs, la tradition et l’expérience du Parti des travailleurs turcs, les débats internes au sein des organisations révolutionnaires, le 1er mai sanglant et l’organisation de la classe ouvrière n’ont pas seulement eu lieu dans l’ouest de la Turquie, mais aussi au Kurdistan du Nord, dans l’est du pays. Parallèlement aux droits du travail et des travailleurs, des revendications en faveur du droit des nations à l’autodétermination, à l’identité, à la langue et aux droits culturels se cristallisaient dans une perspective du socialisme réel.

Tout en s’organisant parmi les villageois grâce à la solidarité et aux pratiques de production collective (imece), les étudiants (les Apocular) mettaient également en place une organisation au sein de la population. Parallèlement, certains révolutionnaires kurdes organisaient les salariés dans le nombre limité d’usines, de sites miniers et pétroliers, de chantiers de construction et d’exploitations agricoles du Kurdistan du Nord, en travaillant à leurs côtés.

C’est pourquoi, à partir des années 1980, le mouvement kurde de libération, en plein essor, a ouvert un espace social important qui abordait non seulement les droits identitaires et culturels, mais aussi la pauvreté, les inégalités et la répression d’État.

La lutte syndicale, le droit de vivre dans sa langue maternelle, les droits démocratiques, les droits humains, la libération des femmes et l’antimilitarisme se sont, pour de nombreux travailleurs et fonctionnaires, fondus en un terrain politique commun. C’est pourquoi, en particulier dans les années 1990, le mouvement syndical de la région ne s’est pas limité à des revendications purement économiques. Les enquêtes sur les disparitions forcées, la résistance aux expulsions de villages et l’opposition à la destruction de l’environnement figuraient parmi les enjeux abordés. D’autres enjeux, tels que le droit à des services publics dans sa langue maternelle, la libération des femmes et l’appel à la paix, ont été mis en avant avec force. La lutte syndicale dans la région est devenue de plus en plus l’un des moteurs clés de l’opposition sociale. En particulier, les syndicats du secteur public étaient considérés non seulement comme des organisations professionnelles, mais aussi comme faisant partie de la lutte plus large pour une société démocratique.

Quel a été le rôle des travailleuses dans la lutte syndicale ?

Les femmes ont constitué l’une des forces les plus dynamiques de la lutte syndicale au Kurdistan du Nord. Celles qui travaillaient dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services municipaux ont joué un rôle particulièrement actif au sein du mouvement syndical.

Au cours des premières années, l’accent était principalement mis sur le développement d’une lutte commune contre l’oppression sociale et sur la résistance à la répression par des moyens légaux et constitutionnels, ainsi que par le biais des conventions internationales dont la Turquie est signataire. Cependant, alors que la lutte se poursuivait sans interruption, nous, en tant que femmes – représentant une des forces motrices les plus dynamiques –, avons réalisé des progrès significatifs en tirant parti des accords nationaux, des droits constitutionnels et des lacunes juridiques du droit du travail, notamment pour faire avancer la lutte des femmes.

Nous avons dénoncé des pratiques telles que les tests de virginité en détention et la torture fondée sur le genre. La lutte des femmes était également une « chemise de feu », et nous avons dû l’endosser pour pouvoir aller de l’avant.

Les femmes se sont battues non seulement contre l’exploitation au travail, mais aussi contre la domination masculine, la répression d’État et les inégalités sociales plus générales. C’est pourquoi la libération des femmes est devenue une partie indissociable de la lutte syndicale.

Grâce au travail d’organisation des femmes, des concepts tels que la coprésidence, les quotas de femmes, les assemblées de femmes, l’égalité de genre et les politiques de lutte contre la violence masculine ont gagné en visibilité au sein de la sphère syndicale. En particulier, la conscience politique forgée par le mouvement des femmes kurdes a également eu un impact significatif sur la lutte syndicale.

Précédents à Erbil et Souleimaniye Comment la répression étatique a-t-elle affecté le mouvement syndical ?

Au Kurdistan du Nord, les activités syndicales ont été pendant de nombreuses années évaluées dans le cadre des politiques de sécurité. De nombreux syndicalistes ont fait l’objet d’enquêtes ; les détentions, les exils et les révocations étaient monnaie courante.

Pendant les états d’urgence (OHAL), les revendications en faveur des droits démocratiques étaient souvent présentées comme des « questions de sécurité ». Les travailleurs qui exprimaient des revendications en faveur de la paix, en particulier, faisaient face à une répression sévère. Des dizaines d’enseignants, de professionnels de la santé et de fonctionnaires ont été tués par le JİTEM et des structures paramilitaires, dont le Hezbollah. Ces cas sont également documentés dans des rapports de diverses organisations de défense des droits de l’homme.

Malgré cela, les travailleurs n’ont pas renoncé à la lutte organisée. Dans la région, le syndicalisme était considéré non seulement comme une quête de droits économiques, mais aussi comme une lutte pour la protection de la dignité humaine, de l’identité et de la mémoire collective.

Les travailleurs kurdes ont décrit les années 1990 comme une période où l’on « portait une chemise de feu », et ils ont mené un processus d’organisation particulièrement intense durant cette période. En 1995, la KESK a obtenu son statut officiel et a commencé à s’organiser dans tous les secteurs du Kurdistan du Nord.

Les principaux domaines d’organisation de la KESK et de ses syndicats affiliés comprenaient : les enseignants, les établissements du ministère de l’Éducation et les universités (Eğitim Sen), les travailleurs du ministère de la Santé et des services sociaux (SES), les agents municipaux (Tüm Bel-Sen), les travailleurs des autoroutes et des routes (Yapı Yol-Sen), les travailleurs des postes et des communications (Haber-Sen), les travailleurs de l’agriculture et de la sylviculture (Tarım Orman-Sen), les travailleurs du secteur de la Présidence des affaires religieuses (DİVES), ainsi que ceux des théâtres d’État, des musées, etc. (Kültür Sanat-Sen).

Entre 2012 et 2014, pendant les pourparlers de paix démocratique engagés avec M. Öcalan, le mouvement syndical est resté, comme les années précédentes, l’un des domaines les plus actifs de la mobilisation démocratique. Syndicats ont contribué à la démocratisation et à la rédaction d’une nouvelle constitution par le biais d’ateliers, de conférences, de tables rondes et de rassemblements.

En ce qui concerne les périodes de résistance de Kobané et du Rojava — expressions d’une résistance autodéterminée et autonome des peuples —, la KESK et ses syndicats affiliés ont joué un rôle actif et de premier plan, non seulement au Kurdistan du Nord, mais aussi dans toute la Turquie.

Après que l’AKP et le MHP eurent mis fin au processus de négociation, des politiques visant à réprimer tous les segments de la société — en particulier les travailleurs kurdes, les militants de gauche, les socialistes, les révolutionnaires, les universitaires, les journalistes, les militantes des droits des femmes et les forces en faveur de la paix et de la démocratie — ont été mises en œuvre par le biais de détentions, d’arrestations et de licenciements en vertu de décrets-lois (KHK). À l’aide de témoignages fabriqués de toutes pièces et de preuves illégales, des travailleurs, des membres de la KESK et de la DİSK, ainsi que des ouvriers kurdes, ont été pris pour cibles dans le but de les maîtriser.

Des motifs de travailleurs continuent de vivre sous la pression des licenciements liés aux KHK. Les familles, les femmes, les enfants et la société kurde dans son ensemble sont soumis à des pratiques répressives de l’État. Néanmoins, la lutte pour la résistance et la défense des droits se poursuit sans interruption.

Quels sont les principaux défis du mouvement syndical aujourd’hui ?

Tout d’abord, parmi les principaux défis auxquels est confronté le mouvement syndical, on peut citer la restriction et la non-application des droits démocratiques et constitutionnels. Plus précisément, dans le monde du travail, nous sommes confrontés à la fragmentation de la vie professionnelle, à diverses formes de relations de travail et de pratiques de sous-traitance, à des formes d’emploi précaires et instables, à l’invisibilité du travail des femmes et à un marché du travail fondé sur des discriminations de genre.

Nous assistons à des politiques de bas salaires et de désyndicalisation, ainsi qu’à des pratiques syndicales dictées par des motivations politiques, et à un manque de protection contre les accidents mortels du travail. Les migrations, la pauvreté et le travail saisonnier constituent pour nous un défi permanent.

Les jeunes travailleurs et les travailleuses, en particulier, sont employés dans des conditions d’insécurité extrêmes. De plus, les politiques de guerre et les crises économiques aggravent encore les conditions de vie des travailleurs.

Malgré toutes ces pressions, la lutte des travailleurs se poursuit. L’histoire a montré qu’aucun système de répression ne peut durer indéfiniment face à un peuple organisé.

Après les années 2000, les relations avec les mouvements syndicaux européens se sont rapidement développées. Des institutions telles que la CES (Confédération Européenne des Syndicats), la CSI (Confédération Syndicale Internationale) et l’OIT (l’Organisation internationale du travail), ainsi que la Coordination de la Marche mondiale des femmes, comptent parmi les organisations avec lesquelles nous avons entretenu un dialogue et un engagement en tant que membres les plus soutenus.

Comment percevez-vous la lutte syndicale au Kurdistan du Nord aujourd’hui ?

La lutte syndicale au Kurdistan du Nord ne se limite pas aux salaires et aux conditions de travail ; il s’agit d’une lutte historique étroitement liée aux revendications en faveur de la démocratie, de l’identité, de la libération des femmes, de l’égalité entre les peuples et de la justice sociale.

Bien que cette lutte ait parfois été confrontée à la répression, aux arrestations et à l’exil, la culture de solidarité entre les travailleurs, la volonté de s’organiser et la quête de liberté perdurent. Aujourd’hui encore, l’avenir du mouvement syndical dépend du renforcement de la solidarité collective entre les peuples, de la consolidation d’une perspective de libération des femmes et du développement de formes démocratiques d’organisation sociale. Malgré toutes les politiques et mesures répressives, cette lutte se poursuit sans interruption, avec une prise de conscience croissante et une portée qui ne cesse de s’étendre.

 Article publié initialement par le site Democratic Modernity
 
 

Coup d’envoi du Festival des Films Kurdes de Paris

0

CINÉMA – La 5e édition du Festival des Films Kurdes de Paris (FFKP) débute ce soir avec une programmation qui mettra en scène la richesse culturelle et artistique kurde.

Installé au Centre Wallonie-Bruxelles (46 rue Quincampoix, 75004 Paris), ce rendez-vous incontournable du cinéma kurde proposera une programmation variée mêlant longs et courts métrages, documentaires, fictions et films d’animation. Une belle occasion de découvrir ou redécouvrir les regards singuliers des cinéastes kurdes du Kurdistan et de la diaspora sur leur histoire, leurs identités et leurs imaginaires.

Édition 2026 — Programme

Lundi 29 Juin

Soirée d’ouverture

  • 19h : Ouverture

    • Performance musicale Yarsan — Farid Elhami

  • 19h30 : Fiction · Long métrage

    • « My Uncle Jens »

    • Brwa Vahabpour — Norvège, Roumanie · 1h38

    • En présence du réalisateur · Première française

Mardi 30 Juin

  • 17h : Documentaire

    • « Singing Wings »

    • Hemen Khaledi — Iran, Géorgie, Belgique · 1h13

    • Première française

  • 20h : Documentaire

    • « Mediha »

    • Hasan Oswald — États-Unis · 1h30

Mercredi 1er Juillet

  • 17h : Séance Courts-Métrages

    • « Hevraz · Sînorên Dayîkan · Unser Name ist Ausländer · Hêlîn · Ghazal a Min »

    • Cemal İşnas, Rosida Koyuncu, Selin Besili, Şems Çiftçi, Miral Kilo

  • 20h : Documentaire · Long métrage

    • « All the Mountains Give »

    • Arash Rakhsha — Kurdistan iranien · 1h33

    • Première française

Programme complet sur les réseaux sociaux du festival.

Tarifs

Plein tarif : 5 €

Tarif réduit : 3 €

Tout public.

ADRESSE : Centre Wallonie-Bruxelles

46 rue Quincampoix – 75004 Paris