TURQUIE. Les Kurdes priés de capituler face à l’État turc

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TURQUIE / KURDISTAN – Le texte de Mehmet Uçum, conseiller principal du président turc, intitulé « Une Turquie sans terrorisme », et les récentes déclarations de Devlet Bahçeli, dirigeant du MHP (Parti d’action nationaliste), ne témoignent pas d’une nouvelle ouverture démocratique sur la question kurde ; ils s’inscrivent plutôt dans une stratégie globale de manipulation, de tromperie et de répression des revendications nationales [kurdes]. Cette stratégie se déploie non seulement sur le plan rhétorique, mais aussi par des violences sur le terrain, des techniques de guerre spéciales et la mainmise sur la sphère politique. Dans ce contexte, les Kurdes sont simultanément confrontés à une rhétorique de « fraternité », d’« unité », d’« intégration » et de « garantie », tout en subissant violence, coercition et politiques d’élimination, notamment dans le nord et le nord-est de la Syrie. Cette double approche est une méthode classique de gouvernance : d’abord, disperser par la force, puis présenter la capitulation comme une paix. Le discours de Mehmet Uçum : un projet d’intégration coloniale Le texte de Mehmet Uçum ne propose aucune approche reconnaissant les Kurdes comme sujets politiques. Au contraire, il lie inconditionnellement leur avenir au paradigme « une nation, un État » présenté par l’État turc comme une « réalité objective ». La volonté politique indépendante des Kurdes, leurs revendications collectives et leur droit à l’autodétermination sont d’emblée niés. L’affirmation « La Turquie est la garante des Kurdes » reflète une conception en apparence protectrice, mais fondamentalement paternaliste et coloniale. Dans cette perspective, les Kurdes ne sont pas considérés comme un peuple suffisamment mature pour décider de son propre avenir ; ils sont plutôt perçus comme un élément à gouverner, à diriger et à discipliner. La « libération » des Kurdes est conditionnée par leur obéissance aux frontières tracées par l’État [turc ou les puissance hégémoniques du XXe siècle ?].
 
 
Le rôle de « bon flic » de Bahçeli et l’imposition de la capitulation Les récentes déclarations de l’État Bahçeli [qui affirmait que la question kurde était résolue et qu’il fallait libérer Ocalan et Demirtas etc.] illustrent parfaitement cette stratégie. Jusqu’à il y a quelques semaines, Bahçeli prônait ouvertement la reddition, la liquidation et la suppression du statut du Rojava. De fait, après le 6 janvier 2026, les zones sous contrôle kurde du nord et du nord-est de la Syrie ont été la cible d’une violence extrême et d’un usage intensif de la force armée ; des milliers de Kurdes ont été tués, des centaines de milliers déplacés, et les acquis politiques et sociaux des Kurdes ont été anéantis. L’apparition de Bahçeli sur la scène politique, avec une rhétorique d’« espoir », de « paix » et de « retour au pays », précisément après la fin de ce processus de liquidation, est un exemple flagrant de la tactique du bon et du mauvais flic. Ces déclarations ne sont pas un appel à la paix ; elles normalisent la reddition et exigent l’oubli. Ces appels, lancés comme si ce qui s’est passé au Rojava n’avait jamais eu lieu, constituent une opération de manipulation de l’opinion publique visant à tromper les Kurdes. La voie d’Öcalan après février 2025 et l’harmonie avec l’État L’accent mis par Abdullah Öcalan sur « l’intégration », la « société démocratique » et la « solution non violente », qui a pris de l’importance à partir de février 2025, a été réinterprété et instrumentalisé par l’État. Le discours d’Öcalan est devenu un point de référence légitime pour discipliner et limiter la sphère politique kurde. Le problème n’est plus la recherche d’une solution, mais l’imposition d’une solution dans le cadre unilatéral défini par l’État. Le droit des Kurdes de contester ce cadre, de développer des voies politiques alternatives ou de poursuivre leurs revendications nationales est réprimé sous prétexte de « perturbation du processus ». La ligne de collaboration au sein du DEM : l’empoisonnement de la sphère politique Au sein même du parti DEM, certaines figures jouent un rôle crucial dans cette stratégie. Elles défendent une ligne qui présente le respect des frontières définies par l’État comme du « réalisme » et la soumission comme une « politique responsable ». Cette position affaiblit la conscience nationale kurde, érode leurs réflexes de résistance et corrompt la sphère politique kurde de l’intérieur. Au lieu de représenter la volonté du peuple kurde, cette approche privilégie la transmission des attentes de l’État à la société kurde. Ainsi, les Kurdes sont soumis à un mécanisme de médiation issu de leurs propres rangs.
 
 
Conséquences de la violence : éveil et renforcement de la conscience nationale Cependant, la réalité sur le terrain a déjoué les calculs de l’État. Les attaques contre le nord et le nord-est de la Syrie n’ont pas intimidé les Kurdes ; au contraire, elles ont galvanisé les Kurdes du monde entier, renforcé leur conscience nationale et révélé plus clairement qui sont amis et qui sont ennemis. Ce processus a démontré à l’opinion publique que les Kurdes sont ciblés non seulement militairement, mais aussi politiquement, socialement et intellectuellement. Par conséquent, les dernières tentatives de les soumettre doivent être analysées avec soin et clarté par les Kurdes. Le problème n’est ni la paix ni une solution ; il s’agit d’une tentative de les dépouiller de leur identité et de les subjuguer. L’autoritarisme structurel et la stagnation démocratique de l’État turc. Pour comprendre ce processus, il est nécessaire d’examiner la situation structurelle de l’État turc. En Turquie, tous les sous-systèmes sont concentrés dans la sphère d’influence du président ; le législatif, le judiciaire et la bureaucratie sont largement sous le contrôle de l’exécutif. Cette structure n’est pas démocratique ; il s’agit d’un appareil d’État de plus en plus autoritaire. Il est irréaliste d’attendre d’une telle structure une solution égalitaire, libertarienne et juste pour les Kurdes. Une issue pour les Kurdes : volonté nationale et stratégie de la diaspora Dans ces conditions, l’avenir des Kurdes ne repose pas sur les frontières tracées par d’autres, mais sur leur volonté de forger leur propre destin. La voie à suivre se concrétise autour de quelques points clés : • Renforcer l’unité nationale kurde et surmonter la fragmentation de la structure politique ; • Mettre en place des structures solides, professionnelles et institutionnelles au sein de la diaspora ; • Créer des groupes de réflexion, des écoles de diplomatie et des centres d’élaboration des politiques ; • Développer des alliances stratégiques avec des communautés organisées, telles que la diaspora juive, afin de mener une lutte commune contre les politiques antisémites et antikurdes ; • Renforcer l’indépendance politique par la création de coentreprises économiques et la mise en commun des ressources ; • S’engager dans une lutte politique efficace, non seulement avec les cercles marginaux de gauche au sein de la diaspora, mais aussi au sein des partis de centre-droit et libéraux. Les écrits de Mehmet Uçum, les déclarations de Devlet Bahçeli et la ligne collaborationniste du DEM visent non pas à assurer l’avenir des Kurdes, mais à les dépouiller de leur identité, à les contraindre à abandonner leurs revendications nationales et à les soumettre à un contrôle total. À l’inverse, une nouvelle conscience, un nouvel éveil et une nouvelle responsabilité historique attendent les Kurdes. L’avenir d’un peuple ne peut se construire que par sa propre volonté et sa force organisée. Aujourd’hui, la tâche fondamentale qui incombe aux Kurdes est de dénoncer la tromperie, de rejeter les discours de capitulation et de tracer une nouvelle voie fondée sur la dignité nationale, l’égalité et la liberté. (article publié sous le titre de « Amed Mardin : L’avenir des Kurdes face à la désidentification, à la domestication et à l’imposition de la soumission » par le site Nupel TV)

SYRIE. Les Kurdes victimes de la machine à propagande de Damas

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SYRIE / ROJAVA – En général : bien que les Kurdes soient les seuls à avoir accès à l’information sur le terrain dans les zones kurdes de Syrie, tout ce que nous disons est qualifié de « propagande kurde ».
 
Les médias affiliés au gouvernement syrien élaborent ensuite leur propre récit, qui contredit les informations recueillies sur le terrain, mais sert à discréditer les voix et les témoignages kurdes.
 
Ces informations sont ensuite confirmées, souvent par le gouvernement syrien lui-même ; pourtant, les médias syriens ne corrigent pas leurs affirmations. Ils passent tout simplement à autre chose et inventent un nouveau récit pour discréditer les Kurdes.
 
Hier, le gouvernement syrien a affirmé que les médias syriens n’étaient pas autorisés à entrer à Hassaké [lors de l’arrivée des forces gouvernementales syriennes], avant de faire des déclarations visant à attiser les tensions entre Arabes et Kurdes. Peu après, le ministère syrien de l’Intérieur a confirmé qu’il n’avait effectivement pas autorisé les médias syriens à entrer à Hassaké. Malgré cela, la sphère médiatique syrienne ne s’est pas corrigée.
 
Il existe des dizaines d’exemples – CPT-IK a récemment confirmé les informations concernant 3 Kurdes (2 adolescents) qui ont été tués par les forces gouvernementales syriennes à Raqqa – l’un des 3 Kurdes a été décapité.
Les médias syriens ont d’abord nié ces affirmations, prétendant qu’il s’agissait de simple propagande. Ces informations étant désormais confirmées, ils n’ont publié aucune correction ni même fait mention du rapport.
 
Par exemple :
Images d’une maison kurde à Raqqa pillée par le gouvernement syrien. Portes, fenêtres, câbles et tous les meubles ont été volés. Ce crime a été commis par les forces du gouvernement syrien – un gouvernement qui prétend protéger et garantir les droits du peuple kurde ; or, nous constatons que ce sont ses propres forces qui commettent des crimes contre le peuple kurde.
Tout cela ressort clairement des témoignages locaux. (Scharoo Maroof) 

SYRIE. Pillage des maisons des Kurdes à Raqqa

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SYRIE / ROJAVA – À Raqqa et dans ses environs, les maisons des Kurdes ont été pillées et vandalisées dans le sillage des attaques des gangs de Damas. Les maisons et les biens (nourriture, meubles, électroménager, portes et fenêtres, véhicules…) des Kurdes de Raqqa et de ses environs ont été volés et vandalisés alors que les Kurdes ont fui les massacres ethniques.

Les maisons des Kurdes à Raqqa et dans ses environs ont été la cible de pillages et d’actes de vandalisme généralisés suite aux attaques lancées par les factions du gouvernement intérimaire syrien contre le Rojava et le nord et l’est de la Syrie.

Des vidéos ont documenté les pillages massifs de biens ménagers, notamment de meubles, d’effets personnels et de véhicules que les résidents n’ont pas pu emporter lors de leur déplacement. (ANHA) 

TURQUIE. Persécution des journalistes ayant couvert les manifestations pour le Rojava

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TURQUIE / KURDISTAN – Les violences contre les professionnels des médias ont fortement augmenté en janvier, notamment en lien avec les manifestations kurdes pro-Rojava. Selon l’association de journalistes DFG, 14 journalistes ont été arrêtés, d’autres blessés et des centaines d’articles de presse censurés. L’association des journalistes kurdes Dicle-Firat (DFG) a constaté une forte augmentation des atteintes à la liberté de la presse au Kurdistan du Nord et en Turquie dans son dernier rapport mensuel de janvier. Ce rapport fait état de 14 arrestations, une détention, plusieurs agressions physiques et une censure numérique généralisée. Les critiques portent sur des attaques ciblées contre des professionnels des médias en lien avec leurs reportages sur les manifestations contre les attaques perpétrées dans l’Administration démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (DAANES). La Société germano-syrienne (DFG) établit un lien direct entre l’escalade du conflit au Rojava et l’intensification de la répression en Syrie. « Les professionnels des médias qui ont couvert les manifestations ont été spécifiquement visés », indique le rapport. Le cas de Nedim Oruç, reporter pour l’agence kurde Ajansa Welat, est cité en exemple. Il a été arrêté le 14 janvier alors qu’il travaillait à Cizîr, dans la province de Şirnex (Şırnak), et placé en détention quelques jours plus tard. Des journalistes des agences de presse Mezopotamya (MA) et Jin News ont été empêchés à plusieurs reprises de travailler à cause de la violence policière. Agressions lors des opérations à Nisêbîn, Pirsûs et Wan À Nusaybin, ville frontalière, la Fondation germano-russe pour la recherche (DFG) a notamment signalé des agressions massives : les correspondants Kesira Önel, Ferhat Akıncı, Pelşin Çetinkaya, Heval Önkol et d’autres auraient été battus alors qu’ils couvraient des manifestations ; leurs caméras ont été endommagées et leur matériel confisqué. La DFG a également documenté de graves incidents à Suruç et Van. Le journaliste d’ANKA, Ahmet Ün, a été blessé par une grenade lacrymogène, tout comme le journaliste Metin Yoksu, touché à la tête par une grenade lacrymogène. Bekir Şeyhanlı a été renversé par un véhicule blindé de la police et Kadir Cesur a été touché par des balles en caoutchouc. Censure numérique : 458 contenus bloqués Outre les violences physiques, la Fondation allemande pour la recherche (DFG) constate également une recrudescence de la censure numérique. Selon la DFG, au moins 458 contenus numériques ont été bloqués en janvier, dont 39 comptes de réseaux sociaux ayant relayé des informations sur les attaques contre le Rojava. Vingt-trois de ces comptes appartiennent à des journalistes, les autres à des agences de presse, des journaux et des chaînes de télévision. D’après la plateforme de journalisme de données indépendant, les comptes concernés cumulent plus de 640 000 abonnés et ont généré environ 232 millions de vues. Par ailleurs, les sites web de MA et de Jin News ont de nouveau été bloqués ; chacune de ces deux agences a subi trois blocages en janvier. Trois autres sites d’information ont été totalement fermés. Des mesures de blocage judiciaires ont été prononcées à l’encontre de 23 articles. Pression du système judiciaire et nombre de prisonniers Selon la Fondation allemande pour la recherche (DFG), au moins 26 journalistes sont actuellement emprisonnés en Turquie. En janvier, au moins une nouvelle enquête, une nouvelle mise en examen et trois condamnations, assorties d’une peine totale de trois ans et neuf mois, ont été prononcées à l’encontre de journalistes. À l’heure actuelle, 61 professionnels des médias sont poursuivis dans 29 affaires en cours. DFG : « Le journalisme est systématiquement criminalisé » La Fondation allemande pour la recherche (DFG) critique la Turquie pour la répression systématique des reportages critiques, qui restreint considérablement le droit du public à l’information. Cette répression s’étend des violences physiques et des poursuites pénales à la suppression algorithmique de contenus journalistiques. « La censure est devenue la norme. Il ne s’agit pas seulement d’une attaque contre les journalistes, mais contre toute forme de débat public démocratique. Le journalisme n’est pas un crime. Nous continuerons à défendre la vérité. » (ANF)

Le Rojava restera un symbole de la résistance historique kurde

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SYRIE / ROJAVA – La révolution du Rojava est devenue un exemple visible et significatif de la résistance kurde grâce à ses réalisations et à son organisation populaire. L’expérience du Rojava est apparue comme l’aboutissement de la longue lutte du peuple kurde. Ce processus a propulsé les Kurdes sur la scène du nouveau siècle, leur permettant d’affirmer leur présence dans tous les domaines de la vie, de donner sens à leur identité et d’offrir à la région une nouvelle conception de la révolution sociale. Parallèlement, il est devenu le symbole de la marche historique d’un leadership qui a mobilisé les femmes à travers le Moyen-Orient pour la lutte, l’organisation et la conquête d’une vie libre. Cette marche historique, marquée par les conflits, la résistance et la lutte pour la survie, a engendré un processus qui a bouleversé les équilibres au Rojava et dans tout le Moyen-Orient. La résistance kurde, qui dure depuis plus d’un demi-siècle, demeure aujourd’hui une force déterminante pour le tissu social et politique de la région. Des marches de grande ampleur sont organisées le 1er février dans de nombreuses villes du Rojava à l’occasion de la « Journée mondiale du Rojava, 1er février ». À Qamishlo notamment, des milliers de personnes devraient descendre dans la rue pour faire entendre des messages forts concernant les récentes attaques contre le Rojava, ainsi que les accords et ententes conclus à la suite de ces attaques. Suite aux attaques qui ont débuté à Alep le 6 janvier, des millions de Kurdes, à travers les quatre régions du Kurdistan et dans de nombreux pays du monde, se sont rassemblés sur les places publiques, déclarant : « Nous sommes solidaires de la résistance du Rojava. » Les rues sont envahies par les foules qui manifestent leur solidarité et saluer la résistance du Rojava. Cette période historique a une fois de plus mis en lumière la tradition de résistance kurde. Cette mobilisation collective, forte et rarement observée, a valu au 1er février d’être inscrit dans l’histoire comme la « Journée mondiale du Rojava ». Accord FDS-Damas De nombreuses questions restent en suspens, allant des droits constitutionnels des Kurdes aux programmes scolaires. La structure politique et administrative du Rojava devrait être clarifiée prochainement dans un cadre défini, à l’issue des pourparlers diplomatiques à venir. Le statut des institutions affiliées à l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie, la protection des régions kurdes et l’étendue des pouvoirs des comités à créer en vertu d’un accord à conclure avec Damas figurent parmi les questions qui devraient se concrétiser par des mesures pratiques dans un avenir proche. Les modalités militaires et administratives, telles que les pouvoirs du gouverneur de Hasakah (Hesekê) et le nombre de divisions et de brigades qu’il est prévu de créer, sont également encore en cours de négociation entre les parties. Un nouveau départ Bien que la question du Moyen-Orient et de la Syrie ait déjà été abordée, notamment lors des négociations de Paris, comme un projet de génocide, les Kurdes ont refusé d’être réduits à un rôle passif dans les manœuvres internationales et ont, au contraire, infléchi le cours de la guerre. Cette position a non seulement modifié l’équilibre des forces dans la région, mais a également constitué un accomplissement historique, fondé sur l’unité nationale et la résistance. Au Kurdistan du Nord (Bakur) et dans de nombreuses régions du monde, le peuple kurde et ses alliés se sont mobilisés pour défendre la révolution du Rojava. Cette prise de position collective sans précédent a véhiculé un message fort d’unité nationale parmi les Kurdes. La révolution du Rojava, qui a concrétisé un rêve séculaire partagé par les Kurdes de sept à soixante-dix ans, prend aujourd’hui davantage de sens et de visibilité grâce à ses réalisations. La lutte des femmes a pris une dimension universelle Depuis 2011, les femmes kurdes sont en première ligne de la guerre, préservant et perpétuant leur culture, leur art et leur identité sociale et politique. Elles ont également été la force motrice de la révolution au Rojava jusqu’à son état actuel. Les Unités de protection des femmes (YPJ) sont entrées dans l’histoire comme l’incarnation la plus visible et concrète de ce combat. Ce sont les femmes qui ont affirmé leur volonté de résistance dans tous les domaines de la vie et qui ont tissé la révolution du Rojava, point par point, par leur action politique, diplomatique et sociale. La lutte de longue haleine menée par les femmes kurdes du Rojava restera gravée dans l’histoire comme un puissant témoignage. En combattant et en résistant, les membres des YPJ ont défendu les acquis du peuple kurde et la cause de la liberté des femmes. Leur détermination est devenue un élément fondamental de l’esprit de la révolution du Rojava. Quel que soit l’accord conclu avec Damas, ce qui a défini la révolution du Rojava et lui a donné sa couleur et son sens, c’est la résistance des femmes et des combattants kurdes qui luttent sur ces terres depuis des années. L’expérience du Rojava s’est avérée influente dans toute la région. Ces quinze dernières années ont été une période extrêmement instructive et transformatrice, non seulement pour les peuples de la région, mais aussi pour les Kurdes. À partir de 2014, le Rojava a connu un paysage marqué par un conflit armé, une instabilité politique chronique et des équilibres en constante évolution. Des milliers de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers, tandis que la Syrie elle-même s’est transformée en un pays qui a bouleversé les dynamiques régionales, aggravé les crises internationales et connu des changements de régime successifs. Au milieu de ces processus complexes au Rojava, les Kurdes ont préservé leur volonté d’autodétermination, tant à la table des négociations diplomatiques que sur les champs de bataille. Face aux changements de régime, aux pressions internationales et aux menaces militaires, ils ont poursuivi leur chemin sans reculer et sans renoncer à leur propre expérience et à leur résistance. Cette longue et ardue période a permis aux Kurdes de s’affirmer non seulement comme une communauté régionale, mais aussi comme un acteur politique et militaire efficace. Malgré tous les risques, l’expérience du Rojava est devenue un exemple significatif démontrant qu’une personne peut survivre grâce à son organisation et à sa résistance. Enes Yildiz pour ANF

ROJAVA. Le blocus imposé à Kobanê aggrave la crise humanitaire

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SYRIE / ROJAVA – Depuis 15 jours, la ville kurde de Kobanê subit un siège suffocant imposé par Damas, laissant environ 600 000 habitants confrontés à de graves pénuries de médicaments et de produits de première nécessité. La crise humanitaire continue de s’aggraver en raison des coupures d’électricité, de l’épuisement des réserves de carburant et du manque de denrées alimentaires. Depuis le 20 janvier, Kobani est soumise à un blocus strict imposé par des factions liées au gouvernement intérimaire syrien, ce qui entraîne une détérioration constante de la situation humanitaire. Depuis quinze jours consécutifs, les habitants souffrent de graves pénuries de produits de première nécessité, ainsi que d’une dégradation de leurs conditions de vie et de santé. La ville connaît une pénurie quasi totale de médicaments, notamment ceux nécessaires au traitement des maladies chroniques comme l’hypertension et le diabète. Les patients atteints de cancer sont privés de la continuité de leurs soins, contraints de se faire soigner hors de la ville. La pénurie de lait infantile a encore aggravé la crise humanitaire, tandis que les marchés restent largement vides de légumes et de produits alimentaires de base. Les coupures de courant ont paralysé des services essentiels dans les hôpitaux, et l’épuisement des réserves de carburant a accentué les difficultés quotidiennes des quelque 600 000 habitants de la ville. Malgré ces conditions difficiles, les habitants de Kobani continuent de faire preuve de résilience et de résistance. Le siège devait être levé en vertu de l’accord conclu le 30 janvier entre les Forces démocratiques syriennes et le gouvernement intérimaire syrien, sa mise en œuvre étant prévue pour le 2 février. Cependant, le blocus reste en place à ce jour, malgré les réunions tenues entre les Forces de sécurité intérieure à Kobani et les forces de sécurité affiliées au gouvernement intérimaire syrien visant à mettre en œuvre les termes de l’accord. Par ailleurs, depuis trois jours, l’État turc empêche l’entrée à Kobani de l’aide collectée par les habitants du Kurdistan du Nord, aggravant ainsi la crise humanitaire et accentuant les souffrances de la population assiégée. (ANHA)

ROJAVA. Pénurie de matériel médical à Hassaké

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SYRIE / ROJAVA – L’hôpital Al-Shaab de la ville d’Hassaké sous contrôle des Kurdes fait face à une pénurie de fournitures médicales pour les patients atteints de thalassémie et de maladies rénales, en raison du siège imposé par Damas et la coupure d’électricité dans la ville, ce qui a entravé la capacité de l’hôpital à admettre et à traiter les patients.

L’hôpital Al-Shaab de la ville de Hasakah, dans le canton d’al-Jazira, connaît une pénurie de fournitures médicales essentielles et de doses de traitement nécessaires aux patients, ce qui limite considérablement sa capacité à fournir des services de santé et à recevoir des cas médicaux.

Dans ce contexte, le directeur médical de l’hôpital Al-Shaab à Hassaké, le médecin Salar Abdulwahab Abdullah, a expliqué que l’hôpital rencontre des difficultés majeures pour fournir des services médicaux aux patients atteints de thalassémie, à ceux qui subissent une dialyse rénale et aux patients atteints de cancer, en raison de la pénurie de matériel médical, dans un contexte de menaces d’attaques persistantes contre la région de la part de factions affiliées au gouvernement intérimaire.

Il a souligné le besoin urgent de matériel chirurgical, de médicaments anesthésiants, de poches de sang, ainsi que de nombreuses autres fournitures médicales indispensables au maintien du fonctionnement de l’hôpital.

Abdullah a ajouté que la panne de courant principale constitue un obstacle majeur à la prestation de services aux patients nécessitant un apport continu d’oxygène, ainsi qu’à la réalisation d’opérations chirurgicales et à la réception de patients dans les cliniques externes.

L’hôpital Al-Shaab de Hassaké a besoin de générateurs électriques pour produire de l’électricité après la coupure de l’approvisionnement principal en électricité des villes du Rojava et de tous les établissements de services, suite à la prise de contrôle du barrage de l’Euphrate par les factions du gouvernement intérimaire, barrage considéré comme la principale source d’électricité pour la ville.

Le médecin Salar Abdullah a souligné que l’hôpital ne dispose actuellement que d’un seul groupe électrogène, alors qu’il en faudrait deux pour répondre aux besoins réels. Il a ajouté : « Nous avons besoin de groupes électrogènes pour faire fonctionner le centre d’oxygénothérapie et accueillir les patients sous oxygène, qu’ils soient sous respirateur, en attente d’une intervention chirurgicale ou nécessitant une oxygénothérapie continue. »

Il a confirmé que l’hôpital est prêt à recevoir tous les cas médicaux de la ville d’Hassaké et qu’il met tout en œuvre pour fournir des services de santé dans la limite de ses capacités.

L’hôpital Al-Shaab fournit des services médicaux à plus de 1,5 million de personnes dans la ville d’Hassaké et sa campagne environnante, accueillant quotidiennement environ 1 000 patients et visiteurs dans ses consultations externes et son service des urgences.

L’hôpital emploie environ 470 personnes, dont près de 40 médecins spécialistes, ainsi que des infirmières, du personnel administratif et des agents d’entretien. (ANHA)

SYRIE. Prétextes de Damas pour poursuivre son offensive anti-kurde

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SYRIE / ROJAVA – Les responsables syriens fabriquent un prétexte pour poursuivre leur offensive en accusant les Kurdes de « violer » la trêve à Hassaké.
 
Le ministère syrien des Affaires étrangères vient de déclarer que les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) ont violé les termes de l’accord en ne retirant pas leurs véhicules militaires d’Hassaké et en ne leur remettant pas les armes lourdes.
 
En l’absence de mesures coercitives crédibles, y compris la menace de frappes aériennes, qu’est-ce qui empêche ces hordes terroristes islamistes d’exploiter une nouvelle « trêve temporaire » et de poursuivre leur offensive ? (…) Ils avancent, puis inventent a posteriori un prétexte et accusent les Kurdes d’avoir « violé » la trêve.
 
Karim Franceschi

SYRIE. Les victimes kurdes absentes des Unes des médias

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SYRIE / ROJAVA – Aujourd’hui, une ONG kurde d’Afrin a déclaré que rien que dans les deux quartiers kurdes d’Alep, plus de 1200 personnes avaient été tuées et plus de 2 000 autres (dont des femmes et des enfants) avaient été kidnappées par les gangs de Damas. C’est chiffres sont contestés par certaines personnes car ils ne sont pas donnés par les médias occidentaux ou les ONG internationales. Pourquoi ?
 
Malheureusement, la plupart des médias ne s’attardent pas sur le drame des Kurdes et les médias kurdes ne sont pas les bienvenus dans les zones ayant été le théâtre des violences ati-kurde. Quand les gangs de Damas ont attaqué les quartiers kurdes d’Alep, un journaliste kurde qui filmait l’arrestation massive des hommes kurdes à Alep a été expulsé immédiatement de la zone.
 
A l’époque du massacre des Alaouites et Druzes également on a caché le nombre de victimes tuées par les gangs de Damas. Il a fallu du temps pour que l’on mesure l’étendue des massacres. Aujourd’hui, on fait la même chose avec les Kurdes. « Pas de morts civils, que des combattants tués… » Et pourtant, sur les réseaux sociaux, les gangs de Damas et des militaires turcs partagent des horreurs infligés aux Kurdes syriens tués sous la torture.
 
Et les autres journalistes, notamment occidentaux, qui sont sur place ? Ils se gardent de dire quelque chose qui déplairait à Damas, ne peuvent enquêter librement sur les crimes commis par Damas car ils seraient expulsés immédiatement. Les autres sont tout simplement acquis à la propagande djihadiste… Donc, RDV dans quelques semaines pour les « chiffres » concernant les victimes kurdes.

Avant Epstein : un siècle de violences sexuelles contre les Kurdes

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Alors que le monde débat aujourd’hui de l’horrible réseau mondial révélé autour d’Epstein, les Kurdes, eux, voyaient déjà leurs filles enlevées et vendues sur des marchés par les États coloniaux qui les dominaient, bien avant même que le nom d’Epstein n’existe.
 
Cette barbarie, bien sûr, ne concerne pas uniquement les Kurdes. Partout dans le monde, les pauvres et les peuples opprimés ont été — et continuent d’être — les victimes des violences inhumaines exercées par les dominants et les élites.
Epstein ne représente pas seulement la pédophilie : il incarne une corruption globale qui s’étend de la politique au monde de l’art, des entreprises au football, des médias aux associations, des services de renseignement jusqu’aux chefs d’État.
 
Le marécage qu’ils ont créé a encerclé le monde comme une pieuvre, provoquant des dégâts profonds et difficilement réparables. Et pourtant, ces acteurs continuent encore aujourd’hui à conserver leurs positions de pouvoir.
 
Mais bien avant Epstein, des atrocités similaires ont été commises sans jamais être sanctionnées — pire encore, leurs auteurs ont souvent été récompensés. Si l’on regarde la situation actuelle, ceux qui ont réduit des femmes et des fillettes à l’esclavage sexuel ont aujourd’hui été portés à la tête d’un État au Moyen-Orient. Vous devinez sans doute lequel.
 
Il y a près d’un siècle, en 1938, l’État turc a lancé une opération génocidaire dans la région kurde de Dersim. Des populations entières ont été exterminées dans des grottes à l’aide de gaz chimiques. Des femmes, pour échapper à la barbarie, se sont jetées dans les ravins. Mais des milliers de fillettes ont été arrachées à leurs familles, déportées et leurs identités effacées — parmi elles, des nourrissons.
 
Des décennies plus tard, certaines traces ont pu être retrouvées, mais la majorité de leurs destins demeure inconnue, les archives restant toujours classifiées. Des rumeurs persistent même selon lesquelles l’épouse de Kenan Evren, auteur du coup d’État militaire de 1980 en Turquie, ferait partie des « filles perdues » de Dersim. Les fillettes étaient souvent confiées à des officiers : les plus jeunes étaient adoptées, celles âgées de 20 à 25 ans devenaient leurs épouses.
 
Entre 1986 et 1989, le dictateur irakien Saddam Hussein a mené une campagne génocidaire contre les Kurdes, connue sous le nom d’« Anfal ». Inspiré d’une sourate du Coran, ce terme signifie « butin de guerre ». Les Kurdes n’étaient rien d’autre qu’un butin. Plus de 200 000 d’entre eux ont été massacrés. Durant l’opération Anfal, de nombreuses femmes ont été violées et un nombre inconnu d’entre elles ont été vendues sur des marchés.
 
L’ancienne députée kurde Gulale Germiyan déclarait en 2015, dans une interview accordée à un média kurde, que les documents officiels ne mentionnaient que les femmes vendues en Égypte — et que même elles avaient disparu sans laisser de trace.
 
Elle racontait notamment :
 
« Sept femmes vendues durant l’Anfal ont été ramenées d’Égypte au Kurdistan du Sud en 2005. L’une d’entre elles souhaitait simplement survoler son village en hélicoptère. Lorsqu’elle l’a vu d’en haut, elle s’est jetée de l’hélicoptère et est morte sur la terre de son village. »
 
Des documents ont également révélé que des femmes kurdes enlevées avaient été envoyées dans des boîtes de nuit en Égypte.
 
Plus récemment, en août 2014, lors du génocide perpétré contre les Kurdes yézidis à Shengal, des milliers de femmes et de fillettes ont été kidnappées, vendues sur des marchés et réduites à l’esclavage sexuel. Certaines ont été retrouvées en Turquie, d’autres en Syrie, en Irak et dans les pays voisins. Un réseau terrifiant de traite humaine s’étendait à travers toute la région.
 
En remontant encore plus loin, lors du génocide arménien de 1915, de nombreuses femmes et fillettes arméniennes ont également été arrachées à leurs familles. Certaines ont vu leur identité effacée et ont été placées dans d’autres foyers, d’autres ont grandi dans des orphelinats.
 
Des tragédies encore plus lourdes ont eu lieu. Pourtant, ni hier ni aujourd’hui, les responsables n’ont été tenus pour compte. Cette impunité a engendré de nouveaux Epstein.
 
Maxime Azadî