KURDISTAN. Barbarie de l’armée coloniale turque à Şeladizê

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IRAK / KURDISTAN – Six jeunes Kurdes de Shiladze (district d’Amediye) ont été arrêtés avec leur cheval mercredi par l’armée coloniale turque alors qu’ils cueillaient des herbes sauvages. Les jeunes [et leur cheval] ont été menacés de mort et torturés avant d’être libérés le soir même.

Selon Kamran Osman, coordinateur régional du CPT (Centre pour les droits de l’homme et les libertés) pour le Kurdistan, les jeunes se rendaient vers les villages de Besep et Kuker, près du mont Kurejaro, lorsqu’ils ont été interceptés et arrêtés avec leur cheval par des soldats turcs.

« Ils ont été torturés pendant leur détention. Avant de les relâcher, les soldats les ont menacés : “Si vous revenez dans cette zone, vous ne verrez plus jamais la lumière du jour et nous vous tuerons” », a rapporté Kamran Osman.

Le même soir, les soldats turcs auraient également torturé un veau en le frappant à coups de fusil et de pierres, selon les témoignages recueillis.

Contexte

Şeladizê fait partie des zones les plus touchées par les opérations militaires turques dans le Kurdistan irakien. La population locale dépend largement de la cueillette de plantes médicinales et de l’agriculture.

Depuis plusieurs années, la Turquie a pénétré jusqu’à 40 kilomètres à l’intérieur du territoire irakien. En construisant des routes militaires et en modifiant la géographie de la région, Ankara a imposé des zones interdites dans plus de 220 villages. Des milliers d’habitants se retrouvent ainsi bloqués, empêchés de regagner leurs foyers.

Des milliers d’hectares de terres agricoles, de vignobles et de vergers sont directement menacés par cette présence militaire.

TURQUIE. L’hôtel Madimak doit être transformé en un « musée de la honte »

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TURQUIE / KURDISTAN – Il y a 33 ans, le 2 juillet 1993, des islamistes radicaux commettaient l’un des pires massacres de l’histoire contemporaine de la Turquie. Dans la ville de Sivas, ils ont incendié l’hôtel Madımak, brûlant vifs 35 personnes, en grande majorité des intellectuels et artistes alévis réunis pour le festival Pir Sultan Abdal. Parmi les victimes figurait le jeune musicien kurde Hasret Gültekin, âgé de seulement 22 ans.

Yüksel Mutlu, co-porte-parole de la Commission des peuples et des religions du Parti de l’égalité des peuples et de la démocratie (Parti DEM), témoin du massacre, est revenu sur son impact durable et sur la lutte pour la justice. Elle a déclaré que malgré des années de lutte de la part de la communauté alévie et des organisations de la société civile, l’hôtel Madımak n’a toujours pas été transformé en un « musée de la honte ».

La vie à Ankara s’est arrêtée net à l’arrivée de la nouvelle de Madımak.

Vous souvenez-vous du moment où vous avez entendu parler pour la première fois du massacre de Madımak ?

Oui, je m’en souviens très bien. Je vivais à Ankara à l’époque. Lorsque la nouvelle du massacre de Madımak est parvenue, la ville a été quasiment paralysée. Organisations de la société civile, démocrates, milieux de gauche et socialistes, Kurdes… Tous se sont mobilisés pour une manifestation d’envergure. Cela a provoqué un profond choc social.

Existait-il déjà un climat de tension avant le massacre ?

Il y en avait assurément. Environ une semaine avant le 2 juillet, les médias menaient une campagne de dénigrement systématique contre Aziz Nesin. Une intense campagne de propagande avait été lancée à son encontre en raison de la publication des Versets sataniques de Salman Rushdie. Avec le recul, il apparaît aujourd’hui que c’était un signe avant-coureur évident de l’attaque à venir.

Que s’est-il passé à Sivas ce jour-là ?

Les associations culturelles Pir Sultan Abdal organisent chaque année des commémorations à Sivas. En 1993, de nombreux écrivains, penseurs et artistes turcs de renom, ainsi qu’un groupe de semah (danse rituelle alévie), séjournaient à l’hôtel Madımak. Au même moment, une foule d’environ 15 000 personnes sortant de la mosquée a commencé à manifester. Des slogans anti-laïques ont été scandés et un appel organisé à l’instauration de la charia a été lancé. Un groupe a incendié l’hôtel avec des bidons d’essence, et 33 de nos compatriotes y ont perdu la vie.

Madımak n’était pas le premier massacre visant les Alévis durant l’ère républicaine.

Vous dites que les attaques contre les Alévis s’inscrivent dans une tendance historique…

Oui. Madımak n’était ni le premier ni le dernier massacre perpétré contre les Alévis durant la période républicaine. Après 1923 eurent lieu [les massacres des Kurdes-alévis à] Dersim, Zilan et Koçgiri, suivis plus tard par Çorum, Maraş, Gazi et Malatya. De nombreux massacres ont profondément marqué la mémoire collective de la communauté alévie. En 1993, l’État resta passif pendant toute une journée. Ni la gendarmerie, ni la police, ni le chef de la police, ni le gouverneur n’intervinrent.

Comment s’est déroulé le processus judiciaire ?

Au total, 124 personnes ont été poursuivies. Certaines n’ont purgé que de courtes peines de prison avant d’être libérées, d’autres ont fui à l’étranger, tandis que d’autres encore ont continué à vivre à Sivas. Finalement, deux accusés ont été graciés par le président en raison de leur âge. En 2012, l’affaire a été classée sans suite pour cause de prescription. Pourtant, il s’agissait bien d’un crime organisé. Le tribunal ne l’a pas qualifié comme tel, et l’impunité a une fois de plus prévalu.

Comment évaluez-vous cette politique d’impunité ?

L’impunité est monnaie courante dans les pays où la démocratie est absente. Bien que la Turquie soit signataire de conventions internationales, elle a manqué à ses obligations suite à ce massacre. L’attitude de l’État s’est également reflétée clairement dans les propos de la Première ministre de l’époque, Tansu Çiller, qui a déclaré : « Dieu merci, aucun de nos citoyens ayant participé à la manifestation n’a été blessé. » Le message était clair : les victimes étaient considérées comme sacrifiables.

Cela fait des années que des voix s’élèvent pour transformer l’hôtel Madımak en musée de la honte…

La communauté alévie et les organisations de la société civile luttent depuis des années pour atteindre cet objectif. Pourtant, l’hôtel Madımak n’est toujours pas devenu un musée de la honte. À un moment donné, on a même tenté de le convertir en restaurant de kebabs, mais le projet a été abandonné face à la levée de boucliers du public.

Personne n’a été tenu responsable des massacres perpétrés de Dersim à Roboski. Tant que les responsables bénéficieront de l’impunité, des atrocités similaires pourront se produire ailleurs. Ce risque persistera jusqu’à l’instauration d’une véritable démocratie et d’une paix durable en Turquie.

Quelle voie proposez-vous pour trouver une solution ?

Lorsque la Turquie deviendra démocratique, les Alévis, les Kurdes, les Grecs et les Arabes seront tous libres. À cet égard, le projet de société démocratique et de paix que M. Öcalan promeut depuis de nombreuses années revêt une importance capitale. Si des commissions Vérité et Réconciliation sont mises en place au Parlement, les véritables responsables de ces massacres pourront être identifiés.

Votre parti participe aux commémorations qui ont lieu chaque année à Sivas le 2 juillet.

Oui, nous participons au plus haut niveau. Notre objectif est de faire en sorte que ce massacre ne soit ni oublié ni toléré. Face à une opposition sociale forte, les puissants sont contraints de céder. Les revendications de la communauté alévie sont aussi les nôtres, car l’affaire de Madımak ne concerne pas seulement les Alévis ou les Kurdes, mais tous les habitants de ce pays.

Se confronter au passé est essentiel pour éviter un autre Madımak

Enfin, pourquoi cette lutte est-elle si importante ?

La démocratie ne pourra s’institutionnaliser tant que les véritables responsables n’auront pas été identifiés. Pour éviter un autre 2 juillet et un autre Madımak, la lutte pour la vérité, la responsabilité et la justice doit se poursuivre.

IRAN. 5 combattants kurdes morts lors d’affrontements avec les forces coloniales perses

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IRAN / ROJHILAT – Cinq combattants peshmergas ont perdu la vie lors d’affrontements survenus dans la nuit de mercredi à jeudi entre des forces kurdes du Rojhilat (Kurdistan « iranien ») et les forces coloniales iraniennes.

Les combats entre les forces kurdes et les Gardiens de la Révolution (Pasdarans) iraniens ont éclaté dans les régions de Pîranşar (Piranshahr) et Serdeşt (Sardasht), dans la province iranienne d’Azerbaïdjan occidental. Selon les informations disponibles, les affrontements se sont déroulés notamment dans le village de Musalan à Serdeşt et dans la zone de Berî Mêrgan à Pîranşar. Des sources kurdes font également état de combats dans le quartier de Qizqapan à Pîranşar.

D’après Rojhelat Info, cinq peshmergas ont perdu la vie : Ebdulla Hacî Ebdulla, Karo Hormoziyarî, Tuwana Osmanî, Ferdîn Çengîzî et Mihemed Gergulî. Ces combattants appartenaient à des partis du Rojhilat Kurdistan (opposition kurde iranienne, notamment PDKI/KDPI ou groupes affiliés). Aucune information n’a été communiquée pour l’instant sur d’éventuelles victimes ou dégâts du côté iranien à Serdeşt, ni sur des pertes supplémentaires à Pîranşar. Aucune déclaration officielle n’a été publiée par les autorités iraniennes ni par les partis kurdes concernés au moment de la rédaction.

Contexte

Ces affrontements s’inscrivent dans une série récurrente de tensions, de vagues de répression et de affrontements armés imposés aux groupes kurdes iraniens (peshmergas du PDKI, Komala, PAK, etc.) contraints à l’exil dans le Kurdistan irakien face aux forces iraniennes, en particulier les Pasdarans. La région frontalière de Piranshahr-Sardasht demeure un point chaud historique témoignant de ces injustices.

Les groupes kurdes iraniens dénoncent systématiquement des opérations de répression féroce, des embuscades et des tentatives d’infiltration iraniennes. De son côté, le régime de Téhéran criminalise leur résistance en qualifiant ces combattants d’« éléments anti-révolutionnaires » ou « terroristes » pour justifier ses attaques sanglantes. Ces violents accrochages s’intensifient régulièrement en période de protestations internes en Iran (comme dans le sillage du mouvement « Femme, Vie, Liberté ») ou en raison de la présence de bases d’opposition dans le Kurdistan irakien voisin.

CENSURE NUMERIQUE. La Turquie bloque plusieurs médias kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – L’Autorité des technologies de l’information et de la communication (BTK) a bloqué, le 1er juillet 2026, l’accès aux sites et comptes X (Twitter) de plusieurs médias kurdes en Turquie.

Parmi les médias visés figurent Nûmedya24, un site d’information kurde, le journal Azadiya Welat ainsi que l’agence de presse Ajansa Welat. La BTK a rendu inaccessibles les trois sites web depuis la Turquie, ainsi que les comptes officiels X de Nûmedya24 et d’Ajansa Welat.

Nûmedya24 a dénoncé une mesure prise sans décision judiciaire ni motivation préalable. Une consultation du site de la BTK confirme qu’il s’agit bien d’une décision administrative :

« L’accès au site web numedya24.com a été bloqué par décision de l’Autorité des technologies de l’information et de la communication en date du 01/07/2026 et numéro 490.05.01.2026.-748333. »

Le compte X officiel de Nûmedya24, suivi par plus de 22 000 abonnés et créé il y a un peu plus d’un an, a été restreint en Turquie le même jour. Dans une notification envoyée au média, la plateforme X a indiqué que cette restriction avait été appliquée conformément à l’article 8/A de la loi sur Internet n° 5651. Le compte reste cependant accessible depuis l’étranger.

ROJAVA. Qamishlo et Kobanê debout contre les récentes attaques anti-kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Des milliers de personnes ont manifesté ces derniers jours dans les principales villes kurdes du nord-est de la Syrie, notamment à Qamishlo et Kobanê, pour dénoncer les récentes opérations de sécurité menées par les forces affiliées au gouvernement de transition syrien (et plus particulièrement HTS) dans les localités kurdes de Tal Aran (Tell Aran) et Tal Hasel (Tell Hasel), dans la campagne orientale d’Alep.

Contexte des attaques

Selon des sources locales et des organisations kurdes (PYD, Conseil Démocratique Syrien – CDS – et le mouvement des femmes kurdes Kongra Star), des forces de sécurité ont lancé une campagne de perquisitions et d’arrestations dans ces deux localités à majorité kurde fin juin/début juillet 2026.

Plus d’une dizaine de jeunes Kurdes ont été arrêtés de manière arbitraire.

Des témoignages font état d’agressions contre des femmes et d’usage excessif de la force lors des raids.

Les habitants dénoncent des accusations « fabriquées » et une opération visant à intimider la population kurde de la région.

Ces localités, situées au sud-est d’Alep, ont une histoire douloureuse : en juillet 2013, elles avaient déjà été le théâtre d’un massacre perpétré par des groupes djihadistes (notamment Jabhat al-Nusra et DAECH), causant la mort de dizaines de civils kurdes. Les Kurdes y voient aujourd’hui un nouveau cycle de harcèlement et de pressions démographiques.

Les manifestations à Qamishli et Kobané

À Qamishli, des centaines de manifestants se sont rassemblés devant le centre de la jeunesse et dans les principales places de la ville. Ils ont brandi des drapeaux kurdes, des portraits de martyrs et scandé des slogans tels que : « Non à la répression contre les Kurdes ! » « Unité kurde face à l’oppression » « Tal Aran et Tal Hasel ne seront pas oubliés »

À Kobané, les rassemblements ont eu lieu sur la place de la Femme libre (Qada Jina Azad). Les participants ont exprimé leur solidarité avec les habitants des deux villages et ont mis en garde contre toute tentative de répétition des massacres du passé. Des femmes, très présentes, ont souligné le rôle central de la résistance féminine dans la défense des droits kurdes.

Les manifestations ont été organisées par des partis et organisations de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), dont le PYD, le CDS et des mouvements de femmes. Elles ont été globalement pacifiques, mais chargées d’émotion et de colère face au silence international.

Réactions politiques

Le PYD, le CDS et Kongra Star ont publié des communiqués fermes condamnant ces opérations, les qualifiant d’« actes hostiles » et d’atteintes aux efforts de stabilisation en Syrie. Ils exigent :

  • La libération immédiate des détenus.

  • L’arrêt des campagnes d’arrestations arbitraires.

  • Un dialogue sérieux sur les droits des Kurdes dans la Syrie post-Assad.

Ces événements interviennent dans un climat de tensions persistantes entre l’Administration autonome kurde et le gouvernement de transition à Damas, malgré plusieurs tentatives de cessez-le-feu et de négociations.

Un symbole plus large

Pour de nombreux Kurdes de Syrie, les attaques à Tal Aran et Tal Hasel s’inscrivent dans un schéma plus large de marginalisation et de menaces contre les acquis de l’autonomie du Rojava. Les manifestations à Qamishli et Kobané ne sont pas seulement de solidarité locale : elles expriment une volonté de résistance unie et un appel à la communauté internationale pour protéger les minorités en Syrie.

La situation reste tendue. Toute nouvelle escalade pourrait raviver des affrontements plus larges dans le nord-est du pays.

KURDISTAN. L’opposition kurde iranienne de nouveau ciblée

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IRAK / KURDISTAN – Le camp d’un parti d’opposition kurde d’Iran a été ciblé par un drone à l’aube du jeudi 2 juillet, à Dilka, dans le gouvernorat d’Erbil, au Kurdistan du Sud.

L’attaque a visé un site lié à l’un des partis kurdes iraniens en exil (principalement le KDPI – Parti démocratique du Kurdistan d’Iran – ou un autre groupe d’opposition comme le PAK ou Komala, qui disposent de bases dans cette zone). Ces formations sont régulièrement la cible de frappes iraniennes, Téhéran les accusant de mener des actions armées contre la République islamique depuis le territoire irakien.

Détails de l’attaque :

On ne signale aucun blessé ni mort pour le moment. Les dommages semblent limités ou matériels. On ne sait pas encore si l’attaque a été menée par l’Iran ou ses proxies chiites irakiens.

Ce nouvel incident s’inscrit dans une série récurrente de frappes par drones et missiles contre les positions des partis kurdes iraniens d’opposition basés au Kurdistan d’Irak. Ces attaques se poursuivent malgré les cessez-le-feu intermittents dans la région.

TURQUIE. Il y a 33 ans, des islamistes turcs brûlaient des Alévis à Sivas / Madimak

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TURQUIE / KURDISTAN – Il y a 33 ans, le 2 juillet 1993, des islamistes radicaux commettaient l’un des pires massacres de l’histoire contemporaine de la Turquie. Dans la ville de Sivas, ils ont incendié l’hôtel Madımak, brûlant vifs 35 personnes, en grande majorité des intellectuels et artistes alévis réunis pour le festival Pir Sultan Abdal. Parmi les victimes figurait le jeune musicien kurde Hasret Gültekin, âgé de seulement 22 ans.

Ce jour-là, après la prière du vendredi, plus de 15 000 manifestants islamistes, scandant des slogans en faveur de la charia et appelant à la mort des « infidèles », ont encerclé l’hôtel où logeaient les participants du festival. La protestation visait initialement l’écrivain Aziz Nesin, qui avait traduit et publié Les Versets sataniques de Salman Rushdie et était connu pour ses critiques virulentes de l’islam. Très rapidement, la manifestation a dégénéré en une attaque d’une extrême violence.

Les assaillants ont mis le feu à l’hôtel. Aziz Nesin a été exfiltré et sauvé par les forces de sécurité, mais 33 intellectuels et artistes ainsi que 2 employés de l’hôtel ont péri dans les flammes. Deux assaillants sont également morts durant l’attaque, portant le bilan total à 37 morts. Les forces de l’ordre ont été fortement critiquées pour leur passivité et leur lenteur à intervenir face à la foule enragée.

Au-delà d’Aziz Nesin, le massacre visait clairement la communauté alévie, deuxième plus grande communauté religieuse de Turquie après les sunnites, et historiquement discriminée. Ce crime haineux combinait fanatisme islamiste, hostilité envers les alévis et rejet de la laïcité.

Sur le plan judiciaire :

En décembre 1994, 85 suspects ont été condamnés à des peines allant de 2 à 15 ans de prison, tandis que 37 autres étaient acquittés. La Cour d’appel a ensuite annulé ce verdict, estimant que le massacre constituait une tentative de renverser l’ordre constitutionnel laïque pour établir un État théocratique, dirigé contre « la République, la laïcité et la démocratie ». Malgré cela, le 13 mars 2012, la justice turque a prononcé un non-lieu pour cause de prescription, provoquant une immense indignation.

Chaque année, le 2 juillet, des milliers de personnes se rendent à Sivas pour rendre hommage aux victimes devant l’hôtel Madımak, rebaptisé depuis « Monument de la science et de la culture ». Des mesures de sécurité exceptionnelles sont déployées pour éviter de nouveaux incidents.

ROJAVA. Les dépouilles de 18 martyrs transférées de Manbij à Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Ce mercredi, les Kurdes de Kobanê et des villages environnants ont rendu un vibrant hommage à leurs martyrs en organisant le transfert solennel des dépouilles de 18 combattants depuis le cimetière de Manbij, profané par des groupes armés soutenus par la Turquie, vers le cimetière des Martyrs de Dicle à Kobanê.

Les 18 martyrs, issus du Conseil militaire de Manbij, des Unités de protection des femmes (YPJ) et des Forces démocratiques syriennes (FDS), sont tombés entre 2016, lors de la libération de Manbij de l’emprise de Daech (EI), et 2025, pendant les attaques menées par les factions pro-turques contre la ville.

Les martyrs transférés sont : Ali Mohammed Amin Al-Afreet, Mohammed Houran, Amir Anbar, Alaa Ahmed Salam (Jilan Judi), Zahia Barkal Mohammed, Adel Juma Zarif, Abdulrahman Jamal, Abdulrahman Aqili, Farouq Mahmoud Al-Ali, Majd Al-Ali, Mohammed Khalif Al-Khalaf, Mohammed Al-Hamdan, Mahmoud Marai, Mahmoud Youssef Khalifa, Musab Juma Al-Meftah, Rojda Bawer et Youssef Mohammed Dweiji.

Au cours de la même cérémonie, les décès de deux autres combattants ont été annoncés : la combattante des YPJ Farida Walo (nom de guerre : Khamlin Delbrin) et le combattant des FDS Mahmoud Ali (nom de guerre : Dilovan Piro).

La cérémonie a débuté par un défilé militaire des combattants des FDS et des YPJ, suivi d’une minute de silence. Les habitants de Kobanê et des campagnes avoisinantes ont rempli le cimetière des Martyrs de Dicle pour rendre un dernier hommage.

Delbrin Kobani, commandante des YPJ à Kobanê, a prononcé un discours poignant :

« Ces martyrs ont refusé l’injustice faite à leur peuple et ont offert leur vie en sacrifice. Pour honorer leur mémoire, nous les portons dans nos cœurs et nous poursuivons leur combat pour protéger nos acquis. Le prix de la liberté et de la préservation de l’identité d’un peuple est élevé : c’est le sang de ses fils et de ses filles. Sans eux, nous n’aurions ni ce jour ni ces progrès. »

Elle a ajouté :

« Un peuple qui connaît la lutte et la résistance n’accepte jamais l’esclavage ni ne se rend, car il compte des fils et des filles prêts à sacrifier leur vie pour leur patrie. Kobanê, qui a résisté au nom du monde entier, écrit une nouvelle fois l’histoire et nous enseigne des leçons de lutte et de dignité. Ces martyrs ont gravé leur empreinte dans la résistance du peuple kurde et ont contribué à vaincre ce qui fut décrit comme le plus grand terrorisme du monde. »

Delbrin Kobani a conclu par une promesse ferme :

« Nous protégerons les acquis de nos camarades tombés. Notre peuple ne se rendra jamais, n’acceptera ni l’occupation de sa terre ni le déni de sa volonté. Nous serons toujours prêts à nous sacrifier pour notre patrie et notre peuple. »

La cérémonie s’est achevée par la lecture des registres des martyrs, la remise de leurs documents personnels aux familles, et l’inhumation des dépouilles au milieu des youyous, des chants révolutionnaires et des slogans scandés : « Les martyrs sont immortels ! »

SYRIE. Damas a repris les attaques anti-kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Destructions des tombes des combattants kurdes, arrestations des jeunes, agressions des femmes…, ces derniers jours, les gangs de Damas ont intensifié les attaques ciblant les Kurdes.

Depuis la chute du régime d’Assad fin 2024 et l’arrivée au pouvoir du gouvernement transitoire dirigé par Ahmed al-Sharaa (ancien chef d’HTS, ex-branche d’Al-Qaïda), les tensions avec les Kurdes du Rojava (nord-est syrien, administré par les Forces démocratiques syriennes – FDS) se sont fortement aggravées. Des affrontements majeurs ont éclatet en janvier 2026, après l’échec des négociations d’intégration des FDS dans l’armée syrienne.

1. Attaques contre les Kurdes du Rojava et les FDS

Escalade militaire (janvier 2026) : Après des tensions à Alep (quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et Ashrafieh en octobre-décembre 2025), les forces gouvernementales et factions alliées ont lancé une offensive début janvier. Elles ont rapidement progressé à l’est de l’Euphrate, prenant de vastes zones arabes (Raqqa, Deir ez-Zor) et menaçant le cœur kurde (Kobané, Hasakah, Qamishli). Les FDS ont perdu une grande partie de leur territoire en quelques jours, en raison notamment de défections arabes locales.

Violations documentées : Exécutions sommaires (y compris décapitations filmées, comparées au style de l’EI), humiliations, violences sexuelles (menaces d’esclavage sexuel sur des combattantes), et tirs sur des convois médicaux. Des prisons contenant des détenus de l’EI (comme al-Shaddadi ou al-Aqtan) ont été attaquées, avec des risques d’évasions.

Vandalisme et profanation des tombes : Des vidéos vérifiées montrent des combattants affiliés à Damas en train de détruire des tombes de martyrs des FDS (à Shaddadi/Hasakah, Raqqa, Sheikh Maqsoud, etc.). Des stèles brisées, insultes, exhumations et actes de profanation ont été rapportés dans plusieurs cimetières de martyrs tombés contre l’EI et Al-Qaïda. Ces actes ont été condamnés comme des crimes de guerre ou atteintes à la dignité.

Ces opération ont provoqué des déplacements massifs (dizaines de milliers de personnes) et des craintes humanitaires en plein hiver.

2. Minorités syriennes (Alaouites, Druzes, Chiites, etc.)

Le gouvernement transitoire et les factions islamistes intégrées ont été impliqués ou accusés de violences sectaires contre plusieurs minorités :

Alaouites (côte méditerranéenne) : Massacres majeurs en mars 2025 (environ 1 400 à 2 000 morts selon les sources), avec exécutions porte-à-porte, incendies de maisons et insultes sectaires. Des représailles après des actions de loyalistes pro-Assad.

Druze (sud, Soueïda) : Violences importantes en avril-juillet 2025, avec plus de 1 000 morts estimés lors d’affrontements et interventions gouvernementales/tribales.

Autres incidents : Attaques contre des Chiites, chrétiens et sites religieux (destructions de mausolées, etc.). Des rapports (HRW, USCIRF) documentent des discriminations et violences identitaires persistantes.

Contexte géopolitique

Turquie : Soutien important aux factions anti-Kurdes (SNA) et pression pour dissoudre l’autonomie kurde (vue comme liée au PKK).

États-Unis / Tom Barrack (envoyé spécial US pour la Syrie et ambassadeur en Turquie) : A facilité des négociations d’intégration. Après les combats, il a déclaré que le rôle des FDS contre l’EI était « largement expiré » et poussé pour une intégration dans un État syrien unifié. Critiqué par certains pour un alignement perçu avec Ankara.

Le gouvernement de Damas (HTS et alliés) est souvent qualifié de « gouvernement d’Al-Qaïda » par ses détracteurs en raison des origines d’HTS, même si celui-ci affirme s’être réformé.

Bilan : Ces événements soulignent les défis de la transition syrienne : risque de fragmentation, revanche sectaire et fragilité des minorités. Les FDS, qui ont joué un rôle clé contre l’EI, se sentent trahies ; Damas cherche à réaffirmer son autorité centrale. Des cessez-le-feu fragiles ont été négociés sous médiation US, mais les violations persistent.

TURQUIE. Zekiye Demir est morte avant de trouver la tombe de son fils tué par l’armée

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TURQUIE / KURDISTAN – Morte hantée par l’espoir de retrouver la dépouille de Turan, disparu de force en 1993, cette mère kurde n’a jamais abandonné son village natal incendié par l’armée turque.

Zekiye Demir, une mère kurde qui a passé plus de trente ans à chercher la tombe de son fils disparu de force, est décédée en laissant derrière elle une vie de résistance silencieuse et une modeste maison d’une seule pièce construite sur les ruines de son village.

Son fils, Turan Demir, a été enlevé en 1993 avec dix autres villageois à Şenyayla, dans le district de Kulp (Diyarbakır/Amed). La même nuit, l’armée turque incendiait le village. La famille, contrainte à l’exil, fut déracinée. Incapable de supporter cette vie loin de sa terre, Zekiye est revenue malgré son âge avancé. Seule, elle a construit une petite maison en terre à côté des ruines de son ancienne demeure. « Je sens ici la présence de ceux que j’ai perdus », confiait-elle.

Jusqu’à ses derniers jours, elle a vécu entre la ville et ce village, passant ses étés à s’occuper seule de ses vaches et de ses poules, cuisinant sur un fourneau en terre, gravissant à pied la colline qu’aucun véhicule n’atteignait. Elle n’a jamais renoncé à chercher la dépouille de son fils.

Dans son dernier entretien, accordé à l’agence ANF peu avant sa mort, elle déclarait :

« C’est notre terre. Quoi qu’il arrive, je ne pourrai jamais l’abandonner. »

Un drame qui dépasse une seule famille

Zekiye Demir racontait avec une douleur intacte la nuit du drame :

« Ils ont d’abord tué mon fils, puis ils ont incendié notre village. Ils ont brûlé nos maisons, nos vergers et nos animaux. Nous avons tout perdu. Mon fils revenait de Muş quand l’État a tendu une embuscade dans la vallée. Nous avons entendu les explosions et les coups de feu… »

Avec d’autres familles de disparus, elle a cherché pendant des années une réponse. Les ossements de Turan Demir et d’Ümit Taş, âgé de 12 ans, ont été retrouvés en 2004. Identifiés par ADN à 99,9 %, les restes ont ensuite disparu. L’affaire a traîné pendant des décennies.

En 2001, la Cour européenne des droits de l’homme avait condamné la Turquie pour la disparition forcée des 11 villageois et pour n’avoir mené aucune enquête efficace. Malgré des preuves, des témoignages et un mandat d’arrêt émis contre le général de brigade Yavuz Ertürk, principal responsable des opérations, ce dernier a finalement été acquitté. L’affaire a été classée pour prescription.

Une vie de résistance

Zekiye Demir n’a jamais oublié. Ni l’incendie de son village, ni la dernière fois qu’elle a vu son fils, ni le silence de l’État.

« Ces montagnes sont désormais couvertes de postes militaires. Tant de personnes ont été tuées ou ont disparu… Cette oppression doit cesser », lançait-elle dans son dernier témoignage.

Par son refus obstiné de quitter sa terre, Zekiye Demir est devenue le symbole vivant de la mémoire kurde face aux disparitions forcées et aux destructions des années 1990.

Elle s’est éteinte en emportant avec elle un espoir jamais réalisé : reposer un jour aux côtés de son fils.