IRAN. 14 jeunes risquent l’exécution après les récentes manifestations

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IRAN / ROJHILAT – L’Association iranienne pour la protection des droits de l’enfant et le Centre Justice pour les enfants ont alerté, dans un communiqué conjoint, sur le sort de 184 jeunes arrêtés lors des récentes manifestations. Au moins 14 d’entre eux ont été condamnés à mort et risquent l’exécution.

Les deux organisations précisent que ces jeunes restent toujours en détention. Elles indiquent par ailleurs que plus de 100 autres jeunes originaires du Kurdistan oriental (Rojhilat) et d’Iran, déjà condamnés à la peine capitale, attendent dans les couloirs de la mort.

Ces chiffres mettent en lumière la présence d’enfants et d’adolescents parmi les victimes de la répression et des pratiques judiciaires du régime iranien.

KURDISTAN. Un demandeur d’asile se suicide devant les bureaux de l’ONU à Erbil

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IRAK / KURDISTAN – Mostafa Ghasemi Hasanvand, ancien prisonnier politique du Lorestan, s’est suicidé devant un bureau des Nations Unies à Bahrka, dans la province kurde d’Erbil (Hewler), au Kurdistan irakien. Selon les informations reçues par l’ONG Hengaw, Ghasemi Hasanvand, qui avait auparavant subi de graves tortures physiques et psychologiques lors de sa détention à la prison centrale de Khorramabad et au centre de détention du département du renseignement, s’est suicidé derrière le bâtiment de l’ONU à Bahrka le dimanche 2 août 2026. Trois jours après l’incident, les médias de la région du Kurdistan se sont largement abstenus de couvrir son décès. Seul Kurdistan Media, organe officiel du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), a évoqué l’incident, qualifiant la mort de son membre d’« événement tragique ». Hengaw a appris que, durant son séjour au Kurdistan, Ghasemi Hasanvand a sollicité à plusieurs reprises l’aide du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), demandant un traitement plus rapide de sa demande d’asile. Face à des rejets répétés, une incertitude prolongée et l’absence d’assistance juridique efficace, il s’est suicidé en signe de protestation derrière les bureaux de l’ONU à Bahrka. Ghasemi Hasanvand, originaire d’Alashtar, a été arrêté par les services de sécurité iraniens en 2023 en raison de ses activités politiques. Durant sa détention, il a subi de graves tortures physiques et psychologiques. Selon les informations recueillies par Hengaw, les séquelles de ces tortures sont restées visibles après sa libération, affectant gravement sa santé physique et mentale et nécessitant des soins spécialisés continus. Ce n’est pas le premier incident de ce genre impliquant des demandeurs d’asile dans la région du Kurdistan. Le 18 mai 2021, Behzad Mahmoudi, un demandeur d’asile de 25 ans originaire de Bukan, est décédé après s’être immolé par le feu devant un bureau des Nations Unies. En juin 2021, Fardin Gerami, un demandeur d’asile de 23 ans originaire de Naqadeh, a tenté de se suicider à l’Institut Qandil, mais a survécu grâce à une intervention rapide. Hengaw estime que les retards prolongés et le manque de réponse efficace du HCR dans la région du Kurdistan ont plongé les demandeurs d’asile politique dans de graves difficultés financières, l’insécurité et une profonde détresse psychologique. L’organisation Hengaw pour les droits humains exprime sa profonde tristesse suite au décès de Mostafa Ghasemi Hasanvand et appelle les Nations Unies à assumer leurs responsabilités, à faire preuve de transparence et à réformer d’urgence leurs procédures de traitement des demandes d’asile politique dans la région du Kurdistan.

Meurtre de Gülistan Doku : l’enquête révèle une dissimulation institutionnelle

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TURQUIE / KURDISTAN – L’enquête sur la disparition de Gülistan Doku, étudiante kurde de 21 ans, a pris une ampleur inédite depuis sa réouverture en avril 2026 en tant qu’enquête pour meurtre. Plus de trente personnes ont été interpellées ces dernières semaines, dont des cadres des forces de l’ordre et un ancien gouverneur.

La semaine dernière, sur ordre du parquet d’Erzurum, la police a mené une vaste opération dans quinze provinces. Dix-huit personnes ont été placées en garde à vue, parmi lesquelles des chefs de police, des officiers en activité et des retraités. Elles sont soupçonnées d’avoir entravé le cours de la justice.

Dans la foulée, un tribunal d’Erzurum a ordonné le placement en détention provisoire supplémentaire de trois figures centrales déjà incarcérées : l’ancien gouverneur de Tunceli (Dersim), Tuncay Sonel, son ancien garde du corps Şükrü Eroğlu et l’ex-officier de police Gökhan Ertok. Ils sont désormais également poursuivis pour destruction ou altération de données numériques, privation de liberté, vol qualifié et obtention illégale de données personnelles.

Ces nouvelles charges s’appuient sur des éléments saisis sur les appareils de Tuncay Sonel. Le parquet qualifie les échanges récupérés entre l’ancien gouverneur et son garde du corps de « réseau obscur », dans lequel les suspects auraient utilisé leur autorité publique pour commettre des actes illégaux, selon des informations de l’agence Mezopotamya (MA).

Surveillance illégale et destruction de preuves

L’enquête ne porte plus seulement sur le sort de Gülistan Doku. Les investigations s’intéressent désormais aussi à d’éventuels abus de pouvoir visant sa famille. Des responsables sont accusés de l’avoir surveillée illégalement après la disparition.

Il y a deux semaines, quinze personnes avaient déjà été placées en détention provisoire, dont Handan Sonel, épouse de l’ancien gouverneur, poursuivie pour destruction de preuves. Parmi les autres suspects figurent trois médecins, une infirmière, des employés d’hôpital et du secteur informatique, le propriétaire d’une entreprise technologique, un homme d’affaires et deux agents de sécurité.

Les enquêteurs ont obtenu de nouveaux éléments concernant la suppression de dossiers médicaux et des manœuvres coordonnées destinées à faire disparaître des preuves. Les procureurs cherchent également à déterminer si le corps de Gülistan Doku, jamais retrouvé, a été enterré ou fait disparaître d’une autre manière.

Une disparition restée sans réponse pendant six ans

Gülistan Doku, étudiante en développement de l’enfant à l’université de Munzur, a disparu le 5 janvier 2020 à Dersim (Tunceli). L’enquête initiale s’était concentrée sur l’hypothèse d’une chute dans le lac du barrage d’Uzunçayır, d’où provenait le dernier signal de son téléphone. Malgré des recherches approfondies et la vidange du réservoir, aucune trace n’avait été découverte.

Pendant des années, l’affaire avait été traitée comme une simple disparition, voire un possible suicide. La famille a toujours rejeté cette version et accusé les autorités de dissimulation. L’enquête rouverte explore désormais l’hypothèse d’un meurtre assorti d’une tentative de couverture institutionnelle impliquant les forces de l’ordre, l’administration locale, des établissements de santé et des systèmes numériques.

L’ancien gouverneur Tuncay Sonel, son fils et plusieurs membres de son service de sécurité restent en détention provisoire tandis que les investigations se poursuivent.

TURQUIE. Profanation d’un sanctuaire alévi à Antep

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TURQUIE / KURDISTAN – Le sanctuaire Hacı Kureyş, un lieu saint alévi situé dans le district de Yavuzeli à Antep, a été vandalisé par des inconnus, qui ont notamment endommagé le cénotaphe et d’autres parties du site.

Selon le journal Agos, cet acte de vandalisme a provoqué une vive émotion au sein de la communauté alévi. Le sanctuaire, qui attire chaque année de nombreux visiteurs, est un important centre religieux pour les lignées kurdes-alévies Koreşan (Kureyşan) et Çepni, originaires du Khorasan.

Le maire de Yavuzeli, Mehmet Kaya, a fermement condamné l’attaque, déclarant que « de tels actes visant à perturber la paix sociale sont inacceptables ». Il a rappelé que le sanctuaire faisait partie du patrimoine culturel et religieux commun de la région.

Réaction de la communauté alévie

La Fédération des Bektashis Alévis (ABF) a réagi avec fermeté, affirmant que ces attaques contre des sites sacrés alévies ne sont pas des incidents isolés, mais s’inscrivent dans une série d’« attaques planifiées et systématiques ». L’organisation a dénoncé l’impunité dont bénéficient souvent les auteurs de ce type d’actes, qui encourage selon elle de nouvelles agressions. Elle a appelé les autorités à mener une enquête approfondie et à traduire rapidement les responsables en justice.

Les Alévis, communauté religieuse minoritaire en Turquie, pratiquent une foi syncrétique mêlant éléments chiites, soufis et traditions anatoliennes. Leurs lieux de culte (cemevi et sanctuaires) sont régulièrement la cible d’actes hostiles.

TURQUIE. Pas de nouveau procès pour un Kurde condamné après falsification de son âge

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TURQUIE / KURDISTAN – Le 1er tribunal pénal lourd de Van a rejeté la demande de nouveau procès d’Emrah Bayram, un prisonnier kurde condamné à perpétuité après que son âge a été modifié alors qu’il était mineur au moment des faits.

Selon l’agence Mezopotamya (MA), le tribunal a invoqué des motifs procéduraux, estimant que les conditions prévues par l’article 311 du Code de procédure pénale n’étaient pas remplies. Les avocats de Bayram ont immédiatement annoncé qu’ils feraient appel de cette décision.

Contexte de l’affaire

Emrah Bayram a été arrêté en septembre 2009, à l’âge de 15 ans, suite à des affrontements entre le PKK et les forces de sécurité dans une zone rurale de la province de Bitlis. Accusé d’appartenance au PKK, il a été jugé comme un adulte après une modification contestée de son âge.

À la demande de la police, l’hôpital d’État de Bitlis a établi un rapport affirmant qu’il avait 22 ans sur la base d’un examen osseux. Face aux contestations de la défense, l’affaire a été transmise au Conseil de médecine légale d’Istanbul, qui a pourtant souligné les difficultés à déterminer un âge précis.

Malgré ces réserves, le 3e tribunal pénal lourd de Van a officiellement modifié l’année de naissance d’Emrah Bayram, passant de 1994 à 1987. Jugé comme majeur, il a été condamné à la réclusion à perpétuité pour « atteinte à l’unité et à l’intégrité territoriale de l’État ». La Cour de cassation a confirmed le verdict en avril 2013.

Rapports médicaux contradictoires

Les avocats ont par la suite obtenu un nouveau rapport d’âge osseux de l’hôpital d’État de Patnos, plus favorable à la thèse de la minorité au moment des faits. Ils ont également demandé la rectification de l’acte d’état civil et introduit une requête individuelle devant la Cour constitutionnelle turque pour violation du droit à un procès équitable.

Le collectif d’avocats dénonce une pratique récurrente en Turquie consistant à modifier l’âge des mineurs kurdes pour les juger devant des tribunaux pour adultes, avec des peines beaucoup plus lourdes.

Emrah Bayram purge actuellement sa peine de prison à perpétuité dans la prison de Van.

Performance artistique au Louvre : un militant yézidi interpellé après une action en mémoire du génocide ézdî

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PARIS – Juan-Golan Elibeg, membre du collectif « Bien à vous Armanc Kerboranî », a été brièvement interpellé au musée du Louvre après avoir réalisé une performance artistique devant une œuvre de Léonard de Vinci, en hommage aux victimes du génocide yézidi (êzdî) perpétré par l’État islamique (EI) à Sinjar en 2014.

Le collectif « Bien à vous Armanc Kerboranî », composé de Kurdes yézidis, mène des actions militantes et artistiques centrées sur la défense des droits des Kurdes, y compris ceux de la communauté yézidie, et sur la question kurde dans son ensemble.

Dans un communiqué, Juan-Golan Elibeg a déclaré :

« J’ai réalisé une performance artistique silencieuse devant une œuvre de Léonard de Vinci au musée du Louvre afin de commémorer le génocide yézidi perpétré par l’EI à Sinjar en 2014. Le service de sécurité du musée m’a interpellé et remis à la police. Après l’nterrogatoire, j’ai été remis en liberté. »

Cette action visait à rappeler la tragédie de Sinjar, où, en août 2014, les combattants de l’EI ont massacré des milliers d’hommes yézidis et réduit en esclavage des milliers de femmes et d’enfants. Plus de dix ans après ces événements, de nombreuses victimes attendent toujours justice et une pleine reconnaissance internationale du génocide.

Le collectif « Bien à vous Armanc Kerboranî » utilise régulièrement l’art et l’action directe pour sensibiliser l’opinion publique et les institutions sur le sort des Kurdes et les enjeux plus larges du Kurdistan.

IRAN. Cinq membres de deux familles kurdes abattus par les forces iraniennes en deux mois

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IRAN / ROJHILAT – Cinq personnes issues de deux familles kurdes ont été tuées lors de deux opérations distinctes menées par les Gardiens de la révolution (IRGC) et les forces de sécurité iraniennes dans les provinces de Kermanshah (Kirmaşan) et du Kurdistan (Sînê), entre fin mai et fin juillet 2026.

Fusillade à Dalahoo (28 mai 2026)

Dans les premières heures du jeudi 28 mai 2026, les frères Meysam (Maytham) Veisi et Mojtaba Veisi, militants culturels et adeptes de la foi yarsane, ont été tués dans le village de Qaleh Kahoush (ou Ghaleh-Kouhesh), comté de Dalahoo, province de Kermanshah.

Selon de multiples sources kurdes de défense des droits humains (KHRN, Hengaw, HRANA), les forces de l’IRGC ont encerclé la maison où les deux frères se cachaient et ont ouvert le feu sans sommation depuis plusieurs directions, les tuant sur place. Les frères participaient aux manifestations nationales de décembre 2025-janvier 2026 et vivaient dans la clandestinité depuis plusieurs mois par crainte d’arrestation. Leurs corps ont été emportés par les forces de sécurité et n’ont pas été immédiatement restitués à la famille.

Les Veisi étaient des figures culturelles reconnues à Kermanshah : ils avaient cofondé une bibliothèque kurde dans le quartier de Darreh Deraz (Dareh Drezh) et participé à l’organisation de célébrations du Newroz. Mojtaba était également lutteur, musicien et peintre.

Fusillade sur la route Merîwan–Baneh (26 juillet 2026)

Près de deux mois plus tard, le dimanche 26 juillet 2026, Mehdi Tavakkoli, sa mère Maryam Aslani et sa sœur Somayeh Tavakkoli ont été tués lorsque les forces de renseignement des Gardiens de la révolution ont ouvert le feu sur leur véhicule (une Samand) sur la route reliant Merîwan à Baneh, dans la province du Kurdistan.

Mehdi Tavakkoli était un photographe et militant culturel bien connu : directeur de la Maison des photographes du Kurdistan, fondateur de la Maison des arts Çaw (Chaw) et ancien prisonnier politique. Sa sœur Somayeh était psychologue.

Les autorités iraniennes ont affirmé que le véhicule transportait des membres armés du PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan) et que les décès étaient survenus lors d’une confrontation armée. Des organisations de droits humains rejettent cette version, affirmant qu’il s’agissait d’une famille civile et que les forces de sécurité ont tiré directement sur la voiture sans sommation. Les corps ont été rendus à la famille sous pression pour qu’elle évoque un « accident de la route ». Les funérailles se sont déroulées le 27 juillet à Sanandaj (Sînê) sous forte présence sécuritaire.

Contexte et réactions

Ces deux incidents ont ravivé les craintes d’une utilisation excessive de la force létale par les autorités iraniennes contre les civils kurdes, particulièrement les militants culturels et les participants aux protestations. Les organisations de défense des droits humains dénoncent l’absence d’enquêtes indépendantes et transparentes, ainsi que la récurrence des exécutions extrajudiciaires en Rojhelat (Kurdistan oriental).

Les autorités iraniennes n’ont pas publié de communiqué détaillé et officiel sur ces deux affaires au-delà des déclarations initiales qualifiant les victimes de « terroristes armés » dans le second cas.

12e anniversaire du génocide yézidi

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IRAK / SHENGAL – Les Kurdes yézidis, présents en Mésopotamie depuis des millénaires, ont survécu à 74 génocides au cours de leur histoire. Le 3 août 2014, ils ont subi le 74e Ferman (décret d’extermination) perpétré par l’État islamique (Daech).

Ce jour-là, alors que les combattants de Daech approchaient de Sinjar (Shengal), les forces peshmergas et Asayish du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani, qui contrôlaient la région, ont abandonné la ville sans combattre. Cette retraite a ouvert la voie à un massacre systématique : des milliers de Yézidis ont été tués, et des milliers d’autres, principalement des femmes et des enfants, ont été enlevés et réduits en esclavage.

Le chronique d’un génocide annoncé 

Peu avant l’offensive, les forces du PDK avaient désarmé la population yézidie et arrêté plusieurs guérilleros kurdes venus en renfort. Selon des témoignages, environ 11 000 Peshmergas, membres des forces de sécurité du PDK et policiers irakiens étaient déployés dans la zone. Ils ont fui dès les premiers combats, sans tirer un coup de feu.

L’État islamique a alors attaqué l’ensemble de la population yézidie de Sinjar, estimée à 400 000 personnes. Près de 10 000 Yézidis ont été tués ou enlevés. La moitié des exécutés étaient des enfants. Sur le mont Sinjar, où des dizaines de milliers de civils s’étaient réfugiés, 93 % des morts dues à la soif, à la faim ou aux blessures étaient des enfants.

Environ 6 400 personnes ont été enlevées. Des garçons de sept ans ont été envoyés dans des camps d’entraînement de Daech, tandis que des fillettes de neuf ans ont été réduites à l’esclavage sexuel. Aujourd’hui, plus de 2 700 Yézidis restent portés disparus, dont près de 1 300 étaient mineurs au moment de leur enlèvement. Plus de 3 500 ont été secourus à ce jour.

74 Fermans : une histoire de persécutions

Les Yézidis, adeptes d’une des plus anciennes religions de Mésopotamie, ont été régulièrement massacrés, souvent au nom de l’islam. La plupart de ces génocides ont été ordonnés par des autorités ottomanes ou des gouverneurs locaux entre le XIIIe et le XIXe siècle. Parmi les plus notables :

1246 : Massacre de Lalesh par Bedreddin Lulu.

XVIe siècle : Massacres à Shexan sur fatwa du cheikhülislam Ebu Siud Efendi sous Soliman le Magnifique.

1638, 1715, 1752, 1809, 1824 : Multiples massacres à Sinjar ordonnés par des pachas de Mossoul ou de Bagdad.

1892 : Campagne d’islamisation forcée sous le sultan Abdulhamid II.

Le 74e Ferman (massacre) de 2014 est le plus récent, commis par Daech avec, selon de nombreux Yézidis, la complicité passive du PDK.

La situation à Sinjar avant 2014

Après la chute du régime baasiste en 2003, Sinjar est devenue une « zone contestée » selon l’article 140 de la Constitution irakienne. Le PDK y a imposé son contrôle exclusif, promouvant le système traditionnel de castes et maintaining une forte emprise sur la communauté. Les Yézidis vivaient principalement dans des villages au pied du mont Sinjar, déplacés de force des hauteurs en 1975 par le régime de Saddam Hussein.

Des commandants des Unités de résistance de Shengal (YBŞ) et du Mouvement de libération des femmes yézidies (TAJÊ) ont témoigné d’une société où les femmes subissaient une pression extrême et où la population était maintenue dans un état de dépendance et de désorganisation.

Un traumatisme toujours ouvert

Douze ans après le génocide, des milliers de familles yézidies attendent toujours le retour des leurs. Pour beaucoup, la douleur est double : celle des crimes de Daech et celle de la trahison perçue des forces qui étaient censées les protéger.

IRAN. Au moins 67 prisonniers exécutés en juillet 2026

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IRAN / ROJHILAT – En juillet dernier, les autorités iraniennes ont exécuté au moins 67 prisonniers, dont 10 Kurdes, selon le Centre de statistiques de l’ONG Hengaw. Ce chiffre représente une baisse de 30 % par rapport à juillet 2025, où Hengaw avait recensé 96 exécutions.

Parmi les personnes exécutées figuraient deux femmes — Setayesh Mohammadipour (Jahrom) et Azam Gerami (Yasuj) — ainsi qu’un mineur délinquant baloutche, Meysam Irandegani, exécuté à 18 ans pour un crime commis à 16 ans.

Seules 8 exécutions (12 %) ont été annoncées officiellement par les autorités. Hengaw a par ailleurs documenté 7 exécutions secrètes, réalisées sans prévenir les familles, et 2 exécutions publiques.

Neuf prisonniers politiques et d’opinion exécutés

Au moins neuf prisonniers politiques, prisonniers d’opinion ou personnes arrêtées lors des manifestations de janvier 2026 et du mouvement « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadi) ont été mis à mort. Ils étaient notamment accusés de « moharebeh » (guerre contre Dieu), d’espionnage ou d’atteinte à la sécurité nationale.

Parmi eux :

Mohieddin Abdollahi et Hossein Palani Jaf (Kurdes), exécutés le 14 juillet à Kermanshah.

Mohammad Amini Dehaghani, Erfan Esfandiari et Gol Mohammad Mohammadi (ressortissant afghan), exécutés à Ispahan.

Aref Khoshkar et Mehdi Khanki, exécutés à la prison de Ghezel Hesar.

Abolfazl Sepahi et Amir Hossein Safari, exécutés publiquement à Ispahan le 28 juillet.

IRAN. Les pasdarans tuent un photographe kurde de renom

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IRAN / ROJHILAT – Pendant plus de vingt ans, Mehdi Tavakoli a utilisé son appareil photo pour documenter la vie, la culture et les souffrances du peuple kurde. Photographe renommé, il a immortalisé les réfugiés fuyant l’État islamique (Daech), formé des centaines de jeunes talents, organisé des événements culturels majeurs et payé au prix fort son engagement militant. Le 26 juillet 2026, à l’âge de 37 ans, sa vie a été brutalement interrompue par les balles des forces de sécurité iraniennes.

Accompagné de sa mère, Maryam Aslani, et de sa sœur, Somayeh, Mehdi Tavakoli circulait dimanche soir près du village de Bayandereh, sur la route reliant Baneh à Marivan, dans la province du Kurdistan iranien. Les forces de sécurité ont ouvert le feu à plusieurs reprises sur leur véhicule, tuant les trois membres de la famille. Depuis la révolution de 1979, les autorités iraniennes considèrent tout militantisme kurde à travers le seul prisme sécuritaire. Militants écologistes, avocats, enseignants, journalistes et activistes civiques vivent sous la menace permanente d’intimidations, d’arrestations et de détentions orchestrées par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et le ministère du Renseignement.

Un photographe au service de son peuple

Né en 1989 à Sanandaj — l’année même où Ali Khamenei accédait au pouvoir suprême —, Mehdi Tavakkoli découvre la photographie à 14 ans. Après une licence en graphisme à l’université de Hamadan et un master en photographie à Rasht, il retourne dans sa ville natale. Il y enseigne la photographie dans les écoles, les universités et au sein de la Société iranienne du cinéma pour la jeunesse, formant ainsi une nouvelle génération de photographes kurdes.

Directeur de la Maison des photographes du Kurdistan, fondateur de la galerie d’art « Chaw », organisateur d’expositions et membre du jury du Festival de la photographie du Kurdistan 2026 à Souleimaniye, Tavakoli a laissé une empreinte profonde. Il a participé à une vingtaine d’expositions collectives et présenté huit expositions individuelles à Téhéran, Sanandaj, Urmia, Souleimaniye, Saqqez, Hamadan et Toronto.

Un engagement humaniste et culturel

En 2014, alors que Daech avançait en Irak et en Syrie, il passe trois mois dans les camps de réfugiés de Kobané et Sinjar. Bouleversé par les souffrances des familles kurdes déplacées, il cessera toute activité photographique pendant trois ans. Au-delà de l’art, Tavakoli s’est engagé concrètement aux côtés de sa communauté. Après le séisme dévastateur de Kermanshah en 2017, il a passé deux mois dans les zones sinistrées pour distribuer l’aide humanitaire collectée grâce à des dons privés. Il participait également à l’organisation des fêtes de Newroz à Sanandaj, malgré la répression croissante qui vise les célébrations kurdes.

Son militantisme lui a valu de multiples arrestations, notamment en 2016, 2019, 2020 et lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, déclenché par la mort de Zhina (Mahsa) Amini. Il a passé trois mois en prison.

Un meurtre sans explication

Selon une source proche de la famille ayant témoigné sous couvert d’anonymat auprès de Rudaw English, les autorités exercent depuis le drame d’intenses pressions pour présenter les faits comme un simple accident de la route. Or, les blessures par balle constatées lors de la toilette rituelle des corps contredisent cette version. Aucune explication officielle n’a été fournie par les autorités iraniennes.

La famille a été menacée de ne faire aucune déclaration publique. Mehdi Tavakoli lui-même avait été interrogé pendant plus de cinq heures par les services de renseignement une semaine seulement avant sa mort.

Un héritage vivant

Pour ses amis et anciens élèves, l’héritage de Mehdi Tavakoli dépasse largement ses propres photographies. En 2023, il avait fondé la Maison des photographes du Kurdistan, créant des antennes dans toute la province et fédérant plus de 300 photographes à travers ateliers, expositions et événements. « Nous étions convaincus que nous devions tout faire pour la nouvelle génération, en l’initiant à l’art et à la photographie afin qu’elle s’adonne à des activités créatives et se tienne éloignée des mauvaises influences, notamment la drogue », confiait-il. Un ami d’enfance résume son ambition : « Mehdi était persuadé que, par l’art, nous devions apprendre aux gens à aimer leur patrie et à promouvoir le Kurdistan sur la scène internationale. »

Ses obsèques ont eu lieu au cimetière Beheshti Mohammadi de Sanandaj, où reposent déjà de nombreuses victimes du mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Une semaine après les faits, les autorités iraniennes n’ont toujours fourni aucune explication sur ce triple meurtre.

Mehdi Tavakoli restera comme un homme qui a cru en la puissance de l’image pour préserver l’identité kurde, témoigner des injustices et offrir à une jeunesse opprimée espoir, dignité et voix. (Rudaw)