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Les boulangeries du Kurdistan peinent à faire face à la flambée des prix du gaz
KURDISTAN. Une attaque iranienne tue un couple kurde près d’Erbil
IRAK / KURDISTAN — L’Iran et ses proxies, avec la complicité des autorités irakiennes, continuent de cibler les Kurdes d’Irak. Pendant ce temps, le président américain, visiblement désorienté par son envoyé spécial qui défend ouvertement les intérêts turcs, multiplie les déclarations contradictoires, au grand dam d’une partie de son propre camp.
Un couple a tragiquement trouvé la mort mardi matin lorsqu’un drone a frappé leur maison à la périphérie du district de Baherka, au nord-ouest d’Erbil, ont indiqué des responsables locaux à Rudaw. Les autorités ont qualifié les dernières 24 heures de parmi les plus difficiles qu’ait connues la région du Kurdistan, après une vague d’une vingtaine d’attaques.
Le gouverneur d’Erbil, Omed Xoshnaw, a déclaré à Rudaw qu’« un drone a directement frappé une maison civile » dans le village de Zargazawi, situé à la périphérie nord-est de Baherka, « entraînant la mort de Moussa Zrarai et de son épouse ». Le couple avaient deux fillettes en bas âge. M. Xoshnaw a ajouté que trois drones avaient ciblé la même zone. Deux sont tombés en terrain découvert, tandis que le troisième a touché la maison du couple.
Zargazawi est un village agricole rural sans présence militaire connue. L’incident a suscité l’inquiétude parmi les responsables et les habitants. Le gouverneur a qualifié les dernières 24 heures de « parmi les plus difficiles » pour la région du Kurdistan, évoquant « de nombreux lancements de drones et de missiles », notamment en direction d’Erbil.
Selon les données de suivi de Rudaw, la région a été la cible de 21 drones en seulement 24 heures : 17 visaient Erbil et le district de Koya, au sud-est, tandis que quatre autres visaient la province de Souleimaniye, à l’est. Plus tôt lundi, sept attaques ont frappé Erbil et Koya en l’espace de deux heures, selon une source sécuritaire provinciale ayant requis l’anonymat.
« Entre 15 h et 17 h, sept attaques ont eu lieu », a déclaré la source, précisant que cinq visaient la ville d’Erbil et deux Koya. Les systèmes de défense aérienne ont intercepté avec succès les projectiles. « Cinq drones et missiles ont été utilisés lors de ces attaques, mais ont été interceptés en vol et n’ont causé aucun dégât », a ajouté la source.
Ces attaques s’inscrivent, selon les informations disponibles, dans le cadre de la riposte iranienne à la campagne militaire conjointe américano-israélienne lancée contre Téhéran fin février. Le Commandement central américain (CENTCOM) a indiqué mardi que ses forces avaient frappé plus de 13 000 cibles à travers l’Iran depuis le début de la campagne, dans le but de « démanteler l’appareil sécuritaire du régime iranien ».
Parallèlement, des groupes armés irakiens clandestins opérant sous la bannière de la Résistance islamique en Irak (RII) ont revendiqué la responsabilité de la plupart des attaques de drones et de missiles contre la région du Kurdistan. Plusieurs de ces frappes ont touché des zones résidentielles et des infrastructures civiles.
Depuis fin février, le système de surveillance Rudaw recense 678 attaques de drones et de missiles dans la région du Kurdistan. Parmi celles-ci, 540 visaient la province d’Erbil, 111 ont frappé Souleimaniye, 25 Douhouk et deux Halabja. Avant l’incident de mardi, les attaques avaient fait 14 morts et 93 blessés, parmi lesquels des peshmergas, des membres de l’Asayish, des combattants de groupes d’opposition kurdes iraniens, un soldat français et plusieurs civils. Avec ces nouveaux décès, le bilan devrait encore s’alourdir.
IRAN. Arrêté et torturé à 16 ans, condamné à mort à 19 ans
Arrêté et torturé à 16 ans
D’après les informations recueillies par l’organisation Hengaw pour les droits humains, Eslamkhah a été condamné à mort par la première chambre du tribunal révolutionnaire de Mahabad pour « guerre contre Dieu » (moharebeh). Deux autres accusés dans la même affaire, Mohammad Faraji et Raouf Sheikh-Maroufi, avaient déjà été condamnés à mort par ce même tribunal. Eslamkhah, qui avait auparavant quitté l’Iran sous la pression des autorités iraniennes et cherché refuge dans la région du Kurdistan irakien, est retourné à Bukan fin mai 2025. Il a été arrêté le 31 mai 2025, transféré en prison et libéré temporairement après 11 jours. Il a ensuite été arrêté de nouveau le lundi 23 février 2026 et transféré à la prison centrale de Bukan, où la peine de mort prononcée contre lui le 17 février lui a été officiellement notifiée. Durant sa détention dans un centre du département du renseignement, il a subi des pressions pour lui extorquer des aveux forcés concernant le meurtre présumé d’un membre du Basij. Mohsen Eslamkhah avait 16 ans lorsqu’il a participé aux manifestations « Femme, Vie, Liberté » (Jin, jiyan, azadî) à Bukan, ce qui fait de son cas un cas impliquant un mineur. Aux termes de la Convention relative aux droits de l’enfant, les personnes de moins de 18 ans sont considérées comme des enfants, et l’imposition de la peine de mort ou de la réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle est interdite.Le 6 avril : Journée des journalistes assassinés en Turquie et au Kurdistan
En Turquie, le 6 avril est marqué comme la Journée des journalistes assassinés. Cette date remonte à l’assassinat d’Hasan Fehmi Bey, rédacteur en chef du journal Serbestî, abattu le 6 avril 1909 sur le pont de Galata à Istanbul. Critique virulent du Comité Union et Progrès (Jeunes-Turcs), il fut tué en pleine journée ; les auteurs du crime n’ont jamais été identifiés. Depuis, cette journée symbolise plus d’un siècle de violences systématiques contre les professionnels des médias, souvent ciblés pour leur quête de vérité.
À l’occasion de cette commémoration, de nombreuses organisations ont rendu hommage aux victimes et dénoncé les menaces qui continuent de peser sur la liberté de la presse.
La commission de presse du parti DEM a réaffirmé son engagement : « Le 6 avril, nous réaffirmons notre détermination : nous poursuivrons la lutte pour un pays démocratique où toute forme de pression sur les journalistes sera abolie et où la liberté de la presse sera pleinement garantie. »
« Ils ont perdu la vie en quête de vérité »
Le parti a rendu un hommage appuyé à de nombreuses figures assassinées, de Hasan Fehmi Bey à Musa Anter, en passant par Hrant Dink, Metin Göktepe, Gurbetelli Ersöz, Nazım Daştan et Cihan Bilgin :
« Ils ont sacrifié leur vie pour la vérité. Malgré la répression, ils n’ont jamais reculé. Leur plume et leur objectif photo ont servi la liberté des peuples et l’égalité des opprimés. Nous n’oublierons pas et nous poursuivrons leur combat. »
Les associations de journalistes ont également souligné la dimension historique et politique de cette journée. L’Association des femmes journalistes de Mésopotamie (MKG) et l’Association des journalistes de Dicle Fırat (DFG) ont déclaré dans un communiqué commun que le 6 avril n’est pas seulement un jour de souvenir, mais l’expression d’un conflit permanent autour de la vérité et de l’espace public :
« Des journalistes ont été tués parce qu’ils révélaient la vérité, donnaient la parole à la société et dénonçaient les injustices. Les attaques contre les professionnels des médias sont toujours des atteintes directes au droit à l’information. »
La violence et l’impunité : un chapitre toujours ouvert
Les organisations ont insisté sur le rôle de l’impunité et des pressions structurelles :
« Chaque journaliste assassiné avait pour objectif de faire taire la vérité. Pourtant, ni la répression, ni les menaces, ni les massacres, ni la politique d’impunité n’ont réussi à briser la tradition de la presse libre. L’histoire du 6 avril montre que les violences contre les journalistes en Turquie ne constituent pas un chapitre clos du passé. Elles symbolisent au contraire la continuité des attaques et la persistance d’une résistance tout aussi déterminée. »
« Dans ce pays, ceux qui cherchent la vérité ont toujours payé un prix élevé. Mais ils n’ont jamais renoncé », ajoutent MKG et DFG. Pour elles, cette journée de commémoration est bien plus qu’un moment de recueillement : c’est un engagement politique renouvelé « à poursuivre l’œuvre des journalistes assassinés et à défendre, plus que jamais, la liberté d’expression ».
Abandonnés par Trump, bombardés par l’Iran : après le Rojava livré aux djihadistes, les Kurdes d’Irak et d’Iran seront-ils les prochains ?
KURDISTAN – Donald Trump menace une fois de plus les Kurdes, les accusant d’avoir détourné des armes américaines destinées aux opposants iraniens. Cette affirmation, répétée récemment, reste totalement infondée.
Au moment même où ces accusations sont proférées, l’Iran intensifie ses frappes de drones contre des zones kurdes en Irak du Sud, visant notamment des positions de partis kurdes iraniens et des infrastructures civiles. Des attaques quasi quotidiennes frappent le Kurdistan irakien, dans un silence assourdissant du gouvernement de Bagdad.
Pourquoi Trump ne s’en prend-il pas à la Turquie, ni à ses propres représentants dans la région comme Tom Barrack ? Ce sont pourtant eux qui l’ont poussé dans son escalade contre l’Iran et qui lui transmettent des rapports souvent biaisés, alignés sur les intérêts d’Ankara.
Les principaux partis et forces kurdes, tant en Irak qu’en Syrie, ont formellement démenti ces allégations. Ils affirment n’avoir reçu aucune arme ni aucun soutien matériel des États-Unis dans ce cadre.
Cette nouvelle charge s’inscrit dans une longue série de trahisons. Le cas le plus emblématique reste l’abandon des Kurdes du Rojava en Syrie. Leur seul « crime » était de vouloir vivre dignement sur leurs propres terres, en construisant une société autonome, démocratique et multiculturelle après avoir été en première ligne contre Daech. Les États-Unis, sous l’impulsion de leurs émissaires au Moyen-Orient, les ont jetés en pâture aux djihadistes de Hay’at Tahrir al-Sham (HTS) et aux forces turques. Avec le soutien tacite de la Grande-Bretagne et de certains pays arabes, cette trahison a permis le démantèlement progressif de l’autonomie kurde : attaques sur les quartiers kurdes d’Alep, offensive sur Raqqa et Deir ez-Zor, et intégration forcée sous pression.
Aujourd’hui, les Kurdes du Rojava paient le prix fort de cet abandon stratégique.
Les Kurdes d’Irak et d’Iran connaîtront-ils le même sort ? Alors que des drones iraniens pilonnent déjà leurs positions et leurs camps en Irak, et que la Turquie continue sa politique d’hostilité systématique, la question se pose avec urgence. Les Kurdes, une fois de plus, risquent d’être sacrifiés sur l’autel des intérêts géopolitiques américains, turcs et iraniens.
Si Trump veut vraiment connaître la vérité sur ces armes et sur la stabilité de la région, il devrait d’abord enquêter sur ses propres intermédiaires — ces acteurs aux intérêts financiers opaques comme Tom Barrack — et sur les pays pour lesquels ils œuvrent en priorité, plutôt que de charger encore une fois les Kurdes, qui continuent de payer le prix du sang pour leur simple aspiration à la dignité et à la liberté.
IRAK. Nouvelle attaque contre la résidence du leader du PAK
IRAK / KURDISTAN – Trois frappes de drones, attribuées aux forces du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) iranien, ont visé ce lundi 6 avril 2026 la résidence privée de Hussein Yazdanpanah (également orthographié Hossein Yazdanpanah ou Mam Hussein), commandant en chef du Parti de la Liberté du Kurdistan (PAK / Partiya Azadiya Kurdistan).
L’attaque s’est déroulée dans la zone de Degala (Dikla), à l’est d’Erbil (Hewler). Des vidéos diffusées en direct dans les minutes suivant l’impact montrent des explosions successives, des colonnes de fumée noire s’élevant des bâtiments et des débris projetés. Plusieurs sources sur place indiquent que trois drones ont touché la maison du leader ainsi que des habitations environnantes appartenant à des peshmergas.
Bilan provisoire
Hussein Yazdanpanah n’était pas présent sur les lieux au moment de l’assaut. Selon plusieurs témoignages concordants, il avait déjà quitté la résidence depuis quelque temps et réside ailleurs. Il est indemne.
Les informations sur d’éventuelles victimes restent incertaines pour l’instant. Aucune confirmation officielle de morts ou de blessés n’a encore été publiée par le PAK au moment de la rédaction, mais des sources locales font état de dégâts matériels importants sur la résidence et les bâtiments adjacents. Des opérations de sécurisation et de recherche sont en cours.
Des images de l’après-coup montrent une scène de destruction avec des murs effondrés sous une épaisse fumée. Cette attaque est qualifiée d’« escalade » par de nombreux observateurs, alors que les frappes iraniennes contre les bases kurdes iraniennes en Irak se multiplient quasi quotidiennement.
Contexte : une campagne continue et intense
Cette nouvelle frappe s’inscrit dans la vague d’attaques iraniennes qui touche, depuis plusieurs semaines, les positions des partis d’opposition kurdes iraniens installés en Région du Kurdistan d’Irak. Le PAK figure parmi les groupes les plus fréquemment ciblés, aux côtés du KDPI, des factions du Komala et du Khabat.
Entre 160 et 200 frappes — mêlant missiles balistiques, drones suicides de type Shahed et artillerie — ont été recensées depuis le début de l’escalade régionale en février-mars 2026. L’objectif affiché par Téhéran est de neutraliser ces groupes pour les empêcher de constituer un « second front » terrestre contre l’Iran (Rojhelat) et d’amoindrir leurs capacités militaires.
Le PAK, considéré comme l’un des mouvements kurdes iraniens les plus actifs militairement, a déjà subi plusieurs attaques similaires, notamment en 2022 et en mars 2026. Hussein Yazdanpanah, figure charismatique et vétéran du mouvement, est régulièrement accusé par Téhéran d’être un « agent » au service d’Israël et des États-Unis.
Réactions immédiates
Le PAK et ses réseaux affiliés ont rapidement diffusé les images de l’attaque, dénonçant une violation flagrante de la souveraineté irakienne et une tentative d’assassinat ciblée.
Si les autorités de la Région du Kurdistan d’Irak n’ont pas encore réagi officiellement à cette frappe précise, elles ont condamné à plusieurs reprises les violations répétées de leur territoire. Cette agression intervient alors que les discussions sur une possible unification des forces kurdes iraniennes et une coordination accrue avec les acteurs internationaux se poursuivent.
Le PJAK (branche iranienne du PKK) demeure, à ce jour, l’exception notable : il n’est pas visé avec la même intensité que les autres groupes, du fait notamment de son QG qui dans dans les grottes du mont Qandil.
Cette frappe du 6 avril 2026 illustre une nouvelle fois la vulnérabilité des leaders kurdes iraniens et de leurs bases, même lorsque des mesures d’évacuation préventives sont appliquées. Les organisations concernées continuent de réclamer une zone d’exclusion aérienne ou une protection internationale renforcée pour sécuriser leurs positions.
Le tunnel fantôme d’Hakurkê : nouvelle désinformation ciblant les Kurdes
IRAK / KURDISTAN – Dans un contexte régional marqué par les tensions, les conflits armés et les frappes transfrontalières entre l’Iran, l’Irak et la Turquie, les Kurdes d’Iran et d’Irak sont particulièrement vulnérables à la désinformation. Des rapports non vérifiés circulent quotidiennement sur les réseaux sociaux et dans certains médias, accusant souvent des groupes kurdes d’activités militaires qu’il est logistiquement ou politiquement impossible de réaliser. Ces fausses informations contribuent à alimenter les tensions, à justifier des opérations militaires et à stigmatiser des communautés déjà fragilisées.
Un exemple concret de cette désinformation a été mis en lumière par Dunya Basol dans un poste détaillé. Selon certains rapports, le 1er avril 2026, un tunnel prétendument utilisé pour transférer des groupes armés du KRG (Gouvernement régional du Kurdistan irakien) vers l’Iran aurait été ciblé lors d’une opération d’embuscade et d’encerclement. La tentative d’entrée aurait échoué, entraînant des victimes. Quelques heures plus tard, la même zone aurait été visée par une frappe aérienne nocturne menée par un avion de chasse. Pourtant, comme l’explique Dunya Basol, « ce n’est pas tout à fait possible ».
Les impossibilités géographiques et militaires
Dunya Basol déconstruit l’histoire point par point en s’appuyant sur la géographie précise de la région de Hakurkê et sur les réalités du terrain :


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Le nord de Hakurkê (zone souvent encadrée en bleu sur les cartes) est sous le contrôle total de l’armée turque, qui y maintient de nombreuses bases militaires. Il s’agit également de la terre tribale des Kurdes Bradost, qui ne tolèrent absolument pas la présence du PKK et entretiennent des liens cordiaux avec les Kurdes iraniens. Un tunnel partant de cette zone pour transférer des combattants semble donc hautement improbable.
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Le sud de Hakurkê (zone souvent encadrée en rose) abrite encore des camps du PKK et constitue un bastion pour ce groupe. Cependant, il est logistiquement impossible d’atteindre le réseau de tunnels précis mentionné dans les rapports depuis cette position.
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La zone du choc rapporté correspond à un territoire traditionnel du PDKI (Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, encadré en vert). Les membres du PDKI se déplacent souvent aux côtés des civils. Sous la politique actuelle de « patience stratégique » du PDKI, qui vise à s’éloigner de la guerre en cours, une présence du PJAK/PKK ne serait tout simplement pas autorisée.
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La zone encadrée en rouge a accueilli autrefois une présence importante du PKK, y compris des camps permanents dans les années 1980 et 1990. Aujourd’hui, elle ne compte ni camps permanents ni mobiles, et seulement une très faible présence armée éventuelle. Juste de l’autre côté de la frontière, en Iran, existent deux petits camps semi-mobiles et saisonniers du PJAK, mais ils ne disposent pas d’un réseau de tunnels capable de transférer des groupes armés.
Ainsi, indépendamment du groupe armé qui aurait pu être impliqué, il est pratiquement impossible d’attribuer cet incident à des membres du PKK/PJAK, du PDKI ou du PAK (Parti de la liberté du Kurdistan). Les dynamiques tribales, le contrôle turc, les politiques internes kurdes et la configuration du terrain rendent ces récits incohérents.
Un phénomène récurrent
Dunya Basol insiste sur un point essentiel : des dizaines d’informations de ce type surgissent chaque jour. Dans le « brouillard de la guerre » (fog of war), où les frappes iraniennes, turques ou autres se multiplient contre des positions kurdes en Irak, la désinformation devient une arme à part entière. Elle sert parfois à justifier des opérations militaires, à discréditer des partis d’opposition kurdes iraniens (comme le PDKI ou le Komala) ou à semer la division entre les différentes composantes kurdes.
Les Kurdes d’Iran, dont les bases se trouvent souvent en exil dans le Kurdistan irakien, et les Kurdes d’Irak, pris entre les feux croisés des puissances régionales, paient un lourd tribut à ces narratifs manipulés. Les attaques récurrentes contre des camps d’opposition kurde iranienne, les accusations infondées de collaboration avec des puissances étrangères, ou les rumeurs de tunnels et d’infiltrations massives, compliquent encore davantage leur situation déjà précaire.
Pourquoi la vigilance est-elle cruciale ?
Dans un Moyen-Orient en ébullition, où les conflits s’entremêlent (tensions irano-turques, présence du PKK, opposition kurde à Téhéran, etc.), il est indispensable de croiser les sources et d’analyser les faits sur le terrain plutôt que d’accepter aveuglément les premiers rapports. Comme le conclut Dunya Basol : il faut être prudent avant d’accepter ces informations comme vraies.
La désinformation ne tue pas seulement la vérité ; elle peut aussi servir de prétexte à des violences supplémentaires contre des populations civiles kurdes, déjà confrontées à la répression, aux bombardements et à l’instabilité chronique.
Cet exemple illustre parfaitement comment, dans les guerres modernes, les cartes, les réalités tribales et les politiques locales permettent de démasquer les récits simplistes ou manipulés. Une lecture attentive et géographiquement informée reste le meilleur rempart contre la propagande.
Le Kurdistan entre l’enclume régionale et le cynisme de Washington
IRAK / KURDISTAN – Le peuple kurde est une nouvelle fois sacrifié sur l’autel des intérêts géopolitiques. Au Kurdistan irakien, les attaques contre Hewlêr (Erbil) et les positions des Peshmerga se multiplient de manière systématique. Depuis le début de la guerre Israël-USA vs Iran, des près de 700 attaques de missiles balistiques, drones et roquettes ont ciblé la région, faisant des dizaines de victimes. Zones civiles, bases militaires, aéroports, infrastructures civiles et camps abritant les familles de l’opposition kurde iranienne : rien n’est épargné. La capitale vit désormais sous une pluie de feu quasi quotidienne.
Ces agressions ne sont pas le seul fait de Téhéran. Elles révèlent une coordination perverse entre les proxies chiites pro-Iran des Forces de mobilisation populaire (Hashd al-Shaabi) et des milices turkmènes sous influence directe d’Ankara. Ensemble, ils transforment le Kurdistan irakien en un champ de bataille où le Kurde est la cible privilégiée. Avec près de 700 attaques recensées depuis le début du conflit régional, l’objectif est limpide : punir les Kurdes pour leur existence même et briser tout foyer d’opposition au régime des mollahs.
Kurdes jetés délibérément en pâture
Face à ce massacre, l’attitude de Donald Trump s’avère odieuse. Dans une récente interview accordée à Fox News, il a prétendu que les États-Unis avaient acheminé « beaucoup d’armes » à l’opposition iranienne via les Kurdes, avant de les accuser de les avoir « gardées » pour eux.
Ces déclarations sont aussi mensongères que criminelles. En désignant explicitement les Kurdes comme intermédiaires, Trump les expose aux représailles les plus sanglantes de Téhéran. Après les avoir encouragés à l’offensive, il se rétracte et les accable de calomnies pour justifier son désengagement. C’est la signature du cynisme trumpien : utiliser les Kurdes comme chair à canon, puis comme boucs émissaires.
Ceux qui furent les alliés les plus fiables contre Daech se retrouvent aujourd’hui livrés aux djihadistes de Jolani (HTS) au Rojava et pilonnés à Erbil par les milices pro-Iran. Pris en étau entre l’impérialisme régional et la trahison américaine, les Kurdes subissent une propagande qui les présente comme des agents de l’étranger pour légitimer leur élimination.
Un peuple sacrifié, une hypocrisie meurtrière
Cette politique n’est pas de l’indifférence, c’est un calcul froid. Trump jette ses alliés en pâture pour simuler une action contre l’Iran sans en payer le prix politique ou militaire. Les Peshmerga se font massacrer sans protection aérienne ni soutien concret, tandis que le silence de la communauté internationale est assourdissant.
Le Kurdistan irakien, rare îlot de pluralisme dans un Moyen-Orient embrasé, est traité comme une monnaie d’échange jetable. Il est temps de nommer les faits : Trump ne se contente pas d’abandonner les Kurdes, il les livre sciemment à leurs bourreaux. Le sang qui coule à Hewlêr entache aussi les mains de ceux qui ont exposé ce peuple en pleine lumière avant de lui retirer tout bouclier. Les États qui se sont appuyés sur les forces kurdes pour vaincre l’État islamique les ont jeté en pâture à Jolani qui écrasé dans le sang l’autonomie du Rojava et aujourd’hui, l’Iran et la Turquie rêvent faire de même en écrasant l’autonomie du Kurdistan irakien. Le Kurdistan n’est pas une proie, et ses défenseurs ne sont pas des pions interchangeables. L’histoire retiendra cette trahison comme l’acte criminel d’une puissance ayant sacrifié son allié le plus loyal au profit du chaos.
Trop, c’est trop.
TURQUIE. Nordiz, joyau écologique menacé par l’exploitation minière
TURQUIE / KURDISTAN – La région kurde de Nordiz, située dans le district de Gürpınar à Van, est réputée pour sa riche biodiversité, ses vastes pâturages fertiles et sa grande variété d’herbes sauvages. Longtemps considérée comme l’un des hauts lieux de l’élevage dans la région, elle abrite un écosystème unique, vital pour les chèvres de montagne, les mouflons de Nordiz et le bassin du lac de Van, tout en constituant un habitat essentiel pour le mulet perlier.
Cependant, depuis quatre ans, les activités d’exploration et d’exploitation minières menées dans la zone, notamment par le groupe Vefa dans le hameau de Derbedanis près du village de Şamanis, causent des dommages environnementaux irréversibles.
Pollution de l’eau et souffrance des villageois
Les opérations minières ont gravement pollué les principales sources d’eau du village. La présence de polymères et de substances magnétiques rend l’eau impropre à la consommation humaine et animale. Privés de leur ressource vitale, les habitants, dont la vie dépend presque entièrement de l’élevage, sont contraints de parcourir chaque jour près de 15 kilomètres jusqu’au plateau de Nebirnav pour abreuver leurs troupeaux.
Animaux en voie de disparition
Chaque année, des centaines d’animaux meurent à cause de cette eau contaminée. L’assèchement des pâturages et la perturbation du cycle naturel menacent aujourd’hui l’élevage d’extinction dans la région. Au-delà de la catastrophe économique, c’est tout un mode de vie ancestral, transmis de génération en génération, qui est en train de disparaître.
La biodiversité locale est également gravement atteinte : les chèvres de montagne et les mouflons nordiques, espèces déjà menacées, voient leur habitat détruit, tandis que les zones de reproduction du mulet perlier, espèce clé du lac de Van, sont directement impactées.
Les villageois se mobilisent
Face à cette destruction systématique, les habitants de Nordiz ont engagé des poursuites judiciaires pour exiger l’arrêt immédiat des activités minières. Ils dénoncent la disparition progressive de leurs terres, de leurs moyens de subsistance et de leur environnement.
Si rien n’est fait, la région de Nordiz, autrefois symbole de richesse naturelle et pastorale, risque d’être définitivement ravagée, au profit d’intérêts miniers au détriment des populations locales et de la biodiversité.
IRAN. Depuis le début de la guerre, 13 prisonniers politiques exécutés
Les autorités iraniennes ont procédé, à l’aube du dimanche 5 avril 2026, à l’exécution secrète de deux jeunes prisonniers politiques, Mohammadamin Biglari et Shahin Vahedparast Kalour, à la prison de Ghezel Hesar à Karaj. Ces exécutions interviennent dans un contexte de répression accrue, alors que l’Iran est engagé dans un conflit régional avec Israël les Etats-Unis.
Selon l’ONG Hengaw, spécialisée dans la défense des droits humains en Iran, ces deux hommes faisaient partie d’un groupe de sept personnes arrêtées le 8 janvier 2026 lors de la répression des manifestations à Téhéran, près de la base Basij n° 185 Namjoo.
Mohammadamin Biglari, étudiant en informatique âgé de seulement 19 ans, et Shahin Vahedparast Kalour, 30 ans, ont été jugés un mois à peine après leur arrestation par la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, présidée par le juge Abolghasem Salavati. Ils ont été condamnés à mort pour « inimitié envers Dieu » (moharebeh), « corruption sur terre », incendie criminel d’installations publiques et « collusion contre la sécurité nationale ».
Un troisième accusé dans la même affaire, Amirhossein Hatami (19 ans), avait déjà été exécuté secrètement dans la même prison le 2 avril 2026.
Les exécutions se sont déroulées sans que les familles puissent rendre une dernière visite aux condamnés. Selon Hengaw, au moins 13 prisonniers politiques, dont six arrêtés lors des manifestations de janvier, ont été exécutés en Iran depuis le début de la guerre récente.
Violations graves des droits humains
La rapidité du procès (un mois seulement entre l’arrestation et la condamnation), le refus d’accès au dossier pour les avocats choisis par la famille, et le recours à des aveux dont la véracité est fortement contestée, constituent de graves violations du droit à un procès équitable.
L’avocat Hassan Aghakhani, qui s’était constitué avec un confrère pour défendre Mohammadamin Biglari, s’est vu refuser l’accès au dossier. Un avocat commis d’office avait affirmé à la famille que le jeune homme avait « avoué », sans qu’un aucun détail ne soit communiqué.
Ces exécutions secrètes et précipitées, menées sans transparence et sans garanties minimales de défense, s’apparentent à une privation arbitraire de la vie et violent le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par l’Iran.
Un jeune homme qui cumulait deux emplois
Mohammadamin Biglari cumulait deux emplois pour subvenir à ses besoins. Son père, malgré une santé fragile, avait initialement cherché son fils parmi les corps des manifestants tués à Kahrizak. Ce n’est que trois semaines plus tard, grâce à des prisonniers libérés de Ghezel Hesar, qu’il a appris son arrestation.
Hengaw condamne fermement ces exécutions précipitées et alerte sur le risque imminent d’exécution pour quatre autres accusés de la même affaire, actuellement détenus à l’isolement.
Ces nouvelles exécutions confirment l’utilisation de la peine de mort comme instrument de répression politique par les autorités iraniennes, dans un climat de tensions régionales exacerbées.