L’Iran et ses proxies irakiens continuent à attaquer le Kurdistan

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IRAK / KURDISTAN – La nuit dernière, l’Iran colonialiste et à ses proxies irakiens ont mené plusieurs attaques de drones contre les régions kurdes d’Irak, malgré le soi-disant cessez-le-feu signé entre les USA et l’Iran. 

Depuis le début de la guerre USA-Israël vs Iran, l’Iran et à ses proxies irakiens ont mené plus de 700 attaques de drones et de missiles contre la Région du Kurdistan irakien, faisant de cette zone l’une des plus touchées du conflit régional.

Ces frappes s’inscrivent dans le cadre de la guerre de 2026 entre les États-Unis/Israël et l’Iran, déclenchée fin février 2026.

Bilan général des attaques (depuis le 28 février 2026)

Selon les compilations de Rudaw actualisées jusqu’au 8 avril 2026 (quelques heures après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu) :

  • Plus de 700 drones et missiles ont visé la Région du Kurdistan, avec un total précis de 703 frappes enregistrées jusqu’au mercredi midi.

  • Répartition par province : Erbil (~560), Sulaymaniyah (~115), Duhok (~26), Halabja (2).

  • Bilan humain : Au moins 17 morts et 92 blessés, parmi lesquels des civils tués dans des zones résidentielles, des Peshmerga et des membres des partis d’opposition kurdes iraniens.

Cibles principales

Les attaques ont principalement visé :

  • Les camps et sièges des partis kurdes iraniens en exil (PDKI, Komala, etc.).

  • Les bases et positions des forces Peshmerga du Gouvernement régional du Kurdistan (KRG).

  • Les installations américaines (consulat US à Erbil, aéroport international d’Erbil, bases près de Harir).

  • Les infrastructures économiques (champs pétroliers comme Sarsang, usines, entrepôts tels que Castrol).

  • Des zones résidentielles et civiles dans les quartiers d’Erbil et de Sulaymaniyah.

Ces opérations sont menées soit directement par les Gardiens de la Révolution (IRGC) via des missiles balistiques et des drones Shahed, soit par des proxies irakiens (milices chiites regroupées sous des noms comme la « Résistance islamique en Irak ») à l’aide de drones explosifs.

Attaques récentes (début avril 2026)

Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines entre Washington et Téhéran autour du 8 avril 2026, des incidents ont persisté, principalement via les proxies irakiens. L’IRGC a nié toute implication directe pendant la trêve.

  • 7 avril : Un drone, attribué à l’Iran par les autorités kurdes, a frappé une maison familiale dans le sous-district rural de Darashakran (nord d’Erbil). Un couple a été tué, laissant deux fillettes de bas âges orphelines.

  • Nuit du 7-8 avril et journée du 8 avril : Plusieurs drones ont visé Erbil (interceptions au-dessus de la ville et de l’aéroport), le consulat américain, et des camps d’opposition kurdes iraniens à Koysinjaq (Koya) et Topzawa. Des frappes ont également touché des sites à Sulaymaniyah.

  • 8 avril : L’ambassade des États-Unis à Bagdad a averti que des milices pro-iraniennes continuaient de mener des attaques de drones. Des vidéos ont montré des interceptions aériennes au-dessus d’Erbil.

  • Nuit du 8 au 9 avril : Des incidents isolés ont persisté après l’entrée en vigueur de la trêve (cinq missiles confirmés : 2 à Erbil, 2 à Sulaymaniyah, 1 à Duhok ; un drone ayant explosé à Duhok vers 1h30 ; une forte explosion à Sulaymaniyah vers 3h).

Contexte et motivations

L’Iran présente ces frappes comme une réponse aux « groupes séparatistes kurdes » qu’elle accuse de collaborer avec les États-Unis et Israël. Les proxies irakiens agissent souvent en parallèle, ciblant également les intérêts américains.

Le Gouvernement régional du Kurdistan (KRG) a fermement condamné ces agressions, les qualifiant de violations de la souveraineté irakienne. Malgré la trêve officielle, l’Iran et ses proxies irakiens maintiennent une pression sporadique sur les Kurdes. Le KRG espère que cette pause de deux semaines permettra une désescalade durable et la réouverture de l’espace aérien irakien.

Sans liberté du Kurdistan, pas de démocratie en Turquie

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TURQUIE / KURDISTAN – La liberté du Kurdistan constitue la clé de voûte indispensable à toute démocratisation réelle de la Turquie. Selon le journaliste Huseyin Salih Durmus, les discours actuels de « normalisation », « solution » et « intégration » portés par l’État turc ne sont qu’une nouvelle rhétorique qui masque la continuité de la politique de déni et de contrôle des acquis kurdes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
 
Derrière les concepts en apparence positifs se cache une manipulation sémantique qui abaisse les attentes kurdes sans accorder d’égalité ni de statut véritable. Toute approche qui retarde ou restreint la libération du Kurdistan ne pourra jamais aboutir à une Turquie démocratique, car les deux luttes sont historiquement indissociables.
 
Voice l’article de Durmus publié initialement par ANF :
 
Au cœur des débats sur la question kurde en Turquie se trouve une question fondamentale : la Turquie peut-elle devenir démocratique sans la libération du Kurdistan ? Ces derniers temps, la rhétorique rapidement diffusée par l’État turc, avec des termes comme « normalisation », « solution », « nouvelle ère », « intégration » et « fraternité islamique », donne de prime abord l’impression d’une ouverture politique. Cependant, l’analyse conjointe de l’émergence, de la répétition et de la construction conceptuelle de ce discours révèle qu’il ne s’agit pas simplement d’une recherche de solution, mais aussi d’un processus délibéré de redéfinition du sens, des frontières et de la légitimité. La question essentielle à considérer aujourd’hui ne réside pas seulement dans le contenu des propos tenus, mais aussi dans le champ sémantique au sein duquel ces énoncés s’inscrivent. Les processus politiques se façonnent non seulement par les décisions et les déclarations, mais également par les concepts. Ces concepts ne se contentent pas de décrire la réalité ; ils déterminent aussi ce qui est possible, ce qui est raisonnable et ce qui est acceptable. C’est pourquoi le langage en construction aujourd’hui n’est pas un simple discours, mais un cadre sémantique conscient qui définit des limites. Au sein de ce champ sémantique, les concepts changent de fonction. La « normalisation » rend l’extraordinaire invisible, le « réalisme » abaisse les attentes, l’« intégration » dissout les revendications d’égalité au sein du système et l’« opportunité » présente les droits historiques comme des acquis temporaires. Ainsi, même sans construire ouvertement un discours de déni, la fonction de déni se maintient. La réalité n’est pas éliminée, mais sa perception est transformée. Il s’agit d’une méthode qui ne rejette pas directement, mais qui abaisse progressivement les seuils de manière imperceptible. L’État turc applique cette méthode, que l’on pourrait qualifier de manipulation politique, non seulement à ses propres Kurdes, mais dans les quatre régions du Kurdistan, selon une stratégie planifiée et continue. Le discours d’État, récemment repris par Mehmet Uçum, repose précisément sur ce principe. Le langage a beau avoir changé, rien n’a fondamentalement évolué. Une approche qui continue de considérer les revendications kurdes de représentation, d’égalité et de statut comme des enjeux à circonscrire n’apporte aucune solution ; elle ne fait que redéfinir ses propres limites. C’est pourquoi le cadre actuel n’est pas nouveau, mais une simple continuation actualisée. Les pratiques de la République de Turquie sur le plan extérieur révèlent clairement les limites de ce discours. La possibilité constante d’une intervention militaire contre le Rojava, les pressions et provocations continues visant Shengal et Maxmur, ainsi que les opérations dirigées contre le Kurdistan oriental (Rojhilat) démontrent que les politiques visant les acquis kurdes restent inchangées. Tandis que cette politique se poursuit à l’extérieur, l’utilisation de termes tels que « solution » et « normalisation » au niveau national appelle à un examen critique du discours lui-même. Ce qui a changé, ce n’est pas la politique elle-même, mais la manière dont elle est présentée. Face à ce constat, il convient de s’interroger sur la réelle portée des débats menés au niveau national. Arrestations, nominations d’administrateurs, non-respect des mesures promises et reports constants des échéances indiquent que la politique menée à l’étranger se poursuit, sous une forme différente, au sein du pays. À ce stade précis, des déclarations récentes concernant le cœur du processus ont mis en lumière un autre débat. L’accent mis sur la nécessité de « définir le cadre juridique établi avec Abdullah Öcalan » montre que le véritable centre du processus est désormais ouvertement reconnu. Cependant, ce qui est décisif ici n’est pas l’existence d’une telle définition juridique, mais son contenu. L’établissement d’un statut ne garantit pas l’égalité. Tant que l’isolement et la détention au secret persistent, que la communication demeure limitée et contrôlée et que la sphère politique reste restreinte, tout « cadre juridique » qui pourrait émerger ne constituera pas un véritable terrain de négociation ; il restera un cadre prédéterminé aux limites fixes. Un tel cadre ne saurait aboutir à une solution durable et objective. C’est pourquoi, dans la question d’Imralı, le maintien de l’isolement et du manque de communication est déterminant. Tant que ces conditions ne seront pas levées et qu’une large participation sociale et politique ne sera pas assurée, aucun accord ne pourra prétendre à une légitimité historique. Une relation construite dans un cadre fermé n’est pas une négociation ; c’est une orientation. À ce stade, les débats récents sur l’organisation et la restructuration doivent également être abordés dans un cadre plus large. Les initiatives de la société civile et les nouvelles formes d’organisation sont indéniablement importantes. Toutefois, il est essentiel que ces discussions ne se limitent pas à une approche qui occulte la profondeur historique et politique de la question kurde et qui redéfinit le potentiel kurde à l’aune d’idéologiques étroites. L’héritage constitué par les Kurdes au cours du dernier demi-siècle a évolué vers une réalité vaste, multiforme et internationale qui ne saurait se réduire à une seule forme idéologique ou organisationnelle. Ce qui importe aujourd’hui, ce n’est donc pas la production de nouveaux concepts, mais le renforcement d’une perspective qui préserve l’intégrité du potentiel social et politique existant. Si la dynamique kurde n’est pas appréhendée conjointement avec le pouvoir qu’elle génère dans différents domaines, sa visibilité internationale et sa mémoire historique, même des débats bien intentionnés risquent, involontairement, de restreindre ce potentiel. En cette période, ce qui est décisif, ce n’est pas le concept qui s’impose, mais le terrain sur lequel le pouvoir s’exerce. Il y aura toujours des tentatives, de la part de différentes tendances politiques, pour orienter ce potentiel ou le confiner à leurs propres limites. L’essentiel, cependant, est que cette dynamique puisse se maintenir comme une force commune qui protège les intérêts historiques du peuple kurde sans être engluée dans des rivalités stériles. La réalité fondamentale qui doit être placée au cœur de ces débats est le lien historique. Il y a un demi-siècle, des révolutionnaires turcs ayant lutté aux côtés des Kurdes et participé à la fondation du Mouvement de libération du Kurdistan affirmaient clairement que la libération de la Turquie passait par celle du Kurdistan. Il ne s’agissait pas d’une simple affirmation théorique ; c’était une volonté historique qui a coûté cher. Une véritable démocratie en Turquie ne peut s’instaurer indépendamment de la liberté kurde. C’est pourquoi tout discours axé sur les solutions doit aujourd’hui être soumis à ce critère. Aucune approche qui retarde ou restreint la libération du Kurdistan ne saurait créer les conditions d’une démocratisation en Turquie. Ces deux enjeux sont indissociables. Dans un système où les Kurdes ne sont pas libres, la Turquie ne peut devenir démocratique. Bien entendu, analyser et exposer ce processus ne suffit pas. Cependant, comme à chaque moment historique, différents acteurs portent aujourd’hui des responsabilités différentes. Tandis que certains progressent par des voies pratiques et organisationnelles directes, le rôle de l’analyse intellectuelle et politique est de rendre visible le cadre construit, d’en exposer les limites et d’en préserver le seuil. Ce qu’il faut aujourd’hui, ce n’est donc pas seulement susciter des réactions, mais révéler le fonctionnement du champ sémantique construit, clarifier la différence entre la réalité et ce qui est présenté, et jouer un rôle d’alerte face à l’abaissement du seuil historique. La lutte ne se livre pas seulement sur le terrain, mais aussi au niveau du sens. En conclusion, l’enjeu du débat actuel n’est pas l’existence d’une solution, mais le seuil sur lequel repose celle qui est présentée comme telle. Aucun cadre qui ne satisfait pas à ce seuil d’égalité ne peut constituer une solution historique, quel que soit son nom. L’enjeu n’est pas le point de départ d’un processus, mais la vérité sur laquelle il repose. Tout cadre qui exclut la liberté du Kurdistan ne peut instaurer l’égalité, et tout fondement qui ne permet pas d’atteindre l’égalité ne peut constituer une solution historique. 

TURQUIE. Emprisonnement d’un ado kurde dont la responsabilité pénale est contestée

TURQUIE / KURDISTAN – Un adolescent kurde de 17 ans, résidant à Urfa (Riha), a été arrêté le 5 janvier 2026 à la suite d’une altercation sur une plateforme numérique. Il est accusé de « menaces par usurpation d’identité au nom d’organisations criminelles », d’« atteinte à la mémoire d’une personne » et d’« obtention illégale de données personnelles ».

Actuellement détenu dans un centre pour mineurs à Hatay, l’adolescent souffre de troubles psychiatriques graves et a fat plusieurs tentatives de suicide. Sa famille et ses avocats contestent fortement sa responsabilité pénale.

Rapports contradictoires sur sa santé mentale

Les documents d’enquête décrivent ses capacités mentales comme « limites ». En revanche, les rapports médicaux fournis par la famille et la défense attestent d’une déficience intellectuelle, d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et d’un suivi psychiatrique régulier.

Selon le droit turc, la responsabilité pénale exige que l’individu soit capable de comprendre la signification juridique de ses actes et d’orienter ses comportements en conséquence. Or, ces éléments restent contestés.

Tentatives de suicide en détention

Des avocats de l’Association des droits de l’homme (İHD) ayant visité l’enfant ont rapporté plusieurs tentatives de suicide et de graves crises pendant sa détention. La famille dénonce le fait que ses médicaments habituels ne lui sont pas correctement administrés, voire parfois refusés, aggravant considérablement son état de santé.

Intervention de la députée Newroz Uysal

La députée du parti DEM, Newroz Uysal, a vivement réagi : « La responsabilité pénale de cet enfant est discutable. Sa détention est sans fondement juridique. Il doit être libéré immédiatement. »

Elle dénonce le fait que l’État isole et punit un enfant vulnérable au lieu de le protéger et de lui apporter les soins nécessaires. « Il s’agit d’une personne facilement manipulable », a-t-elle souligné.

Lors d’une visite au centre de Hatay en février 2026, la députée a également documenté des cas d’agressions, d’insultes et de coupes de cheveux forcées à l’encontre des mineurs détenus.

Demande de libération urgente

Newroz Uysal et Beritan Güneş, autre députée DEM et membre de la sous-commission des droits de l’enfant, ont déposé une plainte auprès de la Commission d’enquête sur les droits de l’homme (İHİK) et une question parlementaire au ministère de la Justice.

« Nous ne devrions plus parler de détention, mais de protection et de libération immédiate pour cet enfant », a déclaré Newroz Uysal.

Pourquoi les Kurdes d’Iran n’ont pas ouvert de front terrestre contre le régime ?

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Alors que les États-Unis et Israël menaient leur offensive contre l’Iran depuis le 28 février 2026, une question est restée largement inexpliquée : pourquoi les partis kurdes iraniens, malgré leur présence armée et la proximité du Kurdistan irakien, n’ont-ils pas transformé le Kurdistan oriental en un front terrestre actif ?
 
Au-delà des menaces iraniennes et turques, la principale raison semble être le manque de confiance envers Washington. L’expérience amère des Kurdes de Syrie en 2025-2026, marquée par la politique de l’envoyé américain Tom Barrack favorable à un État centralisé et à l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) dans une Syrie unifiée, a fortement refroidi les ardeurs des Kurdes d’Iran.
 
Face à l’absence de garanties politiques claires pour l’après-guerre, les partis kurdes iraniens ont préféré ne pas se mettre en première ligne d’une guerre dont ils craignent de payer le prix le plus lourd une fois le conflit terminé.
 
L’article suivant met en lumière les leçons tirées du Rojava et leur impact direct sur les calculs stratégiques au Kurdistan oriental.
 

L’une des questions les moins abordées dans le plan de guerre américano-israélien contre l’Iran depuis le 28 février 2026 concerne la raison pour laquelle le front kurde iranien ne s’est pas transformé en un front terrestre actif au Kurdistan oriental (nom utilisé dans la littérature politique kurde pour désigner les régions kurdes de l’ouest de l’Iran), malgré la présence d’organisations kurdes armées et malgré la géographie frontalière avec la région du Kurdistan irakien, qui offre théoriquement un espace opérationnel considérable.

Une analyse purement militaire ne suffit pas à expliquer la situation. Certes, l’Iran a proféré des menaces directes à l’encontre de la région du Kurdistan irakien, mettant en garde contre toute action armée lancée contre elle depuis les camps des partis kurdes, dont la plupart sont situés dans des zones sous l’autorité du gouvernement régional du Kurdistan. Il est également vrai que la Turquie a rapidement mis en garde le Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) contre toute incursion en Iran. Mais tout cela ne suffit pas à expliquer pourquoi les partis kurdes n’ont pas répondu à la demande directe du président américain Donald Trump de participer à des opérations terrestres – au point que le nom des Kurdes en Iran a fait la une des médias internationaux et que des informations erronées ont circulé concernant une attaque terrestre kurde au début du conflit.

La question est largement liée au niveau de confiance politique que les partis kurdes iraniens accordent à l’acteur censé parrainer une telle intervention, à savoir les États-Unis. Dans ce contexte, une hypothèse importante se dégage : l’expérience acquise par les Kurdes au cours de l’année écoulée en Syrie, sous la direction de l’envoyé américain Tom Barrack, a constitué un frein politique transfrontalier, rendant les Kurdes d’Iran plus prudents et moins enclins à s’engager dans une aventure terrestre sans garanties politiques préalables.

Hypothèse principale

Cette hypothèse repose sur l’idée que les Kurdes d’Iran n’ont pas perçu la guerre en cours contre Téhéran uniquement sous l’angle de l’épuisement du régime iranien. Ils ont également pris en compte les approches concrètes adoptées par Washington à l’égard des Kurdes de Syrie et d’Irak ces dernières années. Au Kurdistan irakien, Washington n’a pas soutenu le référendum d’indépendance organisé à l’automne 2017 et n’a déployé aucun effort pour mettre fin aux attaques des milices des Forces de mobilisation populaire (FMP) dans la région. Depuis la nomination de Tom Barrack comme envoyé spécial pour la Syrie en mai 2025, la politique américaine s’est clairement orientée vers la priorité accordée à la « réunification de l’État syrien » et à l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) au sein de la nouvelle autorité centrale de Damas.

Barrack a publié une série de déclarations sur les inconvénients de la gouvernance autonome dans les États – des remarques que les centralistes nationalistes ont exploitées pour légitimer de nouvelles guerres d’extermination en Syrie. Ses déclarations ont même encouragé les milices des Forces de mobilisation populaire à remettre en question l’expérience de la région du Kurdistan irakien, se félicitant des propos controversés de Tom Barrack lui-même sur l’échec du fédéralisme en Irak – propos qu’aucun homme politique irakien hostile à la région n’avait osé tenir depuis la chute du régime de Saddam Hussein.

Premièrement : quel rôle a joué Tom Barrack dans le dossier syrien ?

Lorsque Barrack s’est impliqué dans le dossier syrien, il avait une vision claire du type d’État que Washington souhaitait instaurer dans la Syrie post-Assad : un État centralisé doté d’une autorité unique, d’une armée unique et de pouvoirs locaux limités. Cette orientation s’est imposée progressivement, en œuvrant à la dissolution des Forces démocratiques syriennes (FDS), ou tout au plus à leur intégration aux institutions étatiques syriennes, guidée par une idéologie de non-coexistence. Barrack a présenté ces idées, avec l’aval de l’administration Trump, comme des mesures qui permettraient ultérieurement un retrait américain total de Syrie, tout en signalant à plusieurs reprises que Washington ne voyait plus d’avenir à long terme pour un partenariat distinct avec l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie.

Cette approche a pris encore plus d’importance lorsque Washington, par l’intermédiaire de Barrack, a approuvé l’intégration de milliers d’anciens combattants étrangers dans la nouvelle structure militaire syrienne, à condition de « transparence », alors même que nombre d’entre eux avaient appartenu à des formations rebelles djihadistes. Auparavant, cette question constituait l’un des obstacles les plus complexes au rapprochement occidental avec Damas.

Du point de vue kurde, Washington – représenté par Tom Barrack – semblait plus flexible quant à l’intégration des individus issus du milieu de Hayat Tahrir al-Sham et d’Al-Qaïda, tout en insistant davantage pour pousser les Kurdes à abandonner leur propre formule politique et militaire au profit d’une vision djihadiste qui prétend avoir abandonné le djihad mais conserve tous les outils de la mobilisation djihadiste dans tout conflit interne.

Les efforts visant à appliquer des modèles de gouvernance décentralisée dans la région, malgré les promesses qu’ils portent pour des sociétés épuisées par de longues années de dictature et de guerres, seront inévitablement complexes, inégaux, vulnérables aux revers et sujets à des manipulations extérieures.

Lorsque Tom Barrack a déclaré que « le fédéralisme ne fonctionne pas » en Syrie et en Irak, il réaffirmait une conception internationale vieille d’un siècle, une conception qui, à maintes reprises, n’a pas permis d’instaurer la paix, la stabilité ni la justice dans la région. Sa déclaration, qui critiquait notamment la lenteur des Forces démocratiques syriennes à négocier avec les nouvelles autorités de Damas, laissait entendre que la gouvernance décentralisée constituait un obstacle à la résolution du conflit. Les dirigeants de ce qu’on a appelé le « nouveau centralisme » se sont empressés d’exploiter cette rhétorique pour lancer une attaque sanglante contre les Druzes à Soueïda, tout en menaçant les Kurdes comme prochaine cible.

Une analyse antérieure du Centre d’études kurdes a souligné que ce n’est pas le fédéralisme qui a déstabilisé l’Irak, contrairement à ce que suggérait Barrack, mais plutôt la contestation de ce modèle qui a ravagé le pays après des années de convergence du terrorisme sur son territoire, créant un véritable « incubateur de terreur ». L’idéologie djihadiste n’a pas réussi à gouverner l’Irak, mais elle a jeté les bases d’une dévastation structurelle, au point que même les vainqueurs sont devenus des instruments de destruction et de corruption. En définitive, ce n’est pas le fédéralisme qui est inefficace, mais plutôt la contestation de ce modèle qui a nui à l’expérience irakienne, laquelle demeure néanmoins plus favorable que celle de ses voisins en matière de répartition des pouvoirs entre les régions et le pouvoir central.

Les États centralisés du Moyen-Orient n’ont engendré ni unité ni stabilité. Au contraire, ils ont semé la division, créé des vides de pouvoir et déclenché des cycles de violence dont les effets se sont propagés au-delà des frontières. En concentrant le pouvoir entre les mains d’élites restreintes, ces systèmes ont engendré des facteurs d’émigration massifs et de déplacements de population. Parallèlement, les structures autoritaires ont contribué à créer un terreau fertile pour l’extrémisme et le terrorisme.

Les effets cumulatifs de ces dynamiques révèlent l’ampleur des risques associés à de tels systèmes politiques. Supposer que la réactivation ou le maintien du même modèle central autoritaire pourrait aboutir à des résultats différents revient à ignorer des décennies de preuves démontrant le contraire.

Deuxièmement : Les réalités de terrain observées par les Kurdes d’Iran

Le 8 janvier 2026, le ministère syrien de la Défense a annoncé un cessez-le-feu dans trois quartiers d’Alep après trois jours d’attaques violentes contre les forces locales, au milieu de bombardements, d’incendies, de déplacements massifs de population et de graves violations.

Le débat n’est plus théorique, opposant centralisation et décentralisation. Il reflète désormais un modèle montrant que le nouvel État de Damas est prêt à recourir à la force dans les zones à forte présence kurde en cas d’enlisement des négociations.

Lors de l’offensive lancée en janvier 2026 contre les zones situées à l’est de l’Euphrate, Washington n’a pas explicitement objecté à une opération limitée contre les Forces démocratiques syriennes (FDS). Cependant, l’opération, telle qu’elle s’est déroulée, s’est transformée en une véritable guerre d’envergure contre les Kurdes. En réaction, le commandant général des FDS, Mazloum Abdi, a décrété une mobilisation générale dirigée à la fois contre les forces syriennes et, plus spécifiquement, contre la politique américaine.

Quelques jours plus tard, la situation s’est envenimée. Le 21 janvier 2026, Reuters a publié une enquête révélant comment Ahmed al-Sharaa avait repris le contrôle de zones auparavant sous contrôle des FDS, avec le soutien indéfectible de Washington. Selon ce rapport, des responsables syriens avaient proposé à Paris une opération limitée pour reconquérir certains secteurs, sans rencontrer d’objection. Deux semaines plus tard, au début de l’offensive, Washington a commencé à faire savoir aux FDS qu’il réduisait son soutien traditionnel, d’après un diplomate américain et d’autres sources. Reuters a également rapporté, citant trois sources, que Barrack avait déclaré au commandant des FDS, Mazloum Abdi, lors d’une réunion le 17 janvier 2026 au Kurdistan irakien, que les intérêts américains allaient à Ahmed al-Sharaa plutôt qu’aux FDS.

Pour les Kurdes d’Iran, cela suffisait à renforcer une impression pessimiste : si tel est le sort du Rojava après des années de combats aux côtés de Washington, quel serait le sort des Kurdes d’Iran s’ils entraient en guerre pour se retrouver ensuite confrontés à un État centralisé encore plus extrême ?

Troisièmement : Comment le modèle syrien a influencé les calculs des Kurdes d’Iran

Le 6 mars 2026, l’Associated Press rapportait, citant des dirigeants kurdes du Kurdistan oriental, qu’ils ne prévoyaient pas d’attaque transfrontalière imminente contre l’Iran, mais qu’ils pourraient se joindre à une invasion terrestre si les États-Unis en lançaient une. Cependant, tous s’accordaient à dire que les Kurdes « ne devaient pas se mettre en première ligne de l’attaque ». Cette phrase révèle toute leur prudence. L’enjeu n’est plus la présence de combattants ni la capacité d’opérer à travers les montagnes frontalières, mais bien la question suivante : qui garantira l’avenir après la guerre ?

De ce point de vue, la position inflexible des partis kurdes iraniens – ou ce que certains milieux américains et israéliens considéraient comme des « conditions impossibles » – se comprend. Ces partis analysaient très probablement l’expérience syrienne point par point. Ils constataient que Washington poussait le Rojava vers l’intégration à un État centralisé tout en ouvrant la voie à une opération militaire aux caractéristiques génocidaires contre les Kurdes. Dans ce contexte, exiger des garanties politiques et juridiques bien plus solides devenait inévitable, car l’alternative pourrait être pire que de rester totalement à l’écart du conflit.

Quatrièmement : Pourquoi ce facteur a-t-il eu plus d’influence que le facteur militaire ?

Les Kurdes d’Iran ne perçoivent pas la guerre comme un simple épisode tactique, mais comme une étape vers l’après. À leurs yeux, l’après est plus dangereux encore que les combats eux-mêmes. S’ils participent à l’affaiblissement de Téhéran ou à l’ouverture d’un large front intérieur sans garanties claires de la part des États-Unis concernant le futur système politique, la décentralisation, les droits nationaux ou la protection contre les représailles d’une nouvelle autorité ou d’interventions régionales ultérieures, ils pourraient se retrouver confrontés à une version iranienne de la guerre encore plus violente que celle subie par les Kurdes en Syrie.

Le modèle syrien leur a fourni un tableau presque complet : une longue guerre, un partenariat avec Washington, une structure d’autogestion relativement cohérente, suivie d’intenses pressions américaines pour un retour au centre, parallèlement à une volonté décroissante de protéger cet arrangement sur le terrain.

Cinquièmement : L’importance du facteur turc dans cette évaluation

Un autre élément a accru la prudence des Kurdes d’Iran : l’expérience syrienne a également démontré comment les pressions américaines se conjuguent aux objections turques. Tout mouvement kurde d’envergure en Iran, sans engagement juridique formel des États-Unis, signifierait non seulement une confrontation avec Téhéran, mais pourrait aussi susciter l’hostilité d’autres gouvernements centraux de la région, notamment la Turquie, plaçant ainsi les forces kurdes dans un encerclement géographique sur plusieurs fronts.

Scénarios possibles

Le premier scénario, et le plus probable, est que l’hésitation des Kurdes iraniens persistera tant que Washington sera incapable de fournir des garanties politiques allant au-delà d’accords temporaires. Dans ce cas, des mouvements limités ou des opérations symboliques pourraient encore avoir lieu, mais sans pour autant déboucher sur un front terrestre d’envergure.

Le second scénario envisage la possibilité que les États-Unis tentent ultérieurement, si la guerre se poursuit, de rétablir la confiance par le biais d’engagements politiques, d’accords ou d’un soutien plus direct. Toutefois, le succès de ces efforts restera limité sans un véritable changement de comportement de leur part envers les Kurdes en Syrie même. Les signaux négatifs en provenance de l’est de l’Euphrate ont suscité des inquiétudes au sein de la communauté kurde.

Le troisième scénario, le moins probable, est qu’une évolution dramatique de la situation sur le terrain en Iran puisse pousser certains partis kurdes à prendre le risque de semer le chaos et à ouvrir un large front malgré leurs réticences. Cependant, les informations disponibles à ce jour ne laissent pas penser qu’il s’agit de leur option privilégiée, notamment compte tenu de leur refus catégorique de devenir le fer de lance d’une attaque sans un engagement américain sous la forme d’une loi votée par le Congrès, semblable à la loi de libération de l’Irak qui a permis le renversement du régime de Saddam Hussein en 2003.

Conclusion

L’absence d’une « armée terrestre kurde » dans la guerre en Iran reflète un manque de confiance dans le plan américain pour « l’après-guerre ».

Il est probable que l’une des principales raisons de l’échec de Washington à transformer les Kurdes d’Iran en une force terrestre efficace dans le conflit en cours soit l’érosion de la confiance des Kurdes envers l’administration américaine, suite aux événements survenus en Syrie en 2025 et janvier 2026. Cela ne signifie pas pour autant que Tom Barrack soit le seul facteur, ni que les partis kurdes iraniens étaient initialement prêts à entrer en guerre et se soient ensuite retirés uniquement à cause de lui. Mais il a probablement été l’une des raisons les plus importantes de cette réévaluation, qui a conclu que l’implication des Kurdes iraniens apparaissait très risquée et n’offrait que des gains limités.

La politique américaine concernant la question kurde en Syrie a contribué à compromettre la possibilité de tirer profit des forces kurdes en Iran – le seul acteur local capable d’étendre la guerre sur le territoire iranien par le biais d’une campagne terrestre organisée.

Article publié par l’unité d’études iraniennes sur le site The Kurdish Center For Studies « How Tom Barrack Caused Washington to Lose the “Kurdish Army” in Iran« 

IRAN. Un athlète de 26 ans risque la peine de mort

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IRAN – L’ONG kurde Hengaw alerte sur le risque imminent d’une condamnation à mort contre Benjamin Naqdi, un athlète iranien de 26 ans détenu à la prison d’Adelabad à Shiraz. Cette affaire intervient dans un contexte de recrudescence des exécutions en Iran.

Selon les informations recueillies par Hengaw, Naqdi, arrêté lors des manifestations de janvier 2026 à Shiraz, est accusé de « moharebeh » (guerre contre Dieu), un chef d’accusation passible de la peine de mort en Iran.

Il est actuellement maintenu à l’isolement total et privé de visites familiales. Arrêté le 3 janvier 2026, il aurait subi des tortures et des pressions pour obtenir des aveux forcés. Une vidéo de ces « aveux » a ensuite été diffusée par les médias d’État.

Depuis son arrestation, Benjamin Naqdi se voit refuser l’accès à un avocat et à ses droits fondamentaux. Sa famille n’a pas été informée des charges retenues contre lui ni de l’avancée des poursuites judiciaires.

Athlète reconnu en kickboxing et en muay-thaï, Naqdi avait remporté plusieurs titres lors de compétitions nationales et internationales.

Cette affaire intervient dans un contexte de recrudescence des exécutions en Iran. Depuis le début du récent conflit, au moins 14 prisonniers politiques, dont sept arrêtés lors des manifestations de décembre, ont déjà été exécutés.

Hengaw appelle les organisations internationales et les défenseurs des droits humains à intervenir d’urgence pour empêcher la condamnation à mort et l’exécution de Benjamin Naqdi.

IRAN. Au moins 1 030 civils tués en 40 jours de guerre

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IRAN / ROJHILAT — Selon le dernier rapport de l’ONG kurde Hengaw, au moins 1 030 civils ont perdu la vie lors des 40 jours de conflit, victimes des frappes aériennes et de missiles menées par les forces américaines et israéliennes sur diverses villes d’Iran. Ce bilan représente 13,5 % du total des victimes enregistrées dans le pays (7 650 morts au total).

Parmi ces victimes civiles, Hengaw confirme la mort d’au moins 189 mineurs et 215 femmes, soulignant l’impact particulièrement lourd sur la population civile.

Les provinces les plus touchées sont celles de Téhéran, Hormozgan, Lorestan, Alborz, Fars et Azerbaïdjan oriental.

Dans la ville de Minab (province d’Hormozgan), l’ONG a vérifié l’identité de 48 élèves d’une école primaire tués lors d’une frappe. Ce chiffre est nettement inférieur aux 120 décès d’élèves initialement annoncés par les autorités iraniennes.

Hengaw a répété tout au long du conflit que les forces militaires iraniennes avaient déserté leurs bases officielles pour se positionner dans des lieux civils, notamment des écoles, des dortoirs universitaires et des mosquées situées en zones résidentielles. De telles pratiques, qualifiées d’utilisation de « boucliers humains », constituent une violation des Conventions de Genève et exposent directement les civils à un risque accru.

SYRIE. « C’est la France qui a installé les Arabes à Raqqa »

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SYRIE / ROJAVA – « Les Français, n’ayant pas réussi à rallier la grande tribu kurde Berazi, se sont tournés vers les tribus arabes Enize, éleveurs de chameaux venus d’Arabie saoudite au XVIIIe siècle. Ils leur ont fourni armes et argent pour expulser les Kurdes de Raqqa et de ses plaines, alors exclusivement kurdes. »

Salih Gêlo Nehsan, intellectuel et militant kurde issu d’une famille influente de Kobanê, est un témoin privilégié d’une période historique décisive pour la région.

Dans cet entretien accordé à Rûdaw, il retrace le processus de fondation de Kobanê et livre des révélations importantes sur l’histoire de la ville et de Raqqa. Il affirme notamment que « Raqqa et ses plaines étaient à l’origine des colonies kurdes, sans aucune maison arabe à cette époque ».

Il explique en détail comment les autorités françaises, dans le but d’affaiblir la résistance kurde, ont fait venir des tribus arabes nomades du sud de l’Euphrate — notamment les Enize — et les ont installées sur des terres kurdes, en violation des accords initiaux. Ces politiques ont profondément modifié la démographie de la région et constituent une clé de compréhension des changements survenus en Syrie et au Rojava.

Ces informations sont cruciales pour comprendre les origines des changements démographiques en Syrie et au Rojava. L’entretien ne se limite pas à l’histoire de la région, mais aborde également la vie de lutte et de souffrance de Nehsan. Il relate son engagement pour la cause kurde, des sombres cachots du régime baasiste à ses activités politiques à Beyrouth. Il nous rappelle comment elle s’est battue pour préserver l’identité kurde et créer des organisations étudiantes indépendantes malgré la forte pression des services de renseignement syriens.

Au-delà de l’histoire locale, Salih Gêlo Nehsan évoque son propre parcours de lutte. De ses années d’emprisonnement et de torture sous le régime baasiste à son engagement politique à Beyrouth, il a consacré sa vie à défendre l’identité kurde. Il a notamment fondé des organisations étudiantes kurdes indépendantes malgré la surveillance constante des services de renseignement syriens. Au Liban, il a travaillé aux côtés de figures majeures telles que Kamal Joumblatt et Jalal Talabani.

Cet entretien, riche en souvenirs et en analyses, fait le lien entre le passé et le présent. Il rappelle comment les événements du siècle dernier continuent de façonner le destin du Rojava aujourd’hui.

Extrait de l’entretien réalisé par Azad Ahmed Ali :

Rûdaw : Quelles sont les scènes et les événements les plus marquants du passé de Kobani ?

Salih Gêlo Nehsan : Dans les années 1930, Kobani n’était qu’un petit village où les habitants vivaient principalement de l’élevage de moutons et de bovins. La ville s’est développée avec l’arrivée de la compagnie allemande chargée de la construction de la ligne de chemin de fer Bagdad-Berlin. Le nom « Kobani » vient d’ailleurs du mot « Compagnie », dont le « m » a été supprimé pour faciliter la prononciation. La ville a également accueilli de nombreux réfugiés après le génocide arménien.

Les Français, n’ayant pas réussi à rallier la grande tribu kurde Berazi, se sont tournés vers les tribus arabes Enize, éleveurs de chameaux venus d’Arabie saoudite au XVIIIe siècle. Ils leur ont fourni armes et argent pour expulser les Kurdes de Raqqa et de ses plaines, alors exclusivement kurdes.

Sur l’oppression baasiste et son engagement :

Après le lycée, Nehsan a été admis dans des universités aux États-Unis et en Autriche, mais les services de sécurité syriens lui ont refusé un passeport. Il a rejoint le Parti démocratique kurde syrien en 1964 et a été arrêté et torturé à plusieurs reprises. Il a passé six mois et demi dans les geôles de la citadelle de Damas.

Plus tard, il s’est exilé au Liban où il a étudié à l’Université américaine de Beyrouth. Il y a fondé une organisation étudiante kurde avec l’autorisation de Kamal Joumblatt et a travaillé en étroite collaboration avec Jalal Talabani (« Mam Jalal »).

IRAN. Une prisonnière politique libérée après 16 ans de captivité

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IRAN – Maryam Akbari Monfared, l’une des prisonnières politiques les plus emblématiques d’Iran, a été libérée ce mercredi 8 avril 2026 après avoir passé plus de 16 ans derrière les barreaux sans bénéficier d’un seul jour de permission.

Arrêtée fin décembre 2009 (début janvier 2010 selon les sources), elle a purgé intégralement sa peine initiale de 15 ans pour « inimitié envers Dieu » (moharebeh), prononcée en raison de son soutien aux Moudjahidines du peuple d’Iran (MEK) et surtout pour avoir réclamé justice pour ses frères et sœur exécutés lors du massacre de prisonniers politiques de 1988.

Sa libération intervient alors qu’elle était considérée comme la deuxième prisonnière politique féminine la plus longtemps détenue en Iran, juste derrière Zeynab Jalalian, prisonnière politique kurde qui, elle, reste incarcérée depuis près de 18 ans et demeure derrière les barreaux dans des conditions préoccupantes.

ROJAVA. Les Kurdes toujours mobilisés pour la libération des otages

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SYRIE / ROJAVA – Des familles d’otages kurdes, des représentants d’institutions et des habitants de Qamishlo ont manifesté aujourd’hui devant le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Ils réclament la libération immédiate des soldats et civils kurdes, dont des femmes, détenus par Damas depuis janvier dernier et dont on ignore le sort.

Organisée par l’Initiative populaire de Qamishlo, la marche a rassemblé des centaines de personnes sous le slogan : « La liberté des détenus fait partie de notre liberté… Nous exigeons la libération de nos jeunes. » Des organisations de la société civile, des partis politiques et des membres de la communauté locale ont pris part à l’événement.

Le cortège a débuté au stade du 12 mars pour s’achever devant le bureau du HCR. Les participants y ont dénoncé les détentions opérées par le gouvernement intérimaire syrien depuis janvier 2026. Les manifestants arboraient des portraits de détenus ainsi que des banderoles demandant justice et dénonçant l’inaction des autorités compétentes.

L’événement s’est conclu par la lecture d’une déclaration bilingue, en arabe par Wasel Asaad et en kurde par Amad Delbak. Le texte souligne que cette demande est avant tout humanitaire et repose sur le droit fondamental à la liberté et au respect de la dignité.

Le communiqué précise que cette détention prolongée, qui dure depuis plus de deux mois, aggrave la détresse des familles et alimente les tensions régionales. En conclusion, les organisateurs ont appelé les instances internationales et les organisations de défense des droits de l’homme à exercer une pression réelle pour garantir la sécurité et la libération inconditionnelle de tous les détenus.

Damas fait disparaître les Kurdes par un coup de crayon magique

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SYRIE / ROJAVA – Depuis le 6 avril 2026, le ministère de l’Intérieur syrien reçoit les demandes de citoyenneté des Kurdes en application du décret n° 13. Pourtant, de nombreux demandeurs se voient imposer de cocher la case « Arabe » sur les formulaires officiels. L’État ne leur accorde pas simplement des papiers : il efface leur identité kurde sur le papier pour fabriquer une majorité arabe « légale » dans le Rojava (Al-Hasakah).

Ce document administratif deviendra demain la « preuve » pour leur refuser écoles en kurde, droits fonciers et représentation politique. Une fois enregistrés comme « Arabes syriens », leur existence ethnique et linguistique sera niée dans les registres d’État.

Cette pratique n’est pas une erreur isolée. Elle prolonge des décennies de persécution :

  • Le recensement discriminatoire de 1962 qui a rendu des centaines de milliers de Kurdes apatrides ;

  • La Ceinture arabe (1960-1970), politique d’ingénierie démographique qui a entraîné la déportation de dizaines de milliers de Kurdes, la confiscation de leurs terres et l’installation forcée de colons arabes ;

  • Des massacres répétés, comme celui de Qamishli en 2004, et des vagues de répression violente commencée sous le régime baasiste et poursuivie par les gangs de Damas et de Turquie encore hier.

À l’image de la « correction de nationalité » en Irak ou de la fiction des « Turcs des montagnes » en Turquie, Damas utilise aujourd’hui la bureaucratie pour achever ce que la force avait commencé. Le stylo administratif modernise l’effacement des Kurdes : moins spectaculaire que les bulldozers, mais tout aussi efficace pour justifier demain leur marginalisation, leur expropriation ou leur déplacement.

Le décret n° 13, présenté comme une « réparation historique », est trahi dans sa mise en œuvre. Les Kurdes dénoncent déjà ces enregistrements systématiques comme une violation flagrante de l’esprit du texte. Tant que cocher « Arabe » reste la condition implicite pour exister légalement, les Kurdes de Syrie n’obtiendront que des passeports au prix de leur identité collective.

Après des décennies de déni, de déportations et de sang versé, cette nouvelle ruse administrative révèle la persistance du suprémacisme arabe qui refuse toujours de reconnaître pleinement les Kurdes comme un peuple à part entière sur leur terre ancestrale.