Les Kurdes au cœur des corridors énergétiques

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Kurdistan – La montée des tensions entre l’Iran, Israël et les États-Unis, conjuguée à la fermeture du détroit d’Ormuz, a propulsé les corridors terrestres alternatifs au centre des préoccupations géopolitiques mondiales. Deux projets traversent directement le Kurdistan : la « Route du Développement » irako-turque et le « Plan des Quatre Mers » syro-turc.

Le retour du « Plan des Quatre Mers »

Initiée sous Bachar el-Assad, cette vision stratégique vise à transformer la Syrie en un carrefour régional reliant le golfe Persique, la Méditerranée, la mer Caspienne et la mer Noire via oléoducs, gazoducs, routes et voies ferrées. Longtemps bloqué par la guerre, les sanctions et l’instabilité, le projet a été relancé après la chute du régime Assad fin 2024.

Le nouveau président de transition syrien, Ahmed al-Sharaa (al-Jolani), a activement promu l’initiative lors du Forum diplomatique d’Antalya (17 avril) et au sommet de l’UE à Chypre (24 avril). Il a présenté la Syrie comme un « corridor sûr » vers la Méditerranée reliant le Golfe à la Turquie. Le ministre des Affaires étrangères Asaad al-Shaibani a ensuite qualifié le projet de « nouvelle phase de coopération stratégique » avec Ankara.

Soutien américain et dimension anti-IMEC

Un document attribué à Tom Barrack, envoyé spécial américain pour la Syrie, et relayé par Al Majalla, envisage la Syrie comme future plaque tournante énergétique. Il prévoit notamment la réhabilitation de l’oléoduc Kirkouk-Baniyas (coût estimé : 4,5 milliards de dollars) et des revenus annuels de transit d’environ 200 millions de dollars. Le plan inclut également l’extension du gazoduc arabe (Égypte-Turquie via Syrie) et la route gazière Qatar-Turquie.

Ce projet, comme la « Route du Développement » (Bassorah-Turquie-Europe), est clairement perçu à Ankara comme une réponse à l’exclusion de la Turquie du corridor Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), soutenu par les États-Unis, Israël et les pays du Golfe.

La « Route du Développement » : corridor irako-turc

Signé en avril 2024 à Bagdad par la Turquie, l’Irak, le Qatar et les Émirats arabes unis, ce projet prévoit un réseau ferroviaire et routier de 1 200 km reliant le Golfe à l’Europe via la Turquie. Il passe notamment par Zakho, Duhok, Mossoul et Kirkouk.

Risques pour le Kurdistan

Au-delà des aspects économiques, ces mégaprojets comportent une forte dimension sécuritaire. Ils traversent massivement les territoires kurdes (Rojava, Kurdistan du Sud et Kurdistan du Nord) et risquent d’entraîner une militarisation accrue, un renforcement des occupations turques et une marginalisation des acteurs kurdes locaux.

Comme l’analysait Selahattin Erdem dans Yeni Özgür Politika, la « Route du Développement » vise notamment à encercler le Kurdistan du Sud, compensant les difficultés turques dans les zones de défense du PKK.

Conclusion

Qu’il s’agisse du Plan des Quatre Mers ou de la Route du Développement, le Kurdistan se retrouve au centre géographique et géopolitique des nouveaux corridors énergétiques et commerciaux du Moyen-Orient. Zone de transit incontournable, riche en hydrocarbures et située au carrefour de la Turquie, de l’Irak, de la Syrie et de l’Iran, il constitue à la fois une opportunité et un enjeu majeur dans les rivalités régionales et internationales.

Rojnews

ROJAVA. L’eau revient à Hassaké après des années de coupure

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SYRIE / ROJAVA – – La ville de Hassaké et plusieurs localités environnantes ont retrouvé l’accès à l’eau potable après des années de perturbations sévères, suscitant un vif soulagement chez les habitants.

Selon des correspondants locaux, l’eau a recommencé à couler mardi soir dans les conduites des quartiers résidentiels de Hassaké. Les villes de Hassaké, Tel Tamer et une grande partie de la campagne environnante dépendent principalement de la station de pompage d’Alouk, située dans la campagne de Ras al-Aïn (Serekaniye).

Une arme de guerre

La station d’Alouk avait été prise en octobre 2019 par les forces turques et les factions armées syriennes qui leur sont affiliées lors de l’offensive « Source de Paix ». Depuis, la Turquie et ses proxies ont régulièrement coupé ou fortement réduit l’approvisionnement en eau, une tactique largement dénoncée comme une arme de guerre visant à exercer une pression sur l’administration autonome kurde et à pousser les populations kurdes à la reddition ou à l’exode.

Ces coupures répétées ont provoqué une crise humanitaire majeure, affectant plus d’un million de personnes et obligeant les autorités locales à mettre en place des conduites d’alimentation alternatives depuis l’Euphrate.

Source encore incertaine

Pour l’heure, il n’est pas confirmé si l’eau qui arrive actuellement provient de la remise en service de la station d’Alouk elle-même ou si elle transite par la conduite alternative mise en place par la Direction des eaux. Des vérifications sont en cours.

Les Kurdes d’Iran, les plus pauvres du pays

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IRAN / ROJHILAT — Selon les dernières données du Centre statistique d’Iran, l’indice de misère national a atteint 61,3 %. Les provinces kurdes de l’ouest du pays occupent les premières places du classement.

La province du Kurdistan (Sine/Sanandaj) arrive en tête avec un indice de 77 %, faisant d’elle la région la plus pauvre d’Iran. Elle est suivie de très près par Kermanshah (75 %), Lorestan (74,4 %) et Ilam.

Ces provinces, majoritairement kurdes ou à forte présence kurde, subissent depuis des années un chômage structurellement élevé, une inflation galopante et une marginalisation économique chronique.

L’indice de misère, qui combine taux de chômage et taux d’inflation, témoigne d’une paupérisation croissante et d’une nette érosion du pouvoir d’achat de la population.

Syrie : Le fédéralisme affaiblit-il vraiment l’État ?

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SYRIE / ROJAVA – « Je souhaite que les peuples de la région continuent à creuser leur propre chemin et que les États qui veulent rester centralisés continuent à creuser leur propre tombe », Chris den Hond.
 
Dans sa réponse à Samir Aita, Chris den Hond défend le projet d’autonomie kurde en Syrie. Il conteste l’idée que le fédéralisme affaiblirait nécessairement l’État syrien et l’exposerait aux ingérences étrangères.
 
Voici les points principaux de l’article de Chris den Hond publié sur le site Contre Temps :
 
Un État très centralisé comme la Syrie actuelle d’Ahmed al-Charaa est au contraire plus vulnérable : Israël occupe davantage de territoire et la Turquie exerce une influence massive au cœur du pouvoir à Damas.
 
La décentralisation administrative ambitieuse défendue par Aita, dès lors qu’elle inclut éducation en langue maternelle, culture, police locale et levée partielle d’impôts, rejoint de fait le fédéralisme ou l’autonomie régionale.
 
Fédéralisme, autonomie, décentralisation ou régionalisation sont des notions très proches ; elles diffèrent surtout par le degré de pouvoirs transférés aux régions. Les domaines régaliens (armée, affaires étrangères, frontières) restent généralement nationaux.
 
Les exemples d’États fédéraux ou fortement décentralisés (Allemagne, Espagne, Belgique, Irak…) montrent qu’ils renforcent souvent le « vivre ensemble » et limitent les tentations séparatistes, contrairement aux États centralisés autoritaires.
 
Les Kurdes syriens (FDS/AANES) ont pratiqué pendant dix ans un fédéralisme territorial (basé sur le droit du sol, pas ethnique), réduisant fortement les tensions intercommunautaires. Ils ont obtenu de facto une autonomie régionale (brigades autonomes, institutions locales, éducation en kurde) même sans le nom officiel.
 
En conclusion, Den Hond déclare qu’un fédéralisme territorial est préférable à un centralisme qui mène souvent à l’oppression et à l’ingérence. Il invite les peuples de la région à tracer leur propre voie plutôt que de copier des modèles centralisateurs qui ont échoué.
 

Qui est le plus déçu, les Kurdes ou Trump ?

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Trump pourrait être déçu que les Kurdes ne se comportent pas comme des instruments de ses ambitions. Mais la déception kurde est plus profonde : un siècle de sacrifices, de promesses rompues, et d’être traités comme des combattants quand c’est utile, abandonnés quand c’est inopportun. La prudence kurde n’est pas une faiblesse. C’est une mémoire historique transformée en stratégie, écrit la chercheuse Rojin Mukriyan dans l’article suivant.

Qui est le plus déçu, les Kurdes ou Trump ?

La déception affichée par le président Donald Trump à l’égard des Kurdes ne doit pas être vue comme une réaction isolée. Elle s’inscrit dans une histoire plus longue et plus complexe d’attentes américaines, de sacrifices kurdes et d’abandons politiques répétés.

Ce qui apparaît aujourd’hui comme un différend sur les armes, la coordination militaire et la guerre contre l’Iran en 2026 fait partie, pour les Kurdes, d’un schéma bien plus ancien : les grandes puissances attendent des forces kurdes qu’elles combattent, accomplissent les missions les plus risquées et restent utiles, tout en reconnaissant rarement leur existence politique comme une priorité stratégique.

D’un côté, un peuple apatride qui lutte depuis des décennies pour son autodétermination, accumule les sacrifices et endure l’exclusion politique. De l’autre, un président américain dont la politique est dictée par une situation intérieure instable, des calculs géostratégiques et une vision opportuniste des alliances.

La véritable question n’est donc pas de savoir si Trump est déçu par les Kurdes, mais si les Kurdes n’ont pas, eux, des raisons bien plus profondes d’être déçus par Trump, par les États-Unis et par un ordre international qui a maintes fois instrumentalisé leur force sans jamais protéger leurs aspirations.

L’histoire kurde avec l’Occident

Cette déception kurde s’enracine dans une mémoire vive de promesses non tenues et de protections sélectives. Pour beaucoup de Kurdes, le règlement de l’après-Première Guerre mondiale, scellé par le traité de Lausanne en 1923, ne fut pas un simple redécoupage frontalier. Il a morcelé leurs territoires entre plusieurs États et ancré le sentiment durable que leur souveraineté resterait une illusion. Lausanne est devenu une plaie fondatrice du Moyen-Orient moderne, plaçant l’existence politique kurde sous la tutelle d’États qui, le plus souvent, la perçoivent comme une menace.

Près d’un siècle plus tard, le référendum d’indépendance de 2017 au Kurdistan irakien a rouvert ces blessures : 92,8 % des votants se sont prononcés en faveur de l’indépendance, mais les États-Unis s’y sont opposés et ont refusé de défendre le résultat. Lorsque les forces irakiennes et les milices pro-iraniennes ont lancé l’offensive sur Kirkouk – ville que Jalal Talabani appelait « la Jérusalem du Kurdistan » –, l’administration Trump est restée passive. Ce qui relevait pour Washington d’un calcul de stabilité régionale fut perçu par de nombreux Kurdes comme un nouvel abandon de leur volonté populaire.

Le retrait de Kirkouk ne fut pas une simple manœuvre militaire, mais une décision tragique visant à éviter un bain de sang. Face à une force supérieure, une fragmentation interne et le spectre d’un nouveau désastre après Halabja et le génocide d’Anfal, les dirigeants kurdes ont préféré préserver leur peuple. Ce choix a évité une catastrophe immédiate, mais a aussi laissé une profonde cicatrice politique : même lorsqu’ils s’engagent dans la voie démocratique et coopèrent avec l’Occident, les Kurdes risquent de se retrouver seuls au moment décisif.

Le même schéma s’est répété en Syrie. Les forces kurdes ont été décisives dans la défaite territoriale de Daech, payant un lourd tribut en vies humaines – comme Trump lui-même l’a reconnu. Pourtant, une fois le califat vaincu, leur valeur stratégique a rapidement diminué aux yeux de Washington. La décision de Trump de retirer ses troupes en 2018 a ouvert la voie à l’offensive turque sur Afrin, suivie d’une opération de nettoyage ethnique. En 2019, Ankara s’est emparé de Girê Spî et Serê Kaniyê.

Trump a justifié ce retrait en affirmant que les États-Unis n’avaient « jamais promis de protéger les Kurdes pour le restant de leurs jours », les qualifiant de « loin d’être des anges » et insistant sur le fait que les États-Unis avaient « sécurisé le pétrole ».

Ces déclarations sont révélatrices. Elles réduisent les Kurdes à des instruments : des combattants utiles quand nécessaire, des messagers occasionnels, et des boucs émissaires en cas d’échec. Elles révèlent une hiérarchie claire des priorités américaines : le pétrole, les intérêts tactiques et les relations avec Ankara passent avant la vie des Kurdes, leurs projets politiques et leur crainte légitime d’une occupation turque. En présentant leur combat comme un simple « service payé », Trump a dépolitisé une lutte existentielle pour la survie et l’autonomie.

Or les Kurdes n’ont pas combattu Daech uniquement pour les États-Unis, mais d’abord pour eux-mêmes : pour défendre leurs communautés, leur modèle politique et leur avenir face à une menace totalitaire. Ils ont combattu aux côtés des Américains, mais pas pour eux.

Cette même logique se reproduit dans le contexte de la guerre contre l’Iran en 2026. Face à une campagne plus longue et plus complexe que prévu, les Kurdes sont devenus un bouc émissaire commode. Armes non parvenues aux manifestants ? Hésitation kurde. Forces kurdes n’entrant pas en Iran ? Trahison. Manque de clarté stratégique américaine ? Prudence kurde transformée en défection.

Les partis politiques kurdes iraniens ont rejeté les accusations selon lesquelles ils auraient refusé de transmettre des armes. Mais le fond du problème demeure : Trump semble déçu que les Kurdes refusent d’être les simples exécutants de ses ambitions régionales. Les Kurdes, eux, sont las d’une histoire qui leur a trop souvent enseigné le prix élevé de la confiance sans garanties.

La question centrale n’est pas de savoir si les Kurdes sont prêts à se battre – l’histoire a déjà répondu. Elle est de savoir si leur engagement militaire sera accompagné d’une reconnaissance politique, de garanties de sécurité concrètes, d’une défense aérienne, d’une protection contre les représailles et d’un accord clair pour l’après-guerre.

Les messages contradictoires de Trump – d’abord favorable à une intervention kurde, puis soudainement réticent – ne peuvent inspirer confiance à aucun dirigeant kurde responsable. Pas après Lausanne, Kirkouk, Afrin, Girê Spî et Serê Kaniyê.

La prudence kurde n’est pas une trahison. C’est une mémoire historique devenue stratégie. Face à des communautés vulnérables aux missiles et aux drones iraniens, et à un allié américain dont le soutien reste conditionnel aux relations avec Ankara, les Kurdes refusent d’être réduits à de simples pions dans une guerre qui n’est pas entièrement la leur.

Ils ne manquent pas de courage. Ils refusent simplement d’être, une fois de plus, des instruments sacrifiables. Si Trump est déçu, c’est parce qu’il attendait de l’obéissance. Si les Kurdes le sont, c’est parce qu’ils espéraient, au moins cette fois, être traités en partenaires. Dans cette perspective, leur déception porte un poids historique bien plus lourd.

Rojin Mukriyan est docteure du Département de science politique et de gouvernement de l’University College Cork, en Irlande. Ses principaux domaines de recherche sont la théorie politique, les études féministes et décoloniales, ainsi que la politique du Moyen-Orient, en particulier la politique kurde. Elle a publié des articles dans le Journal of International Political Theory, Philosophy and Social Criticism et Theoria. Ses recherches ont jusqu’à présent porté sur la liberté kurde, l’État kurde et l’amitié politique kurde. Elle a publié de nombreux commentaires et rapports de groupes de réflexion sur les récents développements politiques au Kurdistan oriental (Rojhelat) et dans le nord-ouest de l’Iran. Elle intervient régulièrement sur diverses chaînes d’information en kurde et en persan. Article original à lire sur le site The Amargi Who is more disappointed, Kurds or Trump?

IRAK. Kawthar, 15 ans, assassinée pour avoir refusé un mariage forcé

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IRAK — Le meurtre de Kawthar Bashar Al-Husayjawi, une adolescente de 15 ans, a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et relancé le débat sur les féminicides appelés « crimes d’honneur » dans le pays, signale le site kurde Kurdistan24.

Selon la Plateforme irakienne de défense des droits des femmes, Kawthar a été tuée après avoir refusé un mariage arrangé avec son cousin. La jeune fille aurait été fiancée contre son gré, avant de disparaître mercredi soir. Elle a été retrouvée morte le lendemain dans une zone isolée.

La plateforme a publié des documents et des images choquantes accusant des membres de sa famille et de sa tribu d’avoir organisé le meurtre dans le but de « laver l’honneur ». Des vidéos montrant des proches célébrant le crime ont circulé sur les réseaux sociaux, provoquant une très vive émotion et de nombreuses condamnations.

Les militants dénoncent un assassinat prémédité, perpétré avec la complicité de plusieurs personnes, suivi d’une mise en scène publique jugée particulièrement glaçante.

Contexte et réactions

Cette affaire remet une fois de plus en lumière la persistance des violences basées sur l’« honneur » en Irak, particulièrement dans les zones rurales et tribales où les coutumes traditionnelles priment souvent sur la loi.

Bien que le droit irakien criminalise les meurtres, y compris ceux commis au nom de l’honneur, les organisations de défense des droits des femmes dénoncent une application très inégale de la loi, une certaine clémence judiciaire dans ces dossiers et une forte réticence des familles à porter plainte.

Des centaines de cas de violences liées à l’honneur seraient recensés chaque année par la société civile, même si les statistiques officielles restent peu fiables en raison d’une sous-déclaration massive et d’un manque de transparence.

La Plateforme irakienne pour les droits des femmes a appelé les autorités à traduire en justice tous les responsables et à renforcer urgemment les mécanismes de protection des femmes et des filles face à la violence tribale et familiale.

Mazloum Abdi : « Nous poursuivons la lutte dans une nouvelle Syrie »

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SYRIE / ROJAVA — Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, a accordé un entretien détaillé à l’agence ANHA sur l’état d’avancement de l’accord d’intégration signé le 29 janvier avec le gouvernement syrien. Abdi a pointé plusieurs difficultés persistantes : le retour des déplacés d’Afrin et de Serê Kaniyê (Tal Abyad), la libération des otages kurdes détenus par Damas et la question de l’unité kurde.

Abdi a fait état de progrès significatifs sur les plans militaire et administratif, notamment la prise de fonctions des chefs dans les académies militaires et la formation de quatre brigades. Il a confirmé que des discussions se poursuivent pour intégrer le reste des effectifs des FDS au sein des forces régulières ou des forces de sécurité intérieure.

Sur le plan judiciaire, un accord a été trouvé après une crise récente : les juges de l’Administration autonome seront intégrés sans exclusion, et une signalétique bilingue (arabe-kurde) sera adoptée dans les villes à majorité kurde.

Concernant l’éducation, les certificats de l’Administration autonome (préparatoire et secondaire) seront reconnus dans les prochains jours, et les programmes actuels, dispensés en kurde, resteront en vigueur cette année et l’année prochaine.

Points de tension persistants :

  • Le retour des déplacés, particulièrement à Afrin, Serê Kaniyê et Tal Abyad, retardé par la présence de groupes armés.

  • La libération des prisonniers, dossier prioritaire pour les FDS.

  • La question de l’unité kurde avant les élections législatives.

Mazloum Abdi a insisté sur la nécessité d’un front kurde uni et a déclaré que cet accord, bien qu’imparfait, offre l’opportunité de poursuivre la lutte pour les droits du peuple kurde dans le cadre d’une nouvelle Syrie. Il a appelé à maintenir la mobilisation et à renforcer les institutions civiles kurdes.

SYRIE. Racket à 10 000 dollars pour les Kurdes qui retournent à Manbij

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SYRIE / ROJAVA — Des sources locales de la campagne est d’Alep rapportent de nombreuses plaintes de civils, majoritairement kurdes, qui ont fui Manbij lors de l’offensive des factions de l’Armée nationale syrienne (ANS) soutenues par la Turquie après la chute du régime Assad.
 
De retour après une période d’exil, ces habitants se heurtent à un véritable racket organisé : des intermédiaires liés aux autorités judiciaires locales leur réclameraient jusqu’à 10 000 dollars américains pour « faciliter » la récupération légale de leurs maisons.
 
Selon les témoignages recueillis, près de 25 000 civils kurdes ont quitté la ville pendant les opérations militaires pour se réfugier dans des zones plus sûres. Beaucoup tentent aujourd’hui de rentrer progressivement, mais se retrouvent confrontés à ce système d’extorsion qui les empêche de réintégrer leurs foyers.
 

SYRIE. La répression anti-kurde se poursuit à Alep

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SYRIE / ROJAVA – Les forces de la Sûreté générale du gouvernement intérimaire syrien ont lancé une vaste opération de répression lundi dans le quartier kurde de Sheikh Maqsoud à Alep.

Des patrouilles ont interpellé des dizaines de jeunes Kurdes, fouillé leurs téléphones portables et arrêté au moins deux d’entre eux après y avoir découvert des images de symboles kurdes.

Selon des témoins oculaires cités par l’agence ANHA, les arrestations ont eu lieu près du quartier d’al-Jabanat et du complexe scolaire, dans la partie orientale de Sheikh Maqsoud. Les jeunes ont été contrôlés lors de patrouilles mobiles avant d’être emmenés.

Cet épisode s’inscrit dans un contexte de pressions croissantes sur la population kurde de la ville, après l’interdiction récente d’ériger des symboles kurdes dans le cimetière de la zone.

IRAN. Baloutches : Exécutions secrètes et tueries extrajudiciaires

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IRAN – Le régime iranien poursuit sa répression sanglante contre la population baloutche dans la province du Sistan-et-Baloutchistan, signale l’ONG kurde Hengaw. En seulement quelques jours, les autorités ont procédé à une exécution, à des exécutions extrajudiciaires et à de nouvelles arrestations arbitraires, illustrant une politique systématique de terreur visant cette minorité sunnite marginalisée.

Exécution secrète d’un prisonnier politique en 55 jours

Mardi 12 mai 2026, à l’aube, les autorités iraniennes ont exécuté Abduljalil Shahbakhsh à la prison centrale de Zahedan. Originaire du comté de Taftan, il avait été arrêté 55 jours plus tôt, durant la période de tensions régionales impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis.

Accusé de « baghi » (rébellion armée) pour son appartenance présumée au groupe Ansar al-Furqan et d’espionnage au profit d’Israël, Shahbakhsh a été condamné dans une procédure opaque, sans accès à un avocat indépendant et sans transparence sur les preuves. L’organisation Hengaw pour les droits humains dénonce de graves violations du droit à un procès équitable. Sa famille n’a pas été informée à l’avance de l’exécution.

Quatre Baloutches abattus et carbonisés

La veille, le 11 mai 2026, les forces du ministère du Renseignement ont ouvert le feu sur un véhicule transportant quatre hommes baloutches dans la région de Sorkehvaran, à Iranshahr. Les quatre occupants ont été tués sur le coup. Leur véhicule a pris feu et leurs corps ont été carbonisés. Il s’agit d’une exécution extrajudiciaire manifeste.

Arrestation pour « activité sur les réseaux sociaux »

Le 8 mai 2026, les services de renseignement ont arrêté Shahim Bahrami à Nikshahr, peu après son retour d’Oman. Il a été transféré à la prison centrale de Zahedan. Les autorités justifient cette arrestation par sa « présence sur les réseaux sociaux ».

Ces événements s’inscrivent dans un schéma récurrent de répression systématique contre les Baloutches : exécutions rapides, souvent secrètes, arrestations arbitraires, torture et discrimination institutionnelle. Le Sistan-et-Baloutchistan, l’une des provinces les plus pauvres et marginalisées d’Iran, paie un lourd tribut à la politique sécuritaire du régime, qui instrumentalise les accusations de terrorisme et de collaboration étrangère pour justifier sa violence.

Les organisations de défense des droits humains, dont Hengaw, alertent régulièrement sur cette répression qui vise à briser toute forme de dissidence ou de revendication culturelle et politique dans la région. La communauté baloutche reste aujourd’hui l’une des cibles les plus exposées de la machine répressive iranienne, dans un climat de quasi-impunité.