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TURQUIE. Criminalisation de la langue kurde : le propriétaire d’un café condamné à la prison

TURQUIE / KURDISTAN – Un tribunal turc a condamné à 15 mois de prison Ramazan Simsek, propriétaire du Pine Cafe, après avoir annoncé que son établissement fonctionnerait exclusivement en kurde. Il est accusé de « propagande terroriste ».

Le barreau de Diyarbakir (Amed) a fermement condamné vendredi la décision d’un tribunal turc condamnant un cafetier kurde à 15 mois de prison pour avoir décidé de n’offrir ses services qu’en kurde.

Jeudi, le tribunal de Diyarbakir a condamné Ramzan Şimşek, propriétaire du Pine Cafe, à un an et trois mois de prison. La procédure aura duré plus de deux ans. Simsek avait été arrêté le 29 mai 2024, deux semaines après avoir annoncé, à l’occasion de la Journée de la langue kurde, que son établissement fonctionnerait désormais exclusivement en kurde.

Dans un communiqué publié en kurde, le barreau de Diyarbakir a déclaré :

« Les lieux de travail qui proposent des services en kurde ne sont pas de simples espaces commerciaux ; ce sont aussi des espaces culturels qui contribuent à la visibilité de la langue kurde dans la vie publique. Les condamnations punitives visant de tels lieux ont un effet dissuasif non seulement sur les commerçants, mais sur l’usage même du kurde dans la sphère publique. »

Le barreau a rappelé que l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme protège la liberté d’expression, laquelle inclut « la diffusion, la protection et la communication des idées et des œuvres culturelles ».

Ramazan Simsek a été placé en résidence surveillée pendant six mois après son arrestation. Il a indiqué avoir été accusé de « propagande en faveur d’une organisation terroriste », une charge fréquemment utilisée contre des milliers de Kurdes soupçonnés de liens avec le PKK. Il a refusé de s’exprimer en turc lors des cinq audiences de son procès, s’adressant à la cour uniquement en kurde via un interprète. Il a annoncé son intention de faire appel devant les juridictions supérieures et a affirmé qu’il ne renoncerait pas à son combat pour la langue kurde, même au prix de nouvelles condamnations.

Contexte

Ce jugement intervient alors que des pourparlers de paix sont en cours entre le PKK et l’État turc, dans l’espoir de mettre fin à un conflit qui dure depuis des décennies et qui a fait plus de 40 000 morts. Le Parti de l’égalité des peuples et de la démocratie (Parti DEM), principale formation pro-kurde, joue un rôle de médiateur dans ces négociations et réclame la reconnaissance officielle de la langue kurde.

« Les Kurdes vous ont ouvert leurs portes, ils ont combattu à vos côtés. Acceptez maintenant l’identité kurde, la langue kurde, et cessez de les combattre », avait déclaré l’année dernière Tuncer Bakirhan, coprésident du Parti DEM.

Depuis la fondation de la République turque en 1923, l’usage public du kurde a longtemps été restreint, voire interdit. Bien que les restrictions se soient progressivement assouplies, notamment lors du précédent processus de paix il y a une dizaine d’années, l’usage du kurde dans la sphère publique reste encore largement stigmatisé.