TURQUIE / KURDISTAN – La liberté d’informer est plus que menacée en Turquie, notamment en ce qui concerne la presse kurde et celle qui enquête sur le régime islamiste turc en place. Pas un jour, sans que des journalistes ou des médias soient poursuivis en justice pour avoir accompli leur devoir d’informer.
Le journaliste d’investigation Bahadır Özgür, chroniqueur pour le site de la chaîne pro-opposition Halk TV et collaborateur du quotidien BirGün, fait l’objet d’une enquête du parquet d’Istanbul pour « divulgation de secrets d’État ».
L’enquête a été ouverte suite à une plainte pénale déposée par le Conseil d’enquête sur les crimes financiers (MASAK). Elle porte sur un article publié en 2022 dans BirGün, intitulé « Exportations d’un million de dollars de Mersin vers l’EI » (Mersin’den IŞİD’e milyon dolarlık ihracat).
Dans cet article, Bahadır Özgür révélait que des pièces de drones importées de Chine avaient été vendues, via des sociétés de commerce extérieur basées à Mersin, à des individus liés à l’État islamique (EI) et responsables d’attaques de drones. Selon le reportage, les fondateurs de ces sociétés avaient obtenu la nationalité turque et étaient en relation avec des cadres supérieurs de l’EI en Syrie, tués par la suite lors de frappes aériennes américaines.
L’article s’appuyait sur un rapport confidentiel du MASAK et des services de renseignement turcs, qui détaillait les noms et activités en Turquie de personnes liées à l’EI, notamment dans ce trafic illégal. Ce document avait été transmis au tribunal dans le cadre du procès des attentats d’Ankara du 10 octobre 2015 — le plus meurtrier commis par l’EI en Turquie, qui avait fait plus de 100 morts et des centaines de blessés — à la demande des avocats de la défense.
Bahadır Özgür a été entendu le 9 avril par le Bureau d’enquête sur les crimes terroristes du parquet général d’Istanbul. Il a déclaré que les informations provenaient d’un document versé au dossier d’un procès public, sans aucune ordonnance de confidentialité. Il a ajouté n’avoir révélé aucun « secret d’État » et avoir souligné dans son article que les autorités turques avaient elles-mêmes imposé des sanctions aux personnes concernées.