SYRIE / ROJAVA – Les Kurdes des quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafiyah, à Alep, gardent en mémoire les déplacements forcés et les milliers de victimes anonymes tuées lors des attaques génocidaires des gangs djihadistes ciblant leurs quartiers en janvier dernier.
Au milieu de milliers de tombes numérotées, sans statistiques officielles, les habitants de ces deux quartiers kurdes d’Alep portent le souvenir des attaques brutales de janvier 2026 et des milliers de disparus. Des blessures qui ne cicatrisent pas dans la mémoire collective.
Dilyar (pseudonyme), habitante de Sheikh Maqsoud, n’oubliera jamais le chiffre 4 800. C’est le nombre de tombes anonymes qu’elle a fouillées au cimetière d’Al-Neqarin, à l’est d’Alep, à la recherche du corps de son frère, tué lors des assauts menés par des groupes affiliés au gouvernement intérimaire syrien.
Victimes des bombardements et du siège
Entre le 6 et le 10 janvier 2026, plus de 250 000 personnes ont été déplacées de force par les bombardements, le siège et les attaques sur Sheikh Maqsoud et Achrafiyah, quartiers qui abritaient environ 450 000 habitants, dont de nombreux déplacés d’Afrin chassés par l’offensive turque de 2018. De la technologie militaire turque a été utilisée lors des combats.
Dilyar a perdu tout contact avec son frère. Elle a appris plus tard qu’il avait été tué par les assaillants.
Une recherche humiliante
Dirigée d’un point de contrôle à la morgue, puis vers le cimetière d’Al-Neqarin, elle a découvert une section spéciale réservée aux victimes des événements récents : plus de 4 800 tombes peu profondes, contenant des civils et des membres des Asayish. Les corps, placés dans des sacs plastiques, ne pouvaient pas être ouverts pour identification. Ils étaient transférés dans des cercueils scellés.
Dilyar a pu transporter le corps de son frère vers une zone d’Afrin occupée, mais les groupes armés lui ont interdit l’inhumation au cimetière du village, sous prétexte qu’il s’agissait d’une « victime de Sheikh Maqsoud ». La famille a dû enterrer le défunt hors du village, sans tente de deuil ni funérailles collectives. Le deuil était interdit.
Corps dans les rues : un message de terreur
Ibrahim, un autre habitant de Sheikh Maqsoud resté anonyme, raconte que le 14 janvier, à leur retour autorisé, les résidents ont découvert des dizaines de corps abandonnés dans les rues près de la mosquée Maarouf Al-Karkhi. Parmi eux : son voisin Iwesh, 70 ans, et Basil, 32 ans, civil propriétaire d’une boutique de téléphonie. Ces cadavres non ramassés constituaient, selon lui, un avertissement clair : toute opposition serait punie par un massacre.
Les témoins insistent : la résistance de Sheikh Maqsoud et Achrafiyah montre que l’avenir de la Syrie ne pourra se construire que sur le dialogue, la justice et l’égalité pour tous les Syriens. (ANHA & ANF)