Le 6 avril, les médias et organisations de défense de la liberté de la presse commémorent les journalistes tués en Turquie et au Kurdistan. Ils alertent sur la répression persistante et réaffirment que, face à la violence et à l’impunité, la lutte pour la liberté de la presse ne faiblira pas.
En Turquie, le 6 avril est marqué comme la Journée des journalistes assassinés. Cette date remonte à l’assassinat d’Hasan Fehmi Bey, rédacteur en chef du journal Serbestî, abattu le 6 avril 1909 sur le pont de Galata à Istanbul. Critique virulent du Comité Union et Progrès (Jeunes-Turcs), il fut tué en pleine journée ; les auteurs du crime n’ont jamais été identifiés. Depuis, cette journée symbolise plus d’un siècle de violences systématiques contre les professionnels des médias, souvent ciblés pour leur quête de vérité.
À l’occasion de cette commémoration, de nombreuses organisations ont rendu hommage aux victimes et dénoncé les menaces qui continuent de peser sur la liberté de la presse.
La commission de presse du parti DEM a réaffirmé son engagement : « Le 6 avril, nous réaffirmons notre détermination : nous poursuivrons la lutte pour un pays démocratique où toute forme de pression sur les journalistes sera abolie et où la liberté de la presse sera pleinement garantie. »
« Ils ont perdu la vie en quête de vérité »
Le parti a rendu un hommage appuyé à de nombreuses figures assassinées, de Hasan Fehmi Bey à Musa Anter, en passant par Hrant Dink, Metin Göktepe, Gurbetelli Ersöz, Nazım Daştan et Cihan Bilgin :
« Ils ont sacrifié leur vie pour la vérité. Malgré la répression, ils n’ont jamais reculé. Leur plume et leur objectif photo ont servi la liberté des peuples et l’égalité des opprimés. Nous n’oublierons pas et nous poursuivrons leur combat. »
Les associations de journalistes ont également souligné la dimension historique et politique de cette journée. L’Association des femmes journalistes de Mésopotamie (MKG) et l’Association des journalistes de Dicle Fırat (DFG) ont déclaré dans un communiqué commun que le 6 avril n’est pas seulement un jour de souvenir, mais l’expression d’un conflit permanent autour de la vérité et de l’espace public :
« Des journalistes ont été tués parce qu’ils révélaient la vérité, donnaient la parole à la société et dénonçaient les injustices. Les attaques contre les professionnels des médias sont toujours des atteintes directes au droit à l’information. »
La violence et l’impunité : un chapitre toujours ouvert
Les organisations ont insisté sur le rôle de l’impunité et des pressions structurelles :
« Chaque journaliste assassiné avait pour objectif de faire taire la vérité. Pourtant, ni la répression, ni les menaces, ni les massacres, ni la politique d’impunité n’ont réussi à briser la tradition de la presse libre. L’histoire du 6 avril montre que les violences contre les journalistes en Turquie ne constituent pas un chapitre clos du passé. Elles symbolisent au contraire la continuité des attaques et la persistance d’une résistance tout aussi déterminée. »
« Dans ce pays, ceux qui cherchent la vérité ont toujours payé un prix élevé. Mais ils n’ont jamais renoncé », ajoutent MKG et DFG. Pour elles, cette journée de commémoration est bien plus qu’un moment de recueillement : c’est un engagement politique renouvelé « à poursuivre l’œuvre des journalistes assassinés et à défendre, plus que jamais, la liberté d’expression ».