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TURQUIE. Justice tardive pour un Kurde abattu par l’armée turque

TURQUIE / KURDISTAN – La Cour constitutionnelle turque a rendu un arrêt historique en faveur de Hacı Lokman Birlik, ce jeune Kurde de 24 ans dont l’exécution et la profanation du corps par l’armée turque avaient choqué les Kurdes en 2015. Onze ans après les faits, la plus haute juridiction du pays reconnaît que les forces de sécurité turques ont violé le droit à la vie et l’interdiction constitutionnelle des traitements incompatibles avec la dignité humaine.

Le 3 octobre 2015, dans le quartier de Dicle à Şırnak, Hacı Lokman Birlik était tué par les forces armées turques lors du couvre-feu imposé par l’Etat turc. Les images insoutenables de son corps sans vie, ataché à une corde et traîné derrière un blindé militaire au son des chants fascistes turcs dans les rues de la ville, avaient fait le tour du monde. Pourtant, malgré l’évidence de la barbarie, l’enquête judiciaire est restée au point mort pendant plus d’une décennie.

Un déni de justice institutionnalisé

Le parcours judiciaire de cette affaire illustre le fonctionnement de l’impunité en Turquie :

  • Des sanctions dérisoires : Sur les six policiers initialement visés par l’enquête, seuls deux ont été temporairement suspendus. Le motif invoqué n’était pas la torture ou le meurtre, mais une simple « atteinte à la légitimité de l’opération ». Aucun n’a jamais été inculpé.

  • Une qualification pénale minimale : Les procureurs ont refusé de poursuivre les agents pour homicide ou torture, ne retenant qu’une accusation mineure d’« outrage à la mémoire d’une personne décédée ».

  • Une enquête détournée : Selon l’avocat de la famille, Ramazan Demir, les autorités ont déployé plus d’efforts pour identifier la personne ayant divulgué la vidéo sur un groupe WhatsApp de la police que pour enquêter sur les circonstances exactes du décès et du traitement du corps.

Un système fondé sur l’impunité

Cette décision de la Cour constitutionnelle, bien que symbolique, souligne les failles systémiques dénoncées par les organisations de défense des droits humains. Dans les provinces à majorité kurde, les enquêtes sur les crimes commis par les forces de sécurité sont régulièrement bâclées, marquées par des retards volontaires ou des non-lieux systématiques.

La famille de Hacı Lokman Birlik et ses conseils attendent désormais le jugement motivé pour évaluer si cette reconnaissance de violation des droits fondamentaux permettra enfin l’ouverture d’un véritable procès pénal contre les responsables.