SYRIE / ROJAVA – L’activiste kurde Scharo Bajalan a vivement critiqué la décision de certains responsables du Rojava d’accorder des interviews à des médias ouvertement hostiles à la cause kurde.
Dans un message clair et direct, il écrit :
« Je dirai une chose : si, dans les semaines et les mois à venir, Majalla ou Al Jazeera relancent leurs campagnes de désinformation contre le peuple kurde – en affirmant par exemple que les FDS/YPG préparent des activités terroristes et que l’accord d’intégration doit donc être annulé (comme ils l’ont fait avec l’accord de mars) –, ne soyez pas surpris s’ils réussissent. »
Pour Scharo Bajalan (également connu sous le nom de Hassan Sharo ou Scharo Maroof), le problème est fondamental : les Kurdes ne devraient pas légitimer ces médias en leur parlant, et encore moins en leur accordant des interviews aussi précieuses et stratégiques. Ces plateformes ont en effet régulièrement relayé des narratifs accusant les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les YPG de terrorisme, sapant ainsi les efforts d’autonomie et d’intégration politique dans la Syrie post-Assad.
Il poursuit avec une pointe d’ironie amère : sur ces mêmes médias, on trouve des articles appelant ouvertement à l’extermination des FDS et de leurs dirigeants. Pourtant, des responsables kurdes, membres influents des FDS, continuent de leur accorder des entretiens. « C’est sidérant de penser qu’ils ont cru que cette interview était une bonne idée », regrette-t-il.
Scharo Bajalan rappelle qu’il existe pourtant de nombreux médias kurdes fiables et indépendants. Rien n’empêche les responsables du Rojava de s’adresser prioritairement à eux, plutôt que de donner du crédit à des organes qui ont démontré à plusieurs reprises leur partialité.
Des pratiques dangereuses également observées à Rojhelat
Le militant étend sa critique aux factions kurdes de Rojhelat (Kurdistan oriental, en Iran). Il s’étonne qu’elles invitent ces mêmes médias dans leurs bases et zones sensibles, censées bénéficier du plus haut niveau de sécurité :
« Leur fournir des informations et des renseignements qui m’ont sincèrement choqué – certains de ces détails sont si cruciaux que ceux qui les connaissent auront (espérons-le) reconnu que les informations fournies ont essentiellement justifié chaque attaque de l’Iran. »
Pour Scharo Bajalan, le constat est sans appel : tout ce que nous fournissons sera utilisé contre nous. Et si cela arrive, « nous n’aurons que nous-mêmes à blâmer ».
Un avertissement stratégique
Cette mise en garde intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le Rojava. Alors que les Forces démocratiques syriennes négocient leur avenir face à Damas et subissent des pressions multiples (turques, iraniennes et arabes), la communication devient un enjeu de sécurité nationale. Accorder une visibilité et une légitimité à des médias qui ont historiquement diffusé des campagnes de désinformation risque d’affaiblir la position kurde sur la scène internationale et régionale.
Scharo Bajalan appelle donc à une plus grande vigilance et à une discipline collective : privilégier les médias kurdes ou amis, protéger les informations sensibles, et ne pas offrir sur un plateau des arguments à ceux qui souhaitent affaiblir ou détruire l’expérience du Rojava.
Un message de lucidité et de réalisme politique, alors que le peuple kurde de Syrie continue de lutter pour sa survie et ses droits dans une Syrie en pleine recomposition.