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Résolution du Parlement européen sur la situation des Kurdes en Syrie

STRASBOURG – Alors que les gangs de Damas poursuivent leurs attaques ciblant les Kurdes du Rojava, le Parlement européen a adopté aujourd’hui une résolution sur la situation des Kurdes en Syrie par 363 voix pour, 71 voix contre et 81 absentions.

Après un long rappel des évènements récents, la résolution souligne :

  • « La contribution décisive des forces kurdes dans la lutte contre Daech, et notamment le rôle des combattantes, et salue leur excellente collaboration avec la coalition internationale dans la lutte de l’Union européenne contre les actions terroristes commises par Daech et la menace qu’elles présentent pour l’Europe, sa population et ses capitales; rappelle et salue le courage et la détermination des innombrables femmes kurdes qui ont courageusement mené la lutte contre Daech et ont subi en représailles des brutalités qui dépassent l’entendement de la part de Daech; invite les autorités syriennes à enquêter sur les crimes atroces perpétrés par Daech, notamment contre la communauté yézidie; souligne qu’une paix durable en Syrie passe par la reconnaissance des sacrifices consentis par la communauté kurde, de ses préoccupations légitimes en matière de sécurité et de sa représentation politique, et notamment par des garanties concernant les droits des femmes et la participation significative des femmes à la vie publique » (…)
     
  • « demande un accès libre pour l’aide humanitaire de l’Union européenne et ses États membres à la ville assiégée de Kobané et le soutien au relèvement rapide dans le nord-est de la Syrie, en mettant particulièrement l’accent sur la protection des civils, la résilience des communautés locales ainsi que le soutien à la société civile syrienne, aux organisations indépendantes de défense des droits de l’homme et aux initiatives locales de consolidation de la paix ; souligne l’importance d’un financement humanitaire prévisible et pluriannuel en faveur de la Syrie afin de garantir la continuité de l’assistance vitale et de permettre la mise en œuvre d’activités de relèvement rapide » (…)
     
  • « demande à tous les acteurs régionaux, y compris la Turquie, de s’abstenir de toute action militaire et de tout soutien à des groupes armés susceptible de rompre le cessez-le feu, de nuire à la protection des civils et de mettre à mal les perspectives d’un règlement inclusif du conflit; dénonce la poursuite de l’intervention militaire et de l’agression menées par la Turquie dans le nord-est de la Syrie, notamment les attaques meurtrières contre des civils et des infrastructures civiles dans des villes et des provinces à majorité kurde situées le long de la frontière entre les deux pays; presse le gouvernement turc de mettre immédiatement un terme à son intervention militaire dans le nord-est de la Syrie et de permettre la tenue de négociations dans le but de parvenir à une solution pacifique entre le gouvernement de transition syrien et les FDS; demande à la Commission, au SEAE et aux États membres d’aborder le rôle joué par la Turquie en Syrie dans le cadre d’échanges bilatéraux avec le gouvernement turc; souligne que tout accord en matière de sécurité doit respecter le droit international et respecter l’intégrité territoriale de la Syrie, et ne pas entraîner de déplacement forcé ou d’ingénierie démographique » (…)
     
  • « se dit notamment vivement préoccupé par le risque que présente le grand nombre de combattants et de personnes se réclamant de Daech qui se sont échappés des centres de détention et des camps dans le nord-est de la Syrie; souligne que le déplacement progressif du problème des prisonniers de Daech vers l’Iraq risque de créer de nouvelles formes d’incertitude et de dépendance vis-à-vis des capacités et de la volonté politique de pays tiers; souligne en outre que le transfert ou la libération de combattants adultes de Daech ou de suspects en Syrie ou dans des pays tiers, notamment en Iraq et en Turquie, doit rester subordonné à des modalités effectives de garde, de surveillance et de partage d’informations, en particulier en cas de transferts transfrontaliers, et ce pour éviter qu’ils ne s’échappent ou qu’ils ne se déplacent sans surveillance, et que l’obligation de rendre compte de leurs actes doit être assurée par la conservation des preuves et par l’engagement de poursuites, conformément aux normes internationales et à la garantie d’un procès équitable; fait observer que les transferts et les rapatriements dépourvus de garanties effectives et de suivi judiciaire constitueraient un risque pour la sécurité de la Syrie, de l’ensemble de la région et de l’Europe; invite la coalition internationale, y compris les États-Unis, à prendre sans délai toutes les mesures nécessaires pour atténuer ce risque pour la sécurité et demande à l’Union d’apporter le soutien nécessaire à cette fin » (…)
     
  • « salue l’accord récent conclu entre les FDS et le gouvernement de transition syrien; réaffirme qu’il continuera à soutenir sans relâche le cessez-le-feu et la reconnaissance des droits civils et éducatifs des Kurdes; demande à toutes les parties de s’abstenir de toute action qui pourrait entraîner une nouvelle escalade de la violence, de respecter les accords de cessez-le-feu en vigueur et de soutenir les mécanismes destinés à surveiller et à préserver le cessez-le-feu » (…)

 

 

Enfin, et c’est important, le Parlement européen souligne que « toute collaboration avec les autorités syriennes doit rester subordonnée à des progrès tangibles et vérifiables en matière de protection des civils et de respect du cessez-le-feu, des droits de l’homme et des droits des minorités. » (Voir le texte intégral de la résolution en français https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-10-2026-0053_FR.html)

Dans le débat qui a précède l’adoption de cette résolution, de très nombreux eurodéputées, dont Mmes Evin Incir, Abir al-Sahlani, Nathalie Loiseau, Ilaria Salis, Assita Kanko, Ozlem Alev Demirel, M. Daniel Attard, M. Nikolas Farantouris ont pris la parole en défense des Kurdes du Rojava (voir leurs interventions sur les comptes Facebook et Instagram de l’Institut.)

Le jour même de l’adoption de cette résolution une dépêche de l’AFP confirme que le camp d’al-Hol où plus de 24 000 jihadistes et leurs familles étaient encore détenus et gardaient par les forces kurdes jusqu’aux accords du 29 janvier, a été vidée par les milices islamistes de l’armée syrienne, chargées de leur garde. La plupart d’entre eux aurait rejoint la province d’Idlib, bastion islamiste géré depuis des années par le HTC, ex-branche syrienne d’al-Qaïda, dirigé par le président intérimaire al-Charaa. Les prisonniers de Daech relâchés par leurs frères islamistes de HTC et d’autres milices pro-gouvernementales savourent leur revanche.

Via l’Institut kurde de Paris