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TURQUIE. Persécution des journalistes ayant couvert les manifestations pour le Rojava

TURQUIE / KURDISTAN – Les violences contre les professionnels des médias ont fortement augmenté en janvier, notamment en lien avec les manifestations kurdes pro-Rojava. Selon l’association de journalistes DFG, 14 journalistes ont été arrêtés, d’autres blessés et des centaines d’articles de presse censurés.

L’association des journalistes kurdes Dicle-Firat (DFG) a constaté une forte augmentation des atteintes à la liberté de la presse au Kurdistan du Nord et en Turquie dans son dernier rapport mensuel de janvier. Ce rapport fait état de 14 arrestations, une détention, plusieurs agressions physiques et une censure numérique généralisée.

Les critiques portent sur des attaques ciblées contre des professionnels des médias en lien avec leurs reportages sur les manifestations contre les attaques perpétrées dans l’Administration démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (DAANES). La Société germano-syrienne (DFG) établit un lien direct entre l’escalade du conflit au Rojava et l’intensification de la répression en Syrie. « Les professionnels des médias qui ont couvert les manifestations ont été spécifiquement visés », indique le rapport.

Le cas de Nedim Oruç, reporter pour l’agence kurde Ajansa Welat, est cité en exemple. Il a été arrêté le 14 janvier alors qu’il travaillait à Cizîr, dans la province de Şirnex (Şırnak), et placé en détention quelques jours plus tard. Des journalistes des agences de presse Mezopotamya (MA) et Jin News ont été empêchés à plusieurs reprises de travailler à cause de la violence policière.

Agressions lors des opérations à Nisêbîn, Pirsûs et Wan

À Nusaybin, ville frontalière, la Fondation germano-russe pour la recherche (DFG) a notamment signalé des agressions massives : les correspondants Kesira Önel, Ferhat Akıncı, Pelşin Çetinkaya, Heval Önkol et d’autres auraient été battus alors qu’ils couvraient des manifestations ; leurs caméras ont été endommagées et leur matériel confisqué. La DFG a également documenté de graves incidents à Suruç et Van. Le journaliste d’ANKA, Ahmet Ün, a été blessé par une grenade lacrymogène, tout comme le journaliste Metin Yoksu, touché à la tête par une grenade lacrymogène. Bekir Şeyhanlı a été renversé par un véhicule blindé de la police et Kadir Cesur a été touché par des balles en caoutchouc.

Censure numérique : 458 contenus bloqués

Outre les violences physiques, la Fondation allemande pour la recherche (DFG) constate également une recrudescence de la censure numérique. Selon la DFG, au moins 458 contenus numériques ont été bloqués en janvier, dont 39 comptes de réseaux sociaux ayant relayé des informations sur les attaques contre le Rojava. Vingt-trois de ces comptes appartiennent à des journalistes, les autres à des agences de presse, des journaux et des chaînes de télévision. D’après la plateforme de journalisme de données indépendant, les comptes concernés cumulent plus de 640 000 abonnés et ont généré environ 232 millions de vues. Par ailleurs, les sites web de MA et de Jin News ont de nouveau été bloqués ; chacune de ces deux agences a subi trois blocages en janvier. Trois autres sites d’information ont été totalement fermés. Des mesures de blocage judiciaires ont été prononcées à l’encontre de 23 articles.

Pression du système judiciaire et nombre de prisonniers

Selon la Fondation allemande pour la recherche (DFG), au moins 26 journalistes sont actuellement emprisonnés en Turquie. En janvier, au moins une nouvelle enquête, une nouvelle mise en examen et trois condamnations, assorties d’une peine totale de trois ans et neuf mois, ont été prononcées à l’encontre de journalistes. À l’heure actuelle, 61 professionnels des médias sont poursuivis dans 29 affaires en cours.

DFG : « Le journalisme est systématiquement criminalisé »

La Fondation allemande pour la recherche (DFG) critique la Turquie pour la répression systématique des reportages critiques, qui restreint considérablement le droit du public à l’information. Cette répression s’étend des violences physiques et des poursuites pénales à la suppression algorithmique de contenus journalistiques. « La censure est devenue la norme. Il ne s’agit pas seulement d’une attaque contre les journalistes, mais contre toute forme de débat public démocratique. Le journalisme n’est pas un crime. Nous continuerons à défendre la vérité. » (ANF)