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Le risque d’un génocide à grande échelle contre les Kurdes n’est plus une hypothèse

SYRIE / ROJAVA – Les accords sordides conclus par les États-Unis et la Turquie, financés par l’argent du Golfe, ont placé en Syrie un dirigeant dont les racines plongent à la fois dans Al-Qaïda et dans l’État islamique. Il ne s’agissait pas d’une simple erreur de jugement, mais d’un pari soigneusement calculé, fait en pleine connaissance de la nature et de l’idéologie de cet homme.
 
Dès le départ, l’objectif de la Turquie était clair : anéantir la puissance politique et militaire kurde. Les massacres contre les Alaouites ont été les premiers, suivis des attaques contre les Druzes, épargnés seulement après l’intervention d’Israël. Aujourd’hui, le même scénario se répète contre les Kurdes, qui se sont trouvés en première ligne face à Daech en 2014 et ont perdu plus de 20 000 combattants en défendant non seulement leur propre sécurité, mais aussi la sécurité mondiale.
 
Abou Mohammad al-Jolani n’est pas seulement le chef d’un groupe armé ; il contrôle désormais un État entier, qu’il gouverne selon la même logique qui guidait Al-Qaïda. À ses yeux, les alliances temporaires avec de puissants ennemis – même les États-Unis – ne sont pas perçues comme une trahison, mais comme des outils stratégiques pour atteindre des objectifs à long terme. Ce n’est pas nouveau : pendant la guerre d’Afghanistan, des groupes djihadistes ont accepté le soutien américain contre les Soviétiques, avant de se retourner contre leur ancien bienfaiteur, un phénomène connu sous le nom de « retour de bâton », qui a culminé avec les attentats du 11 septembre 2001.
 
Si les grandes puissances mondiales ne parviennent pas à fixer des lignes rouges claires et non négociables avec ces acteurs, il n’en résultera pas la stabilité, mais la catastrophe. Le risque d’un génocide à grande échelle contre les Kurdes n’est plus une hypothèse ; il s’agit d’une évolution prévisible. La Syrie est aujourd’hui en train de devenir un véritable laboratoire du terrorisme, et ce qui y est produit ne restera pas contenu. Lorsque cette violence s’étendra au-delà de la région, les regrets et les excuses tardives seront vains.
 
 
 
D’un point de vue purement analytique, toute erreur dans la gestion de Jolani — ou de groupes comme lui — n’est pas simplement une mauvaise politique ; c’est semer les graines d’une future catastrophe qui affectera non seulement la région, mais le monde entier. (Kawa Khalaf)