AccueilMoyen-OrientIranKurdes d'Iran : Le monde doit nous entendre !

Kurdes d’Iran : Le monde doit nous entendre !

IRAN / ROJHILAT – Le témoignage qui suit nous vient du Kurdistan et reflète la réalité vécue par une population confrontée à la peur, à la violence et à l’isolement sous une répression féroce. Pour des raisons de sécurité, l’identité de la personne qui a partagé ces mots est restée confidentielle. Ce qui suit n’est pas une prise de position politique, mais un témoignage humain, partagé pour que le monde puisse l’entendre.

Une voix du Kurdistan

Je viens du Kurdistan et je veux que le monde entier sache ce qui se passe ici.

 

Vivre sous la peur et le silence forcé

Le régime a instauré un climat de peur et d’intimidation permanent, et la population est profondément traumatisée. Les gens vivent sous la menace constante de violences, et beaucoup ont été tués, mais leurs familles ne peuvent pas en parler car les autorités les ont directement menacées de les réduire au silence.

 

Meurtres dissimulés et extorsion de familles

D’après les informations que j’ai reçues de mes amis et de ma famille, au moins quatre personnes ont été tuées dans notre région, mais le bilan réel est probablement bien plus lourd. Les familles sont contraintes de payer des sommes exorbitantes, environ un milliard de tomans iraniens (environ 6 500 dollars américains), en guise de « frais de récupération des balles », pour récupérer les corps de leurs proches. Elles sont ensuite menacées si elles parlent des décès ou partagent des informations avec qui que ce soit, ou sont forcées de déclarer que la victime était membre du Bassidj. Dans la ville de Khoy, dans la province d’Urmia (Azerbaïdjan occidental), j’ai entendu dire que 20 à 25 personnes ont été tuées la semaine dernière, et pourtant personne n’ose parler ouvertement. Les statistiques diffusées à la télévision et dans les médias sous-estiment clairement le nombre réel de victimes. Je suis convaincu que les chiffres sont bien plus élevés.

 

Coupés les uns des autres et du monde

Le régime fait tout son possible pour couper les communications. Celles-ci sont fortement restreintes. Les SMS classiques ne fonctionnent plus, et même les appels téléphoniques sont risqués, car beaucoup pensent qu’ils sont surveillés. La population craint de parler de la situation, si bien que l’information se diffuse lentement et avec prudence. Certains habitants d’autres villes, probablement munis de cartes SIM turques, se rendent dans les zones frontalières pour téléphoner, par crainte d’utiliser des cartes SIM iraniennes.

Le système bancaire fonctionne encore, mais il est perturbé, ce qui complique les transferts et les transactions financières courantes. La population a un besoin urgent d’aide extérieure pour rétablir des communications sûres, par le biais d’internet par satellite comme Starlink ou par tout autre moyen possible, afin de pouvoir rester en contact entre elle et avec la communauté internationale.

 

Points de contrôle, surveillance et incertitude croissante

Des points de contrôle ont été installés partout, et les gens sont constamment arrêtés et interrogés. Les voyageurs venant de l’extérieur de la région sont soumis à une surveillance encore plus poussée. J’ai vu de nombreux taxis arriver d’autres régions du pays, probablement de Téhéran ou d’autres grandes villes, mais il est difficile de savoir si les passagers sont des agents du gouvernement, des membres du régime ou de simples citoyens fuyant les troubles.

On craint également qu’en cas de chute du régime, les tensions ethniques ne dégénèrent en conflit civil. Les Turcs et les Persans dominent le gouvernement et la bureaucratie, et nombreux sont ceux qui s’inquiètent de voir des régions comme la nôtre (le Kurdistan) subir de nouveaux massacres si le vide du pouvoir est exploité.

 

Une société paralysée et un dernier plaidoyer

La vie quotidienne est fortement perturbée. Les gens sortent rarement, les magasins sont fermés et les grèves informelles sont fréquentes. La population est épuisée, en colère et apeurée, et beaucoup refusent tout simplement de se montrer en public. Le régime semble vouloir maintenir ce climat de peur, dissimulant l’ampleur réelle des massacres et de la répression jusqu’à ce qu’il ait pleinement consolidé son pouvoir.

Dans le même temps, le coût de la vie a explosé. L’alimentation, les médicaments et autres produits de première nécessité ont vu leur prix doubler, voire tripler, ces dernières semaines. La population craint de ne plus pouvoir se procurer ces produits essentiels, ce qui ajoute aux difficultés économiques déjà présentes, venant s’ajouter à la peur et à la violence.

En tant que Kurde vivant ici, je ressens à la fois du désespoir et de la peur. Si certains espèrent qu’une intervention extérieure puisse mettre fin au régime, nous craignons aussi que toute attaque ne déclenche des exécutions de masse contre les prisonniers et les civils détenus dans les prisons du régime.

Avant tout, notre appel est simple : le monde doit nous entendre. Nous voulons que nos souffrances, nos voix et notre réalité soient vues et reconnues. Nous demandons un soutien international pour protéger les populations, rétablir la communication et faire en sorte que la peur n’étouffe plus la vie de milliers de personnes.

interview réalisée par Gordyaen B. Jermayi

Photo : une manifestation organisée dans la ville kurde de Pirsus en solidarité avec le Rojava et le Rojhilat