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Stopper l’agression djihadiste contre les Kurdes de Syrie

PARIS – Dans une tribune publiée sur le site L’Humanité, les coprésident·es de l’association France-Kurdistan exhortent la communauté internationale à stopper les attaques djihadistes ciblant les Kurdes du Rojava / Syrie. Nous la partageons avec vous.

Stopper l’agression djihadiste contre les Kurdes de Syrie

Depuis la chute du régime barbare de Bachar Al-Assad et la prise du pouvoir par les djihadistes d’Hayat Tahrir al-Cham (HTC), le président autoproclamé Abou Mohammed Al-Joulani n’a de cesse de concentrer tous les pouvoirs. Derrière une façade pragmatique illusoire qu’il projette sur le monde, il acte progressivement le retour de la terreur obscurantiste faisant cruellement ressembler la nouvelle ère à l’ancienne. Après les massacres des Alaouites et des Druzes, il vient, avec l’appui de la Turquie, de lancer une mortifère offensive contre les Kurdes.

Depuis des mois HTC, les forces pro-turques et l’État Islamique multiplient les agressions contre les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) et l’Administration Autonome du nord-est de la Syrie (AANES). Le 6 janvier 2026, le pouvoir syrien a encerclé les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh d’Alep, peuplés de Kurdes, coupant l’eau, l’électricité, les privant de ravitaillement et les soumettant à des bombardements intenses faisant des dizaines de morts, des milliers de blessés et contraignant 130 000 habitants à fuir. La situation est apocalyptique avec des cadavres qui jonchent les rues.

En dépit de la résistance des Conseils populaires, les djihadistes ont pris le contrôle de ces quartiers soumettant les civils à des représailles, des exécutions, des incarcérations et des kidnappings. Les femmes sont les premières visées avec des assassinats et des violences sexuelles. Certaines d’entre elles sont vendues à l’image du martyr des Yézidies. Il y a une claire volonté de terroriser la population.

Parallèlement l’armée turque a mené une opération directe contre les FDS à Tabqa tandis que le barrage de Tishrin a été ciblé. De nouveaux combats se déroulent désormais à l’Est d’Alep car Damas exige que les Kurdes se replient à l’est de l’Euphrate. Il s’agit donc bien d’une agression de grande ampleur.

Cette offensive constitue un séisme régional visant à anéantir un modèle et un espoir démocratique, progressiste et féministe au Moyen-Orient.

La Turquie, depuis longtemps adepte du modèle trumpien, fournit des armes aux forces gouvernementales, use de la force avec cynisme, sans s’encombrer de la moindre valeur ni de la légalité internationale pour imposer son ordre islamo-conservateur et nationaliste. Elle appuie en Syrie un fascisme issu de l’idéologie de Daesh afin d’effacer toute trace de civilisation universaliste sous le poids des armes et l’idéologie de l’exclusion.

Ces crimes se déroulent avec l’assentiment de Donald Trump qui a reçu à la Maison Blanche l’ancien « terroriste » A. M. Al-Joulani. Paris a accueilli une conférence israélo-syrienne, sous les auspices de Tom Barrack, durant laquelle ces protagonistes ont tenté de régler le sort des Kurdes. La présidente de l’Union Européenne Ursula von der Leyen n’est pas en reste puisqu’elle vient de saluer « les progrès du nouveau régime » et a promis un soutien financier pour consolider ce nouveau pouvoir dans ses ambitions guerrières. Quant à la France, elle « déplore » la reprise des combats. Ces renoncements, ces capitulations, ces trahisons à l’égard de ceux qui ont combattu Daesh les armes à la main constituent une honte et une non-assistance à peuple en danger.

De toute évidence il y a la volonté d’Ankara et de Damas de saper tout processus de paix alors que les Kurdes ont consenti d’immenses sacrifices politiques et stratégiques pour s’engager dans la voie de la paix. Ces attaques tournent le dos aux engagements pour bâtir une société démocratique, sans discrimination et ne laissent aucune place au dialogue et à une solution politique.

Le courage des Kurdes et l’expérience du Rojava suscitent une grande admiration dans le monde. Les forces sociales qui luttent, qui résistent à la déferlante réactionnaire, et elles sont nombreuses, sont appelées à se mobiliser. Damas et Ankara doivent cesser les hostilités, les civils doivent être placés sous protection internationale. Une Commission d’enquête des Nations Unies doit documenter les crimes commis à Alep. Enfin, le dialogue politique doit impérativement reprendre afin d’éviter une catastrophe humanitaire. France-Kurdistan est totalement mobilisée aux côtés du peuple kurde dont l’abnégation fait honneur à l’humanité.