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SYRIE. Du dialogue au massacre : le piège tendu aux Kurdes à Alep

SYRIE / ROJAVA – Pourquoi deux quartiers paisibles d’Alep ont-ils soudainement été pris pour cible ? Quel accord a été conclu à Damas quelques jours avant les attaques, et pourquoi n’a-t-il jamais été annoncé ? Qui a donné le signal du passage de la négociation à la violence ? Et que cache le silence assourdissant des dirigeants occidentaux?
 
À Alep, il existait deux quartiers calmes qui ne représentaient aucune menace. Leur seule revendication était l’instauration de lois démocratiques garantissant la paix, la tranquillité et la coexistence.
 
Puis, soudainement, le 6 janvier, ils ont été la cible d’attaques d’une extrême brutalité. L’organisateur de ces attaques était l’État turc.
 
C’est un fait incontestable. D’ailleurs, ils ne prennent même pas la peine de dissimuler leur soutien. Quant à leurs troupes, il s’agissait d’une horde d’orques, mélange d’Al-Qaïda et de Daech, dépourvue de toute compétence autre que la barbarie.
 
Alors, que s’est-il passé pour que tout bascule ainsi, soudainement ?
 
Quelques jours seulement avant les attaques, une réunion avait eu lieu à Damas avec les Kurdes, et un accord avait été trouvé. Il était prévu que la force de police kurde présente dans ces quartiers se retire. Des mois auparavant déjà, les forces militaires kurdes s’étaient retirées, faisant confiance aux engagements pris.
 
Selon des responsables kurdes et certains médias, il était également prévu que cet accord soit rendu public à l’échelle internationale.
 
Mais soudain, un haut responsable du gouvernement de Damas est entré dans la salle, a mis fin à la réunion et a annoncé que la déclaration de l’accord serait reportée. Certaines sources affirment qu’il s’agissait du ministre des Affaires étrangères, Assaad Hassan al-Chaibani.
 
Avant même les attaques, l’État turc avait lancé un appel explicite, déclarant qu’il soutiendrait le régime de Damas s’il prenait des initiatives contre les Kurdes. C’était un signal clair. Le coup d’envoi des attaques.
 
Au même moment, une réunion s’est tenue à Paris entre Damas et Israël, à l’issue de laquelle un accord aurait été conclu. Lors des négociations, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, accompagnait les responsables syriens. Pour ceux qui l’auraient oublié, Hakan Fidan est l’ancien chef des services de renseignement turcs. Les médias turcs et arabes ont fait tout leur possible pour dissimuler et faire oublier cette réalité.
 
Et soudain, les Kurdes sont devenus la cible. En tête, la chaîne qatarie Al Jazeera et l’ensemble des médias turcs ont lancé une vaste campagne de désinformation. Les médias occidentaux, quant à eux, ont préféré garder le silence ou se limiter à des informations très restreintes, comme s’ils recevaient des consignes. C’est une situation bien connue : lorsque les puissances occidentales veulent intervenir quelque part, elles activent d’abord les médias afin de créer l’opinion publique nécessaire à l’intervention. Mais lorsqu’elles ne veulent pas que les crimes de leurs alliés soient visibles, il suffit d’observer le silence médiatique.
 
Dans ce climat de silence et de désinformation massive, la haine des masses a été dirigée contre les Kurdes. Une perception de menace et de terrorisme a été construite. Les véritables terroristes à Damas ont été présentés comme des libérateurs du pays, des garants de la paix, de la démocratie et de l’unité. À l’écran, on tentait de montrer à quel point les barbares « se comportaient bien avec les civils ». Hors caméra, les civils étaient égorgés sauvagement. Leurs corps étaient traînés à même le sol, laissant derrière eux de longues traînées de sang.
 
Ce qu’il y a de plus honteux encore, c’est que, pendant que le massacre se déroulait, des responsables de l’Union européenne se rendaient à Damas et affichaient ouvertement leur soutien aux jihadistes.
 
En sacrifiant deux petits quartiers, on a tenté de dissimuler certaines réalités à l’opinion publique, de faire oublier des faits, d’arracher des concessions mutuelles et de trouver de nouveaux habillages à la complicité criminelle. La « nouvelle Syrie » a été présentée en chœur comme un espoir. Mais les coupables, comme les victimes, étaient les Kurdes. Une manipulation terrifiante. Et puis, comme toujours, des scènes de liesse et d’applaudissements face au massacre et à la barbarie ont émergé. Une condition humaine effroyable. Effrayante.
 
Ceux qui parlent « d’alliance » sont prêts à sacrifier les Kurdes à tout moment pour leurs intérêts. Ceux qui disent « nous sommes frères par la religion » n’hésitent pas une seconde à poignarder dans le dos à la première occasion. Et le seul scénario qui traverse l’esprit de ceux qui parlent « d’unité et de fraternité », c’est : comment pouvons-nous réduire à nouveau les Kurdes en esclavage ?
 
Et nous, Kurdes, au milieu de tout cela, sur des lignes de faille extrêmement fragiles, entre des forces qui ont juré de nous exterminer et qui sont prêtes à profaner même nos cadavres, nous existons avec la peur permanente d’être frappés dans le dos, mais aussi avec la conviction que nous pouvons changer les choses et montrer qu’une vie commune est possible.
 
Selon vous, avons-nous une autre option ?
 
Maxime Azadi