SYRIE / ROJAVA – Des menaces de mort ciblent ouvertement les Kurdes à Alep, marquant une nouvelle escalade dans la répression des symboles et de l’identité kurde. Plusieurs étudiants universitaires kurdes ont rapporté à l’agence de presse ANHA avoir été agressés par un homme armé en civil dans le quartier de Sheikh Maqsoud.
L’incident s’est produit samedi dans la partie orientale du quartier, là même où, la veille, des membres des factions du gouvernement intérimaire syrien avaient retiré de force des symboles kurdes. Alors que les jeunes marchaient, un individu armé leur a barré la route, a arraché et piétiné le collier orné d’un symbole kurde de l’un d’eux, tout en proférant des insultes et des menaces de mort explicites s’ils osaient à nouveau afficher de tels signes.
Parallèlement, les forces du gouvernement intérimaire ont procédé à l’arrestation de quatre jeunes hommes et d’une femme du même quartier pour avoir accroché le drapeau du Kurdistan.
Cet événement n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large où l’avenir des Kurdes en Syrie apparaît gravement menacé. Après l’accord du 29 janvier entre Damas et les autorités kurdes du Rojava, la répression s’intensifie dans les quartiers kurdes d’Alep (Sheikh Maqsoud et Ashrafieh), avec des attaques, des déplacements forcés et une chasse aux symboles identitaires.
L’implication directe de la Turquie est déterminante. Ankara, qui considère toute présence kurde organisée comme une menace existentielle, exerce une pression constante sur le gouvernement intérimaire syrien. Des factions contrôlées par la Turquie (anciennement ANS/SNA) participent activement à ces opérations. Des sources kurdes ont même signalé que des drones turcs Bayraktar ont appuyé les offensives contre les quartiers kurdes d’Alep. Pour la Turquie, l’objectif est clair : éliminer toute forme d’autonomie ou de visibilité kurde près de sa frontière, quitte à encourager une « arabisation » forcée et une répression culturelle systématique.
Alors que Damas cherche à consolider son pouvoir central, les Kurdes paient le prix d’un accord de « réconciliation » qui, en pratique, se traduit par des concessions unilatérales. Menaces de mort, arrestations arbitraires, destruction de symboles et déplacements massifs : le peuple kurde, qui a pourtant joué un rôle clé dans la lutte contre Daech, voit son espace politique, culturel et sécuritaire se réduire dangereusement.
Sans protection internationale réelle et face à l’alliance de fait entre Damas et Ankara, les Kurdes de Syrie risquent une marginalisation durable, voire une forme d’éradication progressive de leur identité dans le nouveau paysage syrien post-Assad.
Cet incident à Alep n’est pas un fait divers : il est le symptôme alarmant d’une politique qui pourrait sceller le sort de millions de Kurdes en Syrie.