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Syrie : enlèvements, viols et rançons – les femmes et filles alaouites prises pour cible

SYRIE – Depuis plus d’un an, des femmes et des filles alaouites sont régulièrement enlevées, séquestrées, violées et parfois libérées contre rançon par des gangs criminels, sans que cela suscite une réelle mobilisation de la communauté internationale.

Alors qu’on est sans nouvelles des femmes kurdes ou de combattantes des YPJ enlevées par Damas en janvier, le drame systématique touchant la minorité alaouite est également ignoré par la communauté internationale, malgré des preuves accablantes.

Une enquête approfondie du New York Times, publiée ce jour, révèle que ces enlèvements sont bien plus fréquents et brutaux que ne l’admet le gouvernement de transition syrien.

Un exemple parmi d’autres : En mai dernier, une adolescente de 16 ans a quitté son domicile dans le nord-ouest de la Syrie pour se rendre dans une boutique et a disparu. Des semaines plus tard, sa famille a reçu un appel anonyme exigeant des milliers de dollars pour sa libération. Après paiement de la rançon, la jeune fille est rentrée chez elle plus de 100 jours après son enlèvement. Elle a confié à ses proches avoir été détenue dans un sous-sol humide, droguée et violée par plusieurs hommes. Un examen médical a révélé qu’elle était rentrée enceinte.

Le New York Times a vérifié 13 cas d’enlèvements de femmes et filles alaouites (ainsi qu’un homme et un garçon). Cinq des victimes ont déclaré avoir été violées ; deux sont rentrées enceintes. Dans un autre cas documenté, une femme de 24 ans a été détenue trois semaines dans une pièce crasseuse, où elle a été violée, battue, rasée (tête et sourcils) et tailladée avec des lames de rasoir. Sa famille a payé les ravisseurs pour obtenir sa libération.

Depuis la chute de Bachar al-Assad fin 2024, de nombreuses familles alaouites alertent sur les réseaux sociaux. Elles craignent que leur communauté – à laquelle appartenait le dictateur déchu – ne soit visée en représailles par certains groupes sunnites. Les Alaouites représentent environ 10 % de la population syrienne.

Le gouvernement de transition nie tout ciblage systématique et affirme n’avoir confirmé qu’un seul cas. Pourtant, l’enquête du New York Times, basée sur des dizaines d’entretiens (la plupart sous anonymat par peur de représailles), des captures d’écran de demandes de rançon, des virements et des témoignages de travailleurs médicaux, contredit cette version.

Ces violences interviennent dans un climat de profonde méfiance. L’association des Alaouites au régime Assad par une partie des nouveaux dirigeants a déjà conduit à des violences sectaires meurtrières en mars 2025 (environ 1 400 morts selon l’ONU), avec la participation des forces de sécurité de Damas.

Beaucoup de victimes et de leurs familles dénoncent l’inaction ou le manque de sérieux des autorités face à ces affaires.

Ces enlèvements, motivés à la fois par l’appât du gain et la haine anti-alaouite, alimentent la terreur au sein d’une minorité déjà fragilisée.